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mardi 15 mars 2016

Mystérieuse fessée

MYSTÉRIEUSE FESSÉE


Elle hallucinait complètement Daphné…
– Comme ça ! En plein après-midi… Trois types que tu sais même pas qui c’est…
– Deux types et une nana… Il y avait une nana dans le tas…
– Qui rentrent chez toi… Qui te foutent le cul à l’air… Qui te flanquent une fessée… Et qui se cassent… Excuse-moi, mais si je te connaissais pas comme je te connais, je dirais que t’es une grosse mytho…
– Oui, ben pourtant je peux t’assurer…
– Oh, mais je te crois… Je te crois… N’empêche que c’est un truc de dingues… Parce que d’où ils sortent ces lapins ? Et pourquoi ils sont venus s’en prendre spécialement à toi ? T’as pas une idée ? Je sais pas, moi ! Quelque chose…Un indice…
– Peut-être, si !
– Ah, et alors ?
– Ce serait Estelle, sa femme à Patrice, que ça m’étonnerait même pas…
– Elle est au courant pour vous deux ?
– Oh, non, non ! Normalement, non… Mais bon… Va savoir ! Peut-être qu’elle a découvert le pot-aux-roses… Et qu’elle me fait payer…
– En t’envoyant un commando-fessée ? Mouais… Ça fait bien un peu tiré par les cheveux…
– Je vois pas d’autre explication…
– Il en pense quoi Patrice, lui ?
– Je lui en ai pas parlé…
– Ah, bon ! Ben, pourquoi ?
– Tant que c’est pas du sûr à cent pour cent… Non, parce que je sais ce qui va se passer… Il va se mettre à flipper comme un malade… Vouloir en avoir le cœur net… Culpabiliser à mort…
– Et, si c’est pas déjà le cas, si ton hypothèse est pas la bonne, c’est pour le coup qu’elle va vraiment avoir des soupçons sa bonne femme…
– Voilà, oui…
– Qu’est-ce tu vas faire ?
– Comment ça qu’est-ce je vais faire ?
– Ben, je sais pas, moi… Tu vas aller aux flics ?
– Non, mais ça va pas ? Oui, ben alors là, il y a pas de risque ! Parce que t’imagines ? Je les connais les flics… Ils vont s’amener là-dedans avec leurs gros sabots… Interroger à droite… Interroger à gauche… Farfouiller partout… Tout mettre sens dessus dessous… Je tiens pas à ce que tout le pays soit au courant que je me suis fait tambouriner le derrière, moi !
– Sans compter que tu vas être bonne pour aller le montrer à tout un tas de monde ton derrière… Le faire « expertiser »… Ils voudront établir la matérialité des faits… Comme ils disent…
– En plus ! Non… Et puis attends ! Je vois ça d’ici à l’agence… Ils vont en faire des gorges chaudes les Duparc, Berthier et compagnie… Ah, j’ai pas fini d’en entendre… Et les clients qui manqueront pas d’en rajouter une couche…
– Et tout ça pour rien… Un coup d’épée dans l’eau… Elle jurera ses grands dieux qu’elle a rien à voir là-dedans… Et comme il y a aucune preuve… Au final, en prime, ça risque de te retomber dessus… On te soupçonnera d’avoir tout manigancé pour lui causer du tort… Vu que c’est la femme de ton amant…
– J’y ai pensé, oui…
– Non… La seule chose, faudrait pas que ça recommence…
– Ça peut, tu crois ?
– Ben, si c’est elle, oui… Elle risque de pas te lâcher tant que t’auras pas mis fin avec Patrice…
– C’est gai !
– Mais c’est pas forcément elle…
– Tu parles !
– Ils t’ont dit quelque chose quand ils te l’ont fait ? Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ?
– Tout a été tellement vite… J’étais complètement tétanisée… Je comprenais rien à ce qui m’arrivait… Je réalisais pas… Je savais que répéter : « Mais arrêtez ! Mais ça va pas ! Non, mais vous êtes pas bien… »
– Oui… Toi… Non, mais eux ?
– Eux ? Rien… Pas un mot…
– Ce qu’est pas très logique si elle est derrière tout ça… Si elle veut que tu laisses tomber Patrice… Parce que, dans ce cas-là, faut quand même bien que tu comprennes un minimum de quoi il retourne… Ils t’auraient sorti un truc du style… « Bon, maintenant ça suffit… Tu lâches l’affaire… » Que ce soit suffisamment explicite, mais que ça la compromette pas vraiment…
– Mais alors si c’est pas elle, c’est qui ?
– C’est bien là toute la question… Il y a peut-être quelqu’un, quelque part, qui t’en veut…
– Je vois pas…
– Parce que peut-être que ça remonte à loin… Que tu te souviens pas… Mais peut-être que ça va te revenir à force de chercher… Il y a que toi qui peux trouver n’importe comment…



2




Il a quand même bien fallu que je lui dise à Patrice… Parce qu’il s’est rendu compte… Il restait pas grand-chose pourtant… Presque rien… Fallait vraiment savoir… N’empêche qu’il s’est aperçu…
– Mais qu’est-ce c’est que ça ?
– Quoi donc ?
– Ben là… Sur ton derrière… Et puis là… Et encore là… Non, mais c’est que tu t’es pris une fessée, ma parole ! Ah, si ! Si ! C’est une fessée… Aucun doute là-dessus… C’est qui ? Ton mari ? À cause de nous ?
– Non, Patrice, non ! Il y est pour rien… Je voulais pas t’en parler… Pour pas t’inquiéter, mais…
Et je lui ai raconté… La peur au ventre… Peur qu’il me croie pas… Qu’il aille s’imaginer des tas de choses… Que j’inventais… Que j’avais quelqu’un d’autre… Que je lui cachais des trucs… Que sais-je encore ? Ça paraissait tellement invraisemblable tout ça…
Il m’a écoutée, sans m’interrompre, jusqu’au bout… Et puis il a éclaté…
– Bouge pas que je vais les retrouver ces petits salopards… Alors là fais-moi confiance que je vais les retrouver… Et qu’ils vont passer un sale quart d’heure…
– Les retrouver ? Mais où ça, Patrice ? On les connaît pas… On sait rien d’eux… Autant chercher une aiguille dans une botte de foin…
– J’y arriverai… Je mettrai le temps qu’il faudra, mais j’y arriverai…
– Tu sais ce qu’elle croit Daphné ? Que c’est ta femme qu’a manigancé tout ça…
– Estelle ?
– Oui… Elle aurait découvert pour nous… Et se vengerait de moi comme ça…
– Non, mais alors là elle est complètement à côté de la plaque ta copine… Parce que les petits coups en douce par en dessous, c’est pas du tout son style à Estelle… Si elle avait eu le moindre soupçon, c’est d’abord sur moi que ce serait tombé… Il y aurait eu explication… Aussi sec… Menaces… Mises en demeure… Et tutti quanti… Non… Alors là je suis sûr de moi… Elle se doute de rien… Ça peut pas être elle…
– Mais qui alors ?
– Ton mari ?
– Paul ?
– Pourquoi pas ?
– Je le vois vraiment pas dans le rôle non plus… Non… S’il avait éventé quoi que ce soit, il se serait trimballé un air de chien battu toute la sainte journée… Jusqu’à ce que je lui demande ce qu’il avait… Il se serait fait extirper les mots au forceps… Un par un… J’aurais nié… Et retourné la situation… Non, mais il était vraiment pas bien, hein ! Pour qui il me prenait ? C’est comme ça qu’il avait confiance en moi ? Ah, ben bravo ! Bravo ! Etc. Je sais faire quand je veux… Et, pour finir, il se serait excusé, tout penaud…
– Si c’est pas Estelle… Si c’est pas Paul non plus…
– Qui ça peut être ? Ben oui… Oui… Ça fait trois jours que je retourne la question dans tous les sens… Faut pourtant bien qu’il y ait une raison… Quelqu’un qui m’en veuille quelque part… Sauf que je vois pas… Je vois vraiment pas…
– Ça peut pas être à l’agence ?
– J’y ai bien pensé, mais qui ? Et pourquoi ? J’ai de bons rapports avec tout le monde là-bas… À part peut-être…
– Oui ?
– Valérie… C’est vrai que ça passe pas trop avec elle… Pour pas dire pas du tout… Mais qu’est-ce que j’y peux, moi, si les clients ils me réclament ? Si, pour la plupart, ils ne veulent avoir affaire qu’à moi ? Elle me jalouse, ça, c’est sûr… D’autant que Dubois a tendance à m’attribuer systématiquement les dossiers sensibles… Qu’il lui en a même retirés sept ou huit pour me les confier…
– Et tu t’étonnes qu’elle te porte pas dans son cœur ?
– Non… Bien sûr que non… Mais de là à ce qu’elle aille manigancer un truc pareil…
– Alors ça ! T’as des gens… De tout ils sont capables… Absolument tout… Elle vit seule cette nana ?
– Pour autant que je sache, oui…
– Et elle occupe ses soirées à quoi à ton avis ? À ressasser encore et encore ce qui s’est passé au boulot dans la journée…
– Ce serait bien le genre à ça, oui…
– Tout prend pour elle des proportions gigantesques… Elle interprète… Elle brode… Elle fabule… Tout ce que tu dis, tout ce que tu fais est forcément dirigé contre elle… Tu veux la perdre aux yeux du patron… Elle n’a pas le moindre doute là-dessus… Et voilà des mois et des mois qu’elle rumine… Qu’elle imagine mille et mille façons de se venger de toi…
– Et elle aurait fini par passer à l’acte ? Peut-être… Ça se tient après tout… Non… La seule chose : où diable est-elle allée recruter ses hommes de main ? Elle n’a pas d’amis… Elle ne connaît personne…
– On obtient tout ce qu’on veut avec de l’argent…
– La garce ! Non, mais quelle garce !
– Si c’est elle… C’est vraisemblable… Mais quand même… On n’a pas de preuves…



3


Ça lui paraissait plausible à Daphné…
– Oui, c’est pas idiot du tout l’idée de la collègue… Mais alors si c’est ça, j’te plains… T’as pas fini de t’en voir, ma pauvre…
– Comment ça ?
– Ben, elle va s’acharner…
– T’es encourageante, toi !
– Ça paraît logique, non ? V’là quelqu’un qui t’en veut à mort… Au point de dépenser une somme sûrement rondelette pour te faire flanquer une fessée… À la suite de quoi, qu’est-ce qui se passe ? Rien… Tu réagis pas… Tu portes pas plainte…
– Mais je pouvais pas !
– Je sais bien, oui… On en a suffisamment parlé… Et t’as eu raison… Bien sûr que t’as eu raison… Si tu veux pas voir toute ta vie privée étalée sur la place publique… Avec les conséquences que ça manquerait pas d’avoir… Seulement elle, de son côté, elle va en conclure quoi ? Qu’elle peut en remettre impunément une couche… Que tu bougeras pas… Alors tu penses bien qu’elle va pas se priver… Qu’elle va s’en donner à cœur joie… Non… Attends-toi à les voir revenir… Et sans tarder si ça se trouve…
– C’est gai ! Mais qu’est-ce que je peux faire ?
– À mon avis, malheureusement, pas grand-chose… À moins qu’on arrive à être certaines que c’est elle… À disposer de preuves irréfutables… Auquel cas tu pourrais porter plainte nommément contre elle… Sans avoir alors à en passer par la redoutable épreuve d’une enquête tous azimuts… Mais sinon…
– Oui… Il y a pas de solution, quoi !
– Sauf si elle commet une erreur… Ou si, suite à un concours de circonstances imprévu, on la prend la main dans le sac… On peut aussi la mettre discrètement sous surveillance… Et voir ce que ça donne…
– Faut pas non plus focaliser complètement sur elle… Ça reste une hypothèse…
– Ah, ça, c’est sûr…
– D’autant qu’il m’a pas vraiment convaincue Patrice par rapport à Estelle… Pas du tout même… Il a beau dire ce qu’il veut : pour moi, il y a quand même de fortes chances que ce soit elle… Parce que qu’est-ce qu’il peut en savoir, en fait, de la façon dont elle réagirait si elle apprenait qu’il la trompe ? C’est jamais arrivé… Du moins à ce qu’il dit… Et, de ce côté-là, je le crois… Non… Ce qu’il y a, c’est qu’il a pas du tout envie d’imaginer qu’elle puisse être au courant pour nous… Ça remettrait beaucoup trop de choses en question… Ça dérangerait sa petite tranquillité… Alors il préfère nier… Se convaincre qu’elle est insoupçonnable… Ça le rassure…
– Un peu comme toi avec Paul finalement…
– Hein ? Mais c’est pas pareil enfin ! Ça n’a rien à voir…
– Ah, bon…
– Paul ? Non, mais attends ! Paul alors là je suis bien tranquille… Ça peut pas être lui… Je lis dedans à livre ouvert Paul… Il y a pas plus prévisible que lui…
– Ben, justement… Il en a peut-être assez d’être prévisible… Il est peut-être tenté de s’aventurer sur des chemins de traverse…
– Pourquoi tu dis ça ? Tu sais quelque chose ? Si tu sais quelque chose…
– Rien de concret, non… Rien de précis… Mais…
– Mais quoi ?
– Tu vas le prendre mal…
– Je te jure que non…
– Suppose qu’il te dise qu’il est au courant de tout Paul… Tu vas réagir comment ?
– Je vais nier… Il y a que ça à faire…
– Et si c’est impossible ? S’il a des preuves irréfutables ?
– Je vais me défendre…
– C’est-à-dire que tu vas lui faire porter l’entière responsabilité de la situation… Tu n’es pas heureuse avec lui… Tu n’es pas satisfaite… Alors oui… Oui, tu as éprouvé le besoin d’aller voir ailleurs… Patrice, lui au moins il est viril… Rassurant… C’est quelqu’un sur qui tu peux t’appuyer… Avec qui tu te sens pleinement en sécurité… Et même, puisqu’il faut lui mettre les points sur les i, quelqu’un avec qui, au lit, tu prends un pied pas possible… Ça n’a rien à voir avec les petites giclées anémiques dont il te gratifie de temps à autre… Etc. Non ? Ce serait pas ça ?
– À peu près, si…
– Et il le sait Paul… Il sait, d’expérience, qu’il n’aura jamais le dernier mot avec toi… Que tu trouveras toujours moyen de retourner n’importe quelle situation à ton avantage…
– Ouais… Ce que tu es en train d’essayer de me dire en fait, c’est que, comme Paul est trop lâche pour m’affronter ouvertement et me reprocher mon infidélité, il m’a envoyé des émissaires qu’il a chargés de me présenter la note…
– Et pourquoi pas ?
– J’ai du mal à l’imaginer en train d’échafauder quelque chose d’aussi tordu… Mais en même temps il y a quelque chose, tout au fond de moi, qui me dit que c’est pas aussi impossible que ça…



4


– Je suis désolée, Patrice… Vraiment désolée…
– C’est pas grave…
– Ah, ben si, c’est grave, si, attends ! On est en pleine action et moi, je trouve rien de mieux à faire que de te hurler le prénom d’un autre comme une possédée…
– Faut bien reconnaître que c’est pas très motivant…
– Et pas seulement ça… Parce que qu’est-ce tu vas aller t’imaginer ? Qu’il y a un Thibaud dans ma vie ? Tu serais en droit de le penser…
– C’est toi que ça regarde… T’as pas de comptes à me rendre…
– Je sais bien, oui, mais quand même… Non… Ce qu’il y a, c’est que ça m’est venu comme ça… D’un coup… Sans prévenir… Thibaud ! Bien sûr, Thibaud ! Ça peut être que Thibaud…
– Mais de quoi tu me parles ?
– Ben, tu sais bien… Les trois autres, là, qui me sont tombés dessus l’autre jour… C’est Thibaud derrière tout ça… Forcément…
– Et c’est qui Thibaud ?
– Un type que j’ai connu, quand je faisais mon stage à la grande surface, à Mâcon… Manutentionnaire il était… Il arrêtait pas avec ça… Qu’il allait me mettre une fessée… Tous les jours c’était… Ou presque… Et seulement moi… Jamais les autres filles… « Parce que t’as un cul fait pour ça… Qui l’attire la fessée… On te l’a jamais dit ? » On me l’avait jamais dit, non… « Et en plus tu mérites… C’est pas vrai peut-être ? » Je haussais furieusement les épaules… « Mais si, tu mérites… Pour plein de raisons… Et tu le sais très bien… » Il devenait lourd à force, mais lourd !
– Et il a jamais essayé ?
– De m’en mettre vraiment une ? Oui, ben alors là, il aurait pas eu intérêt… Non… Il se contentait de mimer… De loin…
– Et ça remonte à combien de temps tout ça ?
– Huit ans…
– Et tu crois qu’au bout de huit ans…
– Oui… Oui… Parce qu’il y a ce qu’il m’a dit le dernier jour… Quand je suis partie… « Tu perds rien pour attendre, tu sais… Parce que je t’en collerai une… Et carabinée… Dans quinze jours… Dans six mois… Dans six ans… Ou dans douze… Mais tu l’auras… Je te jure que tu l’auras… » Et puis alors sur un ton… Et en me regardant d’une de ces façons ! Je lui ai pas répondu sur le coup… Je lui ai tourné le dos… Et ça m’est complètement sorti de la tête tout ça… J’avais autre chose à penser… Jusqu’à tout-à-l’heure… Que ça m’est brusquement revenu…
– Mouais…
– T’as pas l’air convaincu…
– Je sais pas… Je sais pas quoi te dire… Il serait venu te la donner lui-même encore… Mais là ! Te le faire faire pas d’autres… Sans même assister… Je vois pas bien l’intérêt pour lui…
– Oui, ben justement… Ce que je me demande, c’est s’il y a pas assisté quand même finalement… Parce qu’il y avait un des deux types qui me tenait… Ça, c’est sûr… Et c’est la fille qui me l’a donnée la fessée… C’est sûr aussi… Mais l’autre type ? Qu’est-ce qu’il fabriquait derrière moi ? Je le voyais pas… Et la question que je me pose, c’est s’il était pas en train de tout filmer avec son portable… Il y a quelque chose qui me dit que si…
– Ah ! Oui, ça, évidemment, ça changerait complètement la donne…
– Faut que je sache… Faut absolument que je sache…
– C’est bien aussi mon avis… Que ce soit lui ou qui que ce soit d’autre faut vraiment que t’en aies le cœur net… Et le plus vite possible… Parce que ça devient une véritable obsession ton histoire… Tu parles plus que de ça… Tu penses plus qu’à ça… T’en sors pas… Même pendant qu’on baise maintenant ! Alors t’as qu’à voir…
– Je sais, Patrice, oui, je sais… Mais tu te rends pas compte de ce que c’est, toi, de vivre avec cette épée de Damoclès suspendue en permanence au-dessus de la tête… De se dire qu’ils peuvent resurgir n’importe quand et recommencer… De pas savoir pourquoi… Ni ce qu’ils te veulent au juste… De te mettre à soupçonner tout le monde autour de toi… Et pourquoi pas celui-ci ? Et pourquoi pas celle-là ? C’est à devenir folle par moments…
– C’est bien pour ça… Je me répète, mais, d’une façon ou d’une autre, faut que tu crèves l’abcès…
– Oui, oh, mais là, il y a toutes les chances qu’il le soit… Parce que tu sais ce que je vais faire ? Je vais y aller à Mâcon… Demain… Et cuisiner Noémie… Une ancienne collègue… Elle est toujours à l’affût de tout Noémie… Au courant de tout…
– C’est peut-être pas le genre de choses qu’il est allé raconter à ses collègues…
– Oui, oh, alors ça, avec lui, on peut s’attendre à tout…
– Sans qu’il y en ait une qu’ait eu l’idée d’aller le dénoncer ?
– Elles l’auront pas cru… Il est pas à une vantardise près… Quoi qu’il en soit, elle va forcément me mettre sur des pistes Noémie, je la connais… Me permettre de faire le point… Et c’est une chance que je vais sûrement pas laisser passer…



5


– Noémie ! Depuis le temps ! Ah, ça fait plaisir de te revoir… Alors raconte ! Qu’est-ce que tu deviens ?
– Oh, pas grand-chose… C’est le train-train… Et toi ?
– On déjeune ensemble ? T’as le temps ? On se racontera tout ça…

On a d’abord parlé des mecs…
– Nous, les nanas, c’est toujours par là qu’on commence…
– Et par là qu’on finit…
Oui, oh, ben de ce côté-là, elle, elle galérait pas mal…
– Ça dure jamais plus de six mois… Il y a toujours quelque chose qui finit par clocher… À un moment ou à un autre… À croire que je suis programmée pour tomber sur des cas… Ou bien alors qu’il y a que ça des cas…
– Faut reconnaître… Il y en a pas mal…
– T’as quand même fini par trouver, toi ! Tu t’es mariée…
Je m’étais mariée, oui… Mais c’était pas forcément ce que j’avais fait de mieux…
– Tu regrettes ?
– Oui et non… Il est pas pire qu’un autre… Il bosse… Il me prend pas la tête… Il me laisse les coudées franches… Par contre, côté cul, c’est pas ça qu’est ça… Il est vraiment pas doué le pauvre…
– Ho la la ! Je pourrais pas, moi ! Si je m’éclate pas un minimum…
– Oui, ben ça, moi non plus…
– Et tu vas voir ailleurs…
– Quand le mec il assure pas, il y a que ça à faire…
– C’est ce qu’elle dit aussi Margaux… Et elle laisse pas sa part aux chiens…
– Comment elle va, elle ?
– Oh, bien… Toujours identique à elle-même… Toujours une connerie à raconter… Ou une bonne blague à faire…
De Margaux on est passées à Chrystelle… Qui, elle, n’avait jamais eu le moindre sens de l’humour… À Thera qui fondait en larmes pour un rien… À Ivane qui se sentait agressée dès qu’on lui adressait la parole…
– Finalement il y a pas grand-chose qu’a changé depuis que je suis partie, hein…
– Rien du tout tu veux dire, oui… C’en est déprimant d’une force…

J’ai fini par entrer dans le vif du sujet…
– Et Thibaud ?
– Oh, lui… Métamorphosé…
– Comment ça ?
– Il est tombé sous le charme d’une Irlandaise qui le mène en laisse comme un petit toutou… Il y a déjà deux gamins… Et un troisième en route…
– Eh ben, dis donc ! Quand je pense… Je pouvais pas le voir, lui à l’époque… Il pouvait pas me croiser sans me menacer aussi sec d’une fessée…
– Je me souviens, oui…
– Tu sais que longtemps je me suis demandé s’il allait pas finir par me coincer pour m’en coller vraiment une…
– Oui, oh, il a beaucoup de gueule Thibaud, mais de là à faire un truc pareil… Il aurait fallu qu’il ait une sacrée dent contre toi… Non… Lui, il avait pas vraiment de raison de t’en vouloir… Pour quoi que ce soit…
– Lui ? Ce qui veut dire… Il y a quelqu’un d’autre qui m’en veut ?
– Qui t’en a voulu en tout cas… Et pas qu’un peu…
– C’est qui ?
– T’as la mémoire courte…
– Non, je vois pas, je t’assure…
– Magali…
– Magali… Oh, la la, oui… Quand j’y repense… Ça m’était complètement sorti de la tête cette histoire…
– T’avais fait fort, faut dire…
– Je sais pas ce qui m’avait pris… On fait de ces conneries des fois…
– En attendant, elle avait perdu sa place… Passage de marchandises en caisse sans enregistrer, ça pardonne pas, ça…
– Oh, la la, j’m’en veux, tu peux pas savoir ce que j’m’en veux…
– Oui, oh, ben ça tu peux… Parce que plus de deux ans elle a mis pour en retrouver du boulot… Ça marque au fer rouge un truc comme ça…
– Il y avait de quoi me prendre en grippe…
– Je te le fais pas dire… Elle était remontée d’une force contre toi… T’es partie au bon moment… Parce que, à mon avis, elle aurait cherché à te faire payer… D’une façon ou d’une autre… Et ça aurait mal fini…
– Et elle m’en veut toujours, tu crois ?
– Ça, je sais pas trop… J’ai plus vraiment de contacts avec elle… Mais il y a des chances, oui… Mets-toi à sa place…



6-


– Ils sont revenus… Hier…
– Qui ça revenus ? Comment ça revenus ?
– Ben, eux ! Les trois autres, là… Ceux de l’autre jour… Et ils ont recommencé… Ils m’en ont recollé une…
– T’es sûre ?
– Ah, ben ça !
– Oui, bon, écoute ! Je vais être franche avec toi… J’en crois pas un mot… Déjà, la première fois, j’avais beaucoup de mal, mais là… C’est ton droit de fantasmer… Tant que tu veux… Mais alors, s’il te plaît, à l’avenir laisse-moi en dehors de tout ça… J’ai pas de temps à perdre… Qu’est-ce tu fais ?
– Ben, je te montre puisque soi-disant j’invente… Et ça ? C’est du flan ça peut-être ?
– Ho la la ! Attends ! Fais voir ! Oh, non, mais là ! T’as dû le sentir passer…
– Non ? Tu crois ?
– Sûr que tu vas les garder un moment les marques… Mais enfin, il y a un truc que je comprends pas quand même… Ça t’a pas vaccinée la première fois ? Moi, à ta place, je peux te dire que je m’enfermerais chez moi à double tour…
– C’est bien ce que je fais…
– Eh ben alors !
– Sauf que là j’avais oublié la fenêtre de la cuisine derrière…
– C’est malin !
– Oui, oh, de toute façon ils trouveront toujours une solution s’ils veulent… Ils peuvent me tomber dessus quand je suis dans le jardin… Attendre que je rentre, planqués quelque part… Ou bien me coincer carrément ailleurs… À un endroit que je serais jamais allé imaginer…
– Mais qui ça peut être, bon sang ! Qui ça peut être ?
– Elle a parlé cette fois-ci la fille…
– Ah !
– Elle m’a demandé si j’avais réfléchi… J’ai dit que oui… À tout hasard…
– Et alors ?
– Ça l’a fait rire… « Eh, ben on dirait pas ! » Et elle a tapé de plus belle…
– Elle a rien dit d’autre ?
– Rien…
– Ça nous avance guère… Maintenant il y a peut-être une raison pour que ce soit toujours elle qui tape…
– Oui… Enfin non… C’est elle qu’a commencé… Mais ils ont pris le relais les deux autres…
– Ah… Je comprends mieux l’état de ton derrière… Ce qu’est fou quand même, c’est qu’on n’arrive pas à avoir le moindre début de commencement de certitude… Le moindre indice… Rien…
– Peut-être quand même… Parce que mardi j’ai vu Noémie… Elle m’a parlé de Magali… Et, comme par hasard, le lendemain…
– Ça lui aurait donné envie de récidiver aussi sec ? Oui, c’est possible… C’est bien ça le problème : tout est possible… Et ta collègue, là ?
– Valérie ? C’est pas exclu non plus… Parce qu’aujourd’hui elle t’avait un de ces petits airs de jubiler à l’intérieur…
– Ça peut être pour d’autres raisons…
– Je sais bien, oui… Mais quand même… J’avais vraiment l’impression qu’elle me surveillait quand je m’asseyais… Qu’elle guettait une grimace… Quelque chose… N’importe comment, au point où j’en suis arrivée, je soupçonne tout le monde… Paul aussi, hier soir, je trouvais qu’il était pas comme d’habitude… Tout guilleret… Comme quand on vient de jouer un bon tour à quelqu’un…
– Oui, et puis, si ça tombe, c’est aucun de ceux à qui on pense… C’est quelqu’un qui nous vient même pas à l’idée…
– Le seul truc qui soit sûr, quoi, finalement, c’est que ça va recommencer…
– Pas forcément !
– Oh, ben si, attends, si ! Il y a quelque chose qu’ils attendent que je fasse, c’est clair… Tant que je l’aurai pas fait… Et comme je sais pas ce que c’est ça peut durer un moment…
– C’est bien pour ça… Il faut absolument qu’on en ait le cœur net… Qu’on sache qui se cache derrière… Sinon tu vas passer ta vie à appréhender…
– C’est déjà le cas…
– Et tu vas tourner le billot à la longue… Non… J’ai pensé à un truc… Il y aurait peut-être une solution…
– C’est quoi ?
– L’immeuble au bout de ta rue… De là on a une vue imprenable sur ta grille d’entrée… Et j’y connais quelqu’un qui demanderait pas mieux que de surveiller un peu ce qui se passe devant chez toi… De contrôler les allées et venues… De noter tout ce qui lui paraîtrait suspect… De relever éventuellement un numéro d’immatriculation… Etc. On finirait bien par arriver à quelque chose à la longue…
– Oui, mais ça nous oblige à mettre quelqu’un dans la confidence…
– On n’est pas obligées de lui expliquer le pourquoi du comment… Laisse-moi faire ! Je m’occupe de tout…



7-


– Tu l’apprends par cœur ?
Ça faisait un quart d’heure qu’il m’examinait le derrière sous toutes les coutures Patrice… Qu’il scrutait… Qu’il palpait… Qu’il pinçotait…
– Non… Je réfléchis…
– Et c’est mon cul qui t’inspire ?
– Dans un sens, oui… Parce que je suis en train de me demander un truc…
– C’est quoi ?
– Tu vas hurler…
– Dis toujours !
– Et si c’était Daphné ?
– Derrière toute cette histoire ? Non, mais t’es pas bien ! Daphné, c’est vraiment la dernière personne que j’irais soupçonner d’une chose pareille…
– Ben, justement ! Raison de plus. Ça lui laisse les coudées franches…
– Pourquoi elle irait faire ça ? Il y a aucune espèce de raison…
– Pour le plaisir de tirer les ficelles sans que personne se doute de quoi que ce soit…
– Faudrait être particulièrement tordue…
– Elle l’est peut-être…
– Je m’en serais rendu compte depuis le temps…
– Pas si elle est vraiment très douée…
– Bon, mais tu vas me les tripoter longtemps les fesses ?
– T’aimes bien d’habitude…
– Parce que d’habitude tu t’y prends pas comme ça… Là, j’ai l’impression d’être chez le toubib…
– Penses-y quand même à ce que je viens de te dire…
– J’y penserai, oui… Mais franchement, je la vois pas du tout dans le rôle…
– Tu connais Basile Lemoine ?
– Non… Qui c’est ?
– Un type qu’a fait ses études avec elle… On a bu un coup ensemble hier soir tous les deux…
– T’es pas allé lui raconter que je me suis ramassé des fessées au moins ?
– Bien sûr que non ! Je suis pas complètement idiot…
– Et alors ? Ce Basile ?
– A un frère, Sébastien, qui est sorti, il y a des années, avec une copine à Daphné… Il y avait des hauts… Il y avait des bas… Et souvent de l’eau dans le gaz…
– Oui, ben ça, comme tout le monde…
– Daphné a voulu s’en mêler… Les rabibocher… Et, à l’un comme à l’autre, elle s’est mise à prêcher les vertus de la fessée : il n’y avait rien de tel pour cimenter un couple… Ça le faisait sortir des sentiers battus… Ça le rendait très complice… Sébastien, lui, ne voyait pas vraiment d’inconvénient à tenter l’expérience… Si ça marchait, tant mieux… Et si ça ne marchait pas, tant pis : au moins ils auraient essayé… Mais bon, Sébastien, lui, il avait le beau rôle. La copine, elle, par contre, elle n’était pas chaude… Se laisser tambouriner le derrière, fût-ce par son petit ami, ne la tentait pas vraiment… Elle était malgré tout prête à sauter le pas si ça devait sauver son couple… À condition d’avoir la certitude qu’il y aurait des résultats à la clef… Pas question de se prêter à ça si le succès n’était pas au rendez-vous… Et Daphné de dépenser des trésors de persuasion pour la convaincre… Mais bien sûr que ça marchait ! Bien sûr ! Et de lui citer des exemples en pagaille… Sans pour autant parvenir à la décider vraiment… Elle ne se décourageait pas, revenait constamment à la charge… C’en était devenu carrément persécutif… Tant et si bien que, de guerre lasse, ils ont fini par lui laisser croire qu’ils avaient suivi ses judicieux conseils… Ils n’en ont pas été quittes pour autant… Elle voulait savoir comment ils procédaient… À quelle fréquence ça avait lieu… S’ils baisaient après, etc. Sans doute a-t-elle fini par soupçonner qu’ils la menaient en bateau parce qu’elle s’est mise à vouloir que la copine lui montre son postérieur… Soi-disant pour se rendre compte si elles étaient assez appuyées les fessées… C’était indispensable… Si on voulait que ce soit vraiment efficace… Et au bout du compte, de fil en aiguille, tout ce joli monde a fini par se brouiller à mort…
– Tu crois vraiment que ça peut être elle ? Qu’elle serait allée me faire un truc pareil ?
– On ne peut pas ne pas se poser la question, moi, j’trouve !
– J’arrive pas à y croire…
– C’est quelque chose qu’a l’air de l’obséder en tout cas…
– Mais de là à aller imaginer quelque chose d’aussi machiavélique…
– Oh, alors ça, tu sais !
– N’empêche… N’empêche… Maintenant que j’y pense, il y a plein de trucs qui me reviennent… Des réflexions… Des attitudes… Plein de choses…
Et j’ai éclaté en sanglots…
– Pleure pas, va !
– Je lui faisais confiance, moi ! Et elle…
– C’est pas non plus absolument certain…
– Oui, oh, tu parles ! La garce ! Non, mais quelle garce ! Ah, elle veut jouer ? Eh bien on va jouer…



8-


Et maintenant ? Deux solutions j’avais : ou bien je lui volais dans les plumes à Daphné; je lui balançais tout ce que j’avais sur le cœur et on se brouillait à mort. Ou bien je faisais celle qui ne se doutait rien et j’attendais mon heure. Je te lui concoctais une de ces petites vengeances de derrière les fagots dont elle se souviendrait jusqu’à sa dernière heure. J’ai ruminé, des heures durant, sans parvenir à me décider : il y avait du pour et du contre d’un côté comme de l’autre.

J’étais sur le point de me déterminer, en désespoir de cause, pour la seconde solution quand elle a brusquement fait irruption…
– Alors ? Te voilà rassurée !
– Rassurée ? Comment ça rassurée ?
– T’as pas lu le journal ?
– Non… Qu’est-ce qui se passe ?
– Ils l’ont arrêté ton trio…
– C’est pas vrai !
– Eh, si ! Tu vas enfin pouvoir souffler… Et penser à autre chose… Il était temps d’ailleurs parce que ça tournait à l’obsession cette histoire…
– J’y crois pas… J’arrive pas à y croire… T’es sûre ?
– Ah, oui… Oui… Aucun doute là-dessus… Deux hommes et une femme… Qui écumaient la région… Et distribuaient des fessées à tire-larigot…
– C’en sont peut-être d’autres… Pas les miens…
– Ben, voyons ! Ce sont des escadrons de fesseurs par dizaines qui sont lâchés dans la nature… Non… Non… Ce sont bien les tiens, va !
– Tu l’as pas apporté le journal ?
– Je pensais que tu l’aurais… Tu le prends d’habitude…
– On sait qui c’est ?
– Ils donnent des noms, oui, mais qui ne me disent rien… Il y a que deux mois qu’ils sont dans la région… Un couple du Nord avec son frère à elle…
– Et ils se sont fait prendre comment ?
– Apparemment leur grand truc, c’était de revenir… De lui en remettre une couche à la femme…
– Oui, ben ça, je sais ! Je suis bien placée pour…
– Quand ils ont eu compris ça les flics, ça a été un jeu d’enfant de les coincer… Pas loin d’une dizaine de victimes ils auraient fait, à ce qu’il paraît…
– Sans compter toutes celles qui, comme moi, ne se sont pas manifestées…
– Et qui maintenant vont peut-être le faire…
– Et se pointer au procès ? Grand bien leur fasse ! Si elles tiennent à à être la risée de tout le pays…
– Quant à leurs motivations, elles sont, d’après les enquêteurs, on ne peut plus floues. Il y en a même un – le frère – qui tient des propos complètement incohérents.
– Ben, tiens ! Ils vont essayer de s’en sortir comme ça… Mais moi qui les ai approchés de près, je peux te dire qu’ils ont toute leur tête… Alors là !
– Ils ont l’habitude les juges… Ils seront pas dupes…
– Peut-être… Et puis peut-être pas… En attendant, moi, ce que je me demande, c’est comment ils nous ont choisies. Sur quels critères…
– Ce qu’ils devaient surtout se demander, c’est si c’était faisable ou pas… Fallait que la nana elle vive toute seule ou, du moins, qu’ils soient sûrs de la trouver toute seule à l’instant T… Il fallait qu’elle habite un endroit suffisamment isolé pour que les voisins ne soient pas amenés à se poser des questions ou à intervenir… Il fallait plein de choses en fait…
– Ce qui veut dire qu’ils m’ont fliquée… Qu’ils ont fouillé ma vie… Surveillé mes fréquentations… Et ça pendant des semaines…
– Peut-être pas pendant des semaines, mais ils l’ont fait, oui, sûrement…
– Pourquoi moi ?
– Et pourquoi pas ? C’est le hasard… Ça aurait pu tomber sur n’importe qui…
– Je crois pas, non… Pas complètement… Il a bien fallu qu’ils sélectionnent au départ… D’une façon ou d’une autre… Je sais pas, moi… Par exemple, ils s’installaient à une terrasse de café, dans un quartier bien fréquenté… Ils en laissaient passer quarante… Soixante… Et, à la soixante-et-unième, d’un coup, ils se levaient… Ils la prenaient en filature… Pourquoi elle ? Pourquoi précisément celle-là ? Qu’est-ce qu’ils avaient senti sur elle ? Qu’est-ce qui leur a donné envie que ce soit sur elle qu’elle tombe la fessée ? Sur elle – sur moi – et pas sur une autre ?
– Bientôt ça va être de ta faute…
– Mais non, mais…
– Mais si ! La seule raison, c’était peut-être qu’elle était la soixante-et-unième justement… Qu’ils avaient décidé comme ça… Dès le départ… Le lendemain, c’était la cent quatre-vingt-troisième et, le surlendemain, la dix-huitième… Et puis voilà…
– Peut-être… Je sais pas…



9-


– Il y a un truc que je comprends pas, Paul…
– Quoi donc ?
– Ben, on se fait un super plan fessée tous les deux… On imagine un trio qui me tombe dessus… Qui me fesse à tout va… On prend un pied pas possible à rouler tout le monde dans la farine avec cette histoire et, à l’arrivée, il existe vraiment ce trio… En chair et en os…
– Tu devrais savoir, depuis le temps, que, de par mon métier, j’ai accès à toutes sortes d’informations confidentielles… Il y a près de trois mois que je la connais l’existence de ce trio… Prétendre que tu en étais la victime, c’était rendre les choses beaucoup plus plausibles encore le jour où il serait arrêté… Ce qui a fini par arriver…
– En ce qui concerne Daphné, je peux te dire que c’est réussi : elle y croit dur comme fer… Mais c’était déjà le cas avant…
– Ben, oui… Elle avait pu juger sur pièces… Sur derrière rougi… Pour ton plus grand plaisir…
– Sauf que maintenant on est piégés… Fin de partie… Ils sont en taule… Donc, forcément, le jeu s’arrête…
– Ça dépend…
– Je peux quand même pas aller raconter à Daphné qu’il y a un second trio… Composé, lui aussi, de deux hommes et d’une femme… Le hasard fait parfois bien les choses, mais là ce serait quand même gros…
– Non… Bien sûr que non… Mais il y a plein d’autres solutions…
– Ah, oui ? Quoi, par exemple ?
– Ben, par exemple, tu laisses passer quelques jours et tu vas la trouver Daphné, la mine catastrophée… « Ça a recommencé… » Elle te croira pas…
– Ah, ça, c’est sûr…
– Tu vas insister… Si, si ! Ça a recommencé… Deux hommes c’était cette fois… Ou deux femmes… Ou un homme et une femme… Comme tu veux… Tu choisis… Elle te croira toujours pas… Je t’aurai collé une bonne fessée avant… Une bien sévère, comme tu les aimes… Tu lui montreras… Et tu lui expliqueras que c’est de ta faute tout ça… Parce que t’en as parlé à Noémie… T’étais tellement contente que ce soit fini… T’as cru pouvoir lui faire confiance… Tu lui as tout raconté… Et elle, ben sûrement qu’elle a rien eu de plus pressé que d’en parler autour d’elle… À tout un tas de gens… Et, évidemment, aux anciens collègues de la grande surface… On en a fait des gorges chaudes et sûrement que ça a donné des idées à certains… À Thibaud… Ou bien à Magali qui te garde, depuis des années, un chien de sa chienne… On à n’importe qui d’autre… Quelqu’un qu’il ne te viendrait même pas à l’idée de soupçonner… Mais t’es sûre et certaine que c’est de là que ça vient… La preuve : ce qu’il t’ont dit en repartant. Que la vengeance, c’est un plat qui se mange froid. Etc. Etc. Ta Daphné, je te parie ce que tu veux qu’elle va donner dans le panneau tête baissée… Relancer l’enquête… Réactiver son espionne du bout de la rue… Elle sera ravie… Et nous, on va s’en donner à cœur joie… Improviser au fur et à mesure en fonction de la tournure que prendront les événements…
– Vu comme ça, c’est vrai que c’est tentant…
– Il y aurait plus jubilatoire encore, ce serait que tu ailles réellement te confier à Noémie…
– C’est prendre des risques…
– Limités… C’est loin Mâcon…
– Pas tant que ça ! Et on ne sait jamais qui connaît qui… Ni où…
– Elle réagirait comment, tu crois ?
– Je n’en ai pas la moindre idée… Mais je crois que la plupart des filles, dans une situation comme celle-là, sont totalement incapables de tenir leur langue…
– D’où… montée d’adrénaline assurée…
– Ça me tente bien, mais d’un autre côté… Non… Faut réfléchir… Prendre son temps… En discuter…
– Sinon… t’as aussi la solution de cibler Patrice… D’une façon ou d’une autre… Plein d’idées j’ai, d’ailleurs, en ce qui le concerne…
– Le pauvre ! Oh, non ! Pas Patrice…
– Ah, pas question de toucher à ton petit protégé, hein !
– Mais non, Paul, c’est pas ça… Seulement…
– Bien sûr que si que c’est ça… Et Valérie ?
– Ma collègue de boulot ? Je me vois pas en train de lui parler d’un truc pareil…
– Moi, si ! Imagine : je vais la voir et je lui confie, sous le sceau du secret, qu’à plusieurs reprises j’ai détecté, sur ta jolie petite croupe, des reliquats de fessées. Est-ce que par hasard, elle qui travaille avec toi, elle n’aurait pas remarqué quelque chose de suspect ?
– Elle va te dire que oui… Alors là, ça, c’est sûr…
– Et te placer sous haute surveillance… C’est pas génial ?
– Je t’adore…
– Quelle que soit l’option retenue, il faut, de toute façon, préparer le terrain… Une bonne fessée s’impose, non ?
– Oh, si !

FIN DU PREMIER ÉPISODE

mercredi 13 janvier 2016

Fessées croisées (2)

FESSÉES CROISÉES (2)


6 Août


Une petite auberge de campagne… Enchâssée dans un écrin de verdure…
– On sera bien là, non ?
– Faudrait être difficile…
Il nous a fait apporter des cocktails, dehors, sous la tonnelle…
– Bon… Eh bien je t’écoute…
– Tu m’écoutes, Gilles ? Mais à propos de quoi ?
– Comme si tu le savais pas…
– Non… Non… Je t’assure…
– Je vais te mettre sur la voie alors… Enzo…
– Enzo ? Non, mais alors là, je sais pas qui t’a raconté quoi, mais…
– Mais ?
– Oui… Bon… C’est vrai… Mais je m’en veux assez, tu sais… C’était une connerie… Une énorme connerie…
– Oh, mais faut pas dire ça… Faut pas regretter… Parce que… t’en as bien profité, non ? Un vrai talent il a ce jeune homme, apparemment, pour expédier au septième ciel toutes les femmes qui lui tombent sous la main…
– Je te jure, Gilles, je te jure que c’est fini Enzo… Et bien fini… Tu me crois ?
– Tu n’as pas répondu à ma question… Il baise bien ?
– Non… Oui… Enfin c’était pas non plus…
– Si extraordinaire que ça ? Ah, oui ? Qu’est-ce que tu lui trouvais alors ? T’en étais amoureuse ?
– Non… Oh, non… Ça, il y a pas de risque…
– Donc, c’était pour le cul…
– Oui, dans un sens…
– Dans un sens ?
– Non, mais oui… Disons ça comme ça : c’était pour le cul… Oui… Seulement, comme je t’expliquais tout-à-l’heure, Enzo, c’est du passé… Rayé de la carte Enzo… Disparu… Oublié…
– Parce que sa copine lui mène la vie impossible… Sinon…
– Mais jamais de la vie, Gilles, enfin !
– Bien sûr que si ! C’est lui qu’a décidé de tirer un trait sur votre histoire… C’est pas toi… Et s’il l’avait pas fait, ça continuerait vous deux… Vous auriez remis ça aux prochaines vacances… Peut-être même que vous auriez pas pu attendre jusque là… Que vous vous seriez revus, de temps à autre, à la sauvette, ici ou là… C’est pas vrai peut-être ?
– Non, Gilles, non…
– Ben, voyons ! Supposons qu’il t’appelle… Demain… Après-demain… Dans quinze jours… Dans trois mois… Qu’il te dise qu’il veut te voir… Tu vas faire quoi ?
– Lui raccrocher au nez…
– Peut-être… Dans un premier temps… Mais il rappellera… Autant de fois que nécessaire… Il sait qu’avec toi il finira de toute façon par avoir gain de cause… Tu auras quelques scrupules de conscience… Pour la forme… Et puis, tôt ou tard, tu courras le rejoindre… Non ? Je me trompe ?
– Si… Non… Je sais pas quoi te dire…
– La vérité…
– La vérité, c’est que… Oui… Peut-être que tu as raison…
– Évidemment que j’ai raison… Et si c’est pas lui, c’en sera un autre…
– Gilles !
– Mais bien sûr que si ! Tu auras beau prendre toutes les bonnes résolutions que tu voudras, freiner des quatre fers, il arrivera toujours un moment où tu finiras par craquer… Parce que le type, en face, il a une belle petite gueule d’amour qui te fait fondre… Ou parce que l’envie qu’il a de toi t’émeut… Parce que tu as besoin de séduire… De te sentir désirée par un autre que ton mari… De lire dans les yeux de ton amant quelle importance ça a, pour lui, d’être en toi… Toi et personne d’autre… D’y libérer son plaisir…
– Je me suis jamais sentie aussi nue…
– Seulement tu le vis pas à plein tout ça… Tu culpabilises… Tu t’en veux avant… Tu t’en veux après… Et même… quelquefois… tu t’en veux pendant… Tu te gâches ton plaisir… Pour te punir…
– Mais comment tu fais ? C’est ça, Gilles… C’est exactement ça… Non, mais je te promets… Je vais essayer… Tu m’aideras… Je vais tout faire pour que ça arrive plus…
– Mais je te le demande pas… D’abord parce que tu vas te torturer pour rien… Tu tiendras un mois… Deux mois… Et ça te reprendra… Malgré tous tes efforts… Non… Faut se faire une raison… Et regarder les choses en face… T’en as besoin… T’en auras toujours besoin… Alors autant que tu le vives du mieux possible… Sans t’encombrer de tout un tas de préoccupations parasites…
– Comment ça ?
– Ben déjà, pour commencer, en jouant complètement franc jeu avec moi…
– Oui, mais toi ?
– Moi, je préfère – et de très loin – vivre avec une femme épanouie, bien dans son corps et dans sa tête, plutôt qu’avec une femme bardée, dans un cas, de frustration et de mal être et, dans l’autre, de culpabilité et de remords…



17 heures


Il est resté en moi… M’a caressé les sourcils… Les paupières… Les lèvres… Du bout du pouce…
– Il y avait longtemps… Il y avait longtemps qu’elle avait pas eu un plaisir aussi tonitruant la petite madame…
– C’est qu’il y a longtemps que la petite Madame s’était pas sentie aussi proche du monsieur… Aussi bien comprise…
– Tu me diras, hein ? Tu me promets ?
– Tout… Je te dirai tout… Même s’il y a rien… Si c’est juste dans ma tête qu’il se passe des trucs avec un type… Et puis toi, alors, tu me puniras pour ça… Tu me donneras la fessée… Une bonne…Une sévère…
– Qui te remettra en paix avec toi-même…
– Voilà, oui… Tu comprends tout… Mais pourquoi tu m’en donnais plus ces derniers temps ? T’avais plus envie ?
– C’est pas que j’avais plus envie, c’est qu’elles sonnaient faux… Que tu ne les investissais plus vraiment… T’étais ailleurs… Avec elles… L’essentiel, c’était vous trois…
– Oui, oh, alors là… Si tu savais…
– Si je savais quoi ? Que tout a commencé parce que Jaufret a flanqué une fessée à Christine et que Charles s’en est rendu compte ? Que, pour faire passer la pilule, vous avez inventé une histoire à dormir debout et que vous avez fini par vous prendre à votre propre jeu ? Et pas qu’un peu…
– Ah, ben d’accord ! En somme, si je comprends bien, c’est depuis le début qu’on avait des détectives au cul…
– Il n’y a jamais eu de détectives… Alexandre a inventé ça de toutes pièces… Pour vous donner le change… Au cas où vous finiriez par avoir des soupçons…
– Pas de détectives ? Alexandre… Des soupçons ? Des soupçons de quoi ? J’y comprends plus rien…
– Le frère aîné d’Alexandre est un ami d’enfance de Charles… Son meilleur ami… Et Alexandre est une vraie fouine… Qui a assisté à pas mal de choses… Qui connaît Ludo… Qui connaît Enzo… Qui connaît Jaufret… Et qui n’a pas son pareil pour tirer les vers du nez à son interlocuteur… Mélanie, entre autres, en a souvent fait les frais… Toi aussi, d’ailleurs, quelquefois…
– C’est par lui que t’as su alors pour Enzo ?
– Évidemment que c’est par lui… Par le truchement de son frère en fait… Mais ça revient au même…
– Quel petit salopard ! Non, mais quel petit salopard !
– À un rapport quotidien on avait droit… Et je peux te dire qu’il fourmillait de détails… On n’ignorait rien de vos parties de jambes en l’air aux unes et aux autres… On a toujours su où vous étiez… Ce que vous faisiez… Avec qui… Quels étaient vos projets… Vos plans d’action…Comment vous envisagiez de nous rouler dans la farine… Comment vous croyiez y être parvenues… Comment vous vous en réjouissiez…
– Tel est pris qui croyait prendre, quoi ! Vous nous avez bien eues… Mais ce type, là… Le frère d’Alexandre…
– Cyrille…
– C’était quand qu’il venait vous raconter tout ça ? Parce qu’on l’a jamais vu, nous… Même pas croisé comme ça, par hasard…
– Il venait pas… On allait chez lui… Le matin, pendant que vous faisiez vos ablutions… Et on y retournait l’après-midi…
– Eh ben dis donc !
– Cyrille était intarissable… Il en avait jamais fini avec vous… Vous le fasciniez à un point… Toi surtout…
– Moi ? Pourquoi moi ?
– Parce que tu leur distribuais généreusement des fessées aux deux autres, mais que toi, tu n’en recevais jamais… Il rêvait du jour où son frère lui apprendrait que… enfin… enfin… vous aviez interverti les rôles…
– Oui… Ben raté…
– Il a eu mieux… Beaucoup mieux…
– Comment ça ?
– Tu as la mémoire courte…
– Ah, oui… C’est vrai… J’y pensais plus… Il y a eu le club…
– Et Nathalie… La copine d’Enzo… Qui ne t’a pas ménagée…
– Il y était Alexandre ?
– Ils y étaient tous les deux…
– Et toi aussi… Forcément…
– Non… La faute à Charles… Persuadé qu’on avait largement le temps de faire l’aller et retour à Nice avant… Résultat des courses : quand on est arrivés tout était terminé… Et pourtant ça valait son pesant d’or à ce qu’il paraît… Mais tu me raconteras… Et puis qui sait ? Tu recroiseras peut-être la route d’Enzo… Et celle de Nathalie dans la foulée…



7 Août


Un doigt sur mes fesses… À en épouser interminablement les contours… À y dessiner courbes et arabesques… Il y a posé les lèvres…
– Qu’est-ce que c’est beau comme ça… Le lendemain… Le surlendemain… Quand ça a viré… Un chatoiement de couleurs… De noirs profonds… De violets subtils… De jaunes incandescents… De rouges miraculeux… C’est magnifique… C’est émouvant… Très… Mais pour arriver à ce résultat-là…
– Il faut qu’on ait mis le paquet…
– Et elle l’a mis…
– Elle m’en voulait à mort…
– Ce qu’on peut comprendre… T’avais couché avec son mec…
– Je sais, oui… Elle me le faisait payer… Et il y avait quelque chose en moi qui lui donnait complètement raison… Qui trouvait même qu’elle en faisait pas assez… Que les claques qu’elle m’assénait sur les fesses… Que les mots de rage qu’elle me disait en même temps, c’était rien… C’était pas suffisant… Ça méritait beaucoup plus que ça ce que j’avais fait…
– Et ça mérite encore…
– Ah, ça, c’est sûr…
– Il y a autre chose aussi qui mérite…
– Quoi donc ?
– Tu as beaucoup montré, à ce qu’il paraît, pendant cette fessée… En fait tu n’as rien laissé ignorer à l’assistance de ton anatomie… On s’est, semble-t-il, bien régalé…
– Oui, mais attends, Gilles ! Quand t’es dans cette position et qu’on te martèle à tout va le derrière, il arrive un moment où tu maîtrises plus rien… Où t’es obligée de battre des jambes dans tous les sens… Tu peux pas t’empêcher…
– Mouais…
– Si, c’est vrai, hein !
– Il y a une autre explication possible… Tu avais tout un parterre de mâles à ta disposition…L’occasion était trop belle… Tu en as profité pour les asticoter un peu… Pour leur laisser admirer, dans les moindres détails, tes trésors cachés…
– Non, Gilles… Non… Je t’assure…
– Même pas un peu ?
– Je sais pas… Je…
– Mais si, tu sais !
– Peut-être un peu quand même… Si ! Oui…
– Ah tu vois… Au point que ça mérite ?
– Je crois quand même, oui…
– On va se la mettre de côté alors cette fessée… Qu’on profite jusqu’au bout, en attendant, de celle que Nathalie t’a donnée… Tant qu’elle ne se sera complètement effacée…
Et son doigt a repris son cheminement… Son voyage… Inlassablement… S’est insensiblement rapproché de la raie entre les fesses… S’y est insinué… M’a ouverte…
– Viens, Gilles, viens ! S’il te plaît, viens !
Il est venu…



11 heures


– Wouah ! T’as vu l’heure ? On s’est rendormis…
– Quelle importance ? On est en vacances, non ?
Je me suis blottie contre lui…
– Comment c’était trop bon tout-à-l’heure… Pour toi aussi ?
– Ça s’est pas vu ?
– Si ! T’as grogné… C’est pas souvent… N’empêche que finalement…
– Finalement ?
– Non… Rien… J’allais dire une connerie…
– Qu’heureusement qu’il y a eu Enzo ?
– Ben oui… Oui, dans un sens… Parce qu’on était complètement en train de se perdre tous les deux… Tu me voyais plus…
– Ni toi non plus…
– Parce que tu me voyais plus… C’était la spirale infernale…
– Bon, mais c’est du passé tout ça…
– Oh, oui, hein ! Jamais plus on se laissera rattraper par la routine… Jamais… Tu me promets ?



14 heures


– Le jour où tu l’as rencontré Enzo, t’étais habillée comment ?
– Pourquoi tu me demandes ça ?
– Parce que… T’étais habillée comment ?
– Comment tu veux que je me rappelle…
– Mais bien sûr que si que tu te rappelles…
– Peut-être ma robe rouge… Oui, c’est ça… Ça me revient… Ma petite robe rouge…
– Pas étonnant qu’il ait craqué Enzo… Passe-la !
– Hein ? Mais pour quoi faire ?
– Tu verras bien… Vas-y ! Mets-la !

– Mais où tu m’emmènes ?
– Tu commences pas à t’en douter un peu ?
– Ben… Dans la mesure où on est à Toulon…
– Où tu as d’excellents souvenirs, non ?
– Tu vas pas…
– Te remmener boire un coup là-bas ? Si ! Que tu poses ton petit derrière si joliment puni par Nathalie sur la chaise même où tu as fait la connaissance de son petit ami… La boucle sera bouclée… Et on pourra passer définitivement à autre chose… C’est pas une bonne idée ?
– Je sais pas… Peut-être… J’en sais rien…

– C’était cette chaise-là ?
– Oui… L’autre, c’était Christine…
– T’as de la chance… Elle est libre… Bon, ben je te laisse…
– Comment ça, tu me laisses ? Tu vas où ?
– Un peu plus loin là-bas… Je te laisse méditer sur tout ça… En toute tranquillité… Ça devrait te faire le plus grand bien…

Dès que je l’ai vu s’approcher le type, l’air faussement distrait, j’ai su qu’il allait le faire… Qu’il allait s’installer à la table d’à côté… Ce qui n’a pas loupé…
– Il y a quelqu’un là ?
– Vous voyez bien que non…
– Vous pourriez attendre des amis… Et avoir besoin de la table… Des chaises…
– Ce n’est pas le cas…
– Oui, hein ! Moi, c’est pareil… Pour se faire des amis aujourd’hui…
– En ce qui me concerne en tout cas j’en ai…
– Ben, on dirait pas… Vous êtes là, toute seule, avec la tête de quelqu’un qui vient d’enterrer toute sa famille…
– Vous inquiétez pas pour moi… Prenez pas cette peine… Tout va très bien…
– Ben, vous en avez de la chance ! Parce que moi… Oh, mais je vais pas vous prendre le chou avec mes problèmes… Vous vous en fichez n’importe comment…
– Elles ont toujours une fin les mauvaises passes…
– Vous vous rendez pas compte dans quelle situation je suis… Non… Vous pouvez pas… Parce que voilà cinq minutes que je discute avec une super nana… Une beauté à se mettre à genoux devant… Que je me dis que c’est peut-être la femme de ma vie… Et que si je ne trouve pas les mots pour la retenir, pour lui donner envie de me revoir, elle va disparaître à tout jamais…
– Pauvre malheureux que vous êtes…
– Si vous saviez ! C’est désespérant…
Je me suis levée…
– Vous vous en remettrez…
– On se reverra ? Laissez-moi au moins un espoir…
– Je crois pas, non…
Et je me suis éloignée… J’ai regagné la voiture…

– Ah, ben bravo !
– Mais enfin, Gilles ! Qu’est-ce que je peux y faire, moi, si un type il vient s’asseoir à la table d’à côté…
– T’étais pas obligée de discuter avec…
– Vu comment elle s’était engagée la conversation, c’était impossible de pas lui répondre…
– Ben, voyons !
– Si, c’est vrai, hein !
– Ça te déplaisait pas… Ça se voyait comme le nez au milieu de la figure… Et je suis bien tranquille que si tu m’avais pas su là, derrière, ça aurait duré beaucoup plus longtemps… T’y aurais passé l’après-midi… Et après…
– Tu te fais un film, Gilles, je t’assure…
– Regarde-moi ! Il te plaisait pas ce type ?
– Peut-être un peu…
– Un peu plus qu’un peu, non ?
– Il avait du charme… Et puis des yeux… C’est fou des yeux comme ça…
– Des yeux pleins de désir pour toi… Et ça, c’est quelque chose à quoi tu n’as jamais pu résister…
Je me suis blottie contre lui… Il m’a doucement caressé la joue…
– Qu’est-ce qu’il va y en avoir des fessées en attente…
– Tant que tu voudras, Gilles… Tout ce que tu voudras…



8 Août


– Elle s’estompe… Cette fois elle s’estompe vraiment cette fessée… Demain… Après-demain au plus tard il faudra la réactiver…
– À cause de ce type, hier, au café ?
– Ou d’un autre type… Dans un autre café…
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Ivan aussi, c’est dans un café que tu l’as rencontré, non ?
– Ivan ?
– Ivan, oui…
– Alors comme ça, tu sais… Pour lui aussi, tu sais…
– Il y a beaucoup de choses que je sais et que tu ignores que je sais… Bon, mais Ivan…
– Comment t’as su ?
– Ça n’a aucune importance comment j’ai su… Parle-moi de lui plutôt…
– C’est pas facile…
– Je vais t’aider alors… Le café s’appelait « Le Marigny »… Tu y étais attablée devant une limonade… Ivan a fait son apparition… Dix minutes après il te sautait dans les chiottes…
– Pas dix minutes, non !
– Vingt ? Trente ? On n’est pas à quelques minutes près… Et ça change quoi au fait qu’il t’a tirée dans les chiottes ?
– J’étais dans un état second… Je savais plus ce que je faisais… Si, je t’assure, Gilles…
– Le lendemain aussi ? Et les jours suivants ? Ça dure, chez toi, dis donc, les états seconds…
– Non, mais c’est vrai, hein ! C’était complètement fou ce truc… Quelque chose hors du temps… Hors de tout… Je sais pas comment expliquer…
– Essaie quand même…
– Du désir pur c’était… Brut… Que c’est même pas la peine d’essayer de résister… Que t’y arriveras pas de toute façon…
– C’est un peu facile, non ?
– Mais c’est vrai ! Je te jure que c’est vrai… Dès que je l’ai vu, j’ai su que ça allait se passer comme ça… Qu’il allait pouvoir me demander tout ce qu’il voulait… Et que ce qu’il voulait, j’en crevais moi aussi d’envie… On s’est pas dérobés… On s’est regardés… J’ai pas baissé les yeux… Pas une seule fois… Même quand il s’est levé… Qu’il s’est approché… Il m’a prise par la main… Sans un mot… Et il m’a emmenée en bas… Il nous y a enfermés… Et ça a été là, comme ça, contre la porte… Tout de suite… Sans même me déshabiller… Avec juste la culotte ramenée sur le côté… À toute allure c’est venu… Pour lui… Mais aussi pour moi… Et alors là d’une façon ! Jamais j’avais connu ça, moi ! Je pensais même pas que ça pouvait exister…
– Et t’as plus eu qu’une idée en tête… Recommencer…
– Ben oui… Mets-toi à ma place… Sauf qu’il était parti comme un voleur… Et que j’avais beau venir y passer mes journées au Marigny… Du matin au soir… Pas d’Ivan… Personne le connaissait là-bas… Personne pour me mettre sur une piste quelconque… J’étais dans un état !
– Et c’est moi qui trinquais… Tu étais d’une agressivité à mon égard…
– Je suis désolée… Je…
– On verra ça plus tard… Continue !
– Et juste comme j’allais désespérer… Que j’étais en train d’en prendre mon parti… Je ne le reverrais plus…
– Il a ressurgi…
– Comme la première fois… Exactement pareil… Sauf que là il s’est pas assis… Il est venu droit sur moi et il m’a emmenée… À l’hôtel en face… On y a passé l’après-midi… Et toute la nuit… Plus rien d’autre ne comptait… Que nous deux… Que notre désir l’un de l’autre… Sa femme n’existait plus… Tu n’existais plus… Tout juste si j’ai pris le temps de te prévenir que je ne rentrerais pas… Je sais même plus ce que je t’ai donné comme prétexte d’ailleurs…
– Que ta copine Amanda était au trente-sixième dessous… Que tu pouvais pas la laisser toute seule… Que t’avais peur qu’elle fasse une bêtise…
– Ah, oui, c’est vrai… Je me rappelle maintenant…
– Trois mois vous êtes restés sur votre petit nuage… Et puis, du jour au lendemain…
– Ça nous est passé, oui… Comme ça nous était venu…
– Le désir, une fois qu’il est assouvi, s’il y a rien d’autre à côté…
– T’as toujours su alors ? Tout du long…
– Pour pas se rendre compte… Ça te transpirait de partout…
– Oui, mais que c’était Ivan ? Et les détails… Le Marigny… Tout ça…
– Tu prenais si peu de précautions que c’était un jeu d’enfant que de te suivre à la trace… Quant aux clients du Marigny, ils sont très bavards… Même quand on leur demande rien…
– Je vois… Et tu n’as rien dit ? Tu m’as pas volé dans les plumes ?
– Ça aurait avancé à quoi ? Tu te serais braquée… Ça aurait dégénéré… On se serait peut-être séparés… Sûrement même… Tandis que là… Tu as vécu ce que tu avais à vivre… Que tu ne pouvais pas ne pas vivre…
– Et c’est maintenant que tu me présentes la note… Cinq après…
– C’est le bon moment… Tu es décidée à la payer… Tu sais qu’il faut que tu la paies…
– Ce sera quand ?
– Bientôt… Très bientôt…



13 heures 30


– Tu veux faire quoi cet après-midi ?
– Je sais pas…
– Même pas une petite idée ?
– Non… Pas vraiment, non…
– Pas vraiment… Donc, un peu quand même… Ce que tu te demandes en fait, c’est si ton soupirant d’hier sera encore là aujourd’hui… Et tu crèves d’envie d’aller vérifier… Non ? C’est pas ça ?
– Non… Enfin si… Mais c’est pas pour ce que tu crois…
– Ce que je crois surtout, c’est que si t’y vas pas, ça va t’encombrer la tête… Demain… Après-demain… Et tous les jours qui suivront… Et que, de toute façon, tu finiras par y aller… Alors autant que t’y ailles tout de suite… Ce sera fait…
– Oui, mais…
– Mais quoi ? Il y a un risque ? Évidemment qu’il y a un risque… Tu le sais et je le sais… Surtout après notre conversation de ce matin… Qui a dû te faire remonter plein de choses… Les réactiver… Mais, quelquefois, ne pas le prendre le risque, c’est, à terme, encore plus risqué que de le prendre… Non ? Tu crois pas ?

Gilles a garé la voiture dans une petite rue latérale…
– Je bouge pas d’ici… Je t’attends… Prends tout ton temps…

J’étais à peine assise qu’il a surgi…
– Je le savais que vous reviendriez… J’en étais sûr…
– Oui, ben rêvez pas ! Ça n’a rien à voir avec vous… C’est juste que l’endroit me plaît et que je m’y sens bien…
– En attendant, vous avez bien meilleure mine qu’hier…
– J’ai mieux dormi…
– À moins que…
– Que quoi ?
– Une femme, quand elle plaît, qu’elle sent qu’on la désire, tout de suite ça la change du tout au tout… Ça l’illumine de l’intérieur… Et là, vous resplendissez…
– Et vous seriez l’artisan de cette métamorphose ?
– Je pense y contribuer, oui…
– Petit prétentieux ! Et vous avez raconté ça à combien de femmes depuis hier ?
– Depuis hier ? Je ne pense qu’à vous…
– Mais bien sûr ! Je vais vous croire…
– C’est pourtant vrai… Et vous ? Vous avez pensé un peu à moi ?
– Non…
– Il est bien timide votre non… Je suis sûr que si… Que vous avez imaginé que je vous serrais dans mes bras… Au moins ça…
– Et puis quoi encore !
– Ça viendra peut-être…
– Oui, ben alors là… Sûrement pas…
– On ne sait jamais de quoi demain sera fait…
– Mais de quoi il ne sera pas fait, si !
– Oui, oh, alors ça !
– Je suis mariée…
– Moi aussi… Ça m’empêche pas de vous trouver à mon goût…
– Taisez-vous ! Il ne faut pas…
– Et vous de me trouver au vôtre…
– Vous vous l’imaginez…
– Il y a des signes qui ne trompent pas…
– Ah, oui ? Et lesquels selon vous ?
– Ça, c’est mon secret… Que je ne vous dévoilerai pas… Vous vous efforceriez de les dissimuler… Vous vous compliquez beaucoup trop la vie, petite madame… Laissez-vous aller… Laissez parler votre corps… Vos désirs…
Il m’a posé la main sur la cuisse… Je l’y ai laissée… Je ne l’ai pas repoussée… Quelques secondes… Quelques secondes de trop… Et puis je me suis levée…
– Faut que j’y aille…
Il m’a tendu un petit bout de papier…
– Mon 06… Si vous voulez… Quand vous voudrez…
Je l’ai pris… Et je me suis enfuie… Sans me retourner…

– Alors ?
– Oh, ben alors, rien…
– Tout ce temps-là pour rien ?
– On a parlé…
– Et ?
– Il a envie de coucher avec moi, ça, c’est sûr…
– Et toi aussi…
– Peut-être un peu, oui…
– Un peu ? T’en crèves d’envie…
J’ai posé ma tête sur son épaule…
– Il me trouble… Si, c’est vrai… Comment il me trouble…



9 août


– Enzo avait une copine… Ivan était marié… Ton soupirant actuel aussi… C’est une constante chez toi, dis donc…
– Ça se trouve comme ça… C’est un pur hasard…
– À moins que…
– Me dis pas ça, Gilles… S’il te plaît, me dis pas ça…
– Pourquoi ? Parce que tu sais que c’est vrai ?
– Mais jamais de la vie enfin !
– Tu la connais la femme d’Ivan ?
– Non… Bien sûr que non… Comment tu veux ?
– Elle a été au courant pour vous ?
– Je crois, oui… En tout cas, c’est ce qu’Ivan m’a laissé entendre…
– Et t’as pas cherché à savoir ?
– À savoir ? Mais à savoir quoi ?
– Comment elle l’avait vécu, elle, ta relation avec son mari…
– Je me suis pas posé la question…
– Tu t’en fichais…
– Mais non, mais…
– Bien sûr que si que tu t’en fichais ! Du moment que tu pouvais t’envoyer en l’air tant et plus avec Ivan… Le reste, pour toi, ça ne présentait pas le moindre intérêt…
– J’étais…
– Dans un état second… Je sais… Tu l’as déjà dit…
– Mais pourquoi tu me parles d’elle ?
– Tu sais ce qu’elle est devenue ? Ce qu’ils sont devenus ?
– Comment je pourrais ? Je l’ai complètement perdu de vue Ivan…
– Eh, bien, je vais te le dire, moi ! Quand tu as eu disparu de leur existence, ils ont essayé de reprendre cahin caha une vie de couple normale… Avec des hauts… Avec des bas… Ils n’y sont jamais parvenus… Elle n’a jamais réussi à lui pardonner… Si bien qu’ils ont fini par se séparer… Définitivement…
– Je suis désolée…
– Tu peux bien l’être tant que tu veux… Ça ne changera strictement rien à la situation… Ah, t’en auras fait du dégât, ça, on peut pas dire…
– C’est pas de ma faute…
– Pardon ?
– Non… Rien… Excuse-moi ! Tu vas me punir ?
– Uniquement si tu estimes, en conscience, l’avoir mérité…
– Évidemment que je l’ai mérité… Et puis…
– Et puis ?
– Maintenant que je sais… Que tu m’as dit… je vais culpabiliser comme une malade… Tandis que si tu me punis…
– T’auras payé… Et tu te sentiras mieux… Beaucoup mieux…
– Voilà, oui…
– Et ce qui serait encore plus efficace, ce serait que ce soit Emma elle-même, la femme d’Ivan, qui te la donne cette fessée… Non ? Tu crois pas ?
– Peut-être, oui… Sûrement même… Seulement c’est pas possible, ça…
– Bien sûr que si ! Dans une heure elle sera là…



11 heures


Une grande femme brune… Sèche… Hautaine… Qui m’a fixée, d’emblée, droit dans les yeux… J’ai baissé les miens…
– Alors comme ça c’est toi… Fais-toi voir…
Son doigt sous mon menton… Pour m’obliger à relever la tête…
– Ça m’étonne pas… T’as bien la gueule à ça… À foutre le bordel dans les couples des autres… C’est ton petit plaisir, ça, hein ?
– Mais non, mais…
– Déshabille-toi, va ! Ça vaudra mieux que de raconter n’importe quoi…
Je n’ai pas discuté… Je me suis exécutée… Lentement… De plus en plus lentement… Je me suis interrompue…
– Eh bien ? La culotte ! Elle mettait moins de temps à tomber quand il s’agissait de te faire troncher par Ivan, hein ?
Je l’ai retirée… En lui tournant le dos…
Elle a ri…
– C’est ça ! Mets-toi dans le bon sens…
Une brusque poussée au creux des reins… J’ai été projetée, à plat ventre, sur le canapé… Et ça a cinglé… Aussitôt… Un martinet… Qui s’est abattu et réabattu… Dix fois… Vingt fois… Trente fois… Inlassablement… À pleines fesses…
– Ah, t’en as pris du bon temps… T’en as pris… Eh bien chacun son tour…
Ça a été encore plus fort… Plus rapproché… J’ai gémi… J’ai crié…
Ça s’est arrêté d’un coup…

C’est Gilles qui m’a fait relever…
– Remercie Emma… Qui a eu la gentillesse de venir te remettre en paix avec toi-même…
– Oui… Merci, Emma… Merci…



13 heures


– Elle est pas restée…
– Non… Elle avait à faire… Oh, mais elle va revenir… Très bientôt… C’est prévu… Avec son mari…
– Son mari ?
– Son mari, oui… Parce que tu lui as rendu un fier service finalement en couchant avec Ivan… Ils étaient dans une impasse tous les deux… Ils n’avaient plus de couple que le nom… Il lui fallait l’impulsion pour sauter le pas… Pour mettre un terme… Tu la lui as donnée… Elle a rencontré quelqu’un d’autre… Elle est heureuse…
– Mais alors… Tout-à-l’heure…
– Ça change rien… Tu méritais quand même, non ?
– Si… Oui… Oui…
– Ah, tu vois… Bon, mais tu vas faire quoi de ton après-midi ? Aller là-bas ? Te laisser conter fleurette par ce charmant jeune homme qui te met en émoi ?
– Je sais pas… Je crois pas, non…
– Parce que ?
– Comme ça… J’ai pas trop envie aujourd’hui…
– Je te comprends… Parce que s’il se montre très entreprenant – et, au point où vous en êtes, il y a toutes les chances qu’il le soit – tu ne pourras pas lui céder… T’en crèves d’envie, mais tu ne pourras pas… Vu l’état de ton derrière… Tu ne vas pas quand même pas lui exhiber ça sous le nez… Surtout pour une première fois… Alors ? Lui résister ? Lui dire non ? Tu n’aurais pas d’autre solution… Quoi qu’il doive t’en coûter… Et il t’en coûterait beaucoup… Il te faudrait pourtant en passer par là… Au risque qu’il prenne ce refus ponctuel lié aux circonstances pour un refus définitif… Qu’il s’en offusque… Ou qu’il se décourage… Non… Tu as raison… Mieux vaut éviter de le rencontrer tant que ton derrière ne sera pas redevenu présentable… Tant que tu n’auras pas les coudées franches… Allez, vas-y, va ! Appelle-le ! Dis-lui que t’es désolé, mais que t’as un empêchement… Invente quelque chose… Quelque chose de plausible… Mais ça tu sais très bien faire… Bon, eh bien je te laisse alors… Je vous laisse tous les deux… Vous allez certainement avoir des tas de choses à vous dire…



15 heures


– À quelque chose malheur est bon, tu vois… On va pouvoir passer l’après-midi ensemble… Tous les deux… Rien que nous deux… Génial, non ?
– Où tu m’emmènes comme ça ?
– Tu t’en doutes pas un peu ? Vu la direction qu’on a prise…
– C’est pas ?
– Là où tu t’envoyais en l’air avec Enzo ? Si ! Pourquoi ?
– Ben, parce que…
– Parce que quoi ? Après le café où tu as fait sa connaissance, la petite plage où vous vous ébattiez… Avoue qu’il y a une logique là-dedans…

– Alors ? Vous vous installiez où tous les deux ?
– Par là… Je sais plus trop au juste…
– Mais si, tu sais… Tu sais même très bien… C’était où ?
– Là-bas… Dans le petit renfoncement…
– Ah, ben tu vois quand tu veux…
Il m’a prise par le bras… Entraînée…
– Là ?
– À peu près, oui… Peut-être un tout petit peu plus à gauche…
– Là alors ? Parfait…
Et il s’est déshabillé… Tout… Complètement…
– Eh ben allez ! Toi aussi ! Il fait beau… Qu’on en profite ! Ça durera peut-être pas… Qu’est-ce tu regardes ? De quoi t’as peur ? Qu’il arrive quelqu’un ? Tu t’en fichais quand c’était lui… Ou plutôt non… C’est pas que tu t’en fichais… C’est que tu te posais même pas la question… Ah, ben voilà… Voilà…
Je me suis allongée à ses côtés… Il m’a posé une main sur le ventre… M’a lissé, du bout du pouce, le pourtour du nombril… Est remonté… A escaladé un sein… L’a empaumé… En a délicatement sollicité la pointe…
– Tu sais quoi ? Tu es de plus en plus désirable… Plus les années passent et plus…
Il n’a pas terminé… Il s’est dressé contre ma cuisse… A enfoui sa tête dans mon cou… Il a voulu… On s’est voulus…



10 août


– Il y a longtemps que t’es réveillée ?
– J’ai pas fait attention… Une heure… Peut-être deux…
– Et tu pensais à quoi ? À tout ce que t’as encore à me raconter ?
– Oh, il y en a pas tant que ça…
– Question de point de vue… Allez, vas-y ! Vide ton sac ! Tu te sentiras mieux après, tu verras…
– C’est pas facile, Gilles… Aide-moi !
– Que je t’aide ? C’est-à-dire ? Que je te lance sur une piste… C’est ça que tu veux, hein ? Histoire d’être sûre que tu ne me révèles que ce que je sais déjà… Eh, non, ma chère… Non… C’est trop facile… Cette fois l’artiste travaille sans filet…
– Mais je sais pas, moi ! Comment tu veux ?
– C’est bien ce que je disais… Il y en a tellement que tu sais pas par quel bout commencer…
– Mais pas du tout, Gilles, enfin ! Pas du tout ! Bon… Mais ma copine Andrea… Tu te rappelles bien Andrea quand même ? On était à son mariage… Rémi il s’appelait lui…
– Peut-être… Ça remonte loin…
– Oh, oui… Un an après le nôtre de mariage c’était…
– Et alors ?
– Et alors il m’est tombé dessus la veille de la cérémonie… À la déclaration en règle j’ai eu droit… Qu’il m’aimait comme un fou… Qu’il n’avait jamais aimé que moi… Que s’il y avait eu quelque chose entre Andrea et lui, c’était parce qu’on était amies toutes les deux… Que ça lui permettait de me voir… De me parler… Mais qu’il suffirait d’un mot de moi pour qu’il annule tout…
– Ah ! Et t’as répondu quoi à ça ?
– Qu’il s’imaginait qu’il m’aimait, mais qu’en réalité… Il m’a juré que si… Il m’aimait… Il m’adorait… Il s’est jeté à mes genoux… Il me les a embrassés… Il m’a suppliée…
– Et t’es sortie comment de ce guêpier ?
– J’étais mariée… Je n’avais pas la moindre intention de te quitter… Et puis Andrea l’aimait… Est-ce qu’il imaginait une seule seconde que je pourrais faire un truc pareil à ma meilleure copine ?
– Je reconnais bien là ton haut sens moral…
– Fiche-toi bien de moi…
– Et donc ? Ce Rémi ?
– Il a fini par partir… Complètement effondré…
– Et s’est, au bout du compte, montré raisonnable… Le lendemain, il était marié…
– Raisonnable… Si on veut…
– Parce que ?
– Tu te rappelles où il avait lieu le mariage ?
– Vaguement… Un château avec un parc immense…
– Plein de recoins… De bosquets… De labyrinthes… Oui… Dans l’après-midi la tête s’est mise à me tourner… L’alcool… Le bruit… J’ai voulu m’isoler un peu… Il y avait un écrin de verdure… Avec un banc… Je m’y suis réfugiée… Je n’y étais pas depuis cinq minutes qu’il a surgi… Qu’il s’est assis à mes côtés… Et qu’il a fondu en larmes… Il faisait pitié… Vraiment…
– Si bien que tu t’es dévouée pour lui offrir un peu de réconfort… C’était vraiment très généreux de ta part… Et toi ?
– Quoi, moi ?
– J’espère que toi aussi t’y as trouvé ton compte…
– Écoute, Gilles…
– Ben, oui… Forcément… Se taper le mec de sa meilleure amie le jour où elle se marie comment ça doit être excitant… Non ?
– C’était pas ça… Tu comprends pas…
– Sans compter qu’elle était pas loin… Qu’elle aurait pu se mettre à le chercher… Vous tomber dessus… Ou bien moi… J’aurais pu me demander où tu étais passée… Tu imagines ? Mais tu adores ça jouer avec le feu… T’y prends un pied pas possible… Donc tu dis que c’était bien… Que tu t’es éclatée…
– Hein ? Mais j’ai jamais dit ça…
– Ah, oui ? C’était sans plus, quoi, alors ! Décevant en somme… C’était pourtant pas l’impression que ça donnait de là où j’étais… Deux fois t’as joui… Une fois tout en retenue… Du bout des lèvres… Et l’autre à fond… T’as tout lâché… Mais peut-être que tu faisais semblant…
– T’étais là ? C’est pas vrai que t’étais là… T’étais où ?
– Tu n’as pas répondu à ma question…
– Non, je faisais pas semblant… Non… Tu le sais bien… Mais t’étais où ?
– Ça n’a aucune espèce d’importance où j’étais… L’essentiel, c’est que tu l’aies enfin dit… Que ce soit enfin sorti… Depuis le temps que je l’attendais cet aveu-là… Il en aura fallu des tours et des détours pour qu’enfin tu t’y résolves…
– T’es fâché ?
Il m’a attirée contre lui… Serrée dans ses bras…



14 heures


– Tu fais voir ?
– Quoi ? Mon derrière ?
Il a fait signe que oui… Oui…
Je me suis déculottée… Tournée… Il y a longuement promené son doigt…
– Ça se voit encore… Et pas qu’un peu…
– Ben oui… Forcément… D’hier seulement ça date…
– Tu veux aller le retrouver quand même ?
– Non, Gilles, non… Vaut mieux pas… Pas encore… Plus tard… Parce que j’y ai repensé à ce que t’as dit… T’avais complètement raison… Je suis piégée si j’y vais… Dans tous les cas de figure…
– Finalement j’aurais un bon moyen de t’empêcher de le voir définitivement… Ce serait de te mettre fessée sur fessée… Que t’aies le derrière constamment rougi…
– Je sais pas…
– Tu sais pas quoi ?
– Si ça y ferait vraiment… Parce qu’au bout d’un moment je pourrais pas m’empêcher… J’aurais trop envie… J’irais quand même… Et tant pis s’il voyait… Il se passerait ce qui se passerait…
– Bon, mais on en est pas là… Ou pas encore…



15 heures


– J’en étais sûre que t’allais me ramener là… Certaine…
On s’est déshabillés… On a tout enlevé… On s’est installés… Exactement au même endroit…
– Oh, ben oui… Oui… C’est tellement excitant pour toi de faire ça avec ton mari là où tu le faisais avant avec ton amant…
– Mais non, Gilles…
– Non ? On a vu ce que ça donnait hier… Et je suis bien tranquille que c’est la même chose aujourd’hui… T’es déjà toute trempée, je suis sûr… Rien que d’être là… Rien qu’à l’idée…
Il m’a parcourue… Du bout des doigts… Je l’ai laissé faire… Descendre… S’aventurer…
– Ah, tu vois ! À quoi ça t’avance de nier l’évidence comme ça, hein, tu peux me dire ? À te faire du mal et puis c’est tout… Accepte les choses telle qu’elles sont… Accepte-toi telle que tu es… Et tout ira beaucoup mieux, tu verras…
– Oui, mais…
– Il n’y a pas de mais qui tienne…
Et il m’a prise contre lui… S’est fait tout doux… Très amoureux… Ça a été un plaisir plein… Intense… Que j’ai psalmodié, nouée à lui…

Il est resté en moi…
– Tu m’as pas dit pour Rémi…
– Je t’ai pas dit quoi ?
– Si tu l’as revu… Si vous avez remis ça…
– Non… Je te jure, Gilles… Non…
– Mais tu y as pensé…
– Quelquefois, oui…
– Et t’as essayé de le revoir…
– Non… Mais c’est vrai que j’ai espéré… Que j’ai attendu… J’étais sûre qu’il allait se manifester…
– Ce qu’il n’a pas fait… Il avait eu ce qu’il voulait… Tu l’intéressais plus…
– Je crois pas que ce soit ça, non…
– C’est quoi alors ?
– Je sais pas… Il y en a plein des explications possibles… Mais pas celle-là…
– Parce qu’elle te ferait trop mal ?
– Non… Parce que ça lui ressemble pas… C’est pas lui, ça… Ça peut pas être lui…
– Tu y crois toujours, hein ?
– Pas vraiment, non…
– Mais quand même un peu…
– Ce qui me fait mal, c’est de pas savoir… De pas arrêter de me demander…
– Tu y es retournée ? Au château ? Sur le banc du jour du mariage… Tu y es retournée ? Oui… Évidemment que tu y es retournée… Des après-midis entières tu y as passé… À attendre… Des fois qu’il finisse par y venir lui aussi… Qu’il ait la nostalgie de ce qui s’est passé là entre vous deux…
– Tu me fais peur… Tu sais tout… Tu devines tout…
– Et si ?
– Quoi ?
– Si on y allait ensemble un jour là-bas ? Tous les deux ?
– Tu comprends tout… Tu comprends vraiment tout…
– Peut-être que ça le ferait venir…
– Tais-toi, Gilles ! S’il te plaît, tais-toi ! Dis rien !



11 août


Dix fois je l’ai reposé le téléphone… Dix fois je l’ai repris… Ça a sonné… Cinq fois… Six fois… Ça a décroché…
–Allô… Oui…
– Bonjour… Monsieur Joubert ?
– Ah, non ! C’est pas monsieur Joubert, non…
– Excusez-moi ! J’ai dû me tromper… J’ai vérifié pourtant… Chiffre à chiffre… Je comprends pas…
– Attendez ! Raccrochez pas ! Elle me dit quelque chose votre voix… N’importe comment si vous avez mon numéro, c’est forcément qu’on se connait…
– Je vois pas…
– Je suis dans votre répertoire ?
– Non… Sur un petit bout de papier…
– Ah, ça y est ! J’y suis… Vous êtes la fille du café… Vous allez bien ?
– Du café ? Quel café ? Ah, oui ! Désolée… Joubert aussi m’avait laissé son numéro sur un papier… Je me suis emmêlé les pinceaux…
– Pas grave… Ça fait plaisir de vous entendre… Alors ! Qu’est-ce que vous devenez ?
– Oh, rien de spécial…
– En attendant, vous me faites faux bond… Tous les après-midis je suis fidèle au poste… Et tous les après-midis j’attends pour rien…
– S’il y a que ça pour vous faire plaisir, je finirai bien par revenir faire un bout de causette avec vous…
– Quand ?
– J’en sais rien quand… Quand je pourrai…
– Cet après-midi ?
– Vous êtes bien pressé…
– Oh, oui… Oui… C’est un tel bonheur de passer un moment avec vous…
– En faites pas trop…
– Vous viendrez ?
– J’essaierai…
– Oh, si, vous viendrez… Si ! Dites oui…
– Vous verrez bien…



11 heures


– Gilles…
– Oui…
– Tu comptais qu’on fasse quoi cet après-midi ?
– Pourquoi tu me demandes ça ?
– Parce que je l’ai eu au téléphone le type du café, tu sais…
– Ce qui veut dire que tu l’as appelé… Il te manquait tant que ça ?
– Non… Enfin, si ! Un peu…
– Et alors ?
– Ben, je vais y aller…
– Tu fais bien ce que tu veux…
– Mais si tu préfères qu’on soit tous les deux, je reste là, c’est pas un souci…
– Il n’en est pas question… Non, non… Tu y vas…



14 heures


– Bon, ben à tout-à-l’heure alors…
– Attends ! Une petite seconde… Viens voir là…
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– Elles y sont plus les marques ?
– Pratiquement plus… Faut vraiment le savoir…
– Faut remédier à ça alors… Non ?
– Gilles…
– Oui ?
– Non… Rien…
– On va te faire toute belle, tu vas voir… Quelque chose de soigné… Qu’il soit content… Qu’il apprécie… Si d’aventure elle se termine au lit votre après-midi… Allez ! Mets-moi ce petit derrière à l’air…



15 heures 30


– Tu m’as manqué…
Le tutoiement… D’emblée…
– Comment j’aurais pu vous manquer ? On se connaît à peine…
– N’empêche que c’est comme ça… Tu éclaires mes journées… Tu les habites…
– Je suis un trompe-l’ennui en somme… Que ce soit moi ou une autre, ça n’a pas la moindre espèce d’importance… Du moment qu’il y a quelqu’un à vos côtés pour vous distraire…
– Tu sais bien que c’est pas ça…
– Non, justement… Je sais pas…
– Promets-moi !
– Que je vous promette ? Mais que je vous promette quoi ?
– De ne pas me laisser, comme ça, des semaines entières sans ta présence… Sans la moindre nouvelle…
J’ai ri… De bon cœur…
– Des semaines entières ? Ça fait trois jours…
– Une éternité… Promets-moi !
– Si tu veux…
– Merci…
Il m’a posé la main sur le genou… Je l’y ai laissée… Trois secondes… Dix secondes… Et puis je l’ai doucement – tout doucement – repoussée…
– Chuuut…
– Ça vous ennuierait qu’on aille marcher un peu ? Non, parce qu’à force de vous attendre, comme ça, pendant des heures et des heures, j’ai fini par attraper des fourmis dans les jambes, moi !
Ça m’ennuyait pas, non…
Il s’est levé… Je me suis levée…

– Vous m’emmenez où comme ça ?
– Nulle part… N’importe… Où ça voudra…
Ça a voulu dans tout un tas de petites rues… Où il m’a très doucement pris le bras… Je ne le lui ai pas retiré… Ça nous a amenés dans un square… Déposés sur un banc, bien à l’abri, dans un petit réduit de verdure…
– On est bien là, hein ?
On était bien, oui…
Il s’est penché vers moi… A plongé ses yeux dans les miens…
– Tu sais quoi ? J’ai une envie folle de t’embrasser…
Il a attendu une réponse… Qui n’est pas venue…
Il a approché ses lèvres… Plus près… Encore plus près… A effleuré les miennes… S’en est éloigné… Est revenu… A recommencé… Et c’est moi… Moi qui ai jeté les bras autour de son cou… Qui l’ai attiré… Retenu… Pour un interminable baiser…
Il s’est détaché… M’a caressé la joue… Le cou…
– Si tu savais comme je l’ai attendu ce moment-là ! Comme j’en ai rêvé…
– Et moi donc !
On s’est souri… Encore embrassés…
– Et maintenant ?
J’ai haussé les épaules…
– On le sait bien ce qui va se passer…
– Tu as envie ?
– Très… Mais j’ai encore plus envie qu’on se fasse un peu attendre… Le temps d’avoir un peu plus envie encore…



19 heures


– Le temps que les marques se soient estompées… C’est ça, hein ?
– Je sais pas… Peut-être… J’ai du mal à savoir…
– À savoir quoi ?
– Ce qu’il en penserait… Comment il réagirait…
– Ça va l’exciter… Il y a toutes les chances… Et toi avec, par la même occasion…
– Et si ça le choque ?
– Oui, oh, alors là, tu sais ! L’immense majorité des hommes dans un cas comme celui-là… Non… Ce qu’il y a… Il va vouloir savoir, ça, c’est sûr… Connaître les tenants et les aboutissants… Il va te poser des tas de questions…
– Qu’est-ce que je vais lui dire ?
– Ben, la vérité… Qu’est-ce tu veux lui dire d’autre ?
– Rien… Rien… Seulement…
– Seulement il va savoir que tu es très très complice avec ton petit mari… Ça t’ennuie ?
– Oh, non… Non… Bien sûr que non…
– Eh bien alors ! Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes…



12 Août


– Deux heures au téléphone… Et vous vous voyez cet après-midi… C’est plus de l’amour, c’est de la rage…
– Non, Gilles, non… C’est pas ça… C’était pas lui…
– Ah, oui ? C’était qui alors ? Attends ! Laisse-moi deviner ! Un type qui voulait te vendre des panneaux solaires… C’est ça, hein ?
– Te moque pas ! C’est déjà assez compliqué comme ça…
– On peut savoir ?
– Qu’est-ce que je peux être conne quand je m’y mets… J’aurais dû lui raccrocher au nez… Et puis voilà…
– C’était Enzo, hein ?
– Comment tu le sais ?
– Enzo que sa Nathalie vient de plaquer…
– Pour de bon cette fois…
– Oui, oh, alors ça !
– Je voulais pas, hein, mais comment il sait y faire ce salaud ! Il m’a complètement entortillée…
– Et comme t’adores te laisser entortiller…
– Mais non, mais… Je sais pas comment je me débrouille, mais à l’arrivée tout tourne toujours comme je voudrais pas…
– Comme t’essaies de te faire croire que tu voudrais pas… Et donc, vous allez vous revoir…
– Je lui ai pas dit oui…
– Tu lui as pas dit non non plus…
– Je crois pas que j’irai finalement…
– Parce que ?
– Parce qu’il se fout de moi… S’il croit qu’il va lui suffire de claquer des doigts… C’est pas parce que sa chieuse l’a plaquée…
– Vas-y ! Vas-y ! Casse-lui du sucre sur le dos… Défoule-toi ! Ça te fera du bien… T’iras le retrouver, après, dans de bien meilleures dispositions…
– Je t’assure, Gilles…
– Te voile pas la face… T’en crèves d’envie… Par contre, tu vas organiser ton emploi du temps comment ? Enzo le matin et le petit nouveau l’après-midi ? Il va plus te rester beaucoup de place pour moi, dis donc !
– Tu sais bien que si ! C’est toi l’essentiel… C’est avec toi que j’ai envie d’être… C’est vers toi que je reviens… Toujours…

– Eh ben dis donc !
– Oui… Hou la la… Comment c’était bon… C’est de la folie… Pour toi aussi, Gilles ?
– Ça se voyait pas ?
– Si ! Si ! Bien sûr… Et pas qu’un peu… N’empêche qu’il y a des trucs, j’ai du mal à les comprendre…
– Quoi, par exemple ?
– Ben, les autres nanas, quand elles vont voir ailleurs, c’est parce que ça va plus avec leur mari… Parce qu’il les néglige… Qu’elles sont devenues transparentes… Et moi, c’est exactement le contraire… Plus ça va bien avec toi et plus j’ai envie de vivre aussi quelque chose avec d’autres… Plus j’en rencontre d’autres et plus ça me rapproche de toi… Et donc plus… C’est sans fin… Comment t’expliques ça ?
– Est-ce qu’il faut forcément chercher à expliquer ? T’es bien comme ça… Je suis bien comme ça…
– Toi aussi ? C’est vrai ? Je me demande des fois, tu sais…
– Je suis bien… Parce que je vois que tu es bien…
– N’importe comment c’est ta faute, dans un sens, tout ça…
– Ben, voyons !
– Si ! Parce que tu sais ce que je me disais tout-à-l’heure quand je parlais avec Enzo au téléphone ? C’est que c’était vilain ce que j’étais en train de faire… Que t’allais me flanquer une fessée pour la peine… Sauf que c’était exactement l’effet inverse que ça faisait… Plus j’y pensais et plus j’avais envie que tu me la flanques… Plus j’en rêvais… Et plus je le laissais dire Enzo… Et plus j’entrais dans son jeu… Je faisais même carrément ma petite allumeuse…
– Si c’est pas un appel du pied, ça !
– Ben oui… Si ! Tu vas me la donner ?
– Je vais te la donner, oui…
– Quand ?
– C’est là-bas que tu vas le retrouver ? À l’endroit habituel… Là où l’autre jour, toi et moi…
– Sûrement, oui…
– Alors c’est là-bas que j’irai vous surprendre… Et c’est là-bas que je te la donnerai… Devant lui…
– Génial ! Trop génial ! Je lui envoie un SMS… On se voit tout-à-l’heure…
– Et l’autre ? Ton amoureux transi ?
– Il attendra… Il est pas à un jour près…



15 heures


Il a voulu se lancer aussitôt dans tout un tas d’explications… De justifications à n’en plus finir…
– Non, parce que tu comprends… Nathalie…
– Écoute, Enzo, ce que t’as vécu avec Nathalie… Ce que tu vis peut-être encore avec elle…
– Il n’y a plus rien, je t’assure…
– Ça ne me regarde pas… Je m’en fous… Et j’ai pas du tout l’intention de passer des heures et des heures à t’écouter m’en parler… Alors ou bien, quand t’es avec moi, il y a que moi qui compte… Il y a que nous… On prend du bon temps et on oublie tout le reste… Comme on faisait avant… Ou bien alors on s’en tient là… Chacun sa route… Ça vaudra mieux… Pour tout le monde…
Il m’a attirée contre lui…
– Excuse-moi ! Je suis idiot il y a des moments…
Serrée dans ses bras… Et il y a eu le goût de ses lèvres… Ses yeux en chavire… Son désir pressé contre mon bas-ventre…
Je lui ai pris la main…
– Viens ! Là-bas…
Il a souri…
– Notre petit chez-nous… Oh, mais il y a eu des squatteurs, on dirait… Et de vrais forcenés… L’herbe en est encore toute traumatisée…
On s’est allongés… On s’est enlacés… Il a glissé une main sous mon tee-shirt… Est remonté… S’est emparé d’un sein…

Enzo… Sa douceur… Son ardeur… Et Gilles… Quelque part… Déjà… Sûrement… À attendre son heure…
– Tu m’as manqué… Tellement…
– Toi aussi, Enzo… Toi aussi… Si tu savais…
Sa bouche… Ses mains… Sur moi… Partout… Son désir… Mon désir… Sa queue…
– Viens ! Oh, s’il te plaît, viens !
J’ai refermé les jambes autour de lui…
Pas tout de suite, Gilles ! Ne viens pas ! Pas tout de suite… Pas encore… Je t’en supplie, attends ! Laisse-moi le temps ! Laisse-moi jouir…
– Oh, Enzo, mon amour ! Je jouis… Je vais jouir… Oh, c’est bon ! Que c’est bon !

On est restés blottis l’un contre l’autre… Des martinets dessinaient de grands cercles dans le ciel… Sa queue a repris consistance contre ma cuisse… J’ai ri…
– Mais c’est que tu serais insatiable…
– Il y avait si longtemps… Non, mais qu’est-ce qu’on a pu être cons !
– Qu’est-ce que TU as pu être con…
– Il y a quelqu’un…
Il a tendu la main vers ses vêtements… Qu’il a ramenés vers lui…
– Quoi ?
– Il y a quelqu’un… Un bonhomme… Il vient vers nous…
Dont il s’est maladroitement efforcé de se faire un rempart…
– Où ça ? Oh, merde ! C’est mon mari…
– Ton mari ? Mais qu’est-ce qu’il fait là ?
– Pose pas de questions idiotes, je t’en prie… C’est pas le moment…
Gilles nous a tenus un long moment sous son regard… Tous les deux… L’un après l’autre…
– Eh, bien, ma chérie, tu ne me présentes pas ce charmant jeune homme ?
– Enzo… C’est Enzo…
– Enchanté de faire votre connaissance, Enzo… Vous avez sympathisé avec ma femme, à ce qu’il semble… Vous m’en voyez ravi…
– Écoute, Gilles…
– Que j’écoute ? Que j’écoute quoi ? Qu’est-ce que tu vas essayer de m’expliquer ?
– Rien… Non, rien…
– J’aime mieux ça… Bon, mais tu sais ce qui t’attend ?
– Maintenant ? Pas maintenant… S’il te plaît, Gilles, pas maintenant…
– Maintenant, si ! On paie cash chez moi… La maison ne fait pas crédit… Donne-moi ta ceinture, toi, le Don Juan… Qu’elle serve à quelque chose… Et toi, ma chérie, mets-toi sur le ventre… Là… Comme ça… Parfait… Allez, tu es prête ? On y va…



19 heures


– Trop génial ton idée de te servir de sa ceinture…
– Tu as aimé ?
– Tu parles si j’ai aimé… Qu’est-ce qu’il faisait, lui ?
– Il regardait, tiens ! Qu’est-ce tu voulais qu’il fasse ?
– Et ça lui plaisait ?
– Il le montrait pas… Il montrait rien…
– Dommage… J’aurais bien aimé savoir…
– Peut-être la prochaine fois…
– La proch…
– Ça te dit pas ?
– Oh, si ! Bien sûr que si !



13 août


– Il y aura pas de prochaine fois, Gilles…
– Hein ? Mais pourquoi ça ?
– Parce que… Tiens, écoute ! C’est un texto d’Enzo… « Désolé pour hier… J’espère pour toi que ça va… Mieux vaut s’en tenir là… C’est trop dangereux… Je garderai un excellent souvenir de toi… De nous… Je t’embrasse… Enzo… »
– Et t’as répondu quoi à ça ?
– Rien encore…
– En tout cas te voilà fixée sur les sentiments de ce monsieur à ton égard…
– Il y a longtemps que je l’étais…
– Et sur sa façon d’affronter les situations…
– Je ne me faisais aucune illusion là-dessus non plus…
– Et donc… maintenant ?
– Ben, t’as entendu… Il veut plus…
– Oui, mais… Et toi ? C’est toi qui comptes…
– Il y a cru hier… Il a pensé que tu me punissais vraiment…
– Ce qui était effectivement le cas…
– Oui… Enfin non… Oui et non… Je le savais… On était d’accord… Sauf que lui, il y a vu que du feu…
– Ce qui t’a ravie…
– Tu sais bien…
– Et tu te faisais une fête de remettre ça…
– Et pas qu’un peu…
– Eh ben alors ! Fais-le changer d’avis !
– Tu crois ?
– Je crois que quoi ? Que tu vas y arriver ? Évidemment que tu vas y arriver ! Vas-y ! Appelle ! Mets le haut-parleur et appelle-le !
– Je vais le faire, oui… Mais d’abord je vais aller prendre un bain…



10 heures


– Allô… Enzo ? C’est moi… J’ai eu ton texto…
– Oui… C’est mieux comme ça, je crois… Pour tout le monde…
– Je vois pas en quoi…
– Ah, ben si ! Si ! Maintenant que ton mari est au courant…
– Ça change quoi ?
– Mais tout enfin !
– Pour moi, ça change pas mal de choses, oui… Mais c’est mon problème… Ça te concerne pas…
– Quand même un peu, non ?
– Est-ce qu’il t’a dit quelque chose ? Est-ce qu’il t’a fait la moindre réflexion ?
– Non, mais…
– Mais quoi ? T’as peur qu’il vienne te foutre sur la gueule, c’est ça ?
– Non… Non, mais j’ai pas envie de te faire courir le risque, à toi, d’en ramasser une autre…
– Parce que tu t’imagines que… Non, mais attends ! Je suis pas idiote… Ça m’a servi de leçon… C’est de ma faute aussi… J’aurais bien dû me douter que retourner là-bas, c’était la dernière des choses à faire… Il y a bien trop de monde qui sait que c’est là qu’on se retrouvait… Mais c’est pas une raison non plus pour mettre un terme… Suffira de faire attention à l’avenir… De prendre des précautions… De se voir ailleurs… Et tout se passera bien, tu verras…
– Oui… Enfin… Il va se méfier maintenant… Te surveiller…
– Oh, alors ça, j’en fais mon affaire… Gilles, dans deux jours je l’aurai rassuré… D’autant qu’il demande que ça…
– Il y aura quand même toujours un risque…
– Ah, ben ça, oui… Forcément… Il peut toujours y avoir un impondérable… On peut commettre une maladresse… Une imprudence… N’importe quoi il peut se passer… On ferait plus jamais rien si on attendait d’être sûr à cent pour cent…
– Je sais bien, mais…
– Eh, ben alors ! Le tout, c’est de faire en sorte qu’il y en ait le moins possible des risques… Tu crois que j’ai envie de me refaire tanner le cul, moi ? N’empêche que le risque je suis quand même prête à le prendre… Pour le bonheur d’être dans tes bras… De me serrer contre toi… De sentir ton désir se dresser contre mon ventre… Venir y éclater… Maintenant si toi, de ton côté, t’en as plus rien à foutre de moi… Si t’es prêt à te jeter sur n’importe quel prétexte pour me larguer…
– Mais jamais de la vie, enfin !
– Eh, ben alors ! Bon, mais laisse-moi faire… Je m’occupe de tout… Je nous trouve un endroit et je te rappelle demain… Sans faute… D’accord ?
– Si tu veux, oui…
– À demain alors… Je t’embrasse…
Gilles s’est penché sur moi…
– Tu as été absolument parfaite, ma chérie…



14 heures


Gilles m’a rejointe dans la salle de bains… Il m’a regardée me coiffer… Me maquiller…
– C’est pour aujourd’hui, hein, avec le bel inconnu…
Nos regards se sont enlacés dans la glace…
– Il y a des moments j’aimerais vraiment savoir comment tu me vois tout au fond de toi… Comment tu me juges…
– Je ne te juge pas…
– Non… Tu m’en laisses le soin… Tu te contentes d’exécuter la sentence…
– On peut voir ça comme ça, oui…



15 heures


Personne… Ni à « notre » table ni à aucune autre… Sur la place non plus… Nulle part… J’ai eu beau chercher des yeux… Désespérément… Non… Nulle part… Il n’était pas là… Il n’était pas venu…
– Eh bien, petite Madame… On est perdue ?
Hilare, au volant de sa voiture…
– Idiot ! Ah, c’est malin de me faire des peurs pareilles…
– Allez, monte ! Je t’enlève…

Il a refermé la porte sur nous…
– Il y a si longtemps que je l’attends ce moment-là…
Il m’a renversée sur le lit… Ses lèvres… Son désir contre ma cuisse… Son impatience… Ma culotte repoussée sur le côté… Sa main qui me cherche… Qui me fouille… Qui m’ouvre… Sa queue en moi… Il y a déchargé… Tout de suite…

Il y est resté…
– Je suis désolé…
– C’est pas grave !
– Ah, ben si, c’est grave, si ! Mais c’est ta faute aussi… On n’a pas idée de donner envie comme ça… Je maîtrisais plus rien, moi !
– J’ai vu ça, oui… Mais c’est pas désagréable du tout, tu sais, de faire perdre complètement la tête à un type… C’est même très jouissif…
– N’empêche que t’as pas eu ton plaisir, toi, du coup !
– J’en ai eu un autre… Différent… Mais il va y avoir une session de rattrapage, je suppose, non ?
– Ah ben, si ! Si ! Et comment !

Et il s’est fait très doux… Il m’a lentement déshabillée… Lentement parcourue… Partout… De ses mains… De ses lèvres qui sont venues m’habiter en bas… Sa langue m’a prospectée… Feuilletée… Aspirée… S’est aventurée plus loin… En dessous… A cerné obstinément l’entrée de mon petit trou de derrière… A paru renoncer… Est revenue à la charge… Précise… Insistante… J’ai frémi… Ondulé…
– Tu aimes ?
Si j’aimais !
– Viens ! S’il te plaît, viens !
Et je me suis retournée… Sur le ventre…
De ce côté-là, oui…
Avec mille précautions… Infiniment de délicatesse…

Je me suis réfugiée dans ses bras…
– C’était bon, mais bon !
– J’ai vu ça, oui…
– Qu’est-ce t’as ? T’as l’air tout triste…
– Oui… Non… C’est que je me dis… C’est tellement bien nous deux…
– Et c’est ça qui te rend malheureux ?
– J’ai tellement peur que ça dure pas…
– Se poser ce genre de question, c’est le meilleur moyen de tout gâcher…



20 heures


– Eh, ben dis donc ! Lui offrir ton petit derrière, comme ça, d’entrée de jeu…
– J’étais bien… En confiance… Ça s’est fait tout seul… Naturellement…
– Dis plutôt que tu crevais d’envie de lui mettre tes fesses rougies sous le nez…
– Non… Non… Je t’assure…
– Et alors ? Il a réagi comment ?
– Rien… Pas un mot… Il a vu pourtant… Il a forcément vu…



14 août


– Et alors ? Le programme de ta journée ? C’est quoi ?
– Enzo ce matin…
– Et l’autre cet après-midi…
– Voilà, oui…
– Tu devrais quand même te garder un peu de temps…
– Du temps ? Pour quoi faire ?
– Pour en lever un troisième…
– Te moque pas !
– Regarde-moi ! Regarde-moi en face et dis-moi que t’y as pas pensé…
– Peut-être un peu, si !
– Seulement un peu ?
– Ça te fait pas ça à toi ?
– Quoi donc ?
– De te dire que sûrement il y a encore mieux ailleurs ?
– Il y aura toujours sûrement mieux ailleurs…
– C’est justement… Bon, mais allez ! Laisse-moi me préparer… Que je vais être en retard sinon…
– Oh, mais vas-y ! Vas-y ! J’adore te regarder faire… Et dis-moi… Tu vas le retrouver où Enzo ?
– Bonne question… J’en sais strictement rien… Il doit me récupérer sur un parking de grande surface et m’emmener quelque part… Il a jamais voulu me dire où… À l’hôtel sûrement… Pourquoi tu ris ?
– Parce que… T’imagines que ce soit celui où tu étais hier après-midi avec l’autre ? Même hôtel…Même chambre…
– Ça n’arrive que dans les romans ce genre de truc…
– Oui… Oh, alors ça ! Qui sait ? Bon, mais en attendant comment je vais faire pour vous retrouver, moi ? Parce que le but de l’opération, c’est quand même que je vous tombe dessus, non ?
– Oh, mais pas tout de suite… Une autre fois… Laisse-le se rassurer… Ce n’en sera que meilleur…



10 heures 30


– Il t’en a reparlé ?
– Qui, Enzo ? De quoi ?
– Ben, ton mari… De l’autre jour…
– Ça ! Évidemment ! Qu’est-ce tu t’imagines ? Qu’il va laisser passer ça comme ça ? Non… Un sacré moment je vais en entendre parler…
– Il te dit quoi ?
– Qu’il est ravi que je me sois trouvé un amant et que je m’éclate avec… Mais non, idiot ! Qu’est-ce tu veux qu’il me dise ? Ce qu’on dit dans ces cas-là… Il me fait des tas de reproches… Et moi, je lui jure que c’était juste un moment d’égarement… Que je sais pas ce qui m’a pris… Que ça se reproduira pas… Jamais… Ni avec toi ni avec qui que ce soit d’autre…
– Il te croit ?
– Mais bien sûr qu’il me croit ! Je sais être très convaincante quand je veux… Bon, mais allez ! On va pas passer notre temps à parler de lui… On a beaucoup mieux à faire…



Midi


– C’était bien ?
– Oui, oh, sans plus ! Il était terrorisé – ça se voyait – à l’idée que tu pouvais surgir d’un moment à l’autre… Il débandait dès qu’il y avait du bruit dans le couloir…
– Ça devait être gai…
– Comme tu dis, oui… Il a quand même fini par arriver à ses fins, mais bon… C’était pas ça qu’était ça…
– Ma pauvre chérie ! Tu te rattraperas tout-à-l’heure, va ! Avec ton bel inconnu…
– Il y a des chances, oui… Surtout si…
– Si quoi ?
– Quand je pense que je suis allée t’épouser ! T’es vraiment complètement tordu comme mec, hein !
– Ça, ça veut dire que tu vas retourner cet après-midi là où tu étais ce matin… Dans la même chambre… Dans le même lit… Mais avec l’autre…
– Si tu m’en avais pas donné l’idée…
– Tu aurais fini par l’avoir toute seule… Non ? Tu crois pas ?



14 heures


– Prends à droite…
– À droite, mais…
– Mais c’est moi qui choisis… Toi, hier… Moi, aujourd’hui… Chacun son tour… Allez, vas-y ! Tourne ! Et ensuite première à gauche…
– Vos désirs sont des ordres, petite Madame…

– Alors ? T’en dis quoi de mon petit hôtel ?
– À vrai dire, je m’en fiche complètement de l’hôtel… Du moment que toi, t’es là…
Et il m’a poussée vers le lit…
– Non, attends !
– Attendre ? Attendre quoi ? J’ai trop envie… Tu me rends fou… Toute la nuit j’ai pensé qu’à ça… J’ai pensé qu’à toi… À nous… À comment j’étais bien en toi… J’ai même…
– Même ?
– Coulé pour toi… J’ai pas pu m’empêcher… Tu m’excites d’une force ! J’ai jamais eu envie de personne comme ça… Personne… Jamais…
– Moi aussi ! Si tu savais !
Et on s’est rués l’un sur l’autre… Agrippés l’un à l’autre… Noués… J’ai joui… Il a joui… On a joui… Recommencé…

On est retombés, épuisés… Sa main s’est posée, légère, au creux de mes reins… Y a séjourné… Longtemps… S’est aventurée vers les fesses… Qu’elle a parcourues et reparcourues… Du bout des doigts… Apprises… Longtemps… Et puis ses lèvres… Et une volée de petits pincements entre ses dents…
– Aïe !
– Ça fait mal ?
– Un peu, oui…
– Faut dire que vu l’état dans lequel t’as le derrière !
– Mais c’est pas vraiment désagréable non plus…
– Ah, oui ? Oh, ben alors !
Et il y est retourné… En suçotements… En mordillements… De plus en plus profonds… De plus en plus déterminés… Je me suis crispée… Raidie… Il s’est interrompu… A relevé la tête…
– Continue ! Oh, s’il te plaît, continue !
Il ne s’est pas fait prier… Il a continué, une main glissée entre mes cuisses… Le plaisir m’a emportée… Ravagée…

– C’est qui qui te donne la fessée ?
– Ça, c’est mon secret…
– Des secrets ? Pour moi ? Non, mais alors là ! C’est qui ?
– Je te le dirai pas…
– Oui, ben alors ça, c’est ce qu’on va voir…
Et il m’a lancé une grande claque… À plein derrière…
– Oh, tu peux bien tant que tu veux… Tu sauras rien n’importe comment…
– Tant que je veux ? Tu sais pas à quoi tu t’exposes…
Et il m’a flanqué une magistrale fessée… Il y a mis tout son cœur…

– N’empêche que j’ai rien dit…
– Mais j’ai quand même ma petite idée…
– Ah, oui ? C’est quoi ?
– Ah, ça, tu sauras pas… Moi aussi, j’ai mes secrets…



19 heures


– Alors ? Ça s’est passé comme tu voulais ?
– En beaucoup mieux même…
– Tu vas me raconter… En détail… Mais pas ici ! Je t’emmène…
– Tu m’emmènes ? Où ça ?
– Devine !
– Pas là-bas au moins ?
– Ben si ! Même chambre… Même lit… J’ai retenu…
– Non, mais t’es vraiment retors d’une force, toi, dans ton genre…
– Ça te dit pas ?
– Si ! C’est ça le pire…
– Un amant le matin… Un autre l’après-midi… Et le soir le mari… En bouquet final…
– Oui… Ben, il y en a une, la patronne de l’hôtel, je te dis pas la tête qu’elle va faire… Déjà que tout-à-l’heure…



15 août


– Ben, d’où tu sors, Gilles ?
– J’étais descendu faire un tour… En attendant que tu te réveilles… J’ai pas eu le temps d’aller bien loin d’ailleurs : je suis tombé sur la patronne en sortant de l’ascenseur… On a fait un petit brin de causette tous les deux du coup… Et j’en ai profité pour m’excuser… Non… C’est vrai… Parce que comment t’en étais de la comédie cette nuit… T’as braillé d’une force…
– Oh, quand même !
– Tu t’es pas entendue ! Oh, mais comme je lui ai dit, hein ! Une femme qui retrouve son mari après une longue absence, c’est forcément débridé…
– T’as pas fait ça ?
– Bien sûr que si !
– Elle doit avoir une de ces opinions de moi !
– On s’en fiche… Et même… Si on en rajoutait une couche ?
– Comment ça ?
– Dans la foulée, tu pourrais en ramener un autre cet après-midi… Ce serait jamais que le quatrième…
– Oui, ben alors là ! C’est pour le coup qu’elle nous en fait une attaque…
– Avoue que la situation te déplairait pas vraiment…
– Peut-être… Je sais pas…
– Tu parles que tu sais pas… Bon… Mais, en attendant, on a un petit compte à régler tous les deux…
– Un petit compte ?
– Fais bien l’innocente…
– Non… Je vois pas… Je t’assure…
– Je sais encore reconnaître les fessées que je donne… Et celle qui te décore actuellement le derrière, ce n’est pas moi qui te l’ai infligée…
– Ah, oui… Oui… Oh, ben tu te doutes… C’est l’autre, là, hier…
– Et tu ne m’en as rien dit…
– J’y ai pas pensé… J’ai oublié…
– À qui tu veux faire croire ça ?
– Non, mais si, c’est vrai, hein, je t’assure…
– Si c’est vrai, alors c’est très inquiétant : tu commences à avoir de gros problèmes de mémoire… Il faut soigner ça… Le plus vite possible… Avant que ça s’aggrave… Heureusement qu’il existe un remède… Très efficace… Tu vois de quoi je veux parler ? Oui ? Eh bien allez alors ! En position !

– Comment ça me brûle !
– Ah, ben ça ! Forcément… Une hier après-midi… Une maintenant… Par-dessus… Sans compter les précédentes… Qui n’avaient pas eu le temps de s’estomper vraiment… C’est obligé que tu le sentes passer…
– Non… Et puis t’as tapé fort… Beaucoup plus fort que d’habitude…
– Ce que t’avais pas l’air de trouver si désagréable que ça…
– Oh, ben non… Non… T’as bien vu… Et puis ce qu’il y avait surtout, c’était que la raison pourquoi tu me l’as fait, je m’y attendais vraiment pas du tout… Et ça j’adore…

On est descendus… De derrière son comptoir, la patronne a souri à Gilles qui s’est lancé dans de grands discours…
Qu’elles touchaient à la fin nos vacances…
– Eh, oui… On est sur le départ… Va falloir reprendre le collier…
Qu’il avait pourtant pas à se plaindre…
– Non… Parce que je fais un boulot qui me plaît… Et ça, au jour d’aujourd’hui, ça n’a pas de prix…
Et qu’en plus c’était l’entente parfaite tous les deux…
– Sept ans de mariage, sept ans de bonheur… Ah, pour ça, on risquait pas d’aller voir ailleurs… Ni l’un ni l’autre… Ah, non alors !

– T’es trop, toi, dans ton genre ! Aller lui servir un petit couplet sur la fidélité… Alors qu’hier dans la chambre, là-haut, je me suis tapé deux amants coup sur coup… Non, mais tu te rends compte ? Je savais plus où me mettre, moi !
– T’adores ça !
– Elle a réagi comment ? J’osais pas trop la regarder…
– Elle a pas réagi… Impassible… Imperturbable… Rien…
– Ah, oui ?
– Ce qui te donne envie de la pousser dans ses derniers retranchements, hein ?
– Oui… Enfin, non… C’est-à-dire… Faudrait qu’on ait du temps devant nous pour ça… Et puis pour Enzo… Pour que tu puisses nous surprendre tous les deux… Et comme va falloir rentrer, le mieux…
– C’est de remettre tout ça à l’année prochaine…
– Voilà, oui…
– Et de prendre dès à présent la route du retour… Bon, ben allez ! Action !