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samedi 5 mars 2011

Escobarines: Au service de Mademoiselle





- Mais qu’est-ce t’as, Suzette ?… Tu pleures ?… C’est ton amoureux ?… Il a été méchant avec toi, c’est ça, hein ?…
- Oh, non, non… C’est pas Denis, non…
- C’est quoi alors ce gros chagrin ?…
- C’est Mademoiselle Lise… Qu’est toujours après moi… Dix fois qu’elle m’a fait recommencer les poussières au salon et dans les chambres… Quinze fois… Que ça allait jamais… Et qu’elle me répète sans arrêt que je suis pas capable… Que Madame sa mère elle est bien trop bonne avec moi… Que le jour où elle sera plus là la porte elle sera pas assez grande pour que je m’en aille… Que j’irai crever de faim dans un coin… Que c’est tout ce que je mérite… alors quand elle va passer de l’autre côté la pauvre Madame…
- C’est pas demain la veille… Et t’inquiète pas que la Lise elle te mettra pas dehors…
- Oh, si !… Si !… Elle me le répète assez… Et qu’est-ce que t’y pourras rien faire, toi, ma pauvre Fanchon…
- On verra… Alors ça on verra…

- C’est pas vrai !… Hein, tu le sais bien, toi, Fanchon, que c’est pas vrai…
- Quoi donc qu’est pas vrai ?…
- Que je l’aguiche son frère… Que je fais tout pour qu’il me coince… C’est ce qu’elle dit… Et qu’elle voit clair dans mon petit jeu… Que j’ai pas intérêt à continuer à m’y frotter à monsieur Edouard parce que alors là j’aurai affaire à elle… Et que de toute façon Denis il va être au courant… Elle va faire ce qu’il faut pour… Mais je veux pas, moi, Fanchon, c’est pas juste… C’est tout faux ce qu’elle raconte… Et si Denis il apprend des choses pareilles…
- Ah, elle le prend comme ça !… Eh bien elle va voir ce qu’elle va voir… Tu sais où on étend les draps ?…
- Ah, ben ça oui pour sûr !… C’est moi qui le fais…
- Alors va te cacher sous l’escalier ce tantôt et quand tu entendras du bruit viens voir ce qui se passe…

- Personne t’a vue monter, Fanchon, tu es sûre ?…
- Mais oui, Mademoiselle, qui voulez-vous qui vienne traîner par ici à c’t’heure ?… Tout le monde vaque à ses occupations…
- Et tu me gardes bien le secret, hein ?… Tu me promets ?… Que personne sera au courant… Jamais…
- Depuis le temps que Mademoiselle se confie à moi…
- Oui… Bien sûr… Je suis stupide… Tu es muette comme la tombe… Tu l’as toujours été…
- Comment Mademoiselle souhaite-t-elle que nous procédions aujourd’hui ?…
- Comme tu voudras, Fanchon… Mais chauffe-moi le bien !… Qu’il me brûle un bon moment…
- Avec le battoir alors…
- Si tu veux… Et parle-moi !… Comme tu fais d’habitude… J’aime trop ça quand tu me parles pendant…
- Allez, Mademoiselle !… On découvre son petit cul…
- Oh, Fanchon !…
- Et plus vite que ça… On se dépêche !… On a beau être une grande fille… On va y avoir droit… Et on va s’en souvenir…
- Mais j’ai rien fait, Fanchon !… J’ai été sage…
- A qui Mademoiselle veut faire croire ça ?… Est-ce qu’elle n’a pas eu de vilaines pensées ?… Est-ce qu’elle n’a pas laissé discrètement traîner ses regards sur les hommes à la messe ?…
- Ben si , mais…
- Alors on ne discute pas… Et on s’amène par ici… Allez, hop !…
- Aïe !… Aïe !… Mais ça fait mal, Fanchon…
- Parce que Mademoiselle s’imagine que je l’ignore ?… C’est justement là l’intérêt de la chose…
- Tu peux encore plus, tu sais, si tu veux…
- Et je vais pas m’en priver… Comme un cochon qu’on égorge elle va braîller la petite Demoiselle…

- Ouche, Fanchon !… Tu y es pas allée de main morte…
- Mademoiselle le regrette ?…
- Oh non, non, au contraire… Mais… écoute !… T’as rien entendu ?…
- Non…
- Il y a quelqu’un… Si !… T’entends pas ?… Ca dégringole l’escalier… Va voir !… Tu veux pas aller voir ?…
- C’est Suzette… Elle est partie…
- Suzette !… Mais qu’est-ce qu’elle faisait là ?…
- Ca !…
- Mais c’est horrible !… Elle va rien avoir de plus pressé que d’aller raconter partout ce qu’elle a vu…
- Suzette ?… Oh non !… Elle dira rien… J’en fais mon affaire… A condition toutefois que Mademoiselle ne se montre pas trop dure désormais avec elle… Qu’elle évite de la prendre à rebrousse-poil comme elle a trop souvent tendance à le faire…

Escobarines: Résidence des Fauvettes





C’est le 12 Avril que j’ai emménagé, avec Olivier, à la résidence des Fauvettes…
Et c’est le surlendemain que j’ai fait la connaissance d’Olga dans le hall d’entrée où j’étais descendue relever mon courrier. Olga ça a d’abord été une voix derrière moi…
- Ca t’écorcherait la bouche de dire bonjour, toi ?…
Je me suis retournée stupéfaite…
- Oui… C’est à toi que je parle…
- Heu… Pardon… Bonjour… Excusez-moi !… Bonjour…
- Tu as quel âge ?…
- 22…
- Et à 22 ans t’es pas fichue de dire bonjour ?!… Non, mais où t’as été élevée ?… Et baisse les yeux quand je te parle !… Tu entends ce que je te dis ?… Non, mais quelle insolente tu fais…
Je me suis enfuie, du plus vite que j’ai pu, sans répondre…
A Olivier je n’ai pas touché mot de cet incident… J’étais beaucoup trop mortifiée…

Je l’ai croisée sur le trottoir, le mardi suivant… Aperçue au dernier moment… Sans pouvoir lui échapper… Elle revenait de faire ses courses…
- Tiens, tu tombes bien, toi !… Tu vas me porter ça…
Oui, ben alors là sûrement pas !… Pas question… Elle pouvait toujours courir… Non, mais pour qui elle se prenait ?…
- J’ai pas le temps… Je suis déjà en retard… Il faut que…
- Oui, ben justement !… Si tu te dépêches t’en as pour deux secondes…
Et j’ai obtempéré. Pris son sac, en rage contre moi-même. Fait demi-tour à ses côtés…
- Finalement tu n’as pas si mauvais fond… C’est juste que tu as été mal élevée… Très mal élevée… Mais ça il est jamais trop tard… Il y a des méthodes qui ont fait leurs preuves… Hein ?… Qu’est-ce que tu en penses ?…
- Je vous le pose où ?… Votre sac ?… Je le mets où ?…
- Là…
Elle m’a soulevé le menton… Du bout du doigt…
- Je suis sûre qu’au fond tu es quelqu’un de très docile… Très très docile… Non ?…
Je n’ai pas répondu. Je n’ai pas bougé. Hypnotisée. Tétanisée. Elle a fait durer… Un temps interminable…
- Allez, file !… Tu étais pressée… Tu vas être en retard…

En bas j’ai couru. Au hasard. N’importe où. En rond… Le parc de la mairie… Je me suis jetée sur un banc, hors d’haleine… Folle !… Folle !… Complètement cinglée cette bonne femme… A enfermer… Et moi !… Non, mais tu pouvais pas le repousser son doigt ?… Tu pouvais pas l’envoyer une bonne fois pour toutes sur les roses ?… Lui dire ce que tu pensais d’elle ?… Oh, mais elle perdait rien pour attendre !… La prochaine fois… Qu’elle vienne encore s’y frotter et elle allait voir ce qu’elle allait voir…

On a sonné. C’était elle. Qui n’a pas attendu que je lui dise d’entrer. Qui s’est plantée, d’autorité, au milieu du séjour…
- Tu ne travailles pas, je suppose…
- Si… Non… C’est-à-dire que…
- Que tu vis aux crochets de la société… Il y a pas franchement de quoi être fière… Et tu pourrais au moins avoir la décence de respecter le sommeil de ceux qui, eux, travaillent…
Je suis devenue écarlate…
- Que tu t’envoies en l’air jusqu’à trois heures du matin c’est une chose, mais tu n’es pas obligée pour autant d’en faire profiter tout l’immeuble…
- Mais non, mais je…
- Me dis pas que tu es incapable de te contrôler… On peut toujours si on veut… Mais sans doute que tu préfères te donner en spectacle… T’es bien le genre à ça…
Elle a jeté un coup d’œil sur le canapé, puis sur la petite table basse… Sur les étagères…
- C’est dans un désordre chez toi… Mais qu’est-ce que tu fabriques de tes journées ?… Tu as quand même bien le temps de faire un minimum de ménage, non ?… Ah, il est de bonne composition ton petit ami…
J’ai baissé la tête sans répondre… Elle me l’a fait relever… Du bout du doigt… Du bout du doigt sous le menton…
- Regarde-moi !… Tu n’as pas honte ?… Regarde-moi, j’ai dit !… Il est vraiment temps que quelqu’un te prenne en mains, non, tu crois pas ?… Réponds !…
C’est sorti malgré moi. Venu de très loin…
- Si…
- A la bonne heure… Tu deviens raisonnable… Une bonne fessée, quand tu l’as méritée, reconnais que, dans ton cas, c’est encore ce qu’il y a de mieux…
- Oui…
- Et que là tu l’as amplement méritée…
- Oui…
- Parfait… Je t’attends en bas… Chez moi… A tout de suite…

Elle fumait, confortablement installée dans un fauteuil…
- Déshabille-toi !… Complètement… Face à moi… Tu enlèves tout… Et tu restes comme ça… On a tout notre temps… Il y a rien qui presse… On a absolument tout notre temps…


Escobarines: Soir de tchatche





- Salut !… Moi, c’est « The Spanker »…
- J’ai vu… Je sais lire…
- T’as regardé mon profil ?…
- Oui…
- Et moi, le tien… Bon… Alors perdons pas de temps… Tu cherches quelqu’un pour t’en flanquer une… T’as trouvé… Il y a pas mieux que Jojo pour ça… Expérimenté et tout et tout… Tu seras pas déçue, tu verras… Il en a jamais déçu aucune Jojo… Jamais… On s’appelle ?…
- Là ?… Comme ça ?… Tout de suite ?… Maintenant ?…
- Ben oui… C’est quoi ton numéro ?…
- Mon numéro ?… Mais on se connaît pas… Ca fait à peine cinq minutes qu’on discute…
- Qu’est-ce ça peut faire ?… On s’en fout… Allez, vas-y, balance !… De quoi t’as peur ?…
- Mais de rien… Seulement…
- Seulement quoi ?… Putain !… Mais c’est pas possible !… Il y a vraiment rien que des fantasmeuses sur ce forum… Bon, ben allez, salut !…

- Ave !… C’est joli « Demi-Lune » comme pseudo… Il y a une raison ou bien c’est juste comme ça ?…
- Ca remonte loin… Au primaire… Une institutrice qui disait que j’étais toujours à moitié dans la lune…
- Et c’est toujours vrai ?…
- Un peu…
- Tant mieux !… J’adore ça… Tu fais quoi comme boulot ?…
- Secrétaire… Et toi ?…
- Moi ?… Dans l’artistique je suis… Scénariste… Avec Luc Besson j’ai travaillé… Mais j’ai aussi une expo photo prévue à Arles l’été prochain… Et je viens de finir un bouquin qui sort cet automne chez Gallimard…
- C’est pas vrai !… Mais c’est merveilleux !…
- Oui, hein ?!…
- On est faits pour s’entendre… Parce que Madame Bovary, c’est moi… C’est moi qui l’ai écrit… Et là, en ce moment, je mets la dernière main à « L’Education sentimentale »…
- Pauvre dinde, va !…

- Bonsoir… Alors comme ça, à ce qu’il paraît, on aime la fessée…
- Ca dépend… Ca dépend par qui elle est donnée… Et comment…
- T’en es encore là ?… Parce que la fessée franchement…
- Qu’est-ce tu proposes d’autre ?…
- Oh, il y a plein d’autres choses… Les liens… Les pinces… La cire…
- Carrément…
- Ben oui… Là au moins il y a de la sensation… C’est autre chose que ces petites fessées ridicules…
- Ca… C’est ton point de vue…
- Ca te dit pas d’essayer ?…
- Pas vraiment, non…
- Dommage !… Tu sais pas ce que tu perds…

- Coucou… Moi, c’est Pauline… On peut se parler un peu ?…
- Bien sûr…
- Je suis complètement perdue… C’est la première fois que je viens là et ça me tombe dessus de partout… Des tas de mecs…
- Si ce sont les mêmes que moi…
- Ils veulent qu’on se voie…
- Ca !… Mais te précipite pas !… Un conseil : te précipite pas !… Regarde bien où tu mets les pieds… T’as déjà rencontré ?…
- Non !… Non… J’y connais rien du tout à tout ça… C’est juste que j’arrête pas d’y penser à la fessée… D’aller voir et de lire des tas de trucs là-dessus sur Internet… Et d’imaginer qu’on me la donne… Presque tous les soirs… C’est pour ça que je suis venue ici…
- T’en as jamais reçu du coup alors ?… Par personne ?… Jamais-jamais ?…
- Non… Comment j’ai envie pourtant !… Mais aussi comment ça me fout la trouille…
- Faut pas avoir peur… C’est génial… Quand c’est bien fait… Et que le courant passe… Ecoute… Ca te dirait que je te montre ?…
- Si tu veux…
- Au moindre signe… Au moindre mot de toi… j’arrête aussitôt… C’est promis… Et même, tiens, tu me la mettras la première… Pour te rendre compte…
- Mais je sais pas faire…
- Eh ben justement t’apprendras…


Escobarines: Dessins





- Alors là c’est ta chambre ?…
- Oui…
- C’est vachement grand, dis donc !… Et à part ça t’as droit à quoi ?…
- A tout… La cuisine… Le séjour… A tout sauf sa chambre à elle… Ce qu’est normal…
- Ca me plairait bien, moi… Quand je vois le truc minuscule que j’habite… Et complètement pourri en plus…
- Tu pourrais… Il reste une chambre de libre…
- Elle te fait payer combien ?…
- Rien du tout…
- Rien du tout ?… C’est pas vrai !…
- Ben si !…
- Mais pourquoi ?…
- Tiens, viens !…
- Où ça ?…
- Dans sa chambre…
- T’as pas le droit, t’as dit…
- Ca fait rien… Viens !… Je veux te montrer quelque chose…

- C’est quoi ?…
- Des dessins…
- Oui, ben ça je vois bien…
- Des dessins d’Escobar…
- Qui c’est celui-là ?…
- Tu connais pas ?…
- Ben non…
- Regarde alors !…
- Ouah !… Mais c’est dégoûtant !…
- Pas vraiment, non…
- Mais c’est rien que des fessées !…
- Presque, oui !…
- Et c’est que des filles qui les prennent…
- Et aussi qui les donnent…
- Mais elle fait quoi avec ça dans sa chambre ta bonne femme ?…
- A ton avis ?…
- J’en sais rien, moi !… Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?…

- Non, mais faut pas se gêner…
- Je vais vous expliquer…
- Tu vas rien m’expliquer du tout… Je t’avais interdit d’entrer dans ma chambre… Je te l’avais pas interdit ?…
- Si, mais…
- Et avec une inconnue en plus !…
- C’est pas une inconnue… C’est Mathilde… Je vous en ai parlé…
- Et t’as fouillé dans mes affaires…
- Oui, mais c’était pour qu’elle…
- Remets-moi ces dessins en place… Et passe à la cuisine… Qu’on règle nos comptes toutes les deux…

- Allez !… Baisse-moi ça !…
- Je…
- Et dépêche-toi !… J’ai pas que ça à faire… Là… A la bonne heure… Et en position… Oui… Comme ça… Tu vois, Mathilde ?… Tu vois comment on traite les grandes filles désobéissantes ?… Parce que… je fais beaucoup pour elle… Beaucoup… Je n’attends rien en retour… Je lui demande simplement de respecter quelques règles élémentaires de bonne conduite… Mais il faut croire que même ça c’est trop pour elle… Oh, mais elle comprendra… Il va bien falloir qu’elle finisse par comprenne… C’est ça !… Piaille, toi !… Piaille !… Si tu crois que c’est comme ça que tu vas m’apitoyer…

- Eh ben dis donc !…
- Alors ?… T’as vu ?… T’as compris ?…
- Oh, pour ça oui…
- Ca te dirait pas de venir ici ?… On serait quand même mieux à deux, non ?…
- Je sais pas… Faut que je réfléchisse… Où je peux les trouver les dessins du type, là ?…
- D’Escobar ?… Sur Internet… Je te dirai… Sinon… Ils sont dans sa chambre…
- Oui, ben ça je sais bien, mais…
- Elle est partie…
- Et si elle revient ?…
- Ben, toi aussi t’y auras droit… Forcément t’y auras droit…

Escobarines: Balançoire





- Vous en faites une tête, les filles…
- Faut qu’on te dise…
- Oui… Faut qu’on te dise… Lionel…
- Eh bien quoi Lionel ?…
- Roxane elle a des vues dessus… Et pas qu’un peu…
- Quelle garce !… Elle le sait pourtant que je suis après… Et depuis un bon moment…
- Oui, mais justement !… Elle a dit comme ça que depuis le temps que t’arrivais à rien… Qu’il faut pas que tu rêves : tu l’intéresses pas… Et qu’est-ce qu’un type comme lui pourrait bien aller foutre avec une fille comme toi… Il est libre à ce qu’elle sache… Et c’est sûrement pas parce que tu te fais un film dans ta tête que ça va l’empêcher…
- Elle veut la guerre ?… Elle va l’avoir… Et pour commencer avant huit jours il est dans mon lit Lionel… On va employer les grands moyens…
- C’est-à-dire ?…
- Vous allez voir… Vous venez ?… On va chez toi, Ninon…
- Chez moi ?… Quoi faire chez moi ?…
- Ben c’est ton voisin, Lionel, non ?…

- S’il nous a pas entendues avec tout le bruit qu’on fait…
- Il est là au moins ?…
- Ben oui… Oui… Il y a sa moto…
- Il peut nous voir ?…
- Seulement du vasistas du grenier…
- Il doit nous trouver plutôt dindes de nous amuser encore à la balançoire à notre âge s’il nous regarde…

- Vous savez pas ce qu’on va faire, les filles ?… On va s’engueuler… Grave…
- Hein ?… Mais ça va pas !… J’ai pas du tout envie de m’engueuler, moi…
- Mais non, mais pour du faux… Vous allez me crier après… Le plus fort possible… Qu’il monte voir au grenier ce qui se passe s’il y est pas déjà… En faisant semblant d’être très en colère contre moi… Mais alors là vraiment très en colère… Tellement en colère qu’à un moment il y en a une qui va me le baisser mon maillot et que vous allez me flanquer une bonne fessée…
- Non, mais t’es vraiment pas bien !…
- Ca va te servir à quoi ?…
- Ca va me servir que quand vous aurez fini de me la mettre, vous me planterez là, que je me reculotterai comme je pourrai – tant bien que mal – et que je me jetterai dans l’herbe, près de sa haie, en pleurant toutes les larmes de mon corps… S’il vient pas me consoler alors là… là… je sais vraiment plus ce qu’il faut faire…
- Ca peut peut-être marcher, oui…
- C’est complètement fou, moi, je trouve…
- En tout cas après ça il te verra d’un autre œil, ça, c’est sûr…

- Plus fort, Véro… Tape plus fort… Que je chiale vraiment… Et bien tout le tour… Que ça déborde du maillot quand je le remettrai tout à l’heure…
- Je fais ce que je peux !… Et puis si elle m’aidait Ninon aussi au lieu de rester plantée là, bras ballants, à me regarder faire…

- Là, c’est bon, les filles maintenant !… C’est bon… Laissez-moi !… Partez !…

Le nez dans l’herbe… En irrépressibles sanglots… Le silence… Un pépiement d’oiseau… Bon… Alors ?!… Qu’est-ce qu’il fout ?… Un tracteur est passé tout près… Un chien, au loin, a furieusement aboyé… Il va pas venir… Il viendra pas… Il était même pas chez lui si ça se trouve… Ou il écoutait de la musique à fond… Il a rien entendu… Encore cinq minutes… Et si dans cinq minutes… Un long coup de klaxon, derrière, sur la Nationale… Je trouverai autre chose… Une autre solution… Mais elle l’aura pas… Alors là !… Qu’elle compte pas l’avoir…

Une présence… Oui… Une présence derrière la haie… Lui… Forcément… Elle n’a pas relevé la tête… L’a enfouie plus profondément dans l’herbe… S’est imperceptiblement soulevée du bassin… A attendu… Un toussotement… Et puis un rire… Un autre… Encore un… Elle s’est précipitamment redressée… Lui… Sa tête par-dessus la haie… Et trois… Quatre… Cinq têtes… Des types… Que des types… Et Roxane, appuyée contre lui…

A toutes jambes… Derrière ça a encore ri…
- Un beau panpan-cucul tu as pris, ma chérie…
- Ca valait le coup d’œil… Ah oui alors !… On regrette pas…
- Voilà ce qui arrive quand on est pas gentille avec ses copines…
- Tu recommences quand tu veux, hein !… Quand tu veux…

Escobarines: Les vendeuses





Ca a d’abord été un gros bijou fantaisie… Disparu juste après le passage d’un petit groupe de gamines…
- Faites-y attention, hein, toutes les deux !… Si on doit se faire piller comme au coin d’un bois…

Et puis une montre tout incrustée de petites pierreries…
- 120 euros qui partent en fumée… Et vous n’avez rien remarqué ?… Ni l’une ni l’autre ?…
Non… Presque pas de clients il y avait eu… Et aucun ne s’était approché du présentoir bleu... Personne... J’en étais sûre... Personne sauf… Jessica… En faisant les poussières… Ca pouvait pas être Jessica quand même !…

C’est quand un flacon Dior a disparu, sur une étagère, derrière la caisse, que Madame Martin nous a explicitement soupçonnées…
- J’ose espérer que ce n’est pas l’une de vous deux… Vous n’ignorez pas quelles conséquences cela pourrait avoir…
Ce n’était pas moi… Jessica non plus… C’est en tout cas ce qu’elle a proclamé, elle aussi, haut et fort, d’un petit air scandalisé…

Trois cents euros... Dans la caisse…
- Bon… Alors cette fois ça suffit… On va crever l’abcès… Une bonne fois pour toutes… Alors laquelle de vous deux ?…
- Pas moi…
- Ni moi…
- Ben voyons !… Ca s’est envolé tout seul… Bon… J’ai fouillé vos sacs et vos manteaux en réserve derrière… Il n’y a rien dedans… Donc il y en a une qui a les billets sur elle… Je veux savoir laquelle… Vous vous déshabillez…
Elle n’avait pas le droit… Mais je n’avais rien à me reprocher… Je l’ai fait… Pour me laver de cet insupportable soupçon… J’étais innocente… Il fallait qu’elle le sache…
- Enlevez !… Enlevez tout !…
Elle nous a gardées longtemps sous son regard…
- Vous êtes très malignes… Mais je vous coincerai… Je vous jure que je vous coincerai…

- C’est toi, Jessica, hein !… Comment t’as fait ?… Tu les as cachés quelque part dans le magasin pour les récupérer après ?…
Elle a haussé les épaules…
- Mais non, c’est pas moi !…
- Ben, c’est qui alors ?…C’est pas moi non plus !…
- Elle !… Madame Martin…
- Hein ?!… Mais ça lui sert à quoi ?…
- A nous accuser… Et à nous faire déshabiller… Elle adore… Celles avant nous elle leur avait fait la même chose… Même qu’après elle leur avait carrément planqué de l’argent dans leurs affaires… Histoire d’avoir un prétexte pour leur mettre une fessée…
- Une fessée !… Non, mais elle est vraiment pas bien…
- Question de point de vue…
- Mais alors !… Peut-être qu’à nous aussi elle va nous en cacher dans nos sacs… Pour faire croire…
- Dans nos sacs ou ailleurs… Evidemment… Même que ça devrait pas tarder…
- Elle a pas le droit… Pas question de se laisser faire alors là !…
- Moi, si !…
- Hein ?… Tu vas te laisser faire !… Mais pourquoi ?…
- Parce que je l’ai prise exprès la place… Exprès pour ça… Pour que ça m’arrive… J’aime trop la façon dont elle s’y prend… Comment elle fait monter la tension de jour en jour… T’as rien fait, mais tu finis quand même par te sentir coupable… C’est terriblement injuste, mais tu sais au fond de toi que, d’une certaine façon, t’as mérité quand même…
- Mais j’ai rien mérité du tout, moi !… J’ai rien fait…

- Bon, alors ces demoiselles !… Venez voir !… Venez voir par ici… Alors ?!…
Dissimulée dans la réserve, tout en bas d’une étagère, sous une pile de vieux prospectus, une énorme liasse de billets de vingt euros…
- Vous direz pas le contraire cette fois !… Alors qui ?… Laquelle de vous deux ?…
- C’est moi, Madame !… Elle y est pour rien du tout Aurore…
C’est venu tout seul… Sans que je le veuille… De je sais pas où…
- Hein ?!… Mais c’est pas vrai !… Tu sais bien que c’est pas vrai !… On était d’accord… On devait les récupérer… Et se les partager…
Madame Martin nous a couvées toutes les deux d’un long regard satisfait… Et gourmand…
- Très bien, mes chéries… Très bien…
Elle a extirpé une cravache d’un tiroir…
- Allez !… On se déculotte gentiment…

Escobarines: Noces





- Allons, cessez de faire l’enfant, voulez-vous !… Votre père, auquel vous devez obéissance, a décidé que vous épouseriez Monsieur de la Futaille… Vous épouserez Monsieur de la Futaille…
- Jamais, ma sœur !… Jamais !… Plutôt mourir…
- Nous saurons bien vous ramener à la raison… Mais pour l’heure je vous laisse méditer tout à loisir… Et prier…

- Alors, ma fille, est-on revenue à de meilleures dispositions ?…
- Si vous entendez par là, ma sœur, que ma détermination a faibli il ne saurait en être question…
- Mission nous a été confiée d’obtenir votre assentiment… Par quelque moyen que ce soit… Nous avons carte blanche… Vous plierez… Je vous jure que vous plierez…
- Dussé-je mourir sous les coups je n’épouserai jamais monsieur de la Futaille…
- Nous en avons maté de beaucoup plus entêtées que vous…

- Vous avez tort, mon enfant… Vous avez grand tort de prendre ainsi sœur Véronique de front… Si en effet votre obstination la contraint à vous appliquer la discipline elle vous ménagera d’autant moins que vous lui aurez plus résolument tenu tête…
- Peu m’importe… On peut bien en user avec moi comme on veut… Je n’épouserai pas Monsieur de la Futaille…
- Qui constitue pourtant un excellent parti…
- Il devrait dès lors pouvoir sans difficulté en trouver une autre avec qui convoler…
- Vous semblez fort prévenue contre lui… Quel en est donc le motif ?…
- Je ne nourris à l’égard de Monsieur de la Futaille – que je n’ai fait qu’entrevoir – ni ressentiment ni sentiment quel qu’il soit…
- Que viendraient donc faire les sentiments ici ?… Vous savez bien qu’ils sont chose fluctuante… Et inconstante… Qu’ils mènent aux pires égarements… Le mariage, lui, est chose sérieuse – et sacrée – qui vous engage pour la vie…
- Raison de plus, ma mère, pour ne pas le contracter à la légère…
- Quelle écervelée vous faites !… Et quelle raisonneuse !… Vous croyez-vous vraiment en état de décider ce qui est bon pour vous ?… Vous n’avez ni la maturité ni les capacités nécessaires… Et vous seriez beaucoup mieux avisée de laisser votre père vous établir comme il le juge bon… C’est un homme de sens rassis qui a toujours pris vos intérêts à cœur…
- Certes, ma mère, certes…
- Eh bien alors !… Laissez-le donc vous guider sur la voie qu’il juge, avec raison, la meilleure pour vous…
- Je n’épouserai pas Monsieur de la Futaille…
- Fort bien… Sœur Véronique saura, le moment venu, vous en convaincre…

- Finissons-en !… Dites-moi la vérité…
- Quelle vérité ?…
- Quelque bellâtre vous aura envoûtée et détournée du droit chemin…
- Je ne comprends pas ce que vous voulez dire, ma sœur…
- Vous ne le comprenez que trop bien… Et nous saurons vous le faire dire… Ou l’apprendre… Nous avons tout notre temps…

- Connaissez-vous un certain Raphaël ?…
- Moi ?… Non point, ma mère…
- A ce nom vous vous êtes pourtant troublée…
- Ce n’aura été qu’apparence… Je ne le connais point…
- Il se serait trouvé sur lui, paraît-il, des missives que vous lui auriez adressées…
- On se sera trompé…
- Et qui seraient fort compromettantes…
- J’ignore de quoi vous voulez parler, ma mère…
- Il apparaîtrait même que votre refus d’acquiescer à une union avec Monsieur de la Futaille lui serait imputable…
- Comment cela se pourrait-il ?… J’ignore qui il est…
- On en semble pourtant convaincu…
- A tort… Assurément à tort…
- Il se prétend que, dans ces conditions, il pourrait lui survenir tout prochainement malheur… Grand malheur… Ce qui serait – avouez-le ! – extrêmement fâcheux…
- On lui ferait pour lors grande injustice…
- Epouserez-vous monsieur de la Futaille ?…
- Je ne m’y suis jamais refusée…
- Vous voilà redevenue raisonnable…
- Je n’ai jamais cessé de l’être…
- Ce n’est pas l’avis de sœur Véronique qui estime, pour sa part, que vous n’avez au contraire cessé, depuis votre arrivée ici, de vous montrer frondeuse… Et rebelle… Ce qui ne sied pas à une demoiselle de votre condition… Vous conviendrez comme nous qu’il est nécessaire, dans votre intérêt, de vous corriger de comportements qui, s’ils perduraient, ne pourraient manquer de vous nuire à l’avenir gravement…
- J’en conviens…
- Fort bien… Troussez-vous !… Elle arrive…

Escobarines: Déserteuse


- Désertion… C’est le mot… Il n’y en a pas d’autre… Désertion… Qu’as-tu à dire pour ta défense ?…
- Je suis coupable, ma centurionne… Toutefois… J’ai quitté mon unité à peine une heure… Juste le temps de passer embrasser ma famille qui habite à proximité du cantonnement… La tentation était trop forte…
- Nous serions en temps de guerre…
- Nous ne le sommes heureusement pas…
- Il s’agit, quoi qu’il en soit, d’un manquement caractérisé à la discipline… Tu en as bien conscience ?…
- Oui, ma centurionne…
- Les articles 873B, 871G, 877A et 915J du code des armées, révisé en janvier 2061, prévoient un certain nombre de sanctions applicables dans un tel cas… Parmi lesquelles il m’appartient de choisir la mieux appropriée… Or, il règne dans cette unité, depuis maintenant plusieurs mois, un état d’esprit détestable… Il est grand temps d’y mettre bon ordre… Et de faire un exemple…
- Ma centurionne…
- Tu es un excellent élément… Un des meilleurs, je sais… La leçon n’en sera que plus profitable… Pour tout le monde… La décurionne responsable de ta section t’appliquera donc demain, devant l’ensemble des troupes, le châtiment réglementaire…
- A vos ordres…
- Je vais toutefois te laisser une chance de t’y soustraire… Tu n’étais, à ce que je me suis laissé dire, pas seule dans cette équipée…
- Je ne sais pas, ma centurionne…
- Eh bien moi, je sais… Deux de tes camarades t’accompagnaient… Au moins au début… Deux camarades qui ont ensuite préféré voler de leurs propres ailes… Si on peut dire… Et qui ne se sont pas contentées, elles, de rendre visite à leur famille… Elles se sont comportées de façon inqualifiable… J’attends leurs noms… Ou tu me les livres et je lève la sanction te concernant ou tu t’y refuses et je la double… Tu as la nuit pour réfléchir…

- Qu’est-ce tu vas faire ?…
- Je suis pas une balance…
- Oui, non, mais attends !… Tu crois que dans l’autre sens elles auraient ces scupules les deux autres ?…
- C’est leur faute en plus… Si elles avaient pas fait n’importe quoi en ville personne se serait plaint et on se serait jamais rendu compte de ton absence…
- Je sais bien, mais…
- Rappelle-toi comment elles les ont enfoncées Claudia et Ludivine la fois du défilé en Valponie…
- C’est les deux pires garces de la légion… Nous, à ta place, on leur ferait pas de cadeau alors là !…
- J’ai jamais pu dénoncer qui que ce soit… C’est sûrement pas aujourd’hui que je vais commencer…

- C’est pas vrai ce qui se raconte ?!… C’est pas vrai que tu vas les couvrir les deux autres et que c’est toi qui vas prendre ?!…
- Je sais pas…
- T’es complètement folle… Surtout que c’est Zaline ta décurionne… Et elle fait pas de cadeaux Zaline… Tu vas le sentir passer…
- Je suis au courant, merci…
- Tu te rappelles pas la fois de Sylvaine ?… Elle l’avait pas loupée…
- Oui, bon, ben ça va !… Ca va !…
- D’autant que réglementairement c’est sur le front des troupes que ça se passe maintenant… Légions féminines et légions masculines face à face… Et toi le cul à l’air entre les deux… Je voudrais pas être à ta place…
- Personne te le demande…
- Et à toi personne te demande de jouer les héros… Ni les modèles de vertu… Qu’est-ce tu vas y gagner ?… Rien…
- Oui… Parce qu’en prime tu vas passer pour une idiote à principes éculés…
- C’est déjà commencé… T’entends pas ce qui se dit derrière ton dos…
- Nous, ce qu’on en dit, hein !… Maintenant tu fais bien ce que tu veux… T’es assez grande…

- Alors ?… Tu as réfléchi ?…
- Oui, ma centurionne…
- Très bien… Qui t’accompagnait ?…
- Personne, ma centurionne… J’étais seule…