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mardi 16 mars 2010

Nouvelles ( 6 )

C A N I C U L E




I


( version de Frédérique )

Elisa ne dormait pas non plus… Elle s’éventait sur la terrasse…
- Hou !… Quelle chaleur !… J’arrive pas à fermer l’oeil…
- Moi non plus…
- Et si on allait faire un tour à pied ?… Jusqu’à la mer ?… Il doit faire frais là-bas…

Elles ont retiré leurs chaussures… Les vagues leur ont léché les chevilles… Elles ont remonté leurs robes jusqu’en haut des cuisses, se sont aventurées plus loin…
- On se baigne ?…
- Sans maillot ?…
- Il est deux heures du matin… Qui veux-tu qui traîne encore par ici ?… Il fait nuit noire n’importe comment…
Et elles ont quitté leurs vêtements… Sont entrées résolument dans l’eau… Se sont abandonnées aux vagues, laissé bercer, porter, dériver, envelopper… Longtemps…

- Faudrait peut-être rentrer… Ils vont s’inquiéter là-bas…
Elles ont retrouvé le sable à regret, lentement, jusqu’à leurs vêtements… Qui n’étaient plus là…
- Hein ?!… Mais c’est pas possible !…
Elles ont cherché à droite, elles ont cherché à gauche… Plus loin… Encore plus loin… Sont revenues… Ont recommencé…
- On nous les a piqués, c’est clair…
- Mais qui ça?…
- Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?…
- Mais pourquoi ?…
- Pour les vendre, tiens !… C’est pas la première fois que ça arrive ici… Je suis idiote aussi… J’aurais dû y penser…
Elles se sont regardées…
- On a l’air fines…
Et elles ont éclaté d’un long fou rire nerveux…

- Qu’est-ce qu’on va faire ?… Faut trouver une solution…
- Je vois pas laquelle…
- Et si on allait frapper à une des maisons là-bas ?… On explique notre situation et…
- C’est ça !… Toi, tu t’en fiches, t’es en vacances, mais moi je suis connue ici… Je tiens pas à être la risée de tout le pays…
- Ou alors on s’enterre dans le sable et la première personne qui passe on l’envoie prévenir nos maris qu’ils viennent nous chercher avec des vêtements…
- Encore mieux !… C’est pour le coup que…
- Je sais pas, moi !… Je cherche…
- Non… Le mieux - je vois pas autre chose - c’est qu’on essaie de rentrer…
- Comme ça ?!…
- C’est pas si loin… Et il y a personne dans les rues à cette heure-ci… Alors avec un peu de chance…
- C’est risqué, non ?…
- Ca sera encore plus risqué dans une heure… Il fera jour…

Personne sur le boulevard qui longeait la mer… Elles l’ont traversé aussi vite qu’elles ont pu… Rue du port non plus, personne… Elles ont accéléré le pas… Tourné à gauche… Une camionnette a fait son apparition tout en haut de la rue Emile Zola, s’est arrêtée… Elles se sont dissimulées dans l’embrasure d’une porte cochère qui a obstinément refusé de s’ouvrir… Un type est descendu…
- Il nous a vues, tu crois ?…
- Chut !… Tais-toi !…
Il a arpenté le trottoir, tête levée vers les fenêtres, s’est approché, approché encore, immobilisé… Il a fait demi-tour, a encore levé la tête, est remonté dans la camionnette, reparti en marche arrière…
- On l’a échappé belle !...

Le long de l’épicerie Dutourd étaient entreposés de vieux cageots… Elles en ont subtilisé deux, au passage, abri de fortune derrière lequel elles se sont efforcées de cacher, tant bien que mal, leur nudité…
- Non, mais de quoi on doit avoir l’air ?…
Et elles ont hâté le pas…

A l’angle de la rue Mermoz elles ont dû attendre qu’un retraité ait fini de sortir ses poubelles…
- Alors il se grouille, ce con !… Il le fait exprès, c’est pas possible !…

Les derniers mètres elles les ont parcourus à la course… Aussi vite qu’elles ont pu… Le portail… Qu’elles ont poussé… Refermé… Sauvées… Et elles sont parties d’un fou rire interminable, irrépressible qui les a secouées toutes…
- Non, mais c’est quoi cette mascarade ?…
Ils étaient accoudés au balcon tous les deux là-haut…
- Et ça les fait rire en plus…
- Attendez !…
Entre deux fous rires…
- Attendez !… On va vous raconter…
Elles se sont regardées et c’est reparti de plus belle… Impossible à arrêter…
- Nous, que nos femmes se baladent à poil dans les rues on trouve pas ça spécialement drôle…
Dégrisées brusquement…
- On va vous expliquer… Si vous saviez ce qui nous est arrivé…

- Oui, figurez-vous !…
Tout en montant les rejoindre…
- On était sur la plage… Il y avait personne… Alors on s’est dit, vu la chaleur qu’il faisait, que…
- Oui, ben commencez par aller passer quelque chose… Vous discuterez après…





II


( version de Mickaël )


Nulle cette soirée, mais d’un nul !… Et il faisait une chaleur à crever en plus !…
- On se casse ?…
Et on a filé en douce, Victor et moi…
- On fait quoi ?…
Il a haussé les épaules…
- Qu’est-ce tu veux faire à cette heure-ci ?… Tout est fermé…
On est descendus vers la mer, on a marché au hasard sur la plage…
- C’est quoi ce truc blanc ?…
- Où ça ?…
- Ben là !…
C’était des sapes… Des sapes de nana…
- Elles sont deux… Et il y a l’assortiment complet… Tu paries qu’elles se baignent à poil ?… - Oh, tu crois ?…
On a scruté les vagues, mais il faisait trop sombre pour pouvoir discerner quoi que ce soit…
- On leur pique ?… Comment elles vont être emmerdées !…

On a emporté notre butin sur un banc du boulevard désert et on l’a tranquillement examiné : une culotte et un string blancs, un seul soutien-gorge, blanc aussi, une robe bleue, un tee shirt jaune paille et un pantalon assorti… De la poche arrière Victor a triomphalement extirpé une carte d’identité…
- C’est la mère Legrand !…
- Non ?!…
- Si !…
- Et ça doit être sa sœur l’autre… Elle est venue passer les vacances chez elle…
- Oh, putain !… Faut absolument qu’on arrive à les voir…
- Facile… Elles sont coincées là-bas maintenant… Il va pas tarder à faire jour… On n’aura plus qu’à débouler par hasard…
Et on s’est planqués, en attendant, sous les arcades…

- Les v’là !… Si, là-bas, c’est elles !…
- C’est pas vrai qu’elles vont rentrer comme ça ?!… Eh ben dis donc elles ont pas peur !…
- Mais alors forcément elles vont passer sous…
On a jeté leurs vêtements dans une poubelle et on est retournés là-bas… A la course…
- Ben où vous étiez passés ?…
- Arrêtez la musique !… Eteignez les lumières !… Vite… Faites pas de bruit et venez voir !… Ca va valoir le coup…
Tout le monde s’est agglutiné aux trois fenêtres sur la rue…
- Mais il y a rien…
- Chut !… Chut !… Attendez !…

Elles ont fini par apparaître en bas de la rue… Avec des tas de coups d’œil inquiets autour d’elles…
- Oh, la vache, mais elles sont à poil !…
Et tout le monde a regardé… Même les filles… Il y en a une qui a chuchoté derrière moi…
- C’est pas vrai que c’est Madame Legrand…
Elles se sont approchées… Tout près… En dessous… Un ronflement de moteur… Qui les a précipitées sous la porte cochère juste en face, plaquées contre elle, tournées vers nous…
- Ce pot qu’on a !…
En murmure à côté…
- Mais oui, mes chéries, montrez-nous bien vos chattes… Comment elle est touffue sa sœur, t’as vu ça ?… Et cette paire de lolos qu’elle a !…
Le moteur s’est éloigné… Elles sont reparties…
Leurs deux paires de fesses ont majestueusement ondulé jusqu’à l’angle de la rue Paul Bert, ont disparu… Victor a poussé du coude…
- On leur dit pas que c’est nous, hein, pour leurs sapes !… Ca craint…

Quelqu’un a rallumé… Ca a rigolé… Ca a commenté et puis ils ont voulu savoir…
- Ben alors racontez !… Qu’est-ce qui s’est passé ?… Qu’est-ce qu’elles foutent à poil dehors ?…
- Ca !… On en sait rien… Nous, on était juste descendus prendre un peu l’air… On les a vues, de loin, qui revenaient de la plage… Comme ça… Alors on s’est dit que sûrement elles remontaient chez elles, qu’elles allaient passer par ici… Et on a foncé, tu parles !





III


( version de la rue )


- Vous êtes pas au courant ?… Pour Madame Legrand… Vous êtes pas au courant ?…
- Non…
- Mais tout le monde parle plus que de ça !…
- Qu’est-ce qu’il y a eu ?…
- Il y a eu qu’avec sa sœur cette nuit elles ont profité de ce que leurs maris dormaient pour aller faire la java…
- C’est pas possible !…
- Si !… Et avec des gamins en plus !… Chez Molinaro ça s’est passé…
- Molinaro !…
- Molinaro, oui !… Et je peux vous dire que c’était quelque chose… Que ça y allait… L’alcool, le rat chiche et le reste… Tout !… Et elles il fallait pas leur en promettre à ce qu’il paraît…
- C’est pas croyable !…
- Mais le plus beau… vous savez pas le plus beau ?… Le plus beau c’est que tout ce joli monde a fini par aller faire ses cochonneries sur la plage…
- Non !…
- Si !…
- Et que je te vais avec l’un et que je te vais avec l’autre… Ah, elles s’en sont donné !… Elles s’en sont même tellement donné qu’elles ont fini par s’endormir là et que quand elles se sont réveillées – les autres étaient partis depuis longtemps – elles étaient incapables de savoir ce qu’elles avaient fichu de leurs vêtements… Vous croyez que ça les a dérangées ?… Pensez-vous !… Elles sont rentrées comme ça, toutes nues à travers les rues, en rigolant comme des folles… Seulement je peux vous dire que les maris ils leur avaient préparé un sacré comité d’accueil… Ca !…
- Pauvre monsieur Legrand !… Je le plains… Il est tellement gentil cet homme… Jamais un mot plus haut que l’autre… Toujours à se mettre en quatre pour vous rendre service…
- Ah ça, on peut dire qu’il a pas tiré le gros lot avec elle…
- Elle a pas toujours été comme ça pourtant !…
- Oui, oh !… Disons qu’elle cachait bien son jeu… Parce que quand on sort d’où elle sort… On peut faire illusion un moment, oui, mais le naturel reprend vite le dessus… La preuve !…








R E T O U R

D E

F L A M M E


J’étais un incorrigible dragueur… Tout m’était bon pourvu que ce soit fendu entre les cuisses… Et je n’en étais pas peu fier… Je tenais un compte scrupuleux de mes conquêtes… J’avais ma feuille de route : trois filles minimum par semaine… Au dessous j’étais déshonoré… Au-dessus un petit bonus c’était toujours bon à prendre… Inutile de dire qu’à la fac j’étais grillé : il me fallait aller exercer mes talents ailleurs… Sauf… sauf en tout début d’année quand le troupeau désorienté des nouvelles envahissait les couloirs… Un véritable réservoir dans lequel je m’empressais de puiser encore et encore avant que ma réputation n’ait fini par me rattraper…

Elle était seule à la cafeteria… Elle paraissait attendre quelque chose ou quelqu’un… Une fille d’une beauté!… Inouie… Invraisemblable… La perfection incarnée… Il me la fallait… Toi, ma petite, je t’aurai… Et ça va pas mettre trois jours… Je me suis approché… Sur la tablette, devant elle, à côté de son Orangina, une édition en anglais de Shakespeare…
- Excuse-moi… Tu ferais pas Anglais par hasard ?…
Elle a levé sur moi, sans répondre, un regard d’un vert envoûtant…
- Non, parce que voilà… je fais un mémoire, en socio, consacré aux étudiants… Il me faut des témoignages… Et j’ai encore personne en Anglais… Alors si t’avais été assez sympa pour répondre à quelques questions…
- C’est tout ce que t’as trouvé ?… Tu t’es pas bien forcé…
- Hein ?!… Quoi ?!… Mais pas du tout !… Qu’est-ce que tu vas imaginer !…
- Bon, ben vas-y alors, je t’écoute…
- C’est que… j’ai pas mon dossier avec moi…
- Evidemment !…
Elle a éclaté de rire et elle m’a planté là…

J’ai passé la nuit à élaborer un questionnaire qui tienne la route… Qui ait l’air de… Tu vas y avoir droit… Ca… Je peux te dire que tu vas y avoir droit… Et je suis parti à sa recherche, le lendemain matin, d’amphi en amphi, de salle de TP en salle de TP…
- Tu peux m’accorder quelques instants ?…
Elle pouvait… Elle l’a fait… En réponses brèves, claires, précises sans me quitter un seul instant des yeux…
- C’est tout ?… C’est fini ?…
- Oui… Oui… Je t’offre un verre ?…
- Non… Merci… Au revoir…

Quelle petite garce !… Quelle petite merdeuse !… Non, mais pour qui elle se prenait ?… Oh, mais elle allait voir… Elle allait y passer à la casserole… Une ramonée comme jamais… Elle y couperait pas… J’ai stratégiquement laissé passer quelques jours et puis je l’ai abordée, un matin, sur le campus…
- Tu peux pas me rendre un service ?… J’ai jamais été très doué en Anglais… Et il y a un texte qui me pose problème… J’en ai vraiment besoin en plus !…
- Donne !…
Elle s’est assise au soleil sur les marches…
- C’est où que tu comprends pas ?…
Il y avait les deux lignes, là, au milieu, et puis quatre vers la fin… Qu’elle a traduites très vite d’une grosse écriture penchée…
- Et voilà !… C’était vraiment pas compliqué…
J’ai empoché la feuille…
- Merci… C’est très sympa… Parce que, en général, c’est plutôt chacun pour soi ici… On vient aux cours et on s’en va… Le plus vite possible… On cherche pas le contact… A discuter… A échanger… Rien du tout…
- Ah oui ?!… Ca vient peut-être de toi, ça… Parce que moi, j’ai pas ce problème… Pas du tout…
Et elle partie rejoindre un groupe filles de l’autre côté…

Ca n’allait pas être facile… Non, ça n’allait pas être facile… Mais tant mieux !… Finalement ce n’était pas pour me déplaire… Pour une fois que je rencontrais une vraie résistance… Pour une fois que j’allais devoir me battre pour arriver à mes fins… Le succès final – dont je ne doutais pas – n’en serait que plus délectable… Et je passais des heures et des heures à me représenter, avec gourmandise, le moment où elle serait nue dans mes bras, le moment où, vaincue, elle serait enfin à moi…

Les autres ne comptaient plus, ne m’intéressaient plus… J’avais remisé mon carnet de conquêtes au fond d’un tiroir… Je l’avais remplacé par un gros cahier rouge qui lui était exclusivement consacré… J’avais amoureusement calligraphié son prénom - Iliona - sur la couverture… J’y avais recopié son emploi du temps… Répertorié les différents itinéraires qu’elle empruntait… J’y notais, en vrac, tout ce que je parvenais à glaner, de ci de là, à son sujet… Et j’y tenais, au quotidien, le journal des opérations… Qui n’avançaient guère… Tout au plus parvenais-je à lui soutirer quelques mots, de pure convention, quand je la croisais… Elle paraissait n’avoir rien de plus pressé que de m’échapper… J’avais beau déployer des trésors d’ingéniosité, m’efforcer de briller de tous mes feux, rien n’y faisait… Le poisson ne mordait pas à l’hameçon…

Il ne me restait plus qu’à jouer mon va-tout… Qu’à abattre la carte maîtresse que je n’utilisais qu’en tout dernier recours quand tout le reste avait échoué… Je l’ai attendue, un matin, en bas de chez elle, et je lui ai servi une déclaration passionnée en règle… Je l’aimais… Depuis le premier jour… Depuis le tout premier instant où je l’avais aperçue… Je ne pensais qu’à elle… Tout le temps… Elle hantait mes rêves… Elle… Elle ne m’a pas laissé poursuivre…
- Oui, tu veux me tirer, quoi !…
Hein ?!… Mais non, pas du tout, c’était pas ça !… Absolument pas…
- Tu parles !… Dès le premier jour, moi aussi, je l’ai su…

Ah, elle voulait jouer à ça !… Eh bien on allait jouer… Ah, elle doutait de ma bonne foi… Eh bien elle allait voir… On allait voir… Et je lui ai écrit… Tous les jours… De longues lettres enflammées dans lesquelles je la suppliais de me laisser l’aimer… Même sans espoir… Même de loin… Je ne demandais rien… Je ne voulais rien… Seulement la voir… Seulement l’entendre rire… Seulement m’enivrer de son parfum au détour d’un couloir… Et là ?… Ils n’étaient pas sincères mes sentiments peut-être?…

Son attitude à mon égard se modifiait peu à peu, insensiblement, au fil des jours… Quand on se rencontrait – et je faisais en sorte que ce soit souvent, le plus souvent possible – elle s’attardait quelques instants pour discuter avec moi, me gratifiait d’un sourire… C’était bon signe… A l’évidence ma persévérance – c’est du moins ce dont j’étais convaincu – commençait à porter ses fruits… Mais pas question, pour l’instant, de chercher à pousser mes avantages plus loin… Il fallait attendre encore, attendre que le fruit soit mûr, attendre qu’elle se soit convaincue de ma sincérité… Et continuer à lui écrire…

- Tu m’offres un verre ?…
Si je lui offrais un verre ?… Et comment !… Depuis le temps que j’attendais ça !… On s’est assis face à face dans le café le plus proche …
- Tu sais combien ça fait ?…
- Combien ça fait de quoi ?…
- De lettres que tu m’as envoyées…
- Pas vraiment, non…
- Cent… Tout juste cent… Depuis hier… Tu tiens la distance, il y a pas à dire…
- Quand on aime…
- Ben voyons !… Encore que… c’est pas complètement faux… Ca l’était… Ca l’est de moins en moins… Ca ne l’est plus… Tes toutes dernières lettres, elles, sont vraiment vraies… Quand on joue avec le feu on finit par se brûler…

Et… Et oui… Je devais bien me rendre à l’évidence, une évidence que j’avais commencé à soupçonner, mais que j’avais chassée d’un haussement d’épaules… Amoureux, moi, allons donc !… Mais… si !… Et pas qu’un peu !… J’avais fini par me prendre à mon propre piège et à éprouver profondément, intensément, les sentiments que j’avais jusque là simulés…


- Bon… Et maintenant ?…
- Quoi maintenant ?… Ben, ça changeait complètement la donne, non ?…
Oh, pour moi peut-être… Pour elle pas du tout… Enfin, si !… Un peu quand même…
- Parce que faut être honnête… C’est toujours agréable de savoir qu’un type il est fou de toi… Qu’il en peut plus… Alors on peut se voir si tu veux… De temps en temps… Aller au ciné ensemble… Se faire une bouffe… Si j’en suis… Quand j’en serai… Mais rêve pas, hein !… Il y aura jamais rien entre nous… D’aucune sorte… Jamais…

Elle restait quinze jours, parfois plus, sans me faire l’aumône du moindre moment à nous… Et puis…
- Tu m’emmènes quelque part ?…
- Où ?…
- Où tu veux… Choisis… Mais tâche que ça me plaise parce que sinon…
Ca ne lui plaisait pas… Rarement… Jamais… Mais j’avais quelques heures de bonheur… Je la voyais… Je l’entendais… Je lui parlais… J’étais douloureusement heureux…

Elle a appelé un soir vers minuit…
- J’arrive pas à dormir… Parle-moi !… Raconte-moi quelque chose… N’importe quoi… Même si je te réponds pas… Je te répondrai pas d’ailleurs…
J’ai raconté… J’ai inventé… Je me suis efforcé d’être drôle, subtil, émouvant, captivant… jusqu’à ce que le sommeil me terrasse…

- A quelle heure ?… Six heures ?… Ah oui ?!… Je sais pas… Je me suis endormie presque tout de suite… Elle me berce ta voix… On fera comme ça maintenant… Tous les soirs… Tu me parleras toute la nuit… Tu seras mon somnifère…








R O U G E

A

L E V R E S



Entre midi et deux la grande surface d’à côté restait toujours ouverte et j’allais y tuer le temps en attendant de reprendre le boulot… Je flânais, je m’attardais entre les rayons, j’essayais un rouge à lèvres sur le dos de ma main… un autre… ou un parfum… Je m’éloignais… Je revenais… Je n’achetais jamais… Je n’avais pas les moyens : il y avait trop peu de temps encore que je travaillais…

Ce jour-là je venais tout juste de passer les caisses, j’allais sortir quand une femme a hurlé à pleins poumons derrière moi…
- Sécurité !… Sécurité !…
Je me suis retournée… Qu’est-ce qui se passait ?… Sorti de je ne sais où un vigile armoire à glaces s’est précipité sur moi, m’a agrippée par le bras, solidement maintenue…
- Toi, tu me suis et surtout tu fais pas d’histoires…
- Quoi ?!… Mais qu’est-ce que ?…
Il m’a entraînée…
- Allez, allez, viens par là…
On a monté des marches, emprunté un long couloir avec la bonne femme sur nos talons qu’arrêtait pas de répéter…
- Toi, ma petite, on va pas te louper… Alors ça, on va pas te louper… Depuis le temps que je le surveille ton petit manège…
On m’a poussée dans une pièce… On a refermé la porte…

Derrière un bureau une femme a levé la tête…
- Ah, encore une !… Eh ben décidément c’est le jour… Bon… Alors tu poses tout ce que tu as volé là devant moi…
Je suis restée pétrifiée, incapable de rien dire, de rien faire… Seulement de me répéter comme un refrain que c’était pas possible, que ça allait forcément s’arranger puisque j’avais rien volé…
- Alors ?!…
- Mais j’ai rien pris…
- Mais oui !… Mais bien sûr… Alors tu me donnes ton sac…
Je le lui ai aussitôt tendu, pleine de bonne volonté… Elles allaient bien être obligées de se rendre compte… Forcément…

Elles l’ont renversé sur le bureau tout vidé tout éparpillé tout examiné un truc après l’autre… Le vigile aussi est venu se pencher avec elles…
- Vous êtes sûre, madame Monnier ?…
A voix basse…
- Certaine… Ca fait quinze jours que je l’ai à l’œil… Elle est maligne, mais… Un rouge à lèvres… Un Dior… Elle l’a pas reposé… Absolument certaine…
- Bon… alors tu vas gentiment nous dire ce que t’en as fait… Ca vaut mieux, tu sais !… Parce que ça peut aller très loin cette histoire… Tu travailles où ?…
J’ai vaguement balbutié…
- A mille sapes là-bas…
- En plus !… Ah ben elle va être contente Madame Cartier quand elle va apprendre que sa vendeuse pique chez les collègues… Parce qu’elle va l’apprendre… A moins que…
- Mais j’ai rien volé !…
- Ben voyons !… C’est incroyable d’être entêtée comme ça… Oh, mais on va trouver… On va forcément trouver… Retourne tes poches !… Sors-les !…
Ah oui… oui… mes poches… prête à coopérer… les convaincre… pas perdre ma place… Ah non, non, surtout pas ça… non… Evidemment il y avait rien…

- Mais qu’est-ce qu’elle en a fait ?…
Il y en a une qui a plongé la main dans les autres poches derrière… Jusqu’au fond…
- C’est pas possible ça !… Donne ton jean !…
J’ai donné… J’ai enlevé… Tout de suite… J’ai donné… Il y avait plus qu’une seule chose qui comptait… Leur prouver… Qu’elles préviennent pas Madame Cartier… Parce que Madame Cartier… Que ça s’arrête toute cette histoire… Que ça s’arrête le plus vite possible… Le vigile aussi s’est approché… Tout près… Elles ont exploré une jambe… l’autre… Elles ont tâté les ourlets, l’ont retourné, jeté en petit tas par terre…
- Mais c’est invraisemblable !… Imvraisemblable…

Elles ont tourné autour de moi comme des guêpes…
- Elle l’a… C’est obligé, elle l’a…
Il y en a une qui a remonté mon pull et l’autre a passé la main entre le sein et le soutien-gorge, tout le tour, enrobé, contourné… l’un après l’autre…
- Il y a rien non plus…
Dépitées… Vexées… Et de derrière je sais pas laquelle m’a baissé la culotte d’un seul coup jusqu’à mi-cuisses…
- Non… Elle l’a pas…
- Elle a vu qu’elle était repérée… Elle a dû le balancer quelque part en rayon…
- Tu l’as mis où, hein ?… Eh bien réponds !…
- Elle le dira pas… Une vraie tête de mule…
- Bon, alors écoute-moi bien !… Pour cette fois il y aura pas de suite… Tu as été très maligne… Mais un conseil : remets jamais les pieds ici… Sinon…

D’un revers de main elle a balayé toutes mes affaires sur le bureau…
- Tu te reculottes… Tu ramasses tout ton fourbi… Et tu dégages…









A G O N I E


- Vous voulez qu’on arrête ?…
- Non… Non… Pourquoi ?…
- Vous avez peut-être envie de faire autre chose…
- Quoi ?…
- Je sais pas, moi… Quelque chose pour vous…
- Tu es gentille… Mais il me reste si peu de temps… Pas assez pour entreprendre quoi que ce soit que je puisse espérer mener à terme… Non… Avançons… Avançons ton mémoire tant qu’il me reste suffisamment de forces et de lucidité… Avançons… C’est important pour toi… Et pour moi un vrai bonheur de travailler avec toi…
Elle s’est rassise, appuyée contre son flanc…
- J’ai de la chance finalement… Beaucoup de chance… Tellement de chance… Tu auras ensoleillé mes derniers jours… Chut… Chut… Ne dis rien…
Il lui a pris la main… Elle la lui a abandonnée…
- Elle est toute douce… Toute chaude… Vivante…
- Qu’est-ce que je pourrais faire pour vous ?… Vous donner ?… Quelque chose qui…
- Tu me donnes déjà tant !… Tu es là… Tu es jeune… Tu es douée… Tu es belle… Pleine de projets… Pleine d’espoirs… Pleine d’avenir… Et puis… Et puis tu ne triches pas avec moi… Tu es la seule… Tout le monde me ment… Avec les meilleures intentions du monde… La mort leur fait peur… Toi non… Avec toi j’aurai pu être vrai jusqu’au bout… Seulement avec toi… Ca n’a pas de prix…
Il s’est tu… Elle lui a pressé la main… Les derniers rayons du soleil se sont posés sur ses genoux… En bas un enfant a ri… Que quelqu’un a fait taire…
- Si… Il y a quelque chose… Si… Si tu voulais… Ca pour moi ce serait…
- Oui ?… Dites-moi !…
- Approche… Plus près…
En chuchotement à l’oreille… Elle s’est redressée…
- Oui… Je le ferai… Oui…


Et elle l’a fait… Quand elle a poussé la porte de la chambre le lendemain elle l’était… Entièrement… Elle s’est lentement avancée vers le lit, s’est immobilisée tout près, grave, silencieuse, et s’est offerte à ses regards… Aussi longtemps qu’il a voulu… Et il a voulu longtemps…
- C’est un merveilleux cadeau… Si tu savais !…
Elle a souri, s’est assise, penchée sur lui, lui a déposé un baiser sur le front…
- C’est cette image-là que j’emporterai avec moi quand je fermerai les yeux… Bientôt… La dernière… Je suis heureux que ce soit toi… On complique trop les choses, tu sais… On complique trop la vie… On la dilapide à courir après des chimères sans consistance… Alors qu’il faudrait simplement se contenter d’être… Au présent… Regarder… Ecouter… Il y a le ciel… Il y a les nuages… Il y a les arbres… Il y a le corps des femmes… A s’en saouler… Tiens, va jusqu’au meuble là-bas… Vas-y !… Ouvre-le !… Tu vois tous ces dossiers ?… Ma vie est toute entière rassemblée là… Des années et des années de travail obstiné… De mots amoureusement caressés… Combattus… Violentés… Pour rien… J’ai perdu mon temps… Ca n’a jamais intéressé personne… Ca n’intéressera jamais personne… Ca disparaîtra avec moi… Et quand bien même ils auraient fini par rencontrer un quelconque écho… Pour combien de temps ?… Tout passe… Je suis heureux que tu aies choisi de travailler sur Annie Saumont… C’est une grande dame… C’est une grande œuvre… Toute en subtilité… Qui suggère… Qui va inlassablement te chercher là où c’est essentiel… là où tu n’as pas forcément envie d’aller… Mais les mots changent… Ils ont leur vie propre… Les mentalités aussi… Dans cinquante ans… Dans cent ans on ne la comprendra plus… Ou seulement en surface… Tout ce qui en constitue la « substantifique moelle » se sera irrémédiablement altéré… On n’y aura plus accès qu’à travers une multitude de filtres… Et dans deux cents ans il faudra la traduire… Avec tout ce que cela suppose de déperdition… Après… Après plus personne ne se souciera peut-être de littérature… Ou bien le monde sera devenu tellement fou qu’un cataclysme aura tout détruit… Les livres comme le reste… Il aura fallu repartir à zéro… Les quelques humains qui en auront réchappé n’auront pas d’autre préoccupation que d’assurer leur subsistance… Mais bon… Allez… Il est tard… L’infirmière va arriver… Il ne faut pas qu’elle te trouve comme ça… Va vite te rhabiller…
Elle a rassemblé ses papiers, repris ses dossiers…
- On n’aura pas beaucoup travaillé aujourd’hui, hein !?…
- Ca fait rien… J’aime vous écouter…


- Tu es belle… Tu es si belle… Et dire que bientôt… Viens !… S’il te plaît !… Plus près !… Encore… Tu as des seins magnifiques… C’est merveilleux un sein… Ca a sa forme… sa pente… son grain… C’est unique un sein… C’est…
- Jamais on ne m’a regardée comme ça… Jamais… Personne… Comme si vous découvriez… Comme si c’était la première fois…
- C’est la première fois… La toute première fois… Plus que jamais… Mais allez !… Travaillons… Tu n’auras jamais fini ton mémoire à temps sinon… Travaillons… Mais d’abord je voudrais te demander quelque chose… Mes dossiers dans le meuble là-bas… Va les chercher… Prends-les… Emporte-les quand tu partiras tout-à-l’heure… Tous… Tu en feras ce que tu voudras… Je ne veux pas les savoir entre d’autres mains que les tiennes…
Elle s’est levée… Elle y est allée, les fesses nues, abandonnées, s’est longuement penchée, les a rapportés, serrés contre elle…
- Je pourrai les lire ?…
- Bien sûr !… Ils sont à toi… Mais ils n’ont pas vraiment d’importance, tu sais… Ils n’en ont eu que pour moi… J’y ai mis ce que j’avais de meilleur… Avec infiniment de bonheur… On a toujours raison d’avoir une passion… Aie une passion, Amélie… Une passion à toi… Qui t’envahisse… Qui remplisse toute ta vie… Qui rende tout le reste sans importance… Tu es amoureuse ?… De Martial tu es amoureuse ?…
- Oui… Non… Peut-être… Je sais pas en fait…
- Alors tu ne l’es pas… Tu essaies de te le faire croire parce que tu as envie de l’être… Le jour où tu le seras vraiment tu ne te poseras pas la question… Et ce jour-là… Que lui aussi ait une passion… ravageuse… dévorante… qui l’habite tout entier… Ne soyez pas tout l’un pour l’autre… C’est ce à quoi on aspire habituellement… On court à la catastrophe… On s’enroule sur soi-même… On se dessèche… On s’étouffe… Personne ne peut jamais être tout pour l’autre… Personne ne peut demander à personne d’être tout pour lui… Il lui faut de l’espace au couple… Il faut qu’il s’alimente à quelque chose à l’extérieur… Autrement… Mais pourquoi je te raconte tout ça, moi ?… Egoïstement sans doute pour partir avec l’idée que tu seras heureuse… Mais bon… Allez… Le temps passe… Travaillons… Qu’est-ce que tu as ?… Tu pleures ?…
- Non… Non… C’est les pollens… Je suis allergique…
- Le mois de Juin… C’est le mois que j’ai toujours préféré…


- Bon… Allez… On avance aujourd’hui… Tu as rédigé ?… Oui ?… Tu fais voir ?… Oh, mais tu as tout repris… Depuis le début… Encore !… Rien ne peut jamais être absolument parfait, tu sais… A vouloir trop bien faire on risque de tout gâcher ou de tourner indéfiniment en rond… Il arrive toujours un moment où il faut savoir « se contenter de »… C’est comme dans la vie… Ce dont on a longtemps rêvé… qu’on a tellement voulu… qu’on a tout fait pour avoir… le jour où on l’obtient… ce n’est pas ça… ce n’est plus ça… c’était tellement mieux quand on imaginait qu’on l’aurait… Si on ne le sait pas, si on n’en prend pas son parti, on s’expose à tellement de désillusions… Il y a des exceptions bien sûr… Elles sont rares… Elles sont précieuses… Des moments inouïs où la réalité vient très exactement coller à l’attente qu’on en avait… Ou la dépasse… Comme là… Comme maintenant… Te voir nue… toi… ne fût-ce que quelques secondes… ne fût-ce que furtivement… si tu savais ce que je l’ai désiré… ce que j’y ai pensé… ce que je l’ai voulu… A en avoir mal… Et tu l’es pour moi… De longues merveilleuses heures durant… Et je suis comblé… Bien au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer…
Elle a souri… Elle s’est levée… approchée…
- Fermez les yeux !… Fermez !… Allez !…
Le lit a légèrement bougé… Elle lui a brièvement effleuré le visage…
- Vous pouvez les rouvrir…
Elle était là, juste au-dessus, tout près, en replis rosés entrouverts…


- C’est toi, Amélie ?…
- C’est moi, oui…
- Ah… Je suis heureux… J’avais peur que tu arrives trop tard… C’est le moment, tu sais… C’est maintenant…
- Vous voulez que j’appelle quelqu’un ?…
- Non… Surtout pas… Non… Je veux que tu sois là… toi… à côté de moi… comme tu l’as été ces trois jours… Je veux pouvoir te voir… Et que tu me tiennes la main… C’est tout… Merci, Amélie… Au revoir… Merci…








A U

S U I V A N T !



- Au suivant!… Au suivant!…
La petite lumière verte s’allumait et, chaque fois, on reprenait tous en chœur…
- Au suivant !… Au suivant !…
C’était la traditionnelle visite médicale, celle de l’indispensable tampon sur la carte d’étudiant…
- Au suivant !… Au suivant !…
Quand mon tour est arrivé on rigolait tous tellement que je ne l’ai pas vue tout de suite la petite lumière verte… Qui s’est mise à clignoter furieusement…


- Tu crois que j’ai que ça à foutre d’attendre ?…
- Oui, oh, ça va !… On n’est pas à dix secondes près…
- Moi, si !…
Elle m’a regardé approcher, en slip…
- Bon… Sujet maigre, mais musclé…
Elle n’était guère plus âgée que moi… Sûrement pas une toubib, non… Plutôt une étudiante en fin d’études à qui on imposait cette inutile corvée…


- Allonge-toi là !… Redresse-toi !… Respire à fond !… Par la bouche… Tousse !… Tu fumes ?…
Ben oui… Oui… Je fumais, oui…
- Beaucoup ?…
Sur un tel ton de mépris hautain que…
- Trois paquets par jour… Et je me saoûle la gueule…
Elle n’a pas relevé… Elle s’est contenté de hausser les épaules…
- Assieds-toi !… Ouvre la bouche !… Tu fais quoi comme études ?…
- Lettres…
- Tu sais peut-être lire un annuaire alors ?!… A dentistes tu cherches… Chirurgiens-dentistes… Et tu prends rendez-vous… Tu sauras faire ?…
Quelle conne !… Non, mais quelle conne !… J’ai désespérément cherché, en catastrophe, une réplique cinglante… Je n’ai trouvé qu’un pitoyable…
- Faut que j’apprenne à lire alors !…


- Tu peux descendre…
Elle est retournée à son bureau et s’est silencieusement absorbée dans l’étude de mon dossier…
- Et évidemment question vaccins – tétanos, polyo – t’es pas à jour… Ca remonte à quand le dernier rappel ?…
- Putain !… Mais vous emmerdez tout le monde comme ça ou c’est un traitement qui m’est spécialement réservé ?…
- Je fais mon boulot, c’est tout… Et si ça te convient pas ça m’est complètement égal… Pas de maladies vénériennes ?… Jamais ?… Pas de troubles urinaires ?… Approche !…
Elle a tiré sur mon slip, enserré, pressé, décalotté sèchement…
- Non, ça va… T’es pas trop complexé au moins ?…
- Hein ?… Non… Pourquoi ?…
- Ca aurait pu… Parce que il y en a des petites, mais alors à ce point-là…
Elle a lâché… Ca a claqué contre le ventre…
- Je t’aurais dirigé vers un psy, mais tant mieux, tant mieux…
Et elle m’a congédié du revers de la main…








U N

A P R E S – M I D I

A

L’H O T E L





- Qu’est-ce que t’as ?…
- Il y a que j’en ai marre d’être toute seule… De rentrer dans un chez-moi où personne m’attend… Où je me fais chier comme un rat mort… J’ai que quarante balais, merde !… J’ai le droit de vivre, moi aussi, d’avoir quelqu’un, de m’endormir dans ses bras, de faire des trucs avec…
- Tu finiras bien par trouver…
- Où ça ?… En boîte ?… Il y a que des gamins… Au boulot ?… Il y a que des nanas… Où tu veux que je le trouve ?… Où ?… Il va pas tomber du ciel…
- Et Internet t’as essayé?…
- Oui, oh, ça te parle que de cul…
- Parce que tu vas pas au bon endroit… T’en as des tas de sites de rencontres sérieuses… Avec plein d’inscrits en plus… Je te filerai des adresses, tu verras…


- Alors ?!…
- Ben alors c’est super… Il y en a un on a tout de suite accroché tous les deux… On a plein de points communs… Des heures et des heures on reste le soir à discuter… Marc il s’appelle… Il est libre… Divorcé… Le seul ennui, c’est qu’il habite loin et si ça doit le faire ça va poser des sacrés problèmes côté boulot…
- T’emballe pas quand même !… T’emballe pas… Attends de l’avoir rencontré… Si ça tombe physiquement il te plaira pas du tout…


- Ca y est !… On s’est vus…
- Et ?…
- Et… Wouaaah… On t’a passé un de ces week end… De la folie… En tout cas je peux te dire qu’au lit il assure… Et il y a pas qu’au lit… C’est le type pas vraiment canon, non, tu vois, mais qui t’a un de ces charmes !… Et avec lui au moins tu peux discuter… Parler vraiment… Il t’écoute… Il dit les choses… Tu te sens bien… Mais j’ai la trouille maintenant… Tu peux pas savoir ce que j’ai la trouille !…
- La trouille ?!… La trouille de quoi ?…
- De le décevoir… De pas être à la hauteur… Qu’il me trouve nulle…
- Va pas te mettre des idées comme ça en tête… C’est le meilleur moyen de tout flanquer par terre…


- Alors ?… Raconte !… Tu l’as revu ?…
- Oh oui, oui… Plusieurs fois… Chaque fois qu’il peut… Et c’est super… Comment il est calin, tendre, amoureux, attentionné…
- Bon… ben, c’est en bonne voie alors… Tu vois que t’as trouvé finalement…
- Je sais pas… Je sais pas parce qu’il y a quand même un truc qui me chiffonne…
- Ah oui, quoi donc ?…
- Je peux jamais le joindre… Trois fois sur quatre je tombe sur la messagerie…
- Ah !… Et sur le fixe ?…
- Il en a pas de fixe…
- Il a pas de fixe ?… Ben voyons !… Et il se connecte à Internet comment alors ?… A moins d’avoir un PC portable…
- Il en a pas, non…


- Oui… Ben… Bon… Il est marié… Mais en instance de divorce… Les papiers sont faits… Il attend plus que la convocation du tribunal… Ca devrait pas tarder…
- Qu’il dit !… Et pourquoi il t’en a pas parlé tout de suite de tout ça ?…
- Je sais pas…
- Ouais… Ouais… Tu sais ce qui t’attend là ?… Eh bien le divorce va être sans arrêt reporté à une date ultérieure… D’abord ça sera l’avocat qui traîne… Et puis le juge… Et puis lui… Parce que sa femme est en pleine dépression nerveuse… Parce que les enfants sont encore petits… Parce que la maison n’est pas finie de payer… Ca va durer des années… Et pendant ce temps-là Monsieur aura le beurre et l’argent du beurre…
- Mais qu’est-ce qu’il faut que je fasse alors ?…
- A mon avis te tirer… Avant qu’il soit trop tard… Avant que tu sois accro…
- Oui, mais ça !…

- Assieds-toi !… T’es bien assise ?… Alors écoute ça !… Je l’ai connecté ton Marc hier soir… Pour le tester… Pour voir ce qu’il avait dans le ventre… Sans lui dire que je te connaissais évidemment…
- Ah oui, et alors ?…
- Et alors il m’a draguée tant qu’il a pu… T’aurais vu ça !…
- Le salaud !…
- Tu peux le dire… Il m’a même proposé un rancart…
- Quel fumier !… Et t’as accepté ?…
- Bien sûr que non… J’allais pas te faire ça…
- T’aurais dû… Qu’on sache jusqu’où il serait allé…
- Oh, mais je peux encore, hein !… Il sera pas décu du voyage… En tout cas, toi, maintenant, tu sais à quoi t’en tenir…
- Ca !… Il est pas près de me revoir… Non, mais comment il s’est foutu de ma gueule…


- Bon… Que je te raconte… Alors j’y suis allée… Il m’en a mis plein la vue… Restaurant trois étoiles avec serveurs pingouins… Repas à la carte… Tout ce qu’il y avait de plus cher… Champagne…
- Exactement comme avec moi…
- Et il a fait le beau… Il a passé la soirée à faire le beau… C’est lui le meilleur… En tout… C’est lui le plus beau… C’est lui le plus fort… Et moi de l’admirer… Tant que je pouvais… J’étais émerveillée… Comment un homme d’une si haute valeur avait-il pu condescendre à jeter les yeux sur une petite chose aussi insignifiante que moi ?… J’étais sous le charme… Subjuguée… Il se rengorgeait… C’était dans la poche… Il avait plus qu’à me passer à la casserole… Il s’est lancé… Il était tard… J’avais un peu bu… Lui aussi… Ils faisaient des tas de contrôles en ce moment… Alors le plus sage c’était sans doute de rester dormir là… Non ?… Qu’est-ce que j’en pensais ?… Oh moi, j’y voyais pas d’inconvénient, mais il fallait quand même qu’il sache… J’avais mes règles… Et plein pot en plus… Il a fait bonne figure… Oui, ben il y avait pas de problème… On se reverrait… Il m’appellerait… Dans les tout prochains jours…


- Tu sais pas quoi ?… Virginie aussi…
- Quoi Virginie aussi ?…
- Je lui ai raconté ton histoire avec Marc… Elle a dialogué avec… Et… pareil… Sauf que elle elle passe pas par la case resto… Il lui a filé un rendez-vous à l’hôtel direct… Pour vendredi… Faut dire qu’elle avait mis le paquet aussi…
- Et elle compte y aller ?…
- Pas question… Elle est pas folle… Elle veut juste lui offrir le plaisir de poireauter pour rien…
- Et si on s’y pointait ?… Toutes les trois ensemble ?… Histoire de lui donner une bonne leçon ?…
- Oh, ça peut se faire… Ca risque même d’être follement amusant en plus…


- Bonjour… C’est nous… Tu nous attendais pas, hein !?… Enfin si !… T’attendais Virginie… Mais comme on est de super bonnes copines toutes les trois on n’a pas voulu la laisser toute seule… T’en fais une tête, dis donc !… T’as pas l’air dans ton assiette… Il y a quelque chose qui va pas?… Remarque… Je te comprends… T’as de quoi te faire du mouron… Parce qu’imagine qu’on aille trouver ta femme toutes les trois et qu’on lui raconte tout…
- Vous allez pas faire ça ?…
- On sait pas… On n’a pas décidé… Même si un salopard comme toi c’est tout ce que ça mérite… Non, on sait pas encore si on ira… Mais ce qu’on sait c’est qu’on va te donner une bonne leçon, ça, c’est sûr… Pour te faire passer l’envie de nous faire miroiter des tas de trucs à nous, les femmes, juste pour pouvoir tirer ton coup… Tu vois ça ?… Tu sais ce que c’est ?… Eh bien réponds !…
- Un martinet…
- Un martinet, oui !… Et tu vas gentiment mettre ta croupe à l’air… Allons !… Allons !… Fais pas la mauvaise tête !… Tu préfères qu’on aille trouver Madame ?… Non ?… Eh bien alors tu sais ce qui te reste à faire… Là, voilà… Tu vois que tu peux être un grand garçon raisonnable quand tu veux… Installe-toi !… Bien confortablement… Ca risque d’être long… A toi l’honneur, Sandrine !… Et fais pas semblant…
- T’inquiète pas pour ça… Je vais pas le louper…










E N

V O I T U R E




- Si, tu fais la gueule, si !… Tu fais la gueule parce que je suis sortie en boîte sans toi… Alors écoute-moi bien !… Que les choses soient claires… On est ensemble, oui… On vit ensemble, oui… Mais je ne t’appartiens pas… Je n’appartiendrai jamais à personne… Je suis à moi… Et si ça te convient pas on en reste là et chacun sa route…

Ca me convenait pas, non… Mais… Mais c’était toute ma vie Bérénice… J’avais passé trois longues années dans le secret et douloureux espoir qu’un jour peut-être… Et c’était arrivé… Et j’étais comblé… Et j’étais prêt à tout pour la garder… Absolument tout…

Elle sortait… Tous les vendredis… Tous les samedis… Elle rentrait au petit jour ou en fin de matinée, parfois l’après-midi… Elle ne racontait jamais rien… Les questions qui me brûlaient les lèvres – elle était allée où ?… elle avait rencontré qui ?… elle avait fait quoi ? – je finissais par les hasarder après les avoir contenues aussi longtemps que possible… Elle se contentait de leur opposer un infranchissable silence…

Un soir, tandis qu’elle finissait de se préparer, j’ai osé suggérer…
- Si je venais avec toi ?…
Et contre toute attente…
- Oh, si tu veux… Ca m’est égal… Mais alors tu me fous la paix… Tu m’ignores… Je te connais pas…


Elle a rejoint, sur les banquettes, un groupe d’une dizaine de garçons et de filles avec lesquels elle a parlé, elle a bu, elle a ri et puis elle a dansé… Seule d’abord sur des rythmes effrénés… Dans les bras d’un type ensuite contre lequel elle se pressait voluptueusement, la tête enfouie dans son cou… Ils se sont passionnément embrassés… Il l’a emportée en la tenant par la main… Ils ont disparu…


- Tu viens ?…
Elle n’a pas attendu la réponse… Elle a filé à grandes enjambées vers la voiture dont elle a violemment claqué la portière… Musique à fond, elle n’a pas desserré les dents jusqu’à la maison… Dans la salle de bains, sous la douche, elle a explosé…
- Quelle bande de petits cons !… A part emmerder le monde !…
- Qu’est-ce qui s’est passé ?…
- Il s’est passé qu’il y en a quatre ou cinq qu’ont pas arrêté de nous faire chier… A taper sur le capot… A faire les singes derrière les vitres… A pousser des grands cris… Si tu peux même plus baiser tranquillement dans ta voiture maintenant !…
Elle s’est enroulée dans la grande serviette de bains jaune…
- Et en plus je suis restée sur ma faim, moi, du coup !… J’ai horreur de ça…


Elle était restée sur sa faim ?… Qu’à cela ne tienne… Dans le lit je me suis lentement approché, j’ai posé une main sur sa cuisse, je suis descendu, descendu…
- Fiche-moi la paix !… Tu crois que c’est le jour ?…
Et elle s’est tournée de l’autre côté…


Le vendredi suivant c’est elle qui a voulu que je l’accompagne…
- Ben alors, qu’est-ce tu fais ?… T’es pas encore prêt ?… J’ai pris le volant et elle est allée retrouver ses amis sans plus se préoccuper de moi… Comme la semaine précédente elle a langoureusement dansé dans les bras d’un type – un autre – avec lequel elle a fini par s’éclipser… pour presque aussitôt réapparaître…
- Amène-toi !…
Jusqu’à la voiture…
- Prends le volant !… Prends le volant et roule !… N’importe où… On s’en fout…


Au hasard… Puis en ville… Sous les lumières de la ville… Dans le rétroviseur intérieur, discrètement recentré sur eux, à l’arrière, ils étaient enlacés… Ils s’embrassaient… Il a passé la main sous la robe, il a sorti les seins… Il la lui a relevée haut, il a enfoui sa tête… Jambes largement ouvertes elle a gémi, ondulé… Quand il est venu en elle elle a joui très vite une première fois avec emportement, puis une autre, plus tard, pendant un temps incroyablement long… Elle a remis de l’ordre dans ses vêtements, on a ramené le type à sa voiture et on est rentrés…


- C’est ça la solution… Evidemment que c’est ça !… Qu’on roule… Personne peut plus nous emmerder… On fera comme ça à chaque fois maintenant… Tu viendras avec moi et si je suis sur un coup tu nous emmèneras… Tiens, frotte-moi le dos en attendant… J’y arrive pas toute seule…


Dans le lit elle s’est blottie contre moi…
- C’est bien que t’aies arrêté d’être jaloux… Si, c’est vrai… Il y a rien de tel pour foutre un couple en l’air… Non, t’es pas de mon avis ?…
- Si !…
Et on a fait l’amour…









S E R V I C E

M I N I M U M




Fiona m’avait assuré, dès le début, qu’elle n’y attachait aucune importance…
- On fera avec… C’est pas l’essentiel, ça, le sexe… On peut très bien s’en passer… Du moment qu’on s’aime…
Ca me convenait tout à fait : j’étais doté d’une minuscule petite queue qui s’était toujours avérée incapable de procurer le moindre plaisir aux deux seules partenaires que j’avais eues avant elle… Elles s’étaient montrées tout aussi franches l’une que l’autre…
- C’est vrai que c’est pas la taille ni l’épaisseur qui compte, avait conclu Sophie en me quittant, au bout de trois semaines, mais faut quand même un minimum !… Quant à Séverine elle s’étonnait chaque fois…
- On sent rien… Absolument rien… On dirait que t’es pas dedans…
Ca avait duré deux mois…


Fiona n’y attachait pas d’importance… Elle le disait… Elle le répétait… Elle paraissait le croire… Sous mes doigts, sous ma langue, sous ma bouche elle approchait parfois de l’extase que je rêvais de lui donner… Quand je venais en elle jamais… Elle me laissait m’agiter, les bras serrés autour de moi, attendait que j’aie fini pour demander invariablement…
- C’était bon pour toi ?…
Je m’inquiétais : elle était vraiment sûre que ça avait si peu d’importance pour elle?… Elle me faisait taire d’un baiser…
- Te pose pas de questions qui n’en valent pas la peine…


Par ailleurs on s’entendait bien… On avait les mêmes goûts, les mêmes intérêts, les mêmes fréquentations… On coulait des jours paisibles, heureux, sans dissensions majeures, sans heurts… On s’en émerveillait… On n’avait, ni l’un ni l’autre, jamais connu ça… Et on a décidé de se marier, par un beau matin d’Avril, pour le meilleur et pour le pire…


Le pire a pris - très vite - le visage de Marie-Claude dont elle a fait la connaissance, peu après, au cours d’un stage de yoga… Elle s’est aussitôt enthousiasmée pour elle… Il n’y en avait plus que pour Marie-Claude… Qui était une femme d’exception… Qui savait tout sur tout… Qui avait atteint un haut niveau de développement spirituel… Qui pouvait, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres d’ailleurs, rivaliser sans complexes avec les plus grands… Marie-Claude dont j’aurais eu, moi aussi, beaucoup à apprendre… Marie-Claude qui me sortait chaque jour un peu plus par les yeux…


- Tu sais pour ton problème…
- Quel problème ?…
- Marie-Claude dit qu’il y a des tas de solutions…
- Ah, parce que tu es aussi allé parler de ça à Marie-Claude ?…
- Bien sûr !… On se dit tout toutes les deux… On est comme deux sœurs… Elle dit qu’il y a des tas de solutions, mais que le mieux c’est encore de commencer par la médecine traditionnelle… Elle connaît une infirmière qui travaille dans le service d’un professeur spécialisé là-dedans… Ils obtiennent des résultats spectaculaires… Même si c’est pas à tous les coups… Alors on va aller la voir cette infirmière… Demain… Marie-Claude a tout arrangé… Elle nous dira ce qu’elle en pense…
- C’est ça… Et puis quoi encore ?…
- Bon… Eh bien je continuerai à me masturber en cachette dans la salle de bains alors… Comme quand j’avais douze ans…


L’infirmière était une gamine d’à peine vingt-cinq ans qui a pris tout son temps pour scruter, palper, mesurer… Qui a recommencé… Qui a soupiré… Qui a fini par hocher la tête…
- A ce point-là, à mon avis, il y a rien à faire… Il peut aller voir Mercoeur… Il l’examinera… C’est à lui de décider… Mais enfin, pour être franche, je crois que ça n’en vaut même pas la peine…


Elle a patiemment attendu que je sois arrivé au bout et elle s’est redressée sur un coude…
- Ca peut pas durer comme ça !… Faut vraiment faire quelque chose…
Marie-Claude m’a parlé d’une magnétiseuse… Une femme exceptionnelle…
- Ca va pas recommencer, écoute !…
- Parce que ça te va comme ça à toi ?… T’es satisfait ?… Eh ben pas moi !…
- Tu as toujours dit que ça n’avait pas d’importance pour toi, que l’essentiel c’était…
- J’ai changé d’avis… Marie-Claude m’a ouvert les yeux… Moi aussi, j’ai le droit de m’épanouir, figure-toi !… Comme toutes les femmes… A quarante ans il serait temps…
- Ce qui veut dire, en somme, si je te comprends bien, qu’il faut que j’aille montrer ma queue à tous les charlatans de France et de Navarre…
- On peut pas discuter avec toi… C’est pas la peine…
Et elle m’a tourné le dos… Il s’est passé une dizaine de minutes et puis les draps ont été agités comme de vagues… Il y a eu des battements de jambes… Des soubresauts… Des convulsions… Et elle a bruyamment donné libre cours à son plaisir…


Dès le lendemain elle est revenue à la charge…
- Je te comprends pas… Non, je te comprends pas… Parce que voilà un truc dont tu souffres depuis des années et des années, tu diras pas le contraire… On te propose des solutions… Efficaces… Qui ont fait leurs preuves… Et tu fais la fine bouche… Et tu veux pas en entendre parler… A croire que tu préfères te complaire là-dedans… Que ça te satisfait finalement quelque part… Mais à moi, tu y penses quelquefois à moi?… Non… C’est le dernier de tes soucis… Alors tu t’étonneras pas si, à la longue, je finis par aller voir ailleurs…


La magnétiseuse a fait tourner son pendule au-dessus de mon bas-ventre pendant un bon quart d’heure… Et puis elle y a réuni les mains, l’air grave, inspirée, concentrée…
- Bon… Le cas n’est pas désespéré… On devrait pouvoir réussir à gagner un peu, surtout en épaisseur… Je vais vous prescrire un onguent que je fais venir spécialement du Kenya… Les guerriers masaï l’utilisent depuis des générations… C’est une référence… Mais ne vous attendez pas à ce que vos attributs en deviennent pour autant comparables aux leurs… Ca ne pourra évidemment jamais être le cas… Elle a tendu deux gros pots de céramique dont Fiona s’est emparée…
- Le blanc le matin… Le bleu le soir… Vous vous en enduisez largement sur toute la surface et vous laissez pénétrer… On se revoit dans six mois…


Elle a voulu s’en occuper elle-même… - Laisse-moi faire !… Parce que je te connais… Tu vas oublier les trois quarts du temps… Si encore tu le fais pas exprès… Matin et soir, c’était donc tout un cérémonial qu’elle accomplissait avec infiniment de sérieux… Qui durait, chaque fois, une bonne demi-heure…Et qui ne donnait aucun résultat… Elle avait beau mesurer, chaque samedi, avec soin, les choses restaient désespérément en l’état…
- Non… Non… Ca n’a pas bougé… Il faut qu’on soit patients… Elle a dit six mois…


- Ils sont où ?…
- Quoi donc ?…
- Les pots du Kenya…
- Je les ai balancés… J’en ai marre de toutes ces idioties…
- Ah ben bravo !… Bravo !… Alors moi je me mets en quatre, je me décarcasse pour toi et tout ce que tu trouves à faire c’est me mettre des bâtons dans les roues à la première occasion… Et à moi tu y penses à moi de temps en temps ?… Evidemment non… Il n’y en a que pour ta petite personne… Bon, mais t’étais prévenu, tu diras pas le contraire… Tu l’auras bien cherché…


- Tu sors ?…
- Je sors, oui…
- Tu vas où ?…
- Si on te le demande tu diras que tu n’en sais rien…
Elle n’est rentrée qu’au petit matin, a dormi jusqu’à midi… A cinq heures Marie-Claude a appelé…
- Oui… Oui… Moi aussi… Il y a longtemps que je m’étais pas éclatée comme ça… Pas de problème… Même heure même endroit… Oui… Oui… A tout à l’heure…
Et puis un type un peu plus tard…
- Norbert !… C’est toi !… Ca me fait plaisir, tu peux pas savoir !… Et moi donc !… J’espère bien… Il manquerait plus que ça !… Oui… Oui… Je te dirai… J’arrive… Je t’embrasse…


Elle sortait tous les soirs… Presque tous les jours… Il y a eu une voiture verte qui est venue l’attendre en bas pendant près d’une semaine… Qui a disparu… Une autre - grise - l’a remplacée… Qui a fini par disparaître aussi… D’autres… Plus ou moins longtemps… Quand elle ne sortait pas elle se donnait son plaisir avec ses doigts… Dans le lit, à mes côtés… Ou bien, dans la journée, là où elle se trouvait… Avec la plus totale impudeur…


- Ca te convient comme situation ?…
Elle finissait de se préparer dans la salle de bains… Le grand jeu… Robe moulante rouge et maquillage de conquête…
- Pas vraiment, non…
- Ca… Tu n’as qu’à t’en prendre à toi-même… Il y avait des solutions… Il y en a encore… A toi de voir… C’est pour toi… Parce que moi maintenant j’ai ce qu’il me faut… Quand je veux… Comme je veux… Seulement si tu fais rien de ce côté-là, si on fait rien, s’il peut jamais rien y avoir entre nous, alors je vais finir par me demander sérieusement ce qu’on fait encore ensemble…


- Il faut lui ouvrir les chakras… Ca vient de là, c’est évident…
Là-dessus Marie-Claude et la sophrologue-sexologue-coacheuse sont tombées parfaitement d’accord après une demi-heure d’incompréhensible charabia… Mais encore fallait-il d’abord se faire une idée aussi précise que possible de mes vies antérieures…
- Ca a dû être quelque chose !…
- Oui… On peut supposer que son organe était déjà d’un format inhabituel, mais… dans l’autre sens… Ou bien qu’il en a fait un usage tout à fait immodéré… L’un n’excluant d’ailleurs pas forcément l’autre… Une hypothèse également plausible, c’est que c’était un chef de guerre qui avait pour habitude d’émasculer ses prisonniers en prenant un malin plaisir à les faire atrocement souffrir… Il y a toutes sortes d’autres possibilités auxquelles on ne pense pas forcément… Seules les régressions nous permettront d’y voir clair… Elles m’ont fait allonger, calé la tête avec des coussins…
- Fermez les yeux !… Détendez-vous !… Ne pensez à rien… Vous entrez dans un long tunnel… Tout au bout, là-bas, il y a une lumière, une extraordinaire clarté… Vous la voyez ?… Vous êtes irrésistiblement attiré par elle… Vous accélérez le pas… Vous approchez… C’est tout près… C’est là… Vous y êtes… Le temps que vos yeux s’habituent… Là… Qu’est-ce que vous voyez ?… Hein ?… Qu’est-ce que vous voyez ?…
- Je vois deux connes qui se prennent terriblement au sérieux…


- Non, mais tu te rends compte de ce que tu as fait ?… Pour quoi je suis passée, moi ?!… Ah, t’avais bien préparé ton coup , hein ?!… Un moment que ça te démangeait… Que tu en rêvais… Que tu ne pensais plus qu’à ça : t’offrir ton petit scandale… J’aurais dû m’y attendre… Il fallait bien qu’un jour ou l’autre tu essaies de compenser tes insuffisances physiques en t’en prenant à nous… Nous qui faisons tout ce que nous pouvons pour t’aider… Mais, mon pauvre, regarde-toi !… Tu ne leur arrives pas à la cheville !… Et t’es même pas fichu de t’en apercevoir… Non, mais ce petit air supérieur que tu as pris pour leur balancer ça !… Jamais je te le pardonnerai… Jamais… Tu me le paieras… Je te jure que tu me le paieras… Cher… Très cher…


- Je te présente Baptiste… Il me saute… Depuis trois mois… Et il fait ça bien… Très bien même… Faut dire qu’il est équipé pour, lui !… Attends… Je vais te montrer!… Elle l’a déboutonné, déshabillé… Il s’est laissé faire, un vague sourire fiché au coin des lèvres…
- Qu’est-ce t’en penses ?…Ca au moins c’en est une, non, tu trouves pas ?… Elle l’a prise dans sa main… Elle l’a fait s’élancer…
- Regarde-moi ça !… Non, mais regarde-moi ça !… Comment ça donne envie… Tu peux pas savoir comment ça donne envie !… Et avec ça au moins… Tu veux voir ?… Mais si, tu vas voir !… T’auras qu’à te branler en même temps… De toute façon maintenant t’auras plus droit qu’à ça…