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samedi 26 juin 2010

Colocataires2

- Ben oui, c’est moi !… Faites pas cette tête-là !… C’est moi… Je passais dans le quartier et je me suis dit : « - Tiens, laisse-moi aller lui rendre une petite visite… Savoir ce qu’il devient depuis le temps… Ca fait un sacré moment… »
- Quatre mois…
- Ah, quand même !… Je croyais pas tant… Faut dire aussi qu’avec le déménagement, l’installation et tout et tout ça file… ça file à toute allure et on se rend même pas compte… Mais c’est pas pour autant que je pense pas à vous, vous savez !… Tout le temps j’y pense… Tous les jours… J’arrête pas de me dire : Tiens, ça je lui aurais raconté… Et puis ça… Et encore ça… Qu’est-ce qu’il en aurait pensé ?… Des fois je trouve… Je suis presque sûre… Des fois pas du tout… Et ça m’agace !… Comment ça m’agace !… Mais là où j’y pense le plus c’est le soir quand j’ai les pieds gelés… Parce que Peter il assure pas du tout là-dessus… C’est même pas la peine que je lui demande…
- Tu es heureuse avec lui ?
- Ca va… On a une grande maison… Il me prend pas la tête… Il me laisse faire tout ce que je veux… Quand je rentre il me demande pas où j’étais… Ni avec qui… Ni qu’est-ce qu’on fabriquait… Et je peux m’acheter tout ce que je veux… En plus !… Et vous ?… Vous savez ce que je pensais en arrivant ?… C’est que vous aviez sûrement installé quelqu’un d’autre dans ma chambre… Pas Mélissa… Elle habite toujours la résidence derrière l’église… J’ai vérifié… Ni une des filles du hand… Je l’aurais su… Non… Quelqu’un que je connais pas…
- Il y a personne…
- Je peux aller voir ?
Elle n’a pas attendu la réponse…
- Comment ça fait drôle !… Il y a rien du tout qu’a changé… Rien… Juste mes affaires qui sont parties… Qu’est-ce que j’y ai passé des bons moments là n’empêche !… Et dans votre chambre ?… Oui… Votre chambre aussi… Elle est restée exactement pareil… Pourquoi vous avez repris personne ?… Vous auriez pu… J’en connais plein des filles qui auraient pas demandé mieux… Hein ?… Pourquoi ?… Parce que vous vous disiez que j’allais revenir ?… Que ça marcherait jamais avec Peter et que je voudrais me réinstaller ici ?… Ben si, ça marche, si !… Désolée… Mais même si ça va n’empêche que je pourrais quand même bien venir de temps en temps malgré tout… Histoire de vous raconter… Et que vous me réchauffiez les pieds… Non ?… Je pourrais pas ?…
- Bien sûr que si !…
- Bon… Eh bien voilà !… Vous avez quelque chose de prévu là maintenant ?…
- Non… Pourquoi ?…
- Parce qu’on pourrait peut-être aller au restaurant tous les deux ?… Ca fait une éternité… Oui ?… D’accord ?… Super !… Vous êtes un amour… Juste le temps de prendre une douche, de me changer et on y va… J’ai eu le nez fin en plus… J’ai un sac avec des affaires dans le coffre de ma voiture… Ca vous ennuierait pas d’aller me le chercher ?…

- Merci… Posez-le là-bas… Pas trop près… Qu’il se mouille pas… Je vous ai piqué une serviette… Eh !… Mais où vous allez ?… Vous vous rappelez pas que j’ai horreur de ça d’être toute seule dans la salle de bains quand je prends ma douche ?… Eh ben alors !… Et venez là !… A côté… Qu’on puisse parler… On va être obligés de s’égosiller sinon… Si j’avais su… Parce que c’était pas prémédité… Ca m’a pris comme ça de venir vous voir… Mais si j’avais su je me le serais pas fait en bas… Comment vous appelez ça, vous, déjà ?…
- Le fendu…
- Ah oui, c’est vrai, c’est ça !… Le fendu… Oui… Si j’avais su je vous l’aurais laissé tout broussailleux… Que vous vous en occupiez… Vous pouvez pas savoir comment j’adorais ça quand vous vous penchiez dessus, tout délicat, tout attentif, avec un air, mais un air !… Et c’était fait nickel en plus !… Oh, mais je reviendrai… Et la prochaine fois je vous le garde… Promis juré…
Elle s’est copieusement savonnée… Une jambe… Jusqu’en haut… L’autre…
- Dites-moi un truc… Vous les avez revues les filles du hand ?… Mise à part Mélissa… Parce que Mélissa je sais bien que…
- Non…
- Non ?… Aucune ?… Pourtant Emilie elle m’avait dit qu’elle passerait…
- Quoi faire ?…
- Parler avec vous… Elles vous en ont drôlement voulu, vous savez, que vous les ayez espionnées sous la douche… Et si je n’avais pas été là pour arrondir les angles ça aurait pu prendre sacrément de l’ampleur cette histoire… Ca commence à leur passer, mais bon, moi, à votre place je me méfierais quand même… Parce qu’il y a des fois ça les rattrape et elles parlent encore de se venger… Et elles ont beaucoup mais vraiment beaucoup d’imagination quand elles veulent… Vous direz pas que je vous ai pas prévenu… Mais en même temps… je vous ai rien dit…

Elle a enjambé la margelle, s’est enveloppée dans la grande serviette de bain rouge…
- Vous voulez pas me frictionner ?… Oui… Mais plus fort !… Carrément !… Je suis pas en sucre… Là… Là… C’est bon cette fois… Merci…
Elle a laissé tomber la serviette, s’est penchée sur son sac, en a extirpé deux robes soigneusement pliées…
- Laquelle je mets ?… A votre avis ?…
Et une petite culotte noire dont je me suis aussitôt impérieusement emparé…
- Ah non !… Non !… Pas de culotte !… Non !… Confisquée !…
- Ah, je vous retrouve !… Enfin !… Eh ben c’est pas trop tôt !… Il vous en a fallu du temps, dites donc, pour vous redécoincer !…

- On a bien fait de revenir là !… C’est toujours aussi bon…
- Il va pas s’inquiéter Peter de pas te voir rentrer ?…
- Oh non, non !… Je lui ai téléphoné tout à l’heure… Il sait que je suis avec vous… Qu’avec vous il y a aucun danger… Et puis quand bien même je serais avec quelqu’un d’autre j’ai pas de comptes à lui rendre… Je fais encore ce que je veux que je sache !…
- C’est-à-dire ?…
- Ca dépend… Oh, mais à vous je peux bien le dire… Après tout ce que vous avez vu et tout ce que je vous ai raconté je vais quand même pas me mettre à jouer les Sainte-Nitouche… Je suis en couple avec Peter, oui… Mais c’est pas pour autant que je suis obligée de me priver de tout le reste… Manquerait plus que ça !… Quand tu vois tous ces petits mecs craquants qu’il y a partout… Tu vas quand même pas les laisser aux autres filles sans te bouger !… Alors bon… C’est au début surtout que tu prends ton pied !… Quand tu sens que le type il te désire comme un fou… Qu’il serait prêt à n’importe quoi pour t’avoir… Du coup tu joues avec… Tu prends tout ton temps… Des fois tu lui fais croire que oui… oui… peut-être bien que ça pourrait arriver… Et d’autres tu te fais lointaine… distante… Tu le vois même pas… Tu regardes à travers… Dans quel état ça le met !… Il en peut plus… Et moi c’est ça qui me donne envie, mais alors là envie comme c’est pas possible… Sauf qu’une fois qu’il t’a eue ça lui passe… Et à toi aussi du coup… S’il sait y faire ça peut être bien quand même encore un peu, mais ça a plus rien à voir avec les débuts… Ca s’effiloche… T’as de moins en moins envie… Tu le vois de moins en moins… Presque plus… Plus du tout… Mais heureusement il y en a d’autres…
- Et t’en passes beaucoup comme ça ?
- Oh non, non !… Pas tellement finalement… Le temps que ça se mette en place… Qu’ils soient à point… Je sais pas… Deux, non, trois depuis que je suis partie de chez vous…
- Et Peter ?… Il sait rien ?… Il soupçonne rien ?…
- Si !… Bien sûr que si !… Quand je rentre à trois heures du matin il a beau faire semblant de dormir il faut quand même bien qu’il se rende compte de quelque chose !…
- Et il dit rien ?
- Vous voulez qu’il dise quoi ?… Il savait à quoi s’en tenir sur mon compte quand il a voulu qu’on s’installe ensemble… Il m’a vue à l’œuvre avec Baptiste et Kevin… Je ne lui ai jamais rien caché de ma façon de fonctionner… Et il aurait fallu qu’il soit singulièrement naïf pour s’imaginer que, du jour au lendemain, j’allais devenir une « épouse » fidèle et exclusive. Ce qu’il ne m’a d’ailleurs jamais demandé … Alors que je fasse ce que je veux je crois bien qu’il s’en fiche au fond… Complètement… Du moment que je le satisfais, lui, sexuellement… Et de ce côté-là il y a pas beaucoup de nanas qui accepteraient ce que j’accepte… Parce qu’il te demande de ces trucs !… Et je parle pas seulement de le ligoter !… Je suis sûre qu’il y en a plein, à ma place, elles l’enverraient proprement sur les roses… Ca les choquerait… Ou ça les dégoûterait… Moi, j’en suis plus là… Il y a belle lurette… Alors il serait quand même mal placé pour venir me reprocher quoi que ce soit… Même si, quelquefois, j’aimerais quand même qu’il se montre un minimum jaloux… Bon… Mais vous avez fini ?… Vous voulez plus rien ?… On y va alors ?… J’ai trop envie qu’on soit dans le lit et que vous me réchauffiez…

- Tournez-vous, s’il vous plaît !… Tournez-moi le dos !…
Et elle s’est blottie contre moi. Nue. Sa tête dans mon cou. Ses seins écrasés contre mes omoplates. Ses cuisses entre les miennes…
- Vous êtes un vrai radiateur à vous tout seul… Bougez pas, hein !?… On est trop bien…
Son souffle tiède et doux tout contre ma nuque. Une main sur ma poitrine. L’autre sur ma hanche…
- Vous vous rappelez au tout tout début quand je suis venue m’installer ici ?… D’entrée de jeu je vous avais mis les points sur les i : pas question qu’on couche… J’y croyais pas moi-même… Vous alliez forcément tenter votre chance, mettre le paquet, et à un moment ou un autre moi, j’allais forcément flancher… C’était dans l’ordre des choses... Mais non... Non... Vous bougiez pas… Jamais… Vous savez que je vous en ai quelquefois voulu de pas le faire ?… Beaucoup… Intérieurement je vous traitais de tous les noms… Mais maintenant je sais que c’est ce qui m’est arrivé de mieux… Parce qu’il y a personne, nulle part, à qui je tiens autant qu’à vous… A qui je puisse dire autant de choses qu’à vous… Tout… Et c’est à cause de ça… Je sais pas pourquoi… Je sais pas comment… Je serais incapable d’expliquer, mais je suis sûre que c’est à cause de ça… Mais alors par contre maintenant vous auriez pas intérêt à essayer… Parce que alors là !… Ce qui empêche pas de faire d’autres choses… Qui sont pas pareilles… Qui n’ont rien à voir… Qu’on a déjà faites… Et que j’aime bien vous faire… Surtout quand on est tout proches comme ça tout en harmonie… Et vous, vous avez envie ?… Que je te branle ?… Vous avez envie ?… Oui… Vous êtes tout dur… Comment vous voulez ?… Tout doux ?… Tout tendre ?… Tout lent ?… En frôlements tout légers ?… Ou bien déchaîné ?… A toute allure… Sauvage… Ou bien d’abord doucement et puis après… Bon, mais laissez-moi faire… Improviser… Vous serez pas déçu, vous verrez !…

- Ca vous a bien plu en tout cas… Comment vous avez gémi !… C’est pas souvent qu’ils gémissent les mecs… Et encore moins quand on leur fait comme ça…
Elle a doucement caressé. Flatté. Soupesé…
- Comment c’est attendrissant après quand ça tient tout entier dans la main tout petit comme ça…
Elle l’a gardée. Contre moi elle s’est faite plus lourde. Elle a respiré plus lent. Plus profond. Et elle s’est endormie…

- Je vous ai attendu hier soir… Vous deviez venir… Vous m’aviez promis…
- Oui, Mélissa… Je sais, oui… J’ai eu un empêchement de dernière minute…
- Un empêchement qui s’appelle Mélianne… Je l’ai vue… Juste avant qu’elle passe chez vous…
- Ecoute, si…
Je vous demande rien… J’exige rien… Vous n’avez rien à justifier… La seule chose importante pour moi, c’est de vous avoir un peu à moi… De temps en temps… Je n’ai envie que de vous… Et de personne d’autre… Mais quand même vous auriez pu prévenir… Ca vous aurait coûté quoi ?…
- Je suis désolé… Excuse-moi !…
- De toute façon dès qu’il y a Mélianne quelque part il y a plus rien d’autre qui compte pour vous… Il y a longtemps que j’ai compris que vous êtes amoureux d’elle… Et que c’est sans doute la seule dont vous ayez jamais été vraiment amoureux…
- Mais jamais de la vie !… Qu’est-ce que tu vas chercher ?…
- Vous avez passé une bonne soirée au moins ?… Vous avez fait quoi ?… Non, me dites pas !… Laissez-moi deviner… Vous l’avez emmenée au restaurant… Evidemment !… Et elle en a profité pour vous faire ses confidences… Réelles ou supposées… Elle sait bien comment il faut vous prendre depuis le temps… Et ce que vous avez envie qu’on vous raconte… Elle a parlé de revenir s’installer chez vous ?…
- Pas le moins du monde…
- Ca ne saurait tarder…
- Je ne crois pas, non… Il y a Peter…
- Oui, oh, Peter !… Ce qui l’a amusée, c’est de le piquer à sa femme… Ce qui l’amuse maintenant, c’est de jouer à la dadame de médecin… Mais ça va pas durer… Il y a jamais rien qui dure avec elle… Sauf avec vous apparemment !… Bon, mais on s’en fout d’elle… Prenez-moi dans vos bras… Câlinez-moi !… J’en ai envie… J’en ai besoin…

- Je reste pas… Je passe juste… Pour vous raconter vite fait… Parce que vous savez pas ce qu’il m’a fait Peter quand je suis rentré de chez vous l’autre matin ?… Il déjeunait en bas dans la cuisine… Il m’a accueillie d’un… « - Alors ?… Bien baisé ?… »… Sans me démonter je lui ai répondu sur le même ton… « - Super !… J’en ai vraiment pris plein le cul… »… Et lui aussi sec… « - Ah ben tant mieux !… Tant mieux !… Je suis ravi pour toi… Mais tu pourrais raconter quand même quand c’est comme ça… Que j’en profite un peu moi aussi… » Et puis il a levé les yeux sur la pendule avec un soupir… « - Mais ce sera pour une autre fois… Mes patients m’attendent… »… D’où j’en conclus que ça l’excite tant et plus que je le fasse cocu… Ce qui m’étonne pas vraiment d’ailleurs, passé partout… Le connaissant, j’aurais dû m’en douter… Tordu comme il est… Oh, mais s’il y a que ça pour lui faire plaisir, vous inquiétez pas qu’il va l’être cocu… Et qu’aucune porte sera assez haute pour qu’il puisse y passer sans s’y cogner les cornes…

« Vous écrire ?… J’ai longtemps hésité. Résisté. Je résiste encore. Je sais trop bien ce que ça va donner. Que je commence et je vais y consacrer mes journées. Ne plus penser qu’à ça. Ne plus vivre qu’à travers ça. Une façon d’être là-bas, avec vous, tout en restant ici. Ce n’est pas que j’y sois malheureuse, non. Mais je n’y suis pas heureuse non plus. J’ai pourtant tout pour ça. Je n’ai rien à faire. J’occupe mes journées comme je l’entends. Sauf que je n’ai rien – ou pas grand chose – à mettre dedans. Ce n’est pas que je m’ennuie. Même pas. Je trouve toujours de quoi me distraire. Mais est-ce qu’on peut vivre uniquement de distraction ?… Sans but. Sans quelque chose qui donne envie de se lever le matin. D’y consacrer passionnément toute son énergie. Je n’ai pas – tout simplement – de vraie raison de vivre. De celles qui font qu’on agit sans avoir à se poser de questions… Lui ?… Je n’ai rien à lui reprocher. Il est aux petits soins pour moi. Il ne sait pas quoi inventer pour me faire plaisir. Est-ce que je l’aime ?… Je préfère éviter de me poser la question. C’est déjà une réponse, non ?… Est-ce qu’il est – comme il l’était là-bas – l’objet de sollicitations féminines constantes ?… J’aime mieux faire l’autruche. Si c’est le cas, je saurai bien assez tôt. Et ce sera forcément le cas. Ca l’est probablement déjà. Parce qu’il ne sait pas les décourager. Leur montrer, d’emblée, qu’elles n’ont pas la moindre chance. Il entretient l’ambiguïté. Et quand on entretient l’ambiguïté on finit toujours par se retrouver dans des situations impossibles. Sans doute – bien qu’il s’en défende – cela lui convient-il. Je suis sans illusions : les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne va pas tarder à disposer d’une cour d’admiratrices prêtes à tout pour décrocher le jackpot. Et moi là-dedans ?… Me battre pour le garder ?… Tout en sachant que si j’y parviens il me faudra recommencer la semaine suivante. Parce qu’il y en aura une autre. Et celle d’après. Et encore celle d’après. A l’infini. Ca démoraliserait n’importe qui. Et à part baisser les bras et prendre la fuite… Mais je n’en suis pas encore là. Vous savez ce qui me manquerait le plus si je devais le quitter ?… Oui, vous savez… Je suis sûre que vous avez deviné… C’est la fessée. Parce qu’il est orfèvre en la matière. Un peu comme vous. Dans un registre différent. Je ne parle pas de sa façon de la donner. Même s’il sait remarquablement la doser. L’accentuer graduellement. Non. C’est surtout dans l’art de trouver des motifs pour me la donner qu’il est passé maître. De me faire me sentir fautive. De m’amener à désirer ardemment être punie. J’y éprouve un bonheur !… Un bonheur qui m’effraie. Parce qu’aucun autre ne me semble pouvoir rivaliser avec lui. Est-ce que je suis « condamnée » à ce que, pour moi, il n’y ait plus désormais que ce bonheur-là qui en soit un ?… Peut-être. Et vous en êtes en partie responsable. Mais je ne vous en veux pas. Je vous embrasse. Victorine. »

- Vous dormez ?…
- Hein ?!… Qui c’est ?… Qu’est-ce qui se passe ?…
- Rien… Rien… C’est que moi…
Et elle s’est glissée dans le lit à mes côtés…
- Qu’est-ce tu fais là, toi ?…
- Je veux pas rentrer… Pas tout de suite…
- Tu t’es disputée avec Peter ?…
- Non… Non… Oh, non !… Pas du tout… Au contraire… Mais il dort pas… Il m’attend pour que je lui raconte comment ça s’est passé la soirée…
- Et t’as pas envie…
- C’est pas que j’ai pas envie… C’est que j’ai envie de vous raconter à vous d’abord… Parce que ça fait des mois que je vous dis tout… Pratiquement tout… Et je vois pas pourquoi il faudrait qu’il se mette à prendre votre place comme ça, d’un coup, sous prétexte qu’il a envie d’être cocu… Ca me fait bizarre n’empêche… C’est pas la première fois que j’ai un régulier et que je couche quand même avec quelqu’un d’autre… Mais jusque là je faisais ça discret… Qu’il se rende pas compte… Ou que s’il se rendait compte il puisse faire semblant que non… Tandis que là c’est lui qui me pousse… Et à fond… Ca a un côté excitant, oui… Très même… Mais en même temps c’est comme si on te volait quelque chose… Quelque chose qui devrait être qu’à toi toute seule… Dans un sens t’es beaucoup plus libre, c’est vrai : tu peux aller avec qui tu veux… On va pas te le reprocher… Au contraire… Et dans un autre t’as plus rien qui t’appartient… Quand tu lui échappes t’es encore à lui… Surtout là qu’il veut tout régenter… Et décider en détail comment je dois le tromper… Du coup t’es obligée de tricher… C’est comme si t’existais plus si tu triches pas… C’est pour ça que je suis venue en direct ici après… Au lieu de me dépêcher de rentrer comme il voulait… Et pour ça aussi que j’ai tout arrangé à ma façon… Parce que ce qu’il m’avait demandé, lui, c’est de m’offrir au premier venu… Il y tenait beaucoup… « - Le premier qui te branche, c’est celui-là… Tu réfléchis pas… Tu fonces… »… J’ai quand même choisi, attendez !… Le type faut qu’il te plaise un minimum… C’est pas la peine sinon… Si ça devient une corvée… Pareil : il voulait que je le suce… Que je le fasse jouir en le suçant… Ca me disait rien… Je l’ai même pas pris dans la bouche…
- Et tu vas lui raconter quoi ?…
- Ce qu’il a envie d’entendre… Il sera content…
- Et il s’est passé quoi en réalité ?…
- Oh, le truc basique… Pas mal, oui, mais basique… Agréable le type… Et puis qui plaint pas son temps… Qui fait attention à toi… J’ai pris mon pied… Pas du feu de Dieu, non !… Mais je l’ai pris quand même…

On a sonné. Insisté…
- Ah, c’est toi !…
Melissa…
- Ben oui, c’est moi, oui !… Vous dormiez encore ?… Huit heures on avait dit et il est…
Mélianne a passé une tête ébouriffée, toute ensommeillée, par la porte de la chambre…
- Mais fallait me réveiller… Il doit être aux quatre cents coups l’autre là-bas…
Et elle s’est engouffrée, nue, dans la salle de bains…
- Bon, ben je vous laisse… Vous savez où j’habite… Quand vous serez disposé… A moins que vous préfériez passer la journée avec elle… C’est vous qui voyez…
Et elle a dévalé l’escalier…

- Je vous ai rien dit !…
- Non, mais tu tires une gueule !…
- Excusez-moi !… Excusez-moi, mais je me faisais une véritable fête de cette journée… Nous deux… Rien que nous deux… Pour une fois !… Alors je passe un temps fou à me préparer… Je vous attends, toute heureuse… Huit heures... Personne… Neuf heures… Personne… J’appelle sur votre portable… Dix fois… Vingt fois… Je tombe systématiquement sur votre messagerie. Folle d’inquiétude, je finis, après avoir longtemps hésité, par me précipiter chez vous… Et là je vous trouve encore au lit avec l’autre dinde qui n’a rien de plus pressé que de venir me déambuler à poil sous le nez… Et vous prétendez que vous couchez pas avec…
- Ben non… Non… Je couche pas avec…
- C’est vous que ça regarde… Vous n’avez pas de comptes à me rendre… Je vous l’ai déjà dit cent fois… Mais c’est quand même difficile à croire… Surtout quand on la connaît, elle…
- C’est pourtant la vérité…
- Elle débarque chez vous quand ça lui chante… A n’importe quelle heure du jour et de la nuit… Sous n’importe quel prétexte… Ce que, pour ma part, je ne me suis jamais permis de faire… Elle dort à poil avec vous… Alors… Il y a pas grand monde qui vous croirait, vous savez !…
- Je n’ai aucune espèce de raison de vouloir te mentir…
- Alors si c’est ça… ben si c’est ça… je me dis que j’ai eu drôlement tort de coucher avec vous, moi !… Parce que il y a que les filles avec qui vous le faites pas qui comptent pour vous… Elles passent loin avant les autres… Mais ça fait rien… Je me contenterai de ce que vous voudrez bien me donner… C’est déjà beaucoup… Et c’est infiniment précieux pour moi… Bon, mais allez !… On parle plus d’elle… Plus du tout… On s’occupe que de nous maintenant…

- Je remets ça ce soir… Faut que je me prépare… Je peux le faire ici ?…
- Tu sais bien que oui… Que c’est pas la peine de demander…
- Merci… Vous me faites couler un bain ?… Pas trop chaude l’eau, mais pas trop froide non plus… Vous savez bien… Vous avez l’habitude…
Pendant qu’elle se déshabillait…
- Ca s’est passé comment avec Peter quand t’es rentrée l’autre jour ?…
- Oh, bien !… La seule chose qui l’intéressait, c’était de savoir si tout s’était déroulé comme prévu… Comme il l’avait, lui, planifié… Il a voulu tous les détails… Il en a eu… A foison… De toute sorte… Ca l’a mis dans un état !… Il a fallu que j’y repasse du coup… Et vous, avec Mélissa ?…
Elle s’est voluptueusement laissé glisser au fond de la baignoire…
- Comment ça fait du bien !… Non, je vous pose la question, mais je connais la réponse en fait… Parce qu’elle est revenue me voir… Elle voulait me parler…
- Et savoir si on couche ensemble, je suppose…
- Non… Non… Pas ça, non… Elle est terrorisée à l’idée qu’elle pourrait vous perdre… Et ce qu’elle voulait que je lui dise, moi qui vous connais bien, c’est comment faire pour vous garder… Qu’est-ce que vous voulez répondre à ça ?… Il y a pas de recette… Il y a pas de règle… Personne peut jamais être sûr de rien… Personne… Et c’est tant mieux… Parce que le jour où on se sentirait vraiment sûr ça voudrait dire qu’on s’est engourdi dans la routine… Que c’est tout mort…
Elle s’est penchée loin en avant, a enserré ses chevilles de ses mains…
- En attendant vous voulez pas me frotter le dos ?…

Dans la glace au-dessus du lavabo elle m’a regardé la regarder se maquiller…
- Vous savez quoi ?… Non, mais comment il est vraiment trop nul Peter !… Parce que ça fait quoi ?… Une heure que je me prépare… Largement… Et vous êtes là… Jusqu’à la fin vous serez là… Quand bien même ça durerait encore tout l’après-midi vous serez là… A me couver de regards… A l’affût du moindre de mes gestes… Vous laisseriez votre place pour rien au monde… A qui que ce soit… Sauf que c’est pas vous que je vais aller tromper tout à l’heure… C’est lui, Peter… Vous croyez pas qu’elle serait là sa place ?… A me regarder longuement me faire belle pour un autre… En pensant très fort à ce qui va se passer après… En sachant qu’on y pense tous les deux… Comment ça nous rendrait complices… Comment ça donnerait un autre sens à tout… Mais non !… Il veut pas… Il comprend pas… Il a pas de temps à perdre… Toujours autre chose à faire… C’est pas faute de lui avoir demandé pourtant… D’avoir réclamé… Insisté… Parce que pour moi ça c’est quelque chose… Mais bon… Tant pis… Ca fait rien… Je viens ici… Je viendrai toujours ici maintenant avant… C’est avec vous que je serai complice… De toute façon je l’ai jamais été qu’avec vous… Alors !…
- Oui… Oui… Et tu sais pas ?… Tu sais pas ce qu’on fera la prochaine fois ?… Mais si tu veux… Seulement si ça te dit… C’est moi qui te préparerai… Je te laverai… Complètement… Je te parfumerai… Je choisirai ta robe… Tes sous-vêtements… Je t’habillerai… Je te coifferai…
Elle s’est retournée…
- Non, mais sur quel ton vous dites ça !… Du ton de quelqu’un qu’en a tellement envie que ça donnerait envie à n’importe qui… Que c’est impossible de dire non…
Elle a secoué la tête, a souri…
- Vous êtes trop, vous, dans votre genre !… Vous comprenez tout… Vous devinez tout… Même ce qu’on dit pas… Surtout ce qu’on dit pas…

- Vous dormez pas… Vous m’attendiez ce coup-ci, hein ?!… Vous étiez sûr que j’allais venir…
Elle s’est encastrée à moi. Est restée un long moment silencieuse…
- Oh, cette claque ce soir !… Ca valait franchement pas la peine de se mettre sur son trente-et-un… Parce que… imaginez un type… La quarantaine… Tout ce qu’il y a de plus classe… Et puis beau… mais alors là beau !… Comme c’est pas possible… J’allais pas laisser passer une occasion pareille, attends !… Alors en avant, toute !… Un jeu d’enfant… Dix minutes après c’était dans la poche… Encore un quart d’heure et on était à l’hôtel… J’avais envie, non, mais comment j’avais envie !… C’est là que ça s’est gâté… Parce que j’ai eu beau le solliciter tant et plus… Sortir le grand jeu… Rien !… Mais rien !… Absolument rien… Il se laissait faire… Oh, pour se laisser faire, ça, il se laissait faire… Mais il bandait pas d’un millimètre… Comment tu te trouves conne !… Surtout qu’il disait rien… Pas un mot… Un type en général, dans ces cas-là, il t’explique que c’est la première fois que ça lui arrive, qu’il sait pas ce qu’il se passe, qu’il est désolé… Il essaie de faire quelque chose… Il se démène… Il s’occupe de toi… Pas lui !… Il te restait d’une passivité !… Comme s’il était pas là… Etranger à tout… Je te lui aurais foutu des baffes à la fin tellement ça m’agaçait…
- Et alors ?… Ca s’est terminé comment ?…
- Ca s’est terminé que je me suis tirée… Qu’est-ce tu voulais que je fasse d’autre ?…
- Et t’es restée sur ta faim…
- Pas vraiment, non… Parce que j’ai garé la voiture dans une rue déserte et que là…
- T’aurais pu attendre… Attendre d’être rentrée… Je t’aurais regardée faire…
- Ah non, non !… C’est perso ça…
- Je te verrai jamais en train de t’occuper de toi alors ?!…
- Non… Non… A moins qu’un jour vous fassiez quelque chose devant moi avec un autre homme… Parce que ça voir deux hommes ensemble ça me met dans un tel état que je peux pas m’empêcher… Devant eux… Mais enfin vous, je vous vois pas trop dans le rôle… Encore que… on sait jamais…

« Vous savez ce que j’ai fait ?… J’ai pris un amant… Voilà, c’est dit… Ca vous étonne ?… Même pas je suis sûre… Vous me connaissez depuis le temps… Pas complètement quand même !… Parce que je parie que vous êtes en train de vous dire : - Fallait bien que ça arrive un jour ou l’autre… Elle a toujours eu le feu au cul… Et je dois bien reconnaître que quand j’étais chez vous ça donnait les mecs… Et pas qu’un peu… Eh ben non !… Non !… C’est pas ça… Pas vraiment ça… Pas seulement ça… En réalité j’ai pris un amant parce que je m’ennuie à mourir et que ça met un peu de piment dans ma vie… Avoir une « liaison » - ce que je peux avoir ce mot en horreur ! - ça veut dire se cacher… Inventer toutes sortes de stratagèmes pour se voir… Ca veut dire de fabuleuses montées d’adrénaline chaque fois qu’on court le risque d’être surpris… A deux reprises déjà on a senti le vent du boulet… C’est passé tout près… Forcément un jour ou l’autre on finira par le prendre de plein fouet… Et ce jour-là… Sa femme est une véritable tigresse… Une folle furieuse… Est-ce que ça me fait peur ?… Oui… Oui et non… Ca va peut-être vous paraître bizarre, mais l’idée de devoir me battre contre elle bec et ongles ne me déplaît pas vraiment… Tout plutôt que ce quotidien qui tourne désespérément à vide… Et de mon côté à moi le « mien » il réagirait comment s’il apprenait ?… Est-ce qu’il me foutrait dehors avec armes et bagages ?… Le connaissant comme je commence à le connaître, ça m’étonnerait… Le plus plausible c’est que j’en serais quitte pour devoir lui présenter tout un tas d’excuses et lui faire tout un tas de promesses… Et pour une bonne fessée… Parce que des fessées, ça, il m’en donne… A tout bout de champ… Pour un oui ou pour un non… Mais pas pour la « vraie » raison… Celle pour laquelle je la mérite vraiment… Celle qu’il ne connaît pas… Mais moi, dans ma tête, chaque fois qu’il m’en met une, je me fais croire que si… Qu’il a découvert le pot-aux-roses… Et qu’il est dans une colère, mais une colère contre moi parce que je le trompe !… C’est bien meilleur de la recevoir comme ça… Sauf que s’il le découvrait « pour de vrai » je ferais sûrement beaucoup moins la fière… J’ai beau essayer de me persuader tant et plus du contraire en réalité je ne sais pas du tout comment il réagirait… Ni comment ça tournerait… Et du coup la vraie vraie raison pour laquelle je la mérite c’est que je me comporte en gamine irresponsable… Que je prends des risques inconsidérés… Pour rien… Pour un type qui n’en vaut absolument pas la peine… Pour lequel je n’éprouve pas le moindre début de commencement de sentiment… Avec lequel je m’éclate à peine au lit et dont j’ai strictement rien à foutre… Et tout ça pour quoi ?… Pour tromper mon ennui… Pour le plaisir de jouer avec le feu… Au risque de me retrouver sous peu – ça me pend au nez – dans une situation inextricable… De me faire jeter sur le premier bateau en partance pour la métropole… De n’avoir plus que mes yeux pour pleurer… Alors oui… Oui… Je mérite des fessées… Et des bonnes… Dommage que vous soyez si loin… Celles-là c’est vous qui me les auriez données… Et vous n’auriez pas fait semblant… Mais ce n’est peut-être que partie remise… Je vous embrasse. Victorine. »

Elle a eu son plaisir. Profond. Intense. Et elle a, presque aussitôt, fondu désespérément en larmes. Je l’ai prise contre moi…
- Mais qu’est-ce qui t’arrive ?… C’est quoi ce gros chagrin ?…
- On le fera encore l’amour, hein ?!… Vous me promettez ?…
- Mais bien sûr !… Qu’est-ce que tu vas chercher ?…
- J’ai peur… J’ai peur que ça s’arrête tous les deux… Si vous saviez comme j’ai peur… A chaque fois je me dis que c’est la dernière… Que vous allez m’annoncer que c’est fini… Que vous en avez assez de moi… Je veux pas vous perdre…
- Mais il n’y a aucune espèce de raison…
- Oh si, si !… Il y en a plein des raisons… Parce que à part coucher avec vous je vous apporte rien du tout…
- Bien sûr que si !…
- Non… Absolument rien… Et coucher ça c’est pas le plus important pour vous… Pas du tout… Vous croyez que je m’en aperçois pas ?… Que je le sais pas ?… Alors dites-moi… Qu’est-ce que vous voulez que je fasse pour vous ?… Les autres elles font des tas de choses pour vous… Elles m’ont dit… Des choses dont vous avez envie… C’est comme ça qu’elles vous tiennent… Et à moi vous demandez rien… Jamais… Parce que je suis moins importante qu’elles pour vous, c’est ça ?…
- Jamais de la vie !…
- Alors demandez-moi… Tout ce que vous voulez… Qu’est-ce que vous aimeriez de moi ?… Que je vous trouve des filles à regarder toutes nues ?… Je vous en trouverai… Vous pourrez les voir tant que vous voudrez sans qu’elles s’en aperçoivent… Qu’on rencontre d’autres couples ?… Qu’on fasse des choses avec eux ?… Vous voulez me voir avec d’autres hommes ?… Dites… Dites… Je veux que vous me disiez…
- Tu es très belle…
- Il y en a de beaucoup plus belles que moi…
- Tu es très belle… De partout… Tes seins sont de véritables petites merveilles… Tout pommelés tendres… Tout en pente douce… Et tes fesses !… Si tellement complètement fesses… On ne peut pas être plus fesses… Quant à ton petit chenal d’amour…
- Oui ?…
- Des heures et des heures on passerait à le contempler… A en apprendre chaque repli… la moindre anfractuosité… Mais tu sais que c’est quand même un sacré gâchis quand on est belle comme tu l’es de ne pas se donner davantage à voir ?…
- C’est ça que vous voudriez ?… Que je me montre ?… A qui ?…
- A tout le monde… Au plus de monde possible…
- Je le ferai… Pour vous… Comme vous voudrez… Vous me direz…

- Non… Pas ce soir, non… Elles vont passer ce soir les filles… Si vous n’y voyez pas d’inconvénient bien sûr… Avec Benoît… Et un autre type… Ils vont nous faire le spectacle tous les deux… Et ça c’est quelque chose qu’on raterait pour rien au monde… Vous, par contre, pas question que vous y assistiez… Parce que faut qu’on se sente à l’aise… Qu’on puisse se laisser aller comme on veut… Et c’est impossible avec quelqu’un qui reste planté là à côté comme un cierge… Ah, si vous participiez, là, ce serait autre chose, mais comme ça risque pas d’être le cas… Alors le mieux… Vous passez dire bonjour vite fait et vous disparaissez dans votre chambre… Vous vous faites oublier…

Ca a parlé fort. Ca a ri. Longtemps. Et puis tout s’est brusquement tu. Un bruit de claquée. Une fessée. Longue. Appuyée. Une voix d’homme a geint.. Crié. Ca a tapé plus fort. Crié plus fort. Une autre claquée. En même temps. Par-dessus la première. Une autre voix d’homme. Plus rauque. Plus profonde. Ca s’est interminablement fait écho. Arrêté d’un coup. Il y en a une qui a constaté… Quelles belles voix ils ont !… « - Oui… On en trouve encore deux ou trois comme ça et on leur fait monter une chorale… »… Ca a encore ri…

Le silence. Qui a duré. Qu’un halètement féminin a fini par venir troubler. Des gémissements. Une plainte de fond de gorge… Une autre a presque aussitôt pris le relais… « - Oh, que c’est bon !… Que c’est bon !… » Ca s’est apaisé. Ca a repris. Ca s’est élancé. Emmêlé. Leur plaisir à eux. Leur plaisir à elles…

- Hou la la !… Quelle soirée !… Vous savez pas ce que vous avez perdu… Comment ça a donné… Et tout le monde, hein !… Les mecs… Ils t’ont pris un de ces pieds !… Et les filles aussi à les regarder faire… Dommage que vous soyez bourré de tout un tas de préjugés, vous ! Parce que vous y auriez trouvé sacrément votre compte… Quand elles se lâchent elles se lâchent… Elles font pas semblant… En attendant je suis complètement vannée, moi !… Alors vous me parlez pas !… Vous me laissez dormir…

Benoît était seul, nu, à la table de la cuisine. Dès qu’il m’a aperçu il s’est précipitamment levé…
- Reste assis !… Reste assis !…
- Non… Je peux pas… J’ai pas le droit… Elle me l’a interdit…
- Interdit ?… Comment ça « interdit » ?… Qui ça ?…
- Emilie… « - Quand il rentrera tu te lèveras… Et tu resteras debout… Tout le temps qu’il sera là… C’est bien compris ?… »
- Et quand Emilie décide quelque chose…
- Oui…
- Rassieds-toi si tu veux… Elle saura pas…
Il m’a lancé un regard stupéfait. Stupéfait et scandalisé…
- Oh non !…
- Tu lui désobéis jamais ?…
- Jamais, non !…
Il a semblé contempler quelque chose à l’intérieur de lui-même… Très loin…
- Je pourrais pas… Ce serait au-dessus de mes forces…
Il s’est mis à arpenter longuement la cuisine. Dans un sens. Dans l’autre. De la fenêtre à la porte. Du frigo au buffet. Ses fesses étaient uniformément rouges. Cramoisies. Avaient commencé à virer, par endroits, au jaune, au noir, au violacé…
- C’est pas facile à comprendre, je sais… Personne comprend en général… Presque personne… Ca doit être que j’explique mal ou alors que les autres et moi on est pas faits pareil… Parce que mon bonheur à moi, c’est de faire celui d’Emilie… Quoi qu’elle demande… Quoi qu’elle veuille… Et son bonheur à elle, c’est de savoir qu’elle peut tout obtenir de moi… Absolument tout… D’en vouloir toujours plus et de toujours l’obtenir… Elle m’emmène loin… Là où personne ne peut l’imaginer… Et ça peut paraître bizarre, mais je n’ai jamais été aussi libre que depuis qu’elle a pris les pleins pouvoirs sur moi… Je n’ai jamais été aussi heureux… Et je plains – sincèrement – ceux qui ne connaîtront jamais le bonheur d’un abandon aussi total…

Mélianne a passé une tête ébouriffée, est venue s’échouer sur une chaise…
- Je vais être fraîche, moi !… Quelqu’un me fait un café ?… Laisse-le faire, lui, Benoît… Oui, je vais être fraîche… Jamais je tiendrai le coup jusqu’à ce soir… C’est à cause de cet espèce d’animal aussi, là !… Comment il en était !… Je vous jure que quand il s’occupe d’un mec il fait pas semblant… On a droit à la totale… Comment vous voulez résister à ça, vous ?… Il est vrai que vous… Vous résistez à tout… Ou presque tout… Même à moi… C’est tout dire… Mais enfin faut quand même être honnête… De moins en moins… Vous faites des progrès… Vous en ferez encore… Faudra bien… Parce que je leur ai promis aux filles… Je leur ai promis qu’un jour c’est vous qui leur feriez le spectacle avec un mec… Elles y tiennent… Beaucoup… A cause de ce que vous leur avez fait au hand… Je leur ai promis et ça je tiendrai… Mais c’est pas encore mûr… Pas tout-à-fait…

- Vous faites voir ?
Elle les a longuement examinées, une par une. Plusieurs fois. A fait la moue…
- Vous trouvez que je suis si bien que ça ?… Franchement ?…
- Tu es magnifique…
- C’est vous qui me voyez comme ça… Il y en a des milliers des femmes beaucoup plus belles que moi… Des millions…
- On verra… On verra ce qu’ils vont en penser les autres…
- Quels autres ?… Vous allez faire quoi ?…
- Un blog… Qui te sera tout entier consacré…
- Ca marchera jamais… Il y en a déjà tellement…
- Je te parie ce que tu veux qu’avant un mois il y aura tellement de visiteurs et de commentaires qu’on saura plus où donner de la tête…

- C’est trop bon de se laisser préparer comme ça par quelqu’un de A à Z !… Comment ça met en appétit !… Je veux dire : pas tellement sexuellement… Même si de se faire frotter, toucher et laver partout forcément… Non… Mais ce qu’il y a surtout, c’est le climat que ça crée de savoir pourquoi on le fait et ce qui va se passer après… C’est d’un sensuel !… Et que ce soit vous en plus alors là !… De toute façon je laisserais personne d’autre me le faire … Même pas Peter… Il y mettrait tellement de mauvaise volonté que ce serait tout à recommencer… On peut rien lui demander… N’importe comment Peter…
- N’importe comment ?…
- Il m’agace en ce moment… Et c’est rien de le dire… Il veut que je lui raconte quand je vais voir ailleurs… Bon, okay, je lui raconte… Mais ça lui va jamais… Et pourtant c’est pas faute d’inventer… Je te lui imagine de ces trucs… Mais non !… C’est pas ça… Je sais pas à quoi il s’attend… Que j’aille me faire baiser sur Jupiter ?… Ce qui va finir par se passer à force, c’est que je vais plus rien lui raconter du tout… De toute façon ça l’intéresse de moins en moins, je le vois bien… C’est lui qu’a demandé pourtant… C’est con… C’est con parce que si on était vraiment complices là-dessus il y en a des choses qu’on pourrait faire… Des tas…
- Quoi par exemple ?…
- Par exemple qu’il vienne avec moi… Que le type avec qui je vais coucher il le voie, il sache que c’est mon légitime, qu’il va le faire cocu… Qu’ils boivent un verre ensemble avant… Rien que d’y penser vous pouvez pas savoir ce que ça me fait…
- Tu lui en as parlé ?… Tu lui as demandé ?…
- Je m’y risquerais pas… Il veut bien être cocu, mais il faut rien exagérer non plus… De là à entrer complètement dans le rôle il y a de la marge… Il y a même carrément un gouffre… Non, il y aurait bien une solution, ce serait que… Vous avez quelque chose de prévu, vous, ce soir ?…
- Non…
- Non… Bien sûr que non… Vous allez attendre bien sagement dans votre lit que je vienne vous raconter… Ca vous dirait pas de venir faire le cocu plutôt ?… De passer pour mon mari ?…

- Comment vous le trouvez le jeune, là, en face, qui se démène sur la piste ?… Pas mal, hein ?!… Et il a un de ces petits culs !… Comment ça me rend folle, moi, leurs fesses aux mecs !… C’est toujours ce que je regarde en premier… Bon, mais je vais aller le brancher et normalement… normalement ça devrait le faire…

Ca l’a fait. Ils ont dansé ensemble. Elle s’est blottie contre lui, la tête dans son cou. Il l’a embrassée. Il a posé ses mains sur ses fesses. Il l’a encore embrassée. Elle lui a dit quelque chose. Il a regardé dans ma direction. Il a ri. Ils ont ri. Se sont éclipsés tous les deux en se tenant par la main…

- Je te présente Juan… Et lui, c’est mon mari…
- Salut !…
- Bonjour !…
Ils se sont laissé tomber sur la banquette, enlacés. Il lui a murmuré quelque chose à l’oreille…
- Hein ?… Oh, mais non… Non…
Elle s’est tournée vers moi…
- Il se fait tout un film par rapport à toi… Mais comme j’arrête pas de lui dire tu es très compréhensif… T’as pas le choix n’importe comment si tu veux me garder… T’es plus tout jeune… Je te le reproche pas… Mais pas question non plus que je me contente d’un petit coup tous les quinze jours… Bon, mais allez !… On va pas passer l’éternité ici… Tu nous ramènes à la maison ?…

- Pousse-toi un peu !… Tu tiens tout le lit… Ca te dérange pas que je continue à te tutoyer maintenant que tu passes pour mon mari ?… Depuis le temps qu’on se connaît n’importe comment… En tout cas comment j’ai pris mon pied !… T’as entendu ?… Ben oui !… Forcément que t’as entendu… Vu comment j’ai braillé… C’était pas tellement qu’il s’y prenait bien l’autre… Ah non alors !… On peut pas dire qu’il soit franchement doué… Et même… tu te demanderais s’il sait vraiment comment on est faites… Il est jamais au bon endroit… Il te tâtonne comme s’il cherchait je sais pas quoi… Mais c’était quand même génial… A cause de ce que je pensais dans ma tête qu’il croyait qu’il te faisait cocu… Et encore lui il prenait profil bas… Ca le gênait plutôt qu’autre chose… Mais t’imagines qu’on en trouve un qui hésite pas à te mettre carrément le nez dedans ?… A te le montrer et répéter sur tous les tons que t’es cocu ?… Mais j’en meurs, moi !… Sûr que ça me fait mourir…

- Hein ?!… Mais c’est nul !… On voit pas ma tête… Pourquoi on voit pas ma tête ?… C’est vous qui l’avez cachée ?… Oui ?… Pourquoi vous avez fait ça ?…
- Parce que… N’importe qui se promène sur Internet… Tu imagines si quelqu’un d’ici arrivait dessus par hasard et te reconnaissait ?…
- Oh, quand même !… Ce serait vraiment pas de chance… Avec le nombre qu’il y en a des blogs…
- Oui, mais ça peut arriver… C’est déjà arrivé… Ca arrivera encore…
- Je serais pas la première fille qu’ils verraient à poil sur Internet…
- Non… Mais la première de leur entourage immédiat… Ils te côtoient au quotidien… Ils te croisent… Ils te parlent… Tu es la fille de… Tu connais la mentalité d’ici… On ne va plus parler que de ça… Les photos vont faire le tour du pays… On va se les arracher… Avec toutes les conséquences que ça peut avoir pour toi… Les ricanements sur ton passage… Les réflexions au boulot… Les sous-entendus à répétition… Sans compter les propositions… On va en tirer la conclusion que tu es une fille facile… Que tu demandes que « ça »… Que tu n’attends que « ça »
- C’est nul… Les gens sont nuls…
- Malheureusement on est obligés de faire avec…
- Oui, mais en attendant ça n’a aucun intérêt des photos comme ça… Parce que qu’est-ce qu’on voit ?… Un cul… Des seins… Tu parles !… On sait même pas à qui ils sont… C’est humiliant, même, moi, je trouve… C’est comme si il y avait plus qu’avec ça que je comptais… Que j’avais rien d’autre d’intéressant…
- Tu sais bien que non…
- Oui, mais ça revient à ça si on y réfléchit bien… Vous y tenez vraiment beaucoup ?…
- A quoi donc ?…
- A ce qu’il y ait le plus de monde possible qui me voie… Non… Parce qu’on peut aussi le mettre en accès restreint un blog… Ne donner le code qu’à qui on veut… Et à ce moment-là vous pourriez les choisir les types… Voir ce qu’ils ont dans le ventre avant de les laisser venir… Et être sûr qu’ils habitent suffisamment loin pour qu’il y ait aucune chance qu’ils me connaissent…

« Qu’est-ce que j’apprends ?… Mélianne se serait réinstallée chez vous ?… Comment je le sais ?… Ah ça !… J’ai mes informateurs… Vous voyez qu’on peut être au fin fond de la Guyane et au courant malgré tout de ce qui se passe dans votre appartement… J’ai presque envie de dire « notre appartement »… Parce qu’il faut quand même pas oublier que j’y ai été la première et que si je n’avais pas réussi à vous convaincre de m’héberger personne n’y aurait jamais mis les pieds. Ni Mélianne ni qui que ce soit… Vous savez que j’y pense souvent à là-bas ?… Il me suffit de fermer les yeux et j’y suis et je revois tout comme c’était « de mon temps » avec une incroyable précision… Et… et je dois bien reconnaître que c’est là que – jusqu’à présent – j’ai passé les jours les plus heureux de ma vie…

Bon, mais à part ça j’ai rompu. Ou du moins j’ai essayé. Pas avec mon officiel, non. Avec l’autre. Parce qu’à force de réfléchir je me suis dit que c’était suicidaire cette histoire. Que ça m’apportait strictement rien. Et qu’à terme ça allait forcément m’amener tout un tas de complications. Sous une forme ou sous une autre. Sauf que… l’autre animal il veut pas en entendre parler. Rien à faire. Pas question que je le quitte. J’ai eu droit à tout. Aux crises de larmes. Aux serments d’amour éternel. Au chantage. Aux menaces. Il s’est mis en tête de rendre notre liaison publique. De divorcer. Et de faire sa vie avec moi. J’ai gagné du temps comme j’ai pu. Mais je le sens si déterminé, si exalté qu’un jour ou l’autre, forcément, ça va revenir sur le tapis… Et ce jour-là !… Je préfère ne pas y penser… Non, mais j’ai vraiment le don de me mettre dans des situations impossibles, moi !… Me voilà condamnée à tout faire pour que ça continue avec un type qui me sort complètement par les yeux maintenant que je l’ai percé à jour… Et tout ça pourquoi ?… Pour éviter le scandale… Pour éviter que sa femme ne me hache en menus morceaux… Et que de mon côté… Parce que je ne sais toujours pas comment il réagirait, lui, mon mien à moi… Je ne peux que hasarder des suppositions… Et si je devais le perdre par ma faute – par ma bêtise – je crois que je ne pourrais jamais me le pardonner. Parce que c’est moi qui suis responsable de tout. C’est moi qui ai déclenché tout ça. Par ennui. Par désoeuvrement. Pour tenter le diable. Pour qu’il se passe quelque chose. N’importe quoi. Et maintenant je ne redoute rien tant que de voir bousculer ma petite tranquillité. Compliquée la fille, hein ?!… Carrément inconséquente, oui… Dites-le !… Dites-le puisque vous le pensez… J’ai peur… Je plaisante, mais si vous saviez comme j’ai peur… Vous vous occuperez de moi, hein, s’il me fout dehors ?!… Vous me reprendrez là-bas ?… Et vous recommencerez mon éducation. Depuis le début. A zéro. Pour mon bien. Vous me promettez, hein ?… Je vous embrasse. Victorine. »

- Tu faisais quoi ?…
- Rien…
- Si !… Un truc que tu voulais pas que je voie… T’as vite cliqué sur la croix pour fermer en haut quand tu m’as entendue… Tu me cherchais un cadeau, c’est ça ?… Oui, je suis sûre que tu me cherchais un cadeau… C’est quoi ?… Attends !… Laisse-moi deviner… Tu me cherchais un mec… Oui, c’est ça !… Oh, mais c’est vraiment super comme idée… On est là, un soir, tous les deux… Il y a quelqu’un qui sonne… Tu m’as fait la surprise… Un mec… Jeune… Beau… Un de ces petits canons !… Et puis qui sait y faire avec les femmes… C’est rien de le dire… Tu me l’as choisi avec amour… T’y as passé des heures et des heures… Pour qu’il soit juste exactement à mon goût… Que je sois pas déçue… Que je te prenne un pied comme jamais… C’est quand qu’il arrive ?… Comment je vais être impatiente maintenant !…

- Il y en a qui viennent sur le blog où vous m’avez mis ?…
- Il y en a, oui… Mais ne t’inquiète pas : ils sont triés sur le volet… Et ils habitent suffisamment loin pour que le risque qu’ils te reconnaissent soit quasiment nul…
- Oh, mais je m’inquiète pas… Et ils disent quelque chose ?… Ils disent quoi ?…
- Viens lire toi-même… Ce sera plus simple…
- Ouais… Ouais… Et ils le pensent vraiment, vous croyez ?
- Pourquoi ils le penseraient pas ?…
- Parce que… Parce que en général quand ils te font des compliments les types c’est qu’ils ont une idée derrière la tête… Toujours la même… C’est jamais désintéressé…
- Dans le cas présent ça l’est forcément désintéressé… A part des mots, en réponse à leurs commentaires, ils peuvent pas espérer grand chose de toi…
- Oui, mais quand même !… Quand même !… J’arrive pas à y croire que ce soit vraiment sincère… On m’a déjà tellement fait le coup… Et puis je vois vraiment pas ce qu’on peut me trouver de plus que les autres…
- Alors finalement ça te fait pas plaisir ?!… Qu’on te trouve belle… Qu’on te désire… Qu’on te le dise… Ca te laisse complètement indifférente ?…
- Bien sûr que non !… Il y a aucune femme qui peut rester insensible à ça si elle est honnête avec elle-même, mais en même temps ça te rend pas forcément fière… Tu te dis que tu fais ton allumeuse… Et c’est pas forcément bien vu ça !…
- Oui, oh, tu sais, l’opinion des gens…
- Non, mais ce que je veux dire c’est que c’est pas forcément bien vu par toi-même… A l’intérieur…

- Oh non, non… Pas tous les soirs quand même !… Je finirais par saturer, moi, à force… Ca commence déjà… Parce que faut bien reconnaître que c’est toujours pareil… Les mecs changent, oui… Mais pas leur façon de faire… Ni l’excellente opinion qu’ils ont toujours d’eux-mêmes… T’en as neuf sur dix qui sont convaincus d’être les meilleurs amants du monde… Quant à celui qui reste en général il est tellement nul qu’on voit pas comment il pourrait ne pas s’en apercevoir… T’es un malin, toi, finalement, hein ?!… Parce que comme tu couches pas on peut pas savoir… On peut s’imaginer à peu près tout ce qu’on veut… Faudra que je demande à Mélissa comment tu t’y prends… Ca se fait souvent ça entre filles… Si tu savais tout ce qu’on se raconte !… Sauf que là Mélissa elle me répondra pas… Ou plutôt si !… Elle me dira que c’est merveilleux et tout et tout… D’abord parce qu’elle te porte aux nues… Et ensuite parce que si c’est le cas elle aura pas du tout envie qu’on sache qu’elle prend pas son pied… Bon, mais en attendant, je reste là, moi, ce soir… A discuter avec toi… J’ai quand même le droit de souffler un peu, non ?…
- Et Peter ?…
- Oh, Peter !… Il s’en fout Peter… Que je sois là ou ailleurs !… En principe je suis censée être en train de me faire sauter… Pour lui faire plaisir… Parce qu’il adore ça savoir sa femme dans les bras d’un autre… Mais il posera pas de questions… Il en pose plus… Quand je pense à l’importance qu’il y attachait au début !… Il voulait tout savoir… Tout !… Jusqu’au moindre détail… Ca lui est complètement passé… A peine s’il me demande deux ou trois trucs maintenant… Et encore pas toujours… T’as l’impression que c’est plus par politesse qu’autre chose… En fait ce qu’il voulait c’est que je le fasse… C’est l’idée qui l’excitait… Plus qu’autre chose… Et c’est con… C’est con parce qu’en étant complices à fond il y en a plein des trucs qu’on aurait pu faire…
- Quoi, par exemple ?…
- Qu’il me choisisse un mec, lui… Qu’il me l’offre… Sur un plateau… Bon, mais ça, c’est toi qui me l’offriras… T’as promis l’autre jour…
- J’ai rien promis du tout…
- Non, mais tu le feras quand même… Même que t’as déjà commencé à chercher… Pour me faire plaisir… Je te connais depuis le temps…

Elle a soupiré. S’est tournée. Retournée. Longtemps. S’est finalement silencieusement levée. Dirigée vers la salle de bains . Enfermée. A l’intérieur, de l’autre côté de la cloison, elle a respiré plus vite. Haleté. Ca s’est emballé. Un gémissement. Un autre. Un cri étouffé. C’était fini…

- Tu dors pas ?… Non, tu dors pas… Tu m’as entendue alors ?… Oui… Evidemment que tu m’as entendue… Tu sais ce qui m’a donné envie ?… L’idée du type que tu vas m’amener un jour… Tu peux pas savoir dans quel état ça me met… Il y a des moments où je voudrais que ce soit tout de suite… Qu’il soit là derrière la porte… Et d’autres où je voudrais que ça dure au contraire, mais que ça dure !… Pour pouvoir y penser longtemps… L’imaginer à l’avance… Et toi, tu te l’es fait aussi du coup alors ?… Non ?… Alors ça ça m’étonnerait… Fais voir !… Laisse-moi toucher… Non… T’as pas dû le faire… Non… Pourquoi ?… Je t’ai pas donné envie ?…
- Si !… Oh, si !… Mais j’aurais moins bien profité de toi… Je me serais parasité… C’est mieux de se le faire après… En y repensant… En savourant…
- T’es un sacré pervers, toi, finalement dans ton genre… Le pire que j’aie jamais connu… Et tout ça rien qu’en écoutant… Ben qu’est-ce que ça serait si tu pouvais regarder !…

- Eh ben dis donc !… Pour quelqu’un qui n’arrive pas à croire que les compliments qu’on lui adresse sont désintéressés t’en passes un temps sur ton blog !…
- Comment vous le savez ?…
- Mon petit doigt est très bavard…
- C’est pas mon blog de toute façon…
- Ben voyons !… Il n’y a que toi dessus, en long, en large et en travers, mais c’est pas ton blog !…
- Vous les connaissez tous alors ceux qui y viennent ?…
- Personnellement, non… Aucun… Mais j’ai été longuement en contact avec chacun d’eux… Je ne voulais pas te faire courir le moindre risque…
- Ils sont gentils… Si, c’est vrai !… Et ils ressemblent pas à ceux qu’on rencontre d’habitude dans la vie de tous les jours… Il y en a même un qui m’a écrit… En privé…
- Pour te dire quoi ?…
- Oh, rien !… Enfin, si !… Qu’il adore mon visage… Que j’ai tout d’une Vierge florentine et que le contraste entre la pureté de mes traits et ma nudité alanguie procure au spectateur un sentiment d’extase quasi mystique…
- Fichtre !… Carrément… Et lequel c’est celui-là ?…
- Martial il s’appelle, je crois…
- Et tu vas lui répondre ?…
- Ca vous fâcherait ?…
- Non… Bien sûr que non !… Tu fais bien ce que tu veux…

Des coups de sonnette impatients. Puis impérieux. Enfin rageurs…
- Ah, quand même !…
C’était Emilie. Avec Benoît. Emilie qui a jeté son sac et son manteau sur la petite chaise basse de l’entrée. Qui est venue s’affaler sur le canapé…
- On est un peu en avance…
- En avance ?!… Mais en avance pour quoi ?!…
- Ah, t’es pas au courant ?… Mélianne t’a rien dit ?… Elle aura oublié… C’est tout elle, ça… On fait une petite fête chez toi ce soir… Le même style que d’habitude… Avec les mêmes filles… Ou à peu près… Et un mec ou deux… Mais tu t’inquiètes de rien : elles vont amener ce qu’il faut… De toute façon toi, ça va se passer comme les autres fois, j’imagine… Tu vas finir dans ta chambre… C’est quand même malheureux d’être buté comme ça… Parce que franchement ça te coûterait quoi ?… C’est pas vraiment la mer à boire… Si ?!… C’est quoi qui te dérange ?… Juste l’idée je suis sûre… Je parie que t’as seulement jamais essayé… Hein ?… T’as essayé ?… Ah, tu vois!… C’est des préjugés que tu as… Et sacrément enracinés… Tu pourrais quand même essayer de passer par dessus… Au moins essayer… Ne serait-ce que pour faire plaisir à Mélianne… Après tout ce qu’elle a fait pour toi… Tout ce qu’elle continue à faire pour toi… Ce serait un minimum, non, tu crois pas ?… Elle est patiente… Très patiente… Mais peut-être bien qu’à la longue elle va finir par se lasser… C’est ce qui te pend au nez… Moi en tout cas, à sa place, il y belle lurette que j’aurais tiré les conclusions qui s’imposent…
- Elle en parle ?…
- Pas vraiment, non… Mais moi qui la connais bien, je ressens très nettement une lassitude… Comme si elle était arrivée au bout avec toi… Faut la comprendre aussi… C’est la seule chose qu’elle te demande… C’est la seule chose qu’elle attend de toi… Et toi, tu refuses obstinément de la lui donner… En tout cas moi je t’aurai prévenu… Tu viendras pas dire que je t’avais pas prévenu… Maintenant la balle est dans ton camp… A toi de voir – de savoir – ce que tu veux…
- Ben oui, mais…
- Il y a pas de mais qui tienne… Tu n’as aucune excuse… On n’est que tous les trois… Tu as Benoît sous la main… Qui ne demande que ça… Tu peux au moins tenter l’expérience… Juste qu’il te prenne dans la bouche pour commencer… C’est pas grand chose… Et ça t’engage à rien… Ca restera entre nous… Entre nous trois… Et au moindre signe de ta part tout s’arrête… Alors ?… Tu décides quoi ?…

- Eh ben voilà !… Tu vois que c’était pas bien sorcier… Il suffisait de te laisser faire… Et t’as bien pris ton pied en plus… Mais ça, c’était couru : Benoît est un orfèvre en la matière… Et faut quand même reconnaître qu’il y a rien de tel qu’un homme pour savoir s’occuper d’un autre homme… Ben oui, c’est normal… Il sait comment il est fait… Ce qu’il ressent… Comment faut s’y prendre… Tu lui fais toi maintenant ?… Il a bien mérité ça, non, tu crois pas, pour s’être occupé aussi savamment de toi… A moins que tu préfères nous garder ça pour tout à l’heure… Quand tout le monde sera là… Encore que… l’un n’empêche pas l’autre… Et puis un peu d’entraînement avant ça peut pas te faire de mal… Au contraire… C’est même indispensable… Quand on n’y a encore jamais goûté…

- Parfait !… Tu t’y es pas si mal pris que ça, moi je trouve, pour dire que c’est la première fois… Et Benoît a eu l’air d’apprécier… Je peux te dire qu’elles vont être ravies… Enchantées… Elles s’y attendent absolument pas… Elles sont même convaincues que tu y arriveras jamais… Ah ça, pour une surprise ça va leur faire une sacrée surprise… Pas ce soir… Il y a rien de prévu ce soir… Mais fallait bien que je trouve un prétexte pour essayer de te faire sauter le pas… Une bonne fois pour toutes… Et j’ai bien fait, avoue !… Non… Pas ce soir… Mais bientôt… Très bientôt… Et puis il faut aussi te laisser reprendre des forces… Que tu sois en pleine possession de tous tes moyens…

- Il s’est passé quoi avec Benoît ?…
- Avec Benoît ?…
- Avec Benoît , oui !… Fais bien l’innocent…
- Mais rien !… Il est venu avec Emilie et…
- Et ?…
- Et ils ont voulu me montrer… Comme ils savent combien c’est important pour toi que je fasse des choses, un jour, avec un autre homme ils ont pensé que le mieux c’était qu’ils me fassent sauter le pas… Une bonne fois pour toutes…
- Et t’appelles ça rien ?…
- Ben si !… Non !… Mais…
- Tu te fais sucer et tu suces… Tranquillement… Derrière mon dos… Tu veux que je prenne ça comment ?…
- C’est parce que…
- T’es quand même prodigieux, toi !… Il y a des choses tu les réalises tout de suite… Bien mieux que n’importe qui… Tu devines sans qu’il y ait rien besoin de t’expliquer… Mais il y en a d’autres alors là !… Un vrai béotien… Parce que l’essentiel, pour moi, tu crois que c’était de te voir à l’œuvre avec un autre mec ?… Ben non !… Non… Ce que j’attendais, moi, c’était de te voir faire POUR LA PREMIERE FOIS… Tu peux comprendre ça ?… C’est pas trop difficile ?… Seulement voilà maintenant t’as tout gâché… Tout… Ou presque… Parce que t’es quand même pas allé jusqu’au bout… Jusqu’au bout de deux mecs ensemble… Et ça t’as intérêt à me le réserver… A moi… Et à moi toute seule maintenant… Parce que sinon…

« Vous savez ce que je crois ?… Eh bien c’est qu’il est au courant que je le trompe. Qu’il sait avec qui. Qu’il sait tout. Et qu’il a décidé de faire comme s’il ne savait rien. De jouer avec moi comme le chat avec la souris… Qu’est-ce qui me fait dire ça ?… Je sais pas. Tout un ensemble de choses. Des réflexions à double sens qu’il arrête pas de faire. Et qu’il faisait pas avant. Une façon qu’il a de me regarder, pleine de sous-entendus. Il n’est plus le même avec moi. Plus du tout. Peut-être que je me fais des idées ? Que j’imagine ce que j’appréhende ?… Qu’il y a d’autres explications à un changement aussi radical d’attitude. Peut-être, mais je ne crois pas. Je suis intimement convaincue du contraire. Et c’est insupportable. Insupportable de passer son temps à s’interroger. A épier chacun de ses mots. Chacune de ses mimiques. Pour rien. Parce que ça va y changer quoi ?… S’il sait il sait… Et si je me fais des idées… Mais il sait… Je suis sûre qu’il sait… Alors pourquoi il fait celui qui sait rien ?… Il va me rendre folle… C’est peut-être ce qu’il cherche ?… Pourquoi il dit rien ?… Parce qu’il s’en fout ?… Parce que je peux bien aller me faire tirer par qui bon me chante il en a rien à battre ?… Ah, c’est agréable !… C’est gratifiant !… A moins que… il ait une idée derrière la tête… Oui, mais je vois pas laquelle… Me laisser m’enfoncer un peu plus ?… Ca tient pas la route… Ca l’avancerait à quoi ?… Ou alors il attend son heure… Parce qu’il m’a concocté une petite vengeance à sa façon qui va me tomber dessus au moment qu’il aura choisi, lui… Oh, et puis merde !… Je vais pas passer mon temps à me prendre la tête avec ça… Mais c’est de votre faute aussi !… Pourquoi vous m’obligez à en parler ?… J’avais dit que je voulais plus y penser… Bon, mais votre avis à vous c’est quoi ?… Qu’est-ce qu’il veut ?… Qu’est-ce qu’il cherche ?… Dites-moi !… Si vous saviez ce que vous pouvez être chiant des fois à être loin comme ça !…

Le pire dans tout ça, c’est que je suis perdante sur tous les tableaux. Parce que si au moins je m’éclatais un minimum avec l’autre !… Mais je m’emmerde avec lui !… Vous pouvez pas savoir ce que je m’emmerde… Et pas seulement au lit… Il est inintéressant comme c’est pas possible !… Non, mais qu’est-ce que je suis allé m’embarquer là-dedans, moi !… Et pas moyen d’en sortir !… Chaque fois que je fais mine de vouloir le quitter ça le met dans un de ces états !… Et il menace de me taper un scandale !… Il le ferait… Aucun doute là-dessus… Et le connaissant ça prendrait des proportions !… Je suis condamnée à le garder… A moins que… Il y a des jours je me dis que la meilleure solution ce serait que je mette moi les pieds dans le plat… Une bonne fois pour toutes… Je ne sais pas… Je ne sais plus… Je suis complètement paumée. Je vous embrasse, tiens… Victorine. »

- Je pensais que vous viendriez pas…
- Eh bien si, vous voyez !…
- Il y a tellement de fantasmeurs sur Internet… Et ce que vous proposiez là était tellement improbable… Invraisemblable…
- Comme quoi tout arrive…
- Ouais… Bon, mais alors c’est quoi le plan au juste ?…
- Ce que je vous ai dit… Ni plus ni moins… Vous arrivez… Vous sonnez… Et vous vous occupez aussitôt d’elle… Du mieux que vous pouvez… Cela va de soi… C’est un cadeau que je lui fais… Je lui offre un homme…
- J’ai toujours autant de mal à y croire…
- Si vous n’êtes pas vraiment tenté ou si vous redoutez un quelconque traquenard n’hésitez pas à le dire carrément… Je n’éprouverai aucune difficulté à trouver quelqu’un d’autre, vous savez…
- Oh non !… Non… Non… C’est juste que… Mais pourquoi m’avoir choisi, moi ?… Parce que je suppose que je ne devais pas être le seul en lice ?…
- Effectivement… Vous étiez très nombreux… Disons que vous êtes celui qui ressemble le plus à ce qui la séduit physiquement chez un homme… Pour autant du moins que je puisse en juger…
- Et elle ?… Je ne l’ai toujours pas vue… Vous deviez me la montrer… Apporter sa photo… C’est elle là ?… Oui ?… Elle est…
- Pas mal du tout, non ?…
- Oh oui… Oui… Oh oui… C’est quand ?… C’est quand que je dois venir ?…
- Bientôt… Très bientôt… Je vous dirai… Je vous ferai signe…

- Faut que je vous dise quelque chose… C’est important… Vous savez Martial ?… Celui qui m’a écrit pour le blog où vous m’avez mise toute nue…
- Oui ?…
- Eh bien il m’a encore écrit… Tous les jours il m’écrit… Plusieurs fois par jour même des fois…
- Ah… Et tu lui réponds ?…
- Un peu… Quelquefois… Oh, mais faut pas aller vous imaginer, hein !… J’en ai rien à foutre de lui…
- Et lui ?… De toi ?…
- Oh, pareil !… Enfin je sais pas vraiment… Mais sûrement !… Faut pas croire que les types ils pensent toujours qu’à ça avec nous… Il y en a c’est juste qu’ils ont envie de discuter… Ou besoin de se confier…
- Et c’est ce qu’il fait avec toi…
- Un peu, oui… Parce que la nana avec qui il est c’est pas vraiment ça… Elle le comprend pas… Elle l’écoute pas… Alors il s’est refermé… Comme une huître… Il parle plus vraiment… A personne… Ca fait des années… Il y a qu’avec moi qu’il se remet à y arriver un peu… Tout doucement… Alors je peux quand même pas…
- Toujours commencer par réveiller le bon Samaritain qui en toute femme sommeille…
- Pourquoi vous dites ça ?…
- Non… Pour rien… Et sa nana il a l’intention de la quitter, je suppose… Pas maintenant… Pas tout de suite… Mais bientôt… Il faut qu’il la ménage… Qu’il la prépare… Avec tact… Avec délicatesse…
- Oui… Comment vous le savez ?…
- C’est pas bien compliqué à deviner… Bon… Et vous vous voyez quand ?…
- Hein ?… Mais jamais… Enfin je sais pas… Peut-être un jour…
- Il en parle pas ?…
- Si… Mais juste comme ça… Sans qu’il y ait rien de précis…
- Ca va venir… Sans tarder… Tu iras ?…
- Non, j’irai pas… Non… Parce que je sens bien que vous le prendriez mal… Mais il y a pas de raison, vous savez… C’est vous que j’aime et personne d’autre…

- Ca file en couille avec Peter… Et pas qu’un peu…
- C’est-à-dire ?…
- C’est-à-dire que parti comme c’est parti dans quinze jours on est plus ensemble… Si c’est pas avant… Je l’intéresse plus… Ce qu’il voulait avec moi c’est des trucs bien précis qu’étaient dans sa tête et qu’elles lui refusaient les autres... Il les a eus… Et il m’a bien eue… Voilà… Oh, mais je vais pas pleurer dessus, hein !… Ni le supplier… Je vais pas lui faire ce plaisir… D’autant qu’au fond j’en ai strictement rien à battre… C’est juste que mon amour-propre il en prend un sacré coup… En tout cas t’inquiète pas que maintenant je vais savoir à quoi m’en tenir… Et que je suis pas prête de redonner dans le panneau… Ah non alors !… Plus question que je me laisse faire… A mon tour de les utiliser les types… A ma façon à moi… Et je peux te dire qu’ils vont pas être déçus du voyage… Bon, mais allez !… Assez parlé de lui… On l’oublie… Qu’est-ce qu’on fait ?… T’as une idée ?…
- Je te prépare ?… Je te fais belle ?…
- J’ai pas vraiment envie de sortir ce soir… Ca va trop me rappeler quand j’allais le faire cocu…
- T’es pas obligée de sortir… Ca peut être juste pour notre plaisir à nous…
- Vu comme ça…

- Finalement… Finalement de tous ceux que j’ai connus jusqu’ici tu es le seul entre les mains de qui je peux m’abandonner complètement… En toute confiance… Me laisser aller sans me poser de questions… Aucune… Même les plus… Parce que à force que tu me laves comme ça tout partout ça me fait des choses et je mouille… C’est obligé… Tu t’en rends compte… C’est obligé aussi… Un autre à ta place il sauterait sur l’occasion… Il tenterait le coup… Pas toi… Et t’as pas intérêt… Parce que ça gâcherait tout… Il y aurait plus rien qui pourrait être comme avant… Et ça il en est pas question… Pour rien au monde… Et puis faut pas croire que parce qu’on mouille on a forcément envie… Enfin si !… Dans un sens… Et dans un autre non… Disons que c’est pas pour ça qu’on a forcément envie avec n’importe qui… Et avec toi, de toute façon, ce sera toujours complètement impossible… Tu vas encore me dire que c’est à cause de ton âge… Non !… Tu pourrais bien avoir trente ans de moins et il y aurait pas toutes les raisons qu’il y a pour qu’on le fasse pas que ce serait quand même impossible… Il y aurait quelque chose en moi qu’arriverait pas à y arriver…
- Et c’est quoi ?…
- Rien… Tu vas te vexer…
- Mais non !… Dis !…
- C’est que moi j’ai besoin qu’un type il fasse vraiment homme… Viril, quoi !… Il y a que comme ça que je peux me sentir vraiment femme… Quand un vrai beau mâle m’a choisie et qu’il a envie de moi… Alors là !… Toi, c’est pas que tu fasses efféminé… Non… Pas du tout… Mais il y a un truc homme que t’as pas… Que tu pourras jamais avoir… Je sais pas expliquer… Ca s’explique pas de toute façon… Ca se sent… Hou là là !… J’aurais jamais dû parler de ça, moi !… Rien que d’y penser comment ça me donne envie !…
- Ca peut peut-être s’arranger…
- Si je sors, oui !… Mais j’en suis pas vraiment…
- Il y a peut-être une autre solution…
- Je vois pas laquelle… A moins que… Tu l’as fait ?… Tu m’as trouvé quelqu’un ?… C’est pas vrai que tu l’as fait !… Eh ben appelle-le !… Qu’est-ce t’attends ?…

- Il va mettre longtemps à venir ?… Tu sais pas ?… A peu près ?… Une heure ?… Moins ?… Faut qu’on se dépêche alors… Faut qu’on finisse de me préparer… Qu’est-ce que je vais mettre ?… Choisis, toi !… Va choisir… Ce que tu veux… Ce que tu aimerais que la fille elle porte si c’était à toi que ça arrivait un truc pareil…

- Je l’aurais parié… J’aurais parié que t’allais me sortir tout ce que j’ai de plus classique… De plus sage… Même la culotte… Ca fait des mois que je la porte plus celle-là… C’est quoi qui t’attire là-dedans ?… C’est le contraste avec la situation ?… Oui… C’est ça, hein ?… Une tenue très sage pour un comportement de petite dévergondée… Et lui, ça va lui plaire, tu crois ?… T’en sais rien du tout en fait… Tu le connais à peine… T’es sûr de toi au moins ?… T’es sûr de ce que tu fais ?… Que ça va pas être un plan complètement foireux ?…
- Certain…
- De toute façon tu restes là… A côté… Tu t’éloignes pas, hein !… Un mec on sait jamais ce qui peut lui passer par la tête… Bon, mais allez, maquille-moi maintenant !…

Elle a sursauté…
- Ben vas-y !… Vas-y !… Va ouvrir… Et… Ah oui… J’oubliais… Je veux pas qu’il parle… Rien… Pas un mot… Même pas bonjour… Ca me gâcherait tout…

Immobile sur le pas de la porte. Paralysé. Tétanisé. Elle s’est avancée lentement vers lui. Debout. Tous les deux face à face. Elle a approché son visage du sien. A posé ses lèvres sur les siennes. Ses mains sur son dos. Sur ses reins. Sur ses fesses…
- Viens !…
Elle l’a entraîné jusqu’au canapé où elle l’a poussé, fait basculer…
- Laisse !… Laisse-moi faire !… Laisse-toi faire… C’est moi… Je veux…
Elle a déboutonné sa chemise, lui a mangé le torse de petits baisers. De long en large. De bas en haut. De haut en bas. Plus bas. Encore plus bas. Encore. Elle a ouvert. Elle l’a sortie, s’est penchée, l’a prise entre ses lèvres. Il a renversé la tête en arrière, a gémi. Elle l’a accompagné d’un grondement sourd de fond de gorge, rauque, régulier. Il a joui bruyamment en donnant de grands coups de poing contre le mur derrière lui…

- Ah, ça y est !… Il ressuscite on dirait…
Il a voulu se redresser, se soulever sur un coude…
- Non, non !… Reste comme ça !… Bouge pas !… Je m’occupe de tout, j’t’ai dit !… Oui… Il reprend forme… Regarde-moi ça !… Et pas qu’un peu !… C’est que ça a la santé finalement, hein !… Heureusement !… Parce que tu sais que tu m’as mise en appétit, toi !… Va falloir que t’assures maintenant !… Sinon !…
Et elle l’a chevauché, les mains plaquées, de chaque côté, sur ses épaules. Avec ardeur. Avec frénésie. Ses yeux se sont brouillés. Se sont perdus. Loin. Très loin. Et son plaisir l’a submergée en longs arpèges sanglotés…

- Je m’attendais pas à ça du tout…
- Tu t’attendais à quoi ?…
- Au genre de type sûr de lui, déterminé… Qui sait ce qu’il veut… Qui prend les initiatives… La direction des opérations… T’as juste à te laisser faire… A te laisser guider… A laisser son désir de toi te donner envie…
- En somme t’es déçue…
- Oh non, non !… Pas du tout… Ce genre de mec non plus c’est pas mal… C’est comme un gode vivant tout compte fait… Dont tu te sers à ta guise… Et faut quand même être honnête : pour une nana avoir un homme entièrement à sa disposition comme ça, dont elle fait tout ce qu’elle veut, ça a quelque chose de sacrément jouissif… Et tu sais quoi ?… Ben finalement, si on réfléchit bien, celui-là, si tu me l’as choisi, c’est parce qu’il te ressemble au fond… Et pas qu’un peu !… C’est pas vrai peut-être ?… Tu vois : tu dis rien… Oh, mais fais pas cette tête-là !… Elle était très bien ta trouvaille… La preuve : je vais la garder… Elle reviendra… Les jours où j’aurai besoin de quelqu’un pour en faire tout ce que j’ai envie… Pour les autres jours tu vas m’en trouver un autre… Un exactement comme je voudrais pour m’éclater… C’est pas bien compliqué : suffit juste que tu me cherches le contraire de ce que t’es…

- Tu viens pas te coucher ?…
- Si !… Si !… J’arrive…
- Réchauffe-moi !… Et fais-moi des câlins… J’ai envie… Mais des câlins câlins, hein, tu sais bien !… Pas des autres… Les autres t’as pas le droit…
Elle s’est lovée tout contre moi…
- Et pour toi ?… Comment c’était pour toi ?… Tu as aimé nous voir ?…
- Evidemment !… Cette question !…
- T’as pas l’air franchement enthousiaste…
- Oh si, si !…
- T’étais où ?… Je me rappelle seulement pas avoir fait attention à toi…
- J’étais là… Tout près…
- A des kilomètres sûrement… Je m’en souviendrais sinon… Faut pas avoir peur quand c’est comme ça, hein !… Faut approcher… Je vais pas te manger… Ca t’as le droit de regarder… Tant que tu veux… T’as bien le droit à un peu de plaisir, toi aussi !… C’est juste quand je me le fais toute seule que je veux pas… Tu sais pourquoi… Peut-être un jour… Mais alors donnant donnant…

- Je l’ai vu Martial, mais n’allez pas vous mettre des idées en tête, hein !… Il ne s’est rien passé du tout…
- Ah… Et où ça tu l’as vu ?…
- A Vierzon…
- Et tu as fait tous ces kilomètres juste pour le voir…
- Oui… Non… C’est-à-dire que comme c’est un coin que je connais pas du tout c’était l’occasion ou jamais…
- Et tu l’as trouvé comment ?…
- Oh, bien… Très très bien… On a beaucoup parlé… On n’a fait que ça… Comment il est intéressant !… Des heures on l’écouterait… Sans jamais se lasser…
- Je n’en doute pas une seule seconde… Et donc… tu dis qu’il ne s’est rien passé…
- J’en étais sûre… Sûre que vous alliez vous imaginer des choses… J’aurais mieux fait de rien vous dire, tiens !… Seulement si je vous avais rien dit et que vous ayez quand même fini par le savoir ça aurait été encore pire…
- Je n’imagine rien du tout…
Oh si, si !… Vous êtes pas tranquille, je le vois bien… Vous vous demandez ce que je traficote derrière votre dos… Mais rien !… Rien !… Comment faut vous le dire ?…
- Je te crois… Bien sûr qu’il ne s’est rien passé…
- Eh ben alors !…
- Mais qu’est-ce qui VA se passer?…
- Mais rien non plus !…
- Oh alors ça !… Et ce serait tant mieux… Vous avez toute la vie devant vous… La mienne…
- Je vous déteste quand vous parlez comme ça… Vous pouvez pas savoir comme je vous déteste…
- Bon… Mais vous vous revoyez quand alors finalement ?…
- Samedi en huit… Sauf si vous voulez pas… Si vous voulez pas je reste ici et puis c’est tout… On n’en parle plus…
- Si, si !… Tu iras… Il faut que tu y ailles…

« Je suis complètement folle… C’est pas un scoop, je sais… Mais cette fois ça te vous atteint des proportions !… Parce que vous savez pas ce que je suis allé inventer ?… Comme si ma situation était déjà pas assez compliquée comme ça… Coincée entre mon officiel qui joue au chat et à la souris avec moi, sans que j’arrive à savoir où il veut en venir, et l’autre abruti dont j’arrive pas à me dépêtrer, avec qui je suis obligée de continuer à coucher de peur qu’il me tape un scandale, j’ai déjà largement de quoi faire, non, vous trouvez pas ?… Eh ben faut croire que non !… Parce que je vous le donne en mille : il a fallu que j’aille me jeter dans les bras d’un troisième… Et me jeter, c’est vraiment le mot… Il a pas compris ce qui lui arrivait, le pauvre !… Mais je peux vous dire qu’il s’est pas fait prier… Et qu’il en a redemandé… Pourquoi j’ai fait ça ?… Si seulement je le savais !… Faudrait pas qu’il y en ait des mecs, tiens !… Nulle part… Parce que je sais pas pourquoi ni comment, mais quand ça m’attrape ça m’attrape… Si j’en prends un dans le collimateur, si je commence à m’intéresser à lui, il est cuit… Et moi avec… Je vais lui trouver toutes les qualités du monde… M’imaginer que c’est le meilleur des amants… le plus doux… le plus attentionné… le plus tout… Et j’irais laisser passer une occasion pareille ?!… Ah non alors !… Je fonce tête baissée… Et ça arrive… Evidemment !… Une fille quand elle a décidé d’avoir un mec elle l’a forcément… Sauf que tu tombes de haut… C’est pas du tout, mais alors là pas du tout ce que tu étais allé te mettre dans la tête… Il est comme les autres… Exactement pareil… Si c’est pas pire… Tu te jures que tu te feras plus avoir… Ah non alors !… C’était la dernière fois… Et huit jours après t’y resautes à pieds joints…

De toute façon si je devais compter les moments où, dans ma vie, j’ai été avec un seul mec !… Je me demande même s’il y en a eu… Deux minimum… Toujours… Si c’était pas trois… Voire davantage… La raison ?… Elle est toute bête la raison… Et elle tient pas debout… C’est que j’ai la trouille de me retrouver toute seule la raison… Alors en avoir deux, si il y en a un qui te plaque, il te reste toujours l’autre… C’est idiot, je sais… Parce que le plus souvent ça te met dans des situations tellement compliquées que ce que tu risques c’est de tous les perdre… La preuve en ce moment… Si tout ça ça éclate au grand jour c’est couru qu’il va m’en rester aucun… En tout cas pas celui que je voudrais garder… Est-ce que je voudrais vraiment le garder d’ailleurs ?… J’en suis même pas sûre… Non, finalement… Non… Je suis bien avec… Oui… Sans plus… S’il me plaquait j’en ferais pas une maladie… Mon amour-propre en prendrait un coup ça c’est sûr… Ca me poserait des tas de problème d’organisation, oui… Faudrait que je déménage… Décider si je reste ici ou si je rentre en métropole… Ca remettrait une foule de choses en question et, en ce moment, je n’en ai pas du tout envie… Mais lui ?… Je m’en remettrais vite… Aucun doute là-dessus…

Finalement est-ce que j’ai jamais été amoureuse ?… J’ai cru l’être… Ca, oui… Des centaines de fois… Mais l’avoir vraiment été ?… A en crever… A n’en plus dormir… A ne pas pouvoir supporter l’absence… Non… Non… Jamais… J’ai beau chercher… Pourquoi ?… J’en sais rien… Enfin si, je le sais… Parce que je ne pourrais tomber réellement – follement – amoureuse que de quelqu’un qui le serait d’abord de moi… Du moins je crois… Et ça ça n’arrive pas… Les types ils tombent pas amoureux de moi. Jamais. Parce que je leur donne trop vite ce qu’ils veulent ?… Qu’ils se servent et puis ça va bien comme ça… Alors peut-être qu’il faudrait que j’arrête de coucher ?… Ca va pas, non ?… Je pourrai jamais… C’est bien trop bon… Ouais… Ouais… Je vous embrasse… Pensez un peu à moi… Victorine. »

- Tu sais ce que c’est aujourd’hui ?… Non… Rien qu’à voir ta tête t’en sais rien du tout… J’en étais sûre… Ah, c’est agréable… Ca fait plaisir…
- Ben, c’est quoi ?!… Dis-le !…
- L’anniversaire du jour où je suis venue m’installer ici pour la première fois…
- Je t’emmène au restaurant…
Elle a éclaté de rire…
- Ca aussi j’en étais sûre… Mais c’est pas de refus !… Au contraire…

- On ferait presque vieux couple, hein, tous les deux !… Parce que ça fait combien de fois qu’on y vient ici ?… Dix fois ?… Quinze fois ?… A chaque fois on nous donne la même table… Le serveur nous sert le même petit sourire complice… A chaque fois on prend des fruits de mer… Avec le même petit vin… Non… La seule chose qui ait changé finalement, c’est nous… Parce que comment j’en suis arrivé, petit à petit, à te faire faire tout ce que je veux !… Mais alors là tout !… Ce qui s’appelle tout… Je suis sûre qu’il y a rien que je pourrais pas te faire faire si je voulais… Qu’il y a rien que tu pourrais me refuser vraiment pourvu que j’insiste un peu… C’est pas vrai peut-être ?… Et même sans insister du tout d’ailleurs… Tu vois, tu dis rien… Ils me font trop rire les gens… Peter par exemple… Sous prétexte qu’il se fait ligoter compliqué comme c’est pas possible et tambouriner tant et plus le derrière il s’imagine que ça y est… Qu’il est sous sa coupe à la nana… Tu parles !… Ca veut strictement rien dire du tout… C’est pas en tapant dessus qu’on s’en empare d’un mec… C’est beaucoup plus subtil que ça… Et heureusement !… Des comme Peter il y en a à la pelle… T’en as vite fait le tour… Ils sont simples comme bonjour… Et manipulateurs comme c’est pas permis… C’est eux qui mènent le jeu en réalité… Qui la font passer par où ils ont décidé eux la fille… Ca n’a pas vraiment d’intérêt… Tandis que les comme toi, à qui c’était seulement jamais venu à l’idée avant, qui imaginent seulement pas que ça puisse leur arriver un jour qu’une nana leur fasse faire ses quatre volontés, qu’ils en passent par tous ses caprices, comment c’est jouissif de te rendre compte que la mayonnaise prend avec eux… Que t’es en train de les ramener tout doucement dans tes filets… Sans même qu’ils s’en rendent compte… Et tu sais ce que c’est le plus dur ?… C’est de pas brûler les étapes… De pas s’emballer… Ca flanquerait tout par terre…
- Et t’as pas peur qu’en abattant ton jeu comme ça…
- Avec toi ?… Il y a longtemps qu’on a dépassé le point de non-retour…

- Te retourne pas !… Pas tout de suite en tout cas… Mais t’as deux types, là, à la table juste derrière toi qui sont beaux, mais beaux !… T’arrives pas à y croire qu’on puisse être beau comme ça… A tous les coups c’est des homos… Je sais pas pourquoi, mais les mecs les plus beaux ils sont presque toujours homos… Pas de veine pour nous, les filles !… Enfin si quand même dans un sens !… Parce qu’ils adorent passer du temps avec nous… Et qu’ils ont d’autres sujets de conversation que les moteurs, le sport et la politique… Wouah !… Ces yeux qu’il a le brun !… Rien que ses yeux et comment il me regarde ça me fait mouiller… Alors je te dis pas qu’est-ce que ça serait le reste…
- Je croyais qu’ils étaient homos…
- Ca empêche rien du tout ça !… C’est pas parce qu’ils sont homos qu’ils peuvent pas avoir envie d’un extra, de temps en temps, avec une nana… C’est à elle de savoir y faire… Oh, et puis j’en sais rien du tout au bout du compte s’ils sont homos… Regarde !… Ils vont partir… On va quand même pas les laisser filer comme ça, ce serait trop con !… Mais fais quelque chose !… Reste pas planté là… Vas-y !…
- Leur dire quoi ?…
- Mais ce que tu veux, j’m’en fous !… Invite-les à boire le café… N’importe quoi… Mais retiens-les !… Pour l’amour du ciel retiens-les…

- Vous avez fait une très forte impression sur ma jeune amie…
- Ca… On a vu… Elle ne semble pas être du genre à essayer de dissimuler ses sentiments… Ou ses envies…
- Pas vraiment, non !… Et elle souhaiterait beaucoup faire plus ample connaissance avec vous…
- Tout le plaisir serait pour nous…

Elle a pris place entre eux sur le canapé. Un bras s’est faufilé derrière elle. Une main s’est installée sur sa cuisse. Une autre sur son genou. On lui a murmuré quelque chose à l’oreille. Elle a ri, d’un rire haut perché, a laissé tomber sa tête sur une épaule. Des mains se sont faufilées sous sa robe, y ont moutonné. Elle a fermé les yeux, s’est cabrée. On lui a fait jaillir un sein. Le second. Une bouche s’en est emparée. La robe s’est relevée haut. Une langue a couru le long de la cuisse, s’est infiltrée dans la culotte, l’a habitée. Elle a gémi. A imploré…
- Oh, tous les deux… S’il vous plaît !… Tous les deux !… En moi… En même temps…
- Oui, ma chérie, oui…

Tous les deux. Ils l’ont déshabillée. Tous les deux. Ils se sont déshabillés. Tous les deux. Elle entre eux. Eux en elle. Elle m’a cherché du regard, fait signe d’approcher, s’est emparée de ma main qu’elle a serrée à la broyer, de mes yeux au fond desquels elle a plongé. Elle a eu presque tout de suite un premier plaisir. Profond. Intense. Un second. Qu’elle est allée chercher très loin. Qui l’a chavirée. Un troisième enfin, doux et apaisé, en échos indéfiniment prlongés. Sans avoir jamais, à aucun moment, quitté ma main. Ni mes yeux…

- Laissez-moi !… S’il vous plaît, laissez-moi !…
- Mais pourquoi ?… Qu’est-ce qu’il y a ?…
- Rien… J’ai pas envie, c’est tout… J’ai bien le droit de pas avoir envie…
- Mais tu pleures !…
- Non… Je pleure pas… Non… Si !… J’ai mal… J’ai tellement mal…
- Mais qu’est-ce qu’il y a à la fin ?…
- Il y a que je suis nulle… Complètement nulle… Non, mais comment je suis nulle !…
- C’est Martial, hein, c’est ça ?…
- Comment vous le savez ?… C’est qui qui vous l’a dit ?…
- Tu as couché avec lui…
- Si vous saviez comme j’ai honte…
- C’est quand même pas une catastrophe…
- Ah, si, c’est une carastrophe, si !… Parce que j’avais toujours dit que jamais ça m’arriverait… Que jamais j’irais avec un autre en étant avec quelqu’un… Surtout quelqu’un que j’aime… Et tiens, voilà, ça y est !… Bon, mais en tout cas c’est fini… Je veux plus le revoir… Et puis le blog vous le fermez… Je veux plus qu’il vienne y mettre des commentaires… Ni lui ni personne… C’est trop dangereux… C’est trop risqué… Bon, mais maintenant que vous savez vous m’en voulez pas trop ?… Vous voulez bien de moi encore quand même ?… Oui ?… C’est vrai ?… Merci… Faites-moi l’amour alors… Tout tendre… Tout doux…

« C’est pas toujours du côté où on les attend qu’arrivent les catastrophes. Pourquoi je dis ça ?… Parce qu’il est viré… Tout patron qu’il est on le flanque dehors comme un malpropre… Ils ont débarqué à cinq de Paris… Des types avec des têtes longues comme des jours sans pain… Qu’ont passé trois jours à tout éplucher… Ca doit être vraiment chaud pour lui parce qu’il a plié bagage sans demander son reste… Soi-disant que c’est eux qui le lui ont conseillé… Tu parles !… Ce qu’il y a de sûr en tout cas c’est qu’il a filé je sais seulement pas où et qu’il m’a plantée là… En jurant ses grands dieux qu’il allait revenir… C’est juste, selon lui, une question de jours… De semaines tout au plus… Le temps qu’on lui rende justice… Que les véritables responsables soient démasqués… Ben voyons !… Il me prend vraiment pour une idiote, hein!… Il reviendra pas… Je sais pas exactement ce qu’il a fait – même si je m’en doute un peu – et je m’en fous, mais il a très vraisemblablement intérêt à aller se planquer quelque part où on risque pas de le dénicher et à se faire oublier… Le plus longtemps possible… Voire même à ne jamais reparaître… Et moi dans tout ça ?… On peut pas dire qu’il se soit beaucoup tracassé de ce que j’allais devenir… C’est même, à l’évidence, le cadet de ses soucis… Ce qui me laisse supposer que ce qu’il éprouvait en réalité pour moi… Au moins les choses sont claires… Et moi, de mon côté ?… Est-ce que je l’ai vraiment aimé ?… Oui, oh !… C’est vraiment pas le moment de se poser ce genre de questions… Je ferais beaucoup mieux de me préoccuper de ce que je vais devenir… De ce que je vais décider… Parce qu’il est grand temps que je prenne enfin ma vie en mains. En tout cas ça me servira de leçon : on ne devrait jamais se mettre en état de dépendance économique. Jamais. Quelles que soient les circonstances. Et avec qui que ce soit. On finit toujours par y laisser sa liberté.

Bon… Mais en attendant je vais faire quoi ?… Rester ici ?… Coincée entre les deux autres imbéciles ?… Non… Sûrement pas… Vous savez de quoi j’ai vraiment envie, là, en ce moment ?… De repartir complètement à zéro… Nouvelles têtes… Nouveau boulot… Et surtout… nouvelle Victorine… J’ai envie d’être une autre… la vraie ?… C’est fou comme on finit par être prisonnière de son image… De ce qu’on a tendu aux autres, par commodité ou par vanité, comme étant soi… Et comme de toute façon ça leur est complètement égal aux gens ce qu’on est vraiment ils prennent ça comme ils auraient pris autre chose… L’essentiel pour eux c’est de pouvoir vous mettre une étiquette dessus… De vous rentrer dans une case… Le reste… Essayez de déborder de partout pour voir… De pas vous laisser épingler comme un papillon dans une vitrine… Je vous la souhaite bonne… Vous aurez pas fait le plus dur… De tout on va vous accuser… D’être inconsistante… Ou de vouloir faire votre intéressante… Vous dérangez… Et ça on ne vous le pardonnera jamais…

Et pourtant personne n’est complètement tout d’une pièce. On est tous bourrés de contradictions. Ca tire dans un sens. Et ça tire dans un autre. On a envie d’une chose et en même temps de son contraire. Ce qui fait notre malheur, c’est peut-être notre acharnement à tout simplifier ou – ce qui revient peut-être au même – à vouloir absolument percevoir comme contradictoire ce qui au bout du compte est peut-être tout simplement complémentaire… Si on acceptait TOUT ce qui se trouve en nous je suis prête à parier que…

Bon, mais stop, Victorine. Stop. Tu vas pas te lancer dans la grande philosophie… Manquerait plus que ça… Allez… Revenons aux choses sérieuses. Et concrètes. Donc… donc voilà ce que je vais faire : mettre de l’ordre dans mes affaires ici. Tout régler et, dès que ce sera fait, regagner la métropole… Où je vais me mettre en quête d’un travail dans une région qui reste à déterminer. Naturellement ça ne se fera pas du jour au lendemain et j’ai l’intention, dans la mesure du possible, de me montrer un minimum sélective. Il va donc forcément y avoir une période transitoire… D’où… vous me voyez venir ?… D’où… ben oui… je vais faire – si vous n’y voyez pas d’inconvénient bien entendu – un petit passage par chez vous. Où voulez-vous que j’aille ?… Ca ne devrait pas, en principe, durer. Et ça tombe d’autant mieux qu’il faut absolument que je vous parle de quelque chose. Non. Que je vous demande quelque chose. C’est au sujet de la fessée. Mais de vive voix. A bientôt. Je vous embrasse. Victorine. »

- Ils ont pas donné signe de vie les deux autres…
- C’est peut-être ce que, de leur côté, ils attendent de toi…
- Oui, oh, tu parles !… Ils sont comme tous les mecs… Une fois qu’ils ont eu ce qu’ils voulaient ils disparaissent dans la nature… On se demande de quoi ils ont peur… Qu’on les colle ?… De plus pouvoir se dépêtrer ?… On n’en est plus là aujourd’hui… On est comme eux… Exactement pareilles… On se prend pas la tête… On fait ce qu’on a envie… Comme on a envie… N’empêche que c’est con… Parce que je suis quand même presque sûre qu’ils sont homos tous les deux et que j’aurais pu faire avec eux des choses qu’on peut pas faire avec d’autres…
- Quoi par exemple ?…
- Par exemple qu’il y en ait un des deux qui ait l’autre en lui pendant qu’il est en moi… Je sais pas si tu peux comprendre… Faudrait que tu sois une femme pour ça… Mais c’est quelque chose tu peux pas savoir comment ça me remue !… Presque autant que la belote…
- La belote ?!…
- Oui… J’appelle ça comme ça parce que faut forcément être quatre… Ce serait que je sois avec un mec pendant que mon officiel il se ferait prendre par un autre juste à côté… En même temps… Sauf que c’est pas demain la veille que ça m’arrivera… Vu que j’en ai pas d’officiel… C’est pas que je pourrais pas… Non… Il y en a toute une flopée qui demanderait pas mieux… Seulement je vois pas pourquoi je choisirais celui-là plutôt qu’un autre… Ils ont chacun ses qualités… Et les défauts qui vont avec… Ce qu’il faudrait c’est pouvoir s’en fabriquer un de type en prenant une portion de celui-ci, une pincée de celui-là, one once d’un troisième… Seulement ça !…

- Faut qu’on parle… Faut vraiment qu’on parle…
- Je t’écoute…
- Vous savez ce que je vous ai dit l’autre jour…
- Quoi donc ?…
- Que je peux pas être avec quelqu’un et en même temps avec quelqu’un d’autre…
- Oui… Eh bien ?…
- C’est vrai, vous savez…
- Je n’en doute pas le moins du monde…
- Alors c’est pour ça… J’ai beaucoup d’estime pour vous… Infiniment… Vous m’avez apporté beaucoup… Beaucoup plus que n’importe qui…
- Mais ?…
- Mais… Comment c’est dur à dire !… Mais…
- Mais il y a Martial… Martial que tu as revu… Martial dont tu es follement amoureuse… Martial qui est follement amoureux de toi… Ou qui croit l’être… Ou qui prétend l’être…
- Qui l’est… Qui l’est… J’en suis sûre…
- Et donc… Donc ça peut pas continuer tous les deux… Toi et moi…
- Forcément… Vous comprenez ?…
- Evidemment que je comprends…
- Vous êtes pas fâché ?… Si, vous êtes fâché… Je le vois bien…
- Je suis pas fâché, non… Juste un peu triste… Tu le serais pas, toi, à ma place ?…
- Si !… Si… Sûrement…
- Et puis en même temps, malgré tout, je suis heureux pour toi… Très… C’est ce qui pouvait t’arriver de mieux… Quelqu’un de ton âge… Avec qui tu te sentes en harmonie… Qui puisse te rendre heureuse…
- Je le suis… Tellement… Je le serai… J’en suis sûre… Mais vous savez ce qu’est drôle quand même, ce que je me dis souvent, c’est que si vous aviez pas été là, si vous aviez pas fait ce blog, si je vous l’avais pas laissé faire, je l’aurais jamais rencontré Martial… C’est à vous que je le dois finalement…
- Je dois m’en réjouir ?… Peut-être… Peut-être que c’est ce qui pouvait t’arriver de mieux… Bon, mais raconte… Raconte-moi… Vous avez des projets ?… Vous allez faire quoi tous les deux ?…
- Plein de choses… Il voudrait monter son entreprise… Un truc d’informatique… Mais pas ici… Plutôt dans le Midi… Au soleil… Pas trop loin de la mer… Moi, dans un premier temps, je me chercherai du boulot, mais si ça marche, lui, sûrement que j’ouvrirai un magasin. De sapes. J’en ai toujours rêvé. Et puis aujourd’hui ceux qui réussissent ce sont ceux qui prennent des initiatives… Qui osent entreprendre… D’ici quatre cinq ans vous verrez qu’on aura notre maison à nous… Notre petit nid d’amour comme on dit… Faudra venir nous voir, hein…
- Je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée…
- Oh ben si, si !… Pourquoi ?…
- Parce qu’à ce moment-là tu n’en auras pas forcément envie… J’appartiendrai pour toi à un lointain passé… lointain et révolu…
- Oh, mais non, non !… Faut pas dire ça !… On va rester amis…
- Je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée non plus…
- Alors comme ça vous allez me laisser tomber !… Complètement…
- S’il y en a une qui laisse tomber l’autre…
- C’est pas une raison… On peut bien quand même continuer à se voir… Juste comme ça… Sans qu’il y ait…
- Je ne suis pas sûr d’en avoir vraiment envie… Ca me ferait trop de mal… Bon, mais allez !… Va vite le rejoindre…
- Je peux vous embrasser ?…
- Bien sûr !… Au revoir, Mélissa… Sois heureuse !…

- Tous les deux ?… Les deux de l’autre fois ?… Tout à l’heure ?… Là ?… Comme ça ?… Evidemment !… Evidemment que ça me tente… T’as de ces questions, toi, par moments !… Ben rappelle-les… Dis-leur que c’est d’accord… Qu’on les attend… Et dépêche-toi de me rejoindre dans la salle de bains… On va tout juste avoir le temps de me préparer…

- Tu vois bien que c’était pas la mer à boire… T’as aimé ?… Ca t’a plu ?… Oh, le menteur !… C’est quoi cette grimace ?… Tu crois que je t’ai pas vu ?… Tu bandais comme un furieux… Et t’as joui… Même que t’as grogné… Et secoué la tête… Non, mais vous êtes trop, vous, les mecs, dans votre genre : vous avez beau avoir la queue de la souris qui dépasse d’entre les lèvres faut encore que vous disiez que vous l’avez pas bouffée… Non… Non… Non… Faut te rendre à l’évidence, mon cher !… Tu t’es ramassé un homme entre les fesses et t’as apprécié… Et pas qu’un peu !… Mais tu vas voir… Tu pourras plus t’en passer maintenant que tu y as goûté… Ca nous promet des soirées que je te dis pas ce que ça sera… Elles vont pas en revenir les filles quand je vais leur raconter… Il y en avait pas une qui y croyait que j’y arriverais… A part peut-être Emilie… Et encore !… Mais moi, quand j’ai décidé quelque chose, je finis toujours par l’avoir… Ca a toujours été comme ça… Depuis toute petite… N’empêche que maintenant j’ai tout eu de toi… Tout ce que je voulais… Tout ce qui m’intéressait… Alors peut-être que du coup moi aussi je vais aller voir ailleurs… Comme Mélissa… Me lancer un nouveau défi… Oh, mais fais pas cette tête-là !… Je plaisante… Emmène-moi au resto, tiens, plutôt !… Qu’on fête ça tous les deux… En vieux complices qu’on est…

- Je plaisantais tout à l’heure… Evidemment que je plaisantais… Mais pas complètement quand même… Parce que maintenant que tu l’as fait il y a quelque chose qui pourra jamais plus être complètement pareil nous deux… Avant fallait que je manœuvre… Que je calcule… Que j’avance mes pions juste ce qu’il fallait… Pas trop, mais assez quand même pour t’amener là où je voulais… Sans t’effaroucher… Sans que tu t’enfuies à toutes jambes… Parce que c’était quelque chose – je le voyais bien – qui te posait vraiment problème. Comment ça stimule ça !… Parce que si t’arrives à tes fins comment c’est gratifiant !… Mais maintenant ?… Oh si, si !… Ca va être amusant un certain temps… T’es encore tellement novice là-dedans, tu vas, au moins au début, te montrer tellement gauche et emprunté que ça va avoir un côté tout attendrissant… Et puis il y aura les filles… Et là t’as intérêt à te tenir prêt parce que dès qu’elles vont savoir elles vont absolument vouloir que tu leur montres ça… Avec Benoît ou un autre… Ca nous promet deux ou trois semaines de délire… Bon, mais après ?… Après faudrait vraiment qu’on trouve quelque chose parce que je me connais : si ça tombe dans la routine tous les deux tu vas perdre complètement tout intérêt pour moi… Ca va me faire culpabiliser en plus… Je vais devenir agressive à ton égard… Et arrivera ce qu’on ne voudrait ni l’un ni l’autre… Alors je vais essayer de voir ce qu’on peut faire… Mais toi aussi réfléchis-y… De ton côté…

- Chiche que je lui raconte au serveur ?!…
- Que tu lui racontes quoi ?…
- Ce qui s’est passé tout à l’heure avec les types…
- Tu vas pas faire ça ?!…
- Ben pourquoi ?… Ca n’a rien d’illégal des hommes entre eux…
- Je le sais bien, mais c’est pas une raison…
- Qu’est-ce qui te fait peur ?… Faut que t’assumes, hein, maintenant… Que tu t’acceptes comme tu es… Et tu vas pas me dire qu’à ton âge t’en es encore à te soucier du qu’en dira-t-on !… Si ?…
- Non… Bien sûr que non, mais…
- Eh bien alors ?!… Allez !… Je l’appelle…
- Attends !… Attends !…
- Attendre quoi ?!… Voilà un type qu’a envie de toi depuis le premier jour qu’on est venu ici… Depuis qu’on a passé la porte tous les deux… Ca saute aux yeux du premier imbécile venu…
- C’est toi qui te l’imagines…
- Ah ben ça, c’est ce qu’on va voir… S’il vous plaît… S’il vous plaît…

- Ah, t’as vu ?!…
- Ce que j’ai surtout vu, c’est qu’il avait l’air plutôt gêné…
- Evidemment !… Comme ça à brûle-pourpoint sur son lieu de travail… N’empêche que j’ai trop aimé le regard qu’il t’a jeté… S’il m’était resté le moindre doute… Tu me laisses faire… Tu me donnes carte blanche et je te parie qu’avant huit jours il est dans ton lit… Et que moi je suis au spectacle… Ca marche ?…
- Si je te laisse faire j’ai pas fini… C’est trois types par jour que tu vas vouloir me ramener…
- Oh, tout de suite !… Non, mais pour qui tu me prends ?… Je sais être sélective quand même !…
- En somme faudrait que je te donne un blanc seing sur ma vie privée ?…
- Plains-toi !… T’en trouveras beaucoup des nanas prêtes à se mettre en quatre comme ça pour t’apporter sur un plateau de quoi te satisfaire…
- Il semblerait que tu espères y trouver toi aussi ton compte…
- Encore heureux !… Manquerait plus que ça !… Non, mais ce que vous pouvez être égoïstes, vous, les mecs, quand vous vous y mettez !…

« - C’est imminent !… D’un moment à l’autre vous allez me voir rappliquer… Question de jours. Deux ou trois. Quatre tout au plus… Il est clair que maintenant j’ai vraiment intérêt à disparaître, moi aussi, avant que ça tourne mal. Parce que évidemment les deux autres imbéciles ils ont considéré que le champ était libre. Ils ont voulu occuper le terrain à fond et… ils sont tombés l’un sur l’autre. Ils étaient à deux doigts de s’écharper hier soir. Ce qui va forcément finir par arriver : ils sont remontés comme des pendules. Du coup la solution la plus sage c’est que je me rapatrie dans les plus brefs délais… De toute façon c’est ce que j’aurais fini par faire… Alors un peu plus tôt un peu plus tard…

Ca ne règle pas pour autant le problème de fond qui est que je sais pas comment je me débrouille, mais que j’arrive toujours à me mettre dans des situations impossibles… Enfin si, je le sais !… C’est que je suis incapable de résister à un mec qu’a vraiment envie de moi… Suffit qu’il soit bien décidé… Que je sente qu’il me désire comme un malade et je craque… C’est plus fort que moi, je peux pas m’empêcher… Seulement ce qu’il y a, c’est que des types qui veulent te sauter t’en rencontres tout le temps… Partout… S’ils disparaissent aussitôt qu’ils ont eu ce qu’ils voulaient encore c’est moindre mal, mais t’en as plein qui veulent te revoir… Ils insistent… Tu finis par céder… Et c’est là que les ennuis commencent… Parce qu’il sont mariés… Ou en tout cas ils ont quelqu’un… Ou bien alors tu tombes sur un qui veut que tu sois qu’à lui et à personne d’autre… Bref, à chaque fois c’est des tas de complications… Je me retrouve dans des histoires invraisemblables… Qui me prennent la tête… Qui me bouffent la vie… Qui me la foutent en l’air…

Donc… Donc faudrait que j’arrive à reprendre les choses par le commencement… C’est-à-dire à pas coucher avec le premier venu sous prétexte que ça lui dit et qu’il me plaît… Sauf que je me connais… Dix mille fois déjà je l’ai prise la résolution… Mais que le lendemain matin il y en ait un qui me fasse les yeux doux et il y a plus rien d’autre qui compte. Je n’ai aucune volonté. Et s’il y a pas quelqu’un qui m’oblige… Dans mon intérêt… Sinon un jour ou l’autre ça finira forcément mal tout ça et la seule chose que j’y gagnerai, au bout du compte, c’est que je me retrouverai définitivement toute seule… Parce que même quand c’est sérieux avec quelqu’un, même quand je suis amoureuse folle ça empêche rien du tout… Si vous saviez le nombre de types que j’ai perdus à cause de ça depuis que je suis en âge !… Alors cette fois ça suffit !… Ca suffit, ça suffit et ça suffit…

Ca suffit, mais faut absolument que vous m’aidiez… Vous et personne d’autre… Parce que vous êtes le seul à qui je peux tout confier… Absolument tout… Le seul à qui je peux demander ce que je vais vous demander… Et ce que je vais vous demander c’est que vous me laissiez revenir habiter là-bas avec vous et que vous me punissiez chaque fois que je ne tiendrai pas ma promesse… Chaque fois que j’irai coucher avec n’importe qui… Que vous me punissiez vraiment… Comment ?… Vous le savez bien comment. Vous me l’avez déjà fait. Sauf que cette fois ce sera pour de vrai. Du sérieux. Pour que je continue pas à tout gâcher comme je fais depuis des années. Pour que je me reprenne… Vous voulez bien ?… Mais oui que vous voulez bien… Vous pouvez pas me refuser ça… Vous pouvez pas me laisser continuer à faire n’importe quoi…

Vous savez quoi ?… Eh bien je sais ce qui vous embête, là, tout de suite en me lisant… C’est pas d’avoir à me donner la fessée… Non… Si vous prétendiez un truc pareil vous seriez un fieffé menteur… Non… Ce qui vous embête… ce qui vous embête vraiment, c’est de nous avoir toutes les deux chez vous en même temps, Mélianne et moi… Vous êtes en train de vous dire qu’on va se disputer pour un oui ou pour un non… Que la dernière fois que vous nous avez vues ensemble on pouvait pas se sentir… Oui, mais bon… On n’en est plus là… On a eu des hauts et des bas, c’est vrai… C’est pas moi qui vous dirai le contraire. Mais on s’est expliquées. On s’est réconciliées. Depuis le temps qu’on se connaît toutes les deux c’est forcé que de temps en temps on ait des coups de gueule… Mais ça dure jamais bien longtemps. C’est jamais bien méchant… Et là ça fait un moment qu’on s’écrit et c’est au super beau fixe… Alors !… Alors à bientôt… A très bientôt… Si vous saviez comme j’ai hâte de vous revoir. Je vous embrasse. Victorine… »

Elle a éclaté de rire…
- Qu’est-ce que j’ai de si drôle ?…
- Rien… Enfin si !… Tu te verrais !… T’es là à tourner autour du pot sans savoir comment me le demander…
- Te demander quoi ?…
- Fais bien l’innocent !… Ce que tu crèves d’envie de me voir faire… Depuis toujours… Maintenant que t’as tenu ta promesse à moi de tenir la mienne… Hein ?!… C’est ça que tu penses ?!…
- Ben oui!...
- Sauf qu’il faut que je sois un minimum motivée... Si c’est pour que ça reste purement technique je vais pas y trouver mon compte… Et toi non plus du coup… Non ?… T’es pas de mon avis ?…
- Ben si, mais… Ce sera quand alors ?…
- Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?… Ca se commande pas ça !… Faut qu’il y ait quelque chose qui te déclenche… Qui te donne tellement envie que tu peux pas résister… Ca peut être demain… Ou la semaine prochaine… Ou dans trois mois… C’est le genre de choses que personne peut savoir… Mais ça viendra… Ca viendra forcément…