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vendredi 1 juillet 2011

Belle-soeur, beau-frère ( 1 )


- Je sais pas ce que t’en penses, mais moi je trouve quand même ça un peu fort de café… Je suis furieuse en fait…
- On est en ville… C’est limité à 50…
- Et je suis à combien ?… Oh oui, zut… Non, ça passe pas… Ca passe vraiment pas… Comment tu ressens ça, toi ?…
- Il y a à peine dix mois que t’es mariée avec Paul… Moi, ça fait quinze ans avec Emilie… Alors leur traditionnelle réunion de famille annuelle « sans pièces rapportées » j’ai eu le temps de m’y habituer…
- Je crois pas que j’y arriverai, moi !… Ca te nie d’une force un truc pareil…
- Ils n’y pensent même pas… Ca coule de source pour eux… Ils ont toujours connu ça… Ils ont toujours vu faire comme ça… Depuis tout gamins… C’est une tradition qu’il ne leur viendrait seulement pas à l’idée de remettre en question…
- Il va bien falloir… Il y aura explication avec Paul…
- J’ai pas de conseil à te donner, mais à ta place j’éviterais de soulever ce lièvre… Tu vas y laisser des plumes… La famille, pour eux, ça passe avant tout le reste…
- Et nous ?… On n’en fait pas partie de la famille peut-être ?
- Ce n’est pas la même chose… Du moins à leurs yeux…
- Oui… Il y a eux… L’élite… Ceux qui ont eu la chance inouïe d’être nés Dorlandier… Et puis les autres... Nous… Le menu fretin…
- Ce n’est pas tout à fait ça…
- Non, mais presque… Et c’est insupportable…
- Tu l’aimes Paul ?…
- Evidemment que je l’aime…
- Alors essaie de faire abstraction du reste…
- C’est facile à dire…
- Je sais, oui…
- Et ça dure combien de temps en général leur petite cérémonie-comédie ?
- C’est très variable… Et parfaitement imprévisible… En général trois quatre jours… Quelquefois une semaine… Il y a cinq ans ils ont battu tous les records : 17 jours…
- Ben ça promet !… On n’est pas près de les voir rappliquer… Et comme par hasard faut que ça tombe juste pour les vacances…
- Ils pouvaient pas prévoir… Leur cousin du Pérou ils le prennent quand il arrive… Et le cousin du Pérou pour eux c’est…
- Le bon Dieu !… Ca, je m’en suis rendu compte… En attendant t’as vu comment ils se sont dépêchés de nous expédier ?… Tous les deux… Le frère et la sœur… On aurait dit que ça leur faisait plaisir de se débarrasser de nous… « - Partez !… Mais si, partez !… Nous attendez pas… C’est payé… Ca a coûté assez cher… Alors partez !… On vous rejoindra là-bas… »… En tout cas je sais pas toi, mais moi, tant qu’à être en vacances j’ai bien l’intention d’en profiter à fond…

- C’est pas mal, dis donc !… C’est clair… C’est spacieux… Avec un grand balcon… Qui donne directement sur la mer…
- Et la plage à nos pieds… Il y aura pas loin à aller…
- Parce que tu comptes t’installer là ?… Juste en-dessous ?…
- Pas toi ?…
- Pas trop, non… Ca doit être noir de monde la journée… Et puis moi, les marques de maillot… Non… Il y a une plage naturiste pas loin… J’ai vérifié sur Internet… Mais si t’es pas fan je peux y aller toute seule…
- Oh non, non… Si tu préfères là-bas… on ira là-bas…

- Les Vacances à la mer, pour moi, c’est comme ça qu’il faut qu’elles commencent… Par un restaurant de fruits de mer, le premier soir, à tombée de la nuit, sur le port… A déguster des huîtres et des coquillages en regardant les bateaux se balancer et s’entrechoquer doucement, serrés les uns contre les autres… Il me manque quelque chose sinon… C’est comme si elles avaient pas vraiment démarré… C’aurait pu être avec Paul… Ca aurait dû même… Mais bon… On va pas revenir là-dessus… T’as eu des nouvelles, toi ?…
- Je te l’aurais dit… Le portable d’Emilie est éteint…
- Celui de Paul aussi… Ca a au moins le mérite d’être clair… Mais ça m’agace… Tu peux pas savoir ce que ça m’agace…
Elle a consciencieusement citronné ses huîtres, une à une, avalé une gorgée de Riesling…
- Ca va me gâcher ma soirée… Ca me la gâche… Ils m’aiment pas, hein ?… Sa famille, je veux dire… Ils peuvent pas me voir ?…
- C’est pas parce que…
- Non, non, mais en dehors de cette sacro-sainte réunion… Le reste du temps… Ils m’ont dans le nez… Tu vois, tu réponds pas… De toute façon même que tu me dirais le contraire je te croirais pas… Parce que je sais ce qu’ils pensent de moi… Sa mère à Paul, derrière mon dos, elle ne m’appelle que « la petite dinde » et elle proclame haut et fort à qui veut bien l’entendre que j’ai ensorcelé son fils… Que c’était franchement pas bien difficile vu que ce pauvre garçon on lui fait gober tout ce qu’on veut… Et que de toute façon une gamine de vingt ans, quand elle jette son dévolu sur un homme de quarante, elle est sûre de toucher le jackpot… Mais que je fasse bien attention, paraît-il… Parce qu’elle ne me laissera pas mettre la main sur la fortune des Dorlandier… S’ils savaient ce que j’en ai à battre de leurs millions !… J’ai un boulot… Je gagne bien ma vie… Et j’ai pas la folie des grandeurs… Alors !… Non… Non… Ce qu’il y a surtout, c’est qu’elle était persuadée que Paul était définitivement à elle, qu’à 45 ans il ne se marierait plus… Elle s’y est assez employée… Et elle le lui a assez répété… « - Si ça avait dû se faire il y a longtemps que ça se serait fait… » Seulement je suis passée par là… Et ça, c’est quelque chose qu’elle ne me pardonnera jamais…

Belle-soeur, beau-frère ( 2 )


- Tu vois les deux gamines, là, juste en-dessous ?… Elles ont quoi ?… 16-17 ans… Eh bien je te parie ce que tu veux que tout le temps qu’on va rester là tu verras pas un mec venir les emmerder… Alors que sur une plage textile ce serait un défilé permanent… Tous les gros lourds de base viendraient tenter leur chance… Chez les naturistes on te respecte d’emblée, toi et ta tranquillité… Et ça ça n’a pas de prix… Sans compter tout le reste : le soleil partout sur la peau… l’eau partout quand tu te baignes… Tu te sens bien… En harmonie… Non ?… Ca te fait pas ça à toi ?…
- Si !…
- On a intérêt à en profiter à fond avant qu’ils arrivent… Parce que une fois qu’ils vont être là… J’imagine la tête de Paul si je lui proposais un truc pareil… Il me prendrait pour une folle, oui !… Tout nu ?… Sur une plage ?… Mon Dieu !… Quelle horreur !… Non, mais ça va pas !… Et je suppose que de ton côté Emilie…
- C’est pas pour rien qu’ils sont frère et sœur… La seule fois où j’ai réussi à l’entraîner sur une plage mixte – elle ne s’y est d’ailleurs pas complètement déshabillée – j’ai eu la gueule pendant un mois : je ne pouvais l’avoir emmenée là que pour me rincer l’œil…
- Et quand bien même !… Faut reconnaître qu’on est tombés dans une drôle de famille, hein !… Et ça me fait peur… Je dois bien avouer que ça me fait peur… Je tiens beaucoup à Paul, mais si je dois en permanence me priver de tout ce que j’aime et de tout ce qui est important pour moi… Oh, mais on verra bien… J’ai pas du tout l’intention de me prendre la tête avec ça maintenant…

- T’es où ?… Ah, là… Ca y est !… J’ai eu des nouvelles… Vite fait… Soi-disant que ça passe très mal le portable là-bas… Ils en ont encore pour deux ou trois jours… Au moins… Tout le monde est ravi, il paraît… Tant mieux pour eux… Ils ont escaladé je ne sais quelle montagne et demain ils vont en pèlerinage je me rappelle plus trop où…
- A Notre-Dame de La Châtaigneraie…
- C’est ça, oui !…
- Tous les ans ils vont tous en chœur à Notre-Dame de La Châtaigneraie… Depuis la mort de Léon, l’ancêtre, il y a plus de quatre-vingts ans ils n’y ont pas dérogé une seule fois…
- Grand bien leur fasse !… Et tu sais quoi ?… Eh bien plus ça va et plus je me dis qu’on est nettement mieux ici…
- Ca, ça se discute même pas…
- En tout cas comment ça se passe, nous, ici, on peut pas dire que ça les tracasse vraiment… Ils s’en foutent, oui !… Pas une seule fois il m’a demandé ce qu’on faisait, si ça allait… Rien… A part me parler de leur truc… Dont j’ai strictement rien à battre… Bon… Mais qu’est-ce qu’on fait ?… On retourne au resto ?… C’est moi qui te l’offre ce soir…

- Tu tiens à rentrer tout de suite ?…
- Pas spécialement, non…
- On peut se promener un peu alors… Ca nous fera digérer… Et puis il fait tellement doux ce soir…
On a lentement arpenté la jetée. Longé des terrasses bondées. Croisé des promeneurs. Des couples par dizaines. Un groupe de très jeunes ados nous a dépassés en courant, s’est retourné sur nous…
- Oh, les amoureux !… Oh, les amoureux !…
- Faut croire qu’on a l’air d’être faits pour aller ensemble…
Elle a ri, m’a jeté un coup d’œil en coin…
- T’aurais été avec Emilie que, si ça tombe, ça leur serait même pas venu à l’idée… Faut dire que quand on vous voit comme ça tous les deux, c’est vraiment le jour et la nuit… Le prends pas mal, mais on se demande vraiment ce que vous faites ensemble… Elle, elle est coincée, pleine de préjugés. D’une banalité !… Tu passes un quart d’heure avec et tu peux être sûre que tu vas avoir droit à tous les lieux communs du moment… Tu t’ennuies jamais ?… Remarque… Je suis pas forcément la mieux placée pour parler… Parce que je suppose que Paul et moi on doit vraiment apparaître aussi comme un couple bizarre à tout un tas de gens… Mes copines me l’envoient pas dire… Ma sœur non plus… Et même moi, des fois, je me demande ce que je fais avec… Tu la connais, toi, la vraie raison pour quoi t’es avec Emilie ?… Moi non avec Paul… Enfin si !… J’ai cru à un moment, mais non !… J’ai cru que c’était parce qu’il était beaucoup plus vieux que moi et que j’avais besoin de me sentir protégée… En sécurité… Mais c’est un peu facile comme explication… Et puis ça colle pas du tout avec lui… Il est tellement inquiet et angoissé – en permanence – que tu te demandes comment il pourrait rassurer qui que ce soit… Non… Je tiens à lui, ça c’est sûr… Je tiens à lui et j’arrive pas à savoir pourquoi… Mais c’est peut-être pas forcément la peine de chercher… Je tiens à lui – pas qu’un peu ! – et pourtant il y a des moments où je le supporte pas… Où je me dis que je vais le quitter… Et rien que d’y penser tu peux pas savoir comment je me sens soulagée… Je suis compliquée, hein ?!… On est compliqués, nous, les humains…

- Il est intéressant ton bouquin ?…
- Sans plus… Pourquoi ?…
- Parce que ça fait une heure qu’on est là et c’est tout juste si t’en as lu deux pages… Elle avait raison finalement Emilie : tu penses qu’à te rincer l’œil…
- Hein ?!… Mais non, non, pas du tout !…
- Tu parles !… Tu crois que je te vois pas ?… T’es vraiment pas discret en plus !… Oh, mais fais pas cette tête-là !… Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi ?… Et puis t’as bien raison : t’as des yeux, c’est pour s’en servir… Surtout qu’il y en a des vraiment pas mal des filles autour…

Belle-soeur, beau-frère ( 3 )


- Allo ?!… Ben oui, c’est moi, oui !… Qui veux-tu que ce soit ?… Ca va ?… Elle est pas trop désagréable ?…
- Qui ça ?…
- Zélia… Je suis sûre qu’elle lève pas une rame de terre et que tu te tapes tout le boulot… Elle est feignante comme une couleuvre… Mais la laisse pas faire, hein !… Mets-la aux fourneaux… Colle-lui l’aspirateur entre les mains… Qu’elle s’apprenne un peu !… C’est le meilleur service que tu puisses lui rendre… Bon, mais à part ça, toi, tu fais quoi ?…
- Je lis… Et je mets de l’ordre dans mes notes… Si je veux pouvoir enfin terminer mon bouquin…
- Tu sors quand même ?… Tu restes pas enfermé ?… Tu vas sur la plage ?… Ce serait dommage… Avec un appartement qui y a directement accès… Elle y est fourrée toute la journée, elle, je parie…
- Je sais pas… Je passe pas mon temps à la surveiller… Et vous ?… Ca se passe comment ?…
- Bien… Comme d’habitude… Il y a aucune espèce de raison que ça se passe mal…
- Vous arrivez quand ?…
- D’ici trois quatre jours… Je sais pas au juste… Je te dirai…

- Tu dors pas ?…
- J’y arrive pas… Avec cette chaleur !…
- Moi non plus… C’est de la folie ce soir… Encore pire que les autres jours…
Elle s’est laissé tomber à côté de moi sur le sofa, y a replié les jambes…
- On s’en fout de toute façon… On est en Vacances… On n’a qu’à discuter… Jusqu’à ce que ça nous tombe… Surtout que je voudrais te demander un truc… Ca fait un moment que j’y pense, mais j’ai pas encore trop osé parce que c’est quand même vachement personnel… D’un autre côté à part toi je vois vraiment pas à qui je pourrais en parler…
- Eh bien vas-y !… Foin de tous ces préambules… Je t’écoute…
- Jusqu’à quand ça peut un homme ?…
- Houla !… Longtemps !… De moins en moins souvent au fil des années, mais longtemps !… A quatre-vingts ans t’en as certains il faut pas leur en promettre…
- C’est bien ce que je pensais… Bon, mais t’as le même âge que Paul, toi… A quelque chose près… Tous les combien tu peux ?…
- Tous les jours… Ou peu s’en faut… Ce qui ne veut pas dire que ça se fasse tous les jours… Parce que, avec le temps, Emilie est devenue beaucoup moins demandeuse…
- Oui, ben Paul il est loin du compte là, lui…
- C’est-à-dire ?…
- C’est-à-dire qu’il y a eu un peu au début, mais qu’après…
- Il y a pourtant pas bien longtemps que vous êtes ensemble… Ca devrait le stimuler…
- Oui, oh, tu parles !… Non… Il y aura trois mois après-demain qu’il s’est rien passé…
- Ah !…
- C’est pas qu’il essaie pas… Il essaie bien… Mais ça débouche pas sur grand chose… Sur rien du tout le plus souvent…
- Il faut qu’il consulte… Il a consulté ?…
- Si tu veux le mettre en colère… Il se met pas souvent en colère… Mais alors ça c’est un sujet…
- Dans ce cas il y a vraiment pas grand chose à faire…
- C’est gai pour moi, avoue !… Tu me conseillerais quoi, toi ?…
- Ben…
- Ben… Comme tu dis, oui… Ben il y en a pas des milliers des solutions… Parce que ça va sûrement pas aller en s’arrangeant avec le temps… Alors ou je reste avec lui ou je vais faire ma vie ailleurs… Avec quelqu’un d’autre… Bon, mais je suis très au clair là-dessus… J’ai pas du tout envie de le quitter… Pour toutes sortes de raisons… Donc faut que je fasse avec… Sauf qu’à 25 ans – à peine, je les aurai qu’en novembre – j’ai des besoins, moi !… Et pas qu’un peu… Et que si je les assouvis pas… Il y a toute seule, oui, évidemment… Je te choque pas au moins ?…
- Bien sûr que non…
- Sauf que toute seule… Ca dépanne, oui !… Et ça peut être très agréable… Mais ça fait pas tout… Ca remplace pas un homme qui te désire comme un fou et qui crève d’envie d’avoir son plaisir avec toi… Plus jamais ça ?… C’est au-dessus de mes forces…Je me connais… Je pourrai pas… Alors il va se passer quoi ?… Je vais craquer… Un jour ou l’autre je vais forcément craquer… Avec tous les risques que ça comporte… Parce que tu les connais aussi bien que moi… Ils sont pas du tout du genre à passer là-dessus dans cette famille… Ce qui est quand même un comble si on y réfléchit bien… Parce que voilà des gens qui ne sont pas en mesure de te donner ton dû, mais qui n’accepteraient pour rien au monde que tu ailles le chercher ailleurs… Moi je sais pas, mais il me semble qu’un type, quand il est aussi insuffisant que l’est Paul, quand il est incapable d’assurer un minimum, la moindre des choses ce serait qu’il fasse profil bas et qu’il ferme les yeux sur ce que sa femme fait à l’extérieur… Surtout si elle reste discrète… Si elle ne s’affiche pas… Ce qui serait bien évidemment mon cas… Mais non !… Ils veulent rien savoir…
- Tu lui en as parlé ?…
- C’est un bien grand mot… Disons que j’ai tenté d’effleurer le sujet… Avec le résultat que tu peux imaginer… Il me reste plus qu’à faire la nonne… Aussi longtemps que je pourrai… Jusqu’au jour où…

Belle-soeur, beau-frère ( 4 )


- C’est fou ce que ça donne envie…
Elle finissait de déjeuner, sur le balcon, en regardant la mer…
- Quoi donc ?…
- La petite île au large là-bas… Il y a peut-être rien du tout dessus… Sauf les quelques arbres qu’on voit d’ici… Probable d’ailleurs… Mais ça fait rien… Tu peux pas t’empêcher de penser que ça doit être d’une beauté fabuleuse… Avec plein de trucs extraordinaires dont t’as même pas idée… Et du coup tu te dis qu’il faut absolument que tu y ailles… Que tu vas louper quelque chose de grandiose sinon… Ca te fait pas ça à toi aussi ?…
- S’il y a que ça pour te faire plaisir c’est pas bien compliqué de nager jusque là-bas…
- Pas compliqué… Pas compliqué… Ca fait quand même un sacré bout…
- Et ça te fait peur ?…
- Oh, que non !… Toi non plus ?…
- Quand j’arriverai là-bas t’auras à peine quitté la plage… On parie ?…
- Prétentieux, va !…

- Je t’ai laissée gagner…
- Mais oui !… C’est ça… C’est ça… En attendant c’est tout petit… Encore plus petit qu’on aurait dit du balcon de l’appart…
- Et ça casse pas trois pattes à un canard…
- L’avantage c’est que comme on est tout seuls – et qu’on peut pas nous voir de là-bas – on va pouvoir faire comme on fait sur la plage naturiste…
Et elle a joint le geste à la parole…
- Mais l’inconvénient, pour toi, c’est qu’à part moi t’auras personne à mater… C’est con, hein ?… Tant pis !… Va falloir que tu fasses contre mauvaise fortune bon cœur… Et dire que t’as même pas ton bouquin pour te consoler !…
Elle a fermé les yeux.. L’ombre d’une branche de pin, au gré du vent léger, lui caressait amoureusement le ventre, s’aventurait plus bas, semblait prise d’un remords, renonçait. Elle a brusquement éclaté de rire…
- Tu sais à quoi je pense ?… A la tête des deux Dorlandier là-bas si on leur racontait notre après-midi tout à l’heure au téléphone… T’imagines ?… « - A poil… Tous les deux, oui… Sur une plage déserte… Ben oui, oui… Pourquoi ?… »… Ils s’en remettent pas… C’est sûr qu’ils s’en remettent pas…

- Allo ?!… Tu m’entends ?… Mais bouge un peu… Déplace-toi !… Là… Oui… Ca va mieux… Je dis qu’on devrait plus trop tarder maintenant… C’est l’affaire d’un jour ou deux… Le temps que Paul finisse de mettre son projet au point avec Philippe… Ils sont sur quelque chose, là, tous les deux… Quelque chose d’important… Et si ça marche… Je t’en dis pas plus… Pour le moment c’est top secret… Bon, mais… et toi ?… Ca va ?… Elle te saoule pas trop ?… La laisse pas t’encombrer, hein ?!… Parce que ça elle sait faire… Hésite pas à la remettre à sa place s’il le faut… Chaque fois qu’il le faut… Elle deviendrait vite insupportable sinon… Je me demande vraiment ce qui est passé par la tête de Paul pour aller s’enticher d’une fille pareille… On en parlait encore tous ensemble hier soir… Mais ça c’est un sujet qu’il est hors de question d’aborder avec lui… Tu es sûre de le mettre dans une colère noire… Bon, mais toi prends ton mal en patience en attendant… Il y en a plus pour longtemps…

- Qu’est-ce que tu fais ?…
- Ben, tu vois, je nous prépare à dîner…
- Laisse tomber !… Tu veux pas qu’on aille au restaurant plus tôt ?… Parce que, à mon avis, quand ils seront revenus, on n’aura plus l’occasion d’y aller aussi souvent…

- Alors ?… J’avais pas raison ?… On n’est pas bien là ?… Le serveur nous a repérés en plus… Il nous a à la bonne… Il est aux petits soins pour nous… Comment c’est bon, ça !… Tiens, goûte !… Et toi ?… Fais voir !… Oui, c’est pas mal non plus… Mais je préfère quand même le mien…
Elle a consciencieusement saucé son assiette, l’a repoussée sur le côté…
- Finalement, si on y réfléchit bien, on est dans la même situation tous les deux…
- Dans la même situation ?… C’est-à-dire ?…
- C’est-à-dire avec nos conjoints… Moi avec Paul il se passe rien… Et toi avec Emilie pas grand chose si je t’ai bien compris l’autre jour… Tu te débrouilles comment si c’est pas indiscret ?…
- Ben…
- Je veux dire… En dehors de tout seul… Parce que ça ça compte pas… Presque tout le monde le fait… Non, mais… t’as d’autres nanas des fois ?… Oui… Forcément… Quelle question !… Beaucoup ?… Beaucoup ou pas de toute façon ça y change rien… Le problème, c’est que ça t’oblige à prendre des risques… Et qu’un jour ou l’autre tu finiras par te faire gauler… Et si ça se passe avec elle comme Paul m’a dit que ça se passerait avec lui si un jour je le trompais eh bien je te la souhaite bonne… Non… Tu sais ce que ce serait la solution ?… Aussi bien pour toi que pour moi ?… Ce serait qu’on se fasse du bien ensemble tous les deux… Ils y verraient que du feu… On est beau-frère et belle-sœur… Normal qu’on se voit… Qu’on soit ensemble… Souvent… La preuve : on l’est en ce moment… Et c’est même eux qu’ont tout fait pour ça… On le sera encore quand on sera rentrés… On aura mille prétextes… Et personne n’y trouvera rien à redire… On jouerait sur du velours… Pratiquement sans courir le moindre risque… Un truc pareil ça pourrait seulement pas leur venir à l’idée… Suffirait juste qu’on soit suffisamment prudents pour pas se laisser prendre sur le fait… C’est tout…

Belle-soeur, beau-frère ( 5 )


- Ca devient une véritable tradition notre petite promenade digestive sur la jetée en sortant du resto… J’aime bien… Je pourrais plus m’en passer, je crois…
- Dis-moi… Je voudrais te demander… Tu parlais sérieusement tout à l’heure ?…
- Je t’ai choqué ?…
- Oh non, non, pas du tout… Seulement un peu surpris…
- L’un de mes défauts – ou l’une de mes qualités… tout est question de point de vue – c’est d’être très directe… On aime ou on n’aime pas… Et… je voudrais pas en rajouter une couche, mais j’avoue que les quelques jours qu’on a passés ici tous les deux ont été enchanteurs pour moi… Il y a longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi bien… Il n’y manquait qu’une chose… Une chose dont je suis privée depuis de trop longs mois… Une chose dont tu es, toi aussi, manifestement trop souvent privé… Une chose dont – j’en suis convaincue – nous aurions tort de continuer à nous priver… Mais tu ne réagis peut-être pas, tu ne raisonnes peut-être pas, tu ne ressens peut-être pas comme moi… Je le comprendrais parfaitement… Dans ce cas tu oublies… Mettons que je n’ai rien dit…
- Mais je n’ai pas du tout envie d’oublier… Je n’ai pas du tout envie que tu n’aies rien dit…
Nos mains se sont cherchées, trouvées… On s’est souri… Et on a cheminé, flanc contre flanc…

Tout au bout, à côté du phare, je l’ai prise contre moi. Nos lèvres se sont effleurées, jointes. Son portable a sonné…
- C’est Paul… Allo… Oui… Oui… Très bien… D’accord… Oui… Non… Non… A tout de suite…
Elle a raccroché…
- Ils arrivent… Dans moins d’une heure ils sont là…
- Hein ?… Mais demain elle m’avait dit… Demain au plus tôt…
- Ils auront changé d’avis…
- On a un pot, mais un pot !…
- En attendant on a intérêt à se dépêcher d’aller mettre un peu d’ordre… Parce que qu’est-ce que je vais pas entendre sinon !…

- Figure-toi… Tu m’écoutes ?… Figure-toi qu’avec Philippe on a eu une idée de génie… De génie, oui, n’ayons pas peur des mots !… Comme quoi ça sert ces petites réunions de famille… En plus d’être très agréable… Il y en a qui ont beau les dénigrer… Je parle pas pour toi évidemment… Oui… Tu sais quoi ?… Je te le donne en mille… Eh bien on va en organiser… pour les autres… Parce que des gens qui souhaiteraient se rencontrer comme nous on le fait il y en a des quantités… Surtout aujourd’hui où tout un chacun a besoin de retrouver ses racines… De se ressourcer aux vraies valeurs… Seulement tout le monde ne dispose pas toujours d’un lieu adéquat… Nous, on l’a… Magnifique… Somptueux… Et inoccupé pratiquement toute l’année…On peut y loger une centaine de personnes au bas mot… Autant en faire profiter autrui… Contre coquette rémunération cela va sans dire… Mais ce n’est pas tout… Parce qu’on va aussi oeuvrer en amont… Il y a des familles éparpillées dont les membres n’ont seulement jamais songé à se recontacter… Mais qui seraient pourtant ravis si cela se faisait… Notre rôle va justement consister à les retrouver – avec Internet ce sera un jeu d’enfant – et à leur donner l’idée et l’opportunité de restaurer les liens distendus… Bon… Mais je te montrerai tout ça… En détail… Pour le moment faudrait peut-être qu’on aille retrouver nos femmes… Elles doivent nous attendre…
Emilie dormait profondément…

Elle dormait encore quand je me suis levé. Zélia et Paul étaient attablés devant l’ordinateur portable…
- Là, c’est Basile… Tu le connais pas Basile… Tu peux pas le connaître… C’est un cousin d’Alice… Eloigné certes, mais un cousin quand même… Si tu regardes l’arbre généalogique il fait partie de la famille, c’est incontestable… Ca se discute même pas… Là, c’est Adrien… Mais si !… Je t’en ai parlé d’Adrien… C’est celui qui était resté coincé toute une matinée dans un ascenseur à Lille il y a deux ans… Et là c’est quand on est montés à Notre-Dame de La Chatâigneraie… C’est toujours aussi émouvant… Même tant d’années après… Jean y a dit la messe… C’était d’une intensité !…

- Eh bien raconte !… Epluche-moi les patates et raconte tant qu’on n’est que tous les deux…
- Raconter… Mais raconter quoi ?
- Eh bien comment ça s’est passé avec elle… Parce que j’imagine que ça a pas dû être rose tous les jours… Qu’elle a démultiplié les caprices comme à son habitude… Elle est imbuvable… Proprement imbuvable… Là-dessus tout le monde est d’accord… Sauf Paul qui la porte tant et plus aux nues… Quand on dit que l’amour rend aveugle !… Le problème, c’est qu’il commence à se rendre compte qu’elle passe mal, très très mal dans la famille et qu’il en souffre… Il ne m’a pratiquement parlé que de ça pendant tout le voyage… Et il m’a fait de la peine… Beaucoup de peine… Je t’assure que c’était poignant par moments de l’entendre… Mais que veux-tu que j’y fasse ?… Mamie est remontée contre elle comme une horloge… Quant aux autres, c’est guère mieux… Faut voir comment ils parlent d’elle… Si seulement elle s’était efforcée, de son côté, d’arrondir un minimum les angles… Mais non… A croire qu’elle prenait un malin plaisir à les monter contre elle… Maintenant la seule chose que nous puissions faire, toi et moi, à notre petit niveau à nous, pendant les quelques jours que nous allons passer avec elle ici, c’est de la supporter… De notre mieux… Et je te demande, quoi qu’il t’en coûte, de faire des efforts, de prendre sur toi, de te montrer aussi aimable que tu pourras… Ce ne sera pas facile, oui, je sais, mais je te le demande… Pas pour elle… Non… Je m’en fiche d’elle… Complètement… Non… Pour lui… Pour Paul…

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- Il descend pas ?…
- Non… Il préfère rester là-haut, sur le balcon, à trier ses photos… Tant qu’il aura pas fini…
Zélia s’est levée…
- Oui, ben moi, je vais nager… Jusqu’à la petite île là-bas… Vous venez ?…
Emilie s’est retournée sur le ventre…
- Pas moi, non !… J’ai trop la flemme… Mais allez-y, tous les deux, allez-y !…

On a pris pied, dégoulinants. Elle a quitté son maillot, suivi mon regard…
- Ils peuvent pas nous voir… On est trop loin… Il leur faudrait des jumelles… Et ils n’en ont pas... Ni l’un ni l’autre…
On s’est allongés côte à côte…
- On est quand même mieux là…
- Ca, ça se discute même pas…
- Tu sais l’impression que ça me donne depuis qu’ils sont arrivés ?… C’est qu’ils forment un vrai couple tous les deux… Qu’ils l’ont toujours formé… Et je sais pas trop où elle peut être notre place à nous là-dedans… A toi comme à moi…
Elle a fait couler un long filet de sable entre ses doigts…
- Ca faisait six jours qu’on les avait pas vus… Je voudrais pas être indiscrète, mais… tu y as eu droit hier soir ?…
- Non… Non… Et toi ?…
- Oh, moi je me faisais pas beaucoup d’illusions… Faut que je me fasse une raison… Si j’y ai à nouveau droit un jour ce sera un véritable miracle…

On est restés enlacés…
- Eh ben dis donc !…
- Oui… Oui… J’avais sacrément du retard à rattraper… Comment c’était bon !… Moins pour toi, non ?…
- Si !… Oh, si !…
- Je crois pas… Pas vraiment… Tu t’es trop préoccupé de mon plaisir à moi… Pas assez du tien… C’est bien aussi, tu sais, quand un homme tu le sens se perdre… Quand il y a plus rien d’autre qui compte pour lui que sa jouissance… Et que c’est de toi qu’il la veut… De toi et de personne d’autre… Tu peux pas savoir comment ça m’excite, moi, ça aussi !… Quand vous pensez plus qu’à vous…

- Et alors ?… C’était pas mieux ?… Avoue !…
Je lui ai répondu d’un baiser. D’un autre. D’une multitude de baisers…
- Ca t’a pas choqué ?…
- Quoi donc ?…
- Tout ce que j’ai crié… Parce que quand c’est comme ça je peux pas m’empêcher de hurler des tas de trucs cochons… Tout ce qui me passe par la tête… Je sais pas pourquoi d’ailleurs… J’ai jamais su… Ca a toujours été comme ça… Bon… Mais faudrait peut-être qu’on retourne là-bas, non ?…

Emilie n’était plus sur la plage ni Paul sur le perron… Ils étaient installés tous les deux, côte à côte sur le canapé de la petite salle de séjour, les yeux rivés à l’écran de l’ordinateur…
- Ah, c’est vous ?!… Figurez-vous que la mayonnaise est en train de prendre… Et pas qu’un peu !… Philippe a prospecté et il a fait du sacré bon boulot… Ca a pas perdu de temps… Trois familles d’inscrites déjà… Et pas des petites… Dont une qui veut venir très rapidement… Ce qui signifie que début septembre on est bons pour retourner tout mettre en ordre là-bas… Et les accueillir…

- Tu dors ?…
- Non…
- Excuse-moi pour cet après-midi… Je te l’ai laissée sur les bras… Déjà que tu te l’es coltinée tout seul depuis le début des vacances… Mais c’était au-dessus de mes forces de nager avec elle jusque là-bas… Je la supporte pas… C’est physique… Rien que de la voir… J’avais pourtant pris de bonnes résolutions… J’allais me montrer aimable, faire bonne figure sinon pour elle du moins pour Paul… Je peux pas… C’est pas la peine, je peux pas… Vaut mieux que je l’ignore… Le plus possible… Ca tournerait mal… Et très vite… Très très vite… Malheureusement j’ai bien peur qu’elle n’ait pas fini de nous en faire voir… Parce que si le projet prend corps avec Philippe – et il va prendre corps : on a tous les atouts en mains – s’il prend corps elle va forcément vouloir s’en mêler…
- Je crois pas… Elle a un métier auquel elle semble tenir…
- Oui, oh, alors ça !… Du moment qu’il va s’agir de faire la Madame et de pérorer tant et plus tu peux être tranquille qu’elle va jouer des pieds et des mains pour être aux premières loges… Seulement ça c’est le meilleur moyen de tout foutre par terre… D’abord parce qu’elle sera imbuvable avec la clientèle – c’est couru d’avance – et ensuite parce que ni Philippe ni moi on ne la supportera… Et si Paul ne veut pas comprendre ça…
- Vous en avez parlé ?…
- Oui… Il y a des moments où il donne l’impression d’être prêt à l’entendre et d’autres où il se braque complètement…
- Ce qui est légitime… C’est quand même sa femme…
- Ce qui ne devrait pas l’empêcher malgré tout d’admettre qu’elle a de gros problèmes relationnels avec la plupart des gens… Non, mais il y a autre chose… Dont il ne parle qu’à mots couverts… Mais je le connais depuis le temps… Non… Ce qu’il y a c’est qu’il répugne à la laisser seule… Parce que… Ben parce que, si j’ai bien compris, elle aurait tendance à courir… En plus !… Ici, c’était pas pareil… Tu étais là… Avec elle… Ca l’a obligée à une certaine réserve… Elle pouvait pas se permettre de faire n’importe quoi… Mais une fois remontée là-haut, livrée à elle-même… Alors à mon avis s’il veut l’emmener c’est surtout pour l’avoir à l’œil…

Belle-soeur, beau-frère ( 7 )


Le surlendemain de notre retour de Vacances ils sont repartis tous les deux…
- On n’a pas le choix… Faut battre le fer tant qu’il est chaud… Oh, mais c’est l’affaire d’une semaine… Tout au plus…
Elle a tourné longtemps autour du pot, a fini par se décider au moment où elle bouclait son dernier sac…
- Par contre on voulait te demander… si tu pouvais de temps en temps aller jeter un coup d’œil vite fait sur Zélia… Sous un prétexte quelconque… Sans t’attarder bien sûr… Juste histoire qu’elle sache qu’elle peut pas faire ce qu’elle veut… Que tu risques de lui tomber dessus à tout moment… Ca rassurerait Paul… Qui se pose quand même pas mal de questions à son sujet… Et qui a sans doute d’excellentes raisons pour se les poser… Voilà ce que c’est aussi de vouloir à toute force épouser une jeunette…

- Voilà ce que c’est surtout de pas être en état de baiser… Bon, mais tu vas faire quoi, toi ?… Je vais vraiment t’avoir par les pieds tous les jours ?…
- Hein ?… Ben je…
- Tu t’es mis dans la tête que vu qu’ils étaient partis t’allais y avoir droit tous les soirs… Non ?… C’est pas ça ?… Avoue… Et si j’avais envie de me taper un petit extra, moi alors ?… Je pourrais pas ?… Oh, mais fais pas cette tête-là !… C’est pas d’actualité… Mais on sait jamais… On ne doit jamais dire « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau… »… Ca te ferait quoi si je le faisais ?… Tu réagirais comment ?…
- Je te hacherais menu…
- Oui, oh, tu parles !… T’en aurais strictement rien à foutre…
- De toute façon tu fais bien ce que tu veux… Tu ne m’appartiens pas…
- Ca, c’est sûr… Je ne t’appartiens pas… Je n’appartiens à personne… Je n’appartiendrai jamais à personne… Quoique…
- Quoique ?…
- Non… Rien… C’est trop tôt… Je te dirai un jour… Plus tard… En attendant en douce que j’avais raison…
- Raison ?… A quel sujet raison ?…
- Qu’on courrait quasiment aucun risque tous les deux… La preuve : c’est même eux qui nous poussent dans les bras l’un de l’autre… Bon, mais allez, on s’offre un petit resto ?… Comme quand on était en Vacances…

- On donne carrément dans le grand luxe…
- C’est juste pour ce soir…
- Oui, oh, tu parles !… Là-bas aussi on disait ça… Et c’était tous les jours… T’as pas peur qu’elle s’en rende compte à force Emilie ?… Qu’elle te demande où ça passe tout ce fric ?…
- Je suis encore en droit de disposer comme je veux de l’argent que je gagne, non ?… Manquerait plus que ça !…
- C’est toi qui vois… Remarque… Je dis ça, mais moi c’est pareil : Paul, il aurait pas intérêt à vouloir mettre le nez dans mes comptes… Il serait drôlement reçu… Même si parfois il vaudrait quand même mieux qu’il y ait quelqu’un qui supervise tout ça… Parce que je sais pas si ça te fait ça à toi aussi, mais des fois je vais économiser pendant des semaines et des semaines, voire des mois, sou à sou, me priver pour m’acheter un gros truc bien précis et puis, au dernier moment, je dilapide tout en conneries… Et quand je dis en conneries, c’est vraiment en conneries… Après je m’en veux… Tu peux pas savoir comme je m’en veux… Mais c’est trop tard… Le mal est fait… J’avais une copine, quand j’étais en fac, tu sais pas ce qu’elle avait trouvé comme solution ?… Eh ben elle avait demandé à un type, un ancien voisin, beaucoup plus vieux qu’elle, de les lui tenir ses comptes… Et de rien lui laisser passer…
- C’est-à-dire ?…
- C’est-à-dire… Ca va pas te choquer ?… C’est-à-dire que quand elle avait vraiment exagéré il lui mettait une fessée… Et il faisait pas semblant… Elle m’a montré un jour… Il te lui avait mis le derrière dans un état !… Mais elle, elle était contente… Elle disait qu’elle en avait besoin de ça… Que ça lui évitait de se mettre en danger… Pour le fric et pour plein d’autres trucs…Au début, franchement, je trouvais ça bizarre, vraiment très très bizarre… Et puis à force de l’entendre expliquer…
- Tu as fini par te sentir tentée…
- J’ai pas dit ça…
- Non, mais…
- Bon, allez, tu viens ?… On y va ?…

Quelques dizaines de pas sur le trottoir…
- Et si on allait là ?…
- Maintenant ?… Tout de suite ?…
- Tout de suite, oui… J’ai trop envie… Pas toi ?…
- Si !… Si !… Mais on n’a pas nos affaires… Rien…
- Mais ça déteint, ma parole !… Tu vas pas te mettre à faire le Dorlandier, toi aussi !… Allez, viens !…
Elle s’est résolument emparée de la clé que le réceptionniste nous a tendue, nous a enfermés dans la chambre à double tour…
- Là… Et maintenant je te viole… Tu te laisses faire… Je m’occupe de tout…

Belle-soeur, beau-frère ( 8 )


Sans lever une seule fois les yeux sur nous la serveuse a posé le petit déjeuner sur la petite table, près de la fenêtre, et s’est éclipsée aussi vite qu’elle a pu. Aussitôt la porte refermée on a éclaté de rire…
- Comment elle avait l’air gênée !…
- On n’est sûrement pas le premier couple qu’elle trouve au lit pourtant !…
- Oui, mais peut-être le premier qui fait autant de raffût… Et toute la nuit en plus !…
- Oh, faut rien exagérer !… J’ai quand même pas fait trembler les murs…
- Tu t’entendais pas !… Une vraie tigresse !…
- Ah oui ?!… Tant que ça ?!… Ben heureusement qu’on n’était pas à la maison alors !… Les voisins se seraient posé des questions…
- Au contraire !… Ils n’auraient plus eu besoin de s’en poser… Ils auraient eu toutes les réponses…
- En attendant j’ai une faim de loup, moi !… Tu voudrais pas amener le plateau là, entre nous, sur le lit ?…
Elle a mordu avidement dans un croissant…
- En tout cas j’ai eu le nez fin, moi, avec toi… Parce que c’est rare un mec avec qui tu peux tout faire comme ça… Absolument tout ce qui te passe par la tête… Tout ce dont tu crèves d’envie… Sans être obligée de te demander comment il va le prendre… Si ça va pas le choquer… Parce que tu sais souvent, vous, les types, contrairement aux apparences, vous êtes beaucoup plus coincés que nous… Et pas qu’un peu !… Faut vraiment qu’on y aille sur la pointe des pieds… Mais enfin avec toi le problème se pose pas… Et il se posera sûrement de moins en moins d’ailleurs… Bon, mais si on dormait un peu ?!… Histoire de reprendre des forces… Et de pouvoir remettre ça…

- Allo ?!… Ben alors qu’est-ce que tu faisais ?… T’en as mis un temps pour répondre !…
- Rien… Rien… J’arrivais pas à mettre la main sur mon portable…
- Tu dormais ?… T’as la voix toute ensommeillée… Tu dormais, hein ?!… Non, mais t’as vu l’heure qu’il est ?… Presque midi… T’as encore veillé la moitié de la nuit, je suis sûre… C’est bien beau de vouloir terminer ton bouquin, mais enfin y laisse pas la santé quand même !… On serait bien avancés… Tu m’écoutes ?…
- Mais oui, je t’écoute, oui…
- Et tu n’en feras qu’à ta tête… Comme d’habitude… Bon, mais en attendant nous ici, ça va… On en a abattu hier… Je peux te dire qu’on en a abattu… On a presque fini en fait… Tout sera fin prêt quand ils vont arriver… Cinquante-huit ils sont… Mais enfin ça !… Ils peuvent bien être autant qu’ils veulent… C’est pas notre problème… La logistique et l’intendance c’est eux qui s’en chargent… Nous, on se contente de mettre à leur disposition des locaux superbes, dans un cadre magnifique, et de rester à proximité, le plus discrètement possible, – on s’est gardé l’aile gauche près de l’entrée – pour le cas où il se passerait quoi que ce soit… Mais enfin je ne vois vraiment pas ce qui pourrait se passer… Des gens qui sont capables de dépenser des sommes pareilles pour se retrouver en famille ce sont forcément des gens bien… Avec lesquels il n’y aura pas le moindre souci… Bon, mais dis-moi… Est-ce que tu y es passé ?…
- Ou ça ?
- Chez Paul, pardi !…
- Ah oui !… Oui… J’y suis passé… Oui…
- Et alors ?… Tu l’as vue ?… Il va me demander, tu sais !…
- Ben oui, je l’ai vue, oui !…
- Et tout t’a paru normal ?…
- Mais oui !… Qu’est-ce que tu veux qu’il y ait d’anormal ?…
- Oui, oh ben alors là, tu sais, avec elle, on peut s’attendre à tout… Mais tu surveilles, hein !… Et si tu constates quoi que ce soit de suspect… On compte sur toi… Parce que même s’il en parle pas – il est trop fier pour ça – Paul se fait un sang d’encre… Je le connais…

- C’était Emilie…
- Ca, je m’en doutais un peu…
- Ils sont complètement dans leur truc…
- Tant mieux !… Tant mieux pour eux !… Et pour nous… Ils rentrent quand ?… Elle t’a pas dit ?…
- Non… Par contre en ce qui te concerne, toi, Paul…
- Se fait tout un film… C’est pas nouveau… Non… Là où j’ai eu tort – et j’ai pas fini de m’en mordre les doigts – c’est de lui faire mes confidences… Faut dire aussi qu’il m’avait passablement énervée ce jour-là… Jamais j’aurais dû lui avouer que j’avais besoin de sexe comme de l’air que je respire… Jamais !… Le connaissant… Encore heureux que je lui aie pas parlé du reste !… Parce que alors là !…
- Quel reste ?
- Je te dirai… En attendant faudrait bien que ça finisse par lui passer de me soupçonner comme ça sans arrêt… Parce que ça devient lourd à force… Et toi ?… Emilie ça lui est jamais venu à l’idée que tu puisses aller voir ailleurs ?… Que quand elle se tire comme ça plusieurs jours d’affilée tu puisses en profiter pour…
- Pour Emilie les choses sont très simples: elle n’a que des besoins très limités dans ce domaine et elle part du principe que tout le monde fonctionne sur le même modèle qu’elle… Moi comme les autres… C’est la norme universelle… Tous ceux qui s’en écartent ne peuvent être, à ses yeux, que d’épouvantables pervers qui relèvent de soins psychologiques intensifs… J’ai très vite compris, contrairement à toi, qu’il n’était absolument pas de mon intérêt de chercher à la détromper… Et elle est convaincue que je suis mille fois plus préoccupé par le livre que j’écris – ou que j’essaie d’écrire – que par « ça »…
- Quelle famille !… Non, mais quelle famille !… Tu peux me dire ce qu’on est allé faire là-dedans ?…
- C’est une question qu’on ferait mieux, toi comme moi, d’éviter de se poser… On risquerait de finir par trouver la réponse…

Belle-soeur, beau-frère ( 9 )


- On mange… Bien… On baise… Bien… On remange… On rebaise… Encore mieux… Dommage que ça puisse pas être tout le temps comme ça !…
- Tout le temps, non… Mais si ça marche leur truc ça risque d’être souvent… Et il y a pas de raison que ça marche pas…
- Oh non, non !… Il y a pas de raison, non !… Ils ont une telle envie de travailler en famille, au sens le plus strict et le plus restreint du terme, qu’ils vont faire tout ce qu’ils peuvent pour que ça marche… Et ça marchera… C’est évident que ça marchera… Bon, mais en attendant ils sont bien gentils, mais si on parlait d’autre chose…
- Oui… De ta fameuse copine par exemple… Celle qui se ramassait des fessées… Je suis resté sur ma faim, moi, l’autre soir…
- Ah !… Pascaline… Oh, il y a pas grand chose à en dire…
- C’était quoi au juste les raisons quand elle en prenait ?…
- Je t’ai déjà dit… Quand elle dépensait trop de fric…
- Oui, mais t’as dit aussi qu’elle en recevait pour plein d’autres trucs… Quels trucs ?…
- Je sais plus…
- Menteuse !… Je suis sûr qu’elle avait un mec… Et qu’elle le trompait… Et qu’il la punissait aussi pour ça… C’est pas vrai peut-être ?…
- Oui… Si… Je me rappelle plus trop, mais je crois bien…
- Comme toi finalement… Vous êtes exactement dans la même situation… Toi aussi tu la mériterais si on y réfléchit bien…
- Sauf que tu serais quand même le plus mal placé pour me la donner…
- Ou le mieux placé au contraire…
- Ben voyons !…
- Le mieux placé, oui !… Pour te punir d’avoir inventé… Parce qu’elle existe pas Pascaline… Elle a jamais existé… C’est un pur produit de ton imagination… Qui te sert à donner corps aux situations dont tu rêves… C’est pas vrai peut-être ?…
- Ce qu’il y a de bien avec toi – de bien et en même temps d’effrayant – c’est que tu comprends toujours tout sans qu’il y ait besoin de t’expliquer quoi que ce soit…
- Et je me contente pas de comprendre… Quand j’ai compris je passe aux actes… Sans tarder… Allez, finis vite ton dessert…

J’ai refermé la porte. Je l’ai attirée contre moi. A travers la robe j’ai posé mes mains sur ses fesses. Elle a frissonné. J’ai pris ses yeux dans les miens. Elle ne me les a pas retirés…
- Elle va être punie la petite Zélia…
- Oui…
- Et pourquoi elle va être punie ?
- Parce qu’elle a raconté des mensonges…
- Et elle en raconte souvent des mensonges ?
- Quelquefois…
- Il faut absolument qu’elle se défasse de cette mauvaise habitude… Elle va essayer… Elle promet qu’elle va essayer ?… Qu’elle va faire tous ses efforts ?…
- Oui…
- Parfait… Elle est pleine de bonne volonté… Mais il y a autre chose… Une autre raison…
- Oui…
- Laquelle ?…
- Je trompe mon mari…
- Et d’une façon éhontée… C’est absolument scandaleux… Pour ça aussi elle va être punie… Et c’est même elle qui va la demander sa punition…
- S’il vous plaît, punissez-moi !… Punissez-moi de tromper mon mari… Donnez-moi une fessée… Une bonne… Je l’ai méritée…
Sous la robe j’ai fait descendre la culotte. Jusqu’en bas. Elle a levé un pied, puis l’autre. S’est docilement laissé attirer, allonger, sur le bord du lit, en travers de mes genoux. J’ai remonté la robe haut sur les reins, posé une main sur ses fesses…

- Tu crois qu’ils ont entendu les gens dans les chambres autour ?
- Evidemment qu’ils ont entendu… Tu t’es exprimée d’une façon tellement débridée …
- Et ils ont compris ce qui se passait, tu crois ?
- Des claques sur un derrière ça peut pas se confondre avec grand chose d’autre…
- Wouah !… Je vais plus oser mettre le nez dans le couloir, moi !… T’imagines si je croise quelqu’un ?!…
- D’autant plus que tu as aimé ça… Ca peut faire l’ombre d’un doute pour personne… Vu comment tu as clamé ton plaisir juste après…
- Oh, la honte !… Non, mais la honte !…
- T’adores ça la honte…
- Oh non, non !… Enfin, si !… Un peu quand même… Ca dépend… Quelquefois… Comment tu fais pour toujours tout deviner comme ça ?…
Des pas dans le couloir…
- Ca doit être la fille… La fille avec le petit déj…
Elle s’est précipitamment retournée sur le ventre, a tiré le drap sur elle, enfoui sa tête dans l’oreiller…
- Entrez !…
C’était le patron… Avec un regard qui en disait long…
- Alors ces Messieurs-Dames… On a passé une bonne nuit ?…

Belle-soeur, beau-frère ( 10 )


- Tu aurais quand même pu te montrer un petit peu gentille avec lui… C’est exprès pour toi – pour te voir – qu’il nous a monté le petit déjeuner… Et toi…
- Oui, ben alors là, s’il s’imaginait que j’allais lui montrer mes fesses !… Il avait le droit de rêver…
- C’est pas pour tes fesses qu’il est venu – pas SURTOUT pour tes fesses – c’est pour ton petit minois… Parce que voilà quelqu’un qui n’a pas dormi de la nuit… Tu n’y as sans doute pas prêté attention, mais la chambre qu’il nous a donnée cette fois-ci se trouve juste, comme par hasard, au-dessous de la sienne… Après la nuit tonitruante que tu as offerte, l’autre jour, à tout l’hôtel il voulait – c’est humain – être aux premières loges… Il l’a été, l’oreille très probablement rivée au plancher, au-delà de ses espérances… C’est le Superbonus auquel il a eu droit… Comment ne pas avoir envie, après ça, de venir croiser ton regard ?… De faire proclamer au sien, haut et fort, qu’il a tout entendu et beaucoup apprécié ?… De te voir baisser les yeux, confuse et rougissante ?…
- Eh bien il en aura été pour ses frais…

Les portes de l’ascenseur se sont ouvertes. A l’accueil il avait pris la place du réceptionniste. Il lui a souri. Elle a baissé les yeux, écarlate. A esquissé un mouvement vers la sortie. S’est ravisée. Pendue à mon bras…
- J’espère que vous avez été satisfaits de l’accueil qui vous a été réservé…
- Ravis… Et nous ne manquerons pas, à l’occasion, de revenir chez vous…
- Nous vous y recevrons avec infiniment de plaisir…

- Oui, ben sans moi, hein !… Faut pas qu’il y compte… Et toi non plus !…
- Mais si !… Bien sûr que si !… Et tu le sais très bien…
Elle s’est blottie contre moi…
- Tu me fais peur… Tu peux pas savoir comme tu me fais peur par moments…
- Non… Tu TE fais peur…

- Il y avait un monde, mais un monde sur la route… Faut croire que les gens ont quand même plus d’argent que ce qu’on dit… Pour qu’ils aillent tous courir comme ça je sais pas trop où… Au prix où est l’essence… En tout cas ils étaient absolument ravis eux là-bas… Enchantés… Ils reviendront… Et ils nous enverront du monde… Ca fait pas l’ombre d’un doute… Si tu ajoutes à ça que Philippe, sur Internet, reçoit des demandes de réservation en pagaille, c’est en train de prendre sacrément de l’envergure notre petite affaire… Et je donne pas six mois avant que ça nous occupe tous les trois à temps plein… La seule chose qui coince – comme d’habitude – c’est Zélia… Non pas qu’il soit question qu’elle vienne se mêler de quoi que ce soit là-bas… On a été très clairs, Philippe et moi, avec Paul là-dessus… On n’en veut pas… Et de toute façon la question ne se pose pas puisque, paraît-il, elle n’a pas l’intention de quitter son emploi actuel. Et c’est tant mieux… Non… Ce qu’il y a c’est qu’elle lui empoisonne l’existence… Il passe son temps à s’interroger sur ce qu’elle peut bien être en train de faire… Où ?… Avec qui ?… Comment ?… C’est un enfer pour lui… Un véritable enfer… Il est persuadé, sans doute à juste titre, qu’elle profite de son absence pour aller coucher tant et plus à droite et à gauche…
- Je vois vraiment pas pourquoi vous vous obstinez à vouloir aller vous mettre des idées pareilles en tête !… J’ai passé près d’une semaine tout seul avec elle cet été… Si elle avait voulu elle aurait pu inventer n’importe quel prétexte pour me filer entre les doigts… Elle ne l’a pas fait… Elle a passé sagement ses après-midi à bronzer sous la fenêtre… Et ses soirées à lire sur le balcon, à regarder des films ou à discuter avec moi…
- Et là… Là… Cette fois-ci ?… Quand tu débarquais à l’improviste ?…
- Elle n’avait vraiment pas le comportement de quelqu’un que je dérangeais… Qui attendait de la visite ou qui se préparait à sortir… Absolument pas… J’avais même toutes les peines du monde à m’en aller… Elle ne voulait pas me laisser partir…
- Oh, mais elle est retorse, tu sais !… Très très retorse… C’était pour te donner le change si ça tombe… T’avais à peine tourné les talons qu’elle se jetait sur son téléphone… « Ca y est !… La voie est libre… »… On peut s’attendre à tout avec elle… Absolument tout… Non… Ce qu’il aurait fallu c’est que tu déboules carrément au milieu de la nuit…
- Je me vois pas franchement dans le rôle… Et sous quel prétexte, grands dieux ?!…
- Ca n’aurait, de toute façon, servi à rien… Quand bien même elle aurait été là elle ne t’aurait pas ouvert… Facile de prétendre le lendemain qu’on dormait et qu’on n’a rien entendu… Non… La seule chose qui tranquilliserait vraiment Paul quand on s’en va – et on va être amené à le faire de plus en plus – c’est que tu manges avec elle le midi et que le soir tu restes dormir chez eux… Mais enfin on peut quand même pas t’imposer une chose pareille !…
- S’il y a que ça pour vous tranquilliser… Je n’ai pas spécialement d’atomes crochus avec elle, mais je peux pas dire non plus qu’elle me sorte par les yeux… Ce serait pas la mer à boire…
- D’autant que leur chambre d’amis est immense… Tu y aurais tes aises…
- Sauf que je vois pas comment vous allez pouvoir lui faire avaler ça… Même si elle n’a rien à se reprocher elle n’a pas forcément envie de m’avoir toute la journée par les pieds…
- Depuis le temps qu’on parle d’attaquer enfin nos travaux ce serait l’occasion ou jamais… Les entrepreneurs n’attendent que notre feu vert… Pendant des semaines et des semaines notre maison va être un véritable chantier… Je ne vois pas comment elle pourrait rechigner à t’héberger dans des circonstances pareilles… Ou alors… Ou alors ça constituerait un véritable aveu…

Belle-soeur, beau-frère ( 11 )


- Royal !… C’est royal !… Tu sais qu’ils ont eu une idée de génie ?… Parce que avant pour moi, à midi, c’était la course… A peine si j’avais le temps d’avaler quelque chose vite fait sur le pouce… Maintenant quand je rentre les courses sont faites, la maison brille de tous ses feux, ça sent le propre de partout et j’ai plus qu’à me mettre les pieds sous la table… Tu cuisines divinement bien en plus… Et pas calorique pour deux sous… Le seul inconvénient, mais de taille, c’est que je dois me faire violence pour retourner bosser… Heureusement qu’il y a le soir derrière… Ca aide… Je passe mon après-midi à y penser… A l’attendre… A me dire que tu vas t’occuper de moi… Etre avec moi… Me montrer que tu en as envie… Me surprendre comme personne l’a jamais fait… Me lire des trucs dont j’avais même pas idée que ça pouvait exister… M’en raconter d’autres que je voudrais que jamais ça s’arrête… Sans parler du reste après… Finalement c’est toi que j’aurais dû épouser… Tu sais que j’y ai pensé un moment ?… Sauf que t’étais pas libre… Dommage que ça soit pas autorisé le mariage entre frère et sœur parce que les deux autres, fourrés ensemble sans arrêt comme ils sont, ils auraient sûrement sauté sur l’occasion… Et tu l’aurais été libre… En tout cas, ça va peut-être te paraître bizarre, mais je me pose quand même pas mal de questions à leur sujet… Je me demande s’il y a pas eu des trucs entre eux un jour… Ca te paraîtrait aussi invraisemblable que ça, toi, qu’ils aient couché ?… Du coup ça pourrait expliquer qu’il ait autant de mal à bander avec moi… Qu’il y arrive quasiment pas… Il y a peut-être qu’avec elle qu’il peut… Va savoir !… Et si ça tombe dès qu’on a le dos tourné…

- Alors ?… Ca se passe comment avec elle ?…
- Bien… Très bien… Pourquoi ça se passerait mal ?…
- T’as de ces questions quand tu t’y mets !… Elle rentre tous les midis ?…
- Systématiquement…
- Elle sort pas le soir ?…
- Jamais…
- Bon, mais tu relâches pas la surveillance, hein !… Parce que elle est maligne, tu sais… Très très maligne… Et on a vraiment pas besoin qu’elle vienne nous mettre des bâtons dans les roues en ce moment… On est complètement débordés et il faut impérativement que Paul puisse se consacrer en toute sérénité à notre projet sans être en permanence déstabilisé par des préoccupations parasites… Tout repose, pour l’essentiel, sur lui et s’il devait nous faire faux bond ce serait une véritable catastrophe… Parce que c’est hallucinant, je t’assure… Il ne se passe pas une journée sans son lot de réservations… Ca tombe… Ca tombe… Ca n’arrête pas de tomber… Du coup ne nous attendez pas le week end prochain… Ni peut-être même le suivant… Il faut battre le fer tant qu’il est chaud… Une fois que ce sera lancé, que ça aura trouvé sa vitesse de croisière, on pensera à lever un peu le pied, mais pour le moment c’est absolument hors de question… Nécessité fait loi…

- Et si on allait le passer tous les deux quelque part du coup le prochain week-end ?…
- Oh oui, oui !… Parce que…
- Parce que ?…
- Parce que… ben parce que c’est bien gentil la chambre d’amis, mais c’est chiant de pas pouvoir te laisser aller comme tu voudrais… De t’étouffer dans l’oreiller pour pas que les voisins entendent… D’être sans arrêt sur le qui-vive…
- Ils sont quand même loin les voisins… La probabilité pour qu’ils entendent quoi que ce soit…
- Oui, mais quand même !… Quand même… Je suis pas tranquille… Je suis pas à l’aise…
- Bon, ben on part alors !… T’as envie qu’on aille où ?…
- Où tu veux… Tu choisis… Tu me fais la surprise…
- Dans notre petit hôtel habituel ?…
- Ah non, non !… Pas là, non…
- Je suis sûr que le patron nous y attend pourtant avec beaucoup d’impatience…
- Oui, ben il peut attendre un moment celui-là !… C’est pas demain la veille que je remettrai les pieds là-bas…
- Que tu dis !…
- Si, si, c’est vrai, hein, alors là !…
- C’était si épouvantable que ça ?…
- Qu’on m’entende, non !… Au contraire… J’adore… Mais qu’on me voie après quand on sait… Alors là !… C’est vraiment trop la honte…
- Et pourtant…
- Et pourtant je sais, oui !… Je sais… Je suis compliquée comme fille… Parce que quand je me fais des films toute seule dans ma tête il y a toujours des tas de gens autour qui regardent, qui se moquent ouvertement de moi et c’est dingue comment j’aime ça… Mais dès que j’envisage que ça puisse être en vrai ça me terrorise… Je voudrais rentrer dans un trou de souris…
- Peut-être que son tort alors au patron ça a été de rester trop cérémonieux… Trop respectueux… Peut-être que s’il avait…
- Tais-toi !… Tais-toi !… Parle plus de ça… J’ai pas envie…

Belle-soeur, beau-frère ( 12 )


- Allez, en route !…
- Tu m’emmènes où alors finalement ?… Tu veux toujours pas le dire ?…
- Si je te le dis ce sera plus une surprise…
- C’est pas un endroit où on risque de connaître des gens au moins ?…
- Les risques sont quasiment nuls…
- Tant mieux !… Parce que j’ai bien l’intention de m’éclater… Et de gueuler toutes les cochonneries qui me passeront par la tête quand on fera l’amour… A la maison je peux pas… Et pourtant ça c’est un truc !… De la folie dans quel état ça me met… Je pourrai ?…
- Evidemment que tu pourras… Aussi longtemps que tu voudras… Aussi fort que tu voudras… Et tu auras même droit à une fessée carabinée, juste après, pour t’être comportée de façon aussi révoltante…
- Ca marche !…

Elle s’est accoudée à la fenêtre…
- C’est magnifique !… C’est idyllique !… Le rêve… Non, mais regarde-moi ça !… Regarde !…
- J’étais sûr que ça te plairait…
- Faudrait vraiment être difficile… C’est fabuleux… Jamais j’aurais eu idée qu’il pouvait exister un truc comme ça aussi près de là-haut… Comment ça donne encore plus envie un cadre comme ça… En tout cas toi t’as intérêt à être en forme tout à l’heure… Parce que je te préviens… je vais pas te laisser beaucoup dormir… Et ce sera pas pour jouer au scrabble…

- C’est d’un raffiné en plus le repas !…
- Tu le vois le couple, à droite, près de la grande plante verte ?…
- Les vieux ?… Oui… Et alors ?…
- Et alors ce sont nos voisins de chambre…
- Comment tu le sais ?…
- Il y a leur clé sur la table… Ils ont la 17…
- Juste à côté de nous alors… A droite… Et on n’a qu’eux ?… On n’en a pas d’autres ?…
- Ca… J’en sais rien du tout…
- On part demain matin, hein ?… Sans déjeuner… Sans voir personne… Tu me promets ?…

Et « fourre-moi ! »… Et « tringle-moi ! »… Et « enfile-moi ! »… Et « comment c’est bon une bite ! »… « Vas-y !… Mais vas-y, j’te dis… Bourre-moi !… »… Accompagné de grandes ruades éperdues… De feulements rauques… De supplications impérieuses… Et elle a joui… Deux fois… Trois fois… « dans le cul maintenant !… Oh, s’il te plaît, dans le cul !… Je la veux dans le cul !… »… Et elle a encore joui… Beaucoup plus intensément encore… « Oh, merci, merci, merci… »

- Ah ben bravo !… Bravo !… Tu n’as pas honte ?…
- Si !… Je sais vraiment pas ce qui m’a pris…
- Non, mais toutes ces choses absolument dégoûtantes que tu as criées !… Et à tue-tête en plus !… C’est honteux !… Honteux !…
- Je recommencerai plus… Je vous promets que je recommencerai plus…
- Oui, oh, c’est facile les promesses !… N’importe qui peut en faire… Et oublier de les tenir le moment venu… Une bonne leçon tu mérites…
- Je sais bien…
- Alors tourne-toi !… Sur le ventre…
- On va entendre !…
- Evidemment qu’on va entendre…

- Ca baise à côté…
Je me suis immobilisé, le bras en l’air…
- Oui, ça baise… C’est pas les vieux… C’est à gauche… Et ça y va !… Comment ça y va !… Ca fait pas semblant… Tu crois que c’est à cause de moi ?… Parce qu’ils entendent que tu me flanques la fessée ?…
- C’est tout ce qu’il y a de plus probable…
- Eh bien continue alors !… Et tape !… Tape tant que tu peux !… Aussi fort que tu peux… Et t’arrête surtout pas… Même si je te crie de le faire…

- Comment ça me brûle !…
- Ca… Tu n’as qu’à t’en prendre qu’à toi-même…
- Oui… Oh, mais je me plains pas… Je dis rien… C’était trop bon de savoir qu’ils entendaient… Et que ça leur faisait cet effet-là… C’est qui à ton avis ces gens ?…
- Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?…
- Ils étaient peut-être au restaurant hier soir ?…
- Je crois pas, non… Ils sont arrivés tard…
- En tout cas ils sont jeunes… A sa voix à elle c’est sûr qu’ils sont jeunes… Et puis pour s’en donner à cœur joie comme ça !… J’aimerais quand même bien savoir à quoi ils ressemblent tous les deux… Quelle tête ils ont…
- Rien de plus facile…
- Qu’est-ce qu’ils pensent de moi à ton avis maintenant ?… Ca doit pas être vraiment joli joli… Surtout s’ils ont entendu ce qui s’est passé avant… Oui… Ils doivent avoir une drôlement sale opinion de moi…
- Ou une très bonne au contraire…
- Oui, oh ben alors ça !…

Belle-soeur, beau-frère ( 13 )


- Tu veux vraiment pas qu’on reste là ?…
- Non… Je préfère pas… Non… S’il te plaît… Je serais trop mal à l’aise maintenant… Je profiterais plus de rien…
- Qu’est-ce qu’on va faire ?… Tout de même pas rentrer tout de suite ?!…
- On trouvera bien un autre endroit quelque part… Peut-être pas aussi bien, mais pas mal quand même… Bon, mais j’en profite que ce soit désert dehors… Je file à la voiture… Tu me rejoindras là-bas…

Personne à la réception. J’ai sonné. Attendu. Un type – un jeune – est venu s’accouder à mes côtés…
- Il y a bien quelqu’un qui va finir par arriver… Suffit de pas être trop pressé… Vous l’êtes pas au moins ?…
- Sans plus…
- En tout cas merci, hein !…
- Pardon ?…
- Oui… Pour cette nuit… C’était nous dans la chambre à côté…
- Ah…
- Comme quoi le bonheur des uns fait quelquefois celui des autres…
Il est allé jusqu’à la baie vitrée, s’est longuement absorbé dans la contemplation de quelque chose à l’extérieur…
- Oui… Parce que grâce à vous j’ai enfin eu accès, pour la première fois, à son petit trou de derrière… Je commençais à désespérer… Comme quoi finalement tout vient toujours à point à qui sait attendre… Ah, ça y est !… Elles s’en vont…
- Qui ça ?
- Votre femme… Et la mienne… Ca fait dix minutes qu’elles discutaient sur le parking et là, maintenant, elles s’en vont…
- Comment ça elles s’en vont ?… Elles vont où ?…
- Alors ça !…

- Hein ?!… Mais dans sa chambre j’étais… Avec elle… Que je te raconte… Mais d’abord… T’as payé ?…
- Oui, j’ai payé, oui… Pourquoi ?…
- Parce qu’on pourrait peut-être rester quand même un peu finalement !…
- Tu sais ce que tu veux ?…
- Non, mais oui… Elle est très très sympa… Et lui aussi… Sûrement… Ca nous permettrait de faire un peu plus connaissance… Et peut-être de se revoir après… Parce que tu sais quoi ?… Que tu m’aies donné une fessée cette nuit ça l’a mise dans tous ses états…
- Ca !… On a entendu…
- Elle crève d’envie d’en avoir aussi, mais lui il lui en a jamais donné… Même qu’elle fasse un peu des allusions il réagit pas… Et elle ose pas trop insister… Parce qu’il y a pas très longtemps qu’ils sont ensemble et qu’elle se dit que peut-être il a des principes là-dessus ou qu’il a vécu des trucs qu’elle sait pas et qu’il veut pas dire… Alors avec nous à côté ça va finir par débloquer quelque chose si ça tombe… Surtout si on met le paquet… Tout en y allant sur la pointe des pieds quand même…
- C’est du grand art ce que tu demandes là…
- Mais non !… Ca devrait pas être si compliqué…
- Laquelle va y trouver le plus son compte dans l’histoire ?… Elle ou toi ?…
- Pose pas des questions idiotes comme ça !…
- En tout cas s’il persiste à ne pas vouloir en passer par où elle veut je suis tout prêt à me dévouer…
- Ben voyons !…
- En attendant je ne sais toujours pas ce que vous êtes montées faire toutes les deux là-haut dans la chambre…
- Elle voulait voir…
- Elle voulait voir quoi ?
- A ton avis ?… Mon derrière, tiens !… Qu’est-ce tu veux d’autre ?… Après la fessée que tu m’avais flanquée…
- Et alors ?…
- Et alors quoi ?… Je lui ai montré et puis voilà… Ton téléphone !…

- Allo ?!… Ah, c’est toi ?!… Ca va ?…
- Non, ça va pas, non !… Figure-toi que Philippe est à l’hôpital… Il s’est cassé la figure dans l’escalier… Trois vertèbres de touchées… Il est immobilisé pour on sait pas trop combien de temps… On avait bien besoin de ça !… Juste au moment où ça tourne plein pot et où on sait plus où donner de la tête… Ah, on est dans de beaux draps, je t’assure !…
- On peut faire quoi, nous, à notre niveau ?…
- Rien… Absolument rien… Qu’est-ce que tu veux faire ?… Non… La seule chose, c’est qu’on risque de ne pas remonter là-haut d’un moment… Débordés comme on est…
- C’est-à-dire ?…
- Je sais pas… Un mois ou deux… Peut-être plus… Difficile de prévoir… Mais lui dis pas à elle, hein !… Lui dis pas surtout !… Qu’il lui prenne pas fantaisie de débouler ici sous prétexte qu’elle trouve le temps long et que Paul lui manque… On n’a vraiment pas besoin d’elle par les pieds en ce moment… Retiens-la !… Débrouille-toi comme tu veux, mais retiens-la là-haut… Ca va au moins avec elle ?… T’arrives à la gérer ?…
- On n’a pas le moindre problème…
- Tant mieux !… Qu’au moins de ce côté-là… Oui, j’arrive !… Excuse-moi, on m’appelle…

Belle-soeur, beau-frère ( 14 )


- S’ils s’imaginent que j’aurais rien de plus pressé que de me précipiter là-bas !… Non, mais ils rêvent… Qu’ils y restent !… Entre eux… Tous les deux… Tant qu’ils veulent… Ils sont quand même trop dans leur genre, avoue !… Paul, c’est exactement la même chose : il m’appelle tous les tournants de lune et il est pas foutu de me parler d’autre chose que de leurs petites affaires qui marchent à merveille… Ce que moi je vis, ce que moi je fais il s’en tamponne complètement… Du moment que je le trompe pas, le reste… Tu vas pas me dire que c’est normal qu’après à peine un an de mariage un type il se préoccupe aussi peu de sa femme… En fait tu sais ce que je crois ?… C’est qu’il m’a épousée, moi, mais que ça aurait pu tomber sur n’importe qui… Il lui en fallait une… On sait pas trop pourquoi d’ailleurs… Pour le statut d’homme marié ?… Parce qu’il trouvait ça beaucoup plus gratifiant que de rester un éternel fils à maman ?… Que ça lui donnait l’illusion de couper le cordon ?… Pour que je lui fasse un gamin ?… Qu’on perpétue ensemble l’auguste lignée des Dorlandier ?… Encore faudrait-il qu’il en soit plus un lui-même de gamin !… Et qu’il réussisse à bander un minimum… Au moins une fois de temps en temps… Bon, mais allez !… On descend ?… Je leur ai dit qu’on mangerait avec eux… Ca te dérange pas ?…
- Eux ?… Qui ça, eux ?…
- Ben, Dorothée et Philibert, tiens !… Qui tu veux d’autre ?…

Elles se sont penchées l’une vers l’autre par dessus la table, se sont chuchoté quelque chose à l’oreille. Ont éclaté de rire…
- Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ?…
- Rien… Non, rien…
Elles ont repris leur sérieux. Et leur repas. Et lui le cours de son exposé sur la variabilité des indices boursiers…
- T’es chiant, mon pauvre Philibert… Tu peux pas décrocher cinq minutes ?…
Il a semblé ne pas entendre, a imperturbablement poursuivi…
- Prends par exemple les obligations américaines…
Alors elles l’ont singé. Toutes les deux. Ses mimiques. Ses expressions. Ses gestes de la main. En grands fous rires…
- Ca suffit, Zélia !… Ca suffit !…
Elles ne se sont pas interrompues…
- Méfie-toi bien !… Tu sais ce qui t’est arrivé hier soir ?… Ca pourrait bien recommencer… Et sans tarder…
- J’m’en fous !…
Et elle m’a tiré un bout de langue tout rose…
- File !… Monte immédiatement dans ta chambre !… Et je le répéterai pas deux fois…
Elle s’est aussitôt levée, engouffrée sans un mot dans l’escalier…

- Vous allez vraiment lui faire ?…
- Evidemment que je vais lui faire !… Elle l’a cherché, non ?…
- Oui, mais moi aussi, si on va par là, j’ai mérité… Autant qu’elle…
- S’il ne tenait qu’à moi… Mais ce n’est pas à moi de juger de ce que vous méritez ou pas…
Il n’a pas réagi, absorbé dans la contemplation attentive de quelque chose au loin. Elle, elle a imperceptiblement haussé les épaules…

- On y va ?…
- Tu es sûre ?… Tu es sûre de pas le regretter ?…
- Oui… De toute façon je lui ai promis à Dorothée ce matin…
- Eh bien alors, allez !…

- Entrez !…
Ils étaient assis tous les deux, côte à côte, sur le bord de leur lit…
- Désolés de vous déranger, mais Zélia tenait absolument à venir présenter ses excuses à Philibert pour la façon inadmissible dont elle s’est comportée tout à l’heure…
- Pardon… Je suis navrée… Je sais pas ce qui m’a pris… Cela ne se reproduira plus… Je vous promets…
- Tu n’en es pas quitte pour autant… Parce que tu sais ce qu’on avait dit après l’épisode de Mont-de-Marsan… Que si tu recommençais tu n’y couperais pas… Et que je n’hésiterais pas à sévir devant la personne même à qui tu aurais manqué de respect… On l’avait dit ou pas ?…
- Oui… Si… On l’avait dit…
- Bien… Alors tu sais ce qui t’attend…
J’ai tiré la chaise, me suis installé, l’ai fait pivoter face à eux…
- Allez…
La jupe elle se l’est laissé dégrafer sans opposer la moindre résistance. Mais la petite culotte de nylon blanc elle a voulu la retenir en s’agrippant, des deux mains, à l’élastique…
- N’aggrave pas ton cas !…
Elle a lâché prise. C’est tombé à ses pieds et elle s’est dissimulée, d’instinct, de ses mains ramenées devant elle en coquilles…
- Enlève-les !… Eh bien ?… Tu comprends ce qu’on te dit ?…
Elle a obéi. Philibert l’a fixée en bas. Dorothée au visage. Longtemps. Jusqu’à ce que je la fasse basculer enfin, derrière offert, en travers de mes genoux…

Belle-soeur, beau-frère ( 15 )


- Là… C’est tout… C’est fini… Tu seras sage à l’avenir ?… Tu ne feras plus ton écervelée ?… Jamais ?… Promis ?…
Elle a fait signe que oui… Oui…
- C’est bien… C’est très bien… Tu peux te rhabiller, ma chérie… En attendant il y en a une autre…
Sur un ton d’extrême courroux d’un seul coup… Et en regardant Dorothée… Philibert m’a fixé, ahuri, sans comprendre…
- Qu’est-ce qu’il y a eu ?…
- Et il demande ce qu’il y a eu !… Vous n’avez rien remarqué ?…
- Non… Non…
- Evidemment vous pouviez pas… Vous étiez beaucoup trop occupé… Mais vous auriez gardé un œil sur votre femme vous vous seriez rendu compte qu’elle jubilait… Elle jubilait littéralement de voir fesser Zélia…
Elle, elle baissait la tête d’un petit air coupable…
- Et elle se moquait d’elle… Ouvertement… Reconnaissez avec moi que c’est pas joli-joli comme comportement… Et je peux vous dire que ce serait de moi je laisserais sûrement pas passer une chose pareille sans réagir…

- Eh ben dis donc !… Il en a fallu du temps pour le décider…
- Oui, mais une fois que ça a été fait…
- Ca !… On peut pas dire qu’elle ait boudé son plaisir… Ni lui le sien…
- Ni toi le tien…
- Faut reconnaître qu’elle a une façon de se trémousser quand ça tombe… A faire damner un saint…
- Tiens, écoute-les !… Ca repart… Et pas qu’un peu !… Ils vont réveiller tout l’hôtel…
- Chacun son tour…
- Je sens qu’on va bien s’entendre tous les quatre…
- Ce qui veut dire – si je sais lire entre les lignes – que tu espères bien pouvoir lui en coller une sans tarder, non, c’est pas ça ?…
- C’est toi qui en mériterais une pour me prêter des intentions pareilles !… Je me demande si tu vas pas l’avoir d’ailleurs… Il y a pas de raison de leur laisser le monopole à côté…

Ils ont traversé la salle du petit déjeuner au bras l’un de l’autre… Lentement… Rayonnants… Indifférents aux regards qui pesaient lourdement sur eux… Regards narquois ou complices… Réprobateurs ou envieux… Toutes les conversations se sont suspendues…
- On vous demandera pas si vous avez bien dormi…
- Nous non plus…
Dorothée s’est penchée sur Zélia, lui a murmuré quelque chose à l’oreille… Elles ont éclaté de rire…
- Attention !… Attention !… Si vous recommencez nous aussi…
- Chic alors !…

- Ah, enfin !… Mais qu’est-ce qui se passe ?… Vos deux portables éteints… Pas de signe de vie… On est morts d’inquiétude, nous… Qu’est-ce que vous fabriquez ?…
- Elle, je sais pas… Mais moi…
- Comment ça elle tu sais pas ?… Tu la surveilles au moins ?… Tu la laisses pas faire n’importe quoi ?…
- Mais oui !… Mais non !…
- Parce qu’on a déjà assez de soucis comme ça… Alors si en plus… Bon, mais tu crois pas que t’aurais quand même pu prendre des nouvelles de Philippe ?… C’était un minimum, non, tu crois pas ?… Seulement tout te passe à cent mille lieues au-dessus de la tête… Comme d’habitude… Il y a que ta petite personne qui compte… Et ton bouquin… Dont personne verra jamais la couleur d’ailleurs… Et moi, pendant ce temps-là, je suis bonne pour tout gérer… Me battre sur tous les fronts… Est-ce que tu t’es seulement préoccupé des travaux à la maison ?… Est-ce que tu sais où ça en est ?… Non… Je suis sûre que non… Hein ?… Eh bien réponds !…
- J’avoue que…
- Que t’es même pas allé voir… C’est quand même fort de café, reconnais !… T’es sur place… Je suis à des centaines de kilomètres de là… Et c’est quand même moi qui suis obligée de superviser les travaux…
- J’y passerai dans la semaine…
- C’est plus la peine… Ils sont finis les travaux… Tu peux retourner te réinstaller quand tu veux… Vous réinstaller… Parce qu’il est hors de question de la laisser toute seule rue Claude Debussy l’autre…
- C’est quand même chez elle… Et elle a peut-être le droit de donner aussi son avis, non ?…
- C’est d’abord et avant tout chez Paul… Quant à son avis… Tu m’excuseras, mais c’est sûrement pas une gamine d’à peine vingt-cinq ans qui va nous dicter sa loi… Elle fera ce qu’on lui dira de faire… Un point, c’est tout… Et je n’ai pas du tout l’intention de la laisser continuer à nous pourrir la vie comme elle le fait maintenant depuis des mois et des mois… Parce que tu l’entends pas Paul… Tu le vois pas… Il s’en rend malade de pas savoir ce qu’elle fabrique quand il a le dos tourné…

Belle-soeur, beau-frère ( 16 )


- Il a de bonnes raisons pour ça, non ?… T’en connais beaucoup, toi, des femmes qui, dans la situation où je suis et à mon âge, tromperaient pas un mari comme lui ?… Et encore !… Qu’il vienne pas se plaindre… Dix fois plus cocu qu’il l’est je serais en droit de le faire si je voulais… C’est peut-être bien ce qui va se passer d’ailleurs… Oui… Sûrement… Qu’il s’inquiète !… Qu’il se ronge les sangs… Ca lui fera pas de mal… Parce que… ce que je ressens… De quoi je peux bien avoir envie… Mes désirs… Mes espoirs… Mes projets… Il en a strictement rien à battre… Il m’aime à ce qu’il paraît… Tu parles !… Il sait seulement pas ce que c’est… Il y a qu’eux qui comptent dans cette famille… Eux et uniquement eux… C’est à celui qui sera plus égoïste que le voisin… Non, mais attends !… Ca te nie d’une force un truc pareil… La « petite dinde » on a décidé qu’elle irait là… Elle va là et elle la ferme… C’est un meuble… On objet qu’on déplace comme on veut… S’ils savaient !… Non, mais qu’est-ce qu’ils se figurent ?!… Qu’on en passe systématiquement par où ils veulent, toi et moi… Oui, évidemment que c’est ce qu’ils s’imaginent !… Ca leur vient seulement pas à l’idée qu’il puisse en aller autrement… Va-t-on contre la volonté d’un Dorlandier ?… C’est inimaginable… Inconcevable… Mais en réalité qui c’est qui tire les ficelles depuis le début ?… C’est nous… On n’en fait qu’à notre tête… On mène notre petite vie à notre façon et on leur laisse croire ce qu’ils ont envie de croire… Ce qu’il les arrange de croire… Ca t’a un petit côté savoureux… Délectable si t’y réfléchis bien… Non ?… Tu trouves pas ?… Alors oui, elle va aller bien sagement là où on veut qu’elle aille la « petite dinde »… Oui… Mais elle va leur en rajouter une couche… Elle sait pas encore comment, mais elle trouvera… T’inquiète pas qu’elle va trouver…

- On vous attendait pour vous dire au revoir…
- Vous partez ?…
- Oui… Faut absolument qu’on soit à Bruxelles ce soir…
- On garde le contact, hein ?… Et dès qu’on a l’occasion…
- Oui… Bien sûr… On se fait signe… Mais dans l’immédiat n’y comptez pas trop… On a une foule de choses à régler en rentrant… Pendant un bon moment on va pas savoir où donner de la tête…
- C’est pas grave… Quand vous pourrez… Ou quand vous voudrez…

Ils ont agité la main par la portière, disparu derrière le rideau de peupliers…
- On les reverra pas…
- Je crois pas, non…
- Il y a quelque chose qui leur a pas plu…
- Pas forcément… Il leur fallait un déclic… Ils l’ont eu… Ils ont plus besoin de nous…
- Tout le monde se sert de tout le monde finalement…
- C’est un peu ça, oui…
- C’est moche… Heureusement que je t’ai, toi, parce que sinon…

Dans la chambre elle est venue habiter mes bras…
- Non… Bouge pas… Fais rien… Reste comme ça… On est bien… Je suis bien… Enfin non !… Pas tant que ça finalement… J’ai envie de pleurer… Comment ça m’a vexée ce truc de l’appartement, tu peux pas savoir !…
- Faut pas y attacher trop d’importance… Qu’on soit ici ou là c’est pas vraiment l’essentiel au fond, tu sais…
- C’est pas la question… La question, c’est qu’on s’est même pas préoccupé de savoir ce que j’en pensais… Qu’on s’en fout… Royalement… Que j’ai pas à en penser quoi que ce soit… Et que des années en arrière ça me ramène… A quand j’étais gamine… Tout ce qu’on voulait on me faisait faire… Absolument tout… Il y avait même pas besoin d’exiger… Suffisait de demander… Je protestais jamais… Je me rebellais jamais… Tu crois qu’on m’en savait gré ?… Penses-tu !… « - Elle a aucune personnalité… Elle a pas de caractère… »… C’est tout ce qu’on trouvait à dire… Ca fait mal… Tu peux pas savoir comment ça fait mal… Et comment ça t’en fait faire des conneries… Pour te prouver à toi, même si personne le sait, même si personne veut le reconnaître, que tu en as de la personnalité justement… Plus que n’importe qui… Seulement tu te prouves jamais rien en réalité… Et t’as pas d’autre solution que de mettre la barre plus haut… Toujours plus haut… Et de te faire courir des risques… Toujours plus de risques… Pour rien… J’ai fini par en sortir… Il était temps… Avant que ça tourne mal… Très très mal… Avant que je fasse vraiment du grand n’importe quoi… J’ai fini par en sortir… En fichant le camp… Loin d’eux… Le plus loin d’eux possible… Et pour faire quoi au final ?… Pour me retrouver exactement dans la même situation… Avec des gens qui me traitent exactement comme eux… Comme si j’existais pas… Comme si je comptais pas… Comme si j’avais tellement peu de personnalité qu’il fallait décider de tout à ma place… A croire que je suis condamnée à me retrouver toujours, quoi que je fasse, dans la même situation… Bien sûr que je pourrais partir… Divorcer… Tu crois que j’y ai pas pensé ?… Ca m’avancerait à quoi ?… Déjà ça compliquerait singulièrement les choses pour nous deux… On pourrait plus se voir aussi facilement qu’on fait là… Et ça j’en ai besoin… De plus en plus… Parce qu’à tes yeux à toi j’existe… J’existe vraiment… Et puis il y a quelque chose au fond de moi qui sait pertinemment que ce serait de toute façon un coup d’épée dans l’eau… Que j’échapperais à ceux-là pour les retrouver ailleurs… Exactement les mêmes… Ca n’a pas de sens… Ca n’a aucun sens… C’est pas comme ça du tout qu’il faut aborder le problème… Il faut les affronter en face… Sur mon terrain à moi… Celui que j’aurai choisi… Tu m’aideras ?…

Belle-soeur, beau-frère ( 17 )


- Alors ?… Ca y est ?… T’as regagné la maison ?…
- Ca y est… Oui…
- Tu l’as mise où elle ?…
- Dans la chambre bleue…
- Elle a rien dit ?…
- Non… Pourquoi elle aurait dit quelque chose ?…
- Je sais pas… Elle a un tel esprit de contradiction… Il y a rien de spécial sinon ?… Paul arrête pas de me demander…
- Qu’est-ce que tu veux qu’il y ait ?…
- Quand on est loin comme ça – et vu la tournure que ça prend on l’est pour un sacré moment loin – on s’imagine tout un tas de choses… Tu sais comment il est en plus… A se faire toujours une montagne de tout… Elle sort le soir après le boulot ?…
- Ah, ça y est… Ca recommence…
- Si elle était pas ce qu’elle est, si elle nous donnait pas autant de raisons de nous inquiéter, ça recommencerait pas… Hein ?… Elle sort ?…
- Mais non… On mange… Une petite demi-heure de télé et dodo… Elle a un boulot crevant…
- Et le week end ?… Elle fait quoi le week end ?…
- Sa lessive… Son repassage… Elle m’accompagne aux courses… On va faire un tour… C’est vite passé…
- Ouais… Ouais… T’es sûr qu’elle te roule pas dans la farine au moins ?… Qu’elle arrive pas à te filer entre les doigts ?… Parce que te connaissant… on te fait bien gober tout ce qu’on veut… Bon… Mais tu relâches pas la surveillance, hein !… Et quoi qu’il se passe… tu me préviens… Mais tu me préviens moi… Pas un mot à Paul… Ca le tuerait…

- Je suis sous haute surveillance, dis donc !…
- Oui, ben ça c’est pas nouveau…
- Heureusement j’ai soudoyé le gardien…
- A son corps défendant…
- Ben voyons !… Tu sais que ça donnerait presque envie d’entrer dans le jeu à force tous ces soupçons sans arrêt ?… D’inventer quelque chose… N’importe quoi… Ils ont tellement besoin de croire que je mène une vie de débauche et de dépravation que… pourquoi pas leur donner un os à ronger ?…
- C’est ça…. C’est ça… Et sur qui ça retomberait ?… Sur moi… En direct… J’aurais pas fini d’en entendre… « - On peut rien te demander… Je te l’avais pourtant dit et répété qu’il fallait la surveiller comme le lait sur le feu… Je te l’avait pas dit ?… C’est quand même pas bien compliqué… Seulement t’es dans ton monde… Tu passes ta vie dans ton monde… Non… J’aurais bien mieux fait de ne compter que sur moi-même… Comme d’habitude… J’aurais eu tôt fait de te remettre ça dans le droit chemin, moi… J’en ai maté des beaucoup plus coriaces… »
- Elle peut toujours venir s’y essayer… Je l’attends… Et de pied ferme…
- Oui, ben pour le moment on n’en est pas là…
- Non… Non… J’aimerais bien des fois pourtant…

- Tu te rappelles où c’est que tu m’as donné ma première fessée ?…
- Evidemment que je me rappelle !… Comme si ça pouvait s’oublier…
- Ca te dirait pas qu’on y retourne ?…
- Je croyais que c’était hors de question… Que le patron…
- Oui, mais il y a eu Dorothée et Philibert dans l’intervalle… Je vois plus forcément les choses complètement pareil… Tu veux pas ?… T’as pas envie ?…
- T’as de ces questions…

Il s’est empressé à notre rencontre…
- Je vous redonne la même chambre… Ca tombe bien… Elle est libre…
Elle s’est penchée à mon oreille…
- C’est surtout pour lui que ça tombe bien…
- Vous y serez tranquilles…
Il nous a tendu la clef… Ses mains tremblaient…
- Si vous avez besoin de quoi que ce soit…

- Qu’est-ce qu’il fait, tu crois ?…
- Qu’est-ce que tu veux qu’il fasse ?… Il attend… Il attend que ça commence… Que je te mette la fessée… Ce qui ne saurait tarder d’ailleurs…
- Oh non, non… Ce serait pas drôle… On va le faire attendre encore… C’est beaucoup mieux… Même pour lui finalement…
- Et tu comptes le laisser sur le gril comme ça jusqu’à quand ?… Demain matin ?…
- Oh non… Non… Beaucoup plus que ça… Jusqu’à une prochaine fois… On reviendra bien, non ?…
- Tu es machiavélique…
- C’est pas parce que les gens ont envie de quelque chose qu’il faut systématiquement en passer par où ils veulent… On n’en finirait pas sinon…
- Il va pas fermer l’œil de la nuit… Des fois que…
- Ca, c’est son problème…
- Méchante !…
- Oh, pas tant que ça… Il aura droit à une petite compensation demain matin…
- Ah oui ?!… Quoi ?…
- Tu verras bien…

Belle-soeur-beau-frère ( 18 )


- C’est lui… Le voilà… Avec le petit déj… Vas-y !…
Nue… Nue sur le lit… Couchée sur le ventre… La tête enfouie dans son bras replié… Les jambes légèrement entrouvertes…
- Eh bien vas-y !…
A voix basse…
- Vas-y !…
J’ai ouvert la porte, mis un doigt sur mes lèvres…
- Chuuut !… Elle dort…
Signe que oui.… Compris… Un bref regard… Un autre… Plus appuyé… Le plateau déposé délicatement au pied du lit… En se penchant… Plus en avant encore… En prenant tout son temps… Et puis demi-tour… A regret… La porte refermée… Ses pas se sont éloignés lentement dans le couloir…

Elle s’est redressée sur un coude, les yeux brillants…
- Alors ?!… Raconte !… Non !… Dis rien… Laisse-moi deviner plutôt… Il m’a pas quittée des yeux, hein !?… Et il avait cet air que vous prenez, vous, les hommes, quand vous avez l’occasion de nous voir et qu’on le sait pas… Que vous nous volez… Vous nous emmagasinez le plus possible… Le plus vite possible… Avant que ça s’arrête… De peur que ça s’arrête… C’est ça, hein ?… Je me trompe ?… Non… Bien sûr que non je me trompe pas…
- Et pourtant si !…
- Ah oui ?!… Comment ça ?!…
- C’était pas lui… C’était la serveuse…
- C’est pas vrai !… Oh, la honte !… Tu crois qu’elle a pensé que c’était fait exprès ?… Que je faisais semblant de dormir ?…
- Je sais pas ce qu’elle a pensé, mais ce que je sais c’est qu’elle a beaucoup apprécié… Et longuement savouré… Bon… Mais cela étant, reconnais avec moi qu’une Dorlandier se doit d’avoir un minimum de tenue… Qu’elle n’a pas à montrer délibérément son derrière comme ça au premier venu… Homme ou femme… Non, tu crois pas ?…
- Si…
- Alors tu sais ce qui t’attend ?…
- Maintenant ?…
- Bien sûr maintenant…
- Oui, mais… t’entends pas dans le couloir ?…
- Bien sûr que si que j’entends… Ce sont les femmes de ménage… Qui prennent leur service…
- Elles vont se rendre compte…
- Evidemment qu’elles vont se rendre compte…

- Comment elles ont rigolé !…
- De bon cœur… Ca oui… On peut pas dire…
- Combien elles étaient à ton avis ?…
- Je sais pas… Quatre ou cinq…
- Et juste derrière la porte, non ?!…
- Tant qu’à faire… Si elles voulaient en profiter…
- Et il y en a pas une qui m’a imitée à un moment ?… Qui m’a singée en train de crier ?…
- Pas une, non… Deux…

- Tu crois qu’elles s’y étaient postées exprès près de l’ascenseur ?… Exprès pour nous voir ?…
- Ca en avait tout l’air…
- Elles ont encore rigolé…
- J’ai vu, oui…
- Et dit quelque chose… Que j’ai pas compris…
- Moi non plus…
- En tout cas en bas elle lui avait raconté la serveuse au patron pour le petit déj… Parce qu’il avait la tête de celui qui sait des choses à l’intérieur et qu’en parlera pas… En attendant comment il doit s’en mordre les doigts de pas l’avoir apporté lui-même le plateau…
- Il y aura d’autres occasions…
- Ca, c’est sûr… On n’en a pas fini avec lui… Qu’est-ce qu’on s’amuse, hein, tu trouves pas ?!… En tout cas moi qu’est-ce que je m’amuse !… C’est depuis que je suis avec toi, ça !… Et depuis que les deux autres ils ont eu la lumineuse idée de débarrasser le plancher… Si seulement ils pouvaient y rester là-bas…
- Ca a tout l’air d’en prendre le chemin… Seulement…
- Seulement… Je sais ce que tu vas dire… Seulement ça va pas pouvoir durer éternellement comme ça… Eux là-bas et nous aussi… Il va bien falloir trouver une solution…
- Sauf que je vois pas laquelle… T’as ton boulot ici… Et moi le mien… T’irais faire le ménage et la cuisine à longueur d’année pour des copies conformes des Dorlandier, toi ?…
- Oui, ben alors là il y a pas de risque !…
- De toute façon ils nous le demanderont pas… Ils ont pas plus envie de nous voir débarquer « chez eux » que nous d’y aller…
- On va en sortir comment alors ?…
- Ca !…
- On verra bien… J’ai pas du tout envie de me prendre la tête avec ça maintenant…

Belle-soeur-beau-frère ( 19 )


- Qu’est-ce qui se passe ?… T’en fais une tête !…
- Tu l’as vue ?…
- Qui ça ?…
- Emilie… Ta femme…
- Non… Pourquoi ?… Elle est là ?…
- Mais oui, elle est là… Oui… Elle est arrivée de là-bas tout à l’heure sans prévenir personne… Histoire de me surprendre, je suppose…
- Ca, c’est bien son style…
- Et pour me surprendre elle m’a surprise… A poil dans la cuisine…
- Ah…
- Et comme elle m’est tombée dessus par derrière elle a vu… Elle a forcément vu dans quel état j’avais les fesses…
- Et elle en a dit quoi ?…
- Rien… Absolument rien… Apparemment elle était pressée… Elle a attrapé un dossier dans le placard du fond, m’a lancé un « A ce soir !… » retentissant et est repartie comme elle était venue… Elle va vouloir des explications… Ca, c’est sûr… Il va falloir trouver quelque chose, mais quoi ?… Quoi ?…

- Tu crois pas que t’exagères ?…
- Tiens, t’es là ?…
- Je fais juste l’aller et retour… Fallait que je passe à la banque… Et chez le notaire… Vu les proportions que ça prend là-bas maintenant… Ce qui m’a permis de découvrir le pot-aux-roses… Mais ça j’en étais sûre… Sûre… Tu as fini par craquer… Et par la traiter comme elle le mérite… Ca devait arriver… Ca devait forcément arriver… Mais pourquoi tu m’as rien dit ?… Que tu veuilles ménager Paul ça coule de source !… Il est tellement fragile qu’il n’y a guère d’autre solution… Mais moi !… Moi !… Tu aurais quand même pu me mettre au courant, non, tu crois pas ?…
- Tu as suffisamment de préoccupations et de soucis comme ça… J’allais pas en plus…
- Dis plutôt que ça t’aurait écorché les lèvres de reconnaître que t’avais tort… Qu’il faut la surveiller comme le lait sur le feu… Que si on la lâche trente secondes des yeux elle aura rien de plus pressé que d’aller en inventer une… Je l’ai toujours dit… Je l’ai pas toujours dit ?…
- Si !… Bien sûr que si, mais…
- Seulement toi il a toujours fallu que tu la défendes… Que tu lui trouves tout un tas d’excuses… Bon… Mais enfin l’essentiel, maintenant, c’est que tu l’aies percée à jour… C’est que tu aies enfin réalisé qu’il ne fallait absolument rien lui laisser passer et qu’à la moindre incartade… Parce que si tu la canalises pas… Les petites coureuses dans son genre il y a qu’une chose qu’elles comprennent… Si on veut pas qu’elles n’en fassent qu’à leur tête… Et qu’elles finissent par se jeter dans les bras du premier venu… Tu es sûr au moins que c’est pas ce qu’elle a fait ?… Que tu as pu intervenir à temps ?… Avant que…
- Mais oui !…
- Parce qu’elle est retorse, tu sais !… Elle est capable de tout…
- Je sais… Mais je suis pas né de la dernière pluie non plus…
- Bon, mais déjà de savoir que tu as pris sérieusement les choses en mains je vais repartir plus rassurée… Plus sereine… Tu me tiens au courant, hein, surtout !… Et s’il se passe quoi que ce soit…

- Non, mais attends !… Je rêve, là… Ca lui est pas venu une seule seconde à l’esprit que si tu me flanquais des fessées tu pouvais aussi avoir envie d’autre chose ?… Qu’on ne se contentait peut-être pas de ça tous les deux ?… Qu’à avoir comme ça mon derrière sous le nez…
- L’idée ne l’a même pas effleurée…
- Ca paraît fou…
- Ca l’est… Mais pas pour elle… Elle, ça fait des mois qu’elle est obsédée par la pensée que tu puisses tromper Paul… Et qu’il finisse par l’apprendre… Cocu son petit frère chéri ?!… Inconcevable… Il ne s’en remettrait pas… Et pourtant c’est ce qui lui pend au nez… Parce qu’il a eu la malencontreuse idée d’aller épouser une jeunette qui – ça ne fait, d’après elle, pas l’ombre d’un doute – a le feu au cul… Qui ne pense qu’à « ça »… Des mois que ça la mine cette idée… Que ça la torture… Qu’elle n’en dort plus la nuit… Des mois qu’elle me harcèle pour que je te surveille… Pour que j’épie le moindre de tes faits et gestes… Des mois qu’elle me reproche de ne t’en laisser faire qu’à ta tête… Et voilà qu’elle découvre que je fais preuve à ton égard d’une sévérité dont elle ne me croyait pas capable… Mais elle est aux anges !… Elle va enfin pouvoir dormir en paix… Paul ne risque plus rien… Quant à ce qu’il puisse se passer quoi que ce soit entre toi et moi c’est pour elle quelque chose de parfaitement inconcevable… De totalement incongru… Tu as beau avoir vingt-cinq ans : à ses yeux tu n’es rien d’autre qu’une gamine sans consistance… Une petite écervelée immature qu’il faut s’efforcer, tant bien que mal, de remettre dans le droit chemin… C’est comme ça qu’elle te voit… C’est donc comme ça qu’elle est persuadée que je te vois… Que je t’ai toujours vue… Même si, par indifférence, par paresse ou par égoïsme, je n’avais pas, jusqu’à présent, pris à ton égard les mesures qui s’imposaient…
- Oui, mais enfin !… J’ai 25 ans… T’en as 45… N’importe quelle femme, à sa place, se poserait quand même des questions…
- Pas elle… Ma libido – elle en est persuadée – est aussi peu exigeante que la sienne… Et tu es bien placée pour savoir que chez les Dorlandier c’est une fonction en option…
- Ah, ça !…
- Qui ne présente pas d’intérêt majeur… On n’est pas des animaux quand même !…
- Eux, non… Mais nous, si !… Des fois… Quand ça nous prend… Je vais te le prouver… Et pas plus tard que tout de suite…