vendredi 1 juillet 2011

Belle-soeur, beau-frère ( 16 )


- Il a de bonnes raisons pour ça, non ?… T’en connais beaucoup, toi, des femmes qui, dans la situation où je suis et à mon âge, tromperaient pas un mari comme lui ?… Et encore !… Qu’il vienne pas se plaindre… Dix fois plus cocu qu’il l’est je serais en droit de le faire si je voulais… C’est peut-être bien ce qui va se passer d’ailleurs… Oui… Sûrement… Qu’il s’inquiète !… Qu’il se ronge les sangs… Ca lui fera pas de mal… Parce que… ce que je ressens… De quoi je peux bien avoir envie… Mes désirs… Mes espoirs… Mes projets… Il en a strictement rien à battre… Il m’aime à ce qu’il paraît… Tu parles !… Il sait seulement pas ce que c’est… Il y a qu’eux qui comptent dans cette famille… Eux et uniquement eux… C’est à celui qui sera plus égoïste que le voisin… Non, mais attends !… Ca te nie d’une force un truc pareil… La « petite dinde » on a décidé qu’elle irait là… Elle va là et elle la ferme… C’est un meuble… On objet qu’on déplace comme on veut… S’ils savaient !… Non, mais qu’est-ce qu’ils se figurent ?!… Qu’on en passe systématiquement par où ils veulent, toi et moi… Oui, évidemment que c’est ce qu’ils s’imaginent !… Ca leur vient seulement pas à l’idée qu’il puisse en aller autrement… Va-t-on contre la volonté d’un Dorlandier ?… C’est inimaginable… Inconcevable… Mais en réalité qui c’est qui tire les ficelles depuis le début ?… C’est nous… On n’en fait qu’à notre tête… On mène notre petite vie à notre façon et on leur laisse croire ce qu’ils ont envie de croire… Ce qu’il les arrange de croire… Ca t’a un petit côté savoureux… Délectable si t’y réfléchis bien… Non ?… Tu trouves pas ?… Alors oui, elle va aller bien sagement là où on veut qu’elle aille la « petite dinde »… Oui… Mais elle va leur en rajouter une couche… Elle sait pas encore comment, mais elle trouvera… T’inquiète pas qu’elle va trouver…

- On vous attendait pour vous dire au revoir…
- Vous partez ?…
- Oui… Faut absolument qu’on soit à Bruxelles ce soir…
- On garde le contact, hein ?… Et dès qu’on a l’occasion…
- Oui… Bien sûr… On se fait signe… Mais dans l’immédiat n’y comptez pas trop… On a une foule de choses à régler en rentrant… Pendant un bon moment on va pas savoir où donner de la tête…
- C’est pas grave… Quand vous pourrez… Ou quand vous voudrez…

Ils ont agité la main par la portière, disparu derrière le rideau de peupliers…
- On les reverra pas…
- Je crois pas, non…
- Il y a quelque chose qui leur a pas plu…
- Pas forcément… Il leur fallait un déclic… Ils l’ont eu… Ils ont plus besoin de nous…
- Tout le monde se sert de tout le monde finalement…
- C’est un peu ça, oui…
- C’est moche… Heureusement que je t’ai, toi, parce que sinon…

Dans la chambre elle est venue habiter mes bras…
- Non… Bouge pas… Fais rien… Reste comme ça… On est bien… Je suis bien… Enfin non !… Pas tant que ça finalement… J’ai envie de pleurer… Comment ça m’a vexée ce truc de l’appartement, tu peux pas savoir !…
- Faut pas y attacher trop d’importance… Qu’on soit ici ou là c’est pas vraiment l’essentiel au fond, tu sais…
- C’est pas la question… La question, c’est qu’on s’est même pas préoccupé de savoir ce que j’en pensais… Qu’on s’en fout… Royalement… Que j’ai pas à en penser quoi que ce soit… Et que des années en arrière ça me ramène… A quand j’étais gamine… Tout ce qu’on voulait on me faisait faire… Absolument tout… Il y avait même pas besoin d’exiger… Suffisait de demander… Je protestais jamais… Je me rebellais jamais… Tu crois qu’on m’en savait gré ?… Penses-tu !… « - Elle a aucune personnalité… Elle a pas de caractère… »… C’est tout ce qu’on trouvait à dire… Ca fait mal… Tu peux pas savoir comment ça fait mal… Et comment ça t’en fait faire des conneries… Pour te prouver à toi, même si personne le sait, même si personne veut le reconnaître, que tu en as de la personnalité justement… Plus que n’importe qui… Seulement tu te prouves jamais rien en réalité… Et t’as pas d’autre solution que de mettre la barre plus haut… Toujours plus haut… Et de te faire courir des risques… Toujours plus de risques… Pour rien… J’ai fini par en sortir… Il était temps… Avant que ça tourne mal… Très très mal… Avant que je fasse vraiment du grand n’importe quoi… J’ai fini par en sortir… En fichant le camp… Loin d’eux… Le plus loin d’eux possible… Et pour faire quoi au final ?… Pour me retrouver exactement dans la même situation… Avec des gens qui me traitent exactement comme eux… Comme si j’existais pas… Comme si je comptais pas… Comme si j’avais tellement peu de personnalité qu’il fallait décider de tout à ma place… A croire que je suis condamnée à me retrouver toujours, quoi que je fasse, dans la même situation… Bien sûr que je pourrais partir… Divorcer… Tu crois que j’y ai pas pensé ?… Ca m’avancerait à quoi ?… Déjà ça compliquerait singulièrement les choses pour nous deux… On pourrait plus se voir aussi facilement qu’on fait là… Et ça j’en ai besoin… De plus en plus… Parce qu’à tes yeux à toi j’existe… J’existe vraiment… Et puis il y a quelque chose au fond de moi qui sait pertinemment que ce serait de toute façon un coup d’épée dans l’eau… Que j’échapperais à ceux-là pour les retrouver ailleurs… Exactement les mêmes… Ca n’a pas de sens… Ca n’a aucun sens… C’est pas comme ça du tout qu’il faut aborder le problème… Il faut les affronter en face… Sur mon terrain à moi… Celui que j’aurai choisi… Tu m’aideras ?…

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