Nombre total de pages vues

lundi 16 juin 2014

Clémentine



http://www.amazon.fr/Clémentine-Jeux-regards-Djoy-MC-ebook/dp/B00KZYVLEA/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1402843987&sr=8-1&keywords=Clémentine+djoy 


 

Bien qu’en couple avec Pierre, Clémentine adore que des regards se posent sur elle… Qu’ils l’admirent… Qu’ils la désirent… Ceux du couvreur, sur le toit d’en face, qui croit s’emparer d’elle à son insu… Ceux d’un dentiste, rencontré par hasard, auxquels elle s’offre complaisamment… Ceux, éperdus, de l’un de ses professeurs à l’école vétérinaire… D’autres encore… Tant de regards… Ceux aussi, ceux surtout, de Julien, son colocataire, dont elle va se faire un complice et avec qui elle va pousser les jeux de regards plus loin… De plus en plus loin…


Passionnante et enrichissante expérience pour moi que celle de cette écriture partagée avec Djoy… Il s’agissait de rester au plus près de son univers fantasmatique… De placer Clémentine, notre héroïne, dans des situations qui lui « parlaient »… Qu’elle « sentait »… J’inventais… J’écrivais… Djoy, de son côté, proposait… Suggérait… Donnait son aval… Ou pas… Et nous ne poursuivions que lorsque nous en étions tombés tous les deux d’accord… C’est ainsi qu’au fil des mises en ligne sur Miss Camping est né cet e-book inédit sur mes blogs…

mardi 10 juin 2014

Retrouvailles4: David

– Qu’est-ce qui se passe ?
– Rien… Qu’est-ce tu veux qu’il se passe ?
– Ben je sais pas… Des grands « Ah ! »… Des grands « Oh ! »… Des grands « C’est pas vrai ! » tu lui faisais tout-à-l’heure à David au téléphone… On y va toujours chez lui au moins ?
– On y va toujours… Non… La seule chose, c’est qu’il s’est cassé les poignets… Les deux…
– Encore ! C’est un habitué, dis donc !
– Comment tu sais ça, toi ?
– Oh, mais j’en sais des choses mine de rien… Des tas… On a beaucoup parlé avec Émilie… Avec Laure aussi… Et, entre autres, de David… Qui se les est déjà cassé les poignets… Au ski… Et même que c’est les copines avec qui il était en vacances qu’ont été obligées de le laver et tout et tout…
– Tu vois ce qui vous attend !
– Oui, oh, alors là ! Agathe, je sais pas, mais moi ce serait vraiment pas un problème… J’en suis plus là…
– On dit ça… On dit ça… Mais même pas cap…
– Tu paries ? Alors là… Tu paries ?
– Et toi, Agathe ?
– Je le connais pas ce type…
– Mais moi non plus ! Et alors ?! Qu’est-ce ça peut foutre ? Tu parles que c’est cousu de fil blanc leur histoire… Il s’est rien cassé du tout… Faut pas nous prendre pour des lapines de trois semaines… Et puis rien qu’à voir la tête de Julien… Je commence à le connaître… Pas besoin de t’en faire que ça fait un moment qu’ils complotent ça tous les deux… Parce que l’autre, là-bas, il s’en est jamais remis de s’être fait frotter le dos – et le reste – par trois petites nanas… Et il continue à fantasmer là-dessus comme un fou… Alors s’il y a que ça pour lui faire plaisir on peut bien faire semblant d’y croire à son histoire… Surtout qu’en plus ça me déplaît pas, moi, comme situation… Parce qu’attends ! T’arrives chez un mec que tu connais ni d’Eve ni d’Adam et la première chose que tu fais, à peine tu lui as dit bonjour, c’est de lui baisser son falzar, de le hisser dans la baignoire et de lui balader les mains tout partout… Il y a pire comme entrée en matière, non ?
– J’oserai jamais…
– Ça te tente pas ? Sois honnête ! Ça te tente pas ?
– Un peu… Mais quand même… J’oserai jamais…
– Ah, il est sacrément installé dans ta tête, Loïc, hein !
– Mais non ! C’est pas ça… Seulement…
– Bien sûr que si que c’est ça ! Qu’est-ce tu veux que ce soit d’autre ?



Elles ont joué le jeu… Se sont apitoyées…
– Oh, là là ! Mon pauvre ! C’est vraiment pas de chance… Ça te fait mal ?
– Encore assez, oui !
– Comment c’est arrivé ?
– Oh, le truc idiot… Comme tous les accidents… J’ai glissé dans l’escalier de la cave… J’ai mis les mains en avant pour amortir le choc et voilà le résultat…
– Ça doit compliquer pas mal la vie, non ?
– À qui le dis-tu !
– Oh, mais on t’aidera… Maintenant qu’on est là on t’aidera… Pour te faire manger… Le ménage… Tout ça…
– C’est surtout pour me laver que c’est compliqué…
– Pour ça t’auras Julien…


– Dites, les filles, vous voudriez pas venir me donner un coup de main, là ? Parce que tout seul j’y arrive pas à le hisser dans la baignoire…
– On s’en doutait… Tu nous croiras si on te dit qu’on s’en doutait ?
Hermione l’a empoigné sous un bras, moi sous l’autre… On a soulevé… Agathe a poussé derrière au creux des reins… À trois fois on s’y est repris…
– Ouf ! Ça y est ! Hou, il est lourd, dis donc ! Bon, ben on vous laisse, les garçons !
– Oh, non !
Hermione a éclaté de rire…
– Le cri du cœur !
– Ben faut reconnaître… Si c’était vous… Ce serait nettement plus agréable… Et de loin…
– Ça… On n’en doute pas une seule seconde… Mais attends ! Laisse-moi vérifier un truc…
Elle lui a attrapé un poignet… L’a secoué dans tous les sens…
– Tu parles ! Tu parles comme il est cassé… Mais ça j’en étais sûre… J’en étais sûre que tu faisais semblant… Tu sais ce que tu mériterais pour la peine ?
– Oui… Mais non, hein ? Non…
– T’as de la chance… Je peux te dire que t’as de la chance de pas être trop mal foutu comme mec… Parce que sinon… Bon, mais tu m’aides, Agathe ? Reste pas plantée là… Derrière toi il est le gel douche… Eh ben attrape-le ! Qu’est-ce t’attends ?



Hermione l’a copieusement aspergé…
– Non, mais regarde-moi le ! Regarde-moi le ! Je l’ai pas encore touché que ça se met déjà à grimper… Ben, ça promet !
– C’est parce que…
– C’est ça ! Cherche-toi bien des excuses !
– Si vous me la fixez toutes les deux comme ça en plus !
– Non, mais attends ! On a bien le droit d’en profiter un peu nous aussi… Manquerait plus que ça…
– Oh, mais vous pouvez, hein ! Vous pouvez…
Elles l’ont fait mettre de profil et elles ont entrepris de le savonner… Vigoureusement… Hermione devant… Et Agathe derrière…
– Oh, les filles, doucement ! Doucement !
– Pourquoi ? T’es en sucre ?
– Mais non, mais…
– T’as vu, Agathe ? Plus je m’en approche de sa… et plus…
– Ben non, justement… Je vois rien du tout… Je suis pas du bon côté…
– Tu veux qu’on change ?
– Je dis pas non…
– Ben, tiens ! Je croyais que tu…
– Oui, mais bon… Il y a que les imbéciles qui changent pas d’avis…
– Vous savez ce qui serait bien, les nanas ? C’est que vous vous désapiez et que vous grimpiez dans la baignoire avec moi… Ce serait plus commode pour vous…
– Ben, voyons ! Oh, mais pourquoi pas, hein ? Un jour… Peut-être… Si t’es sage… Vraiment très très sage…
– Quand ?
– Tu verras bien quand…
– Wouaaaaaah !
– Qu’est-ce qu’il y a, Agathe ? Qu’est-ce qui se passe ?
– Ça sort… Je la lui ai à peine touchée et ça sort… Viens voir ! Non, mais regarde !
– Faut croire que ça faisait un moment… Ou bien alors que l’idée qu’on sera à poil un jour dans la baignoire avec lui ça lui fait sacrément quelque chose… En tout cas maintenant tu vas pouvoir la lui laver tranquillement au moins… Quoique…
– Quoique… Oui… Comme tu dis…
– Et Julien ? Il dit rien, lui… Il se fait oublier… Viens là, mon grand, je vais m’occuper de ton cas…


On s’est installés tous les quatre dehors, sous la tonnelle…
– Ça attaque fort n’empêche…
– J’étais sûre que ça allait recommencer David… Sûre et certaine…
– Vu la façon dont tu t’es occupée de lui aussi !
– Julien c’était pas mal non plus…
– Ah, ça ! Pour grogner il a grogné…
– Je sens qu’on va pas s’ennuyer…
– Oh, non… Surtout que j’ai des tas d’idées…
– C’est quoi ? Mais dis, David ! Dis !
– Non… Mais vous serez pas déçues… Je suis sûr que vous serez pas déçues…
– C’est fou ça quand même… Parce qu’on se connaît que depuis hier et on dirait que ça fait des années… Qu’on a déjà vécu des tas de trucs ensemble…
– Oui, mais ça, c’est parce que… Les filles, elles parlent entre elles… Et de David il a été beaucoup question ces derniers temps… Vraiment beaucoup…
– Confidence pour confidence, elles ne parlent pas qu’entre elles les filles… J’ai, moi aussi, mes informatrices…
– Qui ont toutes les chances d’être les mêmes…
– Qui sont forcément les mêmes…
– Et ça crée des liens…
Agathe a brusquement éclaté en sanglots… On l’a aussitôt entourée…
– Mais qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui t’arrive ?
– Non, rien… Laissez ! Ça va passer…
– On a dit quelque chose ? On a fait quelque chose ?
– Oh, non ! C’est pas vous… Enfin si dans un sens ! Mais pas comme vous croyez… Non… Je suis idiote… C’est le contraste… Je me sens trop bien, là, avec vous… Parce que ça fait des mois et des mois que j’étouffe… Que je ne peux pas être ce que je suis vraiment… Que je m’étiole… Que je ne me donne plus le droit d’avoir des désirs… Des envies… Que je me suis réfugiée dans le fantasme… Que je suis obligée de me cacher pour me donner du plaisir… Je ne suis plus que frustration et dissimulation… Et là, d’un seul coup, avec vous tout devient simple… Évident… Ce qu’on a vécu là tout à l’heure… Si vous saviez…



– Écoute-les tous les deux… Ah, ça donne, on peut pas dire…
– Il a la santé David… Deux fois cet après-midi… Et puis maintenant…
– Faut croire qu’elle lui plaît Agathe… En tout cas elle s’éclate… Et c’est ce qui peut lui arriver de mieux… Parce qu’elle a un sacré retard à rattraper…
– Peut-être qu’elle va en tomber amoureuse…
– Ce qui serait pas forcément un mal… Si ça pouvait lui faire oublier son Loïc…
– On en entend plus parler de lui…
– T’as qu’à y croire ! Douze messages par jour il me laisse… Il menace… Il supplie… Il est furieux… Il a perdu son jouet… Heureusement, mais heureusement que je lui ai fait changer son numéro de portable… Bon, mais si on s’occupait un peu de nous deux ?
– En v’là une idée qu’elle est bonne…

– J’aime trop ça quand tu restes en moi comme ça après… C’est rare les mecs qui le font…
– Les nanas qui donnent envie de le faire aussi c’est rare…
– T’es tout doux en plus… Tout tendre…
– Normal… Ça va avec…
– Tu sais ce que je me dis des fois ? C’est que j’ai une sacrée chance de t’avoir rencontré… Parce que complice comme ça jamais je l’ai été… Avec personne… La seule chose, c’est que j’en sais rien du tout combien de temps ça va durer…
– Il y a aucune espèce de raison… Que ça s’arrête… Aucune…
– Oui, oh, alors ça ! Il y a votre truc, là… Votre projet à cinq…
– Dont plus personne ne parle d’ailleurs…
– Mais qui est toujours là, en arrière-fond…
– Tu connais Émilie… Tu connais Laure… Et maintenant David…
– Je sais… Je sais ce que tu vas dire… Bien sûr qu’ils m’accepteraient… Mais je ne suis pas sûre d’en avoir envie… Parce que ce serait un vase clos… Il y aurait « nous » et les autres… Et ça, moi, je m’en méfie comme de la peste… Mais bon, allez, on parle d’autre chose… On verra bien…



– C’était quoi les idées que tu disais que t’avais, hier, David ?
– Oh, il y en a plein ! Mais il y en a une surtout… Ce serait que chacun de nous livre un fantasme… Un truc qui lui tient vraiment à cœur… Et que tous ensemble on l’aide à le réaliser…
– Ça pourrait être génial…
– Qu’est-ce qu’il y a, Hermione ? Pourquoi tu ris ?
– Parce que… Parce j’étais en train de me dire qu’il y aurait encore mieux… Ce serait qu’on choisisse les uns pour les autres…
– Je crains le pire…
– On aurait le droit de refuser ?
– Juste une fois… Pas plus…
– Et qui c’est qui commencerait ?
– Hermione…
– Ben, tiens ! Au hasard…
– Qu’est-ce qu’on lui fait faire ?
– Il y aurait bien un truc…
– Eh ben dis, David… Dis !
– Ce serait son enterrement de vie de jeune fille à Hermione…
– Oui… Eh ben ça, je peux vous assurer que c’est pas demain la veille…
– Et le défi qu’elles lui auraient lancé ses copines, c’est de convaincre des mecs, dans la rue, de se laisser photographier à poil…
– Les volontaires vont pas manquer…
– Faudrait qu’elle soit isolée la rue alors… Parce que sinon…
– Il y a toujours moyen de trouver un coin tranquille…
– C’est risqué quand même…
– Pas vraiment… Suffit juste de prendre un minimum de précautions… Déjà faut qu’il soit tout seul le type… Impérativement… Jamais de groupe… Même seulement deux mecs… Jamais…
– Ça peut quand même dégénérer… On sait pas…
– On sera là… Jamais très loin… Prêts à intervenir en cas de besoin…
– Et Agathe ?
– Quoi, Agathe ?
– Elle pourrait elle aussi…
– Oh, oui… À tour de rôle… Deux heures chacune… À qui ramènerait, à la fin, la plus belle moisson… En quantité… Et en qualité…
– Allez, Agathe, un bon mouvement, quoi !
Hermione lui a murmuré quelque chose à l’oreille…
– Oui… Bon, ben oui alors… Oui…
– Ah ! Super… Allez, on y va…
– Maintenant ?
– Ben oui, maintenant, oui… Faut battre le fer tant qu’il est chaud…



C’est Hermione qui a commencé…
– Là… Ce sera génial, non ? Il passe pas trop de monde dans ce jardin, mais assez quand même… En plus il y a la haie… Alors dès qu’il y a un mec qu’est d’accord, je l’amène à l’abri derrière et je mitraille… Vous, vous avez ce truc, juste à côté, pour vous cacher… Comme ça s’il se passe quoi que ce soit…

– Six… En deux heures… T’as fait fort, dis donc !
– Et je me suis bien amusée en plus… Parce que vous êtes trop sans déconner, les mecs, à en être fiers comme ça de votre machin… Non, mais vous avez vu ça comment ils déballaient ? Ah, il y avait pas besoin de leur répéter deux fois…
– On a vu, oui…
– Il y avait pourtant pas de quoi s’extasier… À part un peut-être… L’avant-dernier…
– Qui payait pas de mine… Tout chétif… Tout maigrelet…
– Comme quoi faut pas se fier aux apparences…
– Il t’a fait tout un discours en plus !
– On a pas mal discuté, oui… Drôlement sympa le mec…
– Et les autres ? Ils t’ont parlé aussi certains… Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ?
– Oui, oh, les autres ! Il y en a un qui voulait savoir si j’avais remarqué qu’il bandait… Un qu’aurait bien aimé que je m’occupe de lui : « Avec la bouche… Parce qu’il y a pas moyen ma femme… Elle a horreur de ça… » Quant au troisième il tenait absolument à m’inviter au restaurant…
– Finalement ils y ont tous cru au coup de l’enterrement de vie de jeune fille…
– Ils y ont cru… Ou ils ont fait semblant… Parce que ça les arrangeait bien…
– Il y en a qu’ont refusé ? Parce que d’ici, elle nous cachait la haie quand tu les abordais…
– Ah, oui ! Si ! Oui… Trois ou quatre… Il y en a même un qui m’a engueulée… « T’es qu’une sale petite vicieuse… Si t’étais ma fille… » Quant aux autres ils ont détalé vite fait… À toutes jambes…
– Les coincés de base… Sûrement…
– Bon, mais allez ! À Agathe…
– À moins que… Un autre jour… Demain… Faut pas abuser des bonnes choses…
– Oui… Pas tout d’un coup… On en profitera mieux…

– Elles sont où ?
– Dans la salle de bains… Toutes les deux… Paraît qu’elles ont des choses à se dire…
– Oh, ben alors ! Il risque d’y en avoir pour un moment… Reste plus qu’à se boire tranquillement une petite bière bien fraîche en attendant…
Il en a ramené six…
– Comme ça si elles sont vraiment très bavardes…
Il y a eu un grand éclat de rire en haut… Un autre… Qui s’est interminablement prolongé…
– Elles ont pas l’air de s’ennuyer en tout cas…
Il a posé sa cannette bien à plat, dans l’herbe, entre nous deux…
– Dis-moi… T’en penses quoi, toi, d’Agathe ?
– Je la connais pas depuis assez longtemps pour pouvoir en penser quoi que ce soit…
– Oui, je sais… Elle m’a raconté… Votre rencontre… Tout ça…
– Parce que ? Pourquoi tu me demandes ça ?
– Le sentiment qu’elle me donne à moi, c’est d’être à la remorque d’Hermione… Elle joue les filles libérées, sans complexes, mais je suis pas persuadé du tout que ça corresponde à sa véritable nature…
– Qui serait ?
– Je la crois très fleur bleue au fond…
– Et ça te fait peur ?
– C’est pas que ça me fait peur… C’est que je voudrais pas qu’elle s’emballe…
– Et elle te donne cette impression…
– Un peu, oui… Il y a que deux jours qu’on se connaît et comment elle s’est attachée à moi déjà… C’est de la folie…
– Et ça te gonfle…
– C’est pas que ça me gonfle, non… Oh, non ! Elle est adorable… On passe d’excellents moments tous les deux… Elle est très chouette comme fille…
– Mais…
– Mais j’ai pas envie qu’elle m’accapare…
– Parce qu’il y a aussi Hermione… Et qu’Hermione…
– Oh, alors elle ! Comment elle me fascine ! Non, mais comment elle me fascine…

– Oh, mais vous êtes toutes belles… Toutes pimpantes…
– On sort…
– Sans nous ?
– Sans vous, oui… En filles…



Hermione est rentrée sur le coup de neuf heures du matin… On déjeunait, David et moi, sur la terrasse, dans le soleil…
– T’as une de ces têtes !
– Et pour cause ! Une de ces nuits ça a été !
– Qu’est-ce t’as fait d’Agathe ?
– Elle est pas rentrée ? Je sais pas… On a fait mec à part…
Elle a vidé, d’un trait, un grand verre de jus d’orange…
– Je vais dormir… Je suis crevée…
Un autre…
– Faudrait que j’aille me laver d’abord… Après tout ça… Mais j’ai trop la flemme…
David a saisi la balle au bond…
– Tu veux que je te le fasse ? Ce sera jamais qu’un prêté pour un rendu…
– Je veux bien, oui… J’ai pas la force… Mais alors t’en profites pas… Pas aujourd’hui… Je suis pas en état…
– Promis… Allez, viens !
On l’a emportée… Portée… Chacun d’un côté… Déshabillée…
– Comment t’es trop bien foutue ! Jamais j’aurais dû promettre… Jamais…
Hissée dans la baignoire… Le jet de la douche… Le savon… À même la peau… Elle s’est abandonnée… On l’a lavée… Tous les deux… On a frotté… Partout… Insisté…
– Ça redonne envie… Comment ça redonne envie…
Encore insisté… Elle a jeté ses bras autour du cou de David… Leurs lèvres se sont jointes…



Agathe, elle, c’est sur le coup de quatre heures de l’après-midi qu’elle a surgi…
– T’es tout seul ?
– Comme tu vois, oui…
– Ils sont où les deux autres ?
– Dans la chambre de David…
– Ah… Il y a longtemps ?
– Depuis ce matin…
– On va pouvoir être un peu tous les deux comme ça… On n’a pas trop l’occasion…
– Faut dire aussi que tu passes beaucoup beaucoup de temps avec David…
– C’est un reproche ?
– Bien sûr que non… Une simple constatation… Tu te plais bien avec David, hein ?
– Il me prend pas la tête… Il m’écoute… Il s’intéresse à moi… À mes envies… À mes désirs…
– Tu serais pas un peu amoureuse de lui des fois ?
– Pas plus que de toi… Ou autant que de toi… Comme on veut…
– Ce n’est pas forcément l’impression que tu donnes…
– Ah, oui ! J’me rends pas compte… Non… De toute façon tomber amoureuse… Franchement… Maintenant… Peut-être que ça me reprendra un jour, mais pour le moment je peux te dire que je suis vaccinée… Vu ce dont je sors… Il m’étouffait l’autre… J’étais morte… Alors, d’abord, rattraper le temps perdu… Après on verra… Et je peux te dire que c’est bien parti… Parce que c’était quelque chose cette nuit… Personne me connaît ici en plus… Alors !
– Alors tu t’es lâchée…
– Ça… Tu peux le dire… Comment j’en étais ! Non, mais comment j’en étais ! Trois mecs en même temps je me suis envoyé… T’imagines ? J’en revenais pas moi-même… Parce que c’était pas gagné… Quand je pense comment j’étais coincée… Je le suis encore d’ailleurs sur certains trucs… Comment j’ai dû prendre sur moi pour le laver l’autre jour David dans la baignoire… Seulement tout est tellement simple avec vous… Avec eux aussi cette nuit… Tout va tellement de soi… Que jamais je me suis sentie aussi bien…
– J’en suis ravi…
– N’empêche que ça me fait peur…
– Peur ? Pourquoi peur ?
– Parce que… Je me connais… Je vais me laisser aller… En profiter à fond… M’étourdir… Un tourbillon ça va être… Alors que ce serait plutôt le moment de prendre le taureau par les cornes… Hors de question que je retourne bosser là-bas… Il me lâcherait pas l’autre… Sans arrêt je l’aurais par les pieds… Et je finirais par craquer à force… Je retournerais avec… Pour qu’il arrête de me harceler… Et tout recommencerait comme avant… J’aurais fait tout ça pour rien… Alors non… Non… Je le sais bien ce qu’il faut que je fasse… Organiser ma vie ailleurs… Suffisamment loin pour pas courir le risque de le voir rappliquer… Me trouver un autre boulot… De toute façon celui-là j’en avais ma claque… Seulement quoi ? Où ? J’ai pas plus de raisons d’être ici qu’ailleurs… Mes seuls points de repère pour le moment, c’est vous… Hermione et toi… Et vous arrêtez pas de bouger… Une fois ici… Une autre là… Et puis de toute façon…
– De toute façon ?
– Je vais pas non plus vous coller sans arrêt aux basques… Ce serait un bien pour personne… Ni pour vous ni pour moi…
– C’est pas si facile que ça d’être libre, hein, finalement !
– Non… Ça donne sacrément le vertige… Oh, mais le mieux… Je vais m’accorder huit jours… À me préoccuper de rien… À prendre du bon temps… Et après… je passe aux choses sérieuses…



– Ton portable, Hermione… Un message !
– C’est Célestin…
– Encore ! Il en peut plus, dis donc !
– Je l’appelle… À tout de suite… Je reviens…
– Et c’est qui ce Célestin ? On peut savoir, nous ?
– Le type avec qui elle a passé la nuit… Celui de l’autre jour, là, avec qui elle a parlé quand elle faisait les photos de son soi-disant enterrement de vie de jeune fille… Ils s’étaient échangé les numéros et puis voilà…

– Ça a été un peu long…
– Non ? Tu crois ? Trois quarts d’heure…
– En tout cas il est accro… Vous auriez entendu ça ! Non, mais comment il est accro…
– Il est sincère ? Ou il te joue la grande scène du trois ?
– Alors ça ! Avec les mecs pour savoir… Mais j’en ai rien à battre… Je compte pas faire ma vie avec… Même pas un petit bout de vie de rien du tout… Parce que de deux choses l’une : ou bien il est vraiment amoureux… Et alors c’est le genre de type dont je me méfie comme de la peste… Qui part au quart de tour… Qui s’emballe sans même te connaître… C’est pas de toi qu’il est amoureux… C’est de l’image qu’il a dans la tête… À qui tu n’as pas le droit de ne pas ressembler… Qu’il faut absolument que tu sois… De gré ou de force… Et ça très peu pour moi… Ou bien alors c’est le type qu’est encore au Moyen Âge… Qui s’imagine qu’une nana, pour la mettre dans son lit, faut lui sortir la grande litanie des sentiments… Lui faire tout un tas de promesses qu’on ne tiendra pas… Dans un cas comme dans l’autre…
– Tu laisses tomber…
– Pas forcément… Ou pas forcément tout de suite… D’abord parce qu’au lit il est pas si nul que ça… Alors autant en profiter… Et puis ça me déplairait pas de m’amuser un peu… De le pousser dans ses derniers retranchements… Histoire de voir ce qu’il a vraiment dans le ventre…
– Et tu vas faire quoi ? Concrètement ?
– Je sais pas… Pas encore… J’ai pas décidé…
– Le plus simple : Tu le laisses te prodiguer de grands serments enflammés… Et puis on lui balance Agathe par les pieds… Qui sort le grand jeu… Qui lui fait du rentre-dedans tant qu’elle peut… Résistera ou résistera pas ?
– À mon avis résistera pas…
– Ou bien alors ce qu’on peut faire, c’est s’arranger pour que l’un des deux garçons fasse sa connaissance… Ça sympathise… Ça se met à parler nanas… « Je vais te présenter la mienne… Que tu me dises ce que t’en penses… » « Et moi la mienne ! Tu vas voir ce canon que c’est… » Ils se prévoient un petit truc à quatre… Sauf qu’évidemment, à l’arrivée, ils ne peuvent être que trois puisque Hermione… T’imagines sa tête à ton Célestin ?
– Oh, oui, génial, ça ! Génial ! Faut qu’on le fasse ! Faut vraiment qu’on le fasse…
– Il y a quand même un truc que je me demande, moi, dans tout ça !
– Quoi, David ?
– Ben voilà un type dont t’as fait la connaissance à l’occasion d’un gage d’enterrement de vie de jeune fille… C’est du moins ce qu’il croit… T’es donc supposée te marier incessamment sous peu… Et ça l’empêche pas de monter à l’abordage… Toutes voiles dehors… On peut pas dire qu’il ait beaucoup de scrupules…
– Il est peut-être très amoureux…
– C’est une hypothèse, oui !
– Ou bien alors la situation l’excite… Se taper une nana qu’est sur le point de se marier avec un autre… Le pied !
– Je croirais plutôt ça, moi !
– Oui… Moi aussi…
– Si c’est ça… Non, mais alors là si c’est ça – et je le saurai… Je finirai par le savoir – il va pas être déçu du voyage…
– Parce que ? Qu’est-ce tu vas faire ?
– Jouer le jeu à fond… Choisir une date… Lancer les préparatifs… La robe… La liste des invités… Tout ça… Pas pour de vrai bien sûr… Juste pour les besoins de la cause… Et je vous parie ce que vous voulez que, de sa part, je vais avoir droit à un grand numéro… « Plus que huit jours… Et dans huit jours tu seras Madame… Et ce sera fini nous deux… Tu voudras plus entendre parler de moi… » « Mais non ! Qu’est-ce qu tu vas chercher ? Ça va rien changer pour nous… Absolument rien… » « Tu crois ? » « Je crois pas… Je suis sûre… Faudra juste qu’on se montre un peu plus prudents, c’est tout… » « Oui ? Parce que je pourrais pas vivre sans toi, moi, maintenant, tu sais, je pourrais pas… Ce serait au-dessus de mes forces… » « Oui… Ben ça personne te le demande… » Arrive le jour du soi-disant mariage… Auquel, évidemment, il est hors de question qu’il assiste… Et alors là… Coup de théâtre… Je me pointe chez lui sur le coup de midi… « Je me marie pas finalement… J’ai réfléchi… Une belle connerie ç’aurait été… Parce que j’éprouve rien pour lui ce type en fait… Rien du tout… Non… S’il y a quelqu’un que j’aime… » Et je me jette dans ses bras… « Je vais venir m’installer ici, avec toi, du coup… Tu es content ? »
– Extra ! Lui qui s’était imaginé pouvoir continuer sa petite affaire, tranquille, une fois que tu serais mariée… Extra !
– Comment il va patauger pour s’efforcer de me convaincre que c’est pas une si bonne idée que ça finalement… Qu’il vaudrait mieux – beaucoup mieux – que… chacun chez soi…
– Il va s’enfoncer, mais s’enfoncer !
– On n’a que l’embarras du choix finalement !
– Oui, mais le mieux, ce serait peut-être de lui envoyer Agathe… Pour commencer… Qu’on sache ce qu’il a dans le ventre… Après on avisera…



On n’arrivait pas à se décider à rentrer…
– Il fait tellement bon ce soir !
– N’empêche comment ça doit faire drôle…
– Qu’est-ce qui doit faire drôle, Agathe ?
– Quand ça arrive pour de vrai ce qu’on disait tout à l’heure… Que le jour du mariage l’autre il se pointe pas… Ou qu’il se débine au dernier moment…
– Ça vaut quelquefois mieux…
– Oui, parce que si c’est pour divorcer deux mois après…
– Ou se prendre la tête à longueur de temps…
David a reculé sa chaise, souri…
– Ça me rappelle quelque chose…
– Quoi ? Ben vas-y, raconte !
– Le mariage d’un collègue l’année dernière… Il avait fait ça en grand… Cinq cents invités… Dans un château… Histoire d’en foutre plein la vue… Ça s’est empiffré… Ça a bu… Tant et plus… Sur le coup de cinq heures de l’après-midi on s’est mis à chercher les mariés partout… Ils avaient disparu… « À tous les coups ils sont partis faire des galipettes quelque part… Ça devait presser… Ils vont bien revenir… » Et ça s’est lancé dans un concours de propos tous plus égrillards les uns que les autres… Comme il faisait beau je suis descendu faire un tour dans le parc, un parc magnifique aux arbres centenaires… Et c’est là qu’au détour d’un bosquet, je suis tombé sur la mariée, toute seule sur un banc…
– Tu la connaissais ?
– Vaguement… Il me l’avait présentée… Et on avait pris, par la suite, deux ou trois fois l’apéritif ensemble…
– Et alors ?
– Et alors je me suis approché… « T’es toute seule ? » « Je suis toute seule, oui… Ça se voit pas ? » Sur un ton, mais un ton ! « Oh, toi, ça a pas l’air d’aller… » « Non, ça va pas ! Non ! J’ai épousé un con… » Et elle a éclaté en sanglots… « Qu’est-ce qui s’est passé ? Vous vous êtes disputés ? C’est peut-être pas si grave… La fatigue… L’énervement… Un peu la boisson… » « Si, c’est grave ! Si ! Cette fois c’est fini… Et bien fini… Alors là il peut toujours courir ! » « Peut-être que si vous arriviez à vous expliquer… Calmement… Il est où ? Tu veux que j’aille lui parler ? Te le chercher ? » « Sûrement pas, non ! Chez l’autre pétasse il est… Sa Vanessa… Je suis sûre que c’est là qu’il est… Il y était hier soir en tout cas… Il y a passé la nuit… J’ai des preuves… Soi-disant qu’ils avaient rompu… Qu’ils se voyaient plus… Il m’avait juré… Tu parles ! Ils se sont bien foutus de ma gueule, oui… Et ils s’en foutent encore… Parce qu’il est là-bas… Je suis sûre qu’il est là-bas… En train de la sauter… Le jour de notre mariage… Non, mais tu te rends compte ? Le jour de notre mariage ! Oh, mais il va voir ! Il va voir… » Elle s’est levée… Elle s’est levée et elle a arraché sa robe… Qu’elle a jetée par terre… Et qu’elle a rageusement piétinée… « V’là ce que j’en fais de ce truc… V’là ce que j’en fais ! » Elle l’a mise en lambeaux… Et elle s’est rassise… En petite culotte et soutien-gorge blancs… « Je suis écœurée… Mais écœurée à un point… Viens ! Viens t’asseoir à côté de moi… Me laisse pas toute seule… Tu sais ce qu’il mériterait ? C’est que je lui rende la monnaie de sa pièce… Que je couche avec le premier venu… T’aurais envie, toi avec moi ? Oui, oh, je sais pas pourquoi je te demande ça n’importe comment… Parce que je suis incapable de le tromper… Même maintenant… Même avec tout ça… Faut être conne, hein ? Mais je suis conne… Parce que tu crois que je le savais pas que ça tournerait comme ça avec lui ? On me l’avait assez dit… Et puis je le connais de toute façon… Seulement j’ai voulu y croire quand même… Malgré tout… Je n’ai qu’à m’en prendre qu’à moi-même finalement » Elle a soulevé la robe du bout du pied… « Je peux pas remettre ça… T’as vu dans quel état c’est ? » « Effectivement… » Elle a éclaté d’un long fou rire nerveux… « Eh ben tant pis ! Tant pis ! Je vais me repointer comme ça là-bas… À moitié à poil… Ils penseront ce qu’ils veulent les gens… »
– Elle l’a pas fait ?
– Non… Bien sûr que non…
– On sait jamais…
– Non… Elle a fini par m’envoyer chercher discrètement une bonne copine à elle… Qui lui a apporté des vêtements et l’a ramenée chez ses parents…
– Et après ? Ça a donné quoi tout ça ?
– Je suppose qu’il y a dû y avoir explication… Orageuse…
– Ils sont toujours ensemble ?
– Toujours, oui…
– Et l’autre fille ? Il est toujours avec ?
– Celle-là ou une autre… En tout cas il y en a une…
– Et elle ?
– Je l’ai pas revue… Ils m’ont jamais réinvité…
– Peut-être qu’elle s’est fait une raison…
– Ou qu’elle a pris quelqu’un de son côté…
– Ça leur a servi à rien de se marier finalement…
– Ça sert jamais à rien… Qu’à amener des tas de complications…
– Et des tas d’embrouilles…
– Ça devrait être interdit…
– Ça le sera peut-être un jour…



Hermione aussi elle aurait bien raconté quelque chose…
– Seulement il bosse David, lui, demain… Faudrait peut-être bien qu’il dorme un peu…
– Oh, t’inquiète pas pour ça ! T’inquiète surtout pas pour moi… Vas-y ! On t’écoute…
– Bon, ben alors… C’était une fille que j’avais rencontrée en boîte… Pauline elle s’appelait… Sympa… Tout de suite le courant était passé… Et très vite on était devenues inséparables… On sortait ensemble… On se racontait nos histoires de mecs… On se disait tout… Pratiquement tout… On se serrait les coudes quand c’était nécessaire… Bref, on s’entendait comme larronnes en foire… Jusqu’au jour où Valentin est tombé fou amoureux d’elle… Valentin, c’était le fils unique d’un entrepreneur de maçonnerie local… Le grand truc… Une vingtaine de salariés… Des chantiers un peu partout… Seulement c’était le type complètement insipide Valentin… Le bon petit fils à maman qu’a toujours bien fait ses devoirs et qui s’est jamais sali en jouant… Le type sans aucun intérêt… Pas le moindre sujet de conversation… Pas la moindre opinion sur quoi que ce soit… Et même pas beau en plus ! Quelconque… Il y a pas d’autre mot… Quelconque…
– Quel âge il avait ?
– Trente… Par là…
– Et elle ?
– Comme moi… Un peu plus… 21… 22…
– Et alors ?
– Et alors ça lui est monté à la tête… Elle se voyait bien jouer à la Madame… Belles robes et belles voitures… Tous les jours dimanche… De l’argent à dépenser sans compter… Cocktails et petits fours… À tu et à toi avec tout le gratin du département… Le seul problème, c’était Valentin… C’était le prix à payer Valentin… Un Valentin qui devenait de jour en jour plus amoureux… Auquel elle s’efforçait de trouver des qualités… « Il est gentil… Il est travailleur… Et puis c’est pas le genre de type à te prendre sans arrêt la tête pour rien… » « Ça, c’est sûr ! C’est plutôt le style à s’écraser et à dire amen à tout… Mais enfin si tu penses être heureuse avec… C’est toi que ça regarde… » Elle s’énervait… « De toute façon tu l’as pris en grippe alors… » J’insistais… « T’éprouves quoi pour lui ? Tu l’aimes ? » Elle savait pas… « Peut-être… Oui… Dans un sens… » « Assez pour passer cinquante ans de ta vie avec ? Assez pour avoir des enfants avec ? Parce qu’il va en vouloir, c’est obligé… » « Ce que tu peux être agaçante quand tu t’y mets avec toutes tes questions ! Je verrai bien… On n’en est pas là… Il faut vivre un peu au jour le jour aussi, merde ! » Elle a pris ses distances… De plus en plus… On a pratiquement cessé de se voir… J’appuyais trop là où ça faisait mal…
– Classique…
– Pendant trois mois elle m’a complètement ignorée et puis… une semaine avant le mariage je l’ai vue débarquer… « J’ai peur, Hermione, j’ai peur… Je suis en train de faire une connerie… Une énorme connerie… » « Il est pas trop tard… » « Je sais bien, mais si ! Quand même… Parce que tout est prêt… Les bans publiés… Les invitations lancées… Je vais avoir l’air de quoi ? Non… Et puis je suis fatiguée… Si tu savais comme je suis fatiguée… J’ai pas envie… D’expliquer… De me justifier… J’ai pas envie… De les affronter… Mes parents… Qui vont faire des pieds et des mains pour me ramener à la « raison »… Valentin… Qui va me menacer de se suicider… C’est son truc, ça… Qui va me supplier… Qui va sangloter toutes les larmes de son corps… J’ai pas le courage… Alors tant pis… Tant pis… Je ferai avec… J’ai pas vraiment le choix de toute façon… » Bien sûr que si qu’elle l’avait… Seulement pour le lui faire admettre… J’ai eu beau faire des pieds et des mains…
– Et le mariage a eu lieu…
– Et a duré trois jours… Trois jours de fête… Avec tout un tas de chefs d’entreprise… De conseillers généraux… De maires… De grands pontes de toute sorte… Et, cerise sur le gâteau, voyage de noces à l’île Maurice… Trois semaines…
– Eh ben dis donc !
– Trois semaines au retour desquelles elle s’est précipitée chez moi… « Qu’est-ce que je me suis fait chier, Hermione ! Un cauchemar… De ma vie jamais je m’étais emmerdée comme ça… Il s’est révélé sous son vrai jour : il est bourré de manies… De préjugés… D’un monceau de certitudes qu’il t’assène à tout bout de champ sur un ton qui ne souffre pas la moindre contradiction… Et au lit ! Non, mais alors là au lit… J’en ai vu des mecs… J’en ai eu… Eh ben aussi nul jamais j’aurais imaginé que ça puisse exister… Mais le plus beau, c’est qu’il est persuadé d’être un amant hors pair… Il me sort par les yeux… Je le supporte plus… » « Au bout de trois semaines ! Ben qu’est-ce que ce sera dans dix ans… »
– Et elle a pris un amant…
– Non… Enfin si ! Oui… Plusieurs… « Que je m’éclate au moins à défaut d’autre chose… » Je servais d’alibi… Mais ça ne réglait pas le problème de fond… Au quotidien c’était rapidement devenu invivable… Elle en était venue à le détester et ne parvenait pas, malgré tous ses efforts, à lui donner le change… Dans ses efforts désespérés pour la récupérer il faisait alterner supplications enamourées et débordements de rage impuissante… Ce qui n’arrangeait rien… Bien au contraire… Ça ne faisait qu’empirer de jour en jour…
– Dans ce genre de situation il y a pas trente-six solutions…
– Le divorce… Oui, bien sûr… C’est ce que je me tuais à lui répéter… Elle en était, elle aussi, parfaitement convaincue… Mais elle retardait… Elle éludait… « Tu te rends pas compte… Il est capable de tout… Et si c’est pour qu’il me pourrisse la vie – c’est ce qu’il ferait – encore plus que maintenant le jeu n’en vaut vraiment pas la chandelle…
– Dans ces conditions… Et ça s’est terminé comment ?
– Ça s’est terminé qu’elle est tombée amoureuse d’un autre… Et qu’elle s’est enfuie avec… Du jour au lendemain…
– Et ?
– J’en sais rien… J’ai plus de nouvelles…
– Hein ? Mais faut chercher à en avoir… Maintenant que tu nous as mis l’eau à la bouche…



– Eh ben ça y est ! Pauline… Ça y est… Je l’ai appelée… Comment elle était contente de m’entendre !
– Et alors ? Elle en est où ?
– Elle est retournée avec son mari…
– Non !
– Eh si ! C’était un fou furieux l’autre… Un type qui trempatouillait dans tout un tas d’affaires plus ou moins louches… Qui lui a collé tout un monceau de dettes sur le dos… Et, pour faire bonne mesure, l’a foutue en cloque…
– Charmant !
– Elle s’est retrouvée dans une de ces galères ! Les flics au cul… Et des commandements d’huissiers plein la boîte aux lettres… Ça pas été de gaîté de cœur, mais elle a appelé Valentin à l’aide…
– Lequel Valentin n’a rien eu de plus pressé, en preux chevalier, que de voler à son secours…
– C’est à peu près ça… Il a réglé tout ce qu’il y avait à régler… L’a laissée venir se réinstaller chez lui… Où elle a accouché… Et il n’a pas fait la moindre difficulté pour reconnaître la gamine…
– Difficile, après ça, de ne pas faire preuve d’un minimum de reconnaissance…
– Ce qui ne suffit pas à te rendre amoureuse…
– Non… Évidemment pas… Mais ils ont beaucoup parlé tous les deux et il a fini par admettre qu’il ne pouvait pas exiger d’elle qu’elle le soit… Il en a pris son parti et tout, entre eux, est reparti sur de nouvelles bases… D’estime et de respect mutuel… Et apparemment ça se passe plutôt bien… Il la laisse libre de faire ce qu’elle veut… De voir qui elle veut… À condition que les apparences soient sauves…
– Ce qui est la moindre des choses…
– Tout est bien qui finit bien en somme…
– Si on veut… Et pour le moment… Reste à savoir ce que ça donnera après… Dans six mois… Ou dans deux ans…
– Ça te dirait pas, toi, David ?
– Quoi donc ?
– D’essayer de savoir pour la femme de ton collègue… Celle qu’a déchiré sa robe de mariée dans le parc… Où ça en est maintenant au juste…
– Coralie ? Franchement, les filles, moyennement… Très moyennement… Je tiens pas à avoir des embrouilles avec mon collègue… Mais si le cœur vous en dit à vous, vous gênez surtout pas… Foncez !
– Ça me déplairait pas…
– Moi non plus… Je suis restée sur ma faim…
– Elle bosse où ?
– La banque en face de la cathédrale…
– Ça devrait faciliter les choses…
– On se lance alors ?
– On se lance… Mais… Et Célestin ?
– L’un n’empêche pas l’autre… Et même… Quelle heure il est ? Oui… Tu devrais y aller… Ce serait le moment, là… Il part bosser… Et il va forcément traverser le jardin où on a fait le coup de l’enterrement de vie de jeune fille l’autre jour…
– Et toi, pendant ce temps-là ?
– Je vais à la banque… J’ai le temps avant qu’elle ferme…



– Alors, les filles ? Ça a mordu ?
– Moi, oui… Bien, même… Enfin je crois…
– Eh bien raconte !
– Du plus loin que je l’ai aperçu j’ai commencé à faire la fille complètement affolée… À courir dans tous les sens… À regarder dans tous les buissons… Et dès qu’il s’est un peu approché… « Vous auriez pas vu un chien ? Un petit York…» Il avait pas vu, non… « Il doit bien être par là pourtant… Il peut pas être bien loin… Pourvu qu’il ait pas filé sur la route… Parce que s’il a filé sur la route… S’il s’est fait écraser je m’en remets pas… Alors là je m’en remets pas… » Il a cherché un petit moment avec moi… Et puis… « Je suis désolé, mais faut que j’aille bosser… » « Ah, oui, oui, bien sûr… Je comprends… C’est déjà bien beau que vous m’ayez aidée… » Et puis, comme sous le coup d’une inspiration subite… « Vous habitez dans le coin ? » « Pas très loin, oui… » « Je vais vous donner mon numéro alors… On sait jamais… »
– Histoire qu’il t’appelle pour te demander si tu l’as retrouvé…
– C’est fait… Une heure après, c’était fait…
– Vous êtes terrifiantes, vous, les filles, hein ! Vous trouvez toujours un moyen d’arriver à vos fins… Et maintenant ?
– Oh, ben maintenant… Demain je retourne là-bas… À la même heure… Histoire de le remercier… Et ça devrait le faire… Normalement ça devrait le faire…
– On dirait, oui… Et toi, Hermione ?
– Moi, je suis bonne pour y retourner… Elle y était pas… Il y avait que des mecs aux guichets…



– Il est pas rentré du boulot David ?
– Pas encore, non… Mais il devrait pas tarder… Tiens, ben le v’là justement… Et tout excité, on dirait…
– Vous savez quoi, les filles ? Je vous le donne en mille… Mon collègue, là…
– Celui qu’est marié avec la banquière ?
– Gaëtan, oui… Il a voulu qu’on déjeune tous les deux en tête à tête à midi… Et vous savez pourquoi ?
– Ben non… Comment on pourrait ?
– Pour me parler de vous…
– De nous ? Mais il nous connaît pas…
– Vous êtes venues me chercher avant-hier… Il vous a aperçues… Et il vous a trouvé très à son goût…
– Ah ! Et il t’a demandé de jouer les entremetteurs, je parie…
– De lui faciliter à tout le moins les travaux d’approche…
– Et t’as répondu quoi à ça ?
– Qu’a priori vous sembliez guère attirées par les hommes mariés… Mais il s’est pas découragé pour autant… Il est persuadé que, son charme opérant, il réussira à vous faire changer d’avis…
– Ben, voyons ! Et toutes les deux ?
– Il compte faire son choix quand il vous aura approchées d’un peu plus près…
– Laisse-nous ça où c’est… J’ai pas du tout envie de faire sa connaissance…
– Moi non plus ! Qu’il s’occupe de sa bonne femme plutôt…
– Qu’il m’a généreusement proposé de me coller sur les bras…
– Carrément !
– Ben oui ! Oui… Parce que si elle se prend un amant elle sera très mal placée après pour venir lui reprocher de courir à droite et à gauche… Et il aura les coudées franches du coup…
– Non, mais c’est quoi ce type ? T’as pas accepté, j’espère…
– J’ai pas pour habitude de me laisser dicter avec qui je dois coucher ou pas…
– Surtout que là tu peux être tranquille qu’il serait sans arrêt sur ton dos à vouloir savoir comment ça se passe avec elle… Ce que vous faites… Où vous allez…
– En attendant si ça tombe elle en a déjà un d’amant et il est pas au courant ton collègue…
– C’est tout ce qu’il mériterait…
– Ça, c’est sûr ! Mais peut-être que tu le sauras, toi, Hermione… Si t’arrives à te mettre à discuter avec elle…
– C’est pas le genre de confidences qu’on fait comme ça, de but en blanc, à une inconnue…
– David elle le connaissait pas plus que ça… C’est pas pour l’avoir vu trois fois… Et pourtant elle s’est bien déboutonnée devant lui le jour de son mariage…
– Dans tous les sens du terme…
– Oui, mais elle était à cran…
– Elle l’est peut-être encore ! Quand t’as un mari qui te fait cocue à tour de bras… Alors si elle s’y prend bien Hermione…
– Oui, ben ça, c’est pas gagné… Parce que j’ai pas vraiment de prétexte, moi, pour entrer en contact avec… Et où ? À la banque ? C’est le dernier endroit… Le midi, elle mange dans un petit restaurant, juste en face, avec ses collègues… Les conditions sont pas vraiment idéales… Non… Ce qu’il faudrait, c’est que je la croque en dehors… Ailleurs… Mais où ? Comment ? Ça !
– D’après Gaëtan elle serait inscrite à un club de randonnée… Où il espérait bien me persuader de m’inscrire à mon tour…
– Eh ben voilà ! Sauf que c’est pas toi qu’elle va voir débarquer… C’est moi !
–Bon, mais c’est pas tout ça… Et notre Célestin ? Tu l’as vu, toi, Agathe ?
– Oh, ben oui… Oui… Comme prévu… Il était tout content…
– Que t’aies retrouvé ton chien ?
– Plutôt de me voir, moi, j’crois…
– Et alors ?
– Oh, ben alors rien… Enfin si ! On a un peu discuté… Et quand je dis un peu… Pas loin d’une heure… Ça me faisait trop rire… Parce que je savais qu’il avait rendez-vous avec toi, Hermione… Et que je me disais que tu risquais de l’attendre un sacré moment…
– Je confirme… J’ai attendu… Un imprévu soi-disant au boulot… Mais par contre il était dans une forme exceptionnelle… C’était meilleur que jamais…
– J’aurai au moins servi à ça… Bon, mais alors qu’est-ce qu’on fait maintenant avec lui ?
– On continue… Tu continues… D’abord parce que si te voir ça le met dans cet état-là à chaque fois je suis preneuse… Et puis que je suis curieuse de voir comment ça va tourner tout ça… S’il va jouer sur les deux tableaux… S’il va se prétendre tout autant amoureux de l’une que de l’autre…
– Tu en doutes ?
– Pas vraiment, non…
– En douce que quand on voit tout ça… Son collègue à David… Célestin… on est bien obligé de se dire qu’ils sont pitoyables les mecs… La plupart…
– Heureusement qu’on vous a vous…
– Ça, c’est sûr… Heureusement…



Elle a laissé tomber sa tête sur ma poitrine…
– Comment c’était bon ! C’est toujours bon avec toi n’importe comment… Et même… Plus ça va et meilleur c’est…
– Peut-être parce qu’on se connaît de mieux en mieux…
– Oh, il y a sûrement de ça, oui… Ça compte… Je me prends pas la tête avec toi… Je fais ce que j’ai envie… Tout ce que j’ai envie… C’est pas si souvent que tu peux avec un mec… Tu te demandes toujours comment il va réagir… Si tu vas pas le choquer… Parce que presque tous – même quand ils ont pas l’air comme ça – il y a toujours un truc sur quoi ils vont bloquer… Et tu sais jamais ce que c’est à l’avance… Célestin par exemple… Ben t’as pas intérêt à essayer de lui mettre un doigt entre les fesses… T’es sûre de le faire débander aussi sec… Et même David… C’est plus grave que ça David… Il les fait les choses… Des tas de choses… Mais toujours avec l’idée qui traîne en arrière-fond qu’il a pas le droit… Que c’est interdit… Il le montre pas – il essaie – mais ça lui transpire de partout…
Elle m’a doucement caressé… Les hanches… Le ventre… Est descendue…
– Comment c’est doux tout au bout chez vous les garçons… De la soie on dirait… C’est un truc, ça, tu peux pas savoir comment ça me remue à l’intérieur… Pendant des heures et des heures je pourrais te lisser comme ça… Surtout après… Quand c’est tout fragile… Tout attendrissant…
– Si tu continues…
– Ça va pas durer… Oui, je sais… Tu me prends pour une demeurée ? Et puis je te connais… C’est pour ça qu’il faut que je me dépêche d’en profiter… Avant que tu perdes complètement la tête… Ça aussi j’adore… Et tu sais ce que je préfère ? Que je préfère vraiment… De tout… C’est tes yeux tout perdus quand tu t’agrippes à moi pendant qu’on le fait et que t’arrêtes pas de répéter… « Hermione ! Hermione ! Hermione ! » Avec une voix ! Je sais pas ce que je donnerais pour ça…
Elle a enfoui sa tête dans mon cou…
– Je devrais pas y penser, mais je peux pas m’empêcher…
– De penser à quoi ?
– À après… À plus tard… À quand on se verra plus… Qu’on sera plus rien du tout l’un pour l’autre… Ça arrivera… Forcément…
– Tu es d’un optimisme !
– Ça se passe toujours comme ça… Toujours… Pour tout le monde… Pas la peine de se raconter d’histoires… Et tu sais ce qui me fait le plus mal ? C’est de me dire que c’est important pour moi, là, maintenant, tout de suite, que je la supporte pas cette idée, mais qu’un jour, quand ce sera arrivé, j’en aurai plus rien à battre ni de toi ni de tout ce qu’on aura vécu ensemble… J’arriverai même plus à comprendre pourquoi ça comptait autant pour moi…
– Mais pourquoi diable…
– Me gâcher la vie avec ça ? C’est ce que je me dis aussi… Mais il y a des fois c’est plus fort que moi… Je peux pas m’empêcher… Je suis vraiment trop conne en plus… Parce que je m’étais juré que jamais je t’emmerderais avec ça… Jamais… Et qu’est-ce que je suis en train de faire ?
– Quelque chose qui ressemble à une déclaration d’amour…
– Chut ! Tais-toi ! Dis rien… Je t’en supplie, dis plus rien…



– J’ai été vache avec Célestin tout à l’heure…
– Parce que ?
– Parce qu’il a insisté tant et plus pour qu’on se voie… Sauf que moi, soi-disant que j’étais disponible qu’à l’heure où je savais qu’il avait rendez-vous avec toi… Histoire de voir ce qu’il allait faire… Comment il allait réagir… C’est toi qu’il a choisie… Un bon point pour lui…
– Un imprévu au boulot, deux jours de suite, ça aurait fait désordre… J’aurais pas apprécié, mais alors là pas du tout…
– Et alors ? Ça s’est passé comment ?
– Ça s’est pas passé… J’y suis pas allée…
– C’est pas vrai ! Ah, ben d’accord ! Mais pourquoi ?
– Parce que… Parce que j’avais envie de rester avec Julien…
– Pauvre Célestin ! Il a été perdant sur toute la ligne alors du coup…
– Oui, ben ça ! Il y a pas que lui dans la vie… D’abord il y a Julien… Il y a David… Qui sont beaucoup plus importants… Et de loin !
– Ça !
– Merci, les filles ! Merci… C’est gentil…
– Et puis faut que je m’occupe de m’inscrire à ce club de randonnée… Que j’y fasse la connaissance de cette Coralie…
– C’est pas une obligation non plus…
– Non… Bien sûr ! Mais j’ai envie…
– Faut reconnaître que c’est bien tentant… Qu’on a envie de savoir…
– Sans compter Pauline… Qu’arrête pas de solliciter mon avis depuis qu’on a repris contact… Sur la façon dont ça se passe avec son mari… Avec les mecs qu’elle rencontre… Une de ces vies elle te mène !



– Excusez-moi… J’étais en ligne avec Pauline…
– Encore ! Mais elle peut plus se passer de toi, ma parole !
– À moins que ce soit toi qui puisses plus te passer d’elle…
– Eh bien raconte, quoi ! Tu nous as mis l’eau à la bouche tout à l’heure et tu nous as lâchement laissés en plan…
– Oui, oh, en fait c’est vraiment très particulier leur truc avec son mari… Qu’elle n’éprouve rien pour lui il y a maintenant longtemps qu’il en a pris son parti… Il a fait contre mauvaise fortune bon cœur et s’en est accommodé… Libre à elle de voir qui elle voulait… De faire ce qu’elle voulait… Et elle ne s’en est pas privée… Elle s’est étourdie de plaisirs et de mecs… Seulement ce qui a fini par se passer, il y a sept ou huit mois, c’est qu’elle est tombée sur un os… Un type dont elle n’arrivait pas à se débarrasser… Qui devenait menaçant… Elle l’a appelé au secours en pleine nuit son mari… S’il avait pas été là ça aurait sans doute très mal tourné… Elle a eu vraiment très peur… Et, du coup, elle a pris l’habitude de lui dire systématiquement, quand elle sort, où elle va et avec qui… Qu’il puisse, le cas échéant, intervenir… Au début c’était juste ça… Un nom… Une adresse… Un numéro de téléphone… Éventuellement une plaque d’immatriculation… Dont il pouvait néanmoins déduire, s’il le souhaitait, beaucoup de choses… Qu’avec Alain, par exemple, ça avait duré près de deux mois… Que la rupture avait été extrêmement brutale… Qu’elle s’était alors engloutie dans une foule d’aventures éphémères… Jusqu’au jour où elle avait fait la connaissance de Maxime…
– Faut de la constance… Parce que ça doit franchement pas être facile d’avoir comme ça, au quotidien, le nez sur les parties de jambes en l’air de sa femme alors que soi-même on n’a même pas le droit de…
– Attends ! Attends ! Laisse-la finir… Et alors ?
– Et alors, pendant plusieurs semaines, elle l’a vu tous les jours Maxime… Elle a passé avec lui la plupart de ses week-ends… Elle ne vivait quasiment plus que par lui… Seulement… Seulement il a disparu, lui aussi, du jour au lendemain… Et elle s’est effondrée… Elle restait prostrée à la maison… Où elle passait ses journées à pleurer… Sans goût à rien… Sans envie de rien… Sans vouloir voir personne… C’est lui – son mari – c’est lui qui lui a tenu la tête hors de l’eau… Il l’a portée à bout de bras… Fait preuve, à son égard, d’infiniment de sollicitude et de patience… Si bien qu’elle a fini par s’épancher et par tout lui dire, pour s’en libérer, de sa relation avec Maxime… Il l’a écoutée avec infiniment de bienveillance et d’attention… L’a apaisée… Rassurée…
– Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a l’esprit large ce type…
– Ou alors il est diablement amoureux…
– Ce qu’il y a de sûr en tout cas, c’est qu’elle a remis ça… Et qu’il n’ignore absolument plus rien, cette fois de ce qui se passe… De ce qu’elle fait… Elle lui dit tout… En long, en large et en travers… Et lui, il donne son avis… Il commente… Il conseille…
– Ça doit lui convenir quelque part à ce type… Il doit prendre son pied à l’écouter raconter… Et à la savoir dans les bras d’un autre… C’est pas possible autrement…
– Ben, évidemment que ça lui plaît… Et pas seulement à lui… À elle aussi… Et elle ne s’en cache pas…
– Si ça leur convient comme ça ! C’est sûrement pas moi qui y trouverai quoi que ce soit à redire…
– Ni moi non plus ! Alors là…
– C’est même au point que, dernièrement, elle en a ramené un chez eux de type…
– Carrément !
– Carrément, oui… Valentin, le mari, a discuté un bon moment avec… Plus d’une heure… Au salon… Devant une bière… Et puis Pauline s’est pointée… « Bon, allez ! On y va ? » Et elle l’a embarqué dans la chambre le mec…
– Et tout le monde y a trouvé son compte…
– Elle en tout cas, c’est sûr ! Faut voir comment elle m’en parlait !
– Et ils vont remettre ça…
– Il y a toutes les chances, oui…
– J’aimerais trop ça faire sa connaissance, moi, à cette fille…
– Et si ?
– On la faisait venir ici ? Elle voudrait, tu crois ?
– Je peux toujours lui poser la question… Mais il y a pas de raison… Elle bosse pas…
– Le mari va faire la gueule par contre… Si elle vient là il pourra pas garder un œil sur ce qui se passe…
– Suffit de l’inviter aussi… Ça te poserait un problème, David ?
– Oh, que non ! Au contraire…
– Eh ben il y a plus qu’à laisser Hermione s’en occuper alors !



– Tu dors avec qui, Agathe ?
– Julien… Toi, tu l’as eu tout l’après-midi…
– Ben oui… Oui… Mais j’y retournerais bien quand même…
– Et David alors ?
– Tu t’en occuperas très bien… Et puis il perd rien pour attendre… Demain…
– On est bien cons finalement ! On se complique la vie pour rien… Une fois Hermione avec Julien… Agathe avec David… Le lendemain l’inverse… Ce serait aussi simple qu’on reste tous les quatre ensemble, non ?



– Ce que je regrette, quand même, c’est qu’on n’ait pas eu l’idée de faire ça plus tôt… Parce que comment c’était trop d’être complètement complices tous les quatre ensemble comme ça…
– En attendant David, au boulot ce matin, il doit être sacrément au radar…
– Oh, oui… Oh, la la ! Le pauvre ! À cinq heures on en était encore de la comédie… Et à sept le devoir l’appelait…
– Dommage d’ailleurs… Parce que j’aurais bien continué, moi… Une fois que je suis lancée…
– Il y a Julien…
– Oui, mais dans quel état ! Je veux pas avoir sa mort sur la conscience…
– Reste Célestin…
– Tu crois que…
– Ah, si ça te tente vas-y ! Si le cœur t’en dit, vas-y carrément… Te prive surtout pas ! Comme ça au moins on saura à quoi s’en tenir… Et ce qu’elles valent ses belles protestations d’amour… Ça peut devenir très amusant… Mais vraiment très très amusant…
– Et toi ? Tu vas faire quoi pendant ce temps-là ?
– En consultant le programme du club de randonnée, j’ai vu qu’il fonctionnait le lundi après-midi… Et le lundi après-midi les banques sont fermées… Alors avec un peu de chance elle y sera la Coralie…



– Elle y était ?
– Elle y était, oui… On a passé l’après-midi ensemble… À marcher et à discuter…
– Et ?
– On n’était pas bien nombreux… Six… On m’a demandé de me présenter… Vu que j’étais nouvelle… Je suis restée très évasive… J’étais de passage… En visite chez un ami… Et comme j’adorais marcher… Ils n’ont pas insisté… Et on est partis… J’ai bien évidemment manœuvré pour me trouver aux côtés de Coralie… De tout et de rien on a d’abord parlé… Un bon moment… En laissant les autres prendre un peu d’avance… Et puis elle a demandé : « Je suis peut-être indiscrète, mais tu vas y rester longtemps chez cet ami ? Sûrement ! On s’inscrit pas à un club de randonnée pour trois jours… Au prix où sont les cotisations… » Je savais pas… J’en savais rien du tout… Ça allait dépendre… « Dépendre ? Dépendre de quoi ? » Oh, de tas de choses ! Mais d’abord de mon petit ami… Qu’en avait une autre… « Et tant qu’il aura pas rompu… Pas question que je retourne avec… Ah, non alors ! Il peut toujours courir ! » « Ça peut durer longtemps… » « Je sais, oui… Dans ce cas-là j’aviserai… » Elle a soupiré… « J’ai pas de conseil à te donner, mais un mec avec qui ça commence comme ça t’as toutes les chances qu’il recommence encore et encore… Une fois avec l’une… Une fois avec l’autre… » « Il peut changer… » « Ou te le faire croire… Et se foutre de ta gueule tant et plus derrière ton dos… Et là je sais de quoi je parle… Parce que… Imagine un mec… Tu l’as dans la peau… À un point, mais à un point que c’est pas possible de l’avoir dans la peau comme ça… Il est amoureux de toi… Il te le dit… T’as aucune raison d’en douter… Sauf qu’un jour tu découvres qu’il en a une autre… La terre s’écroule… Ton monde s’écroule… Il te jure ses grands dieux qu’elle compte pas… Que c’est fini… Qu’il a rompu… Qu’il la reverra pas… Et, dans la foulée, il te demande en mariage… C’est pas une preuve, ça ? Tu remontes sur ton petit nuage… Tu fais des projets d’avenir… Vous faites des projets d’avenir… Le grand jour approche… Tu es heureuse comme jamais… Mairie… Église… Ouais ! Seulement dans l’après-midi – non, mais t’imagines ? T’imagines ? Le jour de votre mariage… – il abandonne tout le monde et file discrètement la retrouver… Passer une petite heure avec… On t’a charitablement avertie… On te fournit des preuves… Que tu lui mets sous le nez… Tu crois qu’il se démonte pour autant ? Penses-tu ! Il t’explique qu’elle le harcèle depuis des semaines… Qu’elle sature son répondeur et sa boîte mail de messages… Qu’elle ne l’a pas lâché de la journée… Même un jour comme celui-là, oui… Et qu’il a filé là-bas pour régler définitivement le problème… Qu’il l’est… Tu le crois… Tu ne demandes qu’à le croire… Pour t’apercevoir, quelques jours plus tard, que pas du tout… Qu’il t’a menée en bateau… Tu tempêtes… Tu menaces… Il t’enrobe de belles paroles… De promesses qu’il n’a pas le moins du monde l’intention de tenir… Et ça continue… Ça recommence… Tu te décourages… Tu reprends espoir… Il finira bien par la quitter… Il la quitte, oui, mais c’est pour en prendre une autre… Une autre… Des autres… À la pelle… Ça va de soi ce qu’il faut que tu fasses… Ce que tu sais qu’il faut que tu fasses… Divorcer… T’en aller… Tu ne le fais pas… Parce que tu gardes encore espoir ? Peut-être un peu, oui… Mais surtout par lassitude… Par manque de courage… Parce que ce serait admettre ton échec… L’échec de ton mariage… Celui de ta vie… Et que c’est à proprement parler insupportable… Alors tu baisses les bras… Tu t’accommodes de la situation… Après tout tu n’es pas si malheureuse que ça… C’est supportable… Il ne te bat pas… Vous ne vous disputez pas… Il peut même être charmant quand il veut… Tu divorceras… Peut-être… Sûrement… Un jour… Plus tard… »
– Et il la touche même plus, j’parie…
– Je n’ai pas posé la question… Mais ça semble évident…
– Et elle va pas voir ailleurs ?
– Les autres s’étaient arrêtés pour nous attendre… On a changé de sujet… Mais on va se revoir… Je lui ai proposé qu’on déjeune ensemble toutes les deux… Elle a pas dit non…



J’étais seul… Hermione était partie retrouver Coralie… « Et je crois qu’on va en avoir pour un petit moment toutes les deux… » Agathe avait rendez-vous avec Célestin… « Et aujourd’hui il peut s’attendre à ce que je lui sorte le grand jeu… Alors là ! » Quant à David il bossait… « C’est toujours moi le dindon de la farce… Et j’ai une journée de merde en plus… » Je suis allé m’étendre, nu, sur un transat, à l’arrière de la maison… Pris d’une douce torpeur, j’ai somnolé, les mains sous la tête… Ai fini par m’endormir…



C’est le sentiment d’être observé qui m’a réveillé… J’ai brusquement tourné la tête… Il y avait bien quelqu’un… Une femme… Là… Tout près…
– Eh ben, dites donc ! On faisait un gros dodo, hein !
– Mais qu’est-ce que ?
Je me suis levé…
– Vous êtes Julien… Ou David… Mais je parierais plutôt pour Julien… Non ? Je me trompe ?
– Excusez-moi, je… Je suis désolé… Mes vêtements… Ils sont restés à l’intérieur…
– Oui, ben ça, j’ai vu, oui… Et je vois encore…
– J’y vais… Je reviens… Je vais m’habiller…
– C’est dommage… C’est vraiment dommage… Je vais regretter… Mais bon, vous faites bien ce que vous voulez…



– Bon… Et maintenant… je peux savoir ?
– Savoir quoi ? Qui je suis ? À votre avis ?
– Je n’en ai pas la moindre idée…
– Pauline…
– Ah, c’est donc vous !
– C’est moi, oui…
– Elle va être contente Hermione…
– Parce que vous, vous l’êtes pas ?
– Si, si ! Bien sûr ! Aussi… C’est pas ce que je voulais dire…
– Tant mieux ! Parce que, pour ne rien vous cacher, je suis venue pour voir Hermione, oui, bien sûr, mais aussi pour faire votre connaissance à David et à vous… Elle m’a tant et tant chanté vos louanges…



– Pauline ! C’est toi ? Mais qu’est-ce que tu fais là ?
– Je voulais te faire la surprise…
– Oui, ben c’est réussi… Je suis contente… Qu’est-ce que je suis contente ! Tu vas rester un peu, hein ?
– Si personne n’y voit d’inconvénient…

– Bien sûr que non… Au contraire… Il y a longtemps que t’es arrivée ?
– En tout début d’après-midi…
– Heureusement que Julien était là… Il t’aura tenu agréablement compagnie…
– Tu crois pas si bien dire…
– Parce que ?
– Oh, parce que… j’arrive… Je sonne… Deux fois… Trois fois… Personne… Rien… Je tourne la poignée… Ça s’ouvre… Je fais quelques pas à l’intérieur… « Il y a quelqu’un ? » Pas de réponse… Je m’aventure un peu plus loin… Jusque dans le jardin derrière… Et là ! Affalé dans un transat, profondément endormi, un type… Julien sans doute… Sûrement… Julien complètement à poil… Qui doit faire de beaux rêves… Parce qu’il arrête pas de bander… Ça grimpe… Ça redescend… Ça recommence… Moi, je suis au spectacle… Un spectacle qui dure… Et qui commence à me faire sacrément de l’effet… Ma main va faire un tour dans ma culotte… S’y attarde… S’y installe… Bon, mais il va bien finir par se réveiller… Et quand il va se réveiller, vu tout ce que tu m’as dit, vu tout ce que tu m’as raconté normalement… T’as qu’à y croire… Il s’est précipité, oui, mais pour aller se reculotter…
– Eh bien alors, Julien ! Tu me déçois… T’es vraiment en dessous de tout
– Désolé… Mais quand on est pris de court comme ça… Au réveil… Sans savoir, sur le moment, à qui on a affaire au juste…
– Bon, ben maintenant, si tu veux qu’elle te pardonne, tu sais ce qu’il te reste à faire
– Je sais, oui
– Et c’est ?
– Retourner là-bas, derrière, dans le transat…
– Et attendre qu’elle vienne t’y rejoindre… Eh bien voilà…



– Alors ? Il s’est pas racheté notre Julien ?
– Plutôt pas mal, si ! Et même… Plutôt mieux que pas mal…
– Ah, tu vois ! Qu’est-ce que je te disais…
– Faut reconnaître…
– Et… bien sûr… tu vas t’empresser d’aller raconter tout ça à Valentin…
– Pas seulement lui raconter… Lui montrer aussi…
– Lui montrer ?
– Ben oui… Oui… J’ai fait quelques photos de Julien tout nu dans son transat quand je suis arrivée…
– Et je dormais tellement bien…
– Que tu t’es aperçu de rien…
– Voilà, oui… Et donc… je vais les lui envoyer… Qu’il voie dans quels bras je me suis éclatée… Sauf si ça te pose un problème bien sûr…
– Oh, aucun… Absolument aucun…
Hermione a hoché la tête… Souri…
– Pourquoi tu l’as pas amené ?
– Ça craignait quand même… Je connais personne, moi, ici…
– Oui, mais ça, c’est parti pour pas durer… La preuve !



– Bon… Ça vous intéresse ou pas ?
– Quoi donc ?
– Coralie… J’ai déjeuné avec elle à midi, j’vous rappelle…
– Ah, oui, c’est vrai… Eh ben, vas-y, quoi ! Raconte…
– Ce qu’il y a de sûr en tout cas, c’est qu’elle a besoin de parler…
– Ça, faut reconnaître qu’à sa place…
– Et que ce que j’ai appris… Je vous le donne en mille…
– Elle a quelqu’un…
– Non… Enfin si, dans un sens… Disons qu’elle est amoureuse… En secret…
– Ah, ça devient intéressant…
– Et quand vous saurez de qui…
– Oui, ben accouche ! De qui ?
– De quelqu’un devant qui elle a piétiné sa robe le jour de son mariage…
– Ah, ben d’accord ! De David, quoi !
– De David, oui…
– Ce serait pas un appel du pied, ça ? Histoire que tu lui en parles et que…
– Non… Parce que je me suis bien gardée de lui dire que je le connaissais… Que c’est lui qui m’héberge…
– Tu lui diras pas ?
– Ça, ça dépend de lui… De David…
– Il y a du pour… Il y a du contre… Faut que je réfléchisse… Je te dirai…
– Ça l’a prise quand de tomber amoureuse de lui comme ça ? Ce jour-là ? À côté de lui sur le banc ?
– Non… Elle était bien trop pleine de son Gaëtan… Non… C’est venu progressivement… Après… En y repensant…
– C’est bien ça qui m’inquiète…


– Il y en a une qui dit rien, là… Qui se fait oublier… C’est Agathe…
– Elle a sûrement pourtant plein de choses à raconter…
– Oui… Parce qu’elle avait carte blanche avec Corentin… Et qu’elle devait le voir… Tu l’as vu ?
– On a passé l’après-midi ensemble…
– Et alors ?
– Il est bizarre ce type… Il est vraiment bizarre…
– Parce que ?
– Il t’a joué les amoureux transis, j’parie… Comme il a fait avec Hermione…
– C’est à peu près ça, oui !
– Quel salaud ! Non, mais quel salaud !
– Ils nous prennent vraiment pour des courges, hein, ces pauvres mecs… Qu’est-ce qu’ils s’imaginent ? Qu’il faut absolument qu’on les croie épris de nous pour coucher avec ? On n’en est plus là, heureusement !
– En ce qui le concerne , lui, à mon avis c’est plus compliqué que ça… Il a besoin de se croire – et de se dire – amoureux pour s’autoriser à amener une fille dans son lit…



– Allô… Valentin ? C’est moi, oui… Ça va, toi ? Oh, moi, nickel… Tout baigne… T’as reçu mes photos ? Oui ? Et alors ? Oui, hein ? Que je te raconte ? Que je te raconte quoi ? Ce qui se passe là, maintenant ? Je suis sur les genoux de Julien, un bras passé autour de son cou… À poil… Enfin presque… J’ai juste une petite culotte… Ma noire toute brodée de dentelle, tu sais… Il a glissé une main dedans… Ben oui… Tu te doutes bien, oui… Je le sens contre mes fesses… Tout dur… Si je mouille ? C’est même pas que je mouille… C’est que je suis carrément trempée… Les autres ? Hermione… Tout ça… Ils sont autour, oui… Pourquoi ? Évidemment qu’ils regardent ! Qu’est-ce que tu crois ? Si on va le faire devant eux ? Il y a toutes les chances… Qu’est-ce t’en penses, toi, Julien ? Il pense pas… Il se marre… Il se marre et il me rentre les doigts… Mais oui, je suis toujours là, oui… Seulement ça va être moins facile de parler pour moi maintenant… Je vais être trop occupée… Tu veux que je te passe Hermione ? Qu’elle te fasse les commentaires ? Non ? Tu préfères m’écouter moi, en live ? C’est comme tu veux… C’est toi qui vois…


– Il y a pas que des piaulements de Pauline qu’il a profité finalement…
– Oui, t’en étais, Agathe, de la comédie !
– Tu peux parler, toi !
– Tous on en était… Tous ! Et vaut mieux comme ça, non ?
– Ah, oui alors !
– Non, mais ce truc de fou que c’était tous ensemble, là,… Ce truc de fou…
– Quand même… j’aurais bien aimé voir sa tête au Valentin là-bas…
– Faudrait qu’il vienne… Il pourrait pas venir ?
– Si, bien sûr… Suffit que je lui demande… Il va accourir…
– Ça aura pas le même charme… Ça aurait sûrement plus le même charme…
– Ah, ça, c’est sûr… Qu’est-ce qu’il y a, David ? Pourquoi tu rigoles ?
– Je rigole pas, non, mais ça me rappelle quelque chose tout ça…
– Ah… Eh ben vas-y ! Raconte ! Ça te rappelle quoi ?
– Une fille avec qui je suis sortie…
– Je l’aurais parié…
– Une femme plutôt… Mariée…
– Ben, tiens ! Tant qu’à faire… Et alors ?
– Et alors son truc, c’était que je m’occupe d’elle pendant qu’elle était au téléphone avec son mari…
– Comme Pauline, quoi !
– Pas vraiment, non… Parce que Pauline son Valentin il est au courant… Il sait ce qui se passe… Tandis que là il se doutait de rien… Valait mieux d’ailleurs… Parce que ça se serait vraiment très mal passé…
– Mais… vous alliez jusqu’au bout ? En même temps qu’elle téléphonait ? Elle jouissait ?
– À chaque fois… Ou quasiment…
– Non, mais comment c’est possible un truc pareil, sans que le type, à l’autre bout, il s’aperçoive ?
– Elle était très douée… Et, à mon avis, très entraînée…
– C’est complètement fou, ça ! Jamais un gémissement ? Jamais un soupir ? Je sais pas, moi… Quelque chose qu’aurait pu lui mettre la puce à l’oreille…
– Jamais… Rien… Elle lui parlait, pendant, comme si de rien n’était… D’un ton tout ce qu’il y a de plus normal, tranquille et détaché…
– Faut le faire ! Faut vraiment le faire… Et elle lui racontait quoi ?
– Sa journée… Arrangée à sa sauce à elle… Elle avait fait les magasins avec des copines… Elle avait rendu visite à une vieille amie de sa mère qui déprimait… Avait passé l’après-midi dans les salles égyptiennes du Musée du Louvre…
– Alors qu’en réalité vous étiez ensemble…
– J’aurais jamais pu, moi… J’aurais fini par vendre la mèche… D’une façon ou d’une autre… Je suis la reine de la gaffe…
– Moi, c’est surtout que prendre mon pied sans brailler, c’est carrément pas possible… Sinon ça m’aurait pas vraiment déplu comme situation… Ça m’aurait même pas mal excitée… Sauf qu’il aurait fallu que je raccroche avant d’être vraiment lancée parce que sinon…
– Finalement t’as sacrément de la chance, Pauline, hein !
– Mouais…
– T’as pas l’air vraiment convaincue…
– Si ! Oh, si ! Bien sûr… Dans un sens, oui… J’y trouve largement mon compte… C’est vrai que c’est stimulant… Que j’ai pas à me cacher… Que je trouve pas désagréable du tout de le mettre dans tous ses états sans qu’il me demande quoi que ce soit en retour… Mais d’un autre côté…
– T’as l’impression de plus rien avoir vraiment à toi…
– Voilà, oui…
– T’es pas obligée de tout lui dire non plus…
– Non… Bien sûr… Non…
– Mais tu le fais quand même… Parce que tu te sens redevable à son égard…
– Voilà, oui…
– Mais redevable de quoi ?
– De ce qu’il me laisse libre… De ce que je peux faire tout ce que je veux…
– La preuve que non !



– Oh, quand elle fait cette tête-là, Hermione…
– Oui… Sa petite lippe gourmande…
– C’est qu’elle a quelque chose à raconter… Bon, ben vas-y ! On t’écoute…
– C’est pas vraiment que j’ai à raconter… Pas grand-chose de plus en tout cas… Je l’ai vue Coralie, oui, mais bon… Non… C’est plutôt que je voudrais savoir ce qu’il faut que je fasse… Parce que v’là une nana qu’est amoureuse folle de toi, David… Ou qui croit l’être… Qui regrette tant et plus que tu te sois pas jeté sur elle quand elle était à moitié à poil à tes côtés sur le banc… Mais qui, en même temps, t’es infiniment reconnaissante de pas l’avoir fait… Qui rêve d’être dans tes bras, mais que cette perspective terrorise… Qui t’a cent fois écrit et qui, cent fois, a renoncé… Alors tu veux faire quoi ? Donner suite ou pas ?
– Il est en train de peser le pour et le contre, là…
– Il en crève d’envie, c’est clair…
– Seulement ce qu’il est en train de se dire, c’est qu’amoureuse comme elle est, ça va être galère après pour s’en débarrasser…
– Sans compter qu’il y a le mari… Et qu’ils sont collègues…
– C’est pas un problème, ça, le mari… Vu qu’il avait envisagé lui-même de la lui coller sur les bras…
– Justement ! C’est de la femme ET du mari qu’il faudra qu’il se débarrasse… Ça complique…
– Il va quand même se laisser tenter… Tu paries qu’il va se laisser tenter ?
– Oui, ben ça, forcément… Un mec, dès qu’il a l’occasion de tirer un coup il saute dessus… Il y a plus rien d’autre qui compte…
– Ah, ça y est ! Il va parler… Chut… Écoute…
– Ce que tu pourrais peut-être faire… Incidemment, dans la conversation, tu lui glisses que l’ami qui t’héberge travaille dans le grand garage du boulevard Jean Jaurès… Tu lâches mon prénom, mine de rien… Elle ne pourra pas ne pas comprendre…
– Elle va sauter sur l’occasion… Ça fait pas l’ombre d’un doute… « C’est pas vrai ! C’est pas vrai que c’est lui ! Ah, ben ça alors ! » Et elle va demander à Hermione de jouer les intermédiaires…
– Et lui, il va laisser venir… La laisser s’avancer à découvert…
– Oui… Comme ça, quand il en aura marre, qu’il voudra mettre un terme, il pourra toujours prétendre que c’est elle qui lui a couru après… Qu’il avait rien demandé…
– Ah, c’est courageux, on peut pas dire…
– Vous commencez à me plaire toutes les deux…
– On espère bien……
– À force de pousser le bouchon, vous allez finir par vous ramasser une bonne fessée déculottée, oui ! C’est tout ce que vous allez gagner…
– Tu vas pas faire une chose pareille ! On serait capables d’aimer ça…


Pauline m’a rejoint au-dehors, s’est laissée tomber dans un transat…
– Ils sont où tous ?
– David est au boulot… Agathe a filé comme une voleuse… Sans dire où elle allait… Mais bon… C’est pas bien compliqué à deviner où elle est allée… Elle est partie retrouver son Célestin…
– Qui compte beaucoup plus pour elle qu’elle ne veut bien l’admettre, non ?
– Ça, il y a toutes les chances, oui…
– Quant à Hermione il y a neuf chances sur dix qu’elle soit en train de s’occuper des intérêts de Coralie…
– De Coralie et de David…
– Et même des tiens…
– Des miens ?
– Des tiens, oui… Pourquoi tu crois qu’elle fait tout ça ? Pour les beaux yeux de Coralie ? Pour ceux de David ? Non, mon cher, non… C’est pour toi… Essentiellement pour toi… Eh oui ! On parle toutes les deux, figure-toi ! On parle… Et j’en sais des choses sur ton compte… Notamment que laisser traîner les yeux sur un couple en pleine action tu dis rarement non… Surtout s’il est pas au courant… S’il y en a au moins un des deux qu’est pas au courant… Et donc… Donc il va se passer quoi si la mayonnaise prend entre Coralie et David ? Ils vont se rencontrer où ? Ben ici, évidemment… Et toi, inventif comme tu es, tu vas bien trouver une solution pour aller surveiller, du plus près possible, le déroulement des opérations… Non ?
– C’est pas forcément exclu…
– Et après t’iras dire qu’elle pense pas à toi Hermione… Qu’elle fait pas tout ce qu’elle peut pour te faire plaisir…
– Je lui revaudrai ça…
– Maintenant… faut être honnête… en l’occurrence elle pense aussi un peu à elle…
– Beaucoup à elle… Parce que je suis bien placé pour savoir que c’est le genre de spectacle dont elle est particulièrement friande…
– Surtout quand elle y assiste avec toi…



Agathe a passé la tête par la porte de la salle de bains…
– Ah, t’es là…
J’étais là, oui… Dans la baignoire… Où je venais de voluptueusement m’installer…
– Je peux venir avec toi ? Ça te dérange pas ?
– Évidemment que tu peux… Évidemment ! T’as de ces questions par moments…
Elle se l’est pas fait répéter deux fois… Elle a abandonné ses vêtements à même le carrelage… M’a rejoint…
– Comment ça fait du bien !
La tête renversée en arrière… Les yeux clos… Les pieds bien calés, de chaque côté, contre mes hanches…
– Ça se passe pas trop mal pour toi, on dirait…
– Oh, ça va… J’ai pas à me plaindre…
– T’as un de ces petits airs épanouis…
– Ah, oui ? Je me rends pas compte…
– C’est quoi ? L’effet Célestin ?
– Peut-être un peu… Mais pas spécialement, non… C’est tout un ensemble plutôt… Le climat qu’il y a là, ici, entre tout le monde… Tu crois que ça se fera finalement ? Que vous le ferez ?
– Quoi donc ?
– Votre truc dont vous parlez des fois… De vous installer tous les cinq ensemble… Les cinq vieux de la vieille…
– Alors ça !
– J’espère bien que non… Ou alors qu’il y en aura d’autres avec vous…
– Toi, par exemple…
– Moi… Hermione… Et puis pas seulement…
– Le risque, c’est que ça finisse par faire colonie de vacances…
– Oui, oh, mais de toute façon…
– De toute façon ?
– C’est pas mieux comme on fait maintenant plutôt ? De se retrouver tous ceux qu’ont envie… Quand ils ont envie… Quand on a envie… Et puis voilà…
– Toi, Hermione t’a fait la leçon… Mais on n’en est pas là n’importe comment… On verra ça… Le moment venu… S’il vient…
Elle m’a effleuré… Du bout du pied… S’est faite plus insistante… Plus précise… A ri…
– Ça m’étonnera toujours… Non, mais comment c’est trop facile de vous faire grimper, vous, les types… Et dire que t’as plein de nanas qui se font tout un film à partir de ça ! Qui s’imaginent que le mec sous prétexte qu’il bande… Faut vraiment être naïve quand même ! T’en penses quoi, toi, de Pauline ?
– Quel rapport ?
– Aucun… C’est juste que… C’est trop quand même ce truc qu’ils font avec son mari, avoue !
– Ça te tenterait ?
– Non… Si… Je sais pas… C’est pas que ça me tenterait… Pas vraiment… Pas comme ça… Plutôt comme il racontait David… Avec un type, à l’autre bout, qui serait pas au courant… Ce que je me demande, en fait, c’est si je serais capable… Si j’arriverais à me contrôler… Qu’il se rende compte de rien…
– Tente l’expérience… T’as Célestin sous la main…
– Et si je tiens pas le coup ?
– Il le prendra mal ?
– Plutôt, oui, je crois… Le connaissant…
– Au point de te plaquer ?
– Il y a des chances…
– Et alors ? Ce serait un drame ?
– Oh, non… Non… Célestin, moi, tu sais…
– Eh bien alors ? Qu’est-ce qui te retient ?
– Rien… Rien finalement… Allez, j’y vais…


– Oh, les deux autres ! Comment ils sont ! Vous auriez pu nous attendre au moins… Qu’on en profite, nous aussi…
– Ça s’est décidé comme ça… D’un coup…
– Ben racontez, quoi !
– Je me suis installée sur ses genoux à Julien… Sur le tabouret de la salle de bains… Et puis j’ai appelé…
– Et tu parles ! Tu parles comment elle l’a tenu le coup ! À peine deux minutes… Le temps de lui dire bonjour à Célestin… De lui demander comment ça allait… Et elle commençait déjà à se tortiller et à haleter tant et plus…
– Ben forcément ! Forcément ! Avec ton machin dressé tout droit contre mes fesses et tes mains qu’arrêtaient pas de se promener tout partout…
– Et alors ? Il s’en est aperçu ?
– Vous pensez bien qu’il s’en est aperçu… Vu la façon dont ça s’est emballé…
– Et elle s’en est sortie comment ?
– Elle lui a fait croire qu’elle était toute seule… Et qu’elle se caressait en pensant à lui…
– Une femme, si elle veut, elle retombe toujours sur ses pieds…



– Elle me lâche plus…
– Qui ça ?
– Ben, Coralie, tiens ! Depuis qu’elle sait que je connais David… Qu’il m’héberge… C’est sans arrêt qu’elle est pendue au téléphone… En plus du reste… Des repas à midi… Des randonnées…
– Ça ! C’était à prévoir… Et alors ?
– Et alors je lui dis… Je lui raconte… Que maintenant qu’il sait qu’on a fait connaissance toutes les deux il arrête pas de me parler d’elle… De chanter ses louanges… De la porter aux nues… Et de regretter… Ce qu’il peut regretter de pas s’être montré plus sincère, plus amoureux, plus entreprenant, sur le banc, dans le parc… Seulement il y avait Gaëtan… Ils étaient collègues… Il pouvait quand même pas… Surtout un jour pareil…
– Elle doit boire du petit lait…
– Tu parles !
– Et une rencontre, c’est pour quand ? Elle doit te supplier, non ?
– C’est quand David voudra… Elle attend que ça…
– Oh, mais je suis à sa disposition, moi… Invite-la ! Quand tu veux…
– Il y a mieux… Imagine… Elle t’attend sur le banc… Sur ce banc où tous les deux…
– C’est une perspective séduisante… Surtout si elle m’y attend en petite culotte… Comme elle l’était ce jour-là…
– Elle y a pensé, elle aussi… C’est faisable… Il y a jamais personne dans ce parc… Vous serez tranquilles… Et vous n’aurez plus qu’à reprendre les choses là où vous les avez laissées…


– Tu parles comme ils seront tranquilles ! Parce que je suppose qu’on sera dans les fourrés pas loin tous les deux… À profiter du spectacle…
– Toi, oui… Moi, non… J’aurai mieux à faire…
– Ah… Et on peut savoir quoi ?
– Tu me déçois… Tu me déçois beaucoup… Moi qui croyais que tu me connaissais au moins un minimum…
– Ben, justement… Il me semblait que ça – regarder un couple en pleine action – c’était quelque chose qui te tenait tout particulièrement à cœur…
– C’est vrai… Mais il y a pas que ça…
– Je vois pas…
– Je vais te donner un indice… Tu te rappelles quand on a fait la connaissance d’Agathe ? Et de son Loïc… Tu te rappelles comment ça s’est passé ?
– Ça y est… Oui, ça y est… Ce que tu es en train de me dire en fait, c’est que pendant que David et Coralie fileront le parfait amour sur leur banc, toi, tu t’occuperas du mari…
– Voilà… T’as tout compris… Mais tu gardes ça pour toi, hein ! Ça reste entre nous… Au moins pour le moment…
– Mais…
– Mais quoi ?
– Gaëtan… Tu l’as vu ?
– Évidemment… Un jeu d’enfant… Ce genre de type de toute façon… D’autant qu’il avait flashé sur moi, j’te rappelle…
– Ce que j’ai quand même du mal à réaliser, c’est…
– Pourquoi je prends un tel pied à m’envoyer en l’air avec un type pendant que sa nana se fait tirer par un autre ? J’en sais rien du tout… C’est comme ça… C’est un truc, mais un truc… Tu peux pas savoir… Je donnerais n’importe quoi pour ça…


Pauline a raccroché… A jeté, avec une petite moue exaspérée, son portable sur la table basse…
– Il commence à me gonfler sérieusement avec ça…
– C’était qui ? Ton mari ?
– Mon mari, oui… Qui ne veut plus se contenter d’écouter… Qui veut aussi voir… Qui voudrait que je branche une cam quand je suis avec vous, les garçons…
– À sa place…
– Oui… Eh ben c’est non, non et non…
– Ça te gêne qu’il te voie en pleine action ?
– Bien sûr que non ! C’est pas ça…
– Ben, c’est quoi alors ?
– C’est que pour le moment il imagine… S’il voyait…
– Ça perdrait tout son mystère… Et beaucoup de son intérêt…
– Exactement…
– Et ça pourrait finir par remettre bien des choses en question…
– T’as tout compris…



David a squatté la salle de bains…
– Alors ça y est ? C’est pour cet après-midi ?
– À trois heures on a rendez-vous, oui… Sur « notre » banc…
– Il est facile à trouver au moins ?
– Tu peux pas te tromper… Suffit que tu suives le sentier… Tu prends toujours tout droit… C’est le dernier… Au fond du parc… Sous un immense marronnier… En face c’est tout un fouillis d’espèces de roseaux… Bien dense… Bien épais… Elle pourra pas te voir là-dedans… C’est pas possible…


Agathe a voulu venir…
– T’imagines quand même pas que je vais te laisser profiter d’un truc pareil tout seul, non !
Pauline aussi……
– Plus on est de fous…
– En attendant on a intérêt à être en avance… Parce que elle, elle le sera… Forcément… Et si on veut avoir le temps de s’installer…


– Il est pas avec vous David ?
– Non… Et à mon avis il est pas près de rentrer…
– Coralie ?
– Coralie, oui… Vu comment ils avaient l’air de s’entendre, tous les deux, sur le banc ils ont dû aller poursuivre leur passionnante conversation ailleurs…
– Eh ben, racontez, quoi !
– Vas-y, toi, Agathe ! T’en crèves d’envie…
– Oui… Ben alors il avait raison Julien… Sacrément en avance elle était… Quasiment trois quarts d’heure… Elle est arrivée et elle s’est désapée… Là… Tout de suite… Juste la culotte elle a gardée… Le sous-tif aussi… Et elle a attendu… Comme ça… À moitié à poil… Sans bouger… Sans rien faire… Sauf que, de temps en temps, elle regardait sa montre… Et qu’elle arrêtait pas de surveiller dans l’allée s’il arrivait… Quand elle l’a vu, comment elle s’est levée d’un bond ! Comment elle a couru vers lui ! Comment elle s’est jetée dans ses bras !
– Et comment tu racontes ! T’aurais aimé être à sa place, hein, finalement !
– Ben, attends ! Être amoureuse comme ça ! C’est toutes qu’on en rêve, non ?
– Sauf qu’il y a vraiment pas beaucoup de mecs qui valent la peine qu’on le soit…
– On a beau essayer de se faire croire le contraire…
– Bon, mais allez ! Continue !
– Ils sont restés un bon moment comme ça… À se parler… Les yeux dans les yeux… Et puis ils sont revenus vers le banc, enlacés… Elle l’a fait asseoir… Elle s’est installée à califourchon sur lui… Et alors là, mais là !
– Faut dire aussi ! Avec tout le retard qu’elle avait à rattraper depuis le temps…
– Ah, elle y allait de bon cœur ! Pour y aller elle y allait… Et que je te le chevauche… Et que je te rugis comme une tigresse… Et que je te repars à l’assaut…
– Et ça vous a pas donné envie ?
– T’as qu’à y croire ! Fallait les voir les deux autres, là… Pauline et Julien… À croire qu’ils voulaient leur faire concurrence… Même que j’ai bien cru, à un moment, qu’elle allait les griller la Coralie tellement ils braillaient… Si elle avait pas été aussi occupée…
– Oh, l’autre ! Parce que tu t’en es pas payé une bonne tranche, toi, peut-être !
– Ben, forcément ! Avec les deux autres en face… Et vous à côté… En plus ! Comment tu veux résister ?
– Ouais… En fait, tout le monde s’est bien amusé, quoi !
– Ça, c’est sûr ! Pourquoi t’es pas venue ?
– J’avais des trucs à faire…


– Maintenant qu’on n’est que tous les deux…
– Tu voudrais savoir comment ça s’est passé, pendant ce temps-là, avec le mari…
– Tu es très perspicace…
– Il est puant…
– Voilà qui a le mérite d’être clair…
– Non, mais attends ! Imagine… Le type il vient de te tirer… Ça cassait pas trois pattes à un canard en plus, mais bon… Et il a rien de plus pressé que de te faire la liste de ses conquêtes… Avec commentaires à l’appui, s’il vous plaît… « Vero, c’est vraiment pas un cadeau… Mais bon ! Faut bien qu’il y ait quelqu’un qui se dévoue, la pauvre ! Laëtitia, elle, c’est une vraie planche à repasser… Jamais un gémissement… Jamais le moindre frémissement de plaisir… Rien… Ce qui l’empêche pas de venir chercher régulièrement sa dose… Je suis pas chien : je la lui donne… » Et tout à l’avenant… Quant à sa femme… il a beau prétendre, sur tous les tons, en avoir rien à foutre.– et il s’en est pas privé – je suis bien tranquille que s’il la savait dans les bras d’un autre il prendrait ça très mal… Mais vraiment très très mal…



– Ah, David ! Enfin !
– C’est pas trop tôt…
– Elle t’avait kidnappé cette Coralie ou quoi ?
– On avait beaucoup de choses à se dire…
– Vous avez pas fait que ça… Parce que vu comment t’as les yeux cernés…
– Mais qu’est-ce que j’ai pu être con ! Quand je pense à tout ce temps perdu… Si seulement j’avais su me lancer ce jour-là quand je l’ai trouvée sur le banc…
– Les regrets ça avance jamais à grand’chose…
– Je sais bien, mais…
– Mais t’es en train de tomber amoureux…
– Oh, non… Non… Ça, il y a pas de risque…
– Oui, oh, alors là on en reparlera… Fais attention à toi quand même…


– Il y est encore reparti…
– Et après ça il ira dire qu’il est pas amoureux…
– Une chose est sûre en tout cas : il est plus le même…
– Oui… L’impression que ça donne, c’est qu’on l’emmerde…
– Et je crois que c’est pas complètement faux… Il n’a plus envie de quoi que ce soit avec nous… Il y a plus que cette Coralie qui compte… Être avec elle…
– Ou penser à elle… Ce qui revient finalement au même…
– Je crois que le plus raisonnable, vu la situation, ce serait de s’éclipser discrètement…
– T’avais pas une dernière copine à aller voir, toi, Julien ?
– Si ! Aline…
– Eh ben alors, allez ! On y va…
– Oui, mais on n’est pas invitées, nous trois…
– Connaissant Aline, je crois pas que ça pose vraiment un problème… Mais bon… Je vais quand même lui poser la question…


– Alors ?
– Ben alors j’ai un peu discuté avec David… En tête à tête… Et effectivement… Il n’osait pas nous le demander, mais oui, il vaut mieux qu’on s’en aille…
– Ça, d’accord… On s’en doutait un peu… Mais ta copine… Tu l’as pas appelée ?
– Si… Bien sûr… Elle est ravie… Ça peut pas mieux tomber…
– Parce que… ?
– Parce que qu’est-ce qu’elle s’emmerde, là-bas, dans son trou perdu… Alors me voir arriver avec trois petites nanas qu’ont pas froid aux yeux…
– Ça, pour pas y avoir froid on n’y a pas froid… Ni là ni ailleurs…
– Oui… Non, mais attends… Ce que t’es en train de nous dire, là, c’est pas qu’elle est branchée que filles ?
– Aline ? Oh, non… Non… Si elle devait être branchée quelque chose, ce serait plutôt groupes… Elle adore qu’on la voie faire… Et regarder faire…
– Ça, ça me déplaît pas non plus…
– Ni moi…
– Ce qui veut dire qu’il va falloir qu’on commence par se trouver des mecs… Parce que je suppose qu’elle a pas ça en stock…
– Sûrement pas, non…
– Comment c’est bandant ça, moi j’trouve, de se mettre en chasse quand on arrive quelque part…
– À la Jules César… « Veni, vidi, vici… » J’arrive, je mate, j’emballe…
– On part quand ? J’ai hâte…
– Le plus tôt possible… Demain matin ?
– Va pour demain matin… Ça marche…


– Bon, alors qu’est ce qu’elle fout Hermione ? On n’attend plus qu’elle…
– Ah, tiens, la v’là justement…
– Ben alors ! Où t’étais passée ?
– Partie dire au revoir à Coralie…
– Ah… Et alors ?
– Elle a l’intention de demander le divorce…
– Hou la la !
– Comme tu dis, oui… Je lui ai conseillé de temporiser… De laisser venir, mais bon…
– Faudra quand même garder un œil sur ce qui se passe ici… Bon, mais allez ! En route…