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dimanche 27 décembre 2009

nouvelles ( 2 )






S U R L E F A U T E U I L



Tout a commencé comme ça : quelqu’un avait oublié une revue sur la banquette du café que nous fréquentions beaucoup plus assidûment, Amaelle et moi, que les amphis de la Fac de droit… Je l’ai distraitement feuilletée…
- Tiens, c’est marrant, écoute !… Un sondage : 87% des hommes et 69% des femmes reconnaissent se masturber régulièrement… Quelle conclusion on peut en tirer à ton avis?…
- Pas la moindre idée…
- Que 13% des hommes et 31% des femmes sont encore trop coincés pour l’avouer…
Elle a éclaté de rire…
- C’est pas complètement faux !…
- T’en fais partie ?…
Elle a haussé les épaules…
- J’irais pas le chanter sur les toits, mais je vois pas pourquoi je m’en défendrais… J’ai toujours considéré ça comme parfaitement naturel… Pas toi ?… - Moi ?… Je suis un fervent pratiquant depuis de longues années… Depuis que je suis en âge de l’être…

On en a reparlé le lendemain…
- Il le sait Dominique que tu te câlines toute seule…?
- Oui, ben alors là !… Pas question d’aborder le sujet avec lui !… La seule chose qu’il serait capable d’en conclure c’est qu’il ne me satisfait pas puisque j’ai besoin de ça… Ca n’a rien à voir, mais comment elle en prendrait un coup sa fierté de mâle… Et toi, Anne, elle est au courant ?…
- Oh, Anne, ça ne lui viendrait même pas à l’idée que je puisse en avoir envie puisque je l’aime…

Le surlendemain aussi…
- Je le dirais pas à n’importe qui - pour quoi je passerais ?… Mais un type le plus souvent il te gâche ton plaisir plus qu’autre chose… Il est dans sa tête à lui… Même s’il te connnaît bien, s’il essaie de te faire des trucs que tu aimes, c’est presque jamais ceux que tu aurais voulu à ce moment-là… Ou pas de la façon qu’il aurait fallu à ce moment-là… Tandis que toute seule !… C’est toi qui mènes le jeu… à ton rythme… avec tes images… comme tu veux… Tu les prends, tu les abandonnes, t’en fais venir d’autres… Tu peux te mettre et mettre les autres dans toutes les situations dont tu as envie… Tu n’es jamais déçue… Jamais…

Elle a voulu savoir…
- Mais t’es pas obligé de me répondre… A quoi tu penses, toi, quand tu te le fais ?…
- Ca dépend… Des jours… Du moment… De mon humeur… De tas de choses… Souvent ça part d’un petit rien… D’un coup de vent qui fait voltiger une robe, qui me laisse furtivement entrevoir une petite culotte… Du rideau d’une cabine d’essayage mal tiré… D’un regard croisé particulièrement appuyé… Dès que je suis seul je revis la scène, je la fais durer, je brode tant et plus… Ca part dans tous les sens… Ca m’emmène où ça veut… dans les endroits de moi-même les plus invraisemblables…
- Je connais ça aussi…
- Et puis j’ai mes histoires, des histoires qui me suivent depuis toujours… Qui sont chevillées à moi… Qui s’imposent quand elles l’ont, elles, décidé…
- Et qui ne doivent surtout pas être racontées… Elles en perdraient tout leur pouvoir… Ca aussi je le sais…

Elle a plongé ses yeux droit dans les miens…
- Et à moi, tu y penses des fois pendant ?…
- Si je te dis que non, tu me croiras ?…
- Non…
- J’y ai toujours pensé… Au lycée il y avait trois ou quatre filles de la classe que je ramenais avec moi presque tous les soirs… Tu en faisais partie…
- C’était qui les autres ?…
- Anaïs… Caelia… Romane… Amina…
- Tu as bon goût… Et maintenant ?…
- Maintenant… maintenant on est tout le temps ensemble tous les deux… Toute la journée… Partout… En amphi… En TP… A la bibliothèque… Au resto U… Ici, au café… Tu es là, constamment à portée de regard… On se parle… On en parle… Alors forcément tu es aussi avec moi quand je le fais… Il y a même des fois où…
- Où ?…
- Où j’ai hâte de te quitter pour aller te retrouver… Et toi ?… Tu me fais venir ?…
- Oui… De plus en plus souvent… De plus en plus longtemps…
- Et tu imagines quoi ?…
- Qu’on le fait tous les deux ensemble… côte à côte… Sans qu’il se passe rien d’autre…
- Ca, c’est vraiment pas difficile à réaliser…

On n’a pas voulu que ce soit tout de suite… Pour avoir le temps d’y penser… D’en avoir envie… De l’imaginer… Chacun de son côté… Ou ensemble… On en parlait… On se racontait comment ce serait… Ca se déployait en mots… Ca existait… C’était comme si ça avait eu vraiment lieu… Alors on changeait… Autre chose… Autrement… Jusqu’au jour où…
- On le fait ?… On le fait vraiment ?…

On a roulé jusqu’à la mer… On l’a longée… On l’a laissée nous lécher les pieds… On a imprimé nos pas dans le sable… On a beaucoup parlé… Mais pas de ça… Pas une seule fois… Et puis elle a voulu se baigner et on s’est poursuivis en grandes gerbes d’éclaboussures heureuses…

Le soir, on a dîné aux chandelles, d’huîtres, de moules et de vin blanc dans une petite auberge à glycine et volets bleus… On est restés à discuter, les yeux dans les yeux, jusqu’à ce que, autour de nous, toutes les autres tables aient été libérées…

Je me suis couché le premier… Elle m’a rejoint dans l’obscurité, s’est silencieusement coulée auprès de moi dans le lit… Il s’est passé du temps… Beaucoup de temps… Et puis comme un frémissement à côté… une vibration… un tremblement… Mes doigts sont descendus se refermer sur moi… Elle a respiré plus vite, plus profond… Ca s’est affirmé… amplifié… en moutonnements délivrés… Une jambe est venue se poser contre ma cuisse, s’y est appuyée, ancrée… J’ai accéléré mon mouvement de va-et-vient… Elle a haleté, doucement gémi, s’est plainte, cabrée… Elle a déferlé… Je me suis répandu… Au hasard… Elle m’a recueilli du bout des doigts et est retournée vers elle…

Au réveil il faisait grand jour… Appuyée sur un coude, le menton dans la main, elle me regardait… On s’est souri…
- Tu pensais à quoi, pendant, cette nuit?…
- Qu’on le faisait dans notre café… Sous la table… Avec tous les gens autour qui pouvaient nous voir… Et toi ?…
Elle a ri…
- En plein amphi… Sans nous cacher… Avec tous les regards sur nous… Tu aurais vu leurs têtes !…
Elle a repoussé drap et couverture jusqu’au pied du lit…
- On recommence ?…

C’était deux jours plus tard… Dans le grand amphi… Pendant le cours de droit administratif… On était assis côte à côte… Elle avait étalé son manteau sur ses genoux… Elle s’est appuyée contre moi, épaule contre épaule… Et elle a bougé… Imperceptiblement… Un remous qui a gagné tout le bras… Qui a pris consistance… A rythme plein… Echevelé… Elle a renversé la tête en arrière, s’est abandonnée contre moi… Elle s’est redressée, a chuchoté…
- Ce sera ton tour tout-à-l’heure au café…

- Eh bien vas-y !…
A la table juste à côté la fille semblait absorbée par son livre… Plus loin deux types étaient engagés dans une conversation à grands gestes animés… Plus loin encore un couple d’amoureux s’embrassait à bouche-que-veux-tu… J’ai glissé ma main dans mon pantalon… J’ai laissé mes yeux dans les siens… Jusqu’au bout… - Tu sais pas quoi ?… Te retourne pas, mais je crois bien que les trois filles derrière toi elles se sont aperçues de quelque chose…

- On repart le week end prochain ?…
- T’as pas peur qu’il finisse par se poser des questions Dominique ?…
- Oh, Dominique !… Il y en a que pour le foot en ce moment !… Ils partent en déplacement je sais pas où… Il s’apercevra même pas que j’étais pas là… Et toi, Anne ?…
- Elle va chez ses parents… Et comme je suis indésirable là-bas…
- Eh bien on part alors !… Tu me laisses faire… Je m’occupe de tout…

C’était un château de rêve perdu au milieu des bois… Une suite avec lit à baldaquin et baignoire à remous…
- T’es complètement folle !… Ca doit coûter les yeux de la tête un truc pareil…
- T’occupe !… C’est mes oignons…
On a passé l’après-midi à arpenter lentement, au hasard, les rues d’une ville inconnue… En entrant de temps à autre dans une boutique… En regardant passer la foule, attablés à une terrasse de café…
- C’est drôlement important pour moi, tu sais, d’être ensemble comme ça avant… De nous créer un climat, une ambiance à nous… On est bien… C’est ça qui me donne envie, à moi, qu’on se regarde le faire…

Elle a appelé de la chambre à côté…
- Ca y est… Tu peux venir… Allume !…
Elle était assise, complètement nue, sur l’un des deux grands fauteuils droits, une jambe passée, de chaque côté, par dessus les accoudoirs… Elle m’a fait signe… Je me suis déshabillé et je me suis installé dans l’autre, tout près, mes genoux contre les siens… Et je l’ai regardée… Les seins lourds, fermes, veinés de bleu… L’encoche en bas à nu sur ses replis dentelés, feuilletés, ombrés… L’entrée offerte de son réduit d’amour… J’ai regardé… Et elle m’a regardé regarder… Longtemps…

Elle s’est posé une main en bas…
- Ils sont là… Tu les vois ?…
- Qui ça?…
- Eux… Dominique… Anne… Les copains de la fac… Ceux du café… Tous ceux de tous les jours… Tous… Ils sont tous là…
Et elle s’est lissée… Avec impatience… Avec emportement… De haut en bas… De bas en haut…
- Oui… Ils sont là…
Et elle a pressé son bouton, l’a titillé, écrasé, torturé… Avec obstination… Avec délices… Je l’ai accompagnée en laissant le gland bien à découvert - longuement - à chaque allée et venue…
- T’as vu comment ils nous regardent ?… Ils n’en peuvent plus…
Elle a rentré un doigt… Un autre… Son souffle s’est fait plus court… Ses lèvres se sont entrouvertes… Ses yeux se sont embrumés…
- Comment elles sont dressées leurs queues !… C’est pour moi… Rien que pour moi… Et les filles !… T’as vu les filles ?…
Elle s’est cabrée et a tout doucement sangloté un bonheur que j’avais attendu pour libérer le mien… On est restés un long moment comme ça… Sans parler… Sans bouger… Et puis :
- Tu sais ce que j’aimerais un jour ?… C’est me le faire pendant que j’ai un homme en moi…








C H A M B R E 2 0 8


15 Juillet

Le type de la 117 j’ai vu sa queue… Ce matin, en leur apportant le petit déjeuner… Quand je suis entrée il était tout nu, face à la porte… Il racontait quelque chose à sa femme dans le lit en faisant de grands gestes… Il m’a lancé un regard stupéfait et il a filé dans la salle de bains dont il a précipitamment refermé la porte… Elle a vaguement ri, mi-gênée, mi-complice… Je n’ai pas cillé…


Quand t’arrives avec tes plateaux comme ça, le matin, forcément il y a plein de choses à voir… Parce que les gens sont en train de se lever, encore à moitié endormis… Souvent, ils ont même complètement oublié qu’on allait leur apporter le petit déjeuner au lit… Ou bien ils ont pas vu passer l’heure… Et ils se méfient pas… Je remonte le couloir sans bruit… Je frappe… J’entre… Résolument… « - Le petit déjeuner, messieurs-dames… » J’adore ça les surprendre… Surtout les types… Il y en a des tout gênés, comme celui de tout à l’heure, qui se dépêchent de se cacher… Il y en a qui font semblant que non, mais on voit bien que si quand même… Il y en a aussi qui s’en foutent et d’autres qui font exprès d’être à poil quand tu rentres… Ca m’est égal… Du moment que j’en profite… Le tout c’est qu’ils s’en rendent pas compte…



J’aime voir… C’est ma passion… Ma raison de vivre… Personne ne sait… Personne ne doit savoir… C’est mon secret… J’aime voir… Des queues… Des fesses… Des femmes aussi… Des couples… J’aime voir… J’aime tout voir…


17 Juillet


Sous les draps, les petits jeunes de la 202 étaient en pleine action… Ils se sont aussitôt séparés, éloignés l’un de l’autre, réfugiés chacun à un bout du lit, rouges et confus… « - Je vous le mets où ?… - Hein ?… Quoi ?… - Le plateau… Je vous le pose où ?… - Ah ! Oh là… Là… » Entre eux… Sur le lit… En refermant la porte je l’ai entendue demander… « - Tu crois qu’elle s’est rendu compte ?… - J’en sais rien… Sûrement… - Comment ça craint !… »


Mais j’ai rien vu… Malheureusement… Ou pas grand chose… L’année dernière par contre il y en avait deux… C’était en Août… La 118… Ils baisaient sur le lit… Elle m’a vue… Elle a voulu l’interrompre, le repousser… Il n’y a rien eu à faire… Il était tout près de son plaisir… Plus rien d’autre ne comptait… Il ne voyait rien… Il n’entendait rien… Comment il y allait !… Comment elles remuaient ses fesses !… Un vrai régal… Il est retombé sur elle… Il a joui dans un grand râle…


Le truc le plus fou que j’aie jamais vu ça a quand même été – au tout début – la femme de la 109… Elle était toute seule… Toute nue sur le lit… Elle s’était bandé les yeux… Elle avait des écouteurs sur les oreilles… Et elle s’amusait avec un gode… Elle le faisait rentrer, sortir, courir le long de sa chatte, s’obstinait sur son bouton… En grands battements de jambes… Ouvertes, déployées, crispées, resserrées… En grandes ondulations éperdues du bassin… En grands gémissements affolés… Je suis restée… Qu’est-ce que je risquais ?… Je suis restée jusqu’à ce que son plaisir la fulgure… J’imagine la tête qu’elle a dû faire après quand elle a trouvé le plateau sur la petite table près de la fenêtre…


19 Juillet



J’en étais sûre… Ca sentait le couple illégitime à plein nez ça… Et les couples illégitimes c’est la chambre 208… Toujours… Forcément… Chaque fois que je peux… Chaque fois que c’est moi à la réception… Parce que les couples illégitimes neuf fois sur dix ça dure toute la nuit… Et ça fait pas semblant… Et moi, là, au-dessus, je suis aux premières loges… Il suffit de coller l’oreille au parquet et t’entends tout… Jusqu’au moindre soupir… Comme si t’étais dans la pièce avec… Tu vois pas, non, mais c’est presque encore mieux… Parce que t’imagines…


Ils sont montés tôt… Tellement tôt que j’ai raté le début… Le sommier grinçait déjà à toute allure et elle chantait son plaisir à pleine gorge… Avec un tel abandon que tout l’hôtel devait en profiter… Quelques minutes de répit en mots tendres murmurés doux et c’est reparti de plus belle… Et encore… Et encore… Ils se sont endormis à quatre heures du matin… Moi aussi…


Ils avaient réclamé le petit déjeuner pour sept heures… J’ai frappé… Un vague grognement… Je suis entrée… Dans la lumière du couloir qui tombait sur le lit, ils dormaient, épuisés… Lui, sur le ventre, à même les couvertures, complètement nu… Elle, dans une nuisette blanche dont les bretelles avaient glissé, découvrant deux seins de rêve dont les pointes étaient encore dressées… J’ai pris tout mon temps pour aller déposer le plateau sur la table près de la fenêtre, pour revenir jusqu’à la porte que j’ai refermée sans bruit après un dernier et long regard… Ils ne se sont pas réveillés…


A midi, en les servant au restaurant, j’ai eu tout le temps de les observer… Il a un certain charme, oui, mais finalement il est assez quelconque… Ce n’est pas le genre de type que tu remarques dans la rue… Mais alors elle !… D’une beauté à se mettre à genoux devant… Si j’étais un homme je sais pas quelles folies je serais capable de faire pour une femme comme ça… Et ce regard !… Il te transperce… Il s’empare de toi… Tu ne peux pas ne pas être à lui… Et sa voix ! Extraordinaire sa voix… D’un rauque profond, mystérieux, terriblement envoûtant…


20 Juillet


Au dessous la nuit a été beaucoup plus calme… Ils ont parlé en long ruisseau de mots ininterrompu… Ils ont fait l’amour… Juste une fois… Et ils se sont endormis…


Quand je leur ai apporté le petit déjeuner ils étaient levés, habillés, prêts à profiter d’une journée qui s’annonce tout particulièrement belle… Elle a voulu savoir ce qu’il y avait d’intéressant dans la région…
- Vous qui êtes du pays… Ils ont eu droit à tout… Je ne leur ai pas fait grâce de la moindre curiosité locale…


Dès qu’ils ont été partis – je les ai suivis du regard tout au long de l’allée, puis sur la route, après, en contrebas – je suis montée faire leur chambre… C’est hallucinant la quantité de parfums qu’elle a… J’en ai essayé quelques-uns sur le dos de ma main… Et les sous-vêtements !… Un sac entier… Je les ai brassés… Avec volupté… Examinés un à un… J’ai fermé la porte à clé… Devant la glace de la salle de bains j’ai enfilé le string rouge avec le soutien-gorge assorti… Et puis la culotte de dentelle noire… Je n’ai pas pu me résoudre à la quitter… J’ai tourné de ci de là avec dans la chambre… J’ai examiné le reste de leurs affaires avec curiosité… Tout… Méthodiquement… J’ai ouvert le lit… Je m’y suis allongée… Il y avait son odeur… Mes mains m’ont cherchée… Quand je suis revenue à moi on m’appelait en bas…


21 Juillet


Ils sont rentrés à minuit, se sont aussitôt couchés, endormis…


Il feuilletait une revue tout habillé sur le lit… Il m’a souri… « - Ah, le petit déj… » La porte de la salle de bains était restée ouverte… Elle sortait de la douche… Elle était tournée vers moi… Un trop bref regard, au passage, à ses seins sublimes… Un autre, tout aussi rapide, en dessous… Et… Et je me suis immobilisée, pétrifiée : là, en bas, elle avait une bite et une paire de couilles !… Derrière moi il a ri de bon cœur… « - Eh oui !… Ca surprend, hein, quand on sait pas… Oh, mais vas-y !… Vas-y !… Reluque !… Te gêne pas !… Instruis-toi !… C’est pas elle que ça dérange… Au contraire… »
Je me suis enfuie… Aussi vite que j’ai pu…


A midi ils n’ont pas mangé là… Le soir non plus…


22 Juillet


Ils étaient complètement nus tous les deux… « - Bonjour… - Bonjour… » Je suis allée jusqu’à la table, près de la fenêtre, en regardant droit devant moi… Je suis revenue vers la porte et… Ca a été plus fort que moi… J’ai levé les yeux sur elle… Impossible de m’en empêcher… Impossible de m’arrêter… « - Elle vaut le coup d’œil, ça c’est sûr… » J’ai rougi, bafouillé… « - Excusez-moi !… Je ne voulais pas… Je m’en vais… Je… Excusez-moi !… - T’en es pas encore revenue, hein ?… - Si… Non… Mais c’est qu’il… c’est qu’elle… il fait tellement femme aussi… » Elle a plongé ses yeux droit dans les miens… « - C’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire… - Pour être femme elle est femme, ça, on peut pas dire… Jusqu’au bout des ongles… Non, mais regarde-moi cette paire de lolos !… » Il a passé la main dessous… « - Regarde !… Il y en a beaucoup qui aimeraient en avoir des comme ça, non, tu crois pas ?… - Oh si !… » Il les a doucement caressés, en a fait durcir la pointe, y a posé ses lèvres… Leurs deux queues se sont élancées, déployées… « - Tu veux nous regarder ensemble ?… Hein ?… Tu veux ?… Allez, va fermer la porte… »









D E U X B O N N E S C O P I N E S




- C’est Ophélie... Une copine... Une vieille copine… De quand on était au bahut… On s’est rencontrées par hasard tout à l’heure en faisant les courses… C’est dingue, non ?…
Elles avaient une foule de choses à se raconter…
- Tu restes dîner ?… Mais si, reste !… Qu’on puisse papoter un peu !… Depuis le temps !…
De souvenirs à évoquer…
- Quand je pense qu’on pouvait pas se sentir là-bas au début !…
- Et pour cause !… Tu me piquais tous mes mecs…
- Tu peux parler, toi !… Qui c’est qu’avait commencé avec Laurent ?…
- Ah, parlons-en de Laurent !… Mais va te coucher, Benjamin, si tu veux… Tu tombes de sommeil…

Ca a continué en vagues de chuchotements et en grands éclats de rire jusque tard dans la nuit… Quand elle s’est enfin glissée à mes côtés il était trois heures du matin…
- Elle est restée dormir finalement… Sur le canapé… Dans le séjour…
Elle a soupiré…
- Je vais être propre, moi, demain pour aller bosser…

Je suis allé m’installer aussi discrètement que possible devant l’ordi…
- Qu’est-ce que tu fais ?…
- Je t’ai réveillée ?… Désolé…
- Non… Non… Ca fait rien… Hein, qu’est-ce que tu fais ?…
- Je bosse…
- Chez toi ?… Sur l’ordi ?… C’est cool… Il y a du café ?…
Il y avait, oui… Dans la cuisine… Elle s’est levée – petite culotte et soutien-gorge blancs – est allé s’en servir un grand bol qu’elle a lentement siroté, appuyée au chambranle de la porte…
- C’est quoi au juste ton boulot ?…
- Disons que je donne des cours – d’informatique – sur Internet… Un petit sifflement admiratif…
- Bon, ben moi je vais me laver… Et chercher du boulot…

Elles sont rentrées ensemble, sur le coup de huit heures…
- On est encore allé faire des courses… On n’a pas vu le temps passer… T’as préparé quelque chose à manger ?… Oui ?… T’es un amour… Parce qu’on va essayer de se coucher plus tôt ce soir… Sinon ça va pas le faire à force …

Quand elle m’a enfin rejoint il était une heure du matin…
- Comment tu la trouves ?… Elle est sympa, hein ?… Ca t’ennuierait si elle restait un peu ?… Juste quelques jours… Le temps qu’elle se retourne… Qu’elle trouve quelque chose… Parce qu’elle est dans une de ces galères en ce moment, j’te dis même pas !…
Je me suis doucement approché… Elle m’a repoussé…
- S’il te plaît, non… Pas ce soir… Je suis crevée…

Elle avait rejeté draps et couvertures et dormait sur le ventre, une jambe hors du lit, l’autre repliée vers l’intérieur… A l’entrejambes la culotte avait glissé sur le côté… J’ai malgré tout fini, à regret, par aller me mettre au travail…
- Ah, t’es là ?… Je t’avais pas entendu arriver… Je peux venir voir ce que tu fais ?…
Elle s’est penchée, appuyée, du bout des seins, contre moi…
- J’y comprends rien… mais alors là rien du tout… C’est du chinois pour moi… Elle s’est redressée…
- Je peux te demander quelque chose ?… Il y a longtemps que vous êtes ensemble avec Roxane ?…
- Deux ans… Pourquoi ?…
- Non… Comme ça… Parce que comment elle a changé !… Tu l’aurais connue avant… Complètement instable elle était avec les mecs… Ah, je peux te dire qu’il en a défilé !… Mais elle a dû te raconter tout ça… En tout cas, tu l’as complètement métamorphosée, ça c’est sûr… Et ça a l’air de vouloir durer en plus !…

- Allo… Oui, c’est moi… Dis, nous attends pas… Mange sans nous!… On se fait une soirée entre filles, là, toutes les deux…

Ophélie a surgi, nue, dans la salle de bains…
- Ah, t’es là !…
J’étais là, oui, en train de me raser… Elle s’est précipitée sous la douche…
- Faut que je me dépêche !… J’ai un rendez-vous pour du boulot… Si ça pouvait le faire !… Non, mais si ça pouvait le faire !… Elle s’est séchée… A laissé tomber la serviette…
- S’il te plait, tu me fais une petite place… Que je puisse me maquiller…

- Tu peux pas savoir comme je suis contente de l’avoir retrouvée… Au bahut on pouvait pas vraiment s’apprécier… On était bien trop jeunes… Mais là maintenant on se découvre… On a une foule de points communs toutes les deux… On se comprend d’un mot… D’un regard… On devient véritablement amies… La seule chose, c’est que je peux pas trop me consacrer à toi en ce moment, mon pauvre amour !

- Tous les matins c’est pareil… Je suis à la bourre et faut que je cavale… Ca t’ennuie pas si je prends ma douche avec toi ?… Parce que sinon…
Elle n’a pas attendu la réponse… Elle s’est aspergée, a frotté, savonné… Et elle a ri…
- Hou la la !… Je te fais de l’effet on dirait… Oh, mais tire pas cette tronche-là !… C’est normal d’avoir envie… Moi aussi j’ai envie…
Elle m’a effleuré le torse…
- Chut… Roxane…
- Quoi, Roxane ?… Elle est pas obligée de le savoir Roxane… Elle saura rien Roxane… Viens !… Allez, viens !…

Sur le canapé du séjour…
- Laisse-toi faire !… Laisse-moi faire !…
En caresses lentes et subtiles… Avec les cheveux… Avec les lèvres… Avec les seins… Elle m’a pris en elle… Elle nous a emmenés… A course folle… On a éclaté… Elle est retombée sur moi… Contre moi… Elle a murmuré…
- Souviens-toi du vase de Soissons…
- Quoi ?… Qu’est-ce que tu racontes ?…
- Rien… Elle me l’avait piqué Laurent… Chacune son tour…








A U C A F E



Au lycée personne n’était jamais sorti avec Alicia… Personne… Jamais… Avec son visage d’ange, ses grands yeux bleu océan, ses longs cheveux noirs qui voltigeaient sur ses épaules, elle suscitait pourtant bien des convoitises et nombreux étaient ceux qui avaient voulu tenter un jour ou l’autre leur chance… En vain… Elle repoussait toutes les avances avec tant de fermeté et de détermination que même le séducteur le plus aguerri ne tardait pas à comprendre qu’il était inutile d’insister… Il n’insistait pas… On n’insistait pas… Chacun en avait définitivement pris son parti…



J’ai retrouvé Alicia en fac le jour de la rentrée…
- Qu’est-ce tu fais là ?…
- Ben… et toi ?… On était perdus tous les deux, déroutés par l’immensité des locaux, la multitude des étudiants, la complexité du système des options, la nouveauté des programmes et on s’est aussitôt spontanément arrimés l’un à l’autre… Ensemble en amphi… en T.P… A la bibliothèque… Au resto U… Au café… Où on passait des heures interminables à discuter encore et encore… A se découvrir et à se raconter…



Ce n’était pas prémédité… On arpentait le Jardin des Plantes… L’un a voulu tourner à gauche, l’autre à droite… Face à face… Tout près… Les yeux dans les yeux… Et… Elle avait un goût à la fois acidulé et sucré, de feu de bois et d’algue marine… On s’est pris la main… Nos pas nous ont portés, à rythme doux, jusqu’au labyrinthe… Nos bouches s’y sont reprises… On s’est assis sur un banc, enlacés… On était bien… Si bien…


Et on a eu nos lieux à nous, pour être le plus souvent et le plus longtemps possible à nous… A nous deux… « Notre » Jardin des Plantes bien sûr… Le petit recoin de verdure au-dessus des arènes de Lutèce… Le minuscule square sous l’église Saint Vincent de Paule… Des arrière-salles de café aussi quand il pleuvait : rue Geoffroy Saint-Hilaire… boulevard de l’hôpital… rue des Belges… Tant d’autres au hasard de nos longues errances dans Paris…



J’étais fou de désir pour elle… Quand nous nous étions longuement embrassés, pressés, serrés l’un contre l’autre, je n’y tenais plus… Je tentais une incursion dans son corsage, essayais de me faufiler sous la jupe… Elle me repoussait doucement…
- Arrête… Non… Arrête… On pourrait nous voir…
- Mais il y a personne…
Elle me désignait du menton et du regard les façades des immeubles tout autour ou les consommateurs qui nous tournaient le dos, accoudés au bar…
- Mais il font pas attention à nous !…
- Non… Non, j’te dis !…



Il s’est passé de longs mois avant que je puisse parvenir à mes fins… Ce fut par un après-midi glacial de Janvier… Après avoir longtemps marché nous avions fini par nous réfugier dans la douce chaleur d’un café de hasard… Au sous-sol deux couples de notre âge n’étaient occupés que d’eux-mêmes… Et, cette fois, elle ne m’a pas repoussé… J’ai longuement dessiné, enrobé, modelé, avec ravissement, un amour de petit sein dont la pointe a frémi et durci sous mes doigts… J’ai cheminé lentement tout au long de la cuisse… J’ai frôlé la culotte… Je m’en suis éloigné… J’y suis revenu… J’en ai pris possession… Je l’ai effleurée, caressée, parcourue… Je m’y suis introduit… Elle a fermé les yeux… Son souffle s’est fait plus court…


J’ai recommencé chaque fois que j’ai pu… Le plus souvent elle laissait mes doigts errer et se faire progressivement audacieux sans opposer la moindre résistance… Elle y prenait même un plaisir évident… Mais, sans que je puisse en déterminer la raison, il lui arrivait aussi parfois de m’interdire farouchement toute approche… Si je l’interrogeais alors à ce sujet elle se murait dans un mutisme boudeur auquel il m’était rigoureusement impossible de l’arracher…



C’est arrivé par un splendide soir de mai… L’air était d’une infinie douceur… Les martinets tournoyaient haut dans le ciel… Nous nous étions installés sur un banc, dans un square inconnu, et elle m’avait laissé être entreprenant… Mal dissimulé derrière un maigre rideau d’arbustes, tout près, un type nous observait avec une attention hagarde… Je redoutais d’autant plus qu’elle finisse par déceler sa présence qu’elle se montrait, ce soir-là, tout particulièrement réceptive à mes caresses : elle se pressait amoureusement contre moi, se tortillait lascivement sous mes doigts, haletait voluptueusement dans mon cou… Elle a même fini par oser s’aventurer, pour la première fois, dans mon pantalon où elle a exploré, pétri, malaxé, trituré avec une fougue et une ardeur que je ne lui connaissais pas… C’est finalement le gardien du square qui nous a interrompus…
- On ferme !…
Il faisait cliqueter furieusement ses clés dans l’allée juste derrière…
- On ferme !…
On a précipitamment remis de l’ordre dans notre tenue et l’inconnu, de son côté, s’est prestement éclipsé… Au regard qu’elle a jeté dans sa direction, en se levant, il m’est venu le soupçon que, depuis le début, elle le savait là…



Le lendemain, elle a voulu retourner au même endroit…
- Il est sympa ce petit square, non ?… Et puis tranquille…
On s’est installés sur le même banc, à la même place… On s’est encore embrassés, caressés… De temps à autre elle le cherchait brièvement, du coin de l’oeil, dans les feuillages…
- Il viendra pas…
Elle a plongé dans les miens des yeux d’un bleu angélique…
- Hein ?… Mais qui ça ?…



Il n’est revenu que la semaine suivante… Elle était sur mes genoux, la tête enfouie dans mon cou, la robe relevée haut sur les cuisses…
- Il est là…
Elle n’a pas bougé… Elle a imperceptiblement frémi…
- Il est là…
Et, tout en continuant à la caresser, j’ai lentement pivoté pour qu’elle lui fasse très exactement face… Elle ne m’en a pas empêché…
- Il fait quoi ?…
En chuchotement à l’oreille…
- Rien… Il te regarde… Il te mange des yeux…
J’ai ramené les bords de la culotte au pli de l’aine et j’ai palpé, fouillé, écarté, introduit deux doigts… Elle a haleté dans mon cou…



Il n’est plus jamais revenu…







II




On avait échoué tous les deux lamentablement à nos examens… Ce n’était que justice : nos résultats étaient à la mesure du travail fourni… Alicia avait décidé d’arrêter…
- De toute façon j’en ai marre… Ca me sort par les yeux…
En septembre elle a trouvé du travail, loué un petit studio… On s’y retrouvait aussi souvent que possible… J’y passais la nuit, les week end… On était bien… On était ensemble… On faisait l’amour… Souvent… De moins en moins souvent… Presque plus… On en avait incompréhensiblement très vite perdu l’envie…



Elle l’a tranquillement constaté un dimanche d’octobre…
- On s’emmerde… Et pas qu’un peu… On va faire un tour ?!…
Et d’instinct on a repris nos anciens circuits… Les mêmes cafés… Les mêmes squares… Les mêmes bancs… Tout est redevenu - aussitôt - comme avant… Et on a passé le plus clair de notre temps dehors…



L’immeuble juste en face du banc où elle m’avait entraîné comportait dix étages… Et douze fenêtres par étage… Qu’on a longuement contemplées sans rien dire…
- Il y a des gens, tu crois, derrière ?… Elle n’a pas répondu… Elle a posé la tête sur mon épaule…
- Il y a toujours - partout - du monde à l’affût de ce qui se passe derrière les fenêtres… Tu peux être tranquille qu’on nous a repérés… Qu’il y a des types là, tapis dans l’ombre… Un ?… Deux ?… Cinq ?… Dix ?… Plus ?… On saura jamais - qui espèrent de toutes leurs forces que je vais finir par te prendre contre moi et par te caresser… Ils sont prêts à attendre des heures s’il le faut juste pour entrevoir la courbe de ton sein… un petit bout de culotte… beaucoup plus peut-être s’ils ont de la chance… Pour te voir te blottir passionnément contre moi… onduler… n’en plus pouvoir de désir, d’excitation, de volupté…
Elle a plongé ses yeux dans les miens… Ils étaient embués… Je l’ai attirée et on leur a donné à voir… Beaucoup… Tellement…



Elle était tombée en arrêt devant un pantalon dans la vitrine d’un magasin du boulevard saint-Michel…
- Il te plaît ?… Je te l’offre…
Il ne lui allait pas…
- Ca me boudine…
Mais il y en avait d’autres… Des quantités d’autres…
- Une vraie mine, dis donc, là-dedans !…
Une mine qu’elle a voulu explorer, d’essayage en essayage, de fond en comble… J’apportais… Je soulevais le rideau… Je remportais… J’apportais encore… La cabine faisait face à la caisse… Le type derrière ne pouvait pas en détacher les yeux… Au gré de mes incursions le rideau glissait insensiblement et progressivement sur la tringle, lui offrant des perspectives de plus en plus intéressantes… Elle faisait semblant de ne pas s’en apercevoir… Elle enfilait, ajustait, retirait, recommençait… Un dernier pantalon, beaucoup trop étroit, dans lequel elle s’est malgré tout obstinée à rentrer en se tortillant… Dont elle a éprouvé les pires difficultés à sortir… La culotte a suivi… Elle a brusquement relevé la tête, croisé son regard, tiré le rideau… Au retour on a aussitôt fait l’amour avec infiniment de passion…



On avait choisi le cinéma devant lequel s’étirait la file d’attente la plus longue… On attendait l’ouverture du guichet… Elle observait les gens tout autour avec une attention extrême… Tout à l’heure, dans la salle, celui-ci ou celui-là serait assis juste derrière nous ou à côté… Il ne verrait rien du film, bien trop préoccupé de nous, d’elle, de nos caresses… Chaque fois que, sur l’écran, l’image se ferait plus claire il se tendrait, toute attention, pour capturer - goulûment - tout ce qu’il pourrait d’elle…
- Tais-toi !…
- Ils ne peuvent pas entendre…
Combien ils seraient, là, à n’avoir d’yeux que pour elle ?… Et puis, le film terminé, quand la lumière reviendrait, que la salle s’évacuerait lentement - si lentement - ils auraient encore le plaisir de ses joues en feu, de son regard baissé qu’ils s’efforceraient en vain de saisir… On a pris nos billets et on s’est installés en bas dans les tout premiers rangs…



Comme tous les jours j’étais allé l’attendre, sur le trottoir, en bas de son bureau, pour passer avec elle les deux heures de sa pause déjeuner… Il pleuvait à verse et on s’est engouffrés, en toute hâte, dans le premier café venu… L’arrière-salle était comble… La seule table libre faisait face au comptoir auquel une dizaine d’hommes en bleu de travail étaient accoudés…
- Oh non !… Non !… Quand même pas !…
Mais elle s’y est laissé entraîner… On s’est assis côte à côte, sur la banquette, et je l’ai attirée contre moi… Elle a enfoui sa tête dans mon cou, comme à son habitude, et j’ai entrepris la lente ascension de la cuisse… J’ai voulu aller plus loin, plus haut… Elle s’est dérobée, défendue, genoux obstinément serrés, et puis abandonnée d’un seul coup… Au comptoir toutes les conversations s’étaient interrompues…
- Ils regardent… Tous…
Elle a haleté dans mon cou…
- Arrête !… S’il te plaît, arrête !…
Dans la culotte… J’ai lissé longuement les contreforts, le pourtour, l’intérieur des lèvres…
- Arrête !… Arrête !… Je vais jouir…
Un peu plus fort… Un peu plus vite… Elle s’est crispée, raidie… Un râle… un seul, mais vibrant, venu du tréfonds d’elle-même… Plein… Entier… Ils ont éclaté de rire… Et puis le patron a exigé, péremptoire…
- Oui, ben vous allez faire vos cochonneries ailleurs !… C’est pas un bordel ici !…
Il a fallu passer devant eux, goguenards, rigolards… Quand on est arrivés à sa hauteur celui du bout de la rangée a tranquillement constaté…
- Eh ben dis donc, ma fifille, toi, faut pas t’en promettre…



Au-dehors la pluie avait encore redoublé de violence et on a précipitamment trouvé refuge sous une porte cochère… On s’y est enlacés… Le désir s’est élancé, nous a enveloppés, submergés… Et elle m’a voulu en elle… Là… Tout de suite… Il y a eu une cavalcade sur le palier juste au-dessus… La minuterie a brusquement illuminé la cage d’escalier… Quelqu’un s’y est précipité… Elle m’a retenu… Et elle a eu son plaisir juste au moment où a surgi un homme entre deux âges qui s’est figé à nos côtés, médusé…









L A P E T I T E C U L O T T E




- Ca te coûte rien d’essayer!… Tu vas quand même pas passer ta vie avec des migraines comme ça à te taper la tête contre les murs !… Parce que je peux te dire que pour moi ça a été drôlement efficace… C’était tous les jours ou presque mes crises de colique hépatique… Et depuis rien… Pas une !…
- Il te fait quoi ?…
- Il cherche d’abord d’où ça vient… Avec son pendule… Il te le passe partout… Des pieds à la tête… Parce que c’est rarement là où tu as mal que ça siège… C’est presque toujours ailleurs… C’est pour ça que les médecins c’est rare qu’ils trouvent… Moi, c’était dans la nuque… Alors t’as qu’à voir !… Après, quand il sait où c’est, il te travaille là… Avec ses mains… Et ça te fait un bien !… Tout de suite tu le sens, tu peux pas dire le contraire…

Il l’a fait asseoir… Des migraines… Bon… Qui survenaient quand ?… Dans des occasions particulières ?…
- Non… Non… Pas spécialement….
Ca durait depuis ?…
- Deux ans… A peu près…
Et elle n’avait pas songé à s’en préoccuper avant ?…
- Si !… Si !… Mon médecin m’a fait suivre un traitement…
Qui n’avait rien donné… Evidemment !… Elle avait quel âge?…
- 39 ans…
Elle avait des enfants ?…
- Oui… Deux…
Pas d’autres problèmes de santé ?…
- Non… Non… Aucun…
- Bon… Venez avec moi… Dans une petite pièce attenante…
- Vous allez vous déshabiller, vous allonger là et faire le vide en vous… Le plus possible… Je reviens d’ici une vingtaine de minutes…
Et il a refermé la porte sur elle…

Elle s’est déshabillée… Le pull… Le pantalon… Elle s’est arrêtée… Est-ce qu’il fallait aussi enlever le reste ?… Il n’avait pas précisé… Oui… Sûrement il fallait… Il passait son pendule partout elle avait dit Emilie… Si les vêtements le gênaient ailleurs ils le gênaient là aussi… Forcément… C’était logique…

Elle a tout enlevé… Elle s’est allongée… Et elle a aussitôt été prise d’un doute… Et s’il fallait pas ?… Des petits bouts de tissu comme ça ne l’empêchaient sûrement pas de poser un diagnostic… C’était ridicule… Ca tenait pas debout… Elle s’est sentie nue… Terriblement nue… Plus nue que jamais toute seule dans cette petite pièce… Non, sûrement fallait pas… Elle s’est précipitamment relevée, elle a renfilé sa culotte et elle est retournée s’allonger…

Et s’il fallait quand même ?… C’était agaçant à la fin !… Comment savoir ?… Elle aurait l’air fine s’il fallait quand même… Elle l’imaginait… Elle le voyait… Elle l’entendait… « - Enlevez votre culotte… » Avec son petit air supérieur… Il était imbuvable ce type en fait… Puant de suffisance… « - Enlevez votre culotte !… » Et c’est devant lui qu’il faudrait le faire… Ah non !… Non, elle n’allait sûrement pas lui offrir cette satisfaction… Et elle l’a à nouveau retirée, dissimulée, sur la chaise, sous ses autres vêtements…

C’était idiot… Complètement idiot… Elle allait se relever pour la récupérer quand… son pas dans le couloir… qui s’est rapproché… Il est entré…
- Oh, mais fallait garder votre culotte !…
- Je savais pas, je…
- On vous l’avait pas demandé…
- Ben oui, mais…
- Vous êtes la première… En quinze ans… Toutes les autres jusqu’ici elles l’ont toujours gardée…









U N E P R E M I E R E F O I S



A quatre ans je suis tombé éperdument amoureux de Tina Modotti. De sa photo – son visage en gros plan, Hollywood, 1919 – encadrée, suspendue toute seule sur le grand mur blanc au-dessus du bureau de mon père…
- C’est qui la dame ?…
- C’est compliqué… Elle te plaît ?…
Si elle me plaisait ?… Assis par terre, à ses pieds, je restais plongé des après-midi entières dans ses yeux…
- Elle viendra nous voir un jour ?…
Il souriait…
- Je crois pas, non…

A force de la fixer, là, sous son chapeau bizarre, quelquefois ses lèvres semblaient vouloir s’entrouvrir pour me dire quelque chose, me confier un secret… C’était quoi ce secret ?…
- Si c’est un secret, c’est un secret…
Il a reposé son stylo…
- Elle te le dira peut-être un jour si tu sais attendre…
Et j’ai attendu…

A six ans, quand il est mort, qu’on m’a demandé ce que je voulais à lui, de lui, pour le garder toujours je n’ai pas hésité une seule seconde… Et on l’a installée dans ma chambre juste en face de mon lit… Pour moi tout seul… Elle est devenue ma confidente… Je lui disais tout… Chaque soir, en rentrant de l’école, je m’installais face à elle et je lui racontais ma journée… Mes joies… Mes doutes… Mes chagrins… Mes désespoirs… Elle m’écoutait… Sans jamais se lasser… Avec bienveillance… Elle ne me jugeait pas… Elle ne me grondait pas…

Plus tard mes premiers élans amoureux elle les a compris, mes premières déceptions elle les a consolées… Au fil du temps il s’était tissé entre nous quelque chose hors de tout que personne ne pouvait comprendre… Que je n’essayais pas d’expliquer… Quand un camarade en visite m’interrogeait… « - C’est qui là-haut ?… » je prenais l’air mystérieux, lointain, de celui qui sait, mais qui ne peut rien dire… Il n’insistait pas… Nous étions seuls – elle et moi – à pouvoir savoir notre passion partagée…

Le bureau de papa était resté en l’état… Exactement comme au jour de sa mort… J’y allais quand j’avais besoin d’un livre, d’un dictionnaire, d’un document quelconque… Au début je m’en emparais très vite et je m’enfuyais… Et puis, peu à peu, j’y ai passé de plus en plus de temps… J’ai progressivement apprivoisé son fauteuil, ses tiroirs, ses rayonnages que j’ai explorés méthodiquement…

Et puis un jour… C’était un grand album pas très gros, à la couverture lie-de-vin, qui s’intitulait tout simplement : « Edward Weston » en lettres dorées… Je l’ai feuilleté machinalement… Et refermé d’un seul coup le cœur affolé… Non… Sûrement j’avais rêvé… Ce n’était pas possible… Réfugié dans ma chambre, je l’ai interrogée…
- C’est toi ?… Est-ce que c’est toi ?..
Elle n’a pas répondu… Elle s’est contentée de sourire…

J’y suis retourné le lendemain… Il fallait que j’en aie le cœur net… Et oui… Oui… C’était elle… Tina sur l’azotea, 1923… Allongée toute nue, à même un dallage blanc, endormie, une main sous l’omoplate… Il y en avait d’autres : Nu, Tina, 1924. Sur une couverture effrangée, de face, une jambe légèrement repliée… Nu, Tina, 1924 : sur la même couverture, mais à genoux, légèrement de côté, les fesses offertes…

Dans la chambre je lui ai agité le livre sous le nez…
- Qu’est-ce que c’est que ça ?… Tu peux m’expliquer ?…Ah, tu t’en étais pas vantée, hein ?!…
Elle n’a pas baissé les yeux, mais son sourire s’est fait extraordinairement lumineux… Et d’un seul coup j’ai compris : le secret !… On y était le secret… En plein cœur… C’était ça… C’était donc ça !… Et je me suis déshabillé… C’est elle qui l’a demandé… Tout nu, moi aussi… Elle m’a regardé faire sans un mot…

Et puis je me suis assis à ma table sous son portait, j’ai ouvert le livre et je suis allé de l’un à l’autre… de son portrait aux photos… des photos au portrait… Sans arrêt… Longtemps… C’est venu tout seul… Sans toucher… Sans rien faire… Un premier plaisir… Ample…Profond… Elle a regardé jusqu’au bout… Dans ses yeux il y avait quelque chose qui avait l’air content…










P R E P A R A T I F S



Ca s’est passé un soir qu’il venait encore de me larguer l’autre animal, Marine aussi le sien, la veille, et Vanessa ça allait pas tarder… elle sentait arriver… Il y en avait marre des mecs, mais vraiment marre… Qu’est-ce qu’on s’emmerdait encore avec ça ?…
- On sort en boîte, tiens !… Toutes les trois… Et si jamais il y en a qui viennent nous brancher… Oui, mais qui c’est qui allait nous emmener du coup?…
- L’autre coincé… Il y a qu’à le siffler… Il va rappliquer…
- Oh non !… On va pas se le traîner toute la soirée !…
- Il y aura qu’à le poser dans un coin et il attendra sagement que ce soit l’heure de nous ramener… Je l’appelle… Allo, Max ?… Ca va et toi ?… Qu’est-ce tu fous ?… Rien ?… Eh ben amène-toi alors !… On t’attend… Et voilà !… Dans cinq minutes il est là…

Ce qu’on avait pu lui en faire voir à lui !… Tout ce qu’on voulait on en faisait !… Il disait jamais rien… Il se laissait faire… Et ça, forcément, ça donne toujours un peu plus envie… Mais alors, ce soir-là, de le voir débarquer avec son air de chien battu et sa tête à claques je peux pas dire ce que ça m’a fait… l’envie de passer mes nerfs sur lui, de le faire payer pour l’autre, pour tous les autres… le truc que c’est pas la peine tu peux pas t’empêcher…
- Dis-moi, Maxou, jamais on t’a vu avec une nana, toi !…
- Ah mais oui, c’est vrai ça !… Comment ça se fait ?…
Il est devenu écarlate, s’est mis à danser d’une patte sur l’autre…
- T’es puceau, Maxime, c’est ça ?!… C’est pas vrai que t’es puceau !… A vingt-deux ans !… Eh ben dis donc !…
Il nous a regardées l’une après l’autre d’un air suppliant…
- Oh, mais fais pas cette tête-là !… Ca se soigne… C’est pas grave… Et puis, tu sais, nous, on s’en fout… Complètement…
J’ai fait signe aux filles qu’elles bronchent pas, qu’elles me laissent faire…
- Non, ce qui compte c’est comment t’es super gentil avec nous… Toujours prêt à rendre service… A te précipiter dès qu’on a besoin… Même quand ça t’embête… Même quand t’as pas le temps… Alors c’est pour ça - on en a parlé toutes les trois tout à l’heure avant que t’arrives – on a décidé de te faire un super cadeau… un truc que tu vas vraiment halluciner, tu vas voir !… Mais d’abord faut qu’on te bande les yeux… ce sera plus une surprise sinon…
Il s’est docilement laissé faire sans rien dire, sans poser de questions…
- Là… là… ça serre pas trop ?… Donne-moi la main… Et je l’ai emmené tout doucement, pas à pas…
- Attention !… Il y a une marche là… jusqu’à la salle de bains…
Je l’ai planté à côté du lavabo, bras ballants, tête baissée, et on s’est plus occupées de lui…

On se préparait… On discutait… On rigolait… Exactement comme si il était pas là… Marine a pris une douche, s’est aspergée, savonnée… Il écoutait – ça se voyait – tant qu’il pouvait… Ca grimpait et ça descendait sans arrêt sa pomme d’Adam… A toute allure…
- Ca va ?… Tu t’ennuies pas trop ?…
De la tête il a fait signe que non…
- C’est con de rien voir, hein !… Tu veux que je te raconte à la place ?… Ca te passera le temps en attendant… Hein ?… Tu veux ?…
- Tu parles si il veut!...
- Bon… Alors ce que t’entends là c’est Marine qui se lave… Tu verrais ces jolis lolos qu’elle a, tout ronds, tout mignons, avec des bouts longs, mais longs !… Et en bas !… Comment elle est bien sage la petite touffe, bien régulière, bien coiffée sur la foune… Mais ce qu’elle a de mieux Marine c’est quand même son cul !… Il y a pas photo… Tu vas pas me dire que tu l’as pas remarqué ?!… Tout le monde le remarque… Un cul comme ça ça les rend dingues les mecs !… Toi aussi, dis donc !… Parce que… ouah !… vous avez vu ça, les filles, comment ça grimpe là-dedans ?!… Ca fait pas semblant… Bon, alors à Vanessa maintenant… Tu veux savoir pour Vanessa ?… Oui… Il fait signe que oui… Alors Vanessa elle est assise sur la chaise complètement à poil… Elle se coupe les ongles des pieds… De relever la jambe comme ça pour y arriver comment ça la lui fait baîller, c’est de la folie !… Presque pas de frisettes elle a dessus en plus… Ca cache rien du tout…

Il déglutissait sans arrêt. De grosses gouttes de transpiration lui dégoulinaient dans le cou… Bon, ben il restait plus que moi alors !… Et moi, il voulait savoir, moi ?… Fallait que je me déshabille alors ?!… Lui aussi !… Tous les deux ensemble on allait le faire alors !…
- Ah ben si, attends, si !… C’est normal… Faut une justice… Tu crois pas qu’il faut une justice ?…

Le haut ça a pas été trop difficile…
- Ce torse, Maxou, ce torse !… Quel homme !… On peut toucher ?…
Toutes les trois avec nos mains dessus en nous lançant des clins d’œil et en rigolant par en dessous… Le pantalon il voulait pas, il a résisté, mais il a quand même fini par le faire…
- Bon, allez, ensemble on finit… Attention !… A la une… A la deux… Et à la trois… Ah ben non, non, t’es pas marrant…
Bon, mais tant pis pour lui… Puisque c’était comme ça on allait le ramener à côté, mais il savait pas ce qu’il perdait parce que ce qu’on avait décidé toutes les trois tout à l’heure c’est que ce soir il pourrait une de nous, celle qu’il avait envie… Oh, alors là , comment il l’a quitté le calbut… Ca a pas mis deux heures… On a éclaté de rire…
- Visez-moi ça les filles !…
Il se dressait tout droit son truc tout gonflé…
- Il cache bien son jeu en attendant le Maxou… Il y en a une qui va avoir sacrément de la chance, là, tout à l’heure… Qui ?… Allez, nous fais pas languir, quoi !… Tu vois pas comment on est impatientes ?… Qui ?… Hein ?… Plus fort… On n’a rien entendu…
- Vanessa…
Ah, elle lui plaisait bien, hein, Vanessa… Ce qu’elle était belle avec ses cheveux blonds et ses yeux dorés en amande… Et ces seins qu’elle avait !… Il les aimait, hein, ses seins !… Comment il arrêtait pas de les reluquer par en dessous quand il croyait qu’on le voyait pas…
- Et tu te rends compte ?… Tu vas pouvoir les toucher… tant que tu veux… lui faire tout ce que t’as envie…
Sa queue a palpité, battu l’air, comme si elle voulait saluer…
- Tu vas pas t’ennuyer, dis donc, Vanessa… A condition qu’il sache y faire quand même… Tu vas savoir t’y prendre au moins ?… Oui ?… T’es sûr ?… Parce que c’est pas le tout d’être monté comme un taureau encore faut-il que… mais tu sais pas le mieux ?… On va vérifier avant… C’est plus prudent… Elle est où aglaé, Marine ?…
- J’sais pas… Dans la chambre de mon frère, sûrement…
- Tu vas la chercher ?… Mais panique pas, Maxou, hein !… C’est juste une formalité… Ca va très bien se passer, tu vas voir !…

On la lui a fait gonfler…
- Là, c’est bon… Maintenant tu la prends dans tes bras et t’imagines que c’est Vanessa… Qu’est-ce que tu lui fais ?… Rien… Il te fait rien… Ben ça promet !… Bon, allez, c’est pas la peine, on laisse tomber… Tu te rhabilles et pour Vanessa… Ah ben voilà !… Voilà !… Pas si fort!… Pas si fort quand même !… Tu vas l’écraser… Et parle-lui !… On aime les mots d’amour, nous, les femmes, tu sais pas ça ?…
- Je t’aime…
- Tu l’aimes, oui… Tu l’aimeras toujours… Ils disent tous ça… Et puis après ?… Quoi d’autre ?…
- Tu es belle…
- Ah ça au moins c’est original… Qu’est-ce que tu sais bien y faire, toi, dis donc, avec les femmes, c’est dingue !… Et maintenant ?… Eh bien descends !… Qu’est-ce que tu peux être empoté !… Va la lécher en bas… Ca nous rend toutes folles ce truc… Là, tu vois… Oh là là comment elle gigote !… Comment elle se trémousse !… Elle en peut plus… Elles mouille à fond, non ?

Il s’est redressé d’un coup, crispé, et il a déchargé, à grands spasmes blanchâtres, sur le carrelage de la salle de bains…
- Ah ben non !… Non !… Déjà ?.. T’es qu’un égoïste, Maxou… Tu penses qu’à toi , qu’à ton plaisir… T’es comme les autres… Alors pour Vanessa eh ben tu repasseras !… Quand t’auras fait des progrès… Et il y a du boulot…









SOUS LE PARAPLUIE

A la sortie du métro il pleuvait à torrents. Une pluie d’orage battante et drue… J’ai eu un mouvement de recul pour me mettre à l’abri, me suis arrêté…


Dissimulée sous un large parapluie rouge et blanc la fille a vu mon hésitation…
- Vous voulez que je vous abrite ?… Vous allez loin ?…
- Au carrefour là-bas…
- Eh bien venez !…
C’était une petite métisse aux traits fins, au regard intensément clair… On a marché côte à côte silencieux pendant quelques instants et puis elle a éclaté de rire…
- Ca se fait pas ce genre de choses d’habitude… Je sais pas ce qui m’a pris…
- Oh, ce qui se fait ou ce qui se fait pas !…


J’étais beaucoup plus grand qu’elle et elle devait hausser le parapluie à bout de bras…
- Vous permettez ?…
Je m’en suis emparé… Nos mains se sont frôlées, éloignées… La pluie avait presque cessé…


Encore quelques pas et nous discutions à bâtons rompus comme de vieux amis… Elle avait un petit copain, oui, oui, mais bof !… C’était pas vraiment ça… Si seulement elle savait pourquoi elle était avec… l’habitude… ou la flemme… ou la peur de rester toute seule… Peut-être – sûrement – que le jour où elle rencontrerait quelqu’un d’autre… mais elle pouvait pas dire qu’elle en avait vraiment envie… Elle était compliquée, hein ?!… Des fois elle se comprenait pas elle-même…


J’étais presque arrivé… Je l’ai regardée… Son profil… Elle a tourné la tête vers moi, m’a souri, détendue, confiante… On s’est fait face au bord du trottoir… Un moment de silence…
- Et maintenant ?… Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?… Je vous invite à boire un verre ?… C’est ce que je devrais faire normalement, non, vous croyez pas ? Qu’on fasse plus ample connaissance… Qu’on échange nos téléphones… Qu’on tombe amoureux l’un de l’autre… De toute façon c’est déjà fait… Et pas qu’un peu… Tu es belle… Tu es désirable… Tu es douce… Ca doit être extraordinairement merveilleux de vivre avec toi… Le bonheur lumineux, permanent, absolu… D’ailleurs si le destin a fait se croiser nos chemins ce n’est pas pour rien… Il a ses raisons, le destin… Et elles sont évidentes ses raisons, non, tu crois pas ?
Elle n’a pas répondu… Elle se contentait de me regarder, de m’écouter avec la plus extrême attention…
- Qu’est-ce qui va se passer ?… On va s’emballer… Se dépêcher de se mettre ensemble sans même se connaître… Ca va durer quelques semaines… Ou quelques mois… le temps de s’apercevoir qu’on s’est trompés… qu’on s’est fait des illusions… On va s’entredéchirer… C’est toujours comme ça que ça se passe… Se quitter… Se reprendre… Se requitter… Se faire souffrir jusqu’au bout à la mesure de notre désillusion… Non ?


Elle n’a pas cillé… Elle n’a pas baissé les yeux…
- Mais il y a une autre solution, c’est qu’on se quitte, là, maintenant, tout doucement, sur la pointe des pieds… Avec juste, au fond du cœur, le souvenir de ces quelques pas sous le parapluie… Pour toujours… Le souvenir de ce qui aurait pu être et qui aura quand même été dans un sens… Et peut-être que dans vingt ans, dans trente ans, ce sera notre seul vrai souvenir d’amour… Tu sauras que quelque part quelqu’un continue à penser à toi… Je saurai que quelque part…


On est restés silencieux, les yeux dans les yeux… Et puis, hissée sur la pointe des pieds, elle a repris son parapluie, elle a posé ses lèvres sur les miennes…
- Merci… Merci beaucoup… Et elle s’est éloignée, sans se retourner, le long du boulevard…

mardi 1 décembre 2009

Nouvelles ( 1 )

V E S T I A I R E S



Au coup de sifflet final ils rentrent aux vestiaires par petits groupes, trempés de sueur, le maillot maculé de boue… Les crampons claquent sur le ciment… Quelquefois il y a des chairs tuméfiées, un œil au beurre noir… Le stade se vide… Leurs femmes et leurs copines se regroupent près des barrières…

J’attends un peu - c’est le meilleur moment - et puis j’y vais… sans me retourner… J’y vais… J’entre… Les chants de victoire se suspendent… Les rires s’étranglent… C’est dans un silence seulement troublé par le ruissellement de l’eau sur leurs peaux, sur leurs torses, sur leurs épaules que j’avance, résolue, déterminée… Tous les regards sont accrochés à moi… J’en capture quelques-uns que je garde à tour de rôle brièvement dans le mien…

Et puis je déboutonne ma robe, à temps lentement étiré, chaque bouton l’un après l’autre… Je la fais glisser… J’en sors… Sous-vêtements noirs, ajourés, dentelés, brodés en relief… Sous la douche des queues se sont dressées, ont durci… Je les maintiens longuement sous mon emprise avant de dégrafer le soutien-gorge, de leur montrer - de leur offrir - mes seins, les mains glissées sous eux… Les souffles se font court… Des doigts se referment sur des bites gonflées, gorgées, entament leur va-et-vient les unes après les autres… Je les laisse s’élancer, trouver leur rythme…

Quand je les sais complètement en mon pouvoir, exigeantes, implorantes, je retire ma culotte… Face à eux… Devant eux… Il n’y a plus que moi qui compte… Rien d’autre… Moi… Et leur désir de moi… Leurs désirs bandés vers moi… Alors je marche sur eux… Je remonte la rangée… Je plonge dans leurs regards chavirés… Je recommence dans l’autre sens… Je fais durer… Et puis j’en choisis un… Je me serre contre lui… Il me pénètre à grands coups de reins impérieux… Il lâche sa semence en moi… Autour de nous des queues giclent, éclatent… Parfois c’est à ce moment-là que je jouis… D’autres fois… après… plus tard… quand je sors… quand, la chatte pleine, le sperme dégoulinant le long des cuisses, je passe devant le groupe des femmes et des copines dont les regards lourds, les commentaires haineux me poursuivent tout le temps que je m’éloigne…

Tout a commencé comme ça… Le dimanche - tous les dimanches - j’accompagnais papa au stade… Assise à ses côtés dans les tribunes, je suivais le match avec une attention avide, presque douloureuse… Ces corps solides, musclés, tendus dans l’effort, arc-boutés les uns contre les autres, leurs cris, leurs halètements éveillaient en moi des sensations inconnues et troublantes qui me laissaient la tête vide et les jambes flageolantes…

Quand je les avais longtemps regardé jouer, courir, plaquer, entrer en mêlée alors j’en choisissais un… le plus beau… le plus fort… Le mien… Je ne le quittais plus des yeux… Je l’emportais avec moi… En moi… Je le ramenais à la maison et, le soir, dans mon lit, je me blottissais contre lui, j’habitais ses bras, ivre de bonheur et de tendresse… Mes mains - les siennes - divaguaient sur mes seins, descendaient, effleuraient en bas, insistaient, s’effrayaient, revenaient, se retiraient, avides et frustrées…

Et puis un dimanche quelqu’un a arrêté papa pour lui parler juste devant la porte des vestiaires… Qui s’est ouverte… Qui est restée ouverte… En oblique, au fond, en pleine lumière, il y en avait trois sous la douche, tournés vers moi… Dont le mien, celui de ce jour-là… Quelqu’un a claqué la porte…

Mais ce soir-là, dans mon lit, j’ai osé m’aventurer avec eux… Devant eux… Mes doigts se sont faits pressants, exigeants, volontaires… Ont fini par balbutier un premier plaisir stupéfait et ravi… Que j’ai voulu renouveler aussi souvent que possible… Je traversais mes journées alanguie, fiévreuse, pantelante… à espérer indéfiniment le soir pour pouvoir le pianoter encore et encore, l’apprivoiser, le cerner, m’abandonner, éparpillée, disloquée…





Ces images je les ai fait vivre des dizaines de fois à plaisir éperdu… Je les ai choyées, polies, façonnées au gré des circonstances ou de mes envies… Aujourd’hui encore je les reprends parfois - avec un brin de nostalgie - parmi beaucoup d’autres, toutes celles qui me sont nées depuis que je porte et transporte partout avec moi… J’en ai à foison… Il y en a de douces et de poivrées, de tendres et de cruelles… Elles naissent de tout et de rien… D’une rencontre… D’un mot… D’un silence… D’un regard… Elles s’élancent et je les suis… Je les caresse et elles m’emmènent…

Je me branle… J’aime ce mot… Je le répète… Je le murmure… Je le savoure… Je le crie quelquefois… Je me branle… Ebranlement… Bousculement… Basculement… Quand tout chavire… Quand tout tremble, s’entrouvre, se lézarde de partout… Quand tu ne peux plus te raccrocher à rien, que tu te laisses emporter, ballotter, laminer, puis déposer, épuisée, mais comblée, sur des sables encore mouvants…

Je me touche c’est tout léger au contraire… En effleurements de surface… En vagues moutonnantes qui soulèvent… Qui bercent… Qui portent… Longues flâneries au soleil les doigts en rigoles dans le sable… Brise amoureuse chargée d’odeurs en course lente sur la peau…

Je me tripote c’est très cochon… Mains baladeuses qui triturent, fouillent, malaxent, m’ouvrent à des mâles aux bites démesurées qui me baisent femelle obscène, vicieuse, hurlant des mots débondés…





A l’agence Monsieur Berthier me laisse souvent seule… - J’ai à faire dehors, Julie… Toute la matinée… Vous vous débrouillerez… Je vous fais confiance… Si ma femme appelle… Si sa femme appelle il vient juste de sortir… Il va revenir… Il en a pour une minute…

Je prends sagement un dossier sur la pile, me penche dessus… Des gens passent dans la rue, indifférents, pressés… Parfois un homme ralentit, tourne la tête, essaie de croiser mon regard à travers les appels au voyage colorés qui encombrent la vitrine… Des images s’approchent, flottantes, diffuses… Je les contiens… Ce n’est pas l’endroit… Ce n’est pas le moment… Ce n’est pas raisonnable…

De temps en temps on pousse la porte… On réclame un tarif… un renseignement… On achète un séjour… On s’en va… Mes rêveries me reviennent, me cernent, insistent… Je leur résiste… Je fais semblant… Elles s’installent… Elles m’envahissent… Elles m’enchaînent… Je les laisse faire… Ma main se glisse sous le bureau… Je me soulève sur ma chaise, relève ma jupe, m’assieds à même la culotte… Du dehors impossible de voir ce que je fais : je suis protégée par le comptoir…

Je me caresse doucement d’abord, à touches légères, à travers le nylon… Je m’accroche à une silhouette, à un visage sur le trottoir… Je l’incorpore à ma rêverie… Ca devient plus précis… Ca exige… J’écarte les bords de la culotte, je presse mes lèvres l’une contre l’autre, j’en lisse l’intérieur d’un doigt… On longe la vitrine… Parfois on ralentit… On hésite… On repart… A tout moment on peut entrer… Ca arrive… Un couple de retraités… J’ai largement le temps de me ressaisir… De me reprendre… Ils contournent la chicane d’entrée… Ils s’avancent jusqu’au comptoir… S’ils savaient… Très professionnelle, souriante, je tends une brochure, un formulaire… Ils ne savent pas… Ils s’en vont…

Je reprends… Un étudiant maintenant, au regard fuyant, qui danse d’un pied sur l’autre… - Ce serait juste pour savoir comme ça combien faut compter pour la Guadeloupe… Il happe le tarif.. Il y a mon odeur sur mes doigts… Il l’emporte avec lui…





Je continue… plus âpre… plus violent… Je suis toute inondée, toute creusée… Un jeune cadre au sourire enjôleur cette fois avec des yeux, mais des yeux !… La liste des hôtels se trouve dans le classeur le long de la paroi… J’y vais… A pas lents… mesurés… Ma robe me danse sur les cuisses… Les plis de ma culotte me scient l’aine… Je me penche à l’équerre sur le tiroir… Derrière il en profite… je le sais… je le sens… il fixe ma croupe… il la détaille… il s’en repaît… Je fais mine de chercher… je prends tout mon temps… je reviens enfin… Nos mains s’effleurent quand je lui présente la liste par dessus le comptoir, s’effleurent encore quand je lui souligne, au feutre rouge, les plus calmes… Il remercie, se retourne une dernière fois vers moi avant de franchir la porte… Sur le trottoir il s’arrête, indécis, s’absorbe longuement dans la contemplation des feuillets que je lui ai remis… Je le regarde… Je presse mon bouton… le fais rouler… durcir… J’enfonce deux doigts que je fais aller et venir… Avec frénésie… Avec délectation… J’approche… Tout près… Au bord… non… non… il faut arrêter… C’est trop risqué… C’est trop dangereux… C’est impossible…





Stéphane ne sait rien… Il ne saura rien… J’ai pas envie d’expliquer… De justifier… Il me baise… Ca devrait me suffire… Bien… Il en est persuadé… Il finit ses études de médecine… alors les femmes il connaît, tu parles !… Il connaît que ça… - C’était bon ?… Et il s’endort satisfait, rassasié, dans la bonne conscience du devoir accompli…

Je me rappelle même pas comment on s’est connus ni quand ni où… Ni la première fois avec lui… J’ai beau fouiller ma mémoire… Rien… Ce qui s’appelle rien… J’imagine sa tête si je lui demandais… Sa stupéfaction… Il ne me croirait pas… Impossible… Impossible que j’aie pu oublier des moments à ses yeux sans doute si idylliques…

En tout cas il a été là… Ca, c’est sûr… Un peu d’abord… Une fois par ci une fois par là… Et puis plus souvent… Il a amené des affaires… Par petits lots… Il a habité la chambre, la salle de bains, le séjour… Je l’ai laissé faire… lui ou un autre… Il me dérangeait pas… Toujours le nez dans ses bouquins… Ca faisait une présence… Et ça me permettait de dire que… oui… oui… bien sûr… j’avais quelqu’un…

Maintenant il est là… Tous les soirs… sauf le week end : il va chez papa-maman… Maintenant on est ensemble… Il le croit en tout cas… Ca va de soi… Ca se discute même pas… Qu’est-ce que je pourrais espérer de mieux ?

Notre vie elle est déjà là toute entière devant nous sur des rails… Finie… Bien sûr il aura son cabinet… Dans une ville… Le Berry sûrement… Pour ne pas être trop loin de papa-maman… Pas trop grande… Pas trop petite non plus… Ce sera dur au début… Pendant un an ou deux… Le temps qu’il se fasse une clientèle… Et puis après… Evidemment je ne travaillerai pas… Pas la peine… Pour quoi faire ?… D’ailleurs ce serait mal vu… - Une femme de médecin, tu sais, là-bas il faut qu’elle tienne son rang… Non… J’élèverai nos enfants… Deux… Qu’on regardera amoureusement grandir… Qui seront médecins aussi un jour… Qui se spécialiseront… Dermato… Ou stomato… Ca rapporte… Et puis t’es pas dérangé la nuit…On aura notre maison… Grande… Claire… Spacieuse… Mélange harmonieux, subtil, d’ancien et de moderne… Je ne m’ennuierai pas… Non… On recevra l’été au bord de la piscine… Des vétérinaires… Des notaires… Des commerçants… Et puis un jour il sera maire… Conseiller général peut-être… Sûrement… Pourquoi pas ?… Et puis après qui sait ?… Oui… Qui sait ?… Sans moi… Ca fait pas l’ombre d’un doute… Sans moi…





Si c’était déjà tellement bon comme ça toute seule avec ses doigts qu’est-ce que ça devait être avec un garçon alors !… J’arrêtais pas d’y penser… J’essayais d’imaginer ce que ça pouvait faire quand on les avait à l’intérieur et qu’ils allaient et venaient comme on voit dans les films quand les parents sont pas là… - Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?… Ca s’explique pas… Ca fait du bien, c’est tout… Jennifer les garçons elle connaissait… Elle couchait… Tout le monde le savait… - Le mieux c’est que t’essayes au lieu de te poser tant de questions… Ils demandent que ça n’importe comment…

Au cinéma il était juste derrière avec deux copains… A raconter tout un tas de bêtises pour faire rire… On a ri… On s’est retournées… Quand le film a commencé il a pas arrêté de me respirer tout près à l’oreille… De me toucher les cheveux en faisant semblant que ce soit pas exprès…

A la fin il m’a attendu tout seul dehors sur les marches… Jennifer s’est éclipsée… - Ca t’a plu ?… - Quoi ?… le film ?… - Ben oui, tiens !… Qu’est-ce tu veux d’autre ?… J’ai baissé les yeux… J’ai rougi… - Oh oui… oui… pas mal… - Nul à chier, oui, tu veux dire… Je t’en prêterai, moi, des films… Tu verras, c’est autre chose… T’es pressée là ?… - Oui… Non… Pourquoi ?… - Comme ça… On discute alors ?!… - Si tu veux…

En marchant le long du cinéma… Derrière le cinéma… - T’as qui en Français ?… Ah oui ?… Oh là là… Quelle tache, celle-là !… Dans la ruelle au bout… - Et Courtecuisse ?… Il y est toujours Courtecuisse ?… Dans l’impasse entre les haies… Jusqu’au fond… Il s’est arrêté… Il s’est tu… Il m’a attirée, pressée contre lui, trituré les fesses à pleines poignées, malaxé les seins, embrassée à langue fouilleuse, gluante, poussée, collée contre le mur… Il a ouvert mon pantalon, l’a descendu avec la culotte, cherché, fouillé avec ses doigts et il a enfoncé sa queue… Une douleur sèche… Une brûlure… De grands coups de reins en soufflant fort… Le granité du mur me picotait les fesses… Ca a giclé à petites secousses… Il est sorti… Il s’est reculotté… - On se revoit ?… - Si tu veux… - Bon… ben salut alors… Je t’appellerai… Il l’a jamais fait…

Je suis rentrée lentement à travers les rues… Alors c’était ça ?… C’était que ça ?… Je suis restée longtemps sans sommeil, mains sous la nuque, avant d’aller retrouver les joueurs sous la douche… Ils m’ont rendue heureuse… Si heureuse…





Le soir, quand Stéphane dort, souvent, en pensées, je retourne là-bas… Mes doigts s’égarent sous le bureau, courent sur ma chatte, habitent mon con… Quelqu’un entre… C’est le monsieur de ce matin si classe, si séduisant, qui voulait partir pour l’Italie… Trop absorbée par moi-même, je ne l’ai pas vu, pas entendu arriver… Ou je n’ai pas voulu… Il est déjà au comptoir quand je réalise, me redonne - très vite - une contenance… Il a compris… Il a tout compris… A la fois stupéfait, complice et un peu narquois… - L’Italie… oui… l’Italie… Vous avez plusieurs options… Je tourne les pages, souligne les tarifs du bout de l’ongle… Il ne m’écoute pas… Son regard court tranquillement de mes doigts luisants de mouille à mes seins proposés, sous le corsage échancré, dans leur écrin de dentelle… - La première option c’était quoi déjà ?… Je la lui tends… Il me saisit la main… Je la lui abandonne… Il la porte à ses narines, y cherche mon odeur… Et puis il lèche mes doigts… Les deux… Tout entiers… Patiemment… Les yeux à demi clos… Longtemps… - Tu as bon goût… Très bon goût… On se regarde par dessus le comptoir… Intensément… - La première option… Oui… Ca ira très bien la première option…

Je me rassieds pour remplir les formulaires… Je recule ma chaise… Je croise haut les jambes… Le plus haut possible… Il fixe mon entrejambes… A travers le pantalon il se la presse, se la masse, se la pétrit furieusement… Je relève ma robe… Je lui laisse voir… Tout voir… Et il jouit, les yeux embués, la bouche entrouverte… Tout retombe… Il s’enfuit… - Eh !… Et le séjour ?… Il est déjà parti…

Tu ne peux pas t’échapper… Tu ne peux rien faire d’autre qu’aller chercher toi aussi ton plaisir… Emportée… laminée… chavirée… Tu ne peux pas t’arrêter… Tu peux ne pas te retenir… Et tu jouis, agrippée de l’autre main au rebord du bureau… Un plaisir violent… intense… ravageur…

Le couple de retraités - le petit vieux avec sa casquette, la petite vieille avec son cabas - le couple de la journée de tout à l’heure entre à petits pas… Et toi, tu es là, submergée de jouissance, hoquetante de plaisir… Les yeux de la vieille s’écarquillent… sa bouche s’arrondit en un Oh !… de stupéfaction… - Oh ben ça alors !… Oh ben ça alors !… Si c’est pas une honte !…

Les petits yeux chafouins du vieux t’ont d’abord contemplée, ravis, salaces… Et puis ils épousent la cause de sa femme, se font réprobateurs, s’offusquent… - Allez, viens… Viens… On restera pas une seconde de plus ici…





Stéphane m’arbore partout à son bras… Je suis sa vitrine, son enseigne… Pas un bal d’étudiants, pas une réunion auxquels je puisse échapper… A de très rares exceptions près ils ne se fréquentent qu’entre eux et n’ont qu’un seul et unique sujet de conversation : le C.H.U… les profs… les scanners… les opérations…

Ca donne pas vraiment envie d’être malade : à les entendre la plupart des chefs de service le sont devenus à force de bassesses et de compromissions et brillent surtout par leur incompétence… Ils multiplient erreurs de diagnostic et incohérences que les simples étudiants qu’ils sont parviennent heureusement - le plus souvent - à faire rectifier à temps…

Je les connais presque tous ses copains à force… Meissonnier, le pierrot lunaire… tellement gentil… tellement adorable… mais tellement inquiet de tout qu’il te viendrait même pas à l’idée de lui confier ta santé… Alors que Scaronni… Scaronni si sûr de lui… si paisible… si rassurant… Il peut pas se tromper Scaronni… Il te protège… Il peut rien t’arriver… Dumas… Qui sait toujours tout mieux que tout le monde… Qui a toujours raison… Qui veut toujours avoir le dernier mot envers et contre tous… Ca peut durer des heures… Lambert… Lambert, lui, au moins tu sais pourquoi il fait médecine… Il veut voir du cul… Il s’en cache pas… Il le proclame haut et fort… Le plus de culs possible… Ce qui révulse Sylvie Mercier, « Notre-Dame des neiges », qui considère la médecine comme un sacerdoce auquel elle est bien décidée à sacrifier tout le reste… Emilie Valon, elle, est persuadée que tous les hommes - sans aucune exception - sont amoureux d’elle… Ce qui - prétend-elle - lui rend la vie impossible… Quant à Sophie Gourdon c’est de Stéphane qu’elle est amoureuse… Elle le couve des yeux… Elle ne le quitte pas d’une semelle… Qu’elle le prenne si elle veut… si elle y arrive… - ce qui m’étonnerait d’ailleurs ! - je le lui donne… Et de bon cœur…





Le téléphone… Je n’ai pas retiré mes doigts… J’ai décroché… De l’autre main… - Allo… l’agence de voyages ?… Une voix chaude… sensuelle… caressante… - Oui… - Ca tombe bien… Je voudrais faire un voyage… Une voix profonde venue du ventre, des tripes, de très loin… - Vous avez choisi votre destination ?… - Oh alors ça !… Je m’en fous complètement… N’importe où… ca m’est égal… J’ai ri… - Vous au moins vous n’êtes pas compliqué… ça… on peut pas dire… - Choisissez, vous !… Vous avez l’habitude… Sa voix… Oh, cette voix !… Enveloppante… Pénétrante… - De décider à la place des clients ?… Non… c’est la première fois… - Il faut un début à tout… C’est pas possible, non, mais c’est pas possible une voix pareille… - Vous savez de quoi je rêve ?… De partir comme ça sans savoir où… L’Afrique… L’Amérique du Sud… Le Japon… J’imagine… Je visite dans ma tête… Je parcours des tas de paysages… Jusqu’au dernier moment, à l’aéroport, ça peut être n’importe où… Vous me trouvez un peu fou, non ?… - Non… Juste un peu original… Elle me rend dingue sa voix… Sous le bureau mes doigts s’activent, frénétiques, impatients… - Vous vous en occupez alors ?… - Oh, on va bien vous trouver quelque chose… Vous voulez y mettre combien ?… - Ca m’est complètement égal… - Pour une seule personne ?… - Oui… A moins que vous vouliez partir avec moi… - Vous me connaissez même pas !… - Ca… Vous en savez rien du tout !… - Vous êtes déjà client chez nous ?… - Non… Non… Mais je vous connais très bien… Si vous saviez les heures et les heures qu’on a passées ensemble tous les deux !… - Ah oui ?… Quand ça ?… C’était bon… Non, mais comment c’était bon… - Devinez !… - Mais j’en sais rien, moi !… Vous êtes qui ?… - Ah non !… Ce serait trop facile… Il faut que vous trouviez… Arrête !… Mais arrête !… Tu vas jouir… Si jamais quelqu’un rentre… - Réfléchissez !… Je rappellerai… Bientôt… Qu’il raccroche pas !… Non, qu’il raccroche pas !… - Attendez !… Attendez !… Je… Trop tard… Et j’ai joui, plaisir intense palpitant, toute enveloppée encore dans la chaleur de sa voix…





En fac j’ai couché… Avec Lionel… Avec Fred… Avec Jérôme… Avec Fabien… Avec Etienne… Avec plein d’autres… On couchait, Coralie et moi, avec tous ceux qui voulaient… Avec tous ceux qu’on voulait…On classait nos conquêtes, par ordre alphabétique, dans un petit répertoire… On les notait… Sévèrement… Et on se racontait… Tout… En détail… On se les prêtait… On comparait… On couchait…

Et on s’emmerdait… Et pas qu’un peu… C’était toujours pareil finalement !… Ils étaient tous pareils… Ils s’y prenaient tous pareil… A quelque chose près… On continuait quand même… On en essayait d’autres… On espérait… On attendait… On savait pas quoi… Quelque chose… De différent… D’exceptionnel… De ravageur… Qui nous laisserait ivres de volupté et de bonheur… Mais ça n’arrivait pas… Ca n’arrivait jamais…

C’était au tout début le meilleur quand ils te tournaient autour, que tu les regardais faire leur numéro pour t’avoir, que tu sentais leur désir de toi s’emballer, enfler, s’affoler jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que ça qui compte pour eux… Toi… Et leur désir de toi… Qui te donnait envie à toi aussi… Qu’est-ce ça allait être cette fois !… C’était comme d’habitude… Comme toujours… Les mêmes gestes… Les mêmes mots… Jusqu’à la petite giclée finale qui les détachait et les ramenait en eux… Qui les faisait s’éloigner si vite…

- En fait un mec ça te gêne pour jouir… Plus qu’autre chose… C’est toujours à contretemps… Ca t’impose son rythme à lui… Non… Il y avait pas de doute : c’était bien mieux toute seules… Avec nos images… En s’inventant nos histoires… En les utilisant comme on voulait les mecs… En les mettant dans les situations qu’on voulait… On pouvait tout vivre toutes seules… Beaucoup mieux… Et on s’en privait pas…





Encore… Encore… Plus je le fais et plus j’ai envie… Ca a toujours été comme ça… Un coup d’œil à Stéphane endormi à mes côtés et je pars… Seule… Son hôpital… Madame Muller… La professeure Muller, chef du service de dermatologie… Elle parcourt rapidement la lettre du gynécologue… - Oui… Bon… Bon… Eh bien on va voir ça… Vous vous déshabillez - complètement - dans la cabine là… et vous passez dans la salle d’examen à côté…

Quand je pousse la porte… ils sont tous là… Tous… En groupe compact… Stéphane… Lambert… Scaronni… Valon… Gourdon… Dumas… Plus une douzaine d’autres que je ne connais pas… Je me fige, stupéfaite… Un petit cri et je m’enfuis… Je bats en retraite précipitamment vers la cabine… Derrière moi il y a quelques rires étouffés en sourdine… D’autres plus francs… La voix de Madame Muller me cloue sur place… - Eh bien !… Eh bien !… Qu’est-ce qui vous arrive ?… C’est juste un examen… Ca fait pas mal du tout… Vous êtes une grande fille quand même maintenant !… Quel âge vous avez ?… - 26 ans… - Eh bien alors !… Allez… Venez ici !… Et je reviens… Un pas… Deux… Cramoisie… Les yeux baissés… les bras ballants… - Bien… Alors cette jeune fille nous a été adressée par son gynécologue… Elle présente sur les petites lèvres une lésion cutanée sur la nature de laquelle il souhaiterait avoir notre avis… Nous allons voir si vous êtes capables de poser le diagnostic… Et elle me montre, bras tendu, la table d’examen…

Les pieds dans les étriers, je suis ouverte, offerte, béante… Leurs regards me fouillent, me pénètrent, m’envahissent… Je fixe la grosse lampe au-dessus de ma tête… La lumière crue m’étourdit, m’éblouit… Debout à côté de moi, Madame Muller se lance dans d’interminables considérations techniques… Et puis elle m’ausculte… Elle écarte, elle scrute, elle tâte sans ménagement… - Bon… Bon… Un cas intéressant… et assez peu courant… Alors à vous maintenant… Pas tous ensemble… Par petits groupes… Allez… Alors qui commence ?… Monsieur Lambert ?… Mais oui… Monsieur Lambert pourquoi pas ?… Lambert évidemment…

Et Lambert se penche, touche, palpe, insistant, tiraillant… fait semblant d’hésiter, recommence… Il en profite tant qu’il peut, le salaud !… Il hasarde un terme médical… - Pas du tout !… Vous n’y êtes pas du tout !… - Ah non ?… Et il y retourne… - Bon… mais ça peut peut-être suffire, monsieur Lambert, non ?… Un grand éclat de rire parcourt le groupe… - Qui d’autre ?… D’autres mains… D’autres doigts… Doux ou rugueux… A touches légères ou appuyées… Scaronni qui se promène tranquillement dans mon intimité, qui l’occupe, qui l’habite… Meissonnier empourpré qui ose à peine toucher, qui se contente d’une vague promenade de surface, impatient d’en avoir fini… Dumas en entomologiste consciencieux qui semble surtout vouloir vérifier si je suis bien faite comme tout le monde…

Et puis les filles… Valon qui effleure à peine à doigts de plume… Mercier distante, lointaine, une vague moue dégoûtée au coin des lèvres… Et puis Malard si précise, si juste, si complice que forcément tu sais qu’elle se le fait aussi… Des doigts… encore des doigts qui tâtent, longent, parcourent, déplient, déploient, s’approprient, se font troublants à force de solliciter… - Bon… Eh bien on va s’en tenir là… Parce que manifestement la jeune fille ça commence à la mettre en appétit tout ça… Je suis écarlate… Encore une bordée de rires… Tranquilles… Longtemps égrenés… La fille brune juste en face me fixe droit dans les yeux sourire mi-narquois mi-complaisant…

On me libère… Je saisis l’ordonnance… Je m’enfuis jusqu’à la cabine… Je me rhabille tremblante de confusion, de honte, d’un plaisir inachevé… que je réactive en rappelant - en convoquant - encore et encore leurs doigts jusqu’à m’en épuiser…





- Alors ?… Vous avez pensé à mon voyage ?… Vous m’envoyez où ?… Lui… Sa voix… Lui… Et décidément… toujours au bon moment… Il a le chic… - Il vaudrait mieux que vous passiez à l’agence, vous savez !… - Alors je suis qui?… Vous avez trouvé ?… Toujours aussi envoûtante sa voix… Envie… tellement envie… Mes doigts se font ardeur… - Non… Non… J’ai beau chercher… Je vois pas… - C’est pas bien compliqué pourtant… On est voisins… - Voisins ?!… Comment ça ?… - Levez la tête !… L’immeuble en face… Deuxième étage… J’ai précipitamment retiré ma main avec un petit cri… Il a ri d’un rire tranquille un peu moqueur… - Oh, depuis le temps que je vous vois faire, vous savez !… Un peu plus un peu moins… - Mais je croyais qu’il y avait personne, moi, en face !… C’est tout abandonné… - Justement !… On rentre comme on veut… Non… Un peu plus à gauche je suis… Là… Vous voyez ma main ?… Coucou, Julie… - Mais c’est que vous avez des jumelles en plus !… - Ah ben oui !… On voit nettement mieux… - C’est complètement fou ce truc… Vous êtes complètement fou… - Tous les jours je suis là… Depuis le premier jour où vous avez été embauchée… Tout le temps… Je sais tout de vous… Je connais tous vos gestes… Votre petit coup de tête pour ramener vos cheveux en arrière… Votre façon de suçoter votre stylo quand vous réfléchissez… Votre regard quand vous vous touchez sous le bureau… Le voile sur vos yeux quand vous vous retenez… Comment vous avez joui l’autre jour quand je vous ai appelée !… C’était la première fois… Toutes les autres fois… J’ai raccroché… Je l’ai aussitôt regretté…





Ce qu’elle dessinait bien Coralie !… - T’aurais dû faire les Beaux-arts… - Ca leur aurait pas plu… Elle dessinait des queues… Seulement des queues… Celle du prof d’Anglais imaginée perdue au cœur d’une forêt de poils… Celle du prof de linguistique, ridiculement petite, exhibée au milieu de grappes d’étudiants qui la montraient du doigt en ricanant… Eux aussi, nos camarades, y avaient droit… On n’était pas toujours d’accord… - Elle est pas comme ça celle de Mathieu, attends !… - Tu l’as vue ?… - Non… - Eh bien va vérifier… Tu discuteras après… - Mathieu ?… Non, merci… Sans façons…

Et puis nous deux… Assises en amphi la jupe retroussée jusqu’aux hanches, la culotte sur les chevilles, les jambes largement écartées… On se branlait, deux doigts enfoncés dans la chatte, ceux de l’autre main en déchaîne sur le clito… Les yeux fous on fixait le prof de linguistique générale qui s’activait sur une bite gonflée, décalottée, démesurée en contemplant, hagard, nos entrejambes ouverts…

Et on le faisait ensemble… Sans la moindre pudeur… Aussitôt les cours terminés on se précipitait chez l’une ou chez l’autre et on le faisait… On étalait les dessins de Coralie sur le lit et on s’enflammait… On murmurait, on criait, on hurlait les mots les plus orduriers qu’on pouvait trouver… Ou bien au contraire on s’enveloppait de douceur en volutes légères qui s’élargissaient à l’infini… On se regardait… Le plaisir de l’une se nourrissait du plaisir de l’autre… Souvent, au matin, on se réveillait côte à côte, épuisées…





- Stéphane n’est pas là ?… - Ah non… Non… Stéphane n’est pas là… C’était Lambert… Tout sourire… - Tu m’offres un café ?… Ses yeux obstinément rivés à ma croupe tandis que je m’affairais dans le coin cuisine… - Merci… Il a longuement tourné sa cuiller dans sa tasse… - C’est pas souvent qu’on a l’occasion de bavarder un peu tous les deux… C’est dommage… - Pour qui ?… - Au moins pour moi… Je t’observe souvent quand on est tous ensemble… Qu’est-ce tu peux t’emmerder !… - Moi, tu sais, la médecine… - Et moi donc !… Il y a quand même des choses plus importantes dans la vie… - Ah oui ?!… Quoi ?... - Le cul par exemple… - Nous y voilà… - T’es pas de mon avis ?… - Tout dépend ce qu’on entend par là… - Oh, il y a pas trente-six définitions possibles… Le cul c’est le cul… Il a vidé sa tasse d’un trait jusqu’au fond…

- Tu sais ce que je me demande ?… C’est ce qu’une fille comme toi peut bien fabriquer avec un type comme Stéphane… - Moi aussi par moments… - De toute façon tu n’es pas vraiment avec lui… Tu l’as jamais été… Ca se voit, tu sais !… Tu es si lointaine… Ailleurs… Là où tu n’as pas la moindre envie qu’on te rejoigne… Tu es où ?… A quoi tu penses pendant qu’ils débitent leurs petites histoires d’étudiants à la mords-moi-le nœud ?… - Et toi à quoi tu penses?… - Moi ?… Oh, moi, si je te le disais… - Dis toujours… - Tu l’auras voulu… Moi, je te regarde et je me dis que Stéphane ne sait pas la chance qu’il a… Je te regarde et j’essaie de te voir sous tes vêtements… Je te rêve… J’imagine que tu es ma toute première patiente… Que tu es dans mon cabinet… Que tu te déshabilles… Lentement… Si lentement… Tu as quoi, Julie, là sous ta robe en ce moment ?… Une culotte ou un string ?… - Là… maintenant ?… Rien… Rien du tout… - Si tu savais le nombre de fois où c’est comme ça - sans rien dessous - que, dans mes rêveries, tu as été auprès de moi… Un peu partout… Ici… Dans la rue… Mais au restaurant surtout… Souvent… On est tous les deux… Les gens aux tables autour ne savent rien… ne se doutent de rien… - Et en vrai ?… Ca te dirait en vrai ?… Il m’a regardé incrédule… - Si ça me dirait !… - Eh bien on y va alors !…





C’était une grande et volumineuse enveloppe marron adressée à mon nom et barrée d’un grand PERSONNEL en lettres rouges dans le coin gauche… J’ai d’abord consciencieusement dépouillé tout le courrier de l’agence et puis je l’ai ouverte… Des photos… Des monceaux de photos… De moi… Rien que de moi… Derrière le comptoir… Dans la rue… Au bras de Stéphane… Au Supermarché… Et d’autres d’avant… Sur le campus… Dans le jardin de mes parents… Avec Coralie… Avec des gens d’alors… Dans des endroits d’alors… Ca remontait à… des années… Des années de photos… Et puis, tout au-dessous de la pile, c’était Lambert au restaurant avec moi l’autre soir…

Le téléphone a sonné… Lui… Evidemment… Lui… - Vous n’avez pas honte d’espionner les gens comme ça ?… - Je vous espionne pas… Sa voix… Oh, sa voix… - Je vous espionne pas… Je vous observe… Je vous regarde… Je vous garde… Tout le temps… Partout où c’est possible… Et j’attends… J’attends que vous vous le fassiez… Si vous saviez quel bonheur c’est pour moi chaque fois !… Vos lèvres qui s’entrouvrent… Vos yeux qui se perdent… Tout votre corps qui frémit… Je ne vis que pour ça… Que pour ces instants-là… Depuis 6 ans jamais vous n’avez été vraiment seule… Jamais… Nulle part… Avec personne… Où que vous soyez, quoi que vous fassiez, j’ai toujours trouvé une solution pour ne pas vous quitter des yeux… pour être là avec vous tout près… Toujours… Je suis votre mémoire… Je sais de vous des choses que vous avez oubliées… Que je vous rendrai le jour où vous en aurez besoin… Il vous suffira de demander… - Mais c’est complètement fou ça !… Jamais je me suis rendu compte de rien… Jamais… - Je sais être discret… - Mais vous êtes qui à la fin ?… Pourquoi moi ?… - A la fac vous faisiez partie de l’Association Sportive… Ce jour-là - c’était le 27 Mai - vous longiez la piste… Vous reveniez d’un match de hand-ball… J’étais en compagnie d’un maître nageur de mes connaissances qui vous a montrée du doigt… - Vise cette fille… Vise-la bien !… Je l’ai vue se branler… Dans les vestiaires… J’étais dans celui d’à côté… Et je peux te dire qu’elle faisait pas semblant… Ah, la garce, elle y allait de bon cœur !… Et tout a commencé pour moi…

Un client… J’ai raccroché…





Les vestiaires, oui !… Ca avait commencé comme ça : on se prélassait au soleil sur un banc… Le square était désert… On avait relevé nos robes très haut sur les cuisses pour bronzer… Trois jeunes - trois lycéens - sont soudain apparus au détour d’une allée… On a vite rabattu pour relever encore plus haut - culottes à découvert - dès qu’ils ont eu dépassé le banc… On a fixé leurs dos… Juste au moment de disparaître il y en a un qui s’est retourné… Qui a vu… Les autres aussi se sont retournés… On a ri sous cape…

- Chiche qu’on le fait là !… - Chiche !… Et on a glissé nos mains dans nos culottes… Un type est passé en courant, à petites foulées, sans nous prêter la moindre attention… Le vieux un peu plus tard, lui, par contre, ça a été moins une… On a juste eu le temps… Il nous a longuement considérées d’un œil soupçonneux…

Comment ça rajoutait du piment de jouer avec le feu comme ça… De courir à tout moment le risque d’être surprises… On a recommencé… Dans les endroits les plus invraisemblables… On était constamment à l’affût pour en dénicher de nouveaux…

Mais notre terrain d’action de prédilection c’était incontestablement les vestiaires… Après l’entraînement du mardi soir… On saisissait n’importe quel prétexte pour traîner… Pour laisser aux autres filles le temps de s’en aller… Pour rester toutes les deux toutes seules… Et…

On était en relative sécurité : les garçons - qu’on entendait s’appeler, courir, chahuter aux alentours - n’entraient jamais dans les vestiaires des filles… Mais on savait jamais… Il suffisait d’une fois… Dès qu’ils s’approchaient d’un peu trop près on se rajustait précipitamment, on faisait mine de mettre de l’ordre dans nos sacs… Ils passaient… On reprenait…

On venait tout juste de finir… On était en petite culotte, rouges encore du plaisir que l’on s’était offert… La porte s’est ouverte… On n’avait rien entendu venir… Il était grand, athlétique, vêtu d’un survêtement bleu… - Ah, mais il y a encore quelqu’un ici !… Qu’est-ce que vous fichez là vous deux ?… On a balbutié un vague : - On est restées à discuter… On allait partir… Il a haussé les épaules… refermé la porte… - D’un peu plus !… - Qu’est-ce qu’il était beau en tout cas !…

Les parois du vestiaire ne montaient pas jusqu’à l’arête du plafond… Il s’en fallait d’une bonne vingtaine de centimètres… Je l’avais fait remarquer, dès le début, à Coralie… - T’as vu la hauteur ?… Qui c’est tu veux qui monte jusque là-haut ?… De toute façon c’est toujours vide à côté… Il y a jamais personne… La preuve que si…





En bonne maîtresse de maison j’allais les accueillir les uns après les autres au fur et à mesure de leur arrivée… Lambert, je l’ai retenu, par la manche, une fraction de seconde, à l’entrée du séjour… - William… J’ai toujours pas de culotte… Il m’a lancé un clin d’œil…

Ils s’étaient déjà lancés dans l’un de ces débats stériles et vains dont ils avaient le secret… Sur la place de la femme dans la société… Pas moins… La mienne de place je l’avais trouvée… Sur le canapé… Juste en face de William…

Dumas en était convaincu : ce sont les femmes qui reflètent le véritable état moral d’une société… - Parce que - qu’on le veuille ou non - ce sont elles qui mettent les enfants au monde… Scaronni a tranquillement constaté… - En fait ce que tu veux nous dire c’est qu’il faut que les femmes soient vertueuses pour que tu puisses être sûr d’être le père de tes enfants… J’ai croisé les jambes et… le regard de William…

Stéphane a proposé d’élargir le débat… - Parce qu’on s’enlise là… On s’enlise… Non… La vraie question c’est celle de la responsabilité collective… C’est la société qui nous formate en fonction de l’intérêt qu’elle a à ce qu’on soit ceci plutôt que cela… Et comme elle est toute entière centrée sur le profit elle conditionne la femme à être à la fois consommatrice et produit de consommation… - Produit de consommation courante… Tout le monde a ri et Meissonnier a rougi en se demandant ce qu’il avait bien pu dire de si drôle… William gardait le regard obstinément fixé sur mes jambes… Je les ai lentement - très lentement - décroisées et recroisées… Encore plus haut…

- Alors plus une femme va avoir de personnalité et plus elle va se montrer capable de résister à la pression ambiante… Au fond le seul moyen qu’elle ait aujourd’hui de rester elle-même c’est de refuser de rentrer dans le jeu du sexe à tout va qu’on lui propose comme idéal… Scaronni a froncé les sourcils… - C’est bien la peine que tant de femmes aient lutté pour avoir la pleine maîtrise de leur corps et de leur désir… - Sans se rendre compte que c’était en définitive la pire des aliénations… - Ben voyons !… William m’a souri…

Sylvie Mercier a bondi… - Vous compliquez tout !… Vous compliquez toujours tout… Femme ou homme on n’est pas des animaux… On se respecte ou on ne se respecte pas… un point c’est tout…

William s’est levé… - Vous me faites chier… Vous me faites tous vraiment chier!… Si vous baisiez un peu plus - ou un peu mieux - vous seriez peut-être un peu moins cons… Je m’en vais, tiens !… Salut !…

Je l’ai raccompagné… Avant de refermer la porte sur lui j’ai relevé ma robe jusqu’au-dessus de la taille…





C’était lui au téléphone… Tous les jours maintenant… - Alors ça y est !… - Quoi ?… - Stéphane est parti… - Vous savez vraiment tout, vous, hein !… Mais il est pas parti… C’est moi qui l’ai viré… - Je sais… C’est pas trop tôt… Depuis le temps que ça lui pendait au nez… - Comment je me sens bien !… Soulagée… Tellement soulagée… - J’ai vu !… Cette nuit que vous avez passée !… Toute entière dans le bonheur de vous… Mais pourquoi vous le faites plus ici à l’agence ?… C’est à cause de moi ?… Parce que, de toute façon, je suis toujours là, vous savez, quand vous le faites… Même ailleurs… J’étais là cette nuit… J’étais là dimanche, dans les bois, quand vous l’avez fait dans votre voiture… J’étais là mardi, chez vos parents, dans votre chambre de jeune fille… J’étais là jeudi, à midi, quand vous vous êtes réfugiée dans les toilettes du restaurant où vous avez vos habitudes… J’étais là le soir quand vous avez recommencé dans celles de la grande surface où vous faites ordinairement vos courses… Je suis là… Je serai toujours là… - Vous êtes le diable… C’est pas possible autrement… - Non… Je suis ingénieur… Informaticien et électronicien…





Rien n’avait vraiment changé… A l’entrée le gardien nous a regardés passer… Il ne nous a rien demandé… On a marché vers les vestiaires… Tout était désert… On a remonté le couloir… Presque jusqu’au bout… L’avant-dernière porte à gauche… Comme avant…

On est restés un long moment immobiles face à face… Et puis on a tiré un banc… On s’y est assis à califourchon les yeux dans les yeux… Longtemps…

Et puis je suis allée sous ma robe… Je l’ai relevée… J’ai été nue… grande ouverte pour lui, abandonnée, béante… Il a sorti sa queue… Et on l’a fait… On s’est regardé le faire… Bouton titillé, caressé, torturé à doigts avides, impatients, obstinés… Queue décalottée bien à fond… Bout laissé longuement à découvert, offert, à chaque va-et-vient…

Nous ne parlions pas… Nos regards se rencontraient, habités, intenses, se gardaient, se lâchaient pour retourner se poser en bas avec délectation, s’y attardaient… se reprenaient… se retrouvaient…

J’ai rentré deux doigts… Ses yeux se sont embrumés, assombris et il a giclé, éparpillé au hasard sur mes cuisses, sur ma robe, sur le banc… Je l’ai ramassé… Je m’en suis humectée, enduite, lissée pour gémir très doucement mon bonheur, la tête renversée en arrière, les paupières closes… Après on est restés un temps infini sans parler, sans bouger… Bien…





Le surlendemain les photos étaient au courrier… - Elles vous plaisent ?… Elles sont très réussies, non ?… - Oui… mais je voudrais vous demander quelque chose… William et moi on a décidé de se marier… en Octobre prochain… - Je sais… - Et on aimerait bien que vous soyez mon témoin…









L A M E R


Comme tous les matins il était là, seul, au bord de la piscine… Elle s’est installée de l’autre côté, juste en face… Elle l’a discrètement et longuement regardé lire… Il s’est levé… Il a plongé… Inlassablement nagé d’un bord à l’autre…

- Beau mec, hein ?!… Elle a sursauté… Elle ne l’avait pas entendue arriver… Une femme d’une quarantaine d’années en maillot noir… - Je peux ?… Elle n’a pas attendu la réponse… Elle s’est installée à côté d’elle… - Beau mec, hein ?… - Pas mal… - Super tu veux dire, oui !… Très à ton goût en tout cas on dirait… Ca fait un moment que je t’observe… Tu le quittes pas des yeux… Elle n’a pas protesté… Elle a souri… - Et il se contente pas d’être beau… - Vous le connaissez ?… - Oui… C’est mon mari… Il est sorti de l’eau, lui a fait signe de la main, s’est engouffré dans l’hôtel… - Bon… Je vais le rejoindre… Je sais pas pourquoi, mais je sens qu’il va avoir besoin de moi…

Elle est revenue en tout début d’après-midi… - Mais tu passes tes journées là, toi !… Tu vas jamais à la plage ?… - J’ai pas de voiture… - Et tes parents peuvent pas t’emmener ?… - Oh, mes parents !… Il y en a que pour les musées, les expos, tout ça… Ils y sont fourrés du matin au soir… De toute façon ils en ont rien à foutre de moi mes parents… Moins ils me voient et mieux ils se portent… - Tu as quel âge ?… - 20… - Tu pourrais sortir… Te faire des copains… Te trouver un petit ami… Il y a pas besoin de voiture pour ça… - Ils m’ennuient les jeunes… Ils sont complètement idiots… Je préfère encore rester toute seule… - A moins que ce soit les hommes mûrs que tu préfères, dans la force de l’âge ?!… Non?!… Elle a rougi… Elle a bafouillé… Elle s’est tue…

- On t’emmène !… Ils étaient debout devant elle tous les deux… - Hein ?!… Où ça ?… - Au bord de la mer… Ca te changera du bord de la piscine… - Oh non, non !… Je veux pas vous déranger… - Tu nous déranges pas… Puisqu’on te le propose… Allez, en route !…

C’était une minuscule petite crique au milieu des rochers… Ils ont déroulé des tapis de plage, planté un parasol et ils se sont déshabillés… Elle d’abord… Complètement… Tranquillement… Puis lui… En lui tournant le dos… Et il s’est allongé, nu, au soleil… On lui a tendu de la crème solaire… - Tu peux faire comme nous, hein, si tu veux !… Il y a jamais personne qui vient ici… Elle a seulement enlevé le haut…

- On va se baigner… Tu viens ?… Elle les a suivis… Elle a tâté l’eau du bout du pied… - Bouhhh !… Elle est froide… - Mais non !… Vas-y carrément !… Une fois qu’on est dedans elle est superbonne, tu verras… Elle s’est aventurée jusqu’à mi-mollets… Une vague lui a cinglé les genoux… Elle a battu en retraite avec un petit cri… Nouvelle tentative… Nouveau repli…

Quand elle l’a vu s’avancer tranquillement vers elle elle a tout de suite compris… Et elle s’est enfuie en riant vers le parasol… - Non !… Non !… Il l’a presque aussitôt rattrapée, enlevée, emportée vers la mer, jambes battantes, hurlante… - Non !… Non !… Il est entré dans l’eau avec elle … Les vagues lui ont léché les fesses, le dos, la poitrine, la figure… - Je vais boire la tasse… Lâchez-moi !… Lâchez- moi !… Il l’a laissée doucement descendre, glisser contre lui… Contre sa hanche il a été tout dur…

Le lendemain matin, à la piscine, Nadine est venue s’installer, comme la veille, à côté d’elle… Elles l’ont regardé toutes les deux nager… - Tu sais que tu lui as tapé dans l’œil à Félix… Et pas qu’un peu !… Tu entendrais comment il parle de toi… « Elle est adorable… Un amour de petite bonne femme !… Et ce corps qu’elle a !… Un corps de rêve… Vraiment un corps de rêve… » Et pourtant il est difficile, tu sais !… Il y a peu de femmes qui trouvent grâce à ses yeux… Ben, t’en fais une tête !… Ca te fait pas plaisir ?… - Oh si, si !… - Qu’est-ce qu’il y a ?… T’as peur que je sois jalouse, c’est ça ?… Il y a longtemps que j’en suis plus là…

Et, à la plage, elle a été nue, elle aussi, avec eux… Elle a somnolé, dormi, fait semblant… Il la regardait… Il la regardait et il était dressé tout droit… Nadine a posé la main dessus, l’a enserré… Ca montait… Ca descendait… Il ne la quittait pas, elle, des yeux… Ca a été plus vite… Encore plus vite… Ca a craché… Ils se sont embrassés, levés… Ils ont marché vers la mer… Elle a attendu… Un long moment… Et puis elle les y a rejoints…

- T’as envie de lui ?… - De qui ?… - De Félix, tiens !… De qui tu veux ?… Evidemment que t’as envie de lui… C’est écrit sur ta figure… Lui aussi… Je l’ai jamais vu fou de désir comme ça… Pour personne… Alors vous êtes grands… Vous savez ce qu’il vous reste à faire… - Je l’ai jamais fait… - C’est vrai ?… T’es vierge ?… C’est l’occasion ou jamais alors… Il sera tout tendre, tout attentif à toi, tu verras…

- Elle est pas là Nadine ?… - Non… Elle avait deux trois courses à faire… Elle nous rejoindra à la plage… Elle a gardé son maillot… Pas lui… Appuyé sur un coude à côté d’elle, il l’a longuement regardée… - Que tu es belle !… Il a avancé la main, lui a effleuré l’épaule… - Que tu es belle !… Il l’a doucement lissée, s’est approprié un sein, l’a caressé, du bout du pouce, sous le maillot… Elle a fermé les yeux… Il s’est rapproché, allongé, tout dur, contre elle… Il y a eu ses lèvres… Elle s’est abandonnée…

- Viens !… Elle s’est levée… Il l’a prise par la main… Il l’a emmenée… Jusqu’à la mer… Ils y sont entrés… Il l’a attirée contre lui… Elle s’y est blottie… Les vagues les ont bercés, épousés… Il y a encore eu ses lèvres… Ses mains… Encore ses lèvres… Encore ses mains… Et puis lui… En elle… Ca l’a soulevée, transportée… Ca l’a mêlée à la mer… Ca les a noués à elle… Ca l’a fait retomber dans son cou… Ca a déferlé en immenses rouleaux éperdus…

Quand ils sont revenus, Nadine était là, sous le parasol… Elle leur souriait…









L A B A R A Q U E D E C H A N T I E R



Tout était uniformément blanc… Et ça continuait à tomber… A gros flocons… Elle était où la route ?… Ah, là… D’un peu plus… Faudrait t’arrêter, ma fille… Ca va finir mal cette histoire… Faudrait t’arrêter… Sauf que si tu t’arrêtes là-dedans tu pourras jamais repartir… Non… Faut y arriver… Coûte que coûte…

Ca a filé d’un coup… Où ça a voulu… Elle n’a rien pu faire… La voiture a emporté des barbelés, les piquets qui les maintenaient, dévalé une petite pente, filé jusqu’à un ruisseau dans lequel elle a piqué du nez et s’est immobilisée… T’as rien… T’as rien… Descendre maintenant… Descendre… Quelque chose bloquait la portière… Elle a poussé, forcé, pesé de tout son poids… Ca a cédé d’un coup…Elle a perdu l’équilibre et s’est étalée, de tout son long, au beau milieu du ruisseau… Trempée des pieds à la tête, ruisselante, elle est remontée sur la route en trébuchant à chaque pas, dans la neige, sur ses talons hauts… Quelqu’un… Trouver quelqu’un… N’importe qui… Une maison quelque part…

Il n’y avait rien ni personne… Nulle part… Le désert… Mais c’était pas possible ça !… Un moteur… Si, un moteur… Une camionnette… Il faut qu’il s’arrête… Il faut… - Eh bien, ma petite dame, on est perdue ?… - Oui… Non… C’est ma voiture… Elle est tombée dans le ruisseau là-bas… - Et ça vous étonne ?… Quand il fait un temps comme ça on reste chez soi… Bon, ben montez en attendant… Il a roulé en silence, tourné à droite… - Vous grelottez… Et pas qu’un peu !… Vous allez attraper la mort trempée comme vous êtes… Encore à droite… - On est presque arrivés… Vous allez pouvoir vous sécher… Et vous réchauffer… Ca s’impose… - Et la voiture ?… - Pour le moment elle restera où elle est la voiture… De toute façon personne n’accepterait de venir vous dépanner ici par un temps pareil…

C’était au milieu des bois… Une grande baraque-logement de bûcheron, toute d’une pièce, avec quatre couchettes symétriquement disposées le long des parois, un coin cuisine dans un renfoncement tout au fond et, juste à côté, dissimulé derrière un rideau, ce qui devait être une minuscule salle de bains… - Entrez… Entrez… Bon… D’abord… Le plus urgent, c’est de retirer tout ça… Si vous restez là-dedans c’est 40 de fièvre garantis demain matin… Il a approché deux chaises devant le poêle… Vous n’avez qu’à mettre vos affaires à sécher là-dessus… Je vais vous préparer quelque chose de chaud pendant ce temps-là… Et il lui a tourné le dos…

- Là… Un bon grog… Ca va vous faire du bien, vous allez voir !… Il le lui a tendu, l’a regardée boire… - Vous devriez pas la garder la culotte, vous savez, c’est pas bien prudent… Il a haussé les épaules… - De toute façon trempée comme elle est on voit tout à travers… Bon, mais faut pas rester comme ça… Faut vous sécher maintenant… - Je pourrais pas prendre une douche ?… - Si, si, bien sûr !… C’est là, juste en face… Vous avez des serviettes dans le placard en bas…

- Videz pas le ballon quand même !… Comment on va faire, nous, sinon, après ?… Il était tout près, de l’autre côté du rideau… - J’ai fini… Elle s’est tout entière enveloppée dans une grande serviette de bain mauve trouvée au-dessous de la pile… Il l’attendait avec une couverture qu’il lui a jetée sur les épaules… - Venez au chaud… Près du poêle… Là… Vous serez bien… Bon… Et maintenant vous pouvez m’expliquer ce que vous fabriquiez dans ce coin perdu par ce fichu temps de chien ?… Vous écoutez jamais la météo ?… - Oh si, si !… Mais je pensais pas que ce serait à ce point… - Faut reconnaître qu’il y a longtemps qu’on n’avait pas vu ça… D’ici à ce que mes collègues soient restés coincés quelque part eux aussi… Il y a un moment qu’ils devraient être là… - Faut absolument que je rentre!… - Ah oui ?!… Vous allez faire comment ?… Parce que comptez pas que je vous emmène… Dans l’état où c’est !… Je tiens pas à me foutre en l’air – et vous avec par la même occasion – pour vos beaux yeux… - Mais on m’attend !… - Eh bien on vous attendra… Sinon il vous reste une solution : dès que vos vêtements sont secs vous attaquez courageusement la route sur vos petits talons hauts… Le village le plus proche n’est qu’à 18 kilomètres… Ca vous va ?… Non ?… Alors mon portable est là, derrière vous, sur l’étagère… Et la batterie est chargée…

- Venez voir !… Non, mais venez voir !… C’est de la folie !… Elle l’a rejoint à la fenêtre… A ses côtés… - Il y en a au moins trente centimètres… Et ça y va !… Comment ça y va !… Il a entouré ses épaules de son bras… Mais repousse-le !… Qu’est-ce t’attends ?… Repousse-le !… - On est bloqués là pour un sacré moment… Ils dégagent jamais par ici… Il a posé sa joue contre la sienne… Elle l’y a laissée… Tu es folle… Complètement folle… Tu le connais même pas ce type… Il a cherché ses lèvres… Elle les lui a abandonnées… Des phares ont brusquement transpercé la nuit, illuminé la neige… - Les voilà… Mes collègues… Les voilà… Elle est retournée s’asseoir près du poêle…

Ils ont tapé leurs chaussures l’une contre l’autre… - L’enfer !… Trois heures… Trois heures pour redescendre de là-haut… C’est de la folie!… En tout cas qu’ils comptent pas qu’on y retourne demain… C’est niet… On reste ici… Ils ont relevé la tête, l’ont vue, ont aperçu ses vêtements sur les chaises… - Eh ben dis donc tu t’ennuies pas, toi, quand on n’est pas là !… - Madame a voulu apprendre à nager à sa voiture… Dans le ruisseau là-bas derrière… Mais la voiture y a mis beaucoup de mauvaise volonté… Ils se sont approchés… Elle a étroitement resserré la serviette autour d’elle, réajusté la couverture… - Lui, c’est José… Et le jeune, là, c’est Benjamin… Et vous ?… Je sais même pas comment vous vous appelez, vous… - Jasmine… - Bon, eh bien je vous présente Jasmine alors… Ah oui, à propos, moi, c’est Luc… On mange ?… J’ai une de ces faims…

Ils ont pris tout leur temps pour dîner, ils ont parlé, ils ont ri, ils se sont enveloppés de fumée… Longtemps… Elle était bien… Elle se sentait bien… Différente… Protégée… Ailleurs n’existait plus… José a sorti une bouteille de marc… - Et c’est du vrai… Pas du trafiqué… Méthode artisanale… Elle en a bu avec eux… Ils ont chanté… - Bon, mais c’est pas tout ça… Faudrait peut-être aller dormir… Parce qu’après une journée pareille!…

- C’est celle de Seb… Il est en congé… La plus proche du poêle… - Mais ne vous inquiétez pas… Les draps sont propres… Ils ont été changés… Elle s’y est coulée avec délices… Ils sont allés tous les trois à la douche… Luc d’abord… Benjamin ensuite… Puis José qui en est revenu complètement nu… Qui est allé éteindre la lumière tout au bout, de l’autre côté… - Bonsoir tout le monde !… - Bonsoir !…

Elle a rêvé… De Luc… Il lui faisait l’amour… Tout en douceur… En effleurements légers… En baisers déposés tout au long de sa nuque, de son dos, de ses fesses… Il s’arrêtait… Mais pourquoi il s’arrêtait ?… C’était trop bon… Continue !… Il s’éloignait… Mais reviens !… Elle partait à sa recherche… Elle le retrouvait… Elle se tendait de tout son corps vers lui… Encore !… Caresse-moi encore !… Comme il savait !… Et sa queue s’est posée au creux de ses reins… Et ses mains sur ses seins… Reste !… Reste !… Ne t’en va plus !… S’il te plaît, reste !… Et… Mais… Mais il était vraiment là… Oui, il était là… Tout contre elle… Sa chaleur d’homme… Son souffle dans son cou… Ses lèvres tout au long de son épaule… - Tu ne dors plus… Elle n’a pas répondu… - Non… Tu ne dors pas… Il a lentement bougé contre elle… A l’entrée… Elle a haleté, gémi… Elle l’a voulu, elle s’est ouverte, elle l’a happé… - Eux non plus ils ne dorment pas… Ils écoutent… Et elle a eu son plaisir… Elle l’a chanté… A pleine gorge…

Elle a posé la tête sur sa poitrine, s’est blottie contre lui… Il lui a caressé la joue… Longtemps… Le jour s’est levé, gorgé de neige, s’est lentement infiltré à travers les volets, a habité peu à peu la pièce… - Tu as aimé qu’ils t’entendent ?… Elle a souri… Elle lui a posé un doigt sur les lèvres… - Et qu’ils te voient ?… Tu aimerais qu’ils te voient ?… Qu’ils nous voient ?… Elle s’est pressée contre lui… Il a repoussé drap et couvertures… Elle ne l’en a pas empêché… Elle est venue sur lui…

Quand elle a commencé à doucement se plaindre José s’est levé, approché… Tout près… Il était nu… Il s’est assis à la tête du lit et il l’a regardée… Il les a regardés… Il a posé une main sur elle… Dans ses cheveux… Sur ses yeux… Sur sa bouche… Il y a glissé un doigt… Elle a refermé les lèvres dessus, l’a enrobé, mordillé, englouti… Et puis il y a eu aussi Benjamin, debout derrière lui, les yeux exorbités, le souffle court, qui s’activait frénétiquement en bas… Sa semence a jailli, s’est éparpillée au hasard sur elle, sur son dos, sur ses reins, sur ses fesses… Elle aussi c’est venu… Elle est retombée sur Luc… Elle a crié… Le plaisir de José, c’est elle qui le lui a donné, après, sous la douche, avec sa bouche…

Ses vêtements étaient secs… Elle a voulu les remettre… Luc l’a arrêtée… - S’il te plaît, reste comme ça… Reste comme ça pour nous… Il est allé jusqu’à la fenêtre… - Il en est encore tombé… Et pas qu’un peu… On est bloqués là pour un sacré moment tous les quatre…









C U L T U R E


Je l’ai tout de suite senti que c’était une connerie… Tout de suite… Ca te trompe pas, ça… Seulement comment j’étais flattée !… Qu’un type comme lui… trente ans… un intello en plus… il s’intéresse à moi… Et pas que pour mon cul pour une fois !… Alors j’ai voulu tenter le coup… On savait jamais après tout… On m’avait toujours prise pour une conne… depuis l’école… toujours… J’avais fini par y croire à force… Et voilà que celui-là…

- Mais non !… T’es pleine de qualités, si, si, je t’assure !… On t’a pas appris à les exploiter, c’est tout… Tu vas voir… Fais-moi confiance, tu vas voir… Il m’apportait des tas de bouquins… - Tiens, tu liras ça… Et ça… Des trucs énormes… « Histoire de la philosophie occidentale »… « Méthodologie et rationalité »… Ca me tombait des mains au bout de deux pages… - Insiste !… Fais un effort !…

J’essayais, mais franchement… - C’est où que tu comprends pas ?… Tout… Partout… Les mots… Les phrases… Ca voulait rien dire… - Mais si !… C’est que… Il voulait m’expliquer… - Tu vois ?… - Non… Ca compliquait encore plus… Il s’énervait… - Tu le fais exprès, c’est pas possible !… - Laisse tomber, Marc, j’y arriverai jamais… - Mais si !… Allez, on recommence…

On y passait des journées entières. Pour rien… A quoi ça pouvait bien servir la philo n’importe comment ?… Ils étaient même pas d’accord entre eux tous ces types… Il y avait qu’une chose qui les intéressait c’était d’avoir raison… Et il y avait pas de preuves… De rien du tout… C’était des inventions tout ça… - Mais tu veux pas comprendre, c’est pas possible !… Comprendre quoi ?… Qu’ils étaient tous bourrés de préjugés et que pour les en faire démordre…

Alors il a décidé que… Bon… Bon… c’était pas la peine la philo… Il me fallait du concret… du solide… du scientifique… Et il m’a ramené tout un tas de trucs sur l’origine de l’Univers… Il y avait des fois il était plat… d’autres fois en forme de selle de cheval… d’autres fois encore c’était une bulle en expansion… Pour les uns il y avait eu un Big Bang… pour les autres non… Ils pouvaient pas se mettre d’accord une bonne fois pour toutes, non ?… Non… Ils pouvaient pas… parce que c’était justement comme ça qu’elle avançait la Science… en échafaudant des hypothèses… en se trompant…

Oui, ben moi, j’avais pas que ça à faire… J’attendrais qu’ils soient sûrs alors… A quoi ça servait de se farcir la cervelle avec des trucs que tu savais même pas si ça tenait la route… Mais c’était ça la culture enfin !… Ah, ben si c’était ça on pouvait s’en passer alors !… Moi, je pouvais en tout cas… Très très bien…

- Mais c’est ridicule enfin !… Quand tu penses à toutes ces générations qui ont cherché la vérité avec passion, à tous ces gens qui sont morts pour elle… alors pour toi tout ça ça a servi à rien ?… A pas grand chose… La preuve !… Ils avaient rien vraiment trouvé… Et si c’était tâtonner dans le brouillard pour arriver nulle part ça valait vraiment pas la peine… - Tu comprends rien à rien… Tu m’agaces, tiens !… Et pas qu’un peu… - Toi aussi, tu m’énerves !… Et arrête de me casser les pieds avec tout ça… Tu vois pas comment j’en ai rien à foutre de toutes ces conneries ?… - Des conneries ?… Ah, parce que passer ses journées à se pomponner et à traîner les boutiques de fringues ça valait mieux peut-être ?!… Sûrement, oui !… Au moins tu la ramenais pas… Tu passais pas ta vie à vouloir avoir l’air intelligent… De toute façon quand on voulait avoir l’air en général c’était que… Oui… Alors lui il faisait tout ce qu’il pouvait pour moi, pour me sortir de… Pour me sortir d’où ?… Je lui avais rien demandé, moi, rien du tout !… Oh, mais si je préférais… Si je préférais quoi ?… - Dis-le !… Mais dis-le !… - Non… rien… - M’envoyer en l’air avec tout ce qui passe, c’est ça ?… Eh bien oui je préfère… oui… au moins je m’éclate… au moins je perds pas mon temps… Et il aurait mieux fait de me tirer un peu plus, tiens, plutôt que de passer sa vie dans ses bouquins… Ca lui aurait remis les idées en place…

Et on s’est engueulés… Ca tapait trop juste ce queje lui disais… En tout cas ça m’a servi de leçon… Je suis pas près de me remettre avec un intello, moi !









S A I N T – V A L E N T I N


Elle s’est blottie tout contre moi… - Tu m’offres quoi pour la Saint-Valentin?… - Tu aurais envie de quoi ?… La réponse a fusé… - D’un mec… D’un mec qui serait pas toi pour une fois… Ca te choque ?… - Oh, venant de toi plus rien ne m’étonne… - C’est pas une bonne idée ?… C’est toi qui le choisirais… Tu connais mes goûts… On se ferait notre petit repas d’amoureux à nous et, au dessert, on sonnerait… Ce serait lui… Je l’aurais jamais vu… Et il me tirerait aussi sec, à peine arrivé, là, devant toi… Comme ça… Sans préliminaires… Sans rien… Juste préoccupé de son plaisir à lui… Quel pied je prendrais !… Mais bon, faut pas rêver… Ce sera comme d’habitude… Notre traditionnel foie gras, nos escargots et nos profiterolles… Tu m’auras acheté un bijou ou un parfum… On veillera un peu et on ira se coucher… On fera l’amour, avant de s’endormir, en faisant semblant de croire que c’est mieux que d’habitude… Que nous, ça peut pas être la routine, que ce sera jamais la routine… Ca l’est… Mais bon, ça fait rien… On est heureux quand même…

- Je plaisantais hier… On n’en parle plus… Elle ne plaisantait pas, non… Je la connais… Elle tâtait le terrain… Elle me tendait la perche… Si je l’avais saisie… Je l’ai saisie… Elle ne le sait pas… Pas encore…

« Pour offrir à ma femme une Saint-Valentin inoubliable, je recherche un homme séduisant, athlétique, vigoureux et capable de satisfaire les exigences d’une nature volcanique. Photo impérative. »

Il y a eu des réponses par dizaines… Des hésitantes… Des faussement modestes… Des prétentieuses… Des hors sujet… Des délirantes… Quelques spécimens au physique avantageux… De carrément laids… La plupart insignifiants… D’une terrifiante banalité… Certains arboraient fièrement leurs attributs… Il y en avait de méfiants… Qui redoutaient un traquenard… Qui exigeaient des garanties… D’autres qui posaient leurs conditions : il fallait que ça se passe comme ci ou comme ça… Sinon…

Et puis « lui »… Une évidence… Exactement le genre de type devant lesquels les yeux de Pauline s’allumaient et pétillaient d’allégresse et de convoitise… On s’est rencpntrés… On a fait longuement connaissance… Il lui plairait… Aucun doute là-dessus… Il saurait se montrer viril, désinvolte et impérieux. Très exactement ce dont elle avait envie en l’occurrence…

- A cette heure-ci ?… Qui ça peut bien être ?… Elle a brusquement réalisé… - C’est pas vrai !… C’est pas vrai que tu l’as fait !… - Je te présente Martial… Je te demande pas si tu le trouves à ton goût… Tes yeux parlent pour toi… Et toi, Martial, elle te plaît ?… - Je serais difficile… - Et encore t’as pas tout vu… Tu vas voir… Je suis passé derrière elle et lentement, bouton après bouton, j’ai ouvert le chemisier que j’ai fait glisser le long des épaules… - Comment il te regarde !… Comment il te désire !… En mots susurrés à l’oreille… - Comment il les attend tes seins !… Que j’ai fait jaillir, offert au creux de mes paumes… Je suis descendu… Sous la jupe j’ai fourragé dans la culotte… - Mais c’est qu’elle est toute trempée, ma petite cochonne… Une belle queue il lui faut… Bien raide… Bien dure… Il est venu la brandir devant elle… Il l’a prise par le bras, fait s’agenouiller, la croupe en l’air, le front sur le tapis… Il a relevé la jupe, écarté les jambes du bout du pied, ramené la culotte sur le côté pour découvrir la chatte… Et il s’y est enfoncé… Il l’a besognée, a joui, s’est retiré…

Elle n’a pas bougé… Immobile… Statufiée… Lui s’était reculé de quelques pas et gardait les yeux obstinément fixés sur son entrejambes… Je me suis déshabillé et je suis allé m’asseoir, adossé au canapé… Je lui ai doucement relevé la tête, je l’ai posée sur mon ventre et je l’ai câlinée… Le front… Les paupières… Les joues… Les lèvres… Il s’est approché et il l’a une nouvelle fois pénétrée… D’un coup… Sans ménagement… Elle a lâché un grognement de satisfaction rauque de bête saillie… Juché sur elle, il s’est alors tranquillement élancé à la recherche de son plaisir… Elle a fermé les yeux, haleté, grondé, secoué la tête, éperdue, en tous sens sur ma cuisse, sur ma queue… Qui s’est répandue dans ses cheveux… Quand son bonheur à elle a surgi elle a planté ses dents, de toutes ses forces, dans le gras de ma cuisse, a serré… Plus fort… De plus en plus fort… Il est sorti… Elle a desserré son étreinte… Une petite claque sur les fesses… Il s’est rhabillé… Il a disparu…

- C’est le plus beau cadeau qu’on m’ait jamais fait… Merci… Du doigt elle a caressé les contours de sa mâchoire sur ma peau… - J’y suis pas allée de main morte !… Mais c’était trop bon aussi… Elle s’est blottie contre moi… - Fais-moi l’amour maintenant !… Tout doux… Tout tendre…









J O U E T S

- Roxane?... C’est Amélie... Ca va ?… Oui, moi aussi… Dis-moi… J’organise une réunion genre Tupperware là… Chez moi, oui… Des toys… Si ça t’intéresse… Oh, le dernier cri… Et alors à des prix !… Tu vas complètement halluciner… Jeudi en huit ce sera… Le 14, oui, c’est ça… Je compte sur toi alors ?… D’accord… Oui… Oui… Moi aussi… Je t’embrasse…

Cette Amélie !… Toujours aussi snob… Des toys !… Elle pouvait pas dire des jouets comme tout le monde ?!… Mais ça pouvait quand même donner des idées… Parce que les gamins à force pour savoir quoi leur acheter… Ils avaient tout maintenant… Tout… Entre les grands-parents, les oncles et les tantes…

Il y avait Camille… Et quatre femmes qu’elle ne connaissait pas, qu’Amélie lui a rapidement présentées… - Bon, ben on n’attend plus que Valérie… Elle devrait pas tarder… - Et Nina… - Oui, oh, Nina, ça m’étonnerait qu’elle vienne… Elle se donne de grands airs libérés, mais je suis sûre qu’en réalité elle est pas joueuse… - Elle sait pas ce qu’elle perd… Elles ont ri… - Moi, je critique pas parce que longtemps j’ai été comme ça… J’arrêtais pas d’en parler, de laisser croire, mais je le faisais jamais… - On est compliquées des fois, hein !?… - Oui, ben moi j’ai pas eu ce problème… J’en parlais pas, mais aussi loin que je remonte en arrière, je l’ai toujours fait… Avec tout et n’importe quoi… Sans arrêt j’étais à l’affût… Qu’est-ce qui pourrait bien me servir ?… Non, mais où elle était tombée là ?… Où ?… - Et toi, Roxane ?… Heureusement Valérie est arrivée…

- Bon, ben alors je commence… Par tout ce qu’il y a de plus classique… Elle les sortait, une par une, et elles se les passaient au fur et à mesure… Il y en avait de toutes les tailles, de toutes les formes, de toutes les couleurs… Elles les tâtaient, elles les parcouraient, elles les enrobaient, elles les enserraient… C’était à la fois dur et doux et beaucoup moins froid qu’elle ne l’aurait cru… - Oh génial celle-là !… Il y a les balloches !… Qui roulaient sous les doigts exactement comme des vraies… - Comment ça doit bien te claquer contre le cul !… Il y en avait qui vibraient, qui tournaient, qui faisaient de la lumière… Et une qui giclait quand on appuyait dessous… - Et celle-là c’est vraiment pour les gourmandes… Une gigantesque, démesurée, colossale… Qui leur a arraché de grands éclats de rire…

- Mais il y a pas que le sexe dans la vie… Il y aussi le cul… Et pour les petits trous de derrière regardez-moi si c’est pas génial tout ça !… Une mallette entière… - Je vous conseille les plugs… Vous serez pas déçues, vous verrez… - J’en prendrais bien une pour mon mari… La longue là… Ca va être son anniversaire… - Oui, eh bien moi, j’imagine la tête du mien si je lui ramenais un truc pareil… Il me foutrait dehors, oui… Ou il appellerait le SAMU… - Ils sont trop les mecs !… Pour leur faire sauter le pucelage de ce côté-là… - Le mien j’ai mis dix ans à y arriver, mais maintenant qu’il y a goûté… un vrai fanatique…

Il y en avait encore et encore… Des sacs pleins… Des trucs qu’elle aurait même pas eu l’idée que ça pouvait exister… - Regardez-moi ce petit bijou… - Ce sont des boules de geisha ?… - Non… Ca y ressemble, mais c’est beaucoup mieux… Spécialement étudié en laboratoire pour provoquer le maximum de sensations… Que vous soyez en mouvement ou immobiles… Des vibrations de nature et d’intensité différentes – une dizaine – qui se combinent, se chevauchent, s’entrecroisent… C’est magique… Vous m’en direz des nouvelles… - Faut absolument que j’essaie ça !… Vous inquiétez pas : de toute façon je le prends… Elles sont où tes toilettes, Amélie ?…

Elle est revenue… Elle s’est rassise… - Alors ?!… - Alors… ben alors… Hou la la, les filles !… Hou la la !… - Ca a l’air efficace en tout cas !… - C’est rien de le dire… Ca ressemble à rien de ce qu’on connaît… C’est fabuleux… Hou la la !… Je vais jouir… Je vais jouir… - Et c’est rapide en plus… Elle a renversé la tête en arrière sur le canapé et elle est partie, les yeux fermés, les narines palpitantes, les mains crispées sur un coussin qu’elle a pétri de toutes ses forces… - Hou la la… C’est de la folie… De la folie… Et ça repart en plus… Ca repart tout de suite…

Elles en ont toutes voulu un… Et Camille deux… - Des fois que ça tombe en panne… - Et toi, Roxane ?… Elle aussi… Oui, elle aussi… - Tu veux autre chose ?… Peut-être, oui… Le truc là-bas… - Celui avec les couilles qui ballottent ?… Celui-là, oui… Elle a payé, elle a dit au revoir à tout le monde et, en bas, elle a tout jeté dans la première poubelle venue…

Elle s’est tournée dans son lit, retournée… Trois heures durant… Elle s’est relevée, rhabillée… Dans la poubelle le sac était toujours là, sur le dessus… Elle l’a repris…









P R E M I E R E F O I S


Ma première fois je n’ai même pas su avec qui c’était… C’était… c’était il y aura bientôt trente ans… J’avais 18 ans – presque 19 – et je passais mes premières vraies vacances chez Françoise, une camarade de classe, dans une superbe villa, près d’Antibes. Ses parents nous l’avaient abandonnée quelques jours pour filer en amoureux à Florence. - On vous fait confiance, hein, les filles ! Vous êtes suffisamment adultes et responsables…

Il faisait un temps magnifique et nous passions des journées de rêve… Plage… Sable… Mer… Baignade… A longueur de temps… Bien sûr on nous tournait autour… Deux filles seules. Jeunes. Jolies – du moins à l’époque – nous avions notre petit succès. Et bientôt nos habitués :Pascal et Hervé, deux beaux bruns au torse bronzé, à l’œil charmeur, à l’accent chantant, qui venaient nous faire la conversation tous les après-midi sur la plage des heures durant. Qui ont fini par nous inviter - On fait un barbecue ce soir… vous venez?… Mais si, venez !... ce sera sympa… Allez !… A sept heures on passe vous chercher…

Françoise était furieuse - Et toi, t’acceptes ça comme ça !... Mais on les connaît à peine ces types… - Tu parles ! Ça fait huit jours qu’on voit qu’eux… - Non, mais tu te rends pas compte ! Et si jamais… - Si jamais quoi ? T’as peur de tout, toi, n’importe comment… - Et s’ils te tombent à cinq dessus tu vas faire quoi ? T’auras l’air maligne… Ah non, non, moi j’y vais pas !... Pas question… - Eh ben reste là ! Regarde la télé…

Pour rien au monde je ne l’aurais avoué, mais plus l’heure approchait et plus mon imagination s’affolait… Et si elle avait raison ? Si c’était un traquenard ? Si un fois là-bas… Si… Et si… Et si… Pas question de reculer pourtant : j’étais beaucoup trop orgueilleuse et, à sept heures tapantes, je suis montée avec eux en voiture, un gigantesque cabriolet rouge tape à l’œil… - Elle vient pas ta copine ?… - Non... Elle est malade…

C’était assez loin dans l’arrière-pays, sur les hauteurs : une immense maison toute en baies vitrées avec une vraie piscine et des massifs de fleurs partout. Trois garçons et une fille paressaient dans des transats. On a très vite sympathisé. On a mangé sur la pelouse. On a beaucoup ri. On a un peu bu… Quelle idiote !... Non, mais quelle idiote l’autre ! Elle savait pas ce qu’elle perdait…

On a chanté. On a plaisanté. On a encore bu… Au loin il s’est mis à tonner sourdement. L’atmosphère est devenue moite, poisseuse, ma robe collante. Les verres se remplissaient, se vidaient en grands éclats de rire. Je n’avais pas l’habitude, je commençais à me sentir un peu ivre. Ils ont mis de la musique. On a parlé. On a continué à boire. La tête me tournait, me tournait de plus en plus…

- Il est minuit!... Il est minuit!... Ils ont arraché leurs vêtements tous ensemble tous les cinq tous tout nus et ils se sont précipités dans la piscine. Dans la lumière crue des projecteurs extérieurs ils se poursuivaient, plongeaient, sautaient, s’éclaboussaient. Comme ils étaient bien dans leur peau, dans leurs corps d’hommes ! Comme tout avait l’air simple, naturel, harmonieux pour eux… - A poil, les filles !… - Oui, allez, avec nous, les filles !… Dans l’herbe, à côté, Ariane s’est levée… - Tu viens ? De toute façon on va y passer… Ils vont nous foutre à l’eau… Alors si tu veux garder quelque chose de sec… Et elle a retiré sa robe… Moi aussi. En rigolant tant que je pouvais. J’étais saoûle et complètement désinhibée. Jamais en temps ordinaire je n’aurais consenti à faire une chose pareille : j’étais beaucoup trop pudique, à la limite du ridicule, mais là tout était devenu brusquement facile, différent, fluide et j’ai tranquillement rejoint les garçons dans l’eau. J’ai nagé avec eux, j’ai couru avec eux, j’ai lutté avec eux. Mouillés, mon soutien-gorge et ma culotte me collaient à la peau et révélaient par transparence tout ce qu’ils étaient supposé cacher. Je m’en fichais. Royalement. Je me sentais bien. Tellement bien… Jamais jusque là…

Brusquement il y a eu un violent coup de tonnerre tout près et la lumière s’est éteinte. Va-et-vient, rires, bousculades. Tout – les maisons autour, la ville au loin – était plongé dans l’obscurité la plus complète. Quelqu’un a allumé un briquet, puis une lampe de camping. On m’a tendu une serviette. A tâtons j’ai fini par retrouver ma robe dans l’herbe, j’ai abandonné mes sous-vêtements trempés, je me suis séchée, rhabillée…

Quand je suis revenue ils s’étaient tous réfugiés à l’intérieur, éparpillés sur les sièges, les fauteuils, les coussins. L’ambiance était tombée d’un coup… - Quelqu’un peut me ramener ? Pas de réponse. - Hein ? Quelqu’un peut me ramener ? - Pas moi…J’ai trop sommeil… - Moi non plus… Ariane m’a appelée, fait une petite place sur le canapé auprès d’elle… - Demain il fera jour…Ils ont trop bu n’importe comment…

Ce qui m’a réveillée ce sont deux lèvres qui couraient sur le dessus de mon pied, qui le piquetaient de petits baisers. On était dans le noir. Ariane avait disparu. J’étais allongée de tout mon long sur le canapé, cernée par les ronflements. Et ces lèvres qui me picoraient, patientes, insistantes...Qui entreprenaient une lente, très lente ascension. La cheville. Le mollet. Avec des remords. Des retours en arrière. A qui elles pouvaient bien être ces lèvres ? Si douces. Si savantes. Qui ne laissaient pas un centimètre carré de peau inexploré. Si agréables en tout cas que j’aurais été bien en peine de les arrêter. De plus en plus agréables… Le genou… Longtemps. La cuisse sous la robe. Elles se sont rapprochées du pli de l’aine, sont remontées sur le ventre, l’ont escaladé avec une infinie lenteur jusqu’aux seins dont elles ont fait dresser les pointes l’une après l’autre… Elles ont rebroussé chemin, elles ont pris tout leur temps pour me parcourir, dans l’autre sens, et puis elles sont venues m’ouvrir en bas, m’apprendre, me fouiller… C’est sous elles que j’ai joui une première fois avec émerveillement et puis, plus tard, avec plénitude et reconnaissance quand son sexe d’homme a palpité en moi…Un long baiser et il s’est retiré, fondu dans l’obscurité…

C’était qui ?… Lequel des cinq ?… Un peu tous les cinq finalement…









L A M E Z Z A N I N E


- Benjamin?… Pas tant que ça!… - Pourtant Morgane elle raconte partout qu’il est sacrément bien monté… - Oui, oh, Morgane, elle exagère toujours tout et elle arrête pas de prendre ses désirs pour des réalités… Non… Benjamin, elle est dans une toute toute petite moyenne… - Comment tu le sais ?… T’as couché avec ?… - Oui, ben ça, ça risque pas!… Non, s’il y en a une que tu peux dire qu’elle vaut vraiment le coup d’œil c’est celle de Kevin… Là il y a du matériel… C’en est impressionnant… Une qu’est toute minuscule, par contre, c’est Nico… Ca fait vraiment bizarre costaud comme il est… - Mais c’est pas vrai, tu les connais toutes !… - J’en ai vu pas mal, oui !… J’ai pas à me plaindre… - Et celle de mon Nounours alors ?… Elle est comment ?… - Ca, j’en sais rien… T’es encore jamais venue dormir à la maison avec lui… - Ah, parce que… Non, mais quelle salope tu fais!… - Qu’est-ce que tu veux !… Ca sert de rendre service aux copines des fois quand elles rentrent de boîte!… Tu leur laisses ta chambre et t’en profites… - T’es vraiment immonde !…


- Non… Parce que comment ça m’emmerde les films de cul finalement … C’est toujours pareil… Et puis c’est des acteurs… Ils font semblant… Ou c’est tout comme… Tandis que là !… C’est du vrai au moins, il y a pas photo… Ils savent pas en plus… Ils se doutent de rien… Et tu les connais… Tu les vois tous les jours… Tu te prends un de ces pieds… - Comment tu fais ?… Par le trou de la serrure ?… - Oh ben non, attends !… Tu vois rien par le trou de la serrure… Viens !… Viens, je vais te montrer… On est montées là-haut, sur la mezzanine… Elle a soulevé la moquette… Des trous… Parfaitement circulaires… Cinq… - Comme ça t’es sûre de toujours être exactement juste au-dessus d’où ça se passe… Et on peut rien deviner d’en bas… Ca se confond complètement dans les motifs du plafond… Mais viens la prochaine fois si tu veux… Viens dormir là… On se regardera ça ensemble… Vendredi… Il y aura Ophélie et Martial vendredi… Et alors là avec eux je te dis pas comment c’est chaud !…


Six heures du matin… - Ils sont là… Ils arrivent… En chuchotement… On s’est levées sans bruit, allongées côte à côte, l’œil rivé chacune à un trou… Ophélie est entrée la première, s’est déshabillée, étendue sur le lit et elle a attendu… Et on a attendu… Dix bonnes minutes… - Qu’est-ce tu faisais ?… - Rien… Je fumais une clope… Elle l’a attiré vers elle… - Laisse-moi faire !… Laisse-moi faire ce soir… Elle a lentement - très lentement - dégrafé son pantalon, le lui a fait glisser, avec le slip, le long des cuisses… Elle était dressée, toute droite, toute gonflée… A côté Melissa a murmuré… - T’as vu ça ?… Ophélie a fait rouler les couilles dans la paume de sa main, décalotté complètement le bout… Quand elle l’a enfouie dans sa bouche il a renversé la tête en arrière… Elle a agacé, enrobé, enserré, englouti… Melissa, tout près, faisait bouger ses doigts sur elle en clapotis chuinté… Je suis descendue, moi aussi, me chercher en bas… Il s’est cabré, a doucement râlé… Ca s’est répandu au dehors sur les lèvres, les joues, le menton, le cou d’Ophélie…



Il l’a serrée contre lui, calinée, caressée… Longtemps… Et puis il a pris la pointe de ses seins entre ses lèvres… Elle a respiré plus fort… De plus en plus fort… Soupiré… Haleté… Sa tête a moutonné entre ses cuisses… Elle a gémi, ondulé, psalmodié… Il l’a chevauchée… On a accéléré toutes les deux… Elle s’est ruée contre lui à grands coups de bassin, cuisses grandes ouvertes… - Oh, c’est bon… C’est bon… C’est bon… Comment c’est bon la bite !… Et elle a hurlé son plaisir… Nous aussi… Presque en même temps… En silence…



On s’est levées à midi… On a déjeuné dans la cuisine… On les a entendus presque aussitôt, en grands rires, dans la salle de bains… - Tu vas voir… C’est maintenant le meilleur… Quand tu les as devant toi comme ça après… Que tu discutes avec eux… De tout… De rien… Et que t’arrêtes pas d’y repenser… De tout revoir… Ce qu’ils ont fait… Comment ils ont joui… Ce que ça peut te redonner envie…



Il y a eu Léa et Maxime… Chloé et Justin… Aurore et Antoine… Bérénice et Aurélien… - Comment tu y as pris goût finalement… T’es encore plus acharnée que moi… D’autres encore… Toutes les semaines… Plusieurs fois par semaine… - Il dit rien Loulou que tu sois tout le temps fourrée ici ?… - Je fais encore ce que je veux, non ?… Manquerait plus que ça !… On vit pas vraiment ensemble de toute façon… Et puis il a pas le temps de s’ennuyer… Il a son colacataire… Ils passent leur vie à la console tous les deux… Alors!… - Et si tu l’amenais un jour ?… - Loulou ?!… On voit que tu le connais pas !… Comment il serait choqué… Là-dessus Monsieur a des principes… - Non, mais je veux dire… Pas en haut !… Avec toi… Dans la chambre… En dessous…



- Comment ça m’excitait de penser que t’étais en train de regarder, tu peux pas savoir!… - Si, j’ai vu… - J’étais à la fois en haut et en bas… Avec toi et avec lui… Je t’ai pris un de ces pieds… Comme jamais… Il se demandait ce qui m’arrivait… T’as vu cette tête qu’il faisait ?… - Il en a bien profité en tout cas… - Et toi au-dessus?… - Moi, je me suis régalée… J’ai joui trois fois… - Ce qui est dommage c’est que je pouvais pas te voir en même temps… Et que je pouvais pas le voir, lui, du dehors, et me voir, moi… T’imagines si on pouvait ?… Comment ce serait trop…



- Il y a un truc - tu vas me prendre pour une folle - mais il y a un truc : comment j’aimerais ça le voir avec une autre !… - Je peux me dévouer si tu veux… C’est de bon cœur… - Oui, ben ça !… C’est même pas la peine d’y penser… « Mon chéri, tu voudrais pas faire l’amour à Melissa devant moi ? »… J’imagine sa tête… Il me prendrait pour une tordue… C’est un coup à me faire larguer, ça, oui !… - Et derrière ton dos ?… Si t’étais pas au courant ?… Je le drague en douce… Quand c’est mûr je l’amène dans mon lit et tu te planques là-haut… - Ca marchera pas non plus… Il est à principes, Nounours… Il a été élevé comme ça… Quand il sort avec une fille il sort avec une fille… Les autres il les voit pas… - Je peux essayer quand même ?… - Oh, si tu veux… Mais ça m’étonnerait que tu y arrives…



- Alors ?… - Alors ben quand t’as été partie j’ai attendu d’entendre le ronronnement du rasoir dans la salle de bains… Je me suis précipitée comme une folle… - Le réveil a pas sonné… Comment je suis à la bourre !… Ca te dérange pas, Nounours, que je me douche pendant que tu te rases ?… Ca avait pas l’air… Pas du tout… Il a pas arrêté de se rincer l’oeil dans la glace… Oh, il est bien rasé… Je peux te dire qu’il y a passé du temps… Et c’est bien parti… Oui, je crois que c’est bien parti…



C’était bien parti… C’était tellement bien parti qu’elle m’a envoyé un texto trois jours plus tard sur le coup de deux heures… - On est au resto… C’est dans la poche !… T’as les clés… File chez moi… Monte là-haut… On arrive…



J’ai attendu… Trois heures… - Mais qu’est-ce qu’ils foutent ?… Quatre heures… - C’est pas possible ça !… Cinq heures… - T’es là ?… - Ben oui, je suis là !… Oui… T’es toute seule ?… Il est où ?… Qu’est-ce qui s’est passé ?… - Il s’est passé qu’il a jamais voulu venir ici !… Pas moyen… - Il se doute de quelque chose, tu crois ?… - Non, ça m’étonnerait… - Vous l’avez fait quand même ?… - Oui… Chez lui… Vu comment je l’avais branché c’était difficile de reculer… Et si on veut garder une chance de… - Oh, j’m’en fous !… Nounours, tu sais, moi !… C’est sans plus… Non, mais du coup j’ai rien pu voir !… - Oh, on finira bien par réussir à l’amener ici… En tout cas il y en a qui en a pas perdu une miette là-bas c’est le colacataire qui faisait semblant de jouer à la console à côté… Il devait avoir l’oreille collée au mur… T’aurais vu comment il était rouge et ce qu’il transpirait quand je suis sortie de la chambre…



- Tu croyais pas si bien dire !… Pour Damien, le colacataire… Parce que t’as rien remarqué dans la chambre ?… - Non !… - Evidemment tu pouvais pas… Il y a un carreau dans le mur… comme un carreau de fenêtre… Avec des bouquins devant qui le bouchent pas complètement… T’y fais pas attention… Et de l’autre côté c’est là où il met ses cassettes vidéo… Si tu les enlèves tu vois tout ce qui se passe sur le lit… Pas étonnant qu’il voulait absolument que t’ailles chez lui Nounours… Pour que l’autre il puisse tranquillement se rincer l’œil… Et moi aussi j’ai dû y attraper souvent… - Comme quoi on est pas les seules finalement !… - Quels salauds ils font quand même !…



Et on se l’est partagé Nounours… Elle, de temps en temps, l’après-midi… - J’aime vraiment trop sa tête à Damien quand il me voit arriver… Il en salive déjà… Et moi, le soir, quand j’en étais… - Mais c’est lui qu’en est pas toujours quand t’es passée avant !… Oui, et en attendant t’as toujours pas réussi à l’amener ici…



Elle a appelé, un matin, à 8 heures… - T’es où ?… Elle parlait tout bas… - Chez moi… - Alors rapplique chez Nounours!… T’es tout près… Mais vite !… Vite !… - Qu’est-ce qui se passe ?… - Tu verras… Viens !… Dépêche-toi !… Elle m’attendait sur le palier, un doigt sur les lèvres… - J’ai voulu lui faire une surprise au saut du lit à Nounours, mais c’est moi qui l’ai eue la surprise… Et de taille !… Fais pas de bruit!… Viens voir !…



Ils étaient sur le lit… Nounours avait la bouche posée sur la queue de Damien… Il la léchait, la contemplait, la parcourait, l’enveloppait, l’absorbait, l’aimait, tout du long, encore et encore… Il a flatté, poli, dessiné délicatement les couilles… Il est encore descendu… Il a promené un doigt derrière, a joué avec l’entrée, l’a longuement cernée, apprivoisée, s’y est tout doucement introduit… Melissa s’est appuyée contre moi… Sa main est remontée sous ma robe, posée sur mes fesses…









B A S S E V E N G E A N C E


- Qu’est-ce que tu fous là, toi ?… - Ben, et toi ?… Christophe… Ce vieux pote de Christophe… Comment ça faisait plaisir de se revoir !… Sans le savoir on tournait depuis six mois sur le même secteur, lui dans le matériel d’écriture et moi dans le jeu éducatif… - Non, mais alors ça c’est la meilleure !…

Du coup on s’est débrouillés pour prendre notre tournée dans le même sens… On se retrouvait le plus souvent possible… Sur la route… Au restaurant… A l’hôtel… On évoquait, avec délectation et nostalgie, nos années de Boulogne… - Ces fêtes qu’on pouvait faire !… Ah, on s’ennuyait pas… - Et Sonia, t’as des nouvelles ?… Ca avait été son grand amour de jeunesse Sonia… Un véritable drame quand elle l’avait quitté, du jour au lendemain, pour aller épouser un type à Paris… - Non, non, j’ai pas cherché à en avoir non plus, mais tu sais pas le plus beau ?… C’est que son mari, c’est un collègue à toi… Il travaille dans ta boîte… Un certain Cibaud… Gérard Cibaud… Ca te dit quelque chose ?… - Un peu que ça me dit quelque chose… C’est mon directeur des ventes… Mais comment tu sais ça, toi ?… - Par Vannier… - Cibaud… C’est fou, ça !… - J’aimerais bien voir à quoi il ressemble ce salopard… - Oh, ça c’est facile… Il vient sur ma tournée en Janvier… - Je te jure que si je peux lui en faire une à celui-là je vais pas le louper alors là !… - Et moi donc !… C’est une vraie carne au boulot… Et comme j’ai pas l’intention de moisir dans cette boîte…

Je les ai présentés l’un à l’autre dans un routier près de Montluçon… - C’est un collègue Christophe, mais surtout un ami… Depuis le lycée à Boulogne on se connaît… Il a pas cillé Cibaud… Ah, Boulogne !… On en avait des souvenirs là-bas tous les deux… Nos plus belles années… Ces coups fumants qu’on avait pu faire… Et les filles !… Ca y allait les filles… - Tu te rappelles Sylvie Pélissier ?… Et Monique Laval ?… Fallait pas leur en promettre à celles-là !… Et Sonia Dumas ?!… Il est resté de marbre Cibaud… Elle avait pas froid aux yeux, Sonia… Ailleurs non plus d’ailleurs… La vraie petite cochonne de base… ca dépannait bien… - Tu te rappelles au Celtic, dans l’arrière-salle, quand elle passait sur les genoux de tous les mecs les uns derrière les autres… Tu tâtais… Tu tripotais… Tant que tu voulais… Fallait surtout pas te gêner… A trois ou quatre en même temps des fois… Quand elle était bien excitée ça se finissait en bas sur la cuvette des chiottes à tour de rôle jusqu’à ce qu’elle ait son compte… Tout le monde en profitait… - Et quand elle se faisait troncher sur le parking de la boîte à même le capot de la bagnole, tu te rappelles ?… Il pouvait y avoir trente mecs autour c’est pas elle que ça dérangeait…

On inventait… On inventait tant et plus… Grisés par nos mots, on rivalisait dans la surenchère… Jamais, au grand jamais, Sonia n’avait été celle que nous lui décrivions… Sans être coincée ni bégueule elle s’était toujours montrée très sage… C’était d’ailleurs, à l’époque, à ce qu’il disait, ce qui avait tout particulièrement séduit Christophe… - On n’en fait plus des comme ça…

Et la fois où elle avait parié une bouteille de champagne qu’elle ferait un strip-tease sur la piste un soir que c’était noir de monde, tu te rappelles ?… Et elle s’est pas dégonflée… En se dandinant et en se trémoussant tant qu’elle pouvait, toutes ses sapes balancées aux quatre coins de la boîte… Complètement à poil elle a fini… C’est le patron qui l’a forcée à se rhabiller parce qu’il voulait pas d’histoires… Ah, c’est sûr qu’avec Sonia t’avais le spectacle assuré… Mais le plus beau c’était quand même la fois où, à la banque, elle était en train de tailler une pipe au directeur sous le bureau et que les grands pontes de la Caisse Régionale s’étaient amenés sans prévenir… Ce délire… Il avait pas fait long feu à Boulogne le type…

Ah, Sonia !… Quel bon souvenir c’était… Et la fois où… Toute l’après-midi on aurait pu en raconter comme ça et encore… on n’aurait pas fini… Une sacrée vedette Sonia… Seulement le jour où elle avait voulu se ranger elle s’était vite rendu compte qu’à Boulogne elle était grillée… Valait mieux qu’elle change d’air… Et elle était allée se fondre dans la masse à Paris… Pendant deux ou trois ans on n’avait plus entendu parler d’elle et puis le bruit avait couru qu’elle avait trouvé quelqu’un… le bon con de base pas trop fûté… elle lui avait raconté ce qu’elle avait voulu… il l’avait crue et elle s’était dépêchée de le faire cocu à tour de bras…

Cibaud a réclamé l’addition… - Il serait peut-être temps qu’on reprenne la tournée, non ?…









M A R I E T F E M M E


C’est arrivé au bureau dans une grande enveloppe marron barrée d’un gros “CONFIDENTIEL” rouge… Un CD et quelques mots griffonnés à la hâte… « Regardez ça… Seul… Vous comprendrez pourquoi quand vous l’aurez vu… Je vous appellerai pour en parler dans quelques jours… »… Il a haussé les épaules… Qu’est-ce que c’était que cette histoire ?… Il a glissé l’enveloppe au fond d’un tiroir et, repris par son travail, il n’y a plus pensé…

Quand le téléphone a sonné, le surlendemain, juste avant la pause de midi, il l’y avait complètement oubliée… - Alors ?… Une voix de femme… - Alors quoi ?… - Ce que je vous ai envoyé… vous l’avez regardé ?… Non ?… Vous devriez, vous savez… Vous devriez vraiment… Mais seul surtout, hein !… Et elle a raccroché…

Qu’est-ce que ça pouvait être ?… Sa curiosité, cette fois, était piquée au vif… Seul, elle avait dit… Elle avait insisté… Seul… Ca tombait bien : le jeudi soir Valérie avait son cours de gym… Il s’est confortablement installé… Il a lancé… Un couple sur un lit… La femme avait enfoui sa tête entre les jambes de l’homme qui lui pétrissait la nuque… Ouais… Un porno… Un vulgaire porno… Comme il en existait des milliers… Même pas belle l’image en plus !… Il allait éjecter quand, une fraction de seconde, la femme a relevé la tête… Non !… C’était pas possible… Non !… Il est revenu en arrière, a arrêté l’image… Si !… C’était elle, si !… Valérie… Sa femme… Valérie !… Il a continué… Ah, elle y allait !… Comment elle y allait !… Et elle se contentait pas de sucer… Tout y passait… Tout… Ah, elle prenait son pied… Pour prendre son pied elle prenait son pied… Comment elle couinait !… La garce !… Non, mais quelle garce !… Ils avaient bon dos les cours de gym du jeudi, tiens !… Et les soi-disant visites à Vanessa qui déprimait… Et les week-ends seule chez maman qui s’était toujours pas remise de la mort de papa… Oh, mais elle allait voir… Elle allait voir ce qu’elle allait voir…

Il a remis au début… Il a recommencé… Dix fois… Vingt fois… A l’affût du moindre détail… De chacun de ses gémissements… De chacune des ondes de plaisir qui la transfigurait… De chacun de ses coups de rein sur la queue du type… Et c’était qui d’abord ce guignol ?… D’où il sortait ?… Elle l’avait rencontré où ?… Elle devait savoir la bonne femme du téléphone… Oui… Sûrement elle savait… Et elle, elle était qui ?… Qu’est-ce qu’elle avait à voir dans tout ça ?… Rester calme… Ne pas s’emballer… D’abord élucider… Démêler l’écheveau… Les tenants et les aboutissants… Et après… Après seulement frapper un grand coup…

Elle est rentrée un peu après minuit… - Ca va, mon chéri ?… Tu dors pas ?… Qu’est-ce que tu regardais ?… - Oh, rien… des conneries… - Oui, ben moi, je vais au lit… Je suis vannée… Ils te font faire de ces trucs à la gym je te jure… Il l’y a presque aussitôt rejointe… - Non, s’il te plaît, non… Pas ce soir… Je suis complètement moulue…

Et l’autre qui rappelait pas… Mais qu’est-ce qu’elle fout, bordel !… Qu’est-ce qu’elle fout ?… Qui a laissé passer trois longs jours… - Allo… C’est vous ?… Enfin !… C’est qui ce type ?… - Mon mari… - Ah !… - Si vous n’y voyez pas d’inconvénient on pourrait peut-être se rencontrer… Pour en parler de vive voix…

- Vous ne vous étiez rendu compte de rien ?… - Absolument rien… - J’ai hésité… Et puis finalement j’ai pensé qu’il valait mieux que vous soyez au courant… - Vous avez très bien fait… Et il y a combien de temps que ça dure cette petite comédie ?… - Un mois… - Ah, quand même !… - Vous allez faire quoi ?… Lui en parler ?… - Oh, que oui !… Pas question que je supporte une situation pareille… C’est lui ou moi… Faudra qu’elle choisisse… - Et si c’est lui ?… - Je crois pas, non… - Mais vous n’en êtes pas sûr… Et j’ai de bonnes raisons de penser que ce n’est pas du tout à exclure, croyez-moi… Parce que, pour le moment, ils sont sur leur petit nuage… Seuls au monde… Persuadés de vivre une passion hors du commun… Si vous lui mettez le couteau sous la gorge maintenant il y a toutes les chances qu’elle prenne des décisions définitives… Quitte à les regretter amèrement ensuite… Si vous tenez à la conserver… - Vous proposez quoi alors ?… - D’attendre… De ne pas savoir… Et de les mettre sous surveillance… Des deux côtés… D’échanger toutes les informations que nous pourrons recueillir… Le soufflé finira bien par retomber… Ca retombe toujours… Il y aura un jour une brèche dans laquelle nous engouffrer… Et ce jour-là on sera en position de force… A nous de jouer…- Ca risque de demander un temps fou… - Peut-être que oui… Et peut-être que non… Je peux compter sur vous ?… Elle lui a tendu, par dessus la table, un sac de plastique… - Tout est là… Toutes leurs rencontres… Depuis le début… Du moins celles qui ont eu lieu dans cette chambre… - C’est où cette chambre ?… - Chez moi… Chez nous… La chambre d’amis… On se revoit mardi ?… Pour faire le point…

Il y en avait des heures et des heures… Pendant des heures et des heures elle gémissait, se tordait, se pâmait, s’ouvrait, offrait sa chatte, son cul, sa bouche… Elle en redemandait encore et encore… Insatiable…

- Regardez !… Un grand agenda de moleskine noire… - Regardez !… En noir j’ai noté, heure par heure, l’endroit où il prétendait être, ce qu’il prétendait être en train de faire et avec qui… En rouge là où je suis sûre qu’il était vraiment… Avec elle… En bleu j’indiquerai, sur vos indications, la version qu’elle vous a donnée à vous… On y arrivera, vous verrez… On y arrivera…

Elle est allé passer le week end chez maman qui n’allait vraiment pas bien… - Elle m’inquiète, tu sais !… Elle m’inquiète vraiment… Et lui, toute la journée du samedi et toute celle du dimanche à les regarder…

Elle est rentrée épanouie d’un bonheur qu’elle faisait tous ses efforts pour lui dissimuler, mais qui éclatait de partout. Dans ses yeux, dans ses gestes, dans sa démarche de femelle comblée… - Alors, ta mère ?… - C’est pas ça… C’est vraiment pas ça… Elle se mine… Elle part à la dérive… La seule chose qui l’apaise un peu c’est de me voir, de parler avec moi… Alors… c’est pas que ça m’enthousiasme, mais je suis bonne pour y retourner la semaine prochaine… - Je t’accompagnerai si tu veux… - Oh non, non !… C’est pas la peine… T’as déjà si peu de temps… Et puis elle n’a jamais été vraiment très à l’aise avec toi…

Elle a posé un CD sur la table… - C’est tout chaud d’hier soir… Et vous, de votre côté, vous avez trouvé quelque chose ?… - A part qu’elle a passé le week end chez sa mère… - Et mon mari à un tournoi de Badminton… Faudrait qu’on sache où ils vont réellement… Vous vous en occupez ?…

Elle s’est agenouillée par terre, nue, s’est lentement penchée en avant… A enfoui la tête dans un coussin, jambes écartées, croupe en l’air… Est restée immobile dans cette position un temps infini… Le type a enfin surgi, de nulle part, la queue dressée… Il lui a lancé une petite claque sur la fesse, l’a brutalement pénétrée et s’est sauvagement élancé à la conquête de son plaisir… Elle l’a remercié d’une salve éperdue de feulements rauques…

Dans le lit il s’est doucement approché d’elle… Il lui a effleuré les fesses, les a délicatement caressées… Elle s’est contractée, a soupiré… - J’ai vraiment autre chose en tête en ce moment, tu sais !… Et elle s’est endormie… Il s’est relevé sans bruit, est retourné au salon, l’a ramenée à genoux sur l’écran, le cul tendu, femelle obscène, et il l’a prise, là, avant l’autre… Avant qu’il n’apparaisse… Avec une violence dont il ne se croyait pas capable… Et un plaisir d’une intensité qui lui était encore inconnue…

-C’est votre mari que je vais prendre en chasse… Il ne m’a jamais vu… Il ne me connaît pas… Il me mènera bien jusqu’à elle… jusqu’à eux…

Il l’y a mené… Une petite auberge de campagne perdue au milieu des bois… Ils ont dîné dans la grande salle du bas… Dans les jumelles ils se souriaient, se prenaient la main… Heureux… Dans la chambre, en haut, ils ont tiré les rideaux jusqu’au bout… Il est rentré… Il s’est me confortablement installé devant eux… Il y a passé la nuit…

Et maintenant on faisait quoi ?… Elle a haussé les épaules… - On continue… Qu’est-ce que vous voulez faire d’autre ?… On continue à glaner tout ce qu’on peut glaner… Tout… Le moindre détail peut avoir un jour son importance… Le plus insignifiant en apparence… Il faut engranger encore et encore… Pour plus tard… Pour quand… En se levant elle a posé deux autres CD sur la table… Il les a emportés comme un voleur…

Elle s’absentait de plus en plus souvent… De plus en plus longtemps… Il ne posait pas de questions… A peine avait-elle refermé la porte qu’il allait la rejoindre… Qu’il allait les rejoindre… Il passait tout son temps possible avec eux… Avec une préférence marquée pour certaines fois… Celle où elle attendait, le cul en l’air… Celle où il la godait, grande ouverte, sur le lit… Celle où elle le chevauchait dans un orgasme échevelé… Celle enfin où son plaisir s’épuisait dans une volée de mots hurlés, tous plus orduriers les uns que les autres… Il ne s’en lassait pas…

- Ca y est ?… - Quoi, ça y est ?… - Ils nous quittent… Ils vont nous annoncer ça demain… - Ah !… Et vous allez faire quoi ?… - Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ?… Je peux pas le retenir de force… - Moi non plus !… - Tout n’est pas perdu pour autant… Si on sait manœuvrer, si on sait se montrer patients, on les récupérera… On va tout faire pour… S’adapter à la nouvelle situation et redoubler de vigilance…

Il y avait une longue lettre sur la table de la cuisine… Il ne l’a pas ouverte… Il est allé tout droit s’installer devant l’écran…