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jeudi 13 août 2015

Fessées croisées

FESSEES CROISEES



16 juillet


Dans une heure on sera partis… En route pour le Lavandou. Comme l’année dernière. Comme celle d’avant. Et comme, très vraisemblablement, toutes celles à venir. Gilles ne conçoit pas les vacances ailleurs que là où il les a toujours passées. Ailleurs que chez papa-maman. Ce qui n’a rien d’insupportable en soi : ses parents sont des gens charmants qui se mettraient en quatre pour faire plaisir. Ses deux frères sont d’un commerce agréable. Je m’entends à la perfection avec Christine, la femme de Charles, à qui je fais mes confidences… Et c’est réciproque… Moins avec Mélanie, la compagne de Bruno, qui a tendance, sous prétexte qu’elle poursuit des études de linguistique, à prendre tout le monde de haut et à étaler, à tout bout de champ, ses connaissances. Mais bon… elle est jeune – tout juste 22 ans – et à condition de la recadrer chaque fois que c’est nécessaire, on arrive à faire avec. Non. Ce sont de vraies vacances qui nous attendent. Avec grasses matinées, petits déjeuners qui s’éternisent, plage, mer, soleil, farniente. Que demander de plus ? Que demander de mieux ? Rien sans doute. Enfin, si ! Si ! Quelques jours en tête à tête avec Gilles. Seule à seul. Tous les deux. Rien que nous deux. Que nous puissions nous extirper de la routine. Du quotidien. Nous retrouver. Parce qu’on est en train de se perdre, là. Tout doucement. Insidieusement. Sans heurts. Sans à-coups. On se parle, oui… Pour échanger des banalités. On dort ensemble. On dort et c’est tout. Il n’a plus envie de moi. Et je ne suis pas sûre d’avoir envie de lui. Alors peut-être que si on avait réussi à s’évader un peu… Je ne le lui ai pas demandé : je sais trop bien quelle aurait été la réponse…



18 heures







Christine m’a aidée à me réapproprier la chambre, à vider les sacs et à en répartir le contenu dans les placards muraux pendant que nos chers maris sirotaient – déjà ! – un pastis sur la terrasse en compagnie de leur père…
– Il y a longtemps que vous êtes là ?
– Quatre jours… Samedi on est arrivés…
– Et alors ? Ça se passe comment ?
– Oh, comme d’habitude… Tranquille…
– Mélanie ?
– Avec nous elle est charmante… Par contre avec les beaux-parents, c’est plus que limite… Elle est d’une agressivité… Sûrement il y a eu quelque chose… Je sais pas quoi, mais il y a eu quelque chose… Ou alors ça a à voir avec le départ précipité de Bruno…
– Mais oui, c’est quoi à propos cette histoire ? Il est passé où ?
– Alors ça ! Pour savoir… Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il a filé comme un dératé avant-hier… En la laissant là… Soi-disant que le boulot le rappelait en urgence… Mais bon…
– Il y a de l’eau dans le gaz ?
– C’est pas l’impression que ça donne… C’est pas ce qu’elle dit non plus…
– Et toi, avec Charles, ça en est où ?
– Au même point… Exactement au même point que l’an dernier… C’est convivial… Jamais un mot plus haut que l’autre… Mais il y a rien… Il y a plus rien… Des mois qu’il m’a pas touchée… Alors ou bien je fais avec… En m’offrant un petit extra de temps en temps… Quand un type me plaît…
– C’est arrivé ?
– Pas encore, non… Ou bien je me tire carrément… J’y pense de plus en plus… Faudrait vraiment pas grand’chose pour que je saute le pas maintenant… Et de ton côté ?
– Copie conforme… À croire que c’est toujours comme ça que ça se passe… Pour tout le monde… Qu’après quelques années… C’est désespérant… Complètement désespérant…



22 heures




Mélanie est descendue en maillot… Un deux-pièces grenat… Qui a fait froncer les sourcils au beau-père…
– C’est pas une tenue pour passer à table, ça !
– Oh, ben quoi ! Avec la chaleur qu’il fait…
– Quand même ! Il y a des limites…
– Ce que vous pouvez être vieux jeu ! C’est pas croyable, ça !
Geneviève a posé la main sur l’avant-bras de son mari…
– Laisse, Jacques ! Laisse !
Et s’est tournée vers moi… Ça allait ? On était bien installés ? Si on avait besoin de quoi que ce soit…
Le dessert avalé, les hommes sont retournés sur la terrasse… Avec des bières… Ils y sont encore…



17 juillet


On a fini de déjeuner… Toutes les deux… Sous la tonnelle…
– Qu’est-ce qu’on fait ? On attend nos hommes ou on descend à la plage ?
– Oui, oh, vu l’heure à laquelle ils se sont couchés, ils sont pas près d’émerger…
– De toute façon, eux, la plage…
– Eh, ben, allez alors !

Mélanie nous y a rejointes sur le coup de dix heures… Avec un bouquin… Qu’elle a tourné… Retourné dans tous les sens… Posé… Repris… Reposé…
– C’est quand même fou, ça !
– Quoi donc ?
– Non, mais jamais je serais allée m’imaginer un truc pareil, moi ! Jamais !
– Si tu nous disais au lieu de procéder par énigmes…
– Oh, rien ! Non… C’est juste qu’il y a un écrivain qui m’a dédicacé son bouquin…
– Oui, ben ça, tu sais, c’est monnaie courante… Suffit de leur demander… Ils se font qu’un plaisir…
– Non, mais je veux dire… Pas le truc au stylo qu’ils font à tout le monde… Imprimé… Sur la page juste après le titre… « À Mélanie H. dont cet ouvrage restitue, aussi fidèlement que possible, le cheminement, fait d’élans et de rebuffades, qui l’a progressivement amenée au plus près et au plus profond d’elle-même… » Vous vous rendez compte ? Et il est connu en plus ce type… Ça en fait cinq qu’il publie…
– Et ça parle de quoi ?
– C’est difficile à raconter comme ça…
– Donne-nous au moins le titre…
– « La double vie de Mélanie… » Bon, mais allez ! J’y vais, moi… Faut que je l’appelle… Que je le remercie…
Et elle s’est enfuie… En soulevant des nuages de sable…
– Fallait absolument qu’elle en parle à quelqu’un…
– Et c’est tombé sur nous…
– Mais elle regrette déjà de ne pas avoir su tenir sa langue…
– N’empêche… Je me demande bien ce que…
– Confidence pour confidence moi aussi… Oh, mais on a le titre… Suffira de se le procurer…


16 heures


Une petite sieste… Prétexte à m’offrir longuement du plaisir… La fenêtre ouverte… Avec les bruits du dehors en toile de fond… Les chants des oiseaux… De la musique, quelque part, dans le lointain… Et puis leurs voix… Leurs voix à eux… Tout près, sous la tonnelle… Est-ce que Christine les entendait, elle aussi, de sa chambre ? Est-ce qu’elle était en train, tout comme moi, de s’occuper amoureusement d’elle-même ? Peut-être… On avait effleuré le sujet l’année dernière et c’est un plaisir qu’elle ne boude pas… Au contraire… Du coup je l’ai imaginée étendue là, à mes côtés… On est venues en même temps… Et on a étouffé nos cris dans les oreillers…


19 heures


Christine n’était pas à la sieste en fait… Elle était partie écumer les librairies de la région à la recherche du bouquin de Mélanie ce matin sur la plage…
– Fallait me le dire… Je serais venue avec toi…
– Ça m’a prise d’un coup… J’ai pas voulu te réveiller…
– Je dormais pas… Je… Tu l’as trouvé ?
– Non sans mal… Il a fallu que je coure jusqu’à Toulon…
– Et alors ?
– Je sais pas… J’ai juste jeté un œil comme ça… Vite fait… C’est… assez surprenant…
– Parce que ?
– Je préfère rien dire… Je verrai ça ce soir… J’aurai tout mon temps… Parce que je suppose que nos chers et tendres vont encore refaire le monde jusqu’à des heures indues… Je te dirai demain… Et puis je te le passerai…


23 heures


Il a été question de Bruno ce soir à table… Bruno qui a, apparemment, de gros problèmes au boulot… Il va vraisemblablement perdre sa place… « S’il prenait un peu moins tout en dilettante aussi ! » a soupiré son père… Ce qui a eu le don de mettre Mélanie en fureur… « S’il avait eu l’opportunité de faire des études aussi… » « Mais il l’a eue ! Il l’a eue… Seulement il est feignant comme une couleuvre… » Ça a failli dégénérer… Et il a fallu, comme hier, que Geneviève joue les médiatrices…



18 juillet


On a encore pris le petit déjeuner toutes les deux toutes seules… Elle a soupiré…
– Et j’ai bien l’impression que ça va être toutes les vacances comme ça…
– Oui… Dès qu’ils se retrouvent entre eux il y a plus rien d’autre qui compte… Nous, on n’existe pas…
– Moi, ce que je finis par me demander, c’est quand – et si – j’existe à ses yeux…
– Tu devrais éviter de te poser ce genre de question… Tu risques de finir par trouver la réponse… Bon, allez, on y va plutôt, tiens !

Elle a refermé le bouquin… Fait couler une poignée de sable entre ses doigts…
– Tu l’as fini ? Et alors ?
– Mouais… Mouais… Je sais pas quoi penser… Si c’est pas romancé… Si elle a vraiment vécu ça…
– Ce qui a l’air d’être le cas… Si on en croit la dédicace…
– Oui, ben je vais la voir sous un autre jour, moi, maintenant…
– Mais ça raconte quoi au juste ?
– Tout est parti de ce qu’il cherchait des sujets de roman l’écrivain… Il avait posté une annonce dans ce sens sur un forum… Elle l’a contacté… Lui a parlé d’un voisin d’âge mûr, un dénommé Gabriel, qui était aux petits soins pour elle… Toujours prêt à lui rendre service… Il l’a mise au défi de se comporter en gamine insupportable avec ce type… Et de lui raconter, à lui, au jour le jour… Oui, ben alors là s’il croyait qu’elle était pas capable… Surtout qu’elle était bien un peu comme ça tout au fond d’elle-même… Beaucoup même des fois… Et elle est entrée à fond dans le jeu… Toute fière à l’idée de devenir, en quelque sorte, une héroïne de roman… Elle s’est montrée résolument odieuse… Effrontée… Méprisante… Grisée par sa propre arrogance, elle a très largement dépassé les bornes… Jusqu’à ce que ce Gabriel finisse, exaspéré, par la menacer d’une bonne fessée déculottée… Hein ? Oui, ben alors là ! Qu’il essaie pour voir… Il ne s’est pas contenté d’essayer… Il a récidivé… Tant cette première correction avait donné des résultats spectaculaires… Du tout au tout elle avait brusquement changé… Ça lui avait fait le plus grand bien… Elle le reconnaissait elle-même… Polie, attentionnée, aimable ça l’avait rendue… Et il suffisait d’une petite piqûre de rappel chaque fois que ses vieux démons se réveillaient pour que…
– Oui… Elle aime la fessée, quoi ! En gros c’est ça, hein ?
– Ben, apparemment non… Pas du tout… Au contraire… Elle a horreur de ça… Mais elle n’a pas de limites… Pas de repères… Et elle a besoin – elle en a parfaitement conscience – qu’on la remette dans les clous… Que quelqu’un doté d’une autorité naturelle la recadre régulièrement… Pour son bien… Ce qui, quand ce quelqu’un le juge nécessaire, passe par la fessée… C’est ce qu’en dit l’écrivain en tout cas…
– Et Bruno dans tout ça ?
– Il en est jamais question… Ils devaient pas se connaître à l’époque où ça s’est passé… De toute façon Bruno…
– Tiens, la v’là !
– On lui en parle pas, hein ! On lui dit pas que je l’ai lu…

– T’en fais une tête ! Qu’est-ce qui se passe ?
– Rien… J’ai pas dormi de la nuit…
– Oui, ben ça ! Avec la pleine lune…
– C’est pas la pleine lune, non… C’est que je l’ai encore eu au téléphone hier soir Bruno… Et que je me demande ce qu’on va devenir… Parce qu’il trouve rien, mais ce qui s’appelle rien…
– Faut dire que dans le contexte actuel…
– Ça fait pas tout le contexte… La preuve : il y en a qui trouvent… Seulement encore faut-il avoir un minimum de diplômes…
– Ce que Bruno n’a pas…
– Et pour cause… Parce que les deux aînés, là, vos maris, ils ont eu droit à tout… Ils foutaient rien en classe ? Pas de problème… On les a expédiés dans le privé… Et pas n’importe quelle boîte… Le haut de gamme… Qui coûte la peau des fesses… Bruno, lui, cette chance-là il l’a pas eue… Il a fallu qu’il se contente du tout-venant… Alors quand je vois que l’autre, là, il prétend que s’il a tout raté, c’est juste parce que c’est un gros flemmard je peux pas vous dire ce que ça me fait… Non… La vérité, c’est que ça a toujours été le vilain petit canard Bruno… Pour tout… Ils en voulaient pas… C’était un accident… Ils le lui auront assez fait payer…



14 heures


Elle a remis ça sur le tapis au dessert…
– Vous nous avez jamais vraiment expliqué pour Bruno… C’est la contraception qu’a foiré, c’est ça ?
– Si on te le demande…
– Et l’avortement, c’était hors de question… Qu’aurait dit monsieur le curé…
Jacques s’est levé… L’a soulevée de sa chaise… Poussée vers la porte…
– File ! Dégage ! Quand tu sauras te contenter de te mêler de ce qui te regarde tu pourras revenir…



18 heures


– Gilles…
On venait de se lever de table…
– Oui… Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
– On monte se faire un petit bout de sieste tous les deux ?
– J’arrive… Je bois un café avec eux vite fait et j’arrive…
J’ai attendu… Dix minutes… Un quart d’heure… Une demi-heure… Une heure… Il n’est pas venu…
J’ai fini par aller frapper à la porte de la chambre de Christine… Qui a haussé les épaules…
– T’y croyais vraiment ?
– Un peu quand même…
– Oui, ben moi, il y a longtemps que j’ai renoncé… Que j’en ai pris mon parti… Et que je fais avec… Si on allait faire un tour, tiens, plutôt… Un peu de shopping à Toulon ça te dirait pas ?

– Et c’est parti… Dans une demi-heure on y est… T’en penses quoi, toi, de cette histoire de Bruno qu’aurait pas été un enfant désiré ?
– C’est la première fois que j’entends parler de ça…
– Moi aussi… Ou bien elle a tout inventé… Ou bien c’est Bruno…
– À moins que ce soit vrai et que nos conjoints n’aient pas été au courant…
– Ou qu’ils ne nous aient rien dit…
– Dans tous les cas de figure, c’est un truc à foutre une pagaille monumentale… Je me demande bien à quoi elle joue…
– Tu devrais lire le bouquin, là… Je t’assure que tu devrais le lire… Tu comprendrais plein de choses…

On a longuement erré par les rues commerçantes de Toulon… De boutique en boutique… Et puis on a atterri à une terrasse de café, place de la Liberté… Deux types sont venus, presque aussitôt, occuper la table voisine…
– T’as vu ? Non, mais t’as vu ces Chipendales ?
– Pas mal… Faut reconnaître… Oui… Pas mal…
Ils nous ont superbement ignorées… Un long moment… Et puis ils ont – enfin ! – engagé la conversation… On n’était pas de Toulon, hein ? Non… Oh, non… Oui, ça se voyait… À quoi ? Oh, comme ça… Ça se voyait… Et, de fil en aiguille, ils nous ont proposé de nous faire visiter la ville…
– Et pas ce qui traîne dans tous les guides touristiques… C’est pas là qu’elle est l’âme de Toulon… Elle se cache… Il faut savoir aller la débusquer…
Et poètes avec ça… Bon, mais peut-être… On savait pas… On verrait… On leur dirait… Ça allait dépendre… Ils n’ont pas insisté…
– C’est comme vous voulez… Si vous voulez… Quand vous voudrez…
Et ils nous ont laissé leurs 06…

Dans la voiture on est restées un long moment silencieuses…
– À quoi tu penses ?
– À rien… Et toi ?
– Quand même… Faut reconnaître… Ils ont sacrément de la chance qu’on soit pas du genre à aller voir ailleurs nos mecs… Parce qu’on aurait d’excellentes raisons pour ça… Quand ça fait des mois et des mois que…
– Il y en a plein d’autres, à notre place, elles auraient pas de tant de scupules… Ça, c’est sûr…
– Peut-être qu’on est trop connes… Ou trop coincées…



22 heures



Faut qu’elle s’en prenne à quelqu’un… Elle peut pas s’empêcher… Ce soir, c’était au tour de Charles… Oui… Qu’il nous raconte un peu… Il s’était passé quoi la fois où Maxime s’était retrouvé à l’hôpital ? Jamais on avait vraiment su… Geneviève lui a coupé la parole…
– Oh, c’est de la vieille histoire tout ça…
– Si j’ai bien compris – reprends-moi si je me trompe, Charles – si j’ai bien compris, vous sortiez de bôite et vous êtes tombés sur trois types qui s’en prenaient à une nana… Qui cherchaient à l’emmener de force… Maxime et un autre type se sont précipités à son secours… Mais toi, t’as pris la poudre d’escampette…
– C’est pas vraiment comme ça que ça s’est passé…
– Ah, oui ? Comment alors ? Pourtant ce que dit Maxime… Et ce que dit la fille…
Il a jeté sa serviette sur la table… Renversé sa chaise…
– Elle va faire chier le monde longtemps cette petite merdeuse ?

Maintenant je suis dans la chambre et eux dehors… Sous la tonnelle… Comme tous les soirs… Ils en ont pour jusqu’à deux heures du matin… Au moins… Moi, je n’ai plus qu’à aller me coucher et à rêver à nos Chipendales de tout-à-l’heure…



19 juillet


– Quand même… Quand même… La question que je me pose, c’est qu’est-ce qu’elle a bien pu venir fiche ici…
– Ah, ça !
Et Christine s’est retournée sur sa serviette de plage…
– Non, je sais pas, moi ! Parce que mon mec chercherait du boulot, je resterais avec… Je filerais pas me dorer le cul au soleil… Et chez ses parents à lui en plus…
Elle a fait claquer l’élastique du maillot contre sa fesse…
– Elle sait bien ce qu’elle fait, va ! Mais la v’là, tiens ! Tu vas pouvoir lui poser la question…

– Oh, il a pas besoin de moi… Il peut se débrouiller tout seul… Il est grand… Non… Et puis je serais plus un handicap qu’autre chose… Je sais trop bien comment ça se passerait… Parce que quand il m’a sous la main Bruno il peut pas s’empêcher… Il pense plus qu’à ça… Et comme moi, de mon côté, je laisse pas ma part aux chiens, c’est des coups à pas s’endormir avant quatre heures du matin, ça… Et à pas se lever avant trois heures de l’après-midi le lendemain… Pour chercher du boulot, c’est vraiment pas le top…



13 heures


Elle est passée à table dans son petit bikini à fleurs… Jacques lui a jeté un regard noir, mais n’a rien dit…
– J’ai vu Maxime ce matin… Je lui en ai reparlé… C’est bien ce que je disais, hein…
Geneviève a soupiré…
– Oh, non ! Ça va pas recommencer !
– Je recommence pas… Mais n’empêche que c’est bien ce que je disais… Il est parti en courant Charles…
Jacques s’est levé…
– Bon… Cette fois ça suffit… Ça suffit vraiment… Fiche-moi le camp ! Dans ta chambre… Où tu veux, mais fiche-moi le camp… Tant que tu ne te comporteras pas de façon civilisée, je veux plus te voir à table…
Il l’a empoignée sous les aisselles… Soulevée… Traînée vers la porte…
– Vous avez pas le droit… J’ai le droit… J’ai le droit d’être là si je veux…
En se débattant, elle a accroché, avec les pieds, la table d’angle qui a basculé… Cactus, téléphone, statuette égyptienne, tout est allé s’écraser au sol dans un grand fracas… Elle a profité du moment de flottement qui s’en est suivi pour lui échapper et tenter de venir se rasseoir… Il ne lui en a pas laissé le temps… Au moment où elle allait toucher au but, il l’a rattrapée… Saisie à bras-le-corps… Un cri… De douleur… De douleur et de stupéfaction…
– Elle m’a mordu ! Mais elle m’a mordu ! Cette folle m’a mordu…
Effectivement… Dans le gras du bras… Et elle y était allée de bon cœur… Deux petits filets de sang serpentaient à toute allure en direction du pli du coude…
– Oh, mais alors là, tu vas me payer ça, ma petite… Je peux te dire que tu vas me payer ça…
Il lui a passé un bras autour de la taille, l’a courbée sur son genou… Lui a dégagé une fesse, la culotte du maillot ramenée au milieu dans la raie… Et puis la deuxième… Et il a tapé… Une fessée… Une vraie fessée… Longue… Déterminée… Retentissante… Qui ne lui a pas arraché un cri… Pas une larme… Tout au plus quelques gémissements à la fin…
– Là ! Et je te conseille de te tenir à carreau dorénavant… Sinon…
Il l’a lâchée… C’est d’elle-même qu’elle a, aussitôt, pris, la direction de la porte… Aussi vite qu’elle a pu… Sans un mot… Sans même prendre le temps de remettre sa culotte en place… Tous les regards sont restés rivés, jusqu’à ce qu’elle disparaisse, à son derrière écarlate…
Jacques s’est rassis…
– On va enfin pouvoir manger tranquilles…



14 heures 30


– Jamais j’aurais cru ça de Jacques…
– N’importe qui si on le pousse à bout…
– Oui, mais quand même… Jacques…
– Le type aussi, dans le bouquin, il était à cent mille lieues d’être comme ça… N’empêche qu’elle a quand même fini par le faire dégoupiller… Bon, mais c’est pas tout ça… Qu’est-ce qu’on fait, nous ?
– Un petit tour à Toulon ?
– Eh bien, allez ! En route…



16 heures




Place de la Liberté… Le même café… La même table…
– Ils sont pas là…
Ah, ben non… Non… Pour ça, non… Ils n’étaient pas là…
– Chiche qu’on les appelle…
Elle a grimacé…
– C’est prendre de sacrés risques quand même…
– Oh, tu parles ! Il va se passer quoi ? On va reboire un coup ensemble… Aller faire le tour de deux ou trois curiosités locales… Et puis voilà…
– On aura envie de les revoir… Une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage… Eux aussi… Et si ça finit par déraper ? Ils sont très séduisants…
– Tu veux vraiment le fond de ma pensée ? Ça arriverait… Parce qu’attends… T’as 36 ans… J’en ai 32… À notre âge… Et ça fait des mois qu’on est privées… Que nos mecs nous délaissent… Alors on irait voir ailleurs… Discrètement… Sans faire de vagues… Ça n’aurait rien de scandaleux… Sauf qu’on le fera pas… On est trop bourrées de principes… Ou trop connes… On va se contenter de regarder le menu… Sans consommer… Allez, j’appelle, tiens…

– Vous voulez faire quoi ?
– On sait pas… Décidez, vous… Vous connaissez… Pas nous…
– Alors, pour commencer, on vous emmène au Mourillon… C’est très sympa toutes ces petites rues, vous allez voir…
On connaissait déjà… On avait arpenté… En long et en large… On y avait même fait quelques emplettes… On n’a rien dit… On leur a laissé croire… Qu’on découvrait… Avec eux… Grâce à eux…

Christine et Jaufret avaient pris un peu d’avance, engagés dans une conversation manifestement animée… Enzo s’est arrêté, m’a posé la main sur le bras… J’ai frissonné… Je ne l’ai pas retiré… Il a cherché mes yeux…
– Pourquoi vous avez l’air si triste, petite Madame ?
– Mais je suis pas triste…
– Vous dites ça d’une petite voix désespérée…
– Mais non, mais…
J’ai rougi… Balbutié… Les deux autres s’étaient arrêtés pour nous attendre… J’ai retiré mon bras… On les a rejoints…



20 heures 30


Geneviève a attendu que tout le monde ait pris place à table… A réclamé le silence…
– Je voudrais revenir un instant – juste un instant – sur ce qui s’est passé à midi… Mélanie a présenté ses excuses à Jacques qui les a acceptées… L’incident est donc clos… À condition, bien entendu, que son comportement et ses propos soient désormais irréprochables… Elle a pris à ce sujet des engagements très précis… Et si, d’aventure, elle ne tenait pas parole…
– Je tiendrai… Je tiendrai… J’ai promis…
– Mais je n’en doute pas une seule seconde, ma chérie…



23 heures



Je rêvais… D’Enzo… Il voulait… Je ne voulais pas… Il voulait… Je voulais aussi… Et il me caressait… Se faisait précis… De plus en plus précis… Si précis que… J’ai vaguement émergé du sommeil… Mais il était là ! Il était vraiment là… Pelotonné contre moi… Ce n’était pas lui… C’était Gilles… Gilles qui se faisait insistant… Pressant… Gilles dans les bras de qui j’ai eu mon plaisir… Il y avait si longtemps…



20 juillet


On s’est regardées… Et on a éclaté de rire…
– Bon, ben ça y est ! Enfin ! Et toutes les deux en plus ! Quasiment en même temps…
– J’ai entendu ça, oui… Faut dire que t’étais pas discrète…
– Tu peux parler, toi ! Que les murs en tremblaient…
– J’avais du retard à rattraper… Depuis le temps que j’attendais ça !
– Et moi donc ! Mais quand même… Quand même… La même nuit… Toutes les deux… Ça peut pas être une simple coïncidence…
– Sûrement pas, non… Il y a forcément une explication…
– La légendaire intuition masculine ? Un sixième sens qui les aurait secrètement avertis qu’à force d’être privées on finirait peut-être bien par être tentées d’aller voir ailleurs…
– Mouais… Mouais… T’y crois vraiment, toi, à ça ?
– Pas une seule seconde…
– Moi non plus… Non… Il faut chercher ailleurs…
– Mélanie ?
– Évidemment Mélanie… À midi elle se prend une fessée carabinée… Devant eux… Et le soir même, comme par hasard…
– C’est vexant, dans un sens, de lui devoir ça à elle…
– Oui, oh ! L’essentiel, c’est qu’on y ait enfin eu droit, non ? Et puis on peut toujours se dire que s’ils nous ont trouvées dans d’aussi bonnes dispositions, c’est grâce à l’après-midi qu’on a passée à Toulon… Avec des mecs hyper canon… Ça rétablit l’équilibre…

– Tiens, regarde qui c’est qu’arrive, là…
– Charles !
– Ton cher et tendre, oui…
– Mais qu’est-ce qu’il vient faire ? Ça le gonfle la plage d’habitude…
– Peut-être qu’il vient te chercher pour t’en remettre un petit coup ? Que ça lui a pas suffi cette nuit…
– Alors, les nanas, ça va comme vous voulez ?
– Ça pourrait être pire…
– Vous êtes toutes seules ?
– Comme tu vois, oui… Mais on va plus l’être puisque tu viens si gentiment nous tenir compagnie…
– Tout-à-l’heure… Tout-à-l’heure… Je repasserai… Faut que j’aille chercher un truc… Pour mon père… Je lui ai promis…

– Il est venu faire quoi au juste ?
– Tu ne devines pas ? À cette heure-ci, d’habitude, elle est là Mélanie… Avec nous… Et vu que Jacques n’a pas ménagé sa peine hier, qu’il a très généreusement « arrosé » le postérieur de ladite Mélanie… Que ça a largement débordé de tous côtés… mon subtil petit mari s’est dit que le maillot ne couvrirait certainement pas tout… Qu’il laisserait apparaître quelques rougeurs dont il allait pouvoir se délecter tout son saoul…
– Ah, ben d’accord !
– Sauf que c’est bien un raisonnement de mec, ça ! Comme si une nana, quand il lui est arrivé un truc pareil, elle allait tranquillement venir étaler ses fesses sur la plage… C’est le dernier endroit… Tant que les marques sont pas parties…



11 heures 30


Elle était sous la tonnelle Mélanie… Toute seule…
– Ben, qu’est-ce tu fais là ? Ça va pas ?
– Oh, si ! Si ! Non… Je réfléchis… À comment je vais faire… Parce que je suis pas sûre…
– Pas sûre de quoi ?
– Ce que je leur ai promis à Geneviève et à Jacques… D’y arriver… C’est pas que je voudrais pas… Oh, non… Non… Je voudrais pourtant… Tellement… Seulement…
– C’est plus fort que toi…
– Voilà, oui… Des fois je peux rester des semaines et des semaines sans que ça m’attrape… Et puis d’un seul coup… Comme ça… Sans prévenir… Ça revient… Et alors là ! Imbuvable je redeviens… Exécrable… Comme si j’avais plus qu’une envie, c’est que tout le monde me déteste… Et moi la première… Comment je m’en veux après ! Comment j’ai honte, vous pouvez pas savoir ! Mais c’est trop tard… C’est fait… Ah, si quelqu’un pouvait m’arrêter… M’empêcher… Pour toujours… Ce que je serais heureuse… Peut-être eux… Oui, peut-être… Parce que qu’est-ce que j’aimerais pas les décevoir…



14 heures 30


– On y va quand même à Toulon ?
– Ben, bien sûr ! Pourquoi on irait pas ?
– Parce que… Maintenant qu’ils…
– Qu’ils quoi ? Qu’ils se sont remis à nous sauter nos maris ? Mais ça n’a rien à voir enfin ! Je sais pas toi, mais, en ce qui me concerne, j’ai jamais eu l’intention qu’il se passe quoi que ce soit avec ces types…
– Mais moi non plus… Moi non plus… Alors là !
– Eh bien alors ! Il est où le problème ?

Ils nous attendaient… Au café… Sur la place…
– Salut, les filles ! Vous voulez faire quoi aujourd’hui ?
On savait pas… Qu’ils décident, eux… On leur laissait carte blanche…
– Dans ces conditions… Elle est loin votre voiture ?
– Non… Là… Juste en-dessous…
On l’a reprise… Ils nous ont guidés… Droite… Gauche… Tout droit… Encore gauche… Encore droite…
– Là… On est arrivés…
Quelques pas le long du rivage… Un ponton sur lequel ils se sont résolument engagés…
– Montez là-dedans !
Un superbe voilier…
– Hein ? Mais…
Ils nous ont tendu la main…
– Allez, grimpez ! Installez-vous ! Nous, on va à la manœuvre…
Torse nu… En maillot… Tout bronzés… On les a regardés faire… Tirer… Pousser… S’arc-bouter…
– Quand même, hein, on peut pas dire… Quand même… Qu’est-ce qu’ils sont beaux !

– Cette journée ! Non, mais cette journée ! Ah, il y a longtemps que je m’étais pas sentie aussi bien, moi ! Pas toi ?
– Si ! Oh, si !
– Et on remet ça demain… T’as vu ? Ils ont demandé…
– Oui, mais je sais pas…
Elle m’a lancé un regard stupéfait…
– Comment ça « tu sais pas » ?
– Je sais pas, non… On joue avec le feu, là…
– Hein ? Mais qu’est-ce que tu vas chercher ? Ils sont très corrects… Pas un geste déplacé… Pas une parole… Rien… Non ? Ils sont pas corrects ?
– J’ai jamais dit qu’ils l’étaient pas…
– Eh ben alors ! Qu’est-ce tu viens tout compliquer ?



19 heures




– Elle passe pas à table Mélanie ?
– Je lui ai dit, Jacques… Ça fait trois fois que je lui dis…
– Ah, elle le prend comme ça ! Très bien… Elle va voir de quel bois je me chauffe…
Il s’est levé…
– Sois quand même pas trop…
– Elle était prévenue… Elle était pas prévenue ?
Elle l’a suivi… En laissant la porte ouverte derrière elle… Leurs pas dans l’escalier… Et puis… Presque aussitôt… Un bruit de claques sur une peau nue…
Charles a dégluti…
– Il lui en recolle une… Et une sévère…
Le regard de Gilles s’est perdu très loin, par la fenêtre, bien au-delà des arbres…
En haut ça s’est brusquement accéléré… Amplifié… Elle a crié… Et puis tout s’est tu… Le silence… À nouveau leurs pas dans l’escalier… Eux… Et puis elle… Qui a repris sa place entre Geneviève et Charles…
– Je suis désolée… Excusez-moi !



21 heures


– Tu vas déjà te coucher ?
– Ben, oui… Oui… Tu vois… Toi aussi, on dirait…
– On va y attraper, tu crois ?
– Tu en doutes ?
– Pas une seule seconde…



21 juillet


– Les jours se suivent…
– Et se ressemblent… Les nuits plutôt…
– Si je m’étais attendue à ça !
– Et moi donc !
– Heureusement qu’on nous a reléguées un peu à l’écart, avec nos chers et tendres… Parce que si on avait empêché Geneviève et Jacques de dormir toutes les nuits comme ça ils auraient sûrement pas apprécié…
– On aurait peut-être eu droit à une fessée…
– Tu rigoles… N’empêche… Charles, je crois bien que ça le démange quelque chose bien de m’en flanquer une maintenant…
– Ah, oui ? Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
– C’est parce que… Cette nuit… En levrette on l’a fait… Et, à deux ou trois reprises, il m’a lancé une série de petites claques sur les fesses… Oh, pas bien fortes… Juste comme ça… Mais il l’a fait… Et jamais ça lui était arrivé avant… Alors ce que j’en conclus…
– Eh, c’est que ça les travaille tout ça nos petits maris, on dirait… Parce que moi, de mon côté, ça s’est mis à le fasciner, brusquement, mon petit trou de derrière… Il s’en est approché… Il l’a titillé… Sans trop oser encore quand même… Il sait pas trop comment je vais réagir… Mais ça le démange… Et si je le laisse faire…
– Tu vas le laisser faire ?
– Il y a toutes les chances, oui… C’est pas si désagréable que ça à ce qu’il paraît… Et il y a des nanas, une fois qu’elles y ont goûté, elles peuvent plus s’en passer… Alors si ça peut nous remettre sur les rails tous les deux… Ce serait pas du luxe… Et toi, la fessée ?
– Oui, ben alors là il peut toujours courir… Il y a pas de risque…



11 heures 30


Mélanie a passé la tête…
– Ah, t’es là…
J’étais là, oui… Je prenais un bain… Un bon bain bien voluptueux…
– Tu veux quelque chose ?
– Oui… Non… C’est-à-dire… T’en as pour longtemps ?
– Moi, tu sais, les bains, en général, je savoure… Pourquoi ?
– Non… C’est parce que… À moins que… Ça t’ennuierait que je vienne dans la baignoire avec toi ?
– Non… Non… Bien sûr que non… Il y a largement de la place pour deux…
Elle ne se l’est pas fait répéter deux fois… Elle s’est déshabillée… En me tournant le dos… Et en terminant par la culotte… Elle avait les fesses écarlates… Tachées, par endroits, de jaune, de noir ou de violacé…
– Oh, la la ! Eh ben dis donc !
Elle a enjambé le rebord de la baignoire… S’est laissée glisser… A appuyé sa nuque sur le carrelage derrière elle… Fermé les yeux… Ses seins, aux pointes légèrement tendues, ont doucement ballotté au gré des remous…
– Ça sert à rien finalement…
– Qu’est-ce qui sert à rien ?
– Ben ça ! Qu’il me donne des fessées… Il y a rien du tout qui change… Je suis toujours pareille… Je comprends pas… Non… Je comprends pas… Avec Gabriel…
– Qui c’est Gabriel ?
– Le type qui s’est occupé de moi, là… Ça en parle dans le bouquin… Comment elles me faisaient peur ses fessées… Il suffisait qu’il menace de m’en donner une et j’arrêtais aussi sec de faire ma conne… Tandis que là… Ça fait même l’effet inverse des fois on dirait…
– Peut-être qu’il est pas assez sévère Jacques…
– Oh, non… C’est pas ça, non… Pas du tout… Il y a quelque chose en lui quand il te parle… Ou qu’il te regarde… Qui fait bien plus peur qu’avec Gabriel… Et il fait bien plus mal quand il tape… Non, c’est pas ça… Non… Maintenant peut-être que ça va finir par venir à force… Je sais pas… Parce qu’il m’en a jamais donné que quatre pour le moment des fessées…
– Quatre ?
– Oui… Il y en a deux t’as pas su… T’étais pas là… Christine non plus…
– C’était quand ?
– L’après-midi… Avant-hier… Et puis aussi hier…
– Deux dans la même journée… Et deux jours de suite… Je comprends mieux l’état de ton derrière ! Et… ils étaient là Gilles et Charles ? Ils ont vu ?
– Je sais pas… Peut-être… Je crois pas… Mais ils ont entendu… Forcément… Ils étaient sous la tonnelle… Elle est juste en face la chambre… Et comme la fenêtre était ouverte…



14 heures


– Je sais pas toi, mais moi, Gilles, pas un mot sur ces deux fessées… Rien…
– Charles non plus…
– Ben, tiens ! Motus et bouche cousue, tu parles ! Faudrait pas qu’une fois au courant il nous toque à l’idée de rester là l’après-midi… Histoire de garder un œil sur ce qui se passe… Et surtout sur eux… Ils veulent avoir les coudées franches…
– Et pouvoir profiter tant et plus du spectacle… Sans nous avoir par les pieds… Ils ont regardé par la fenêtre, tu crois ?
– Tu penses qu’ils se sont gênés ! Et que ça a dû y aller les commentaires après… Ils se sont toujours entendus comme larrons en foire tous les deux…
– Et si Jacques – ou Geneviève – les avait vus ?
– Ils étaient bien trop occupés avec Mélanie… Et puis, quand il le faut, ils savent être très discrets nos petits maris…
– Bon, ben on fait quoi, nous, du coup alors ? On reste là ? On laisse tomber Toulon ?
– Oui, oh, c’est pas couru qu’elle s’en reprenne une cet après-midi… Ça va pas être tous les jours non plus…
– Oui… Et puis n’importe comment…
– N’importe comment s’ils peuvent se rincer l’œil tout leur saoul, à l’arrivée on va en profiter nous deux… C’est ça que tu veux dire ?
– C’est un peu ça, oui… Et puis je sais pas toi, mais moi, c’est une sacrée bouffée d’oxygène Toulon… Et j’ai pas franchement envie de m’en priver…
– Bon, ben allez, en route alors…

Ils nous attendaient sur le ponton… Comme prévu… On a embarqué… On s’est installées dans les transats… Et on s’est laissé bercer… Par les vagues… Par la brise… Par leurs voix chaudes et ensoleillées… J’ai somnolé… Je me suis endormie…

Au réveil, on était en train d’accoster…
– On est où ?
C’était une sorte de crique…
– On sera tranquilles ici… Il vient jamais personne…
On s’est étendus tous les quatre sur le sable… On a parlé de tout… De rien… Et puis ils ont voulu aller se baigner…
– Vous venez ?
– On n’a pas nos maillots…
– Oui, ben alors ça, ici, il y en a vraiment pas besoin…
– Oui, mais quand même… Quand même… Non…
– Comme vous voulez… Mais vous avez tort… Comment elle doit être bonne… Avec le temps qu’il fait…
Ils ont quitté leurs vêtements… Tous leurs vêtements… Et ils ont parcouru, complètement nus, les trois ou quatre mètres qui les séparaient de la mer… On les a longuement regardés nager… S’éclabousser… Se poursuivre…
– Qu’est-ce qu’ils sont beaux n’empêche…
– Ah, ça !
J’ai soupiré…
– Qu’est-ce qu’on peut être compliquées des fois quand même ! Parce que… comment il me décevrait Enzo s’il se montrait entreprenant… Mais en même temps il y a quelque chose, tout au fond de moi, qui lui en veut de pas l’être…
– On est surtout sacrément connes, moi, j’trouve ! Parce qu’attends ! Des mecs comme ça c’est pas tous les jours que l’occasion se présente… Et on est là à barboter dans nos scupules… Tu crois qu’ils en auraient autant, eux, nos bonshommes, si une fille leur tombait toute rôtie dans le bec ? D’ailleurs…
– D’ailleurs quoi ?
– Je jurerais pas mes grands dieux que Charles ait pas, à l’occasion, donné quelques coups de canif dans le contrat…
– Pas Gilles…
– T’en es si sûre que ça ?
– À cent pour cent, non, mais…
– Tu vois bien… Non… L’essentiel, c’est de faire ça proprement… Discrètement… De pas faire de mal à l’autre… Et Charles il peut bien s’en taper une autre de temps en temps du moment que restera… Tiens, les v’là… Les v’là qui reviennent nos Apollon…



22 heures


Je suis allée jeter un œil sur l’ordi de Gilles… C’est pas ce que j’ai fait de mieux, je sais, mais elle m’avait mis le doute Christine tout à l’heure… Rien dans Outlook… Rien de significatif non plus dans ses documents… Ni ailleurs… J’ai eu beau farfouiller à droite et à gauche… Non… Je crois vraiment pas qu’il ait quelqu’un… Mais alors, par contre, ce que j’ai trouvé dans les téléchargements…



22 juillet


– Je t’ai pas entendue cette nuit…
– Et pour cause… Il y a rien eu… Mais ça, je m’en doutais un peu…
– Comment ça tu t’en doutais un peu ? Parce que ?
– Parce qu’il a passé l’après-midi d’hier à télécharger des vidéos de fessée… Et de sodomie…
– Ben, justement… Ça aurait dû le mettre en forme…
– Sauf qu’à tous les coups il s’est généreusement soulagé devant son écran…
– Ah, ben d’accord ! Pas bon pour toi, ça…
– Et qu’il a laissé toutes ses forces dans son corps à corps avec lui-même… Parce que j’ai eu beau le prendre en mains… Solliciter… Titiller… Insister… Il y a rien eu à faire… J’ai pas réussi à lui faire gagner le moindre centimètre…
– C’est gai… Retour à la case départ, quoi, en somme…
– Oh, mais j’ai pas dit mon dernier mot… Et toi ? Cette nuit ? Il m’a bien semblé que…
– Oui… Pas mal… C’était pas la grande scène du trois non plus, mais pas mal, si, c’est vrai… Il a voulu en levrette… C’est devenu son grand truc, ça, maintenant… Et puis il m’a encore balancé quelques petites claques sur les fesses… Oh, pas bien fortes… Mais c’était pas si désagréable que ça tout compte fait…



11 heures


– Tu vas pas prendre un bain ce matin ? Comme hier ?
– Pas aujourd’hui, non… Une douche suffira… Pourquoi ?
– Parce qu’on aurait pu parler…
– On peut parler ailleurs que dans la baignoire… Ici, par exemple…
– J’aimerais bien, oui… Parce que je me demande si c’était pas une connerie finalement de le laisser tout seul à Paris Bruno…
– Parce que ?
– Parce que l’idée, au départ, c’était que si je restais avec lui on allait passer notre temps à faire des galipettes… Et que ça l’empêcherait d’en chercher vraiment du travail…
– Je sais, oui… Tu m’as dit…
– Seulement… Tu diras rien, hein ? À personne… Tu me promets ? Seulement moi, passer plus de deux jours sans m’envoyer en l’air, j’y arrive pas… C’est au-dessus de mes forces… Alors… Ben alors j’ai rencontré quelqu’un ici… Avec qui je me suis dit que c’était juste comme ça… Pour se faire du bien… Que ça allait pas tirer à conséquence… Sauf que je suis en train de m’attacher… Grave… Je le sens bien… Et il faudrait que quelqu’un m’arrête… Il faut absolument que quelqu’un m’arrête… Avant qu’il soit trop tard… Avant que je me mette à lui trouver tous les défauts du monde à Bruno… Que je me détache complètement de lui… Et la seule personne à qui je peux demander ça…
– C’est Jacques…
– Ben oui, c’est Jacques, oui… Sauf que je sais pas… Parce que pour les autres trucs, quand il me flanque une fessée Jacques, ça a l’air de marcher sur le moment, mais aussitôt après ça devient encore pire… Ça me pousse dans l’autre sens… Alors si ça doit faire pareil… Si, au lieu de me détacher de Ludovic, de me rapprocher de Bruno, ça doit faire l’inverse, c’est vraiment pas la peine…
– Je sais pas quoi te dire… Je suis pas à ta place…
– Je sais bien que t’es pas à ma place… Mais si t’as une idée… Si tu penses à quelque chose…
– Je vais y réfléchir, oui…
– Déjà, de pouvoir en parler ça m’a fait du bien… Beaucoup de bien…



11 heures 30


Tu parles que je suis pas à sa place… T’as qu’à y croire… On est exactement dans la même situation toutes les deux… Sauf qu’elle a pris un peu d’avance sur moi, c’est tout… Parce que… pas la peine que j’essaie de me raconter des histoires… Je sais trop bien comment ça va finir avec Enzo… C’est qu’une question de jours… Peut-être même pas… J’en ai trop envie… Moi aussi, faudrait qu’il y ait quelqu’un qui m’arrête… J’y arriverai pas toute seule… Mais j’ai personne…

J’ai été prise d’une impulsion soudaine… Je suis montée dans la chambre… Ils étaient tous en bas, à l’apéro, sous la tonnelle… J’ai ouvert l’ordi de Gilles… Je suis allée dans ses téléchargements… Ça y était toujours… Il y en avait même des nouvelles… J’en ai regardé trois… Quatre… Sur la cinquième, la fille était allongée, culotte baissée, en travers des genoux du type… On voyait pas son visage, mais elle me ressemblait… Son derrière ressemblait au mien… Et ça a été moi… Fessée par un inconnu… À cause d’Enzo… De mon désir d’Enzo…

Mon plaisir a été fulgurant… Je suis folle… Je suis en train de devenir folle…



14 heures


– On prend nos maillots ?
Christine m’a jeté un regard ahuri…
– Hein ? Nos maillots ? Mais pour quoi faire ?
– Sûrement qu’ils vont retourner se baigner… Et vouloir qu’on y aille avec eux…
– Non, mais attends ! Lamentables on a été hier… Lamentables… Ah, ils ont bien dû rigoler, tiens ! Les deux coincées de base… Tout droit sorties du Moyen-Âge… J’ai honte quand j’y repense… Alors non… Non… Tu fais ce que tu veux, mais moi, s’ils se rebaignent, je vais avec… Et sans rien… Qu’est-ce tu veux que ça craigne ? Tu vois bien comment ils sont maintenant depuis le temps, non ?

Et on s’est baignées avec eux… Toutes nues… Tous les quatre tout nus… On s’est poursuivis dans l’eau… On a chahuté comme des gamins… On a été pris d’interminables fous rires… On est revenus s’allonger sur le sable, tout essoufflés… Se sécher au soleil… J’ai fermé les yeux…

Je me suis réveillée d’un coup… Appuyé sur un coude, Enzo me regardait dormir, souriant… Je me suis précipitamment retournée sur le ventre… Il a souri…
– Ce côté-là aussi a son charme…
– Elle est où Christine ?
– Partie… Par là-bas… Avec Jaufret… Ils avaient besoin d’être seuls… Ça fait bien… Oh, une bonne heure… Et moi, ça fait bien une bonne heure que je te regarde dormir… J’aime… Beaucoup… D’autant que… Qu’est-ce que tu peux remuer dans ton sommeil ! Tu relèves les jambes… Tu les rabaisses… Tu les gigotes dans tous les sens… Plein de délicieux aperçus ça offre… Et… Et tu es une femme absolument magnifique… Si, c’est vrai, hein… Ça te choque pas au moins ce que je te dis là ? Non ? Parce que moi, tu sais, j’ai une qualité… – qu’est peut-être aussi un défaut – je dis toujours ce que je pense… Et tant que j’y suis… J’adore comment tu fais… Laisser la touffe en haut comme ça… Au-dessus… Et puis tout retirer, par contre, autour du fendu… On a les deux à la fois en même temps du coup… C’est génial…
Il m’a caressé la nuque… Du bout du pouce…
– Non, Enzo, non… S’il te plaît…
– Mais pourquoi ?
– Il ne faut pas… Je suis mariée…
– Il saura rien…
– Quand même… Non… Je t’en prie, non…
Il a retiré sa main…
Christine et Jaufret ont fait leur réapparition au détour du sentier…

– Tu me demandes pas ?
– Vu l’air ravi que tu arbores… je suppose…
– C’était fabuleux… Ah, il assure Jaufret, ça, on peut pas dire…
– J’en suis ravie pour toi…
– Trois fois j’ai joui… Et pas qu’un peu… Il y a longtemps que j’avais pas pris un pied comme ça…
– Et… tu culpabilises pas ?
– Par rapport à Charles ? Franchement, non… Ça fait des mois et des mois qu’il se soucie de mon plaisir comme d’une guigne Charles…
– Ces derniers temps…
– Oui, oh, depuis trois jours… Et tout ça parce que Jacques tambourine à-tout-va le derrière de Mélanie… Sinon… Alors je vois vraiment pas pourquoi j’aurais des scrupules… Et toi ?
– Quoi, moi ?
– Pendant ce temps-là, avec Enzo ?
– Oh, ben rien… Rien… Qu’est-ce tu veux ? Rien…



19 heures 30


Jacques ne lui a pas laissé le temps de s’asseoir…
– T’as fait ce que je t’ai dit ?
Mélanie a bredouillé…
– Oui… C’est-à-dire que non, mais oui…
– C’est oui ou c’est non ?
– Non, mais je vais le faire… Je le ferai…
– Ça devait être fait aujourd’hui…
– J’ai pas pu… Mais demain… Demain ce sera fait…
– Je te le conseille… Sinon…



23 juillet


– T’as fait semblant ?
– Cette nuit ? Avec Charles ? Ah, non, non… Pas du tout, non… C’est même moi qu’ai réclamé…
– Je comprends pas tout, là…
– C’est pourtant simple… Moi, quand la mécanique se remet en marche, il y a plus moyen de l’arrêter… Insatiable je deviens… Je pense plus qu’à ça… J’ai plus envie que de ça…
– Je pourrais pas, moi… M’éclater, comme ça, l’après-midi dans les bras d’un mec et le soir, comme si de rien n’était, dans ceux de mon mari…
– Oui, ben ça, tu changeras d’envie… Quand ce sera ton tour…
– Alors là… Il y a pas de risque…
– Tu parles ! Vous en crevez d’envie, Enzo et toi… Tout autant l’un que l’autre… C’est pas vrai peut-être ?
– Il y aura rien…
– T’es bien sûre de toi…
– Non, il y aura rien… Il y aura rien parce que j’irai plus à Toulon…
– Hein ? Tu vas pas me faire ça ? Parce que si tu m’accompagnes pas, c’est grillé, moi… J’ai plus d’alibi… Filer là-bas toute seule… Tous les jours… Comment tu veux que je justifie ça ?
– Oui, mais…
– Mais laisse-toi aller, putain ! Suis tes désirs ! Suis tes envies ! Et arrête, une bonne fois pour toutes, de t’encombrer de tout un tas de préjugés et de scrupules… T’as tout à y gagner… Tout…



10 heures


– Je te dérange ?
– Non, Mélanie, non… Entre ! Assieds-toi, si tu veux… Sur le lit, là… Ça va ?
– Oh, oui… T’as entendu ça Jacques hier soir ?
– C’était rapport à Ludovic, hein ?
– Ben oui… Je leur ai dit finalement… Je leur en ai parlé… Il était furieux… Et Geneviève encore plus… Elle voulait appeler Bruno… Sur-le-champ… Et tout lui raconter…
– Aïe ! C’était pas prévu, ça… Et alors ?
– Et alors j’ai éclaté en sanglots… Moi, je venais leur demander de m’aider à m’en sortir… Parce qu’il y avait qu’eux qui pouvaient… Je leur faisais confiance… Et au lieu de ça ils m’enfonçaient… Tous les deux… Ils se sont concertés à voix basse du coup… Un bon moment… Et puis c’est Jacques qui a parlé… Non… Non, ils diraient rien à Bruno… Pas pour le moment en tout cas… Par contre, j’allais rompre immédiatement avec ce Ludovic… Sinon… Sinon il emploierait les grands moyens… Et je savais ce que ça signifiait… Ça, pour savoir, je sais… Et j’ai passé toute l’après-midi d’hier à essayer de me décider à lui parler à Ludovic… J’ai pas pu… Quand je vois ses yeux… Quand je sens sa peau contre la mienne… C’est au-dessus de mes forces… Je réessaierai quand même tout à l’heure, mais bon… Non… Demain par contre… Quand Jacques sera passé par là… La seule question, ce sera de savoir combien de temps je tiendrai après… Si ça fera comme les autres fois, pour les autres trucs, ou bien si, ce coup-ci, ça servira vraiment à quelque chose… Faudrait… Parce que sinon…



11 heures


Elle, au moins, on s’occupe d’elle… On la prend en considération… Tandis que moi… C’est toute seule qu’il faut que je me batte… Contre moi-même… Contre Enzo… Et contre Christine… Que ça arrangerait bien que je saute le pas… Parce qu’elle serait pas toute seule… Que ça la dédouanerait, au moins une partie, d’une culpabilité qu’elle ne consentirait pour rien au monde à s’avouer…

Je suis allée à l’ordi… Il y en avait de nouvelles… Une bonne vingtaine… Au milieu desquelles j’ai retrouvé la fille qui me ressemble… Dont le derrière ressemble au mien… J’ai vérifié, par la fenêtre, que Gilles était bien en bas, en pleine conversation avec son frère… Qu’il ne risquait pas de me surprendre… Et j’ai encore été elle… Sous les claques vigoureuses de cet inconnu qui m’a accablée de reproches… Qui m’a obligée à demander pardon… Qui est finalement devenu Jacques… Un Jacques hors de lui… « Toutes… Elles vont toutes me les faire cocus… Tous les trois… » Et puis Gilles… Gilles qui l’a remplacé… Le masque dur… Les mâchoires serrées… Qui a tapé… Sans un mot… Gilles sous les coups de qui j’ai joui… Intensément… Tout est retombé…

Et si ? Et si je me le faisais vraiment ? On sentait quoi ? Ça faisait quoi ? Ma ceinture était sur le lit… Je l’ai attrapée… Fait claquer en l’air… Trois fois… Quatre fois… Je l’ai doublée… Je me suis déculottée… Agenouillée… Et puis… Je me suis ravisée… On risquait d’entendre… Sans compter que… les marques… S’il les voyait Gilles les marques… Gilles ? Ou Enzo tout-à-l’heure sur la plage ?



15 heures




Christine et Jaufret ont tout de suite pris le chemin du petit bosquet derrière… En se tenant par la main…
Enzo les a suivis du regard jusqu’à ce qu’ils aient disparu…
– Bon, ben voilà… On s’installe, nous, en attendant ?
Et il s’est déshabillé… Moi aussi… Mais j’ai gardé culotte et soutien-gorge… Il n’a rien dit… On s’est allongés côte à côte sur le sable… Qu’il a fait couler entre ses doigts…
– Et si tu me parlais de toi ?
– Hou la la !
– Ça te fait si peur que ça ?
– C’est pas que ça me fait peur, c’est qu’on peut pas se dévoiler intimement comme ça, sur commande… Quant au reste… mes lectures… mes musiques… les plats auxquels vont mes préférences… tout ça… est-ce que ça a vraiment une importance ? De toute façon…
– De toute façon ?
– Dans trois semaines je serai partie… Et t’en auras strictement plus rien à fiche de moi…
– Oui, oh ben alors là… Je peux t’assurer que non…
– Bien sûr que si !
Il a mis un doigt sur ses lèvres… Souri…
– Tu entends ? Tu les entends ?
Christine rugissait de plaisir… Elle rugissait littéralement…
– Hein ? Tu entends ? On est dans le sens du vent, faut dire… Hou la la ! Ça donne, dis donc !
Je me suis levée…
– Je vais me baigner…
Il m’a suivie…

On a nagé… Longtemps… Et puis on est revenus s’allonger côte à côte sur le sable…
– Tu devrais les enlever, tu sais…
– Quoi donc ?
– Tes sous-vets… Ils sécheraient plus vite… Remarque, moi, ce que j’en dis… Parce que ça me déplaît pas comme ça, hein, au contraire… C’est trempé… Ça te colle… Ça te dessine de tout près… Et de partout… T’es encore plus toute nue que si tu l’étais vraiment finalement… Et c’est mille fois plus excitant…
Il m’a posé la main sur le ventre… À hauteur du nombril… Je n’ai rien dit… J’ai voulu pourtant… De toutes mes forces… Mais je n’ai rien dit… Je n’ai pas protesté… Il m’a doucement caressée… Du bout du pouce… Et puis il y a eu, très vite, sa queue contre ma cuisse… Dressée, implorante… Heureusement, derrière nous, la voix de Christine… Et celle de Jaufret… Heureusement… Et malheureusement…



19 heures 30


Jacques lui a fait signe… Elle s’est levée sans un mot… Approchée…
– Toujours pas ?
– Non…
– Tu sais ce qu’on avait dit…
– Oui…
– Très bien… Alors tu te déculottes…
Ce qu’elle a fait… Aussitôt… Sous la robe… Elle l’a descendue… Jusqu’en bas… En est sortie, un pied après l’autre… A attendu…
Il a pris tout son temps… Tiré sa chaise… Il y a posé son pied… Et il l’a courbée sur son genou… Il a relevé la robe qu’il a maintenue, d’une main, au-dessus des reins et, de l’autre, il a tapé… À grandes claques régulières, méthodiques qui ont d’abord rosi son derrière, puis qui s’y sont imprimées en rouge… Un rouge de plus en plus profond… Il a accéléré le rythme… Augmenté l’intensité des coups… Elle a gémi… Battu des jambes… Crié…
– Là… Tu peux retourner t’asseoir…
Ce qui lui a arraché une grimace… La culotte est restée sous la chaise…



21 heures


Gilles derrière moi dans l’escalier… Gilles avec moi dans la chambre… Gilles qui m’a poussée sur le lit… Qui n’a même pas pris le temps de me déshabiller… Qui a écarté, impatient, le bord de ma culotte… Et qui m’a pénétrée… J’ai refermé mes bras sur lui… Enzo a voulu s’immiscer entre nous…Je l’ai chassé… On a joui… Très vite… Tellement vite… L’un et l’autre… L’un comme l’autre…



24 juillet


– Tu sais pas quoi ? Eh ben ça devait être toi… Et finalement c’est moi…
– C’est toi qui quoi ?
– Qui y a eu droit la première derrière… À force de me prendre en levrette fallait bien que ça finisse par le démanger Charles d’aller voir ce que ça donnait de l’autre côté… Sans compter qu’avec le contexte… Ben voilà… C’est fait…
– Et alors ? Ça donne quoi ?
– Génial ! Tu peux pas savoir… Trop génial ! Il me tarde qu’une chose, c’est de recommencer… Et de tenter l’expérience avec Jaufret…
– Avec Jaufret !
– Oh, ben oui… Oui… Il a une queue pile poil calibrée pour ça Jaufret… Pas trop épaisse… Juste ce qu’il faut… Le sacré top ça doit être par là avec lui… J’te choque ?
– Non… Tu me choques pas, non… Je t’admire… T’as une façon tellement naturelle de vivre tout ça…
– Bon, mais et toi cette nuit ? T’as pris un sacré pied apparemment… Si j’en juge par tes feulements jusqu’à deux heures du matin…
– Oui… Si ! Et puis ce qu’il y a eu… Oh, à toi je peux bien le dire… C’est dans les bras d’Enzo que j’ai joui à la fin… En pensant à lui…
– Ah, ben bravo…
– J’ai résisté une fois… Deux fois… Mais la dernière…
– Et tu culpabilises… Te connaissant…
– Un peu quand même… Mais pas vraiment… Moins que j’aurais cru… Parce que, de son côté…
– Il avait Mélanie en tête…
– Voilà, oui… Il s’est pas rendu compte, mais il y a deux ou trois trucs qui me font penser que oui… Oui… Sûrement…
– Ben, tu parles ! Après la petite séance d’hier soir à table… C’était couru…
– Ce qui m’inquiète… Il m’obsède cet Enzo… Il m’obsède vraiment…
– Couche avec… C’est le seul moyen de te le sortir de la tête…
– À moins que…
– À moins que, oui… Comme tu dis… À moins que ça fasse l’effet inverse… Ça, on peut pas savoir… C’est un risque à courir…
– Ce serait autre chose, ça, de coucher… De coucher vraiment… Je peux pas faire ça à Gilles… Là, par contre, comment je culpabiliserais !
– Il y a vraiment pas de quoi ! Parce qu’attends ! Faut pas se faire d’illusions… Ça va pas durer nos parties de jambes en l’air avec nos chers maris… Dès qu’on sera rentrés… Que Mélanie aura disparu de la circulation… on va à nouveau faire tintin toutes les deux… Alors là je te parie ce que tu veux… Et moi, j’ai pas du tout envie, à mon âge, de me retrouver au régime sec… J’ai déjà donné, merci… Alors Jaufret, oui, Jaufret… Je le garde… Parce qu’un amant comme ça… À tous points de vue… Je suis pas près d’en dégoter un autre… Et, en TGV, Toulon est à trois heures de Lyon… Quant à culpabiliser… Oui, ben alors là pas question… Il n’aura qu’à s’en prendre qu’à lui-même Charles… C’est pas faute d’avoir tiré tant et plus la sonnette d’alarme…



10 heures 30


– Hou la la ! Tu verrais l’état de mes fesses…
– Ça, j’me doute… Parce qu’il y est pas allé de main morte Jacques hier soir…
– Tu veux que je te montre ?
Elle n’a pas attendu la réponse… Elle a baissé pantalon et culotte… Jusqu’aux genoux… S’est retournée…
– Effectivement… Comment il t’a arrangée !
– Oui, hein…
– Ça te fait mal ?
– Ah, ben ça ! J’en ai pas dormi de la nuit… Dès que je bougeais… Dès que quelque chose frottait dessus… Et puis alors je te dis pas pour m’asseoir…
– Et Ludovic ? Qu’est-ce tu vas faire ? Tu l’as vu ? Tu lui en as parlé ?
– Oui… Oui, mais… Non, parce que j’ai réalisé un truc, là… Tu sais ce que c’est la différence avec avant ? C’est que Gabriel il y avait que nous… Nous deux… Personne voyait… Personne savait… Sauf l’écrivain, là, pour le faire le bouquin… Mais ça compte pas, ça… Du coup, quand il m’en mettait une Gabriel, je filais droit après… J’avais pas envie qu’il recommence… J’avais horreur de ça la fessée… J’ai toujours horreur d’ailleurs… Sauf qu’ici, avec Jacques, vous êtes là… Vous assistez… Ou si vous assistez pas vous entendez… Et… c’est pas que j’aime ça que vous soyez là… Non… Au contraire… J’ai tellement honte… Mais j’ai quand même envie que vous voyiez… Que vous me voyiez avoir honte… Je sais pas pourquoi… C’est dur à expliquer… C’est tout confus dans ma tête… Mais je donnerais tout pour ça… Pour avoir honte devant vous… Alors du coup même que ça fasse un mal de chien les fessées… Que j’aie ça en horreur… Tu comprends ?
– Je crois, oui… Au moins un peu…
– Je suis cinglée, hein ?
– Bien sûr que non…
Elle a remonté sa culotte… L’a ajustée à la taille… A remis le pantalon en place…
– Si ! Sûrement quand même un peu… Mais bon… En tout cas qu’est-ce que ça me fait du bien de parler avec toi…



15 heures


Il s’est déshabillé… Pas moi…
– Tu viens pas te baigner ? Elle doit être bonne… Avec la chaleur qu’il fait…
– Non… Merci… Non… J’ai pas envie aujourd’hui…
Il n’a rien dit… Il s’est lentement dirigé, seul, vers le bord de l’eau… Est resté là, un long moment, à contempler la mer, les mains sur les hanches… J’ai détourné, un court instant, mes yeux de ses fesses… Y suis revenue… Y suis restée… Il s’est élancé… Éloigné… Un voilier s’est lentement installé dans mon champ de vision… Derrière, Christine a clamé haut et fort son plaisir… J’ai eu envie… J’ai laissé ma main s’aventurer sur moi… J’ai hésité… Je n’ai pas osé…

– T’as tort… Qu’est-ce que ça fait du bien…
Il s’est ébroué… Allongé… Tourné vers moi… Penché sur moi… Tout près…
– Qu’est-ce tu fais ?
– Rien… Je te regarde… J’essaie de te retenir… Pour t’avoir encore quand tu seras partie… Je peux ?
– Quoi donc ?
– T’apprendre avec les doigts…
Il n’a pas attendu la réponse… Il m’a redessinée… Du bout du pouce… Le front… Les paupières… Les joues… Le menton… Le cou… Il est remonté… Le pourtour des lèvres… Les lèvres… Entre lesquelles il s’est délicatement insinué… Entre lesquelles il s’est enfoncé…
– Enzo…
L’autre main il l’a glissée sous mon tee-shirt… M’en a doucement lissé le ventre… Au-dessous du nombril… Au-dessus…
– Enzo… Enzo…
S’est aventuré plus haut encore… Emparé d’un sein dont il a fait dresser la pointe…
– Enzo… Enzo… Enzo…
Et tout s’est emballé… Il m’a prise contre lui… Serrée contre lui… Il a été dans ma culotte… Sur mes fesses nues… Il est passé entre elles… De l’autre côté…
– J’ai envie de toi… Tellement…
On a basculé… Chaviré…
– Moi aussi, Enzo… Moi aussi…
Il m’a dépouillée… Dénudée…
Et il a été en moi… J’ai noué mes jambes autour de lui… J’ai agrippé ses fesses… Je m’y suis arrimée… Ça a déferlé… Moi… Lui… Encore moi…

– C’était bien la peine de faire tant d’histoires… Pour en arriver là… C’était couru de toute façon… Dès le début… Et tu pouvais dire de moi… On t’entendait brailler jusqu’à Marseille, je suis sûre… Bon, mais l’essentiel… T’as pris ton pied…
– Qu’est-ce que j’ai fait ? Non, mais qu’est-ce que j’ai fait ?
– T’as baisé… Voilà ce que t’as fait…
– J’ai trompé Gilles…
– T’es pas la première qui trompe son mari…
– J’m’en fous des autres… Elles font ce qu’elles veulent… Mais moi ! Moi, j’ai trompé mon mari…



22 heures


Il y en avait encore des nouvelles des vidéos sur son ordi à Gilles… Une bonne dizaine… Celle sur laquelle la fille répète tout du long de la fessée… « J’ai mérité… J’ai mérité… J’ai mérité… » de plus en plus fort, de plus en plus vite, au fur et à mesure que le rythme s’accélère, je l’ai regardée cinq ou six fois… J’étais encore devant quand… le pas de Gilles dans l’escalier… Dans le couloir… Je n’ai pas bougé… Je n’ai même pas descendu la page… La porte…
– Qu’est-ce tu fais à mon ordi ?
– Rien… Rien… Je…
– Tu as le tien, non, que je sache…
– Oui… Oui, mais…
Il a jeté un rapide coup d’œil sur l’écran par-dessus mon épaule…
– Ah, ben bravo ! Bravo !
– C’est pas ce que tu crois, Gilles… Pas du tout…
– Ce que je crois, c’est que tu te sers de mon ordi derrière mon dos… Que tu t’y délectes de vidéos de fessées… Et que ça en mériterait bien une…
– Gilles…
– Non ? Tu crois pas ?
– Si ! Oui…
– Ah, tu vois…
Il m’a fait lever… A tourné la chaise dans l’autre sens… S’est installé… Ma culotte de pyjama il l’a descendue jusqu’en bas… Jusqu’aux chevilles… Et puis il m’a couchée en travers de ses genoux et il a tapé… Il m’a punie… Pour Enzo… À cause d’Enzo… Sans le savoir…



25 juillet


– J’ai rêvé cette nuit ou bien…
– T’as pas rêvé, non…
– Eh ben, dis donc ! Jacques fait des émules, on dirait… Et alors ?
– Gilles m’a mis une fessée, oui… Et puis voilà…
– Retentissante… C’est le moins qu’on puisse dire… Et ça t’a pas déplu apparemment, si j’en juge par l’enthousiasme avec lequel tu as tonitrué ton plaisir juste après…
– C’est pas que j’ai aimé, c’est que ça m’a soulagée… Pacifiée… J’en avais besoin…
– Et tout ça parce que t’as couché avec Enzo… C’est pour ça, hein ?
– Jamais j’aurais dû lui céder… Jamais…
– Et du coup t’as demandé à Gilles de te punir…
– Pas comme ça, non… Mais ça revient au même…
– Et tu lui as tout raconté…
– Hein ? Ça va pas, non ? Je serais morte de honte…
– Qu’est-ce tu lui as dit alors ?
– Je me suis débrouillée…
– Et maintenant ? Tu vas faire quoi pour Enzo ?
– C’est fini… Terminé… J’irai plus… Je veux plus le voir…
– T’es quand même trop, toi, dans ton genre… Il aurait quand même droit à une explication, non ?
– Oh, non… Non… Je vais craquer si je le revois… Alors non…
– Et moi dans tout ça ? Parce que si tu viens pas, je suis coincée… C’est forcé que ça lui paraisse bizarre à Charles… Déjà que ça l’intrigue qu’on disparaisse tous les jours toutes les deux systématiquement comme ça… Mais alors si j’y vais toute seule…
– Je sais bien, Christine… Désolée… Je sais pas… Je veux pas…



10 heures


J’étais dans la salle de bains quand Mélanie a surgi…
– C’est vrai ?
– Quoi donc ?
– Que tu t’es pris une fessée hier soir…
– Que je… Comment tu sais ça, toi ?
– C’est parce que… Ils m’avaient pas vue Charles et Gilles dans la cuisine tout-à-l’heure… Et ils en parlaient…
– Ah, oui ? Qu’est-ce qu’ils disaient ?
– J’ai pas tout compris… Tout bas ils causaient… À cause de Jacques et de Geneviève qu’étaient à côté… Il disait que ça l’avait réveillé Charles tellement Gilles il tapait fort et tellement tu braillais… Et il voulait savoir pourquoi tu l’avais eue… J’ai pas entendu la réponse… C’était pourquoi ? À cause des types ?
– Quels types ?
– Ceux que vous allez voir l’après-midi à Toulon avec Christine…
– Hein ? Mais…
– C’est des copains à des copains à Ludovic… Alors forcément il est au courant… Oh, mais t’inquiète… Il dira rien…
– Oh, n’importe comment c’est fini… En ce qui me concerne en tout cas… Je les verrai plus…
– Tu fais bien ce que tu veux… C’est pas moi qui y trouverai quoi que ce soit à redire… Je serais mal placée pour… C’était pas pour ça alors ?
– Dans un sens, oui… Et dans l’autre, non… C’est compliqué…
– Tu me fais voir ?
– Que je…
– Ben oui… On est entre nous… Entre nanas… Et je t’ai bien montré, moi, l’autre jour… Ah, oui quand même ! T’as dû le sentir passer, dis donc ! Ça te fait quoi ?
– Qu’est-ce tu veux que ça me fasse ? La même chose qu’à toi… Ça brûle… C’est sensible… C’est douloureux…
– Non, mais pas ça… Qu’il y ait du monde qui sache… Charles… Qu’a entendu… Et Christine qu’a entendu aussi… Sûrement… Charles lui aura dit n’importe comment si elle a pas entendu… Et puis moi… C’est trop bien, hein, les gens qui savent autour… Qu’en pensent pas moins… Oh, ben si ! Si ! Parce qu’une fessée sans ça c’est pas la peine… Ça fait mal pour rien… Tiens, moi… Mais tu vas me traiter de folle…
– Tu sais bien que non…
– Ce que j’aimerais… Parce qu’il est au courant Ludovic qu’il me la donne la fessée Jacques à cause de lui…
– Au courant ? Mais par qui ?
– Par moi… Un jour qu’on couchait… Il a vu… Il a bien fallu que je lui explique du coup… Et ce que j’arrête pas de me demander, c’est s’il leur a raconté à ses copains… J’ose pas lui demander… Des fois j’ai l’impression que oui… Des fois que non… Tu crois, toi ? Comment j’aimerais ça que, quand ils me voient, ils y pensent… Qu’ils y fassent carrément des allusions… Tout ça… Mais bon…



14 heures 30


– T’es sûre ? Tu viens pas ?
– Non, Christine, non… J’t’ai dit… Non…
– Comme tu veux… Bon, ben à ce soir alors…
Je suis montée me réfugier là-haut… Dans la chambre… Où je me suis laissée tomber sur le lit, les mains sous la nuque… Enzo… Ce qu’il allait être déçu ! Enzo… Ses yeux… Ses bras refermés sur moi… Enzo… Son plaisir… Mon plaisir… J’étais folle… Enzo…
Je me suis levée d’un bond… J’ai couru jusqu’à la fenêtre…
– Christine !
La voiture était en train de disparaître là-bas tout au bout de l’allée…

Gilles… Presque aussitôt… Gilles qui a refermé la porte derrière lui… Qui a tiré la chaise devant l’ordi…
– Assieds-toi ! Et vas-y ! Fais comme si j’étais pas là…
– Gilles…
– Mais si ! Vas-y ! Je te regarde…
J’ai cliqué… Ouvert le dossier… Lancé une vidéo… Il m’a laissée la visionner jusqu’au bout… En entamer une deuxième… Et puis il a été derrière moi… Il a posé ses mains sur mes épaules…
– Comment il lui rougit la croupe à la dame le monsieur… T’as vu ça ? Faut croire qu’elle a pas été très sage… Qu’elle a désobéi… Il y a pas qu’elle d’ailleurs… Parce que t’as été punie, toi aussi, hier soir pour ça… Et tu recommences…
– Mais Gilles…
– Il y a pas de « mais » qui tienne… T’as pas recommencé peut-être ?
– Si…
– Eh bien alors ! Et les mêmes causes produisant les mêmes effets…
Il m’a fait lever… A dégrafé ma jupe… Descendu ma culotte…
– Tourne-toi ! Fais voir ! Ah, oui… Oui… Je suis pas mécontent de moi… Oui… Joli travail… Une belle petite œuvre d’art qu’on a là… Suffirait juste de rajouter une petite couche de rouge par ci par là…
Il a lancé une petite claque… Une autre… Une troisième…
– Non… Finalement le mieux, ce serait de tout reprendre… À zéro…
Et je me suis retrouvée couchée en travers de ses genoux… Punie en secret pour avoir eu envie d’aller retrouver Enzo…

Il est resté en moi…
– Eh ben dis donc ! Une vraie tigresse… Ça te réussit, toi, la fessée… C’est le moins qu’on puisse dire…Si j’avais su… Mais pourquoi t’en as jamais parlé aussi ?
– Parce que je savais pas… Avant ici je savais pas… Avant cette année ici je savais pas…
– Confidence pour confidence, moi non plus…
– Tu te rends compte la chance qu’on a eue ? On était en train de se perdre, Gilles… On allait se perdre… On se serait forcément perdus…
– N’y pense plus ! C’est fini tout ça…
– J’espère… Je sais pas… J’espère…
Et on s’est refait l’amour…



18 heures 30


J’étais sous la tonnelle… Seule… Charles s’est approché…
– Je te dérange pas ? Je peux ?
Hein ? Mais bien sûr qu’il pouvait… Bien sûr…
– Merci… Tu les attends ?
– Hein ? Qui ça ?
– Christine et Mélanie… Elles sont parties ensemble… Elles devraient bien revenir ensemble… Normalement…
– Ensemble ?
– Ben oui… Oui… Tu savais pas ?
– Si ! Si !
– Ça te disait rien à toi aujourd’hui ?
– Pas vraiment, non…
– Faut dire qu’aller courir les magasins, comme ça, tous les jours, ça doit finir par devenir lassant à la longue, non ?
– Ça, c’est un truc, les hommes ils peuvent pas comprendre…
– T’as bien fait de rester là n’empêche… T’as pas perdu au change… Et mon frère non plus… Il a vraiment beaucoup de chance…
– Plains-toi !
– Avoir une femme qui apprécie la fessée, c’est malheureusement pas donné à tout le monde…
– À toi de la convaincre…
– Je m’y emploie… Je m’y emploie… Mais si tu pouvais, de ton côté, donner un petit coup de pouce… Prêcher d’exemple et d’expérience… Tu serais la plus adorable des petites belles-sœurs…



26 juillet


– Mélanie était avec toi hier ?
– Ben oui… Oui… Tu voulais pas venir… Fallait bien que je trouve une solution…
– Et alors ?
– Et alors quoi ?
– Non… Rien… Rien… Ça allait Jaufret ?
– Oh, oui… Oui… Lui, ça allait…
– Lui ? Pourquoi ? Ça allait pas Enzo ?
– Moyen… Il se tape une angine… Avec fièvre et tout et tout… Il est pas venu du coup…
– Ah… Et Mélanie ? T’étais avec Jaufret… Comment elle a dû s’emmerder pendant ce temps-là…
– Elle ? T’as qu’à y croire ! Elle perd pas le nord, t’inquiète ! Elle avait amené son Ludovic… Toi, par contre… Toute seule ici…
– Oh, non… Non… J’ai passé une super après-midi au contraire… Il est redevenu amoureux Gilles… Comme avant… Exactement comme avant… Plus même dans un sens…
– Mouais… Ce qui veut dire, si je sais lire entre les lignes, que tu t’es encore ramassé une bonne fessée…
– Tu es très perspicace…
– Tu deviens complètement enragée avec ça…
– Je dois reconnaître…
– T’y trouves quoi ?
– À expliquer comme ça c’est pas facile… J’ai besoin de payer… Pour ce qui s’est passé avec Enzo… Pour d’autres trucs… Pires… Plus profonds… Qui affleurent juste… Que j’ose pas regarder en face… Et puis il y a qu’il aime ça me la donner Gilles… Et que ça me fait complètement fondre de sentir qu’il aime ça… Il y a que ça nous rend complices comme on l’a jamais été… Il y a plein de trucs encore…
– T’es chiante n’empêche… Parce que je suppose qu’il a tout entendu Charles…
– Ça… il y a des chances…
– Le connaissant… Forcément… Il s’est arrangé pour… Ben, ça promet… Il va à toute force chercher à me convaincre d’essayer… Une fois de plus…
– Tu devrais… Je t’assure… Tu devrais… Tu sais pas ce que tu perds…
– Ah, non… Tu vas pas t’y mettre toi aussi…



10 heures


– J’arrive trop tard, je parie…
– Trop tard pour quoi ?
– Tu t’es déjà douchée… Je pourrai pas te les voir les marques du coup…
– Tu les as déjà vues hier…
– Oui, mais ça a changé depuis… Ça change vite, ça… Je sais de quoi je parle, attends ! C’est plus du tout les mêmes couleurs… Ça a l’air d’être rentré bien plus en profondeur… Il y a plein de trucs qui sont plus du tout pareils en fait… J’y passe des heures à examiner tout ça, moi, quand ça m’est arrivé… Pas toi ? Si, hein ! Forcément… On a envie… Et alors ? Ça donne quoi ? Ça a commencé à s’effacer ? Non, hein ? Pas vraiment… C’est plutôt rare que ça s’en aille vite…
– Là, ça aurait du mal…
– Parce que ?
– Parce qu’il m’en a remis une couche Gilles…
– Par-dessus la première ? Hou la la ! T’as dû le sentir passer !
– Pas mal, oui…
– Faut que tu me montres… Alors là faut absolument que tu me montres… Je veux voir ça… Hou la la, oui, dis donc ! Il t’a sacrément arrangée… Je peux ?
Elle n’a pas attendu la réponse… Elle a longuement redessiné tout autour… Du bout du doigt… A effleuré au milieu…
– Eh ben dis donc ! Eh ben dis donc ! Je te fais pas mal ? Non ? Je sais pas si j’aimerais, moi, qu’on m’en remette une comme ça aussi sec derrière… Parce que qu’est-ce qu’on doit déguster ! Enfin si j’aimerais ! Peut-être… Sûrement même… Malgré tout… Mais seulement s’il y avait du monde qu’assistait… Ou du moins qu’entendait… Qu’était au courant en tout cas… Vous… Ou d’autres…Ludovic par exemple… Tiens, à propos de Ludovic… Tu sais que finalement je lui ai demandé à lui s’il leur en avait parlé à ses copains que j’avais reçu la fessée…
– Et alors ?
– Il a d’abord prétendu que non… Et puis à force que je le tarabuste et que je lui dise que je le croyais pas il a fini par reconnaître… Mais juste à Alexandre… Son meilleur pote… C’était qui celui-là ? Oh, il me le ferait connaître si je voulais… Je me suis bien fait tirer un peu l’oreille et puis finalement… Ça me fait trop envie, attends, de discuter avec un type qui sait, mais qui sait pas que je sais qu’il sait…



13 heures 30


Gilles et Charles avaient rendez-vous chez le notaire…
– Bon… On y va…
Geneviève a approuvé…
– Oui… Prenez un peu de marge… Maître Duplaire déteste qu’on arrive en retard… Il n’a pas tort d’ailleurs… C’est la moindre des politesses…
Gilles m’a déposé un petit baiser dans le cou au passage…
– Qu’est-ce tu vas faire, toi, en attendant ?
– Je sais pas… Je…
– Pars ! Partez entre filles… Allez faire les magasins… Ça te changera les idées…
Il s’est penché à mon oreille…
– Et tâche d’être sage ! Sinon ce soir c’est la fessée…

Mélanie trouvait que ça tombait plutôt bien…
– Parce qu’il peut pas venir Ludo aujourd’hui… Je me demande bien pourquoi d’ailleurs… Alors me morfondre toute seule en attendant que les deux autres aient fini de tirer leur coup ! Je veux bien rendre service, mais il y a des limites… Là au moins on va pouvoir aller faire des trucs ensemble pendant ce temps-là…

On a regardé le voilier s’éloigner… Disparaître…
Bon… Et maintenant ? On allait où ? On faisait quoi ?
Si ça m’ennuyait pas… Elle avait vu une petite robe l’autre jour par là-bas derrière… Elle avait été idiote de pas la prendre… Alors si elle y était toujours…

– Elle te va bien… Oui…
– Bon, ben allez ! Adjugé… Et toi ? J’ai vu que t’en regardais une en vitrine tout-à-l’heure…
– Oui, oh, moi…
– Essaie-la au moins… Ça t’engage à rien d’essayer…
Elle me l’a mise sur les bras d’autorité… M’a poussée vers la cabine… A tiré le rideau… A attendu… L’a retiré dans l’autre sens… J’ai poussé un cri… Quelqu’un a ri…
– Mais referme-moi ça, merde !
Je me suis rhabillée et je suis sortie… Sans regarder personne…

– T’es fâchée ?
– Non, mais attends, Mélanie, t’es pas bien… T’es vraiment pas bien… Moi, je suis à poil dans le machin et toi…
– T’étais pas à poil…
– Oui, oh, tu parles, un string… C’est du pareil au même… Tout le monde a vu…
– La belle affaire ! Un cul, c’est un cul…
– Oui, mais le mien, c’était un cul fessé… De quoi j’ai l’air, moi, maintenant ?
– Qu’est-ce tu t’en fous ! Tu les connais pas ces gens… Tu les reverras jamais…
– Et alors ? C’est pas une raison…

– T’es toujours fâchée ?
On venait de s’installer à une terrasse de café… Ça faisait plus d’une demi-heure que je ne lui avais pas adressé la parole…
– Je suis pas fâchée, non, mais avoue que t’exagères…
– J’ai cru… J’ai pensé… Parce que ça, c’est le genre de truc que j’aurais trop aimé que ça m’arrive, moi… Comme ça… Sans que ça ait l’air d’être fait exprès… Alors du coup je me suis dit…
– T’aurais au moins pu m’en parler avant…
– T’aurais été d’accord ?
– C’était qui le type qu’a ri ?
– Je sais pas… Le fils du patron on aurait dit…
– Il était âgé ?
– Une quarantaine d’années… Quelque chose comme ça…
– Il y en a d’autres qu’ont vu ?
– La petite vendeuse, ça, c’est sûr… Elle écarquillait des yeux grands comme ça… Quant aux deux clientes qui traînaient entre les portants, je sais pas… Tu m’en veux ?
– Mais non, je t’en veux pas… Et même…
– Et même ?
– Non… Rien… Il serait peut-être temps d’aller retrouver Christine… Elle va nous attendre…



21 heures 30




– Alors ? T’as été sage ?
– Comme une image…
– C’est bien vrai ce mensonge ?
Il m’a souri… Prise contre lui… Caressée…
Ça a été violent… Ça a été doux… Somptueux…



27 juillet


– T’es sûre que ça va, Christine ?
– Ben, oui, ça va, oui… Pourquoi ça irait pas ?
– Tu verrais ta tête ! Une vraie tête de crevée…
– Tu m’étonnes que j’ai une tête de crevée… Toute l’après-midi je m’éclate avec Jaufret… Qui sait y faire, le salaud… Et le soir faut que je remette le couvert avec Charles… Parce que quand il t’entend te faire tambouriner le derrière à côté ou piauler comme une perdue, ça l’excite que le diable… Et faut que j’y passe… Dommage que ça ait pas duré finalement, toi et Enzo… T’aurais eu ton compte l’après-midi… Et ça m’aurait fait des nuits plus reposantes, moi, du coup…
– J’y crois pas une seule seconde à son histoire d’angine fiévreuse à Enzo… En plein mois de juillet…
– Faut reconnaître que ça fait bien un peu cousu de fil blanc…
– Il en dit quoi Jaufret ? Il doit bien savoir de quoi il retourne, lui, non ?
– On en parle pas… On a autre chose à faire…
– Oui, oh… Comme par hasard le lendemain du jour où il réussit enfin à me tirer il disparaît le Enzo… Ça va, j’ai compris… Je suis pas idiote…
– T’as fait exactement la même chose… T’es pas revenue le lendemain…
– Mais c’est pas pareil enfin ! Ça n’a rien à voir… C’était à cause de Gilles, moi… Tandis que lui…
– Tu regrettes, hein ?
– Regretter ? Oui, ben alors ça ! Sûrement pas, non… Il y a pas de risque… C’était une sacrée connerie…
– Me dis pas… Quand tu nous as accompagnées jusqu’au bateau hier… Me dis pas que tu n’espérais pas quand même un peu qu’il serait là…
– Pas une seule seconde… Pas une seule seconde ça m’a effleuré l’esprit…



11 heures


– Je t’attendais… Je me disais… “C’est pas possible, ça… Elle va bien finir par venir se laver quand même !”
– J’étais avec Christine… Qui tenait absolument à me démontrer, par a plus b, que je suis amoureuse d’Enzo…
– Lui, il l’est de toi en tout cas…
– D’où tu tiens ça, toi ?
– De Ludo… On en parlait cette nuit justement…
– Cette nuit ?
– Cette nuit, oui… Oh, mais faut que je te raconte tout ça… Viens là, si tu veux… Avec moi… Dans la baignoire… On sera mieux pour causer… Oui… Parce qu’il m’a appelée Ludo… Sur le coup de minuit… Avec Alexandre il était… Alors si je voulais faire sa connaissance… Comme on avait dit… Tu parles si je voulais ! Ça va ? T’as assez de place ? Oui ? Et donc je me suis pointée là-bas… Sympa le type… Et c’était vraiment trop comme situation… Parce qu’il y pensait que je me prenais des fessées… Il pouvait pas ne pas y penser… Ça t’avait un de ces petits côtés excitants… D’autant que j’arrêtais pas de me demander s’il allait mettre le sujet dessus Ludo… Il m’avait promis que non, mais avec lui tu peux jamais savoir… Il te dit un truc et il en fait un autre… Comment je me serais sentie gênée s’il en avait parlé… Mais en même temps je suis sûre que d’un autre côté ça m’aurait pas vraiment déplu… On est compliquées, hein, des fois… Bon, mais n’importe comment la question s’est pas posée… Il en a pas parlé… Mais, par contre, de toi et d’Enzo… Qui, comme je te disais, est amoureux fou de toi…
– Ben, on dirait pas…
– Si ! Si ! Non… Parce que le truc, c’est qu’il sortait avec une nana, quand il t’a rencontrée… Une nana avec qui il a mis aussitôt un terme… Sauf qu’elle s’est doutée que c’était pour une autre…Qu’elle a juré de se venger… Qu’elle le flique comme c’est pas possible… Et qu’il veut pas te faire courir de risques… Parce que c’est le genre de meuf à te foutre un bordel pas possible dans ton couple si jamais elle découvre qui tu es…
– Ah, mais ça change tout, ça…
– Ça change quoi ?
– Non… Rien, finalement… Rien…
– En attendant, qui c’est qui va y attraper dans l’histoire ? Eh ben, c’est moi…
– Comment ça ?
– Il a entendu la voiture Jacques quand je suis partie… Et, du coup, il m’attendait au retour… D’où je venais ? Qui j’avais vu ? Tout ça… Ça aurait servi à quoi de lui raconter des salades ? Il m’aurait pas crue n’importe comment… Ça l’a mis dans une fureur ! Jamais je l’avais vu comme ça… D’un peu plus c’était là tout de suite en rentrant que je me la prenais… Il m’avait déjà empoignée… Baissé la culotte quand Geneviève l’a arrêté… « Attends demain, Jacques, attends demain ! Tu vas réveiller toute la maison… » Et, au final, je suis convoquée à pile poil midi dans leur chambre… Va falloir que j’y aille d’ailleurs… Et tu sais ce qui serait bien ?
– C’est que je trouve un prétexte quelconque pour attirer Charles et Gilles sous la fenêtre de leurs parents… Ça devrait pas être trop difficile…
– Et Christine… Tu oublies Christine…



14 heures 30


– Elle est où Mélanie ?
– Là-bas derrière… Elle téléphone…
– Oui, ben elle a intérêt à se grouiller si elle veut que je l’emmène… Je suis pas à sa disposition… Déjà que…
– Que quoi ?
– Qu’à cause d’elle Charles m’a sauté dessus à peine on était sortis de table… Comme si c’était le moment…
– J’y ai eu droit aussi avec Gilles…
– Je sais, oui… J’ai entendu…
– J’en étais sûre qu’on allait pas y couper…
– Si elle les ameutait pas en braillant comme un cochon qu’on égorge aussi…
– Faut quand même reconnaître qu’il tapait fortJacques… Elle a dû déguster…
– Oui, mais oh… T’en fais pas qu’elle en a rajouté tant qu’elle a pu, va ! Je la connais… Dès qu’il s’agit de faire son intéressante… Ah, la v’là ! Ben, c’est pas trop tôt…

– Il m’a appelée…Il sera là-bas Ludo… Au voilier…
– Ah, ben je viens pas, moi, alors… Que vous soyez tranquilles…
– Et il y aura aussi Alexandre…
– Raison de plus ! Je le connais pas ce type…
– J’aimerais mieux que tu viennes… Parce qu’il va se retrouver tout seul sinon Alexandre… Et je sais comment ça va se passer… C’est un mec… Il va pas arrêter de mater… Un coup Christine et Jaufret… Une coup Ludo et moi… Tandis que si t’es là il osera pas… Vous discuterez tous les deux… Ça l’occupera… Il est très sympa, tu verras…

– Alors comme ça, c’est toi la copine d’Enzo…
– Oh, sa copine !
– Ben si ! Si !
– Je suis mariée, Alexandre…
– Ça empêche rien… Ça a plus vraiment d’importance, ça, maintenant… Non… Son erreur, ça a été de la larguer aussi sec son Aurélie… Il aurait dû l’enfumer plutôt… Le temps que ça se décante tout ça… Mais bon ! C’est quelqu’un de tout d’une pièce Enzo… Il sait pas tricher… Et maintenant il arrête pas de s’en mordre les doigts… « Elle va repartir… Dans quinze jours elle sera repartie… Et je l’aurai seulement pas revue… » Ah, il t’a dans la peau, ça, c’est sûr… Écoute ! T’entends ? Il y en a une qui prend son pied… De là-bas, à gauche, ça vient… C’est Mélanie… Elle est trop cette fille dans son genre… Tu sais garder un secret ?
– En principe, oui…
– Elle se ramasse des fessées des fois… C’est Ludo qui me l’a dit… Et c’est pas des histoires… Il l’a vu… Un jour qu’ils étaient ensemble tous les deux… Écarlate elle l’avait… Ah, je peux te dire que ça les a fait causer les types… Et que ça les fait encore causer… Ils ont même parié du coup… Qu’il arriverait à lui en mettre une lui-même Ludo un jour… Et Jaufret une à Christine…
– Oui, alors ça ! C’est sûrement pas demain la veille…



21 heures


– Qu’est-ce vous faites toutes les trois tous les après-midis comme ça ?
– Mais rien, Gilles… Rien de spécial… On se promène dans Toulon… On entre dans les magasins… On regarde… On boit un coup en terrasse…
– Et vous matez les types qui passent…
– Non… Enfin si… Oui… Des fois… Un peu… Mais juste comme ça…
– Et vous vous faites vos confidences… Vous parlez fessées…
– Ça arrive, oui…
– Mélanie et toi en tout cas… Parce que Christine…
– C’est pas son truc…
– Il tiendrait qu’à vous que ça le devienne… À toi en particulier…
– Je suis pas sûre…
– Bien sûr que si ! Seulement t’y mets beaucoup de mauvaise volonté…
– Je t’assure, Gilles…
– Charles t’avait pas demandé quelque chose ?
– Si ! Oui…
– Quoi ?
– De la convaincre Christine… J’ai bien essayé… Seulement…
– T’as rien essayé du tout… Tu t’en fiches complètement…
– Ah, non… Non…
– Moi, contrairement à toi, je tiens toujours mes promesses… Et ce que je lui ai promis à Charles, c’est que tant que tu n’auras pas obtenu, auprès de Christine, de résultats probants, tu recevrais, chaque soir, une retentissante fessée…
– Gilles…
– Quoi ?
– Non… Rien… Vas-y ! Je t’aime, Gilles…



28 juillet 2012


Christine s’est enfin extirpée de son long silence…
– Tu crois qu’il se doute de quelque chose Charles ?
– J’en sais rien, moi ! Comment tu veux ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui te fait penser ça ?
– Rien de spécial… Juste une impression… Non… Ce que je me dis, c’est que si j’étais à sa place, il y a longtemps que j’aurais eu des soupçons… Et plus que des soupçons… Que j’aurais voulu en avoir le cœur net…
– Ils fonctionnent pas comme nous les mecs…
– Ah, ça, c’est sûr… Du moment que rien ne vient troubler leur sacro-sainte tranquillité… Il en a rien à foutre en fait que j’aille me faire tirer ailleurs… Du moment qu’il le sait pas… Ou qu’il peut faire semblant de pas le savoir…
– Ce qui t’arrange bien finalement…
– Oui, oh, si on veut… Dans un sens, oui… Mais dans l’autre… Parce que comment c’est exaspérant de vivre avec un mec aux yeux de qui t’existes pas vraiment…
– T’aurais un moyen…
– Lequel ?
–Ben…
– Oh, tu vas pas recommencer avec ça !
– Pourtant je t’assure… C’est du tout au tout qu’il a changé Gilles avec moi… Comme avant c’est redevenu… Comme au début… En mieux même… Sans compter que comment c’est agréable comme truc… Une fois qu’on y a goûté…
– Oui, ben très peu pour moi…
– Essaie au moins ! Au moins une fois…
– Non, j’te dis ! Arrête d’insister comme ça… C’est d’un pénible à force…
– Oh, tu sais, moi ce que j’en dis… Maintenant si ce que tu vis te convient…
– Oui, bon ben c’est bon… Ça va… N’en rajoute pas…



10 heures



Mélanie se prélassait dans la baignoire…
– Grouille ! Ça commence déjà à refroidir… Et dis-moi… T’en as pensé quoi d’Alexandre ?
– D’Alexandre ? J’ai rien à en penser d’Alexandre… Rien du tout…
– Il est sympa, non ?
– Mouais… Mouais… Je peux te dire quelque chose ?
– Vas-y !
– Il se prend des paris sur ton dos, là…
– Ah, oui ? Quel genre ?
– Que Ludo arrivera à te flanquer une fessée…
– Non ? Mais c’est trop génial, ça… Oh, mais c’est quand il veut, hein ! Je demande pas mieux, moi… Et c’est qui ?
– Les paris ? Ses copains…
– Ce qui veut dire qu’ils sont au courant… Tout le monde est au courant en fait, hein ?
– Peut-être pas tout le monde… Mais beaucoup de monde… Sûrement…
– Alors ça, c’est un truc, tu peux pas savoir comment ça me remue… C’est bizarre d’être comme ça, non ? Normalement je devrais être morte de honte… Avoir envie d’aller me cacher dans un trou de souris… Eh ben, c’est tout le contraire qui se passe… J’adore… C’est complètement fou, non, tu trouves pas ?
– Oui… Oui et non… C’est souvent qu’on a du mal à se comprendre soi-même…
– En attendant, moi aussi j’ai quelque chose à te dire… À propos d’Enzo c’est… Il y aurait moyen si tu veux…
– C’est gentil, mais non… Non…
– Il est malheureux d’une force de pas pouvoir te voir ! Il s’en rend malade… Ils ont mis un truc au point les types alors du coup, à ce qu’il m’a dit Ludo… Il y en a un qui va l’emmener passer l’après-midi à Marseille l’Aurélie… Vous aurez le champ libre comme ça… Pas de risque qu’elle vous tombe dessus…
– Écoute, Mélanie…
– Et même ce qu’il propose Ludo, c’est que vous retrouviez chez lui… Vous serez tranquilles… Il y aura personne… Lui, il sera à la plage avec moi…
– Oui… Oui, mais non… Je viendrai pas…
– Ben pourquoi ?
– Parce que… C’est beaucoup trop dangereux…
– À cause ? De Gilles ? Il le saura pas…
– C’est pas ça, non… C’est que ça a aucun avenir tous les deux…
– Qu’est-ce t’en sais ? Et qu’est-ce tu t’en fous… Faut prendre les bons moments quand ils se présentent dans la vie… Et puis voilà…
– N’insiste pas ! S’il te plaît, n’insiste pas ! C’est déjà assez compliqué comme ça…
– Comme tu veux… Mais il va être déçu Enzo… Ce qu’il va être déçu…



14 heures 30


– T’es sûre ? Tu viens pas ? Pas de regret ?
– Je viens pas, non…
– Bon, ben, à ce soir alors…
Elle a dévalé le perron… Rejoint Christine qui fourrageait dans le coffre… Qui s’est installée au volant…
J’ai hurlé…
– Mélanie ! Attendez-moi ! J’arrive… Je viens…

– Tu vas pas encore changer d’avis en cours de route ?
– Non… Non… Je vais régler le problème… Une bonne fois pour toutes… Qu’on n’en parle plus…
– Oui, oh, alors ça !

– Toi ! Toi ! Enfin !
Et il a voulu me prendre dans ses bras…
– Non, Enzo ! Non… Attends !
– Attendre ? Mais pourquoi ? Attendre quoi ?
– Parce que… ça peut pas nous deux… Si je suis venue, c’est pour qu’on parle… Pour que je te dise… Il faut que tu m’oublies…
– Je pourrai pas, ça… Je pourrai jamais…
– On peut toujours quand on veut…
– Mais je veux pas ! Tout le temps je pense à toi… Tout le temps… J’arrête pas… Et toi, tu viens me dire que…
Les larmes lui sont montées aux yeux…
– Non… Pleure pas, Enzo ! S’il te plaît, pleure pas ! Je veux pas que tu pleures…
Et je me suis jetée dans ses bras…

– Qu’est-ce qu’on a fait ? Non, mais qu’est-ce qu’on a fait ?
– L’amour…
– Je suis folle… Je suis complètement folle…
– C’était fabuleux… Tellement doux… Et tellement déchaîné… En même temps…
– On n’aurait pas dû, Enzo… On n’aurait pas dû… J’y arriverai jamais, moi, maintenant…
– Et c’est tant mieux…
Il m’a couverte de baisers…
– Arrête, non, arrête !
Mais on a recommencé… Encore mieux…



18 heures


Elles ont klaxonné… Reklaxonné…
– Dépêche ! Que si on les fait attendre pour le repas là-bas, ça va pas le faire…
– Alors ? Ça s’est passé comme t’as voulu ?
– T’as de ces questions, toi ! Rien qu’à voir sa tête de crevée… Elle a baisé tout l’après-midi, oui ! Et c’est ce qu’elle pouvait faire de mieux… C’est comme moi… Ben, ça y est cette fois…
– Qu’est ce qui y est ?
– Ben, la fessée… Il m’en a flanqué une Ludo… Et pas piquée des vers… Faut dire que j’y avais mis du mien aussi… Que je l’avais provoqué… Et comme il faut…
– Et alors ?
– Il est pas mal doué… Pour dire que c’était la première fois… Qu’il a pas l’habitude…
– Il y en a qui vont avoir gagné leur pari du coup…
– Oh, ben ça ! Tu penses bien qu’il doit déjà être en train de leur faire un compte-rendu détaillé…
– Ils risquent de pas vouloir se contenter de ça… D’avoir envie de venir voir de près comment ça se passe… À mon avis t’auras du monde dans les fourrés demain…
– T’en avais déjà aujourd’hui…
– Ah, oui, Christine ? Qui ça ?
– Jaufret, tiens ! Vous faisiez un tel tintamarre tous les deux qu’il a absolument tenu à aller voir ce qui se passait…
– Oui, ben il a pas dû être déçu du voyage…
– Faut croire ! Vu le temps qu’il y a passé…



22 heures


– Punis-moi, Gilles ! Ce soir j’ai envie que tu me punisses…
– Pourquoi ? Tu as été vilaine ?
– Oui…
– Très très vilaine ?
– Bien pire que ça…
– Alors !



29 juillet 2012



– Ah, te v’là ! J’avais qu’une trouille, c’est qu’il se lève avant toi Charles… Que je puisse pas te parler…
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Il se passe qu’hier, là-bas, Ludo…
– A flanqué une fessée à Mélanie… Oui, ben ça je sais…
– Et que ça a donné des idées à Jaufret…
– T’es pas en train de me dire que…
– Ben si ! Oui…
– Et toi qui voulais pas en entendre parler ! Alors ? Comment t’as trouvé ?
– Bien, oui… Non, mais elle est pas là la question… La question, c’est qu’il s’en est aperçu hier soir Charles…
– Aïe !
– Comme tu dis, oui !
– Et qu’il l’a mal pris…
– Mets-toi à sa place ! Ça fait près de quinze jours qu’il crève d’envie de m’en mettre une… Ça fait près de quinze jours que je lui répète, sur tous les tons, qu’il en est pas question… Et résultat des courses…
– Comment t’as bien pu faire ton compte ?
– Comment j’ai… Non, mais t’en as de bonnes, toi ! Un homme, va lui dire non quand il en est de la comédie… Surtout s’il y a, comme hier soir, grande pantomine dans la chambre d’à côté…
– Je suis désolée…
– Oui, oh, de toute façon…
– T’as eu droit à un interrogatoire en règle…
– Ah, ben ça !
– Et alors ? Tu lui as dit ?
– Que ? C’était Jaufret ? Ça va pas, non ! Non… Je lui ai fait croire que c’était toi… Que je t’avais demandé… Pour voir ce que ça faisait… Que je m’étais dit que peut-être je pourrais le laisser m’en donner comme ça une fois que je saurais… Que c’était plus facile avec une femme la première fois…
– Et il t’a crue ?
– Il a eu l’air, mais bon… On sait jamais… C’est pour ça que je voulais te voir… Que tu saches quoi dire s’il t’interroge… Que tu te coupes pas…
– Il va vouloir t’en mettre maintenant du coup…
– Ben ça, ça y est… C’est fait… Parce que tu penses bien que c’était pas trop le moment que je refuse…
– Ah, oui ? J’ai rien entendu…
– Ben pourtant…
– Et alors ?
– Et alors par-dessus celle de l’après-midi tu parles que je l’ai senti passer… Surtout qu’il y est pas allé de main morte…
– Et t’as aimé…
– Dans un sens on peut dire ça comme ça, oui…
– Ah, tu vois… Je t’avais dit…



12 heures


Mélanie m’attendait devant la porte de la salle à manger…
– Attends ! Viens ! Viens un peu par là avant… Sur la terrasse… Faut que je te parle…
– Toi aussi ! Décidément c’est le jour…
– Je croyais te voir tout à l’heure dans la salle de bains… Mais t’es pas venue…
– Non… J’étais à la plage… Avec Christine… Qu’est-ce qu’il se passe ?
– Il se passe que j’ai pris le petit déjeuner avec Gilles et Charles ce matin… Tous les trois… Et que j’ai vraiment l’impression qu’ils se doutent de quelque chose…
– Comment ça ?
– Ils m’ont cuisinée, mais vraiment cuisinée, hein !
– C’est-à-dire ?
– Qu’est-ce qu’on faisait comme ça tous les après-midis ? Où on allait ? Si on voyait du monde… Tout ça… Ils arrêtaient pas de me demander des tas de détails…
– Tu leur as pas dit au moins ?
– Ça va pas, non ! Tu me prends pour qui ? N’empêche qu’il va falloir faire hyper gaffe… Je suis sûre qu’ils se doutent…
– Ça, c’est parce que…
– Parce que ?
– Attends ! Tais-toi ! Les v’là…



14 heures 30


Bon alors on faisait quoi ? On y allait quand même ?
– Évidemment qu’on y va… On change rien… Ce serait passer aux aveux… Non… On prend la voiture… Comme d’habitude… On avisera en cours de route…

– Je sais pas ce que vous en pensez, mais je crois quand même que le plus sage, c’est de pas remettre les pieds là-bas… Du moins pour le moment… Jusqu’à ce qu’on sache à quoi s’en tenir vraiment…
Oui, ça allait de soi, ça… Oui… Parce qu’à l’évidence il y avait pas cru une seule seconde Charles que c’était moi qui lui avais flanqué la fessée à Christine…
– Ils flairent quelque chose…
– Et ils vont essayer d’en avoir le cœur net…
– Ils vont quand même pas aller jusqu’à nous suivre ?
– Ou à nous faire suivre ?
– Oh, alors ça !

Bon, mais alors concrètement on allait faire quoi, là, maintenant ?
D’abord mettre les garçons au courant de la situation… Ça s’imposait…
Mélanie a proposé d’appeler Ludo…
– Il préviendra les autres…
Et puis on allait s’offrir une gentille petite virée magasins… Pour commencer…
– Oui… Parce qu’on va pas passer toute l’ après-midi à ça non plus…
– Ce qu’il faudrait après, c’est se trouver une petite plage tranquille… Quelque part à l’écart…
Elle en connaissait une Mélanie…
– Où il vient jamais personne… Où on peut se baigner à poil si on veut…

– C’est génial…
– Oui, hein ! Et faut connaître… Parce que pour la dénicher celle-là…
– Si quelqu’un arrive on l’entendra forcément en plus…
– Sauf s’il laisse sa voiture à l’autre bout là-bas et s’il finit à pied…
– Oui, mais ça, à moins d’avoir une raison pour le faire…
– Il aurait une sacrée surprise en tout cas le type… Trois petits culs tannés de frais comme ça…
– Ah, ça, pour les avoir tannés on les a tannés…
– Christine surtout… Elle l’a dans un état…
– Oui, mais attends ! Deux l’une sur l’autre elle a reçues… Alors forcément…
– Vous savez ce que je me dis ? Ben qu’il faudrait les mettre sur la piste nos chers maris… S’ils nous savaient ici, toutes sages, toutes mignonnes, ils seraient rassurés… Et on aurait à nouveau les coudées franches… Parce qu’il va vite me manquer, moi, Jaufret… Surtout maintenant…
– Vous voulez que je m’en occupe ? Non… Parce qu’à tous les coups je vais repasser à l’interrogatoire, moi… Dès ce soir si ça se trouve… Alors suffit que je leur explique bien en détail où on a passé l’après-midi et je vous parie ce que vous voulez que demain ils débarquent là-haut pour vérifier que vous êtes bien là… Et qu’il y a pas de mecs avec vous…
– Oui… Sauf que la seule chose…
– C’est ?
– C’est que ça leur prouvera pas pour autant que c’est bien moi qui la lui ai donnée la fessée à Christine hier…
– Elle a raison… Ça a parfaitement pu être quelqu’un d’autre… Ici ou ailleurs…
– Ce que vous êtes en train de me dire…
– C’est qu’il va falloir que t’y passes pour de bon avec elle, oui… Parce que tant qu’ils vous auront pas vues à l’œuvre ensemble toutes les deux… De leurs yeux vues… ils auront forcément un doute… Et ils vous ficheront pas la paix tant qu’ils l’auront pas levé…
– Mouais…
– Ça te poserait un problème ?
– Quoi ? Que tu me donnes une fessée ? C’est quelque chose que j’ai jamais vraiment envisagé… Mais après tout pourquoi pas ? Au point où j’en suis… Et puis si c’est le prix à payer pour qu’ils nous laissent tranquilles…
– Ça m’en a tout l’air…
– Dans ces conditions…



21 heures


– T’as vu ? Ça a pas perdu de temps… Comment ils se sont jetés sur Mélanie dès qu’on est arrivées…
– Ah, ben ça, fallait s’y attendre…



30 juillet 2012


– Alors ? Charles hier soir ?
– Ben, rien ! Rien… Pas la moindre allusion… Comme s’il s’était jamais rien passé… Qu’il s’était pas rendu compte que… Ce qu’il peut m’agacer quand il est comme ça… Que t’arrives pas à savoir ce qu’il pense… Ni ce qu’il sait ou ce qu’il sait pas… Ce qu’il croit ou ce qu’il croit pas… Je sais pas sur quel pied danser du coup… Il y a des moments j’ai l’impression qu’il l’a gobée mon histoire… Et puis d’autres qu’il fait semblant… Qu’il attend son heure pour me tomber dessus…
– Faut reconnaître qu’il y a quand même de quoi se poser des questions… Que n’importe qui, à sa place, s’en poserait… Bon, mais enfin, si Mélanie se débrouille bien – et, de ce côté-là, je lui fais entièrement confiance – dès cet après-midi il sera pleinement rassuré…
– J’espère… Parce qu’il me manque Jaufret… Tu peux pas savoir ce qu’il me manque… Et si je peux pas le revoir rapidement, je sens que je vais finir par faire une connerie…
– À ce point-là ?
– Tu peux pas savoir…
– Un peu quand même, si !
– Ah, oui, c’est vrai… Enzo…
– Enzo, oui… Je l’ai dans la peau d’une force !
– Dans quelle galère on est allées se fourrer toutes les deux…
– Ah, ça, tu peux le dire…



11 heures


Mélanie a enjambé le rebord de la baignoire… Fermé les yeux…
– Ah, ça fait du bien…
– Tu les as vus ?
– J’ai même déjeuné avec… Comme hier…
– Et alors ?
– Ben alors comment je les ai manœuvrés ! Mais ça ! Des mecs, c’est pas bien compliqué d’en faire ce que tu veux… Qu’est-ce qu’ils sont benêts au fond… Et tous, hein ! C’est jouissif dans un sens, mais dans l’autre qu’est-ce que c’est frustrant… T’aimerais quand même qu’il y ait du répondant… Un minimum de résistance…
– Tu leur as raconté quoi ?
– Ben qu’en fait j’en savais rien du tout de ce que vous faisiez l’après-midi… Parce qu’on se séparait… Moi, j’allais de mon côté retrouver un copain… Et vous, vous alliez du vôtre… Faire quoi ? Je savais ? Ah, ben ça ! Je vous surveillais pas, mais de la bronzette sûrement… Qu’est-ce que vous auriez bien pu faire d’autre ? Et elle était où cette plage ? Je savais ? Ben oui, je savais, oui… Parce qu’une fois – une seule – j’y étais allée avec vous… Et il y avait du monde sur cette plage ? Personne, non… Vous étiez toutes seules… Bon, mais c’était où ? Alors ça, tu penses bien que je me suis pas fait prier pour le leur expliquer… Et à tous les coups vous allez les avoir planqués au-dessus, cet après-midi, à vous épier… Vous aurez plus qu’à…
– Tu crois vraiment qu’il faut que je lui donne la fessée à Christine ?
– Oh, ben oui, attends ! Oui… On en a parlé dix mille fois hier… Il aura toujours le soupçon que ça ait pu être un mec sinon… Il voudra en avoir le cœur net… Alors si vous voulez avoir des chances qu’il vous foute la paix…
– Je sais, oui, mais bon…
– T’as pas l’air vraiment motivée…
– C’est pas ça, non…
– Ben, c’est quoi alors…
– C’est que j’ai peur…
– Peur ? Mais peur de quoi ?
– De moi… De trop aimer ça, la lui donner la fessée à Christine…



11 heures 45


– Allô, oui ?
– C’est moi, Enzo…
– Enzo ? Mais qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui se passe ?
– Rien… J’avais envie de te parler… D’entendre ta voix…
– C’est de la folie ! Je t’avais dit de pas appeler… Tu te rends compte si j’avais pas été toute seule ?
– Mais tu l’es… J’ai envie de toi… De te toucher… De te serrer dans mes bras… J’en peux plus…
– Moi non plus, Enzo… Moi non plus…
– Viens alors ! Cet après-midi… Je t’attends…
– Je peux pas… Tu sais bien…
– Mais quand alors ? Quand ?
– Bientôt… Je te dirai… On vient… Je raccroche… Ne rappelle pas… Je t’aime, Enzo…



15 heures


Christine s’est redressée sur un coude…
– Tu crois qu’ils sont déjà là-haut Gilles et Charles ? Qu’ils sont arrivés ?
– Oh, ça, sûrement… Tu penses bien qu’ils se sont précipités… Dès qu’on a été parties…
– Bon, ben ils doivent être rassurés… Il y a pas de mecs…
– Oui… Oui… Encore que…
– Que quoi ?
– Ben, je sais pas… Moi, à leur place, je me dirais qu’elle a très bien pu nous parler Mélanie… Nous prévenir qu’ils avaient essayé de lui tirer les vers du nez… Nous conseiller d’être prudentes…Qu’ils risquaient de nous tomber dessus… Et qu’on a pu prendre des dispositions en conséquence du coup…
– Tu crois qu’ils réfléchissent aussi loin ? Tu parles ! Je suis bien tranquille que de toute façon ça leur est même pas venu à l’idée que Mélanie ait pu se rendre compte de quoi que ce soit… Ils sont persuadés qu’ils l’ont manœuvrée comme des chefs…
– Et ce qui va complètement les tranquilliser, c’est quand je vais te donner la fessée tout-à-l’heure…
– Je sais pas… Je me demande si c’est pas complètement idiot tout compte fait…
– Tu te défiles ?
– C’est pas que je me défile, non… C’est que c’est pas si simple que ça en a l’air…
– Comment ça ?
– Ben, l’idée, c’est que Charles, s’il te voit m’en flanquer une, il va forcément en conclure que celle de l’autre jour, c’était toi aussi… Que donc il y a pas mec sous roche… Ça va le tranquilliser… Il ne va plus se préoccuper de ce que je peux bien fabriquer l’après-midi… Et j’aurai les coudées franches pour aller retrouver mon petit Jaufret…
– Ça paraît logique…
– Oui, ben on a tout faux…
– Comment ça ?
– Ce que je lui ai raconté à Gilles, l’autre soir, quand il s’est rendu compte que j’en avais pris une, c’est que j’avais TESTÉ avec toi… Pour voir ce qu’on ressentait… Avant de le laisser faire, lui…
– Oui… Et alors ?
– Ben alors si on recommence, ça change complètement de sens… Ça fait plus du tout la fille qu’a voulu tester, mais la fille qui y est accro au truc… Avec toutes les chances qu’elle recommence… Encore et encore…
– J’y avais pas pensé, mais ça se tient, oui…
– Et ils vont réagir comment à ton avis ?
– Charles, je sais pas trop… Mais Gilles, il est très voyeur…
– Eh ben voilà ! On va les avoir sans arrêt à l’affût… À se rincer l’œil… À espérer pouvoir le faire en tout cas… Si bien que fessée ou pas fessée on est de toute façon condamnées à être fliquées…
– C’est gai…
– Je peux faire une croix dessus Jaufret du coup… Et toi sur Enzo…
– Il doit bien y avoir une solution…
– La seule que je voie, c’est de jouer franc jeu…
– Hein ? Mais ça va pas !
– Non, mais pas complètement… Je suis pas idiote… Juste pour la fessée… On leur dit… On avoue… Ils vont forcément vouloir qu’on le fasse devant eux…
– Ah, ben ça !
– Pourquoi ils iraient perdre leur temps à nous surveiller du coup ? Il y a plus aucune espèce de raison… Et on aura à nouveau les coudées franches…
– Pas mal vu, oui ! Bien vu…



22 heures


– On se dit tout, Gilles, hein ?
– Ben, bien sûr…
– Alors faut que je te dise un truc… Mais tu vas pas te fâcher au moins ?
– Mais non ! C’est quoi ?
– C’est que… Oh la la ! C’est pas facile… C’est que…
– C’est que quoi ?
– Avec Christine des fois…
– Eh bien ?
– On se donne la fessée…
– Ah, oui ! Voyez-vous ça !
– C’est parce que… Comme Charles la tarabustait avec ça, qu’il arrêtait pas de lui demander, elle a voulu voir ce que ça faisait avant…
– Et elle y a pris goût…
– Un peu…
– Et toi aussi…
– Non… Enfin si ! Quand même…
– Et vous faites ça où ? À la plage l’après-midi ?
– Oh, non… Non… C’est bien trop dangereux… Il pourrait venir du monde… Non… Le matin, quand on a déjeuné, dans la grange, derrière le verger…
– Quelles petites cachotières vous faites ! Tu sais ce que ça mériterait ? Hein ? Tu sais ?
– Oui…
– Quoi ?
– Une bonne fessée…
– Que tu vas recevoir… Pas plus tard que tout de suite…



31 juillet 2012


– Excellent ! Très bien ton idée de la grange… Tant qu’ils s’imagineront que c’est là-bas que ça se passe, et le matin en plus, ils iront pas se préoccuper de ce qu’on peut bien fabriquer l’après-midi…
– Sauf qu’ils vont sûrement pas se contenter d’imaginer… À un moment ou à un autre va bien falloir que t’y passes…
– Je sais, oui…
– Le mieux… On y va ?
– Maintenant ?
– Ce sera fait…
– Ils vont venir, tu crois ?
– Tu parles s’ils vont venir… Pas besoin de t’en faire qu’ils sont en embuscade aux fenêtres des chambres là-haut… Et que dès qu’ils vont nous voir prendre le chemin de la grange ils vont se précipiter… Dans cinq minutes ils nous tombent dessus…
– Bon, ben allez !

– Comment ça me fait drôle !
– Et moi donc ! T’es prête ?
– Mais oui, je suis prête… Oui… Eh ben alors ! Vas-y ! Qu’est-ce t’attends ?
– Tu m’en voudras pas ?
– Mais non ! Bien sûr que non ! Allez, lance-toi ! On n’y arrivera jamais sinon…
Un premier coup… En surface… Léger… Hésitant… Un autre… Un troisième…
– Ça va ?
– Mais oui, ça va… Je suis pas en sucre… Tape, bordel ! Tape ! Fais pas semblant… Ça va pas être crédible sinon quand ils vont arriver…
Alors j’ai tapé… Avec allant… De plus en plus d’allant… Avec conviction… De plus en plus fort… De plus en plus vite… Elle a gémi… J’ai jeté un coup d’œil dehors…
– Mais qu’est-ce qu’ils font ?
– Continue ! T’arrête pas ! S’il te plaît, t’arrête pas !
Elle a crié… Sangloté… Encore crié…
– Mais t’arrête pas ! Je t’en supplie, t’arrête pas !

– Eh ben, dis donc !
– Ouche ! Hou la la ! Comment c’était bon !
– Mieux qu’avec Charles ?
– Ça ! Il y a pas de comparaison…
– Ils sont pas venus en attendant…
– Oui… C’est bizarre… Il y a quelque chose qui m’échappe, là…

Mélanie finissait de déjeuner toute seule sur la terrasse…
– Où ils sont ?
– Je sais pas…
– Et tu les as pas vus ?
– Si ! Mais ça fait un moment… Par là ils sont partis… Ils avaient l’air pressé…
– Par là ? Qu’on est connes, mais qu’on est connes ! Et dire qu’on n’y a pas pensé… Ni l’une ni l’autre… Parce que par là c’est la grange…
– Oui… Et alors ?
– Et alors il y a un espèce de grenier au-dessus… On y mettait le foin dans le temps… Et les lattes du plancher sont tellement disjointes – t’as des trous comme ça – que tu vois tout ce qui se passe en-dessous…
– Ah, ben d’accord ! Ils ont dû être sacrément à la noce, dis donc !
– Si vous m’expliquiez, là, les filles ? Je suis complètement larguée…
On n’a pas eu le temps… Parce qu’ils ont surgi à l’angle de la maison et que Charles a dit qu’il avait à lui parler à Christine…
– Tu viens ?
À moi aussi il avait à parler Gilles… Et il m’a emmenée dans la chambre… Enlacée… Poussée sur le lit… Son plaisir… Mon plaisir… Encore son plaisir… Encore mon plaisir…
On a repris notre souffle… Et nos esprits… Blottis l’un contre l’autre…
De l’autre côté de la cloison, Christine s’est envolée… Gilles a ri…
– Tu l’entends ? C’est de ta faute tout ça… Faut dire aussi que t’es vraiment très douée… Si, c’est vrai, hein ! Je te soupçonnais pas ces talents… Il va falloir les exploiter à fond…
– Comment ça ?
– J’ai ma petite idée… Tu sauras… Le moment venu… Mais dis-moi… Tu aimes lui faire, toi ?
– Oh, ben oui… Oui… Je lui ferais pas sinon…
– Tu adores… Ça se voyait… Tu étais toute transfigurée… Jamais je t’avais vue comme ça… Et elle ? C’est comment quand elle te le fait ?
– Je sais pas… Ça s’explique pas, ça… Ça se sent…
– Qu’est-ce tu préfères ? Que ce soit elle ou que ce soit toi ?
– Qui le fasse ? Oh, moi ! Moi !



13 heures 30


Mélanie savait pas trop comment me tourner ça…
– Je viens d’avoir Ludo au téléphone… Tu vas pas pouvoir le voir Enzo aujourd’hui…
– Ah, oui ? Qu’est-ce qui se passe ?
– Toujours la même chose… Son ex… Elle a encore pété les plombs… Elle lui a rayé sa voiture…Crevé les pneus… Rempli la piscine de produit vaisselle… Elle est complètement déchaînée… Alors le mieux, pour le moment, c’est que tu restes un maximum à l’écart de tout ça… Que vous preniez pas de risques tous les deux… Elle est à l’affût de tout ce qu’il fait… Et elle vous louperait pas… T’imagines si elle déboulait ici comme une furie et qu’elle déballait tout ? T’aurais bonne mine…
– Ça va peut-être te paraître bizarre, mais ça m’arrange dans un sens… Parce que j’étais en train de me tâter, là… Et de culpabiliser… Par rapport à Gilles si j’y allais… Et par rapport à Enzo si j’y allais pas… Il peut pas venir ? Ouf ! Ça me soulage… Sauf que c’est reculer pour mieux sauter… Je vais le retrouver le problème… Sous une forme ou sous une autre… Tôt ou tard… Non… Je suis allée m’embarquer dans une de ces histoires, là… Mais c’est tout moi, ça… À croire que les complications j’aime ça… Je l’envie Christine, tiens ! Ce qu’elle a à vivre avec son Jaufret, elle le vit dans l’instant… Sans se poser tant de questions… Moi, c’est plus fort que moi… Faut que je scrupulise à tout va… Que je coupe les cheveux en quatre… Bon, mais c’est pas tout ça… Je vais faire quoi de mon après-midi, moi, maintenant ?
– Vaudrait quand même mieux que tu viennes…
– À cause de Charles ? Et de Gilles ?
– Oui…Ça peut peut-être leur paraître bizarre que tu nous fasses faux bond comme ça d’un seul coup… Après tout le mal qu’on vient de se donner pour endormir leurs soupçons, ce serait quand même un peu idiot d’aller leur remettre la puce à l’oreille, non ?



15 heures


Il y avait Alexandre…
– Ah, oui, c’est vrai… Je t’avais pas dit…
Et Mélanie a aussitôt disparu dans les ajoncs avec Ludo… Christine-Jaufret, eux, dans le petit bois derrière… Il m’a souri…
– Toi non plus tu voulais pas rater ça ?
– Hein ? Mais non… Pas du tout… C’est pas ça… C’est que…
– Ça risque de valoir sacrément le coup… Surtout s’il y a des panpans-cucul… Et va y avoir… À gauche, c’est sûr… Il l’a dit Ludo… “Elle en veut ? Elle va en avoir…” On pourrait évidemment se dépêcher d’aller s’installer dans les fourrés, là, juste à côté… On serait aux premières loges et on profiterait du spectacle de A à Z… Sauf que si, pendant ce temps-là, ça démarre derrière, ça nous passera sous le nez… Ce qui serait dommage, avoue ! Parce que Christine, c’est Christine… Alors le mieux, c’est de rester là, aux aguets… Et dès qu’on entend que ça commence, d’un côté ou de l’autre, hop ! On se précipite… Non ? Tu crois pas ?
– Oh, moi, tu sais…
– Ça t’intéresse pas ? Oui, oh, alors là ça m’étonnerait… Ça intéresse tout le monde quand il y a une occasion comme ça qui se présente… Non, je le sais ce qu’il y a… C’est que t’es dégoûtée qu’Enzo soit pas venu… Et, du coup, t’as décidé qu’il y aurait rien qui t’intéresserait… Mais il y a pas qu’Enzo dans la vie, hein ! Surtout que…
– Que quoi ?
– Non… Rien…
– Mais si ! Dis !
– Il s’en dépêtrera jamais de sa Nathalie… Ça a toujours été comme ça eux deux… Je t’aime… Je te déteste… Ils se déchirent tout ce qu’ils savent, mais, à l’arrivée, ils peuvent pas se passer l’un de l’autre…
– Tu m’avais dit…
– Qu’il tenait à toi… Ben oui… Évidemment qu’il tient à toi… Comme à toutes celles qui t’ont précédée… Dont il a espéré se faire une planche de salut… Ça n’a servi à rien… Il en est toujours au même point… Et il les a déglinguées… Toutes… Alors moi, j’ai pas de conseils à te donner, mais, à ta place, je me tirerais de là-dedans vite fait… Histoire de pas y laisser trop de plumes… Bon, mais qu’est-ce qu’ils foutent ? Je vais jeter un œil quand même… Voir ce qui se passe… Tu viens pas ? T’es sûre ?

Il est presque aussitôt revenu…
– Je comprends pas tout, là… Parce que tu verrais son derrière à Christine… Il est dans un état ! Et on n’a rien entendu…
– Parce que ça date d’avant… De ce matin…
– Ah, ben d’accord… Et tu pouvais pas le dire ? C’est quoi qui s’est passé ? Attends ! Écoute ! Ça commence de l’autre côté… T’entends ? Oh, j’y vais, moi ! J’y vais…



1er Août 2012


– Christine ?
– Hein ? Quoi ?
– Ça va pas ? Depuis dix minutes qu’on est là t’as pas desserré une seule fois les dents… Et tu contemples ton bol de café au lait comme si t’en attendais la révélation…
– Oui… Non… Il y a un truc qui me tracasse… Un truc qu’il m’a dit Charles hier soir…
– Ah…
– Tu sais ce qu’il m’a sorti ? « Recevoir des fessées, c’est une chose… S’arranger pour qu’on voie qu’on en a reçu, c’en est une autre… » Et c’est tout… Il s’est tourné de l’autre côté et il s’est endormi… T’en penses quoi, toi ?
– Que c’est quand même bizarre…
– Je te le fais pas dire…
– Faudrait pas que…
– Que des trucs lui soient revenus aux oreilles ? J’ai bien peur que si ! Parce qu’il y a bien trop de monde qu’est au courant… Déjà il y a Ludo… Et cette histoire de paris avec Mélanie… Et puis cet Alexandre… Qu’on a tout le temps par les pieds… Qui me plaît pas vraiment…
– Et qui se contente pas d’être au courant… Qui se prive pas d’aller jeter un œil à l’occasion…
– Oui, ben ça ! Évidemment… Et il est sans doute pas le seul… Parce qu’ils parlent ces garçons… Ils racontent… Et il y en aurait d’autres à l’affût dans les fourrés que ça m’étonnerait même pas… Je suis peut-être particulièrement conne, mais ça m’a seulement pas effleuré l’esprit tout ça… Ou plutôt, si ! Mais c’est resté en arrière-fond… Parce que je voulais pas le savoir… J’étais sur mon petit nuage avec Jaufret… Il y avait plus rien d’autre qui comptait… Et pendant ce temps-là ça se répandait comme une traînée de poudre par tout le pays notre histoire… Tu m’étonnes que ça ait fini par lui revenir aux oreilles à Charles…
– Oui… Enfin… D’un autre côté le pire n’est jamais sûr… Si ça tombe, on est en train de se lancer dans toute une interprétation, là, et c’est tout-à-fait autre chose qu’il a voulu dire Charles…
– Je vois pas quoi…
– Parce que ça te vient pas à l’esprit… Moi, à ta place, je me prendrais pas la tête à l’avance… Tant que je sais pas au juste… D’autant que si Charles apprenait que tu le trompes, ça m’étonnerait qu’il se contente juste d’une réflexion comme ça avant de se tourner de l’autre côté et de dormir… Ça lui ressemble pas du tout, moi, j’trouve…
– T’as peut-être raison… Oui… T’as sûrement raison même…



10 heures

Mélanie nous a arrêtées sous la glycine…
– C’est où que vous allez ? Non, parce que si c’est à la grange, c’est pas la peine… Ils sont pas là Charles et Gilles… Ils sont partis…
– Partis ? Comment ça partis ? Partis où ?
– À Nice…
– À Nice ! Mais qu’est-ce qu’ils sont allés foutre à Nice ?
– Je sais pas… J’ai juste entendu ça… Que le mieux, c’était d’aller voir sur place… Et que c’était à Nice…
– Je préfère qu’ils soient partis par là…
– Ah, ça, oui… Moi aussi…
– Parce qu’on connaît rien ni personne là-bas, nous…
– Ce qui veut dire que ça n’a sûrement rien à voir avec nous…
– N’empêche que j’aimerais quand même bien savoir de quoi il retourne…
– Sûrement encore une de leurs histoires de notaires… Depuis le temps qu’il traîne cet héritage du cousin machin-chose…

Bon, mais qu’est-ce qu’on faisait ? On y montait quand même à la grange ?
– T’as envie, toi ?
C’était pas qu’elle avait pas envie Christine…
– Ah, non… Non… Au contraire… Mais j’ai déjà le derrière dans un de ces états…
– Ben, justement ! T’es plus à quelques claquées près…
Elle a soupiré… Souri…
– Faudrait pas que t’insistes… Non… Parce qu’avec Jaufret, c’est une chose… Avec Charles c’en est une autre… Mais avec toi ça me rend complètement folle ce truc… Sans arrêt j’y pense… J’ai qu’une envie, c’est que ça recommence…
Je l’ai prise par le bras…
– Bon, ben allez alors !
Mélanie nous a suivies…
– Je voudrais louper ça pour rien au monde…



14 heures


– Je l’ai eu au téléphone Charles… Je l’ai appelé…
– Et alors ?
– Normal il était… Comme d’habitude…
– Il t’a dit ce qu’ils faisaient à Nice ?
– Non… Juste qu’ils rentraient ce soir… Mais je suis un peu plus rassurée… Le ton de sa voix… Ses mots… S’il y avait eu quoi que ce soit… Non… Je suis soulagée… Bon, mais c’est pas tout ça… Je vais me préparer, moi ! J’en ai pour cinq minutes…
Mélanie l’a suivie des yeux…
– Qu’est-ce qui te fait rire ?
– Cinq minutes ! Tu parles ! Elle en a bien pour une demi-heure, oui… D’ailleurs rien que ça… Faut vraiment qu’il ait envie de s’apercevoir de rien son Charles… Parce que maquillée comme elle se maquille pour aller à la plage… Il y a plein de types à sa place… Mais non ! Lui, il se pose pas de questions… Bon, mais à part ça… Il se passe quoi, toi, avec Alexandre ?
– Avec Alexandre ? Mais rien du tout enfin ! Qu’est-ce tu veux qu’il se passe ?
– C’est pas ce qu’il raconte… D’après lui, ce serait quasiment dans la poche avec toi… Aujourd’hui… Demain au plus tard tu passes à la casserole…
– Oh, l’autre ! Non, mais ça va pas ! Il rêve, là…
– Ça m’étonnait bien un peu aussi… Te connaissant… Et puis il y a Enzo… Même si Enzo pour le moment…
– Oui, ben moi, en attendant, je remets pas les pieds là-bas… Alors là ! Tant qu’il y sera…
– Tu vas aller où cet après-midi alors ? Tu vas faire quoi ?
– Je sais pas… Me balader dans Toulon… Sûrement…
– Je viens avec toi… On discutera comme ça…
– Et Ludo ?
– Je vais l’appeler… Lui dire que j’ai un empêchement… Il en mourra pas de se passer de moi vingt-quatre heures…



15 heures 30


– On sera bien là…
En terrasse… Cernées par les lauriers-roses…
Elle a planté sa paille tout au fond de son sorbet… A longuement aspiré…
– Cette fessée que tu lui as flanquée à Christine ce matin ! Ah, comment ça y allait ! J’hallucinais complètement, moi !
– Ce qu’est complètement fou, c’est qu’il y a seulement huit jours elle voulait pas en entendre parler… Et maintenant c’est elle qui réclame… Ou c’est tout comme…
– N’empêche que, par-dessus l’autre, elle a dû le sentir passer… Et que ça va la brûler un sacré moment…
– Il y a des chances, oui…
– Elle t’en donne pas, elle… C’est toujours toi… Ça te tenterait pas l’inverse ?
– Si je sentais qu’elle a vraiment très envie de me le faire, sûrement, oui… Mais c’est pas le cas… C’est juste recevoir qui l’intéresse…
– En douce que ce que j’aimerais savoir, c’est à quoi elle pense quand tu lui fais… Quelles histoires elle s’invente… Peut-être qu’elle t’a piqué ton mec et que tu la punis pour ça… Ou d’autres trucs… Qu’on aurait même pas idée d’aller s’imaginer… À moins que ce soit à cause de Jaufret… Parce qu’elle trompe Charles avec… Qu’elle a besoin qu’on la fasse payer… Et que ce soit toi… Vu que toi, t’es au courant…
– Oui, oh… Elle donne pas vraiment l’impression d’avoir des tonnes de scrupules à le tromper Charles…
– Ben, justement… C’est souvent quand on donne pas l’impression que ça compte le plus… Parce que ça te bouffe à l’intérieur… T’en penses quoi, toi, de Christine avec Jaufret ?
– Qu’ils font ce qu’ils veulent… Et que je serais mal placée pour leur jeter la pierre…
– Non, mais pas là-dessus… On s’en fout de ça… Non… Ce que je crois, moi, c’est qu’elle est en train de s’attacher grave Christine… Et que ça va pas le faire… Parce que Jaufret il en a pas grand chose à foutre d’elle… Pour pas dire rien du tout…
– Tu crois ?
– C’est pas que je crois… C’est que je suis sûre… Les mecs, t’arrives à lire entre les lignes quand ça cause et que t’as l’habitude… Et faut pas rêver : on est des bons coups de vacances pour eux… Toutes autant qu’on est… Et rien de plus… Même si c’est de très bons coups vu qu’on se prend des fessées… Ça rajoute une bonne dose de piment… Mais au-delà de ça… Une fois qu’on sera parties… Enfin si ! Si ! Ils vont nous ménager… On aura peut-être droit à un petit coup de fil de temps en temps… Histoire de garder le contact… Pour pouvoir reprendre les choses, l’été prochain, là où ils les auront laissées… À condition qu’on soit pas trop chiantes… Pas trop collantes… Qu’on soit pas allées se faire tout un film… Bon, mais moi, cela étant, ça me gêne pas plus que ça… Ils se servent de moi… Je me sers d’eux… Un but partout… La balle au centre…
– Je vois pas du tout Enzo comme ça…
– Oh, mais Enzo ! Il est compliqué Enzo… Le jour où il saura vraiment ce qu’il veut, lui… Et ce qu’il est…



2 Août 2012


– Et alors ? Il te l’a dit Charles finalement ce qu’ils sont allés faire tous les deux à Nice hier ?
– Non… Rien… Pas un mot… J’ai eu beau lui tendre des perches… Il a éludé… Il a éludé tant qu’il a pu…
– Oui, ben moi, Gilles, pareil… Il savait que me répéter, sur tous les tons : « Si on te le demande, tu diras que t’en sais rien… »
– Ça n’a pas vraiment d’importance de toute façon… Je le connais par cœur Charles… Je lis dedans à livre ouvert… Et s’il y avait quoi que ce soit… Non… Par contre il y en a un qui commence à me courir sérieusement sur le haricot, c’est Ludo…
– Ah, oui ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
– Il s’est passé qu’il a fallu qu’il se pointe là-bas avec l’inévitable Alexandre et deux ou trois autres types… Alors qu’il savait pertinemment qu’elle serait pas là Mélanie… Elle l’avait prévenu… Et à quoi ils ont passé leur temps, à ton avis ?
– À se rincer l’œil, planqués dans les fourrés…
– Planqués ? Oui, oh, si on veut… On les voyait pas, non, mais on les entendait… Ça rigolait tout ce que ça savait… Oh, mais il va y avoir explication… Déjà Jaufret, de son côté, il va leur passer au cul… Et puis moi, attends que je la croque Mélanie…



10 heures


– Ah, oui ? Elle a dit ça ? Oh, mais si elle veut ! Moi aussi, je l’attends… Non, parce qu’elle est bien gentille Christine, mais quand tu baises dans la nature, faut bien que tu t’attendes à ce qu’à un moment ou à un autre, il y en ait qui te tombent dessus et qui profitent du spectacle… Tu vas à l’hôtel sinon… Elle a les moyens, non ? Et puis bon… C’est pas la première fois qu’il y en a à la mater, planqués dans les fourrés… Elle est pas idiote… Elle le sait pertinemment… Et, jusque là, ça la dérangeait pas plus que ça… Au contraire : ça l’émoustillait… Ce qui lui va plus maintenant, c’est qu’elle peut plus faire semblant de pas se rendre compte… Ils se manifestent… Elle est bien obligée de réagir… Bon, mais ça va s’arranger… Jaufret va lui parler à Ludo… Moi aussi… Ils vont lui jurer leurs grands dieux que ça se reproduira plus… Elle en croira pas un mot, mais les apparences seront sauves… Et tout pourra reprendre comme avant… À la satisfaction générale… Et surtout à la sienne… Parce qu’elle te prend un de ces pieds à leur exposer son petit derrière rougi… Même si c’est pas ce qui se fait de mieux dans le genre ces types… Ils savent pas apprécier… Ça se savoure un cul qui vient de ramasser… Ça se déguste… Mais eux ! Sortis des réflexions à la mords-moi-le-nœud… Non… Ils sont complètement à côté de la plaque… C’est comme quand il s’agit de t’en coller une… Je vois bien avec Ludo… À part taper… Ah, ça pour taper, il tape… Comme un sourd… Mais c’est tout… Il y a pas de contexte… Or, pour moi, c’est ça l’essentiel… Le contexte…
– Oui, oh, ben ça… T’es pas la seule…
– Qu’il y ait quelque chose… Que j’ai fait de mal… Qu’on m’a interdit, mais que j’ai fait quand même… Qu’on me menace… De me la donner devant quelqu’un… Qu’on me la fasse attendre… Que j’aie honte ! Mais honte ! Avant… Pendant… Après… Gabriel il savait… Jacques il sait… Sauf que Jacques…
– C’est vrai, ça… Il te la donne plus… Plus du tout… Comment ça se fait ?
– Ben, j’en sais rien… Du jour au lendemain ça lui est passé… Comme ça… Sans explication…
– Peut-être qu’il considère ton cas comme désespéré…
– Peut-être… Ou peut-être qu’il s’est rendu compte de quelque chose… Ou elle… Et qu’elle a voulu qu’il arrête… Et puis peut-être que c’est complètement une autre raison… À laquelle je pense pas… Mais enfin, résultat des courses, c’est que je suis en manque, moi ! Et pas qu’un peu… Je t’envie, toi, avec Gilles… Tu peux pas savoir comme je t’envie…
– Oui, oh…
– Non ? C’est pas ça qu’est ça ?
– Si ! Oh, si !
– Eh ben alors ?
– Alors je dois être un peu folle… Parce que tu sais ce que je voudrais des fois ? C’est qu’il découvre Gilles pour Enzo… Et qu’il me punisse à cause de ça… Parce que je l’ai trompé… Parce que je le trompe… Rien que d’y penser tu peux pas savoir ce que ça me fait…
– Dis-lui ! Passe aux aveux…
– Ce serait pas pareil… Il me prendrait pas en faute… Et c’est ça l’important… Qu’il me prenne en faute… Sur le fait… Quand je te dis que je suis folle…
– Et t’as pas peur que…
– Que quoi ? Qu’il veuille divorcer ? J’y pense… Oh, si ! Si ! Bien sûr que j’y pense… Même si j’y crois pas… Parce que ça lui ressemble pas… Mais j’y pense quand même… Et ça me terrorise… C’est pour ça : il y a une part de moi qu’en crève d’envie… Et l’autre que ça épouvante littéralement…
– Oui, oh, ben de toute façon, vu la façon dont ça tourne avec Enzo, c’est pas demain la veille que ça risque d’arriver…
– Il se fiche de moi, tu crois ?
– Oui, oh, alors ça ! Il le sait sûrement pas lui-même… Mais ce qu’il y a de sûr, c’est que t’en tireras rien… Et que si tu passes pas à autre chose…
– Tu sais que j’y ai pensé ?
– Et moi donc ! Parce que Ludo j’en ai vraiment fait le tour…



15 heures


– Bon… Et qui c’est qu’on attend ? Christine… Comme d’habitude…
– Elle va y retourner, tu crois ?
– Oh, ben oui… Oui… Il y a eu des tas de coups de téléphone tout-à-l’heure… Jaufret a dû lui jurer, la main sur le cœur, que ça se reproduirait plus… Qu’ils seraient tout seuls là-bas… Et comme elle avait très envie de faire semblant de le croire…
– Il y aura au moins toi… Avec Ludo…
– Non… Parce que, comme je te disais ce matin, Ludo, moi, maintenant, j’ai bien l’intention de prendre mes distances… Ce qui veut pas dire qu’il y sera pas… Avec Alexandre… Et les autres… Et tout ce petit monde-là va prendre profil bas… Et se la jouer discrète…
– Et nous deux ? On va faire quoi alors du coup ?
– On improvisera… Selon l’humeur du moment… Ou les circonstances…

Je les avais vus les deux types, là, à la terrasse du café ?
Bien sûr que je les avais vus… Ils étaient vieux…
– Oui… Non, mais c’est pas pour les draguer… Non… Le truc que j’aurais envie, ce serait que tu me menaces d’une fessée devant eux… Assez fort pour qu’ils entendent…
– S’il y a que ça pour te faire plaisir…
– J’aimerais bien, oui… J’aimerais vraiment…
– Eh bien allez alors…

On s’est assises… À la table juste à côté de la leur… On a commandé…
– Tu me fais la gueule ?
– T’as recommencé, Mélanie… T’as encore recommencé… Ça fait quatre fois…
– Je suis désolée…
– Oui, oh, c’est un peu facile, non, tu crois pas ?
– Je peux pas m’empêcher… C’est plus fort que moi…
– On peut toujours quand on veut… Bon, mais tu sais ce qui t’attend ?
– Ah, non ! Pas ça, hein ! Pas ça !
– Si ! Et celle-là je peux te dire que tu vas la sentir passer…
– Je le ferai plus… Je te promets…
– On sait ce qu’elles valent tes promesses… Non… Il y a que ça que tu comprends… Il y a que ça qui marche avec toi… Une bonne fessée déculottée… Et tu vas l’avoir… Je peux t’assurer que tu vas l’avoir… Et même… C’est tout de suite qu’on va aller le régler le problème… Viens !

– Ils réagissaient comment ? J’osais pas les regarder, moi !
– Géniale ! T’étais trop géniale… Toute penaude… Toute rougissante…
– Ben, attends ! Se faire menacer d’une fessée comme ça… Devant tout le monde… Mais alors, eux ?
– Ils en perdaient pas une miette… Avec un petit sourire en arrière-fond… Ah, ça doit y aller maintenant les commentaires…
– Ils y ont vraiment cru, tu penses ?
– Ah, ça… Vu ton attitude…
– Faut dire aussi… Comment ça faisait vrai… J’avais beau savoir… J’avais l’impression que tu m’engueulais pour de bon par moments…
– Je me suis prise au jeu, oui…
–Ils pensent que t’es en train de me le faire, j’parie…
– Ça, il y a toutes les chances…
– Et si ?
– Si quoi ?
– Ben…
– Si je t’en mettais vraiment une ? C’est ça ? Ce serait amplement mérité… Parce que aller perturber comme ça ces deux petits vieux qui demandaient rien à personne…
– C’est pas bien… Je sais, oui… Je mérite…
– Eh bien allez alors ! On rentre… Et direction la grange…

– Ouche ! Comment ça fait du bien…
– J’ai vu, oui !
– Je me demandais n’empêche… J’appréhendais… Parce que c’est la première fois que j’en reçois une par une femme…
– Et alors ?
– C’est complètement différent… T’as honte… Mais pas pareil qu’avec un homme… Plus dans un sens… Parce qu’elle te perce à jour une femme… Elle sait très exactement ce que tu ressens…
– Et c’est quoi que tu ressens ?
– Ah, non ! Tu vas pas m’obliger à le dire… En plus !



3 août 2012


Elle avait une de ces têtes Christine… Une tête de crevée…
– Je sais, oui… J’ai pas dormi de la nuit…
– Jaufret ?
– Ben oui, Jaufret… Oui… Je comprends pas… J’y comprends rien… Me faire faux bond comme ça, hier, sans prévenir…
– Il aura eu un empêchement…
– C’est pas une raison… On prévient… Il y a des téléphones, non ?
– Peut-être qu’il a pas pu…
– Tu parles ! On peut toujours quand on veut… On trouve toujours une solution… Non… Il y a quelque chose… Peut-être une autre nana… Ou bien alors, tout simplement, il en a marre de moi…
– T’en sais rien du tout… Attends de l’avoir revu… Que vous vous soyez expliqués…
– Je suis pourtant pas la fille chiante… Je lui demande rien… Jamais… Si encore je lui avais parlé de quitter Charles… De venir vivre avec lui… Des trucs dans le genre… Je comprendrais qu’il veuille se sauver en courant… Mais je suis pas complètement idiote… Au contraire… Je prends toujours soin de pas l’encombrer… De me faire aussi légère que possible… La seule chose… Je lui montre que je tiens à lui… Je lui dis… Ben oui… Oui… Je peux quand même pas faire celle qu’en a rien à battre… Qu’est-ce qu’il irait penser ?
– Tu te compliques beaucoup trop la vie…
– Il sera là cet après-midi ? Je veux qu’il soit là… À ton avis il sera là ?
– Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?



10 heures


– Il y sera pas, non…
Et elle a commencé à se déhabiller…
– T’es sûre ?
– Certaine… En Italie il est… Avec des copains… Et apparemment pour un bon moment…
– Ah, ben d’accord… Et Christine ? Il en a rien à fiche d’elle alors, c’est ça ?
– Même pas, non… Il vit le moment présent… Christine, il sait que de toute façon il la récupérera quand il voudra… Il aura juste à claquer des doigts… Alors pourquoi il se gênerait ?
Elle est sortie de son string… Qu’elle a abandonné sur le carrelage… A grimacé en se frottant les fesses…
– Ça te brûle toujours ?
– Un peu… Mais ce qu’il y a surtout, c’est que c’est tout endolori… Dès que je m’appuyais dessus cette nuit, j’te dis pas comment je dégustais…
– Fais voir ! Tourne-toi ! Ah, oui… Oui… Effectivement… Il y a des séquelles… Et des belles…
– Tu parles qu’il y a des séquelles ! Vu comment tu y es allée de bon cœur…
– Tu regrettes ?
– Ah, non ! Ça, non alors ! On recommence quand tu veux… Tu me fais une petite place avec toi dans la baignoire ?
Elle a escaladé… S’est laissée glisser… A pris appui, avec les pieds, de chaque côté, contre mes hanches…
– Ça fait du bien, hein ?
– Un peu que ça fait du bien… Tu crois qu’ils y seront ?
– Qui ça ?
– Nos deux petits vieux d’hier au café cet après-midi…
– Ça ! Mais on peut passer voir si tu veux… Et, au cas où, leur en rajouter une couche…
– J’aimerais bien, oui… Mais avant, faut que je te dise un truc… J’ai eu Ludo ce matin au téléphone… Et c’est pas impossible qu’on soit surveillées…
– Comment ça « surveillées » ?
– Il y avait un type qui rôdait hier à la crique… Ses copains se sont trouvés nez à nez avec…
– Un voyeur, sûrement… Tu parles que, depuis le temps, t’en as qu’ont dû repérer qu’il s’y passait des trucs, là…
– Oui… Sauf qu’il y a un des gars qui l’a reconnu… Il est formel : c’est un détective privé…
– Un détective privé !
– De Nice…
– Les salauds ! Non, mais les salauds ! Alors c’est ça qu’ils sont allés faire à Nice l’autre jour… Nous mettre des flics au cul… Des fois qu’on les trompe… Oui, ben ils vont en être pour leurs frais… Parce qu’Enzo… Quant à Christine, c’est un sacré coup de bol pour elle qu’il soit pas venu hier Jaufret alors finalement…
– Probable, oui… En attendant on sait à quoi s’en tenir… Dès qu’on met le nez dehors on est sous haute surveillance…
– C’est gai !
– Ça !
– Mais en même temps, maintenant qu’on sait – et qu’ils savent pas qu’on sait – qui c’est qui mène le jeu ? Super excitant ça peut être si on veut…



14 heures


Christine a soupiré…
– C’est de ma faute tout ça… Ben si ! Si ! J’aurais pas laissé Jaufret me flanquer une fessée, on aurait pas été obligées d’inventer toute une histoire à dormir debout pour faire passer la pilule à Charles…
– Reconnais que ça a quand même eu des bons côtés… Ça nous a fait découvrir des tas de choses dont on avait pas idée toutes les deux…
– Peut-être… Mais en attendant on est piégées…
– Oui, oh ! Pour le moment, question mecs, on court pas de bien gros risques… En ce qui me concerne, Enzo j’ai définitivement fait une croix dessus… Quant à Jaufret, si on en croit Mélanie…
– C’est peut-être pas ça qu’ils cherchent à savoir…
– Ah, oui ? Ben, ce serait quoi alors ?
– Tout simplement ce qu’on fabrique derrière leur dos… Si on continue à se la donner la fessée… Où ? Quand ? Comment ? Dans quelles conditions… Éventuellement avec qui… Parce que… Une fois on le leur a offert le spectacle… Une seule… Et depuis rien… Je suis sûre qu’ils se disent que c’est pas possible… Qu’on continue forcément… En cachette… Et ils se font des films… Ils nous imaginent dans des situations invraisemblables… Et très excitantes…
– Ils auraient un moyen simple de savoir à quoi s’en tenir pourtant…
– Ben oui, nos derrières… Évidemment… Un simple coup d’œil dessus et ils seraient fixés… Or, ils ne le font pas… Charles en tout cas, moi, il me le fait pas… Par moments, j’ai même l’impression qu’il évite soigneusement les situations qui le lui permettraient…
– Oui… Gilles exactement pareil… Comment ça s’explique à ton avis ?
– Ils ont mis des détectives sur le coup… Ils en attendent des révélations… Dont ils comptent bien ensuite tirer profit tout leur saoul… D’une façon ou d’une autre… Alors tu crois qu’il serait judicieux pour eux, en ce moment, d’aller mettre le nez sur l’état de nos derrières qu’ils supposent rougeoyants ? Ça nous refrénerait… Ça nous paralyserait… Ce serait complètement contre-productif…
– Ça se tient tout ça… Oui, ça se tient… Et on fait quoi, nous, alors du coup ?
– On réfléchit… Et on avise…



16 heures


Christine nous a laissées aux abords de la place…
– Tu vas faire quoi ?
– Les promener dans Toulon… Et je peux te dire qu’ils ont intérêt à avoir de bonnes jambes…
On l’a regardée s’éloigner…
Bon… Mais et nous ? On allait faire quoi, nous ?
– Ils y sont peut-être là-bas, au café, nos deux petits vieux…
– Tu parles qu’ils y sont… Et qu’ils nous espèrent de toutes leurs forces…

Ils y étaient…
– Il fait beau, hein, aujourd’hui ?
Ah, ça, oui… On était bien de leur avis… Pour faire beau, ça, il faisait beau…
On a eu droit à un feu nourri de banalités… Sur le climat qu’était en train de changer… Sur les touristes… Qu’étaient moins nombreux que d’habitude… Sur les jeunes qui voulaient plus rien faire aujourd’hui…
– Qu’il y a des fois je te leur botterais bien le derrière, moi…
Et puis, il y en a un des deux qui s’est bravement lancé…
– On a entendu hier…
Ah ! Et ils avaient entendu quoi ?
– Ben, que la jeune fille, là, elle posait des problèmes des fois…
– Oh, ça, vous pouvez le dire… Et plus souvent qu’à son tour…
– Vous lui avez pas fait quand même ? Ce que vous avez dit… Vous lui avez pas fait ?
– Bien sûr que si !
Ils ont échangé un long regard dubitatif…
– Mouais…
– Vous me croyez pas ? Venez si vous me croyez pas… Venez voir !
Je me suis levée…
– Allez ! Venez !
Ils ne se sont pas fait prier…
– Et toi, arrive !
– Oh, non ! S’il te plaît, non !
– Si ! Ça te servira de leçon… Allons ! Depêche !
Elle a suivi… En bougonnant et en traînant la jambe…
J’ai poussé tout ce petit monde sous une porte cochère…
– Baisse ton pantalon !
Elle nous a tourné le dos et l’a descendu, de mauvaise grâce, jusqu’à mi-fesses…
– Plus bas ! Encore !
J’ai tiré… Jusqu’au-dessus des genoux…
– Ah, oui ! Quand même !
Ils s’en sont repus… Avec une délectation manifeste…

– Trop génial cette idée que t’as eue ! Vraiment trop génial… Comment j’avais honte ! Comment c’était bon ! Ce que j’aurais aimé voir leurs têtes…
– Moi, ce que je me demande, c’est ce qu’il en a tiré comme conclusion s’il y a un détective qui nous a vus entrer là-dessous…



4 août 2012


– No comment… S’il te plaît, no comment… Je le sais que j’ai une tronche à faire peur…
– T’as surtout la tronche de quelqu’un qu’a beaucoup pleuré…
– Toute la nuit…
– Jaufret ?
– Ben oui, Jaufret… Oui… Jamais j’aurais dû l’appeler hier soir… Il a été odieux… Mais au moins, maintenant, les choses sont claires…
– Peut-être que t’es mal tombée… Que si tu le rappelles…
– Te fatigue pas ! Quand un mec te dit que t’as juste été bonne à lui vider les couilles… Qu’à part ça tu présentes pas le moindre intérêt…
– Quel salaud !
– Ah, ça, tu l’as dit…
– Tu vas faire quoi ?
– Qu’est-ce tu veux que je fasse ? Je vais chialer un bon coup… Et essayer de l’oublier…
– Non, mais je veux dire… Pour Charles… Il s’est rendu compte de rien cette nuit ?
– Oh, tu sais, lui, quand il dort, il dort… Et puis la nuit je l’ai surtout passée dans la salle de bains… Alors…
– Sauf que s’il te trouve dans cet état-là, quand il va descendre, il va forcément se poser des questions… Et t’en poser…
– J’inventerai quelque chose…
– Quoi ?
– Je trouverai bien…
– Tu prends des risques… Ou alors faut vraiment que ce soit très très plausible… Parce qu’un homme qui voit sa femme pleurer, il y a toutes les chances qu’il finisse par soupçonner que c’est pour un autre…
– Oui… Non… J’ai pas besoin de ça… En plus du reste… Je vais aller faire un tour… Et je reviendrai quand je serai à peu près présentable…
– Tu veux que je t’accompagne ?
– Non… Merci… Non… Je préfère digérer ça toute seule…



10 heures


– Ça devait arriver… Un jour ou l’autre… Mais quand même… Je le connais bien Jaufret… Pour qu’il se montre aussi mufle, il a vraiment fallu qu’elle y mette du sien Christine… Et pas qu’un peu… Bon, mais c’est pas nos oignons, ça, n’importe comment…
– J’espère pour elle qu’elle va réussir à se reprendre… Et vite… Parce qu’il est pas idiot Charles… Il aura vite fait de flairer qu’il y a anguille sous roche…
– Sans compter que tu risques bien de te ramasser une balle perdue… Parce que si Charles découvre le pot-aux-roses, Gilles aussi pourrait bien se mettre à se poser des questions… Vu que ça fait des semaines et des semaines que vous êtes fourrées toute la journée ensemble toutes les deux… De là à en conclure que…
– J’y avais pas pensé, mais…
– L’occasion de recevoir enfin la bonne fessée dont tu rêves pour l’avoir trompé de façon éhontée…
– Si j’étais sûre que ça se passe comme ça… Et qu’il se contente de ça… Seulement pour savoir comment il réagirait… Je le sens pas Gilles en ce moment… On s’était rapprochés ces derniers temps… Si, c’est vrai… On était à nouveau très complices… Et puis, d’un seul coup, il est redevenu exactement comme avant… Distant… Lointain… Et ça, c’est depuis cette histoire de fessée avec Christine… Il en parle pas, il le dit pas, mais je suis sûre qu’il m’en veut de tout ça…
– Et pourtant pas besoin de t’en faire qu’il y trouve son compte… Et pas qu’un peu…
– C’est peut-être ça qu’il veut me faire payer finalement, va savoir…
– À moins que ce qu’il supporte pas, c’est que toi t’y trouves le tien et qu’il y soit pour rien… Que ça se passe en-dehors de lui… C’est peut-être d’ailleurs pour ça les détectives privés… Tout simplement… Pour se réapproprier ce qui lui échappe… Ce qui leur échappe à tous les deux…
– J’en sais rien… Il est compliqué Gilles… Il a toujours été imprévisible… Mais alors en ce moment ça bat les records… Et ça me déstabilise complètement…
– Tu vas pas arrêter au moins ?
– Arrêter ? Les fessées ? Je crois pas que ça y changerait grand’chose… Le mal est fait… Et puis, de toute façon, maintenant que j’y ai goûté… Je pourrais pas… Ça me manquerait trop…
– Oui, ben moi, très égoïstement, ça m’arrange… Parce que t’as une de ces façons de la donner la fessée… Ça me fait complètement fondre…
– Ça se voit…
– Et d’ailleurs si c’était pas trop te demander…
– Tu voudrais qu’on remette ça…
– Voilà, oui…
– Là ? Tout de suite ? Par-dessus l’autre tu risques de le sentir sacrément passer…
– Ça fait rien… Au contraire… J’ai trop envie…



Midi


– Charles a dû se demander où j’étais passée, non ?
– Ah, ben ça… Mais on a assuré toutes les deux… On lui a raconté que t’étais partie à la recherche d’une pharmacie… Vu que tu t’étais réveillée avec une espèce de conjonctivite qui te faisait un mal de chien… Et que, dans la foulée, t’allais sans doute en profiter pour faire deux ou trois courses…
– Génial !
– Ça a l’air d’aller nettement mieux que ce matin en tout cas…
– Ah, pour ça, oui ! Je suis allée me changer les idées… Un bien fou ça m’a fait…
– T’es allée où ?
– En farfouillant sur Internet, l’autre nuit, j’ai vu qu’il y avait un club, dans le coin, où se retrouvent tous les passionnés de fessées… J’y suis passée…
– Ah, oui ? Et alors ?
– C’était fermé… Mais j’ai quand même vu la patronne… Trois amis à elle il y avait aussi… Deux hommes et une femme… Hyper sympas… Un bon moment on a discuté… Oh, mais je vais y retourner, ça, c’est sûr… Et pas plus tard que tout-à-l’heure… Ce sera ouvert cet après-midi… Vous voulez venir ?
– Ça se passe comment ?
– Oh, c’est tout simple… Un bracelet rouge pour ceux qui veulent en recevoir… Un vert pour ceux qui veulent en donner… Et un jaune pour ceux qui veulent seulement regarder… On peut rester masqué si on veut… Mais c’est quand même interdit de faire des photos…
– Oui, ben ça… Normal… Et tu peux refuser ? Si le type ou la fille, ils te plaisent pas ?
– On n’oblige personne à rien…
– Je crois bien que je vais me laisser tenter, moi !
– Et moi donc !



18 heures


– Ce délire ! Non, mais ce délire !
– Là, faut reconnaître… On a fait fort…
– Cette honte que tu m’as fait passer… Devant… Combien ils étaient ? Au moins une cinquantaine… Et sans me prévenir de ce que tu mijotais en plus !
– Ça aurait perdu tout son charme…
– Leur balancer, comme ça, que tu avais été obligée de me punir POUR DE VRAI et que j’allais leur montrer le résultat… Que ça faisait partie de la punition… Non, mais comment j’étais dans mes petits souliers…
– T’as pas aimé ?
– Tu parles que j’ai pas aimé… J’ai adoré, oui…
– Et eux donc ! Leurs têtes quand ils ont vu l’état de ton derrière ! Ils en revenaient pas…
– Faut dire que, quand tu flanques une fessée, toi, tu la flanques…
– Tant qu’à faire…
– Et là, en plus, deux coup sur coup ça faisait… L’une par-dessus l’autre… Et comme je marque que le diable…
– Ah, on a fait des heureux, ça, c’est sûr…
– Sans compter qu’après Christine a pas été mal non plus dans son genre…
– Tout ce temps qu’elle a mis pour choisir qui c’est qu’allait la lui donner…
– Scotchés ils étaient… On aurait entendu une mouche voler…
– Dès le début j’avais décidé… Dès que je l’ai vue… Ce serait cette nana et personne d’autre… Mais, d’un autre côté, comment c’était jouissif de les avoir tous, comme ça, en mon pouvoir… De les tenir à bout de bras… De sentir leur envie… De palper leur attente… Comment ça donnait envie de faire durer…
– Elle a assuré la fille apparemment… Vu comment t’as braillé…
– Je dois reconnaître… Un sacré bon moment j’ai passé…
– Oui… Ben ça, ça s’est vu…
– Heureusement qu’on était là finalement… Parce que sans nous…
– C’est vrai que les autres, c’était pas vraiment terrible…
– Ça se laissait regarder, mais bon…
– Ils feront peut-être mieux la prochaine fois…
– Peut-être, oui… Ben, sinon on reprendra les choses en main…
– On les reprendra de toute façon…
– Vous croyez qu’il y était le détective privé ?
– Ça, il y a toutes les chances… C’est même certain…
– Et donc…
– Ben donc, la prochaine fois nos chers maris seront dans la salle… Masqués…
– Je le reconnaîtrais entre mille mon bonhomme… Même masqué… Alors là…
– Ça, moi aussi…
– Ils prendront pas ce risque… Qu’est-ce vous pariez qu’ils iront se planquer dans les petites cabines au fond ?
– Ce qui leur coûtera la peau des fesses…
– Pour rien… On saura quand même qu’ils sont là…



5 août 2012


– Hou hou… Christine… Je suis là…
– Je le sais bien que t’es là…
– Eh ben, on dirait pas… Et ton café refroidit… En plus !
– Oui… Non… Excuse-moi ! C’est que je pense à des trucs…
– Quel genre de trucs ?
– À propos d’hier…
– De ta fessée ? Faut reconnaître… C’était quelque chose… Elle savait y faire la fille…
– Ah, ça, c’est sûr… Mais il y a pas que ça…
– Ah ! Et il y a quoi ?
– Il y a qu’on a discuté toutes les deux, elle et moi, cette nuit, sur Internet… Toute la nuit… Et que je sais plus où j’en suis… Ou plutôt, si ! Au contraire… Je le sais très bien… Je le sais enfin… Et va y avoir des décisions radicales à prendre…
– Quelles décisions ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
– J’ai mis du temps à le comprendre et ça va peut-être te surprendre, mais mon truc à moi, c’est les femmes finalement… Maintenant j’en suis sûre…
– Je vois… Elle t’a monté le bourrichon…
– Pas du tout, non… C’est pas ça…
– Bien sûr que si ! Elle t’a trouvé à son goût et elle t’embobine avec tout un tas de salades pour arriver à ses fins… C’est clair comme de l’eau de roche…
– Tu sais pas… Tu la connais pas…
– Toi non plus… Il suffit pas de discuter trois heures avec quelqu’un…
– Tu peux pas te rendre compte… Comme deux sœurs on est… Deux sœurs jumelles… Transparentes l’une à l’autre…
– Rien que ça !
– Jamais j’ai ressenti ça… Avec personne…
– Et c’est quoi alors ces grandes décisions dont tu parles ?
– Je veux être heureuse… Et si, pour ça, je dois rompre avec tout mon passé, je le ferai… Sans le moindre état d’âme…
– Réfléchis quand même ! Tu n’as plus quinze ans…



10 heures




Ça l’étonnait pas plus que ça Mélanie…
– Je l’ai toujours plus ou moins soupçonné… Elle s’en défendait trop de tout ça…
– Oui, mais enfin, si c’est pour foutre son couple en l’air sur un coup de tête…
– On sait pas… On peut pas savoir… Si c’est ce qui lui convient… Tiens, d’ailleurs, en parlant de couple justement…
– Eh bien ?
– Il est pas impossible que t’aies quelques problèmes, là…
– Comment ça ?
– Nathalie, la copine d’Enzo, elle a réussi à savoir que c’était avec toi qu’il la trompait…
– C’est fini Enzo… Depuis belle lurette…
– Ce qui l’empêche pas de te garder un chien de sa chienne…
– Elle va pas venir trouver Gilles au moins ? Tout lui déballer ?
– Elle en a parlé…
– Je nierai… Je nierai en bloc…
– C’est risqué… Elle peut produire des témoignages…Il y a beaucoup de monde au courant… Et même si elle le fait pas il aura toujours un doute…
– Je suis coincée, quoi !
– Pas forcément… Il y a peut-être une solution…
– Laquelle ?
– Je vais aller la trouver et lui proposer un marché… Elle te donne une fessée… Pour solde de tout compte… Gilles sera jamais au courant de rien…
– Elle voudra jamais…
– Oh, alors ça ! La connaissant… Si je m’y prends bien… Non… La seule chose, faut absolument pas qu’elle se doute que t’aimes ça en recevoir… Ça foutrait tout par terre… Mais bon ! Je devrais arriver à bien manœuvrer sur ce coup-là…
– Elle me la donnerait où ?
– Ben, sur les fesses, tiens ! C’te question !
– Non, mais je veux dire… L’endroit… Là où on était hier ? Devant tout le monde ?
– Elle devrait rien y trouver à redire…
– Et ce sera quand ? Aujourd’hui ?
– Le plus tôt sera le mieux… J’y vais… Je m’habille et j’y vais…



14 heures


– Alors ? Tu l’as vue cette fille ?
– J’en viens… Ça a été d’une facilité déconcertante… En même pas cinq minutes on était tombées d’accord… Elle jubile à la perspective de t’en flanquer une en fait… « La honte de sa vie je vais lui mettre… Et elle va pas pouvoir s’asseoir d’un moment… Ah, je vais lui apprendre, moi, à venir me piquer mon mec… » Elle va pas te louper, ça, c’est sûr…
– Oui, mais faudrait pas…
– Que quoi ?
– Qu’elle aille dire pourquoi elle me la flanque la fessée… Je tiens pas du tout à ce que tout le pays soit au courant…
– Elle non plus, attends ! Elle est pas idiote… T’aurais envie que tout le monde sache que t’es cocue, toi !
– Oui, hein ! D’autant qu’avec ces histoires de détective privé, il y a toutes les chances que Gilles soit là cet après-midi, planqué dans un coin…
– Non, non… T’inquiète pas ! Personne saura de quoi il retourne… En attendant c’est pain bénit tout ça pour toi finalement…
– Parce que ?
– Ben, toi qui fantasmes que ton mari te punisse pour l’avoir trompé, tu vas recevoir la fessée devant lui pour ça… Sans qu’il en sache rien… Elle est pas belle la vie ?
– On peut voir ça comme ça, oui…



18 heures


– Ben, en v’là une que t’as dû sentir passer !
– Non ! Tu crois ?
– En attendant, tu vois que t’avais tort de t’en faire… Elle a rien dit…
– T’appelles ça rien dire, toi ? Elle a pas arrêté…
– De te parler tout bas… J’ai vu ça, oui… Qu’est-ce qu’elle te racontait ?
– Tu dois bien te douter… J’en ai pris plein la tête…
– Personne pouvait entendre n’importe comment… Parce que même moi qu’étais tout près…
– C’est pire dans un sens… Parce qu’ils ont pu s’imaginer tout ce qu’ils voulaient les gens du coup…
– Ça leur sera vite passé d’idée, va ! Parce qu’avec le show que Christine leur a offert juste derrière…
– Oh, la, la, oui ! J’avais honte pour elle…
– Faut reconnaître qu’elle a fait fort… Qu’elles ont fait fort toutes les deux…
– Elles ont carrément joui, oui…
– Comment ils étaient médusés les gens…
– Faut se mettre à leur place… Deux tigresses déchaînées qui se donnent en spectacle comme ça…
– Ce que je me demande, c’est comment il a pu vivre ça Charles s’il était là…
– Il l’était…
– T’es sûre ?
– Certaine… Et elle le savait Christine…
– Je comprends pas tout, là…
– À mon avis, c’est une fuite en avant… Elle brûle ses vaisseaux…



19 heures


Gilles a refermé la porte… S’est appuyé contre le chambranle… M’a souri…
– Bon, allez, tu fais tes valises, ma chérie…
– Mes valises ? Mais pourquoi faire ?
– Ben, pour partir, tiens ! C’est la mode à ce qu’il paraît…
– La mode ? Qu’est-ce que tu me racontes ? Qu’est-ce qui se passe ? C’est quoi toute cette histoire ? Explique-moi enfin !
– Christine est partie… T’es pas au courant ?
– Partie ? Mais où ça ?
– Bonne question… Personne n’en sait rien… Par contre, avec une femme… Ça, tout le monde le sait…
– J’ai rien à voir là-dedans, moi ! Rien du tout…
– J’ai jamais prétendu le contraire… Encore que ça puisse se discuter… Mais bon… Allez, tu fais tes valises ?
– Qu’est-ce tu me reproches, Gilles ? Si t’as quelque chose à me reprocher…
– Mais rien du tout ! Je te reproche rien… C’est juste que j’ai envie qu’on passe quelques jours ensemble… Tous les deux… Rien que tous les deux… Non ? Ça te dit pas ?
– Si ! Bien sûr que ça me dit… Évidemment que ça me dit…
– On pourra parler comme ça… On a plein de choses à se dire…