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samedi 18 décembre 2010

Escobarines: La guêpe





Ce jour-là je portais un collant… Pourquoi un collant ?… Je ne me rappelle pas… Ce n’était pas dans mes habitudes et il faisait un temps – on était fin septembre – qui ne le justifiait absolument pas… Est-ce que Louis me l’avait demandé ?… J’en doute fort… Il n’éprouvait pas d’attrait marqué pour ce type de vêtement… Alors pourquoi ?… Le plus vraisemblable c’est qu’en m’habillant, le matin, j’avais trouvé mon tiroir à culottes vide et que j’avais pris ce qui me tombait sous la main…

Ce qui est sûr en tout cas, c’est que Louis était tout particulièrement en forme cet après-midi-là et qu’il m’avait infligé, pour mon plus grand bonheur, une fessée fort appuyée dont j’allais probablement garder trace longtemps… …

J’avais pris l’habitude, quand je redescendais de chez lui, d’aller longuement flâner par les rues. En général j’étais restée nue sous ma robe. L’air s’insinuait partout, me caressait voluptueusement et le frottement du tissu sur ma peau meurtrie l’agaçait délicieusement. A cela s’ajoutait que je croisais des gens, que j’effleurais des regards. Qui ne savaient pas. Qui ne se doutaient pas. C’était un enchantement. Intérieurement je jubilais…

Nue, c’était un délice, mais en collant ?… A ma grande surprise ce n’était pas si désagréable que ça finalement… Non, ce n’était pas désagréable du tout… Bien au contraire… Ca enfermait la fessée… Ca la concentrait… On aurait dit que ça luttait pour sortir, pour s’échapper… Que ça s’affolait de ne pas y parvenir… Les sensations s’en trouvaient incroyablement démultipliées…

Du coup j’ai voulu prolonger ma promenade… Des rues inconnues… Un quartier nouveau pour moi… Au loin des cris… Des appels… On jouait au foot… Des rouges contre des verts… Je me suis approchée, accoudée à la balustrade… J’ai regardé courir, tirer, transpirer… En bas ça me battait… Ca s’élançait… Ca irradiait… Derrière… Devant… S’ils avaient su !…

Il y en a d’abord eu une… Une guêpe. Que j’ai chassée, du revers de la main, du plus vite que j’ai pu… J’ai toujours eu, depuis toute petite, une peur panique – irraisonnée – des insectes volants. Elle est revenue, presque aussitôt, en compagnie d’une autre. J’ai battu l’air, mouliné. Je devais avoir l’air particulièrement idiote, mais personne ne semblait faire véritablement attention à moi. Elles se sont éloignées. Ont disparu…

Quelques instants de répit et elles sont repassées à l’attaque. En piqué cette fois. A trois. A quatre. Plus peut-être. Pas le temps de compter. Il y en a une qui s’est engouffrée sous ma jupe… Qui est venue buter, à l’aveugle, contre mes cuisses… Ah non !… Non !… Pas ça !… Non !… Je l’ai secouée, ma jupe, tant que j’ai pu, pour la faire sortir… Sans autre résultat que de l’affoler, que de la faire se jeter partout là-dessous en vrombissant tout ce qu’elle savait… J’ai brusquement réalisé : c’était la crème adoucissante que Louis avait absolument tenu à me passer sur les fesses qui les attirait… Mais alors ?!… Est-ce qu’elles allaient toutes ?… Prise de panique, ne sachant plus à quel saint me vouer, par réflexe, j’ai passé les deux pouces sous l’élastique du collant auquel j’ai imprimé un rapide mouvement de va-et-vient. Pour faire de l’air. Pour la chasser. Elle et toutes celles à venir. Qu’elles s’en aillent !… Mais qu’elles s’en aillent !… Mal m’en a pris : elle s’est glissée dans l’ouverture. Emprisonnée entre le collant et la peau, terrorisée, elle m’a piqué la fesse. Une fois. J’ai hurlé. Deux fois. J’ai baissé mon collant en catastrophe… Une troisième fois… Quand même… J’ai arraché ma jupe…

- Elle est partie ?…
- Non, elle est morte… Je l’ai écrasée…
- Oh, merci… Merci…
Mon sauveur, c’était le numéro huit vert qui avait volé à mon secours en m’entendant crier. D’autres aussi avaient accouru. M’entouraient maintenant. Presque tous. J’ai voulu remonter mon collant. Une main m’en a fermement empêchée. M’a emprisonné le poignet…
- Attendez !… Lulu arrive… Avec la trousse de secours… Il va vous soigner ça…
- Non… Non… C’est pas la peine… Ca va aller…
Il n’a pas lâché prise…
- Vous êtes folle ?… Et si vous faites une allergie ?… Vous savez ce que vous risquez si vous faites une allergie ?…
Il y en a un qui a cru bon de préciser…
- Elle en est morte ma sœur…
- Surtout trois fois… Trois fois vous avez été piquée… Et c’est vraiment pas beau…
- Ca, c’est le moins qu’on puisse dire… Ca enfle à une allure… Vous pouvez pas le voir, mais nous…
- Faudrait peut-être qu’on la suce ?!…
- Mais non, idiot !… C’est pour les vipères qu’on suce… Pas pour les guêpes…

L’homme à la trousse a surgi, s’est agenouillé à mes côtés…
- Ecartez-vous !… Laissez-la respirer… Tout le monde à dix mètres !… Sinon carton rouge… Et vous, allongez-vous !… Sur le ventre…
Il a pommadé en cercles concentriques réguliers. Doux. Apaisants… Il m’a chuchoté à l’oreille…
- Vous n’avez pas honte ?… Toute nue comme ça devant tous mes joueurs !…
- Mais si !… Mais non !… Mais c’est pas de ma faute… C’est parce que…
- Et la fessée ?… C’est pas de votre faute non plus ?…
J’ai voulu balbutier quelque chose… J’ai bredouillé… Bafouillé… Me suis tue…
- Vous mériteriez que je vous en mette une autre pour la peine… Devant eux tous… C’est peut-être ce que je vais faire d’ailleurs… Oui… Sûrement…

Escobarines: Sortie nocturne





- Vous vous étonnerez pas, hein, les filles, si vous vous réveillez cette nuit, de pas me trouver dans le lit…
- Tu seras où ?…
- Vous direz rien ?… C’est vrai ?… C’est promis ?… Je vais… J’ai un rendez-vous…
- Un rendez-vous !… Avec qui ?… Un homme ?…
- Evidemment un homme !… Ca !…
- T’es folle !… T’es complètement folle !…
- Oh, mais non !… Je le connais… C’est quelqu’un de bien… De très bien… Et puis il a de ces yeux !…
- Tu le connais !… Et d’où ça tu le connais ?…
- On a voyagé ensemble l’autre jour… Quand je suis allée à Saint-Germain…
- Et t’appelles ça le connaître !…
- Oh ben oui !… Oui… Tout l’après-midi on a parlé… Et il veut qu’on continue… Tout à l’heure…
- En pleine nuit !… Et où ça, s’il te plaît ?…
- Derrière l’église… Là où il y a des bancs…
- Et tu vas y aller ?…
- Il vient exprès pour me voir… Pour qu’on parle… Je peux pas lui faire ça… C’est peut-être l’homme de ma vie en plus… Sûrement même… Oui… Je le sens que c’est lui…
- Non, mais est-ce que tu te rends compte ?…
- De quoi ?
- Qu’un homme, c’est un homme… Et que ça a qu’une seule chose en tête… Toujours… Et que c’est prêt à tout pour arriver à ses fins… Et qu’après, une fois qu’il a eu ce qu’il voulait…
- Pas lui !…
- Tu parles !… Non… Décidément tu te rends pas compte…
- Si, je me rends compte, si !… Je me rends compte que vous le connaissez pas… Et que vous en crevez de jalousie de pas être à ma place…
- Tu fais ce que tu veux… T’es assez grande… Mais après tu viendras pas te plaindre…

- Quelle heure il est ?
- Trois heures…
- Et l’autre qu’est pas rentrée… S’il lui était arrivé quelque chose…
- Qu’est-ce tu veux qu’il lui soit arrivé ?… A part ce qu’elle crevait d’envie qu’il lui arrive…
- On sait jamais…
- Mais non !… Elle y a pris goût, c’est tout !… Elle en redemande…

- Et maintenant ?
- Quoi ?… « Et maintenant ?… »
- Il est quelle heure ?
- Quatre… Oh, mais laisse-moi dormir, écoute !
- Oui, mais si…
- On verra ça demain…

- Vous dormez ?… C’est pas normal… Cinq heures il va être… Elle sait bien que les deux autres elles vont pas tarder à se lever et qu’une fois qu’elles seront levées pour réussir à rentrer sans se faire voir…
- C’est pas normal, c’est vrai !…
- J’ai un mauvais pressentiment…
- Moi aussi…
- Un type on sait jamais ce qui peut lui passer par la tête…
- T’imagines qu’il ait voulu se débarrasser d’elle après ?…
- Dis pas ça !… Rien que d’y penser !…
- Ou qu’il l’ait embarquée pour aller faire le trottoir quelque part !…
- Faut prévenir !… Avant qu’il soit trop tard… Avant qu’ils soient trop loin… Faut absolument prévenir… Qui c’est qui y va ?…
- Toi, Alice, t’expliques toujours mieux…

- Bon alors !… Ces demoiselles !… Ah, vous pouvez être fières de vous !… Vous pouvez !… Parce que… vous savez l’une de vos camarades prête à se laisser engloutir dans les abîmes du péché… Et qu’est-ce que vous faites ?… Rien… Vous la laissez accomplir son forfait… Pire : vous la couvrez… Vous faites mine de ne découvrir son absence qu’au petit matin quand tout est consommé. Ou que, du moins, vous supposez que tout l’est… Heureusement qu’il y a, dans ce pays, des âmes vertueuses prêtes à ramener, aussitôt que nécessaire, les brebis égarées dans le droit chemin… Votre camarade n’avait pas fait trente pas dehors qu’on nous avait prévenues et que le pire a ainsi pu être évité… Il va sans dire qu’avec l’accord de ses parents ont été prises à son égard les dispositions qui s’imposaient… Vous ne la reverrez pas… Et ne cherchez pas à savoir où elle a été envoyée… Ce serait inutile… Il reste que votre comportement à vous est inqualifiable… Et qu’il va sans dire que vous allez être sanctionnées… Sur le champ… De la façon que vous savez… Allons, Mesdemoiselles, mettez-vous en position…

Escobarines: Enfin seuls





- Martial ?!… Tu sais quoi ?… Ils seront pas là samedi… Ils partent… Ils vont à un mariage… On aura toute la maison à nous… Toute la journée à nous… On va pouvoir faire ce qu’on voulait… Depuis le temps !…
- Alors là !… Là !… Je peux te dire que tu vas y attraper… Et quelque chose de bien…

Mes parents nous hébergeaient. Le temps qu’on retrouve du travail. Du travail et un toit. C’était très gentil de leur part, tout se passait le mieux possible, mais… mais il faut reconnaître que pour notre vie de couple ce n’était pas vraiment l’idéal : notre chambre jouxtait la leur et il nous fallait systématiquement « la mettre en sourdine »… A 23 ans c’était terriblement frustrant. Quant aux petits jeux dont nous rêvions nous devions, pour le moment, nous contenter d’en parler… Alors… Alors une véritable bénédiction ce mariage !…

J’ai investi le séjour… Le grand canapé en cuir du séjour…
- Qu’est-ce tu fais ?…
- Ca se voit pas ?… Je bouquine…
- Comme ça ?… A poil ?…
- Je suis pas à poil… J’ai des bas…
- Fiche-toi bien de moi en plus !…
- Oh, mais quoi ?!… Personne peut me voir… Il y a pas de vis-à-vis… Alors à moins que quelqu’un soit grimpé dans les arbres…
- Tu vas me faire le plaisir d’aller immédiatement passer une culotte… Au moins une culotte…
- T’es pas mon père que je sache…
- Je suis pas ton père, non… Mais tu vas quand même y aller…
- T’as qu’à y croire !… Sûrement pas !… Alors là !…
- C’est ce qu’on va voir !…
- C’est tout vu…
- Fais attention, Pascaline !… Fais bien attention !… Parce que tu pourrais bien t’en ramasser une…
- Et puis quoi encore ?!…
- Tu l’auras voulu…

- Comment t’as tapé fort !…
- C’est bien comme ça que tu aimes, non ?…
- Oui… Oh, oui… C’est très rouge ?…
- Impressionnant !…
- Je vais aller voir… Mais dis, t’as rien entendu ?…
- Entendu ?… Non… Entendu quoi ?…
- Comme quelqu’un qui respirait fort dans le couloir pendant que tu me la mettais la fessée…
- Tu te l’es imaginé… De toute façon c’est pas possible… J’ai fermé au verrou en bas… Pour qu’on soit tranquilles… Dis-moi plutôt… Ca t’a plu comme on a fait ?…
- Oh, oui !… T’avais tellement l’air de l’être vraiment en colère… Et puis être punie comme ça… pour ça… c’est exactement ce qui, moi, me… Mais tu le sais bien…
- Tu vas où ?…
- A la salle de bains… Me voir dans la glace…
- Attends !… Attends !… T’iras bien tout à l’heure… Parce que avant… Avant…

- Comment t’étais déchaîné !…
- Et toi donc !… Ah, ça t’avait mise en appétit on peut pas dire… Comment t’as crié !… C’est la première fois que je t’entends crier comme ça…
- On recommencera, hein !?…
- Dès que tes parents nous laisseront à nouveau le champ libre…
- Oh, mais bientôt on sera chez nous, tu verras… Et alors là !… Là… Bon… Mais je fais un saut jusque là-bas… J’ai trop envie de voir ce que ça donne…

- Ben qu’est-ce qu’il y a ?… T’en fais une tête !…
- Il y a qu’il y a le père Sellier, le voisin, dans la salle de bains… Et qu’il a tout entendu… Forcément… Et qu’il m’a vue… Qu’il a vu dans quel état j’avais le derrière…
- Hein ?… Mais qu’est-ce qu’il fabrique dans la salle de bains ?…
- J’en sais rien ce qu’il fabrique dans la salle de bains… Je me suis pas attardée à lui poser des questions…

- C’est votre beau-père qui m’a demandé de venir voir son chauffe-eau… « - Je vous laisse la clef, monsieur Sellier… On sera pas là… Et probablement les enfants non plus… » Ah, ces chauffe-eau !… Ils ont tous le même problème cette marque-là !… Tous !… C’est la résistance… Elle tient pas… Vous lui direz… Je la lui changerai si il veut… Mais pour le moment je peux pas y faire grand chose…

- Il est parti au moins ?…
- Il est parti, oui…
- J’avais raison… Il était dans le couloir… Comment ça craint !…
- D’autant qu’il est vitré le haut de la porte et qu’en se haussant sur la pointe des pieds…
- Ho la la…
- Tu savais qu’il allait venir, avoue !…
- Hein ?!… Mais ça va pas !… Jamais de la vie… Tu penses bien que si j’avais su…
- Si, tu savais !… Si !… Ca mériterait…
- Une fessée… Oui, mais alors… On attend qu’il revienne poser la résistance…
Et on a éclaté tous les deux d’un interminable fou rire…

Escobarines: Petites culottes





- Pour trois pommes à moitié pourries faut pas exagérer !…
- Oui, mais n’empêche qu’on était chez elle… On n’avait pas le droit…
- C’était pas une raison… C’était quand même pas une raison pour nous mettre une fessée…
- Et pour nous obliger à aller accrocher nos culottes dans l’arbre avant…
- T’as bien entendu ce qu’elle a dit… C’est pour faire un exemple… Que les autres aussi ça leur en fasse passer l’envie…
- Faut reconnaître qu’elle doit en avoir marre à force qu’on vienne sans arrêt lui piquer quelque chose… Une fois c’est les cerises… Une fois c’est les pêches… Une fois c’est les poires… Une fois c’est les pommes… Après ce sera les noix… Et puis les châtaignes…
- Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ?… On peut pas rentrer comme ça…
- Jusqu’au château d’eau encore ça irait… C’est rare qu’il y ait quelqu’un… Mais c’est après… Dans les rues… C’est presque sûr qu’il y en a qui vont s’en apercevoir qu’on est à poil sous nos robes et qu’on s’en est ramassé une…
- Si on en avait pas mis d’aussi courtes aussi !… Et comme par un fait exprès aujourd’hui…
- Il fait tellement beau…
- Peut-être qu’en tirant bien dessus…
- C’est le meilleur moyen d’attirer l’attention…
- Non… Faut qu’on aille les récupérer nos culottes… Il y a pas d’autre solution…
- Oui, mais elle doit attendre que ça l’autre !… Qu’est-ce que vous pariez qu’elle rôde dans les alentours en se disant qu’on va forcément revenir les chercher ?… Et qu’elle va nous retomber dessus…
- On n’est pas obligées d’y aller tout de suite non plus… On n’a qu’à rester cachées là pour le moment… Dans une heure ou deux elle se sera lassée… On retournera là-bas…

- C’est quoi ça, là, dans l’arbre ?…
- Des culottes on dirait !… Oui… Des culottes de nanas…
- Qu’est-ce qu’elles font là ?…
- Peut-être que c’est pour faire fuir les petits oiseaux ?…
- Ou pour les attirer plutôt…
- Non, sans déconner… Qu’est-ce que ça peut bien fabriquer là ?…
- Sûrement des filles qui sont allées se baigner avec dans l’étang là-bas derrière et qui les ont mises à sécher là…
- Elles le sont sèches…
- Alors elles vont sûrement pas tarder à venir les reprendre…
- On leur pique ?…
- Chiche !…
- Oui… Et si elles veulent les ravoir va falloir qu’elles négocient…
- Et ça va leur coûter cher… Très cher…
- Bon, allez !… On se planque en attendant…

- Elles sont plus là !… Nos culottes !… Elles sont plus là…
- Ben nous v’là bien !… Comment on va faire ?…
- C’est elle !… Je suis sûre que c’est elle… Quand elle a vu qu’on revenait pas elle les a embarquées… Pour qu’on soit obligées de rentrer comme ça et qu’on ait la honte…

- C’est ça que vous cherchez ?…
En faisant de grands moulinets avec…
- Oh non !… C’est pas vrai… Manquait plus que ça…
- Hein ?… C’est ça ?…
A grandes enjambées vers elles…
- C’est qui ces types ?… Vous les connaissez ?…
- Moi, de vue… C’est des vacanciers… Ils louent un gîte par là-haut…
- Ben alors !… C’est à vous ou c’est pas à vous ?…
C’était, oui…
- Et vous voulez qu’on vous les rende ?…
Evidemment qu’elles voulaient !… Cette question !…
- Et vous nous donnez quoi en échange ?…
- Hein ?!… Mais rien du tout !… Ca va pas, non !…
- Bon, ben on les garde alors… Ca nous fera un souvenir… Et tant pis pour vous !… Parce que, entre nous, vous êtes pas vraiment présentables comme ça et vous avez beau essayer de le cacher comme vous pouvez on voit quand même ce qui vous est arrivé…
- Et il y a pas longtemps en plus… C’est tout le monde qui va s’en apercevoir si on vous les rend pas vos culottes…
- Bon, mais c’est quoi que vous voulez ?…
- Rien… Juste discuter…
- C’est tout ?…
- C’est tout, oui… Mais alors assises… Toutes les trois… Bien en face de nous… Avec défense d’allonger les jambes…
- Oui, ben alors là sûrement pas !…
- Bon, ben tant pis !… Salut !…
- Attendez !… Attendez !… Faut d’abord qu’on parle toutes les trois… Qu’on décide ensemble…

Elles sont revenues vers eux…
- Bon, d’accord !… Mais alors pas longtemps, hein !… Juste un peu…
- Ca on verra… Installez-vous !… On va parler fessée…

Escobarines: Heures supplémentaires





Elle allait jouer son va-tout… Oui… Elle allait le jouer… Ce soir… C’était un excellent prétexte ce dossier… Le meilleur des prétextes… Il avait pris un tel retard…

Ce n’est qu’une longue demi-heure plus tard qu’il a enfin passé la tête par l’entrebaîllement de la porte…
- Vous êtes encore là, Chloé ?… Qu’est-ce que vous faites ?…
- J’en termine avec l’affaire Caron… Depuis le temps que ça traîne…
Il s’est approché, s’est penché par-dessus son épaule…
- Ca a déjà tellement attendu que ça peut bien attendre encore un peu… Vous avez certainement beaucoup mieux à faire…
- Oui, oh…
- Votre mari doit se languir de vous…
- Après vingt ans de vie commune, vous savez…
- Ne me dites pas qu’il s’est lassé… Une belle femme comme vous…
- Je sais pas si je suis belle… Mais ce que je sais en tout cas c’est qu’il me préfère – et de très loin – le tennis et les modèles réduits…
- Mais c’est un crime !… Un véritable crime…
Son souffle dans son cou… Tout près…
- Si j’avais une femme comme vous, moi !…
- Eh bien ?… Vous feriez quoi ?…
- Je ne lui laisserais pas un seul moment de répit…
- Que vous dites… Et au bout de huit jours…
- Certainement pas, non…
Ses lèvres ont effleuré ses cheveux. Elle n’a pas protesté. Elle n’a rien dit. Elle a frémi… Elles sont descendues se poser sur sa nuque… Y sont restées…

- Ces seins !… Non, mais ces seins !… A se mettre à genoux devant…
Et il l’a fait. Il a élevé les mains vers eux, les a délicatement posés sur ses paumes, les y a laissés…
- Vous devriez avoir honte…
- Honte ?!…
- Honte, oui !… De les garder aussi égoïstement pour vous… Alors que des décolletés profonds, des chemisiers transparents, des pulls savamment moulants ensoleilleraient les bureaux… Vous mériteriez d’être punie pour nous en avoir aussi longtemps privés…
- Punie ?… Comment ça « punie » ?…
- Devinez !…
- J’en sais rien, moi !…
- Menteuse !…

- Venez !…
- Où ça ?…
- Vous verrez bien… Venez…
Dans le petit renfoncement près de la photocopieuse…
Il y a eu sa respiration dans son cou. Il y a eu son désir pressé contre elle…
- Dites-moi, Chloé… Pourquoi vous êtes restée ce soir ?…
- Pour finir le dossier Caron…
- La vérité… Dites-moi la vérité… Sinon…
- Non, mais c’est ça, hein !…
- Vous allez être punie… Vous tenez vraiment à être punie ?…
- Oui…
Dans un souffle…
- Alors…
Ses mains se sont posées, de chaque côté, sur ses hanches. S’y sont attardées. Il a lentement – très lentement – fait glisser. Descendu jusqu’à mi-cuisses…
- Dites-moi, Chloé, pourquoi vous êtes restée ce soir ?…
- Pour finir le dossier Caron…
Une claque sèche. Sonore. A laquelle elle ne s’attendait pas…
- Aïe !…
Sa main sur sa fesse. Là où elle avait tapé. En caresse lente…
- Pourquoi ?
Elle n’a pas répondu. Une dizaine, vigoureusement lancées à toute allure les unes derrière les autres.
- Alors ?…
Quatre ou cinq. Encore plus fort…
- Vous me faites mal…
- Je sais… Je veux la vérité…
- Le dossier…
Une avalanche. Une grêle. Un tsunami de claques…
- Pourquoi ?
- Parce que j’avais envie… Envie de vous…
Il a insinué un doigt dans le sillon entre les fesses. C’est descendu. Descendu encore. Ca a marqué un temps d’arrêt. Semblé vouloir séjourner là. Ca a hésité. C’est reparti. Remonté de l’autre côté. Remonté encore…

Escobarines: Tout est perdu fors l'honneur





- Les nouvelles ne sont pas bonnes, Madame…
- C’est-à-dire ?… Parle, Guillaume, je te l’ordonne !…
- Elles sont même très mauvaises…
- Monseigneur ?…
- Capturé…
- Notre fils ?…
- Egalement…
- Dieu soit loué : ils sont néanmoins sains et saufs… Nos troupes ?…
- Défaites… Avant ce soir l’ennemi sera ici… Si j’ai un conseil à donner à Madame…
- Fuir ?… Jamais…

- La ville est entre leurs mains, Madame…
- J’y vais… Ma place est là-bas…
- Vous n’y songez pas… On tue… On pille… On saccage… On viole…
- Je m’interposerai… Je supplierai… Je convaincrai…
- Ce serait pure folie… Vous exposeriez inconsidérément votre vie…
- Peu m’importe désormais…
- Vous ne sortiriez de toute façon pas du château… Il est cerné de toute part…

- Faites entrer…
- Mon maître prie Madame d’accepter ses plus fervents hommages…
- Laissons cela… Sont-ils bien traités ?…
- Le prince est gentilhomme…
- Quelles sont ses intentions ?…
- Malgré le serment qu’il avait prêté Monseigneur s’est une nouvelle fois dressé contre lui…
- Les engagements que le prince avait pris de son côté n’ont pas été tenus… Il était légitime que Monseigneur se sentît dès lors délié des siens…
- Décision à laquelle Madame, à ce qu’il paraît, n’est pas tout à fait étrangère…
- En effet… Il y allait également de l’intérêt de ma lignée…
- Le courroux du prince est à la mesure des espoirs qu’il avait placés en lui… Et en vous…
- Que va-t-il advenir d’eux ?
- Il n’a pas encore été statué sur leur sort… Quant à vous, Madame…
- Quant à moi ?…
- Le rôle que vous avez cru bon de jouer auprès de Monseigneur a considérablement desservi les intérêts du prince… Il estime donc nécessaire que vous soit réservé un châtiment de la nature duquel vous serez informée au moment opportun…
- Je ne suis pas en état de m’opposer, de quelque façon que ce soit, aux décisions de votre maître…

- Tu as pu les voir, Guillaume ?…
- Hélas non, Madame… On les a emmenés…
- Où ?…
- Je l’ignore… Tout le monde l’ignore…

- Où sont-ils, Monsieur ?… Dites-le moi !… Je vous en conjure…
- Que Madame me pardonne, mais c’est impossible… Que Madame sache seulement qu’ils vont bien et que leur vie n’est pas – et ne sera pas – mise en danger…
- Grâces en soient rendues à votre maître…
- Qui m’a chargé de faire savoir à Madame que, dans sa grande mansuétude, il se contenterait, pour cette fois, de lui faire appliquer les verges…

- Je sais, Guillaume, je sais… Et je sais qu’il n’est pas homme à se laisser fléchir… Avec l’aide de Dieu je supporterai courageusement cette épreuve…
- Vous ne savez pas tout…
- Qu’y a-t-il que je ne sache pas ?… Parle !…
- La sentence sera exécutée demain…
- Demain ou un autre jour qu’importe…
- Elle le sera… sur les remparts du château… Au vu et au su de tous…
- Le monstre…
- On viendra vous chercher pendant votre toilette et on vous mènera par les rues dans la tenue où vous y procédez…
- Rien, décidément, ne m’aura été épargné…

- Madame…
- Oui, Fanchon…
- On monte, Madame…
- Je l’entends… Tout comme toi…
- Ce sont des hommes en armes…
- Qui ont des ordres… Ils viennent me chercher… Laisse-les entrer…

Escobarines: Fessée londonienne





- Autant vous dire franchement les choses : tant que vous n’aurez pas sensiblement amélioré votre anglais, vous aurez du mal – beaucoup de mal – à trouver un poste qui soit en rapport avec vos compétences… En ce qui nous concerne en tout cas c’est non…
Encore !… A chaque fois… Mon anglais… C’était là que le bât blessait… Je le savais… Il me fallait prendre le taureau par les cornes une bonne fois pour toutes… Et donc direction Londres…Pour quelques mois… Londres où une famille – les Johnson – consentait à m’héberger en échange de menus travaux domestiques… Et anglais… Anglais intensif…

Anglais ?… Pas avec Mr Johnson en tout cas qui avalait ses repas en lisant son journal sans jamais adresser la parole à qui que ce soit… Ni avec Edouard, le fils, absorbé dans la contemplation permanente de quelque chose à l’intérieur de lui-même… Avec Mrs Johnson non plus : elle se contentait de s’assurer que je comprenais les ordres qu’elle me donnait sur un ton bizarrement tout à la fois doucereux et cassant…

Elisabeth, la fille, elle, par contre – elle avait mon âge : 22 ans – avait manifestement décidé de m’utiliser comme réceptacle à confidences. Elle me pourchassait dans toute la maison et, tandis que j’époussetais les meubles ou briquais la cuisinière, me contait par le menu ses déboires sentimentaux…

- Celle d’avant toi elle lui flanquait la fessée ma mère…
- Quoi ?…
J’ai rattrapé de justesse le grand vase en porcelaine de Chine auquel, sous l’effet de la surprise, je venais de donner malencontreusement un grand coup de coude…
- Heureusement que tu l’as pas cassé… Tu y aurais eu droit, toi aussi, ça, c’est sûr…
- La fessée !…
- Ben oui la fessée… Qu’est-ce ça a de si étonnant ?… Tu l’as jamais reçue, toi ?…
- Mais pourquoi ?… Qu’est-ce qu’elle faisait ?…
- Qu’est-ce qu’elle faisait pas plutôt… C’était souvent que ça laissait à désirer son travail… Alors elle lui mettait… Devant nous trois des fois… J’adorais…

Celle d’avant moi… Pamela… Sa photo trônait sur la commode dans la chambre d’Elisabeth… Etendue en sa compagnie sur une grande serviette blanche, appuyée sur un coude, la tête dans sa main, elle y arborait un petit sourire triste… La fessée… Est-ce qu’elle tentait de résister ?… Est-ce qu’elle protestait ?… Se rebellait ?… Ou est-ce qu’au contraire elle acceptait docilement une punition qu’elle reconnaissait, en son for intérieur, avoir méritée ?… Est-ce qu’elle criait ?… Est-ce qu’elle pleurait ?… Est-ce qu’elle battait des jambes ?… Des images m’obsédaient… Je les chassais… Elles revenaient… Elles me hantaient… Elles ne me quittaient plus…

- Qu’est-ce tu regardes ?… Encore !…
- C’est souvent qu’elle l’avait ?…
- Assez, oui… Oh, mais t’inquiète pas !… Toi aussi, tu l’auras…
- Oui, ben alors là !… Sûrement pas… Faut pas qu’elle y compte…
- Ca… C’est ce qu’on verra…

J’imaginais Mrs Johnson à l’oeuvre… Je ne pouvais pas m’empêcher de l’imaginer… Son visage se faisait dur, son ton plus cassant encore qu’à l’ordinaire… Elle imposait… Elle ordonnait… De façon si péremptoire, si impérieuse qu’il était impossible de ne pas en passer par où elle l’exigeait… De ne pas céder…

Ca a été un samedi… Tout le monde était sorti… Avant d’entreprendre le ménage dans leur chambre je me suis allongée sur leur lit… J’y ai convoqué, rêveuse, mes images… Pamela… Mrs Johnson… Je suis restée tout l’après-midi avec elles… Je ne me suis pas relevée… J’ai attendu… Je savais quoi… Ce que je ne voulais surtout pas… Que je voulais quand même… Encore plus fort…

La porte d’entrée. Qui a claqué. Je n’ai pas esquissé le moindre mouvement. Celle de la chambre…
- Non, mais faut pas se gêner !…
J’ai poussé un cri. Me suis levée d’un bond…
- Qu’est-ce tu faisais ?…
- Rien… Rien… Je…
- Rien… C’est le mot, oui… Rien… Tu n’as rien fait… Absolument rien…
Elle s’est emparée du battoir à tapis que j’avais abandonné, sans l’avoir utilisé, sur une chaise…
- Baisse-moi tout ça !…
D’un ton qui n’admettait pas la moindre réplique…
J’ai baissé la tête. Le reste aussi. Tout le reste…

Aussitôt après Elisabeth s’est précipitée, surexcitée, dans ma chambre…
- Alors ça y est !… Ca y est !… Tu l’as eue… Et carabinée en plus… On a tout entendu d’à côté… Absolument tout… Dommage qu’on n’ait pas vu… Oh, mais on verra… Et sans tarder… Parce que je sais comment faire pour t’en faire avoir une autre… Et qu’elle te la donne devant nous… Qu’elle te la donne forcément devant nous…

Escobarines: Vêpres





Mon cher tuteur,

Vivrais-je mille ans qu’ils seraient encore insuffisants pour me permettre de vous manifester toute l’étendue de ma gratitude. Que de bontés vous avez eues depuis toujours à mon égard !… Vous m’avez élevée et nourrie, vous m’avez donné la meilleure éducation qui soit et maintenant, en m’établissant auprès de Madame la baronne de D***, vous m’assurez un avenir aussi dépourvu que possible de craintes et de tourments… Comment ne vous en serais-je pas éternellement reconnaissante ?

Madame la baronne est sévère – comment le lui reprocher ?… – mais juste. Il suffit, pour ne pas l’indisposer, de ne faire preuve ni de paresse ni de mauvaise volonté. Vous me connaissez assez pour savoir que ce sont là des vices qui, grâce à Dieu, m’ont été épargnés. Avec son aide j’espère qu’elle sera toujours aussi satisfaite de la façon dont j’accomplis ma tâche qu’elle semble l’être aujourd’hui…

Dans sa grande bonté Madame la baronne a également pris à son service trois autres demoiselles de mon âge qui ont connu, elles aussi, le malheur d’être prématurément privées de leurs parents. C’est à elles que je dois d’avoir été, dimanche soir, sévèrement châtiée, pour ma plus grande mortification, sans que pourtant j’aie été réellement fautive. Elles avaient en effet décidé qu’au lieu de nous rendre à Vêpres, comme il eût été convenable, nous irions nous promener sur le mail, à l’ombre des platanes. Sans doute aurais-je dû – je le reconnais bien volontiers – les abandonner là et gagner seule l’église, mais je n’ai pas voulu, très vraisemblablement à tort, me montrer mauvaise camarade : aussi me suis-je rendue à leurs arguments. Et nous avons marché au hasard en devisant, si bien marché que nous nous sommes finalement perdues. Quand nous avons retrouvé notre chemin la nuit était sur le point de tomber et quand nous avons enfin regagné le manoir elle l’était définitivement. Dès que Madame la baronne nous a aperçues elle nous a intimé l’ordre d’aller nous préparer sur le champ pour la nuit. C’est son intendante qui nous a ensuite invitées à redescendre au salon pour y être corrigées toutes les quatre de la façon que je vous laisse le soin d’imaginer…

Voilà. Sans doute, mon cher tuteur, Madame la baronne, prendra-t-elle soin de vous mettre elle-même au fait de cette escapade et de ce qui s’en est suivi. Il fallait néanmoins que je vous en fasse moi-même au préalable l’aveu. Ma conscience l’exigeait. J’ose espérer que, de votre côté, vous n’en voudrez point trop à l’étourdie que vous savez que j’ai toujours été…

Votre affectionnée

Emilie




Ma chère Pauline,

Si tu savais comme je suis heureuse !… J’ai eu l’immense bonheur de passer dimanche quelques heures avec LUI grâce, en partie, à mes trois consoeurs qui m’ont fait l’amitié d’entrer dans mes intérêts : tu te doutes bien qu’il m’était impossible de disparaître seule toute une après-midi sans éveiller les soupçons et sans devoir finir par passer des aveux complets. Elles ont eu la bonté de m’attendre et de prétendre avec moi que nous nous étions toutes les quatre perdues au cours d’une promenade que nous avions entreprise en lieu et place des Vêpres. En vérité j’étais dans ses bras. Et j’y étais heureuse…

Il me semble voir, ma chère Pauline, ton sourcil se froncer. Tu sais tout comme moi – nous nous en sommes assez souvent toutes les deux entretenues ! – qu’on peut accorder beaucoup à un homme – tu me comprends à demi-mot – sans pour autant tout lui abandonner. Que lui resterait-il alors à convoiter ?… Il m’a suppliée de ne pas le laisser trop longtemps languir, de lui concéder, très vite, un autre rendez-vous. Je m’y suis engagée sans trop savoir comment je pourrai tenir ma promesse : je ne veux pas courir le risque d’être découverte. Je ne veux pas faire le désespoir de mon cher tuteur auquel j’ai dû, à cette occasion, pour la première fois mentir. Je ne veux pas non plus exposer mes amies à être une nouvelle fois sévèrement corrigées comme elles l’ont été par ma faute même s’il m’a semblé que l’une d’elles au moins tirait, pour je ne sais quelle obscure raison, un vif plaisir des coups qu’on lui administrait sur les fesses. Pour ma part je les ai supportés avec tout le courage souhaitable. C’était le moins que je pouvais faire sachant que j’étais responsable de tout…

Donne-moi de tes nouvelles, ma chère amie. De mon côté j’espère pouvoir t’apprendre bientôt que j’ai pu le revoir sans courir le moindre risque…

Mille baisers

Ton amie

Emilie

samedi 4 décembre 2010

Escobarines: La servante ( 1 )





- Ca fait combien de temps qu’on dialogue sur MSN toutes les deux ?… Quinze mois… Ca fait quinze mois que tu me répètes, sur tous les tons, que tu aspires à recevoir une vraie fessée, une qui fait mal, devant témoins… Que tu ne penses qu’à ça… Seulement maintenant que c’est possible, et pratiquement sans aucun risque, tu recules, tu tergiverses, tu sais pas quoi inventer pour te défiler… C’est ton droit… Tu fais ce que tu veux… Mais c’est aussi le mien que de vouloir en rester là… Et de ne pas avoir envie d’alimenter des fantasmes stériles qui ne débouchent jamais sur le moindre commencement de début de réalisation…

- Mais non !… Mais si, je veux bien !… Seulement s’il y avait quelqu’un que je connais !… On sait jamais après tout…
- On habite à 800 kms l’une de l’autre… Alors la probabilité pour que ça se produise…
- Mais il y aura que des femmes au moins ?!… Hein, tu me promets ?…
- Un enterrement de vie de jeune fille il y a pas d’hommes… Jamais…
- Et je ferai quoi, moi, là-dedans ?… J’aurai quoi à faire ?…
- Le service… Je te l’ai déjà dit… C’est bien ça que tu voulais, non ?… Et qu’on se moque de toi… Mais de ce côté-là je peux te dire qu’il y en a deux ou trois qui sont redoutables. Elles ne te louperont pas…
- Bon, alors je vais venir… Oui, je vais venir…

- Ca fait drôlement de bruit !… Il y en a beaucoup…
- Une bonne trentaine… Presque quarante…
- Et comment ça rigole !…
- Tu voudrais quand même pas qu’elles pleurent dans une circonstance pareille !…
- Elles ont l’air drôlement énervées en plus !…
- Après la remontée des boulevards qu’on vient de faire il y a de quoi !… Bon, mais va leur servir à boire plutôt que de rester là à bavarder. Elles doivent être complètement déshydratées…

- Ah !… Enfin !… Ben c’est pas trop tôt !… Champagne pour moi… Mais t’es qui, toi, au juste ?… La nouvelle bonne, c’est ça ?… Tu sors d’où ?… On t’a jamais vue ici… En tout cas t’es pas très causante… C’est le moins qu’on puisse dire…
- Et nous !… Et nous !… Pas tout pour les mêmes !… Nous aussi on a soif !…

- Qu’est-ce qu’elles boivent !… Ca fait au moins dix fois que je les leur remplis les verres…
- En quoi ça te regarde ?… C’est pas toi qui paies… Bon, mais si on passait aux choses sérieuses maintenant plutôt ?!… Tiens, attrape-moi la pile d’assiettes là-haut… Elles sont moches… Elles sont vieilles… J’en peux plus de les voir… Pose-les sur le plateau… Et lève-le !… Plus haut !… Encore… Qu’elles entendent bien… Là… Vas-y !… Lâche !… Eh bien lâche !…

Un grand fracas de vaisselle cassée. Un hurlement. Le silence à côté… Que quelqu’un a rompu en applaudissant à tout rompre…
- Tu peux pas faire attention, non ?!… Espèce de petite maladroite !… Un service auquel je tenais comme à la prunelle de mes yeux… Que ma grand tante Sidonie m’avait rapporté du Laos… Ah ben oui, tu peux t’excuser, oui !… Tu vas me payer ça, ma petite !… Je te jure que tu vas me payer ça !… Cher… Très cher… Viens ici !… Allez !… Tu écoutes quand on te parle, oui ?… Là… Je vais t’en coller une que tu m’en diras des nouvelles… Que tu feras attention à l’avenir… Et à cul nu tu vas la prendre… A cul nu…
Il y en a trois qui se sont avancées jusque sur le pas de la porte…
- Enlève ta main !… J’ai dit : enlève ta main !… Oh, et puis arrête de brailler… Je t’ai à peine touchée… Attends que j’aie vraiment commencé à taper… Là au moins tu gueuleras pour quelque chose…

- Pour gueuler elle a gueulé… Elle a pas fait semblant…
D’autres s’étaient approchées. Regardaient par dessus les épaules avec de petits sourires ironiques et ravis…
- Oh oui, ça on peut pas dire… Elle a chanté…
- Pas seulement chanté… Elle a dansé aussi…
- Et elle y a mis tout son cœur… Comment elle se démenait !…
- En tout cas elle a pris des couleurs…
- Qui lui vont drôlement bien…

Elles sont retournées à côté. Il y en a une qui s’est égosillée en grands « Aïe » et en grands « Ouille » provoquant d’interminables éclats de rire...
- C’est bon la honte, hein ?!… Non ?…
- Si…
- Oh, mais c’est pas fini !… Parce que tu vas retourner les servir… Et maladroite comme tu es tu es bien fichue de t’étaler de tout long avec le plateau… Et c’est ce qui va se passer… Hein, que c’est ce qui va se passer ?…
- Oui…
- Et je serai encore obligée de te punir… Devant tout le monde… Allez, va vite !… Elles attendent… Elles ont soif…


Escobarines: La servante ( 2 )





- C’est souvent qu’elles me demandent de tes nouvelles… « - Et cette petite serveuse que tu avais prise en extra, l’été dernier, pour l’enterrement de la vie de jeune fille de Clara qu’est-ce qu’elle devient ?… Tu sais pas ?… Faut espérer qu’elle a changé de métier… Parce que godiche et empotée comme elle était… En tout cas qu’est-ce qu’elle nous aura fait rire !… »…
- Tu leur as pas dit ?…
- Pas dit quoi ?…
- Que c’était un coup monté… Qu’on était de connivence toutes les deux pour que je ramasse des fessées devant elles…
- Ah ben non !… Non !… Faut qu’elles croient que c’en était des vraies… Ca perd tout son charme sinon…
- On pourrait peut-être…
- Quoi donc ?…
- Non… Rien…
- Recommencer ?… Ca te dirait ?… Je fête mes quarante ans le mois prochain…
- Avec les mêmes personnes ?…
- Les mêmes et d’autres… L’essentiel n’est pas là… L’essentiel, c’est…
- Qu’on se moque de moi… Et qu’on fasse pas semblant…
- Oh, ça, je sais… Tu vas pas être déçue, tu verras…
- On va faire quoi ?…
- Laisse-moi faire… Je m’occupe de tout…
- Il y aura des hommes ?…
- Evidemment qu’il y aura des hommes… Tu voudrais quand même pas que je fête mes quarante ans sans hommes ?!…

- Ah, c’est toi, Clara… Tu es la première…
- Oui… Je suis venue en avance… Si t’as besoin d’un coup de main… Mais qu’est-ce que c’est que ça ?…
- Ca, c’est…
- Ah, mais oui !… Oui… Je la reconnais… Elle s’est fait une couleur, mais je la reconnais… C’est celle de l’autre fois… Qui s’était mangé des fessées…
- Et je peux te dire que si elle continue comme ça elle va s’en ramasser d’autres… Elle se fiche carrément du monde, oui !… J’ai voulu lui donner une seconde chance après sa prestation calamiteuse de l’année dernière… J’aurais mieux fait de m’abstenir… Parce que ou bien elle est absolument incapable de faire quoi que ce soit – et même pas fichue de passer tout simplement une serpillière sur un carrelage – ou bien – et c’est le plus vraisemblable – elle a carrément décidé de se foutre de moi dans les grandes largeurs… Mais ça, avec moi, elle a pas fait le plus dur…

- Entrez !… Entrez !… Merci… C’est gentil… C’est magnifique… Oh, mais fallait pas… Allez-y !… Elle passe juste un coup par terre… Allez-y !… C’est juste en face… Vous connaissez tout le monde ?… Oui ?… Bon, ben je vous laisse bavarder un peu ensemble alors !… Je reviens…

- T’as pas encore fini ?… Mais qu’est-ce que tu fabriques ?… Tu traînes exprès… C’est pas possible autrement…
- Mais non, mais tout le monde piétine… Faut tout le temps que je recommence…
- Si tu y avais mis un peu plus de bonne volonté dès le départ aussi il y a longtemps que ce serait terminé… Et les invités ne seraient pas obligés de patauger à qui mieux mieux là-dedans… Bon, mais on va te le faire accélérer le mouvement… Relève ta robe…
- Hein ?!… Mais ils vont me voir comme ça les gens s’il y en a qui continuent à arriver…
- Tu as un excellent moyen pour éviter ça, c’est de te dépêcher… Tout en faisant en sorte que ce soit bien fait… Evidemment !… Cela va de soi… Allez, relève ta robe !… Plus haut !… Et au travail !…

- Non, vous n’êtes pas les derniers, non !… Tout le monde n’est pas arrivé… Bien loin de là… Oui, oh, faites pas attention !… Le personnel aujourd’hui !… C’est vraiment plus ce que c’était… Si on n’emploie pas les grands moyens !… Et encore !… La preuve !… Bon, mais tu te dépêches, toi ?… Tu sais ce que je t’ai dit !…

- Ben alors ?!… T’en es encore là ?!… Non, mais c’est pas possible, ça !…
- C’est pas de ma faute !… Ils arrêtent pas de revenir… De marcher… De passer… Et de repasser…
- Evidemment ! Quand on se donne en spectacle faut pas s’étonner qu’il y en ait qui veuillent en profiter…
- Je me donne pas en spectacle…
- Ah non, t’appelles ça comment ?…
- Mais c’est vous !… C’est vous qu’avez voulu…
- Que tu termines ton travail au plus vite, oui !… Il y a longtemps que ça aurait dû être fait… Seulement dès qu’il s’agit d’accaparer l’attention… C’est ça, hein ?!… Eh bien quitte à vouloir jouer les premiers rôles tu vas l’être le centre du monde… Vous allez l’être, toi et ton petit derrière… Et je peux te dire que vous allez vous en souvenir…

Escobarines: Grandeur et décadence





- Frotte, ma belle, frotte !… De quoi t’as peur ?… D’abîmer tes jolies mains ?… Elles en verront d’autres… Parce que je peux te dire que je vais t’y apprendre, moi, c’que c’est que le vrai labeur… Celui-là qu’on s’y tue, nous, pendant que vous autres, là-haut, vous festoyez dans des châteaux si beaux que même les écuries on aurait peur de les y salir si on y mettait seulement les pieds… Quoi ?… Qu’est-ce t’as-t-y donc à geindre comme ça ?… Frotte !… Frotte !… T’arrête pas !… Eh bien ?!… Tiens !… Celui-là il va te redonner un peu de cœur à l’ouvrage… Celui-là aussi… Ca fait mal ?… Eh oui !… Fini le bon temps… Oh, mais t’en as bien profité… Ensorcelé comme tu l’avais ce pauvre messire… Qu’il en avait la tête toute tourneboulée… Que tout le monde dit que c’est toi qui l’as tué à force de jamais en avoir assez… Que tu l’avais rendu si maigre et décharné que… Quoi ?… Qu’est-ce qu’il y a ?… Rien ?… Oui… Ca vaut mieux rien… Parce que tu le vois celui-là ?… T’es plus du côté du manche, ma petite… Et tu peux les tenir prêtes tes fesses… Pour y ramasser elles vont y ramasser… Plus souvent qu’à leur tour… Tant que tu seras ici – et tu y es pour un moment à ce qu’il paraît – tu peux être sûre que je te donnerai pas trop souvent l’occasion de t’asseoir… Les consignes sont claires : ne pas te ménager… Surtout ne pas te ménager… Te faire payer… Et ça ils peuvent compter sur moi… Parce qu’après tout ce que tu lui as fait endurer à notre pauvre Dame… Que c’en est pitié… Jusqu’à jouer à la bête à deux dos avec son Messire devant elle, à ce qu’il se dit… C’est encore avoir beaucoup trop de bontés à ton égard que de t’envoyer ici… Si j’étais d’elle !… Un cul de basse fosse… C’est tout ce que tu mérites maintenant que ce pauvre messire a passé… Un cul de basse fosse sombre et humide où je viendrais te rendre, chaque jour, une petite visite et te faire caresser le bas du dos par les geôliers… Comme ça, tiens, tu vois !… Et encore comme ça !… C’est ça !… Braille !… Ameute tout le pays !… Qu’ils rappliquent tous !…

- Mais non, t’y as pas fini, non !… Décroche-les les draps… Laisse-les y tomber par terre… Eh bien ?… Tu écoutes ce que je te dis, oui ?!… Là… Et maintenant marche dessus !… Allez, vas-y !… Qu’est-ce que t’attends ?… C’est-y que t’en veux encore un coup ?!… Eh bien alors ! Allez, piétine !… Piétine !… Saute !… Ecrase… Mieux que ça !… Plus haut !… Encore !… Encore !…

- Non, mais ça va pas ?!… Qu’est-ce que t’es en train de faire ?… Du linge tout propre…
- Hein ?!… Mais c’est vous qui m’avez dit…
- Qui t’ai dit quoi ?…
- De… Non… Rien…
- Ah, je préfère… Tiens, celle-là tu l’auras pas volée… Non, mais dans quel état tu m’as mis mes draps !… Et les taches d’herbe, après, pour les faire partir !… Mais ça !… A toi de te débrouiller maintenant… De réparer tes sottises… Allez, à genoux !… Et frotte !… Frotte !…

- Tiens, v’là les hommes !… Qui nous reviennent des champs… Alors, les hommes, c’est-y que ça va comme vous voulez ?… Vous avez vu ce qu’on m’a amené ?…
- Ca… Pour voir… on voit…
- Ca nous vient en droite ligne du château… De cette pauvre Dame que ça a fait tant et plus cocue du vivant de ce pauvre Messire… Oh, mais que que ça va pas avoir trop de ses yeux pour pleurer maintenant !… Qu’on va s’en occuper…
- Ca a déjà commencé à ce qu’il semble…
- Oui… Même que ça a drôlement pris des couleurs par derrière…
- Et par devant !… Venez-y voir par devant…
- C’est que ça te vous a des petits seins à croquer…
- Et le corbillon !… C’est qu’il a pas dû s’ennuyer à le mignoter Monseigneur… Tout coquet comme il est…
- Et si tu nous montrais aussi ton petit minois maintenant, ma belle ?…
- Mais oui, allez, relève la tête !… Fais pas ta timide !…
- Eh bien ?!… Qu’est-ce que t’attends ?… T’es sourde ?… T’entends pas ce qu’ils te demandent ?… Alors dépêche-toi ou je te…
- Ah, ben voilà !…
- Mais c’est que c’est tout avenant… Tout mignon comme tout…

- C’est toi… Oui, c’est bien toi… Regarde-moi !… Tu ne me reconnais pas ?…
- Non…
- Et la balafre, là, sur ma joue, tu la reconnais pas non plus ?…
- Non plus… Non…
- C’est pourtant ton œuvre…
- A moi ?…
- A toi, oui… Seulement on compte si peu pour vous, on a si peu d’importance que tu n’en as pas conservé le moindre souvenir… Moi, si !… Tu chevauchais, au grand galop, en compagnie de Monseigneur… J’étais sur ta route, un fagot de bois sur l’épaule… Je n’ai pas eu le temps de m’en écarter… Tu as cinglé… Avec ta cravache… De toutes tes forces… Et tu as poursuivi ton chemin sans un mot, sans un regard pour moi… A l’entrée du bois tu avais déjà oublié… Tout oublié… Tu n’oublieras plus désormais… Tu vas te souvenir à tout jamais…

Sa femme lui a tendu le battoir. Il l’a pris…

Escobarines: Une fessée "méritée"





- Tu es venue… Mais ça, j’en aurais donné ma main à couper… Je commence à te connaître depuis le temps qu’on se côtoie, là-bas… Depuis le temps que je t’observe… Tu m’es devenue totalement transparente… Tu as hésité… Je suis sûre que tu as hésité… J’y vais ?… J’y vais pas ?… Que tu as fait semblant d’hésiter… Juste ce qu’il faut pour te faire croire que ce serait ta décision à toi… Mais en réalité, depuis le début, les dés étaient jetés… Parce qu’il suffit de se montrer péremptoire avec toi… Tranchante… Comme je l’ai été en te donnant rendez-vous ici… Et tu obtempères… Jamais tu n’oseras te dresser contre une volonté qui exige fermement de toi… C’est pas vrai peut-être ?… Tu ne réponds pas, hein ?!… Qui ne dit mot… En attendant tu dois bien te demander ce que je te veux…
- Oh, oui !…
- Tu n’en as pas la moindre petite idée ?…
- Je ne sais pas…
- Tu ne sais pas si tu en as une petite idée ?… C’est tout toi, ça… Bon, mais il y a combien de temps qu’on travaille ensemble ?… Bientôt un an… Et en un an j’ai totalement pris le pas sur toi !… Théoriquement tu es ma supérieure hiérarchique… Théoriquement… Parce que qui donne les ordres ?… Qui décide chaque fois que c’est nécessaire ?… Qui fait des reproches à l’autre quand le travail laisse à désirer ?… Qui commande en réalité ?…
- C’est toi…
- Bien sûr que c’est moi… Et c’est moi parce que j’ai de la personnalité… Une autorité naturelle… Qui coule de source… Qui va de soi… Je m’impose avec évidence… Tandis que toi… Ce n’est pas que tu n’aies pas de personnalité à proprement parler… Non… Mais il faut que quelqu’un la façonne… Te dirige… Tu ne peux t’épanouir qu’à « l’ombre de… » … Ca te rassure… Ca te donne confiance en toi… Sans une autorité qui te prenne délibérément en mains, tu es complètement perdue… Non ?… Je me trompe ?… Bien sûr que non !… Et tu le sais très bien… Tu sais très bien que sans moi… Seulement tout ça, pour le moment, ça reste dans le non-dit… Dans l’implicite… Tu peux encore, quand tu le souhaites, te voiler la face… Te raconter toutes les histoires que tu veux… Il est plus que temps que ça éclate au grand jour… Que tu acceptes de te voir telle que tu es…

Elle a avancé la main. Les deux. Les a posées sur ses épaules. A lentement fait glisser, sans la quitter des yeux, la robe le long des bras. L’a accompagnée jusqu’en bas…
- Tu n’as rien dit… Tu ne diras rien… Quoi que je fasse… T’opposer à moi ?… Me résister ?… C’est bien au-dessus de tes forces…
Elle a détaché le soutien-gorge, l’a jeté au loin derrière elle…
- Mais c’est qu’on serait pudique !… On se cache honteusement derrière ses bras… J’adore…
Elle a glissé deux doigts sous l’élastique de la culotte…
- Tu vas voir… Jusqu’au bout de toi je vais t’emmener… Petit à petit… Tout doucement… Te mettre en paix – en harmonie – avec ta véritable nature… Te rendre heureuse… Le seul moyen de l’être, c’est de ressembler à soi-même… Du plus près possible… Tu ne crois pas ?…
- Si !…
Elle l’a très légèrement descendue…
- Demande-le moi !…
- Quoi donc ?
- Tu le sais très bien !…
- Enlève-la moi !…
- Eh bien voilà !… Tu vois quand tu veux…
Elle la lui a baissée…
- Tu restes comme ça maintenant… Tu bouges pas… Je reviens… J’en ai pas pour longtemps… Qu’est-ce qu’il y a ?… Qu’est-ce que tu veux dire ?… Que des gens risquent de passer ?… Je le sais bien… Et alors ?!… Quelle importance ?!…

- Qu’est-ce tu fais à poil ?…
- Hein ?!… Mais tu m’avais dit…
- Je t’avais dit… Je t’avais dit… Je t’avais rien dit du tout… Et quand bien même je t’aurais dit !…C’est pas une raison… Est-ce qu’on reste comme ça toute nue en pleine nature ?… Au risque que n’importe qui surgisse… Et qu’il se passe ensuite n’importe quoi… Est-ce que tu réfléchis de temps en temps ?… Non… Tu es irresponsable… Complètement irresponsable… Et s’il y a pas quelqu’un pour te mettre un peu de plomb dans la cervelle !… Bon, mais on va s’en occuper… Je vais m’en occuper… Tu sais ce que tu mériterais ?… Tu le sais ?…
- Oui…
- Quoi ?…
- Une fessée ?…
- Evidemment une fessée… Et une bonne !… Et je peux te dire que tu vas pas y couper… Allez, approche !…

Escobarines: Une amoureuse





La première fois ça a été parce qu’elle trouvait que ça sentait le gaz chez elle. Peut-être bien que son chauffe-eau fuyait ?… Je voulais pas venir voir ?… C’était rien ?… Non ?… J’étais sûr ?…
Après il y a eu sa chatte. Qui avait disparu. Depuis deux jours. Elle était folle d’inquiétude. Sa chatte, c’était tout pour elle. Si jamais je la voyais… Je lui promettais, hein ?…
Et puis elle est passée me prévenir… Elle avait invité quelques amis… Ils allaient faire un peu de bruit… Mais elle y pensait d’un seul coup… Je voulais pas me joindre à eux ?… Non ?… J’avais des choses à faire ?… Une autre fois alors !… Si, si !… Elle y tenait… Je viendrais manger… Depuis le temps que je lui rendais service…

J’aimais ?… Fallait que je le dise carrément, hein !… Parce que c’était la première fois qu’elle l’expérimentait cette recette… Oui ?… Je trouvais ?… Tant mieux… En tout cas comment elle était contente de m’avoir… Parce que à part moi, dans l’immeuble, il y avait vraiment personne qui donnait envie de sympathiser… Ah non alors !… Ils étaient tous… Des beaufs !… Il y avait pas d’autre mot… Des beaufs… C’est pour ça : maintenant qu’on avait fait connaissance on allait bien trouver le moyen de se voir un peu, non ?… Parce que elle savait pas moi, mais elle, elle s’ennuyait à mourir ici, au milieu de tous ces cubes en béton… Et heureusement qu’elle avait son boulot à la boulangerie-pâtisserie là-bas parce que sinon elle serait devenue complètement dingue…

J’avais vu le temps qu’il faisait ?… Ce soleil ?!… Oui ?… Eh bien alors ?!… J’allais quand même pas rester enfermé là toute la journée ?… Même qu’il fasse un peu froid… Bien couvert… Et en marchant… Elle m’emmenait… Allez, hop !… Elle connaissait un coin… Génial… Je lui en dirais des nouvelles…

Alors ?!… Je regrettais ?… Non, hein ?!… Elle le savait… Elle en était sûre… Et après, tout au bout là-bas, il y avait une petite auberge qui te mijotait un de ces cassoulets… Elle y avait mangé, deux ou trois fois, du temps qu’elle sortait avec Clément… Oh, mais Clément c’était de la vieille histoire maintenant… Avec le recul elle se demandait même ce qu’elle avait bien pu lui trouver… On se lançait dans de ces trucs des fois !… Et moi ?… J’avais quelqu’un ?… Oui ?… C’était pas la bonne femme qui venait me voir quelquefois le mardi et le jeudi au moins ?… Si !… Eh ben dis donc !… J’avais de ces goûts !… Pourquoi ?… Mais parce que qu’est-ce qu’elle était vieille ! Et comment elle était moche !… C’était pas pour dire, mais je méritais quand même nettement mieux que ça…

Et si on y retournait ?… Comme la semaine dernière ?… Non ?… Ca me disait pas ?… Je préférais ailleurs ?… Elle, ça lui était égal… Où je voulais ?… Nulle part ?… Mais pourquoi ?… J’allais pas rester là tout seul à me morfondre quand même !… Si ?!… Ah oui, c’est qu’elle allait venir ma bonne femme ?… C’était ça ?… Non ?… De quoi j’avais peur alors ?… Qu’elle apprenne pour nous deux et qu’elle aille se mettre des idées en tête ?… Oui, ben ce serait pas plus mal finalement… Peut-être que ça m’en débarrasserait… Une bonne fois pour toutes… Et, franchement, c’était ce qui pouvait m’arriver de mieux…

Elle me l’avait dit pour le cassoulet que c’était un vrai délice… Elle me l’avait pas dit ?… Ah, je voyais bien… Bon, mais maintenant qu’on se connaissait un peu mieux, qu’on faisait des trucs ensemble elle pouvait me le demander : qu’est-ce que je pensais d’elle ?… Ouais… Ouais… Et après ?… C’était tout ?… Elle en était sûre… Sûre… Dès le début elle en avait été convaincue : moi, mes sentiments, j’avais un mal fou à les exprimer… Et si on me poussait pas dans mes derniers retranchements… C’était pas un reproche, hein !… J’étais comme ça, j’étais comme ça… Mais elle était patiente… Et elle attendrait le temps qu’il faudrait… Parce qu’elle savait… Elle savait qu’on était faits l’un pour l’autre tous les deux et qu’un jour…

Rien ?… Rien du tout ?… Non, mais à qui je voulais faire croire ça ?… Ca se voyait comme le nez au milieu de la figure ce que j’éprouvais… Ce que je ressentais… Seulement… seulement mon amour pour elle était tellement fort que je ne voulais pas – ou que je ne pouvais pas – me l’avouer à moi-même… Oh, mais ça viendrait…Ca viendrait… Ca faisait pas l’ombre d’un doute…

Encore elle !… Ben oui !… Oui !… Fallait absolument qu’on parle… Qu’on clarifie la situation tous les deux parce que… Clarifier ?!… Y avait rien à clarifier du tout… Pour moi tout était clair… Très très clair… Alors elle dégageait… Chacun chez soi… Et je voulais plus la voir… C’était compris ?… Dehors !… Allez, dehors !…

Je l’avais fait pleurer… Encore elle !… Mais c’était pas possible !… Qu’elle dégage, mais qu’elle dégage !… Non !… Elle était à tout le monde la cage d’escalier… Et le trottoir aussi… Et elle y resterait tant qu’elle voudrait… Tant que je lui aurais pas dit que… Mais c’était pas possible une nana comme ça !… Qu’est-ce qu’il lui fallait ?… Une bonne fessée ?… C’était ça, hein ?!… Une bonne fessée… Et tant qu’elle l’aurait pas prise…

Qu’est-ce qu’elle fichait là, elle, encore ?… Chez moi !… Et à poil !… Non, mais cette fois !… C’était parce que… elle clenchait mal ma fenêtre de salle de bains… Alors elle était passée par le balcon… Oh, mais elle l’avait refermée, hein !… Avec le temps qu’il faisait !… Bon, mais allez !… Que je la lui donne la fessée puisque c’était ça que je voulais…
- Vous voyez bien… Je suis prête…

Escobarines: Sortie de bain





En vacances il était absolument hors de question que nous échappions, ma cousine Joséphine et moi, à la sacro-sainte sieste du début d’après-midi. Malgré notre âge tante Alice en avait décidé ainsi et on ne s’élevait pas – jamais – contre les décisions de tante Alice. Nous ne dormions évidemment pas – nous n’avions pas le moins du monde sommeil – mais nous en profitions pour nous faire nos confidences et rêver tout haut à un avenir tout enrubanné de bonheur.

Ce fut par un bel après-midi de Juillet. Le temps était si radieux, le ciel si bleu que nous n’avons pas pu y tenir : nous nous sommes discrètement faufilées dans le parc. Pour peu que nous ayons regagné notre chambre à quatre heures personne – nous en étions convaincues – ne s’apercevrait de rien. Au-delà du parc c’était la forêt. Et au-delà encore s’étendait un petit lac que nous avions entraperçu une fois ou deux en accompagnant oncle Gontran au cours de sa traditionnelle promenade matinale. Il nous était formellement interdit de franchir seules les limites de la propriété, mais qui le saurait ?

- Et si on se baignait ?…
- Hein ?… Oh non, non !… C’est bien trop dangereux… Si jamais quelqu’un arrive !…
- Qui veux-tu qui vienne ?… Il passe jamais personne par ici… Moi, j’y vais…
Et elle s’est déshabillée. Complètement. Elle est entrée dans l’eau. Elle a disparu derrière un petit mur de roseaux…
- Allez, viens !… Si tu savais comme l’eau est bonne…
Je l’y ai rejointe…

Nous étions séchées, rhabillées et rentrées à temps. Personne ne s’était rendu compte de rien. Personne ne saurait rien. C’est en tout cas ce dont nous étions toutes les deux persuadées…

L’orage a éclaté le lendemain un peu avant midi. Toute la matinée il y avait eu des coups de sonnette, des allées et venues auxquelles nous n’avions pas prêté la moindre attention. C’est Sylvaine, la femme de chambre, qui est venue nous chercher juste comme nous finissions de nous apprêter pour le déjeuner…
- Madame vous attend dans le petit salon…
- Dans le petit salon ?!… Hein ?… Mais pourquoi, Sylvaine ?…
Elle ne savait pas. Ou elle n’a rien voulu dire. Le petit salon, ce n’était pas bon signe. C’était même, le plus souvent, très mauvais signe…

- Où étiez-vous hier ?…
Tante Alice, manifestement furieuse, ne nous a seulement pas laissé le loisir de répondre…
- Et dans le plus simple appareil !… C’est une honte !… Un scandale !… Ah, vous pouvez être fières de vous : vous êtes totalement perdues de réputation… Est-ce que vous vous rendez seulement compte que tout le monde fait des gorges chaudes de la façon inqualifiable dont vous vous êtes comportées ?… J’ai un rang à tenir, moi, ici… Et je ne tolérerai pas que ma propre fille… que ma propre nièce me fassent ouvertement honte devant toute la ville… Je vais vous en faire passer l’envie, moi, mes petites, vous allez voir… Déshabillez-vous !… Eh bien ?!… Qu’est-ce que vous attendez ?… Vous ne faisiez pas tant de manières hier quand il s’agissait de vous dénuder au su et au vu de tout le…
- Mais il y avait personne !…
- La preuve !… Et quand bien même il n’y aurait eu personne !… Est-ce ainsi que je vous ai éduquées ?… Sont-ce là les principes de pudeur que je vous ai inculqués ?…

Elle a commencé par Joséphine. Qui s’est laissé basculer sur ses genoux sans mot dire. Sa tête a brinquebalé en cadence. L’une de ses jambes a battu éperdûment la mesure sur le plancher…

- A ton tour, toi !…
Sa main s’est posée sur mon postérieur, ne s’est pas élancée tout de suite…
- Quand je pense à ta pauvre mère… A qui j’ai juré, sur son lit de mort, de te donner la meilleure éducation qui soit… Ah, elle serait contente !… Elle serait fière de toi !…
La première claque m’a arraché un gémissement… Les suivantes des cris…

- Venez !…
Sans nous laisser nous rhabiller elle nous a entraînées dans le jardin. Jusqu’au portail qui donne sur le petit chemin derrière… Elle l’a ouvert… Elle nous a poussées dehors…
- Oh, non !… Pas comme ça !…
- Comme ça, si !… Je veux qu’on sache que vous avez été punies… Et comment… Je ne veux pas qu’il puisse se dire que vous n’êtes pas sanctionnées comme il se doit quand vous l’avez mérité… Ni que je porte la moindre part de responsabilité dans le comportement inacceptable qui a été le vôtre… Allez, en route !…
Elle nous a saisies chacune par un coude. Fermement. On s’est dissimulées comme on a pu. De nos bras. De nos mains. Au loin quelqu’un a appelé son chien. Après le tournant, à hauteur du grand chêne, l’église et les premières maisons étaient là, tout près. J’ai frémi. Elle s’est arrêtée…
- Bon, mais pour cette fois, la leçon sera suffisante… Pour cette fois…
Et elle nous a fait faire demi-tour…

Escobarines: Hou... la menteuse...





- Bonjour… Excusez-moi de vous déranger… Mais vous vous y connaissez en informatique à ce que mon mari m’a dit…
- Il paraît, oui…
- Ca vous ennuierait de venir jeter un œil ?… Parce que je suis en rade… Mon écran s’est bloqué sur un truc, je peux plus rien faire et j’ai absolument besoin d’aller sur Internet…

- Voilà… Le malheur est réparé… C’était pas grand chose… Mais faudrait aussi penser à défragmenter de temps en temps… Et à effacer les fichiers temporaires… L’historique aussi… Parce que si quelqu’un vient sur votre ordi il peut voir tous les sites que vous avez visités…
- On peut ?… C’est vrai ?… Oh la la !… Mais faut effacer… Vite… Comment on fait ?…
- Outils… Options Internet… Supprimer… Voilà… Comme apparemment c’est la première fois il va y en avoir pour un petit moment…
- Et plus personne pourra savoir… Vous êtes sûr ?…
- Certain… Il vaut mieux, hein ?!… Parce que vous avez des intérêts très… ciblés…
- Oui… Oh , non… C’est à dire… C’est pas pour moi… C’est pour une amie… Qui en a entendu parler… Elle voulait savoir ce que c’était… Et comme je lui avais promis… Mais vous en parlez pas à mon mari, hein, surtout, quand vous le verrez… Déjà qu’il a très mauvaise opinion d’elle… Ce serait le bouquet !…
- Mauvaise opinion ?!… A cause de la fessée ?… Il y a vraiment pas de quoi…

- Vous pourriez pas me dépanner de quelques pommes de terre ?… Je sais pas comment je me suis débrouillé… Je me suis laissé totalement démunir…
- Oh si, si !… Bien sûr… Là, c’est bon ?… Vous en aurez assez ?…
- Largement… Merci… Et votre amie ?… Elle a trouvé ?…
- Trouvé ?… Trouvé quoi ?…
- A assouvir sa passion…
- Ah… Oh, je sais pas… Je crois pas… Je crois pas que ce soit vraiment son but… Elle voulait se renseigner… Savoir de quoi il retourne…
- Oui… En somme c’est juste une fantasmeuse… Qui s’enfuit à toutes jambes dès qu’il s’agit d’affronter la réalité en face…
- Oh non, non !… Elle est pas comme ça… Non…

- Bon, mais alors finalement elle cherche ou pas ?…
- Un peu, oui, quand même…
- Et elle s’y prend comment ?…
- Elle discute… Ici ou là… Sur des sites… Des forums…
- Et elle a encore trouvé personne ?…
- Oh si, si !… Les types qui sont prêts à… C’est pas ça qui manque… Seulement…
- Seulement il y en a encore aucun qui lui ait inspiré suffisamment confiance… Et au moment de sauter le pas elle a toujours reculé…
- Voilà, oui…
- Peut-être qu’elle va chercher très loin ce qu’elle a à portée de main ?…
- Peut-être…

- C’est quoi qui l’attire alors dans la fessée ?… Vous savez ?…
- Ca, c’est à elle qu’il faudrait le demander…
- Parce que vous en avez jamais parlé toutes les deux ?…
- Un peu, si… mais pas tellement… Presque pas…
- Et ?
- Ca dépend… Plein de choses en fait… Mais surtout ce qu’elle aimerait – à ce qu’elle dit – c’est être traitée comme une gamine infernale… Qu’on punit comme elle le mérite quand elle le mérite… En lui faisant tout un tas de reproches qu’elle écouterait tête basse en rougissant… Et sa punition elle serait obligée d’aller la chercher elle-même jusqu’au bureau… De frapper à la porte… En coupable… Il ne répondrait pas tout de suite… Il la ferait attendre… Et il aurait une voix, mais une voix !… Comment elle la ferait trembler sa voix !… Et pour la circonstance elle porterait – c’est lui qui l’aurait exigé – un pyjama tout d’une pièce, dont l’arrière aurait été découpé et rabattu pour que seules les fesses soient à découvert… Elle y tient beaucoup… Vous savez qu’elle l’a déjà dans son armoire ?… Tout en dessous… Elle me l’a montré… Pour le cas où… Pour le jour où…

- Et vous ?
- Moi ?… Quoi, moi ?…
- Elle vous attire la fessée ?…
- Oh, non, non !… Alors là !… Non… C’est vraiment la dernière des choses qu’il me viendrait à l’idée de…
- Et menteuse en plus !… Vous savez que c’est pas beau du tout ?!… Regardez-moi !… Et que vous mériteriez d’être punie pour ça ?… Vous allez l’être d’ailleurs… Chez moi… Dans mon bureau… Où je vais de ce pas aller vous attendre… Et où vous vous présenterez vêtue du pyjama « aménagé » qui dort dans votre armoire… A tout de suite…

Toc… toc…

Escobarines: Le voisin





- Je l’ai encore croisé tout à l’heure… Il est beau, mais beau !… C’est pas possible d’être beau comme ça… Il est beau, mais il en a strictement rien à foutre de moi… Il me regarde jamais… Je suis sûre qu’il a seulement pas remarqué qu’on habite la même rue… Et juste en face l’un de l’autre en plus… Non… Faut vraiment que je trouve un truc pour attirer son attention…
- Oublie de tirer les rideaux et balade-toi en petite culotte… C’est imparable, ça !… T’as pas un mec qui laisse pas traîner un œil, le soir, par la fenêtre… Et s’il y a quelque chose à voir…
- J’y ai bien pensé, mais ça fait la fille sacrément délurée quand même !… Limite dévergondée…
- Ou sacrément distraite…
- Oui, mais s’il croit que je le fais exprès je suis grillée… Pour quoi il va me prendre ?… Non… Faudrait inventer autre chose…

- J’y ai pensé toute la nuit… J’en ai pas fermé l’œil… Et tu sais ce qu’on pourrait faire ?… Ce serait que tu me flanques une fessée à la fenêtre…
- Une fessée ?!…
- Oui… Dans quel état ça les met ça les types il paraît… C’est de la folie… Et là, moi j’y serais pour rien du tout… Il croira que c’est toi qui me forces… Parce que t’es ma tante ou quelque chose comme ça… Et que t’en as rien à foutre du tout qu’on me voie toute nue… Au contraire… Que ça fait partie de la punition… Pour que j’aie honte et que je recommence pas mes bêtises… Il a pas fini de se demander ce que j’ai bien pu faire pour que tu sois obligée d’en arriver là du coup… Elle sera piquée sa curiosité… Je vais me mettre à l’intéresser… Et alors après… après…

- C’est super comme on a fait… Moi, tournée vers la rue en cachant en bas avec mon tee shirt et toi en train de taper derrière… Il a rien pu voir vraiment … Juste deviner… Comment ça a dû l’énerver…
- A condition qu’il se soit trouvé à sa fenêtre…
- Il y est presque tout le temps… Il a son bureau juste dessous…
- Et qu’il ait levé la tête à ce moment-là…
- Oh, ben quand même !… J’ai pas osé regarder, ça aurait fait désordre, mais on a bien dû attirer son attention… On va pas avoir fait tout ça pour rien quand même !… Surtout que t’as tapé fort !…
- Oh, pas tant que ça !…
- Ben tiens !… On voit bien que c’est pas ton derrière à toi qu’a pris…

- Je l’ai vu… T’es où ?… Je viens de le voir… Et il m’a dit bonjour… Enfin !… C’est pas trop tôt… Avec un de ces petits sourires… Qui dit bien ce qu’il veut dire… Sûr qu’il était à sa fenêtre l’autre jour… Et qu’il a rien perdu du spectacle… Faudra qu’on lui refasse… Mais un soir cette fois… Dans le noir… Avec seulement les lumières de la rue en dessous… Et puis une autre tamisée là-bas derrière qui m’éclairera juste comme il faut… On va le rendre fou… Je te parie tout ce que tu veux que je vais le rendre fou…

- Que je te raconte !… J’étais complètement à la bourre ce matin… Je courais comme une dératée… Et au coin de la boulangerie sur qui je tombe ?… Je suis carrément rentrée dedans, oui… Mais alors là de bon cœur !… Comment je me suis trouvée con !… Et lui, en me menaçant du doigt… « - Il y a vraiment des fessées qui se perdent… »… Faut qu’on lui refasse… Faut vraiment qu’on lui refasse… Mais que je sois tournée de l’autre côté cette fois…

- Il en a eu pour son argent ce coup-là…
- En tout cas il a éteint la lumière… C’est vrai que pour voir c’est quand même nettement mieux…

- Figure-toi que sur le quai du métro il m’a rattrapée… Avec un air tout surpris… Tu parles !… Soi-disant qu’il a décidé de laisser sa voiture au garage maintenant… Parce qu’il perd trop de temps dans les embouteillages… Et qu’il veut protéger la couche d’ozone… Ben voyons !… Du coup on a fait un bout de trajet ensemble… On le fera d’autres fois… C’est dans la poche… Cette fois, si je manoeuvre bien, c’est dans la poche…

- Il est trop adorable… Trop mimi… Tout timide… Il ose pas vraiment encore me les dire les choses… Alors il tourne autour… Il me parle de tout un tas de trucs… De toi aussi… Il me demande qui t’es par rapport à moi… Qu’est-ce tu fais dans la vie… Si t’es accompagnée… Tout ça… Il fait semblant de s’intéresser… Ca lui fait un sujet de conversation… Mais en réalité… J’aime bien qu’il prenne son temps comme ça… Ca a son charme… Si, c’est vrai, beaucoup de charme…

- Qu’est-ce tu fais ?
- Ca se voit pas ?… Je m’casse… Je dégage… Parce que tu sais pas ce qu’il m’a demandé ?… De lui arranger le coup avec toi… Il en pince pour ta pomme que c’en est de la folie… Alors merci… Merci… C’est sympa… C’est moi qui me ramasse les fessées et c’est toi qui tires les marrons du feu… Ah, des copines dans ton genre !…
- Mais qu’est-ce que j’y peux, moi, s’il a flashé sur moi ?…
- Tu me feras jamais croire que t’as pas fait ce qu’il fallait pour… Ni que maintenant tu vas pas pousser tes avantages… Alors salut !… Mais je te préviens : le jour où l’occasion se présentera je te louperai pas…

samedi 20 novembre 2010

Escobarines: La toilette





- Bon… Allez, Mesdemoiselles, au bain !…
- Mais c’est pas le jour, Toinette !…
- C’est pas le jour, non !… Mais demain c’est celui du mariage de votre cousin Gontran… Il faut que vous soyez toutes belles… Et toutes propres… Pour lui faire honneur… Allez vite !… Que l’eau va refroidir…

- Eh bien ?!… Vous attendez quoi ?… Le déluge ?…
- On n’a pas besoin de toi, tu sais !… T’as plein d’autres choses à faire… Faut pas qu’on te fasse perdre ton temps… Alors si tu préfères…
- Mais c’est quoi toutes ces simagrées aujourd’hui ?… Dépêchez-vous de quitter tout ça et de monter là-dedans… Ou j’appelle votre mère… Et je peux vous assurer qu’elle est vraiment pas d’humeur ce matin…

- Mais qu’est-ce qui t’est arrivé ?!… Fais voir !… Fais voir, j’te dis !… Qui c’est qu’a bien pu te mettre le derrière dans un état pareil ?… Et toi ?… Tourne-toi !… Mais toi aussi !… Eh ben décidément !… C’est le carnaval des culs rouges…
- Tu vas rien dire à maman, hein ?!…
- Ca… Je verrai… Quand vous m’aurez expliqué ce qui s’est passé…
- C’est hier en se promenant…
- Oui… Du côté de La Prade… Il y a deux bonshommes qui nous sont tombés dessus… Qu’on connaissait pas… Qu’on avait jamais vus… Ils se sont jetés sur nous, ils nous ont mis la fessée et ils se sont sauvés en courant… Sûrement ils nous ont prises pour quelqu’un d’autre…
- A qui vous voulez faire croire ça ?…
- Si, c’est vrai, hein !
- Ben voyons !… Et vous êtes tranquillement rentrées comme si de rien n’était… Vous n’en avez touché mot à personne…
- On avait bien trop honte…
- Si c’est ça il faut absolument mettre votre mère au courant… C’est bien trop grave… Qu’elle porte plainte… Qu’on prenne les dispositions qui s’imposent… J’y vais de ce pas…
- Non… Non… Attends !…
- Alors dites-moi ce qui s’est VRAIMENT passé…
- On a joué…
- Oui… On s’est un peu amusées à se la donner toutes les deux…
- Et vous jouez à ça souvent ?
- Oh non, non !… C’est la première fois…
- Oui… C’est la première fois… Et puis, d’habitude, on s’arrange pour que ce soit juste après la toilette… Comme ça personne s’en aperçoit…
- Et vous n’avez rien de plus intelligent à faire ?…
- Non, mais c’est pour s’aider pour les leçons… On s’interroge l’une l’autre… Et quand on sait pas paf !… Jusqu’à ce qu’on sache… Ca rentre mieux…
- Oui… Sauf que des fois, même que je sache, elle m’en met quand même !… Elle dit que c’est parce que j’aurais très bien pu pas savoir… Ou alors que j’ai pas tapé assez fort quand c’était son tour de la recevoir…
- Tu peux parler, toi !… Qui c’est qui se met à califourchon sur moi pour pas que je puisse bouger et qui m’en colle même quand il y a pas de raison ?…
- T’adores ça… Tu le dis toi-même…
- Et pas toi peut-être ?… Rappelle-toi le jour où…
- Le jour où ?…
- Non… Rien…
- Peut-être pourrions-nous poursuivre cette intéressante conversation en présence de Madame votre mère ?… Je suis certaine qu’elle y prendrait le plus vif intérêt…
- Oh non, Toinette, non !… Pas maman !…
- On fera tout ce que tu voudras…
- Et on te dénoncera plus quand tu iras te cacher dans la grange avec Paul…

Elle est sortie sans un mot…
- Elle va la chercher… Ah, on est dans de beaux draps !… Tu peux être fière de toi !…
- Parce que ça va être de ma faute !…
- Bien sûr que c’est de ta faute !… C’est toi qu’as absolument voulu raconter à maman ce qu’elle faisait dans la grange… Forcé qu’elle nous en veuille maintenant !… Et on peut même plus les regarder à travers les trous de la porte… En plus !…

Il y a eu un bruit de pas dans le couloir. Des rires. Des voix…
- C’est pas maman !…
C’était pas maman, non. C’était Pauline, la cuisinière…
- Tu vois !… Qu’est-ce que je te disais !…
- Oh, ces demoiselles !… Qui font tant les fières… Si j’avais jamais cru une chose pareille… Quand je vais raconter ça à Basile…
- Va le chercher, tiens, plutôt !… Qu’il voie ça de ses propres yeux… Et ramène Paul !… Je suis sûre que ça va beaucoup l’amuser…
- Oh non, Toinette, non !…
- Vous préférez qu’on aille chercher maman ?… Non ?… Eh bien alors !…

Escobarines: Au fenil





- C’est Paul…
- Ben oui, c’est Paul, oui !…
- Il va où ?…
- Au fenil… Rejoindre Toinette… Ils peuvent plus dans la grange maintenant que maman sait…
- Ca leur fait loin…
- Ils s’en fichent… Ils ont bien trop envie…

- T’as entendu comment elle a crié ?…
- Ben oui !… Je suis pas sourde…
- Faudrait qu’on puisse les voir…
- Avec la porte qu’il y a tu peux toujours courir…
- Et en se cachant au-dessus ?… Avant qu’ils arrivent… On pourrait tout regarder de là-haut…
- C’est drôlement risqué… S’ils nous découvrent…
- Il y a aucun danger… Et puis même !… Qu’est-ce tu voudrais qu’ils fassent ?…
- Qu’ils le disent à maman… Et alors là !…
- Tu vois toujours tout en noir, toi, de toute façon !…

- Bon, alors ?… Qu’est-ce qu’ils font ?… Tu vas voir qu’ils vont pas venir… Justement aujourd’hui qu’on les attend…
- Chut… Chut… Je crois que les v’là !…

Ils se sont enlacés, embrassés. Paul a plongé la main dans le corsage de Toinette, en a extirpé un sein. Tout blanc. Tout veiné de bleu. L’autre. Il a enfoui sa tête sous sa robe. Ca a moutonné. Elle a rejeté la tête en arrière. Respiré plus fort. Plus vite. Manon s’est penchée. Encore. Encore…
- Attention !… Attention… Tu vas…
Et elle est allé atterrir en dessous, dans le foin, juste à côté de Toinette qui a poussé un hurlement de terreur. Paul s’est précipitamment extirpé de sous sa robe, l’air hagard…
- Qu’est-ce que ?… Tiens, tiens !… Mais c’est l’une de nos petites demoiselles !… Et celle qui rapporte à maman en plus !… Qu’est-ce qu’elle fait là ?… Sa petite curieuse ?…
- Non… Non… Je suis tombée…
- Oui, ben ça on a vu !…
Il l’a prise par le bras, aidée à se relever…
- Bon, et maintenant on fait quoi ?…
Rien. Rien du tout. Elle allait s’en aller. Les laisser. C’était l’heure. Et si elle arrivait en retard… Alors là si elle arrivait en retard !…
- Tu comptes quand même pas t’en tirer comme ça ?…
Ben si, si !… Elle comptait… Qu’il la lâche maintenant… Fallait vraiment qu’elle parte…
- Eh bien vas-y !… Pars !…
Il l’a lâchée…
- Et nous, pendant ce temps-là, on va aller trouver Madame et lui expliquer à quoi s’occupe sa grande fille – dont elle a si haute opinion – dès qu’elle a le dos tourné… Elle sera très certainement ravie…
- Oh non !…
Il a échangé quelques mots tout bas avec Toinette…
- A moins que… on règle ça ici… gentiment… entre nous… Une bonne fessée te ferait pas de mal, nous, on trouve… D’autant que t’as l’habitude… On a vu ça l’autre jour…(*) Hein ?!… Qu’est-ce que t’en dis ?…
Rien. Elle en a rien dit. Rien du tout. Mais elle s’est allongée sur le ventre, elle a remonté haut sa robe et elle a attendu…
- Ah, elle le prend comme ça !… Ah, elle en veut !… Eh ben elle va en avoir !… Elle va s’en souvenir…

Ils se sont agenouillés, chacun d’un côté, et ils ont tapé. A quatre mains. Tambouriné. Paul le bas des fesses. Toinette le haut. Ils y mettaient tout leur cœur, s’encourageaient parfois l’un l’autre brièvement d’un regard. Manon, elle, avait enfoui la tête dans le foin et laissait de temps à autre échapper un long gémissement sourd accompagné d’un haut soubresaut du derrière. De plus en plus hauts les soubresauts. De plus en plus rapprochés les gémissements. Une dernière salve. A tout va. Ils se sont relevés…
- Recommence pour voir !…
Et ils se sont éclipsés…

- T’as mal ?…
- Evidemment que j’ai mal… T’aurais pas mal, toi ?…
- Comment c’est rouge !… Jamais je te l’ai vu aussi rouge…
- En tout cas, c’est pas pour te vexer, mais comment ils s’y prennent bien mieux que toi…
- Parce qu’ils étaient deux… Et qu’il y avait un homme… Et qu’ils tapaient fort…
- Peut-être… Je sais pas… Mais c’était pas du tout pareil les sensations… Ca ressemble absolument pas à quand nous on se le fait… Mais tu verras toi-même… Parce que c’est ton tour la prochaine fois…
- Oui, oh, alors ça !…
- Si tu tombes pas de toi-même je te pousse…
- Encore faudrait-il qu’on y retourne…
- Tu en doutes ?…


(*) voir Escobarines : La toilette

Escobarines: Soirée pyjama





Ca faisait des années et des années que Cynthia et Camille n’avaient pas passé leurs vacances en Creuse, chez leur cousine Ophélie, et elles étaient bien décidées à en profiter… On allait voir ce qu’on allait voir !… Alors là !…

Elles avaient vite déchanté…
- Ce que c’est nul ici !… Il y a rien à faire…
- Oui… Il y a que des vaches… Et des arbres… On a passé l’âge…
- Et tu restes toute l’année là, toi, Ophélie ?… C’est dingue !… On pourrait jamais, nous !… Qu’est-ce que tu dois t’emmerder !…
- Un peu, mais bon, j’ai l’habitude…

Elles prenaient la voiture de Camille…
- Pourvu qu’elle nous lâche pas en route !…
Et faisaient un saut en ville…
- Si on peut appeler ça une ville !…
Où elles traînaient leur ennui une heure ou deux avant de rentrer s’installer devant la télé…
- Encore heureux qu’on ait ça…
Tante Muriel bondissait…
- Vous pouvez pas aller profiter du bon air plutôt, non ?… Vous êtes blanches comme des Efferalgan… Ah, elle va être contente votre mère si je vous renvoie là-bas comme ça !…

Il y avait même pas de mecs potables en plus !… Enfin si, il y en avait un…
- Un pour trois c’est maigre !…
Il y en avait un, un vacancier, - Kevin il s’appelait - qui passait ses journées à briquer sa belle voiture toute neuve… Elles ont fait mine de s’y intéresser…
- C’est quoi comme marque ?… Il y a combien de chevaux là-dessous ?… Ah oui ?!… Et ça monte à combien ?… Oh, ben dis donc !… Tu nous emmènes faire un tour ?…
Il voulait bien, oui… Il a fait ronfler le moteur, poussé des pointes à 150 dans les lignes droites, fait crisser les pneus dans les virages…
- Tu nous la laisses essayer ?…
- Hein ?!… Non, mais ça va pas !… Vous savez pour combien il y en a là-dedans ?!

Tous les jours…
- Allez, quoi !… Tu peux bien !… On va pas te l’abîmer ta caisse…
- Non, non et non !… Comment faut vous le dire ?…
Pendant une semaine… Et puis, le mardi…
- Tiens, il est pas là ?… Il est où ?…
La voiture, elle, elle était là… Et les clés dessus… Elles n’ont pas hésité… Elles s’y sont engouffrées… Camille a pris le volant et… route…
- Chacun son tour de frimer…

A Guéret Cynthia a imploré…
- Tu me laisses conduire ?…
- T’as pas le permis…
- Je l’ai presque… J’ai plus que deux leçons à faire…
- Bon, mais alors tu fais gaffe… Tu fais hyper gaffe…
- Mais bien sûr, attends, tu me connais !… Première… Seconde… Troisième…
C’est parti en trombe…
- Pas si près !… Pas si près !… Tu vas… Elle a… Cinq….
Six voitures en stationnement consciencieusement tamponnées les unes après les autres… Tout s’est arrêté dans la vitrine d’un fleuriste…
- Ben, nous v’là propres !…

Ce sont les gendarmes qui les ont ramenées…
- Ca ira au tribunal, Madame Munier… Forcément… Et vous comprenez bien que dans un cas comme ça les assurances…
Elle les a raccompagnés, s’est attardée avec eux au portail, est revenue…
- Allez vous mettre en pyjama… Je vous attends…

- Pourquoi en pyjama ?… Qu’est-ce que ça veut dire ?…
Ophélie a soupiré…
- Ca veut dire qu’on va y avoir droit… Je la connais…
- Y avoir droit ?… Mais avoir droit à quoi ?…
- Une fessée…
- Une fessée ?… Non, mais ça va pas ?… Elle est pas bien ?!…
- Faut reconnaître… On l’a bien un peu méritée, non ?…
- Ben… Un peu, oui, quand même !…
- Elle tape fort ?…
- Ca dépend… Ca dépend des fois… Mais là… Elle va pas nous louper…

- Vous êtes fières de vous ?!… Des gamines !… De vraies gamines… Non, mais qu’est-ce que vous avez dans la tête, hein ?!… Est-ce que vous vous rendez seulement compte de ce que vous avez fait ?… Je suis sûre que non… Eh bien répondez !…
- Si !…
- Si… C’est tout ce que vous trouvez à dire… Je vais vous la plomber la cervelle, moi, vous allez voir !… Venez ici !… Toutes les trois… Le nez contre le mur… Allez !… Là… Baissez vos pyjamas !… Elles l’ont fait… En se coulant l’une l’autre des regards de côté…
- Jusqu’en bas… J’ai dit : jusqu’en bas… Voilà… Elle a commencé par Ophélie… Qui a dansé d’un pied sur l’autre… Qui a un peu crié à la fin… Et puis Camille… Lentement… Méthodiquement… Camille qui a plaqué ses deux mains contre le mur… Qui se jetait en avant à chaque claque… Qui a un peu gémi… Cynthia ça a été plus long… Plus appuyé… En pluie… A toute allure… Elle a crié… Elle a supplié…
- Assez, Tatie !… Assez !… Je le ferai plus… Je te promets…

- Là… Et vous restez comme ça… Kevin va arriver… Que vous lui présentiez vos excuses… C’est la moindre des choses quand même, non ?

Escobarines: Ping pong





- Merci…
- De rien…
- Depuis le temps que je rêvais d’en recevoir une là !… Dans cette salle… Et comme ça… A la raquette…
- Eh bien tu vois, c’est fait !…
- C’est plein de souvenirs ici pour moi… Si tu savais tous les matches que j’y ai disputés… Les heures d’entraînement que j’y ai passées… Et toutes les fessées que j’ai rêvé d’y recevoir… Dix mille fois il m’en a menacée monsieur Bertin… Devant tout le monde… Juste menacée… Mais alors là avec un air, mais un air !… Ca me mettait dans un état !… Et le soir, dans mon lit, j’imaginais qu’il le faisait vraiment… Avec tous les autres autour qui rigolaient tant qu’ils pouvaient… Tu crois qu’on a pu entendre dans les vestiaires à côté ?…
- Ca fait pas l’ombre d’un doute !… Ca te résonne d’une force là-dedans !… Et vu comment tu gueulais !… En plus !…
- Tant que ça ?… C’est vrai ?…
- Impressionnant !…
- Je me suis pas rendu compte… Oh, mais de toute façon, à cette heure-ci, il y a plus grand monde…
- Ca bougeait quand même !… Il y avait des portes qui claquaient… Des gens qui parlaient… Qui riaient… Tout près même à un moment… Juste derrière la porte…
- J’ai pas fait gaffe… J’entendais rien… J’étais bien trop… Oh là là !… Et s’ils étaient rentrés ?… La honte !…
- Tu savais qu’il y avait un risque quand même !… Me dis pas que tu le savais pas…
- Ben oui !… Si !…
- Et c’est même ce qui rendait la situation tout particulièrement excitante, non ?…
- Mais il y a eu personne… Heureusement !… Comment je me serais sentie mal à l’aise… C’est un truc, ça, à jamais pouvoir t’en remettre…
- Ca peut encore arriver… On peut encore entrer… C’est ça que tu attends ?…
- Hein ?… Non… Pourquoi ?…
- Ben pourquoi tu te reculottes pas alors ?…
- Ah oui !… Si… Non… Je sais pas…
- Mais reste !… Reste comme ça… Tu aimes ça jouer avec le feu, hein ?…
- J’adore…
- Tant que tu te brûles pas…

- Bon, alors toi, tu crois qu’on a entendu ?…
- J’en suis sûre…
- Oui… Oui… Mais de toute façon on peut pas savoir que c’est moi… Personne nous a vu entrer ici… Et pour reconnaître une voix quand on crie…
- Entrer, non… Mais attendre qu’on sorte, au détour d’un couloir, pour savoir à qui appartient ce petit derrière qui s’égosillait à être aussi ardemment tambouriné pourquoi pas ?…
- J’avais pas pensé à ça… Mais c’est horrible !… Je vais jamais oser repartir…
- Il va bien falloir pourtant !…
- Tu voudrais pas aller voir, toi, s’il reste personne ?…

- T’as bien regardé partout ?…
- J’ai ouvert toutes les portes… Je suis sortie… Il y a plus âme qui vive… Nulle part… La voie est libre… C’est l’occasion ou jamais…
- L’occasion de quoi ?…
- D’aller faire un petit tour, le derrière à l’air, dans les couloirs… Me dis pas que tu y as jamais pensé… Que t’en as jamais rêvé…
- Si, mais… Et si il y a quelqu’un qui revient ?…
- A cette heure-ci ?… Il y a une chance sur mille…
- Oui, bon, mais alors on se dépêche, hein !… Et on fait juste le premier couloir, c’est tout…

- Tu vois bien qu’il y a personne…
- Oui… Comment c’est trop de se balader là comme ça… Alors que les autres jours t’as plein de monde qui circule dans tous les sens… Quand je vais y penser en repassant là demain avec tous les autres… Tu peux pas savoir ce que ça me fait… Oh, mais on peut bien continuer un peu finalement…
Un autre couloir. Celui des douches. Un autre encore.

Ca a été au retour. Le dernier coude avant la salle de ping pong. Elle a fait un bond en arrière en poussant un hurlement. Il lui a jeté un regard d’abord stupéfait…
- Yseut !… Mais qu’est-ce que vous faites là ?…
Et puis incrédule…
- Alors là c’est la meilleure !…
Il l’a sévèrement toisée…
- Non, mais tu te crois où ?… Qu’est-ce que c’est que cette tenue ?
Fermement agrippée par le bras…
- Depuis le temps que je te promets une fessée cette fois tu vas pas y couper…
Il a tendu le genou, l’a fait basculer…
- Oh, mais ça a déjà été fait, on dirait !… Eh bien on va en rajouter une couche… Et une bonne…

Escobarines: La fessée de Rolande





- Vous venez ?…
A l’écart, là-bas, sous la fûtaie…
- Ca approche… Dans quinze jours ce sera fait… Je serai Madame Dorlandier…
- Et ça ne t’effraie pas ?…
- Un peu, si !… Mais enfin Charles est d’une telle délicatesse à mon égard… Il se montre si empressé, si attentif au moindre de mes désirs que j’aurais mauvaise grâce à redouter sérieusement quoi que ce soit… Non… Si je devais nourrir une quelconque appréhension ce serait celle de le décevoir, moi, de ne pas être pour lui l’épouse attentionnée et dévouée qu’il est en droit d’espérer…
Un geai des bois s’est brusquement élancé d’un taillis dans un grand froissement d’ailes…
- Vous avez vu ?… A notre droite il est passé… D’après les Romains c’est un bon présage… Excellent même…
- Vous vous rappelez les cours de latin au couvent avec sœur Cunégonde ?… Ce qu’on pouvait se moquer d’elle quand on était sûres qu’elle ne nous voyait pas…
- Et sœur Pétronille au dortoir… Qui, à peine couchée, ronflait comme un sonneur…
- Ca nous arrangeait bien… On pouvait discuter tant qu’on voulait…
- Des nuits on y passait… A imaginer notre vie future… A nous demander comment seraient nos maris… A nous raconter encore et encore le jour de nos noces… J’étais supposée devoir convoler la dernière… Puisque j’étais la plus jeune… Vous me juriez que vous me diriez… Que vous me raconteriez… Vous ne pourrez pas : en fin de compte je suis la première… Faudrait pourtant bien que quelqu’un me dise… Parce que c’est vraiment la seule chose qui me fasse peur…
- Ta mère ?…
- Oui, oh, ma mère… Elle a pris son air pincé et elle m’a juste dit qu’on ne devait pas parler de ces choses-là… Jamais… Que c’était immoral… Et qu’il devait me suffire d’aimer très fort mon mari… Je l’aime… Evidemment que je l’aime, mais…
- Il y a ta sœur…
- Elle, elle a fini par consentir à me marmonner, du bout des lèvres, que c’était jamais une partie de plaisir, mais qu’il fallait en passer par là si on voulait donner des enfants à son mari… Ca doit faire épouvantablement mal… Je suis sûre que ça fait mal… C’est pour ça que personne veut en parler à l’avance… Un jour j’ai entendu une fille raconter à une autre que ça devenait très gros la chose des hommes… Enorme même des fois… Alors forcément…
- Mais non !… Ca fait pas si mal que ça !…
Hein ?!… Mais qu’est-ce que j’en savais, moi ?…
- Tu peux pas savoir… T’es pas mariée…
J’étais pas mariée, non, mais…
- Eh ben alors !…
Eh ben alors je savais quand même que ça faisait pas forcément si mal que ça… Et que même quelquefois ça pouvait faire du bien…
- Du bien ?… Comment ça du bien ?…
- Du bien… C’est difficile à expliquer… Ca dépend comment il s’y prend l’homme… S’il se dépêche ou pas…
- Moi, j’aimerais mieux qu’il se dépêche… Plus vite il en aura fini… Parce que rien que l’idée de ce que c’est comment ça me dégoûte !…
- Tout le monde ça dégoûte… Il y a personne qui peut trouver ça agréable… Personne…
- Mais si !… S’il caresse avec sa main… Avec ses doigts… A des endroits…
- Non, mais ça va pas ?!… Moi, je veux surtout pas qu’il me touche là !… En plus !… Dejà que de le laisser me mettre sa chose…
- C’est pas vrai n’importe comment ce qu’elle raconte… Elle invente…
- Bon, mais nous on retourne là-bas… Tu viens pas ?…
- Non… Tout à l’heure je viendrai…

J’ai attendu qu’elles aient disparu. Elle était là, serrée bien au chaud contre mon sein. Sa lettre. Lue et relue. Sue par cœur. Je l’ai couverte de baisers. Rodolphe. Ce soir il serait là. Quand tout le monde serait couché je le rejoindrais, en secret, au fond de l’orangerie. Il y aurait ses yeux. Il y aurait ses baisers. Il y aurait tout lui. Nos étreintes. Nos sanglots de bonheur…

- Tu as menti… Elles l’ont toutes dit… Maman… Tante Alice… Tante Berthe… Toutes… Et que tu parlais sans savoir… Comme d’habitude…
- Quant à grand mère elle est furieuse contre toi… Elle a répété au moins vingt fois que si on l’avait écoutée on n’en serait pas là… Qu’on t’a laissé passer beaucoup trop de choses… Et qu’il serait temps d’y mettre bon ordre si on veut éviter que tu tournes mal… Très très mal…
- On peut rien vous dire à vous… Faut toujours que vous alliez tout répéter…
- Mais si on peut nous dire, si !… A condition de pas inventer n’importe quoi…
- En attendant elles veulent que tu viennes !… Et tout de suite…

- Vous pouvez m’expliquer ce qui vous est passé par la tête, Rolande ?… Aller imaginer de telles sottises !… Eh bien répondez !…
- Je ne sais pas, mère…
- Vous ne savez pas… Eh bien moi, je sais… Ce sont ces livres dans lesquels vous passez le plus clair de votre temps qui vous montent à la tête… Mais nous allons y mettre bon ordre, croyez-moi !… Et pour commencer interdiction absolue de vous rendre seule dorénavant dans la bibliothèque de votre malheureux père…
- Oh non !… S’il vous plaît, mère, non !…
- C’est une décision que votre précepteur, s’il m’avait écoutée, aurait dû prendre depuis longtemps… Une femme ne lit pas… Une femme n’a pas à lire… Il doit lui suffire de savoir tenir sa maison en ordre et assurer à son mari l’existence la plus harmonieuse et la plus paisible possible… Non ?… Vous n’êtes pas de cet avis ?…
- Si !… Bien sûr que si, mais…
- Mais ?… Mais quoi ?… Il n’y a pas de mais qui tienne… Vous filez un mauvais coton, Rolande, un très mauvais coton… Et il est plus que temps de vous ramener à de meilleures dispositions… Alors vous allez commencer par vous excuser auprès de Jeanne et de Léonie de leur avoir tenu des propos aussi inacceptables qu’éloignés de la vérité… Allez !…
- Pardon, Jeanne !… Pardon, Léonie !…
- Bien… Votre confesseur, quand vous lui aurez avoué votre faute, ne manquera pas de vous imposer la pénitence appropriée… Quant à moi, je manquerais à tous mes devoirs si je ne vous sanctionnais pas, de mon côté, comme vous le méritez… Vous savez comment, n’est-ce pas ?…
- Oui, mère…
- Eh bien alors approchez !…
- Oh, mère !…
- Oui ?…
- Non, rien, mère… Rien…
- A la bonne heure… Vous devenez raisonnable… On va vous le faire devenir davantage encore… Allons, troussez-vous !… Très bien… Approchez !… On va vous installer… Mais vous savez… Vous n’êtes pas une débutante… Là… Vous êtes prête ?…