samedi 4 décembre 2010

Escobarines: Sortie de bain





En vacances il était absolument hors de question que nous échappions, ma cousine Joséphine et moi, à la sacro-sainte sieste du début d’après-midi. Malgré notre âge tante Alice en avait décidé ainsi et on ne s’élevait pas – jamais – contre les décisions de tante Alice. Nous ne dormions évidemment pas – nous n’avions pas le moins du monde sommeil – mais nous en profitions pour nous faire nos confidences et rêver tout haut à un avenir tout enrubanné de bonheur.

Ce fut par un bel après-midi de Juillet. Le temps était si radieux, le ciel si bleu que nous n’avons pas pu y tenir : nous nous sommes discrètement faufilées dans le parc. Pour peu que nous ayons regagné notre chambre à quatre heures personne – nous en étions convaincues – ne s’apercevrait de rien. Au-delà du parc c’était la forêt. Et au-delà encore s’étendait un petit lac que nous avions entraperçu une fois ou deux en accompagnant oncle Gontran au cours de sa traditionnelle promenade matinale. Il nous était formellement interdit de franchir seules les limites de la propriété, mais qui le saurait ?

- Et si on se baignait ?…
- Hein ?… Oh non, non !… C’est bien trop dangereux… Si jamais quelqu’un arrive !…
- Qui veux-tu qui vienne ?… Il passe jamais personne par ici… Moi, j’y vais…
Et elle s’est déshabillée. Complètement. Elle est entrée dans l’eau. Elle a disparu derrière un petit mur de roseaux…
- Allez, viens !… Si tu savais comme l’eau est bonne…
Je l’y ai rejointe…

Nous étions séchées, rhabillées et rentrées à temps. Personne ne s’était rendu compte de rien. Personne ne saurait rien. C’est en tout cas ce dont nous étions toutes les deux persuadées…

L’orage a éclaté le lendemain un peu avant midi. Toute la matinée il y avait eu des coups de sonnette, des allées et venues auxquelles nous n’avions pas prêté la moindre attention. C’est Sylvaine, la femme de chambre, qui est venue nous chercher juste comme nous finissions de nous apprêter pour le déjeuner…
- Madame vous attend dans le petit salon…
- Dans le petit salon ?!… Hein ?… Mais pourquoi, Sylvaine ?…
Elle ne savait pas. Ou elle n’a rien voulu dire. Le petit salon, ce n’était pas bon signe. C’était même, le plus souvent, très mauvais signe…

- Où étiez-vous hier ?…
Tante Alice, manifestement furieuse, ne nous a seulement pas laissé le loisir de répondre…
- Et dans le plus simple appareil !… C’est une honte !… Un scandale !… Ah, vous pouvez être fières de vous : vous êtes totalement perdues de réputation… Est-ce que vous vous rendez seulement compte que tout le monde fait des gorges chaudes de la façon inqualifiable dont vous vous êtes comportées ?… J’ai un rang à tenir, moi, ici… Et je ne tolérerai pas que ma propre fille… que ma propre nièce me fassent ouvertement honte devant toute la ville… Je vais vous en faire passer l’envie, moi, mes petites, vous allez voir… Déshabillez-vous !… Eh bien ?!… Qu’est-ce que vous attendez ?… Vous ne faisiez pas tant de manières hier quand il s’agissait de vous dénuder au su et au vu de tout le…
- Mais il y avait personne !…
- La preuve !… Et quand bien même il n’y aurait eu personne !… Est-ce ainsi que je vous ai éduquées ?… Sont-ce là les principes de pudeur que je vous ai inculqués ?…

Elle a commencé par Joséphine. Qui s’est laissé basculer sur ses genoux sans mot dire. Sa tête a brinquebalé en cadence. L’une de ses jambes a battu éperdûment la mesure sur le plancher…

- A ton tour, toi !…
Sa main s’est posée sur mon postérieur, ne s’est pas élancée tout de suite…
- Quand je pense à ta pauvre mère… A qui j’ai juré, sur son lit de mort, de te donner la meilleure éducation qui soit… Ah, elle serait contente !… Elle serait fière de toi !…
La première claque m’a arraché un gémissement… Les suivantes des cris…

- Venez !…
Sans nous laisser nous rhabiller elle nous a entraînées dans le jardin. Jusqu’au portail qui donne sur le petit chemin derrière… Elle l’a ouvert… Elle nous a poussées dehors…
- Oh, non !… Pas comme ça !…
- Comme ça, si !… Je veux qu’on sache que vous avez été punies… Et comment… Je ne veux pas qu’il puisse se dire que vous n’êtes pas sanctionnées comme il se doit quand vous l’avez mérité… Ni que je porte la moindre part de responsabilité dans le comportement inacceptable qui a été le vôtre… Allez, en route !…
Elle nous a saisies chacune par un coude. Fermement. On s’est dissimulées comme on a pu. De nos bras. De nos mains. Au loin quelqu’un a appelé son chien. Après le tournant, à hauteur du grand chêne, l’église et les premières maisons étaient là, tout près. J’ai frémi. Elle s’est arrêtée…
- Bon, mais pour cette fois, la leçon sera suffisante… Pour cette fois…
Et elle nous a fait faire demi-tour…

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