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dimanche 5 janvier 2014

La passion de Madame la Directrice



– Je peux te parler ?
Bien sûr qu’elle pouvait me parler Camille… Bien sûr…
– Mais pas ici… Pas sur le parking du boulot… Rendez-vous dans dix minutes sur celui du stade…

Elle s’est garée… Est montée, d’autorité, à mes côtés…
– Ça doit te surprendre, non ?
– Un peu…
– Parce qu’on a toujours eu d’excellents rapports, toi et moi… De collègue à collègue… Mais ça s’arrête là… Et ça devrait d’ailleurs normalement s’arrêter définitivement là… Je suis virée…
– Hein ? Mais pourquoi ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
– C’en est une longue d’histoire… Est-ce que je peux te faire confiance ? Est-ce que tu peux me jurer que tout ce que je vais te dire là restera strictement entre nous…
– Tu as ma parole…
– Personne l’a su, mais je suis sortie avec son fils à la mère Boudet…
– Ah…
– Et elle a pas supporté… Son fils chéri… Avec l’une de ses employées ! Et puis quoi encore ! Elle a fait tout ce qu’elle a pu – je te passe les détails, mais vraiment tout ce qu’elle a pu – pour nous séparer… Et forcément, au bout du compte, elle y est arrivée…
– Ça peut peut-être se rattraper…
– Oh, non ! Non… Après ce qu’on s’est dit, non… C’est plus possible… Et puis de toute façon j’ai pas envie… Affaire classée… Ça aurait pu en rester là, mais elle s’acharne contre moi l’autre salope… Et elle me vire… Elle me fait payer d’avoir osé lever les yeux sur fiston adoré…
– Mais on fout pas les gens dehors comme ça enfin ! Il y a des lois…
– Oui, oh, alors ça !
– Faut pas te laisser faire… Faut porter plainte… Faut… Et elle a inventé quoi comme prétexte ?
– Je l’aurais volée…
– Elle a pas de preuves…
– Si ! Inventées de toutes pièces, mais elle en a… Elle m’a piégée en fait… La camera de surveillance me montre en train de fouiller dans les tiroirs de son bureau… Sauf que c’est elle qui m’y avait envoyée… Chercher un soi-disant bordereau URSSAF… Qui s’y trouvait évidemment pas…
– Oh, la garce !
– Ça, tu peux le dire…
– Oui, mais quand même… Au tribunal…
– Tu parles ! Avec un atout comme ça dans sa manche… Et puis, à supposer que je finisse par être complètement blanchie, tu sais comment sont les gens… « Il y a pas de fumée sans feu… » Tout ça… La réputation de petite voleuse je vais me la traîner jusqu’à la fin de mes jours…
– Il y a pas de solution, quoi !
– Pas vraiment, non…
– Et tu comptes faire quoi ?
– Pour le boulot je sais pas encore… Faut que je voie… Mais pour elle, elle l’emportera pas au paradis, ça, c’est sûr… Je vais la faire payer… D’une façon ou d’une autre je vais la faire payer… Cher… Très cher…
– Comment ? T’as une idée ?
– Oh, que oui ! Et… éventuellement… tu m’aiderais ?
– Si je peux… Et si ça doit pas me poser de problèmes…
– Ça t’en poserait pas, non… Au contraire… Ça te mettrait en position de force…
– En position de force ? Explique !
– Notre chère directrice, responsable de l’une des plus grandes succursales de l’enseigne, l’irréprochable Madame Boudet – à qui on donnerait le bon Dieu sans confession – éprouve une véritable passion pour la fessée…
– C’est pas vrai ! Tu sais ça comment ?
– Un jour que j’étais chez elle – en son absence : j’étais formellement interdite de séjour – et que fiston dormait du sommeil du juste j’ai un peu visité son ordinateur… Et comme je suis pas née de la dernière pluie, que je me laisse pas abuser par des titres de dossiers rébarbatifs – ce sont souvent les plus intéressants – j’ai fait des découvertes passionnantes… et très édifiantes… Non seulement Madame collectionne les photos de culs rougis – il y en a des centaines – mais s’épanche généreusement sur un forum qui s’est fait une spécialité de cette retentissante passion…
– Je te crois, mais…
– Mais t’as du mal… Je te comprends… On l’imagine mal dans le rôle… Tu veux des preuves ? Tiens ! T’as tout là-dessus… L’adresse du forum… Son pseudo… Le mien… Parce qu’évidemment, du coup, j’en ai créé un… Et ce qui serait bien…
– C’est que moi aussi je m’inscrive…
– Voilà, oui…
– Pour ?
– Tu devines pas ?
– Ben oui… Si ! Seulement…
– Mais essaie ! Essaie ! Je suis sûre que ça va le faire…



2 –

– Camille ? C’est moi, Baptiste… Tu m’avais dit de t’appeler quand je m’inscrirais… Alors voilà j’y suis…
– Oui… T’as mis quoi comme région ?
– Rien encore… Je t’attendais…
– Mets pas Périgord, hein, surtout ! Jamais elle entrera en contact avec quelqu’un du coin… Dans sa position c’est beaucoup trop risqué…
– Je mets quoi alors ?
– Fais comme elle… Ile-de-France… C’est anonyme là-bas… Il y a tellement de monde… Et pour l’âge indique pas le vrai ! Que ce soit dans sa tranche à elle… Aux alentours de la cinquantaine… Par là… Il y aura pas mèche sinon… Reste la présentation…
– Oui… Alors ça !
– Faut faire le plus simple possible… Dire que ça t’a toujours passionné, mais surtout pas que tu cherches des rencontres… D’entrée de jeu, comme ça, ce serait dissuasif… Par contre laisse quand même entendre que tu as un tant soit peu d’expérience… Ça le fera pas non plus sinon…
– C’est bien compliqué…
– Mais non ! Laisse en blanc pour le moment… Je m’en occuperai si tu y arrives pas…
– Et après ? Une fois que ce sera rempli tout ça je fais quoi ? Je la contacte en MP ?
– Oh, la la, non, malheureux ! Une femme c’est des dizaines de messages qu’elle reçoit en MP… De types pressés et généralement pas très malins… Si t’attaques comme ça, à peine arrivé, tu te grilles direct… Non… Reste consciencieusement en public… Piste-la sur les différents fils… Réponds à ses messages… Et attends… Laisse venir… Ça se décantera tout seul…



– J’arrive pas à y croire… T’es vraiment sûre que c’est elle Martina ?
– À 100%…
– C’est complètement fou… Je la regardais encore ce matin en remettant les trucs en rayon et je me disais que peut-être là-dessous si ça tombe il y en avait une toute neuve d’hier soir…
– Peut-être… C’est pas impossible…
– Et tu te rends compte ? La directrice… Non, mais qui c’est qu’irait penser un truc pareil ? Elle qu’est si… Qu’à peine tu oses lui adresser la parole…
– C’est peut-être pour ça justement… Ça rétablit l’équilibre…
– J’ai lu ce qu’elle a écrit sur le forum… Tout… Ben dis donc ! Elle en a reçu un sacré paquet de fessées… Et par tout un tas de types…
– Oui, ben alors là détrompe-toi ! Elle en a jamais reçu… À part celles qu’elle se donne à elle-même… Et ça, par contre, apparemment c’est très souvent…
– Mais alors ce qu’elle raconte…
– C’est tout inventé… Fantasme, fantasme et encore fantasme…
– Mais comment tu sais ça ?
– C’est pas d’hier que je dialogue avec elle en MP… Ça fait des semaines… Dès que j’ai eu découvert le pot-aux-roses j’ai couru m’inscrire… Si elle savait que la Herberte à qui elle fait si complaisamment ses confidences n’est autre que la petite vendeuse qu’elle vient de flanquer à la porte comme une malpropre !
– Oui, mais alors si ça l’intéresse pas de s’en prendre vraiment des fessées… si elle préfère inventer… à quoi je vais servir, moi, là-dedans ?
– Oh, que si ça l’intéresse ! Si ! Seulement elle hésite à sauter le pas… Pour des tas de raisons… Peur de tomber sur un sauvage… Peur d’être déçue… Peur de se voir telle qu’elle est aussi… Du coup elle se rabat sur des fantasmes, mais je peux te dire que le jour où elle se sentira vraiment en confiance avec un mec alors là… Ce jour-là… Il faut que ce soit toi… Il faut absolument que ce soit toi… Ce sera toi…



– Ça va les trucs que j’ai mis sur le forum ?
– Impeccable… Tu me surprends même… Parce qu’entrer dans la peau d’un type qu’a le double de ton âge, c’est pas forcément évident… C’est de la corde raide… Tu t’en sors très bien, moi, j’trouve…
– Franchement ça me plaît bien cette histoire… Et puis alors la perspective de flanquer une fessée à la mère Boudet ! J’en ai rêvé cette nuit… Tu crois qu’on y arrivera ?
– Il y a pas de raison… Si on s’y prend bien il y a pas de raison…
– Sauf que quand elle va s’apercevoir que c’est moi elle va se défiler, non ?
– Elle pourra pas… Elle sera prise au piège… Si elle veut que tu te taises…



3 –

– J’ai reçu un MP… D’elle…
– C’était couru… Je lui ai dit qu’on correspondait tous les deux… Alors forcément elle allait t’en envoyer un… En tout cas elle s’est bien gardée de m’en parler… On ferait ses petits coups en douce, Madame Boudet ? Bon, mais vas-y ! Lis-moi ça !
– « Oteka, bonjour ! Je viens seulement de réaliser… Votre pseudo… Je viens seulement de réaliser que c’est tout simplement la translation d’OTK… Une des positions… Non… LA position que je préfère quand il s’agit d’offrir mes fesses à une main habile et vigoureuse qui va s’employer à les réchauffer… En attendant vous savez que vous êtes très agaçant ? Si, si ! Parce que, dans vos posts sur le forum, vous procédez systématiquement par allusions, voire même par semi allusions… Vous laissez entendre, mais vous ne dites jamais… Et c’est  terriblement frustrant… C’est quoi ces expériences qui ont eu tellement compté pour vous… On a envie de savoir… Moi, en tout cas, j’ai envie de savoir… Et ce ne serait que justice… Parce que je raconte… Je raconte… Tout… Ou presque… Sans qu’en échange, de votre côté… Allez, un petit effort, quoi ! Martina… »
– Tu parles qu’elle raconte… Elle invente, oui… Bon, mais en attendant le poisson est en train de mordre… T’as répondu ?
– Non… J’attendais d’avoir ton avis…
– Faut répondre… Faut absolument répondre… Et sans tarder…
– Et je dis quoi ?
– Ce qu’elle a envie d’entendre… Raconte-lui un truc… Tu vas bien trouver…



– Ça y est !
– Déjà ! T’as pas perdu de temps, dis donc ! Eh ben vas-y ! Je t’écoute…
– « Martina, bonsoir ! À un courrier comme le vôtre il n’y a guère d’autre réponse à apporter, en tout cas dans un premier temps, que de vous faire l’un de ces récits que vous réclamez à cor et à cri… Alors voilà… Je venais d’être embauché – j’avais tout juste vingt ans – chez un cuisiniste… Mon rôle consistait à accueillir la clientèle et à lui « faire l’article »… La secrétaire – une blonde d’une cinquantaine d’années, très coquette, qui tapait devis et factures dans le bureau voisin – avait supervisé au début et rassuré le patron : je m’en tirais fort bien… Il pouvait donc se consacrer exclusivement aux chantiers… Ce qu’il faisait… Et on ne le voyait réapparaître au magasin que sur le coup de cinq heures pour s’informer des ventes qui avaient été réalisées, des commandes qui avaient été passées et des coups de téléphone qui avaient été reçus… La secrétaire lui faisait un compte-rendu extrêmement détaillé qu’il ponctuait de petits grognements d’approbation… « C’est tout ? » C’était tout, oui… « Et Bérard, Magali ? Vous avez encore oublié d’appeler Bérard… » « Oh, bon sang, oui… » « Et le devis pour Marivier ? Ça aussi, vous avez zappé… C’est pas faute, pourtant, de vous l’avoir rappelé… » « Je suis désolée… » « Il y a des fessées qui se perdent… Ça fait un moment que je vous le répète, Magali, mais il y a vraiment des fessées qui se perdent… » Elle baissait les yeux, rougissait, souriait d’un air mi-contrit mi-amusé… « Vous étonnez pas si ça finit par vous arriver… À force de faire… » Elle me jetait un rapide regard par en-dessous… Détournait la tête… Et le lendemain soir à nouveau… »
– Ça va lui plaire… Alors là je peux te dire que ça va lui plaire…
– « Ça avait eu lieu… Je l’ai compris un matin que j’étais en avance… Ils ne m’avaient pas entendu arriver… « Faut croire que ça vous a pas suffi, Magali… Que vous tenez absolument à ce qu’on en remette une couche ce soir… » Elle a ri… D’un rire haut perché… A mollement protesté… Je me suis discrètement éclipsé pour ne faire ma réapparition qu’une dizaine de minutes plus tard… J’ai passé ma journée à l’observer… Du coin de l’œil… Elle en avait pris une… Ça faisait pas l’ombre d’un doute : chaque fois qu’elle s’asseyait, c’était du bout des fesses, avec une petite grimace… Il l’avait menacée de recommencer… Est-ce qu’il allait le faire ? Pour rien au monde je n’aurais voulu manquer ça… Alors ce soir-là… J’ai quitté le magasin le premier, comme je le faisais d’habitude pour me rendre, à pied, jusqu’à l’arrêt d’autocar, mais, très vite, je suis revenu sur mes pas… La fenêtre du bureau donnait, à l’arrière, sur un minuscule bout de terrain bordé par une haie derrière laquelle je me suis dissimulé… Et j’ai attendu… En vain… Ils ont parlé… Ouvert des tiroirs… Déplacé des dossiers… Ont finalement éteint la lumière et quitté les lieux… De fessée point… Je n’allais pas me décourager pour autant… Chaque soir, obstinément, je venais reprendre mon poste d’observation… Pour rien… J’allais renoncer quand enfin, un soir, ma patience fut récompensée… J’espère ne pas avoir lassé la vôtre, mais je tombe littéralement de sommeil… Alors, si vous le voulez bien, je reprendrai demain le cours de ce récit… Et je vous souhaite une excellente nuit… OTEKA »
– Génial ! Absolument génial de la faire mariner comme ça… On va y arriver… Je suis sûre qu’on va y arriver…



4 –

– Elle a répondu…
– Ah, ben ça !
– Et tout de suite… Il s’était pas passé cinq minutes…
– Ce qui prouve qu’elle était à l’affût… Bon, ben vas-y ! Lis-moi ça !
– « Vous êtes un pervers, mon cher Oteka… Me mettre l’eau à la bouche comme ça et me laisser en plan… Mais c’est de la torture… Vite… S’il vous plaît… Vite… Je brûle d’impatience de connaître la suite… Martina… »
– Et alors ? Tu comptes faire quoi ?
– Le mort… Deux ou trois jours…
– Parfait ! Excellent !



– Faut que je fasse gaffe quand même…
– À quoi ?
– J’arrête pas de lui mater les fesses au boulot… C’est plus fort que moi, je peux pas m’empêcher… Dès qu’elle se pointe… Comme si je pouvais voir à travers si elle s’en est flanqué une…
– Hier… Probable… Ça l’avait sûrement mise en appétit ton histoire…
– Si elle me prend sur le fait…
– Tu passeras pour un vilain petit cochon, mais elle sera à cent mille lieues de soupçonner la vérité…



– Et encore un MP… Où elle se plaint… Que je la laisse sans nouvelles… Qu’il fallait pas que je la commence mon histoire si je voulais pas la finir…
– Ce qui prouve que la mayonnaise prend… Mais faut peut-être pas trop faire traîner en longueur non plus…
– Justement… Justement… Écoute… « Désolé, ma chère Martina, de vous avoir fait aussi longtemps attendre, mais j’ai été pas mal débordé ces derniers jours… Ça se calme un peu on dirait et j’en profite pour venir terminer mon récit… Donc… Donc, un soir… Il faisait chaud… Vraiment très très chaud… La fenêtre du bureau était grande ouverte… Ils étaient seuls… Ils se croyaient seuls… Ils se faisaient face… Il avait l’air en colère… Très en colère… Il y avait des chances… Toutes les chances que… Alors j’ai pris des risques… Je me suis approché… Tout près… Au ras de la fenêtre… « Cette fois c’est plus possible, Magali… C’est vraiment plus possible… J’ai fait preuve, vous en conviendrez, d’infiniment de patience à votre égard… Vous vous étiez formellement engagée à faire des efforts… Vous en avez fait, c’est vrai… Qui n’ont guère duré qu’une petite quinzaine de jours… Le temps que s’estompe le souvenir de la fessée – amplement méritée – que je vous avais donnée… Alors je ne vois guère d’autre solution pour obtenir de vous que vous preniez à nouveau votre travail à cœur… Vous savez de quoi je veux parler, je suppose ? » « Oui… » D’une toute petite voix… En baissant la tête… Il n’y a que ça – c’est clair – qui soit efficace avec vous… Non ? Vous ne croyez pas ? » « Si ! » « Eh bien alors vous savez ce qu’il vous reste à faire… Allez ! » Elle n’a pas protesté… Elle a dégrafé sa jupe et elle s’est penchée, à l’équerre, sur la photocopieuse… Juste en face de la fenêtre… À deux mètres de moi… Elle a enfoui la tête dans ses bras… Et elle a attendu… »
– T’as une de ces façons de raconter… On s’y croirait…
– « M’obliger à en arriver là ! Une femme de votre âge… Vous n’avez pas honte ? » Elle avait honte, si ! Il lui a descendu sa culotte… À mi-cuisses… Des fesses amples… Majestueuses… Il a posé la main juste au-dessus… Au creux des reins… « Vous me promettez de faire des efforts ? Mais des vrais cette fois… Des qui durent… » Elle promettait, oui… Elle promettait… Il a disparu de mon champ de vision, y est presque aussitôt rentré avec une longue badine qu’il a fait claquer deux ou trois fois en l’air… À vide… Les fesses de Magali se sont contractées… Fermées… L’attente… Interminable… Et puis c’est tombé… Un coup sec… Un seul… Qui lui a arraché un cri… Qui a imprimé sur sa peau une longue traînée rosâtre… Il est allé lui murmurer, à l’oreille, quelque chose que je n’ai pas entendu… Et puis il est revenu taper… Une vingtaine de cinglées… Très espacées… Elle a crié… Elle a gigoté du derrière… De plus en plus fort… De plus en plus vite… Ça s’est arrêté d’un coup… Il a jeté la badine au loin… « Que ça vous serve de leçon ! » Et il est parti en claquant la porte… Sa voiture… Elle a attendu qu’elle se soit éloignée… Et puis alors sa main… Sa main entre ses cuisses… L’autre aussi… Comme ça… Toujours penchée sur la photocopieuse… C’est venu vite… Très vite… Elle a gémi… Elle s’est doucement plainte… « Oh, que c’est bon ! Que c’est bon ! Que c’est bon ! » Elle s’est lentement redressée… Brusquement retournée… Avant que j’aie eu le temps de me baisser… Elle m’a vu… »
– Extra ! J’en connais une autre qui va faire courir ses doigts ce soir quand elle t’aura lu…
– Tu crois ?
– Je crois pas… Je suis sûre…



5 –

– « Vous le faites exprès, hein, Oteka ? Vous le faites exprès… C’est pas possible autrement… Chaque fois vous vous arrêtez au pire endroit… Au pire moment… Elle vous a vu ? Elle a compris que vous aviez assisté à tout… Et alors ? Et après ? Il s’est passé quoi ? Elle a fait quoi ? Elle a réagi comment ? Et vous ? Vous ne me ferez jamais croire que vous êtes repartis tranquillement comme ça, chacun de votre côté… Comme si de rien n’était… Ah, non… Non…  Alors ne me faites pas languir… S’il vous plaît, Oteka… S’il vous plaît… »
– Le poisson est ferré… Maintenant suffit de pas mouliner trop vite… De pas chercher à le ramener prématurément sur la berge… Mais pour ça je te fais confiance… »



– « Eh bien, si, Martina ! Si ! Chacun est reparti de son côté… Moi, en tout cas, j’ai filé sans demander mon reste… D’instinct… Parce que je me sentais coupable… Coupable d’avoir été là… Coupable d’être resté là… Coupable d’avoir vu ce que je n’aurais pas dû voir… Et elle ? Elle, pendant ce temps-là, elle s’était précipitée, affolée, sur le téléphone… Elle avait appelé le patron… Pour le mettre au courant… J’avais assisté à tout… C’était épouvantable… Et si je parlais ? Si je racontais autour de moi ? Si ça revenait aux oreilles des ouvriers ? Elle n’avait plus qu’à disparaître… À aller se terrer quelque part au fond d’un trou … N’importe où… Tout cela je l’ai appris, le lendemain matin, de la bouche même du patron, hilare… « Jouons cartes sur table, Magali… Il a vu vos fesses… Et alors ? La belle affaire ! Ce sont pas les premières qu’il voit et ce seront pas les dernières… » Oui… Non… Mais ce qu’il y avait surtout… « C’est que je vous donne la fessée… Et que maintenant il le sait… Et qu’il sait que vous adorez ça… Bon, ben voilà… Au moins comme ça les choses sont claires… Pour tout le monde… Qu’est-ce qu’il y a encore ? Vous avez peur qu’il tienne pas sa langue, c’est ça ? Mais il dira rien… À personne… Hein, toi, que tu diras rien ? » J’ai promis… J’ai juré… « Bon, ben maintenant trêve de bavardages… Tout le monde au travail… On a assez perdu de temps comme ça… »
– Et tu t’arrêtes là ?
– Oh, non, non… Faut pas que ça devienne systématique non plus…
– Bon, ben continue alors !
– « On a passé la matinée chacun de notre côté… Elle, dans le bureau et moi au magasin… Pratiquement sans se parler… Juste le strict nécessaire… Aussi mal à l’aise l’un que l’autre… L’après-midi aussi… Jusqu’à ce qu’il rentre le patron… Et qu’il la rejoigne dans le bureau pour procèder à ses petites vérifications quotidiennes… « Ah, non ! Ça va pas, Magali… Ça va pas du tout… Mais où est-ce que vous aviez la tête aujourd’hui ? C’est encore pire que d’habitude… Faites attention… Faites très attention, Magali… Parce que ça pourrait bien encore vous arriver… Et cette fois votre jeune collègue ne se contentera pas de regarder… Il officiera… » « Oh, non ! Non… Pas lui ! Vous pouvez pas me demander une chose pareille… Pas lui ! » « Et pourquoi pas ? » « Mais c’est un gamin ! Je mourrais de honte… » « Eh bien alors vous savez ce qu’il vous reste à faire… Ou à ne pas faire… C’est selon… » Voilà, Martina, voilà… Vous allez sans doute être déçue – sans doute pas autant que je l’ai moi-même été – mais c’en est resté là… Il n’y a jamais eu d’autre fessée… Ni donnée par lui… Ni donnée par moi… Du jour au lendemain il n’a plus été question de rien… Plus la moindre allusion… Plus la moindre menace… Pourquoi ? Je n’ai pas de certitude absolue là-dessus, mais je crois, si je me fie à certains indices, qu’ils sont devenus amants – ce qui n’était pas jusque là le cas – et que les fessées il les lui a alors données chez lui… Ou chez elle… Exclusivement… Bien sûr je pourrais, pour les besoins de la cause, prétendre le contraire… Vous raconter que je l’ai fessée tant et plus… Inventer… Imaginer ce qui n’a pas réellement eu lieu… Mais non… Non… Ce n’est pas du tout mon mode de fonctionnement… »
– Et tiens ! Prends ça par les dents… Elle dont les soi-disant confessions ne contiennent pas un traître mot de vrai… Oh, mais envoie ! Dépêche-toi d’envoyer… J’ai hâte de voir la réponse…



– « Je vous sais gré, mon cher Oteka, de votre honnêteté… Il y a malheureusement, sur ce site que nous fréquentons vous et moi – comme sur tant d’autres d’ailleurs – beaucoup trop de fantasmeurs… Qui espèrent-ils, au bout du compte, tromper ? Leurs histoires sont, la plupart du temps, totalement invraisemblables… »
– Elle manque pas d’air… Non, mais alors là elle manque pas d’air…
– « Cela étant, vous n’avez pas eu l’occasion de fesser cette pauvre Magali… J’avoue d’ailleurs qu’à sa place… J’ai beau adorer la fessée… Je vivrais très mal la perspective de me la voir infliger par quelqu’un qui n’a pas la moitié de mon âge… »
– C’est pourtant ce qui l’attend… Si tout se passe comme prévu – et il y a pas de raison – c’est ce qui l’attend…
– « Vous n’avez pas eu l’occasion de la fesser, elle, mais je suis bien persuadé que vous vous êtes trouvé, par la suite, dans des situations où vous avez été amené à en administrer… Non ?
Je vous embrasse… MARTINA »



6 –

– T’as des idées ? De trucs à lui raconter… T’as des idées ?
– C’est pas ça qui me manque…
– Et… on peut savoir ?
– Quand ce sera au point…
– Faudrait quand même pas vous cantonner à ça tous les deux… Faudrait que tu la fasses parler d’elle… Que tu lui parles de toi… Que ça lui donne envie de te rencontrer… Parce que sinon dans six mois on en est toujours au même point…



– Ça y est ? Tu lui as écrit ? C’est vrai ? Lis-moi ça… Attends… Attends… Je m’installe… Là… Vas-y !
– " N'allez pas vous imaginer, ma chère Martina, que j'aie passé ma vie – et que je la passe encore – à distribuer des fessées à droite et à gauche… Non… C'est un domaine dans lequel, je l'avoue, j'ai tendance à être très sélectif… Peut-être plus que de raison…"
– Très bien ça… Très très bien… Ça va forcément lui donner envie de faire partie de la sélection…
– " Si bien que les trois ou quatre femmes – pas plus – que j'ai eu l'occasion de fesser m'ont toutes laissé un souvenir impérissable… Ainsi Stéphanie par exemple… Stéphanie, c’était une amie de Marielle, ma compagne de l’époque… Elle était mariée à Luc, un grand brun qui avait toujours le mot pour rire… Nos deux couples avaient sympathisé et nous sortions souvent ensemble ( restaurant, cinéma, etc… ) Nous avions même partagé, cette année-là, trois très agréables semaines de vacances sur un camping de la côte atlantique… Et c’est au retour de ce séjour que… un beau matin… « C’est moi… C’est Luc… Je peux te demander un service ? » Il pouvait… Bien sûr qu’il pouvait… « Je suis coincé au boulot, là… Je peux pas bouger… Une réunion avec les grands pontes… Le problème, c’est qu’il y a un dossier essentiel sur lequel on est amenés à travailler qu’est resté à la maison… Alors je te dis pas comment je vais me faire taper sur les doigts… » « Et tu voudrais que j’aille te le chercher, c’est ça ? » « Si ça t’ennuie pas, oui… Je sais que toi, le mardi, tu bosses pas… Parce que ça fait une heure que j’essaie d’avoir Stéphanie… Sur le fixe… Sur son portable… Ça répond jamais… Elle a dû encore filer passer la matinée je ne sais où… » « Bon, ben j’y vais… » « Merci… Il est bien en évidence sur le petit meuble à côté de la télé… Un dossier bleu… Tu peux pas te tromper… Passe par derrière… Par la cave… Tu sais où est la clef… » Je savais, oui… Sous l’escalier extérieur… Entre une boîte d’engrais à rosiers et une autre d’anti-limaces… Je suis monté… Direction la salle de séjour… J’en ai poussé la porte… Et là ! Là ! Me tournant le dos, le casque vissé sur les oreilles, entièrement nue, échevelée, Stéphanie dansait… Seule à seule avec elle-même… Hors du monde… Hors du temps… »
– Elle devait l’avoir à fond la musique… Pour pas entendre le téléphone… Ni t’entendre arriver…
– Je te rappelle quand même que c’est une histoire et que…
– Oui, je sais… Je sais… C’est bon… Vas-y ! Continue…
– « Elle dansait… Dansait… Et moi, je la regardais… Je fixais sa croupe, médusé, stupéfait… Parce qu’à l’évidence elle s’était ramassé une fessée… Et une belle ! Qui lui avait laissé de sacrées marques… Dont je ne parvenais pas à détacher les yeux… Stéphanie ! Si j’avais pensé… Imaginé… Et qui est-ce qui ? Luc ? Je le voyais pas vraiment dans le rôle… Mais alors qui ? J’en étais là de mes interrogations quand elle s’est soudainement retournée… Un hurlement… Le casque qui voltige… La fuite… Vers la chambre à coucher… Dont elle est revenue, quelques courts instants plus tard, enveloppée dans un peignoir à fleurs dont elle finissait de nouer la ceinture… « Mais enfin… tu peux me dire ce que tu fais là ? » J’ai expliqué… Le dossier… Le téléphone qui répond pas… Le dossier… Qu’il fallait absolument que je porte à Luc d’ailleurs… Sans tarder… Il devait l’attendre… Elle me l’a tendu… « Je suis désolé… Je pouvais pas savoir… » « Tu pouvais pas, non… Ni moi non plus… Mais… » « Oui ? » Elle a hésité… « Je peux compter sur toi ? Tu diras rien ? Parce qu’il est pas au courant Luc… Et je voudrais pas qu’il sache… Pour rien au monde… » « Tu as ma parole… » « Merci… »
– Et tu la laisses en suspens à ce moment-là notre Martina, je parie…
– Exactement…
– Génial… Je t’adore… Si ça marche notre truc tu pourras me demander tout ce que tu veux…
– Vraiment tout ?
– Oui… Enfin presque…



7 –

– Elle m’a engueulé… Ce matin… Convoqué dans son bureau… Paraît que j’ai la tête en l’air… Que je suis pas à ce que je fais… Que ça peut pas durer comme ça… Que j’ai intérêt à me reprendre… Vite fait… Parce qu’il y aura pas trente-six avertissements…
– Et alors ?
– Ben alors rien… Je l’ai écoutée religieusement… L’air contrit… Qu’est-ce tu voulais que je fasse d’autre ? En me demandant tout du long, pendant qu’elle causait, dans quel état elle pouvait bien avoir le derrière aujourd’hui et en me disant que, bien pris, je tarderais pas à avoir ma petite vengeance… Et je peux te dire que du coup je suis motivé là… Sacrément motivé… Plus que jamais…
– Tu m’en vois ravie…
– Mais alors le plus rigolo, c’est que juste après… j’étais à peine sorti du bureau… elle a filé à son ordi… L’heure du message faisant foi… Elle a filé m’écrire… À moi… Sans se douter le moins du monde que celui auquel elle écrivait elle venait de lui passer un de ces savons…
– Pour te raconter quoi ?  
– Tiens, écoute ! « Je commence, mon cher Oteka, à être habituée à votre façon d’égrener vos souvenirs… Au compte-gouttes… Je vais donc patiemment attendre votre bon vouloir… Par contre j’aurais malgré tout un reproche à vous faire… De vous… De votre situation… De vos goûts… je ne sais que ce que vous avez consenti à confier sur le site… Ni plus ni moins… C’est-à-dire infiniment peu… Vous êtes très secret, hein ?!… J’aimerais quand même, si c’est possible, avoir une idée nettement plus précise de quelqu’un avec qui je pressens que je vais être amené à entretenir une très longue correspondance… »
– Excellent, ça… Excellent… Très bon signe… Ça prouve qu’elle commence à s’intéresser sérieusement à toi… Et alors ? Tu vas lui répondre quoi ?
– Qu’elle en a de bonnes… Que c’est l’hôpital qui se fout de la charité… Parce que dans le registre « Je parle et je dévoile rien » elle est pas mal non plus… Pire que moi… Et puis je vais quand même lui distiller quelques « informations »… Que j’aurai 52 ans en mai… Que j’habite dans l’Ouest de Paris… Que je travaille, comme conseiller clientèle, pour une grande marque automobile…
– Il manque l’essentiel…
– Quoi donc ?
– Que tu es libre… Célibataire ou divorcé… Divorcé plutôt… Ça fait le type qu’a vécu… Qui connaît la vie… Ça va lui plaire… Surtout qu’elle est seule… Depuis un bon moment déjà… Alors un type qui lui tambourine le derrière… Oui… Bien sûr… Mais si, en plus, ça pouvait le faire… Ça pouvait tourner à la Love Story… Alors là ! Là…
– Eh bien je vais être divorcé… Je donne des détails ?
– Laisse-la mijoter… Attends qu’elle les demande… Elle les demandera forcément… Et ce sera alors la porte ouverte aux « vraies » confidences… D’un côté comme de l’autre… Non, non… Restes-en là… Pour le moment restes-en là… Et enchaîne avec la suite de l’histoire de Stéphanie…
– Tu veux que je te la lise ?
– Tu l’as déjà écrite ? Oh, ben oui alors… Oui… Évidemment… Vas-y !
– « Je venais tout juste de remettre son dossier à Luc… J’allais démarrer… quand mon portable a sonné… « C’est moi… C’est Stéphanie… Tu peux repasser à la maison ? Faut qu’on parle… Faut vraiment qu’on parle… Je suis trop mal, là… » Elle était en larmes sur le canapé du salon… « Oh, mais faut pas te mettre dans des états pareils… Je t’ai promis de rien dire… je dirai rien… » « C’est pas ça… » « C’est quoi alors ? » « Ça va plus pouvoir être pareil maintenant tous les quatre… » « Je vois vraiment pas pourquoi… » « Ben parce que… il y aura toujours ça… Entre nous… Je vais pas arrêter de me dire que tu sais… Que tu dois me voir comme quelqu’un de complètement tordu maintenant… » « Parce que tu crois que je le suis pas, moi, tordu ? » « Pas comme moi… Pas comme ça…» « Ah, tu crois ça, toi ? » Je suis   venu m’asseoir près d’elle, sur le canapé… « Dis-moi… Qui c’est qui te l’a donnée cette fessée ? » « C’est personne… » « C’est forcément quelqu’un… » « Ben oui, mais… » « C’est toi, hein ? Toute seule… Comme une grande… » « Comment tu le sais ? » « Tu devrais avoir honte… » Elle a brièvement croisé mon regard… « Non ? » Elle s’est mordu la lèvre… « Non ? Réponds ! » « Si ! » « Et tu sais ce que tu mériterais pour la peine ? Dis-le… » Elle a fait non de la tête… Non… « Dis-le ! Je veux que tu le dises… » « Une fessée… » Tout bas… Presque inaudible… « Plus fort… » « Une fessée… » « Une fessée, oui… Et je vais te la donner… » Elle s’est levée… « S’il te plaît, non… Il faut pas… Non… » « Allons, ne fais pas l’enfant… Tu n’y couperas pas… Tu sais bien que tu n’y couperas pas… » « Non… Je t’en prie… Non… » « Pourquoi ? Parce que tu en as trop envie ? »
– C’est tout ?
– Pour l’instant…
– Envoie-lui ! Dépêche-toi de lui envoyer… 



8 –

– « Alors ainsi vous aussi, mon cher Oteka… Vous aussi, vous faites partie du club des divorcés… »
– Je te l’avais dit que c’était primordial, ça, pour elle, de savoir où t’en étais de ta vie sentimentale… Je te l’avais pas dit ?
– « En ce qui me concerne ça fera quinze ans le mois prochain… C’est moi qui ai pris la décision – reconnaissez que, dans ce genre de situation, ce sont quasiment toujours les femmes qui tranchent dans le vif – une décision que je ne regrette absolument pas… Que je n’ai jamais regrettée… C’était devenu parfaitement invivable… La faute à qui ? Sur le moment j’étais persuadée que c’était la sienne… Il était terriblement égocentré, ne faisait pas le moindre effort, etc… Mais, avec le recul, j’ai vu les choses de façon beaucoup plus nuancée… Il y allait tout autant de ma responsabilité que de la sienne… Notre grand tort, à tous les deux, ça a été de ne pas accepter tout simplement l’autre tel qu’il était… De vouloir à toute force le rendre conforme à notre attente… Et ça… il y a rien de pire… Reste que si ce divorce est sans doute, au bout du compte, l’une des meilleures choses qui me soient arrivées il n’a pas été non plus sans conséquences négatives… J’hésite énormément, depuis, à m’aventurer dans quelque relation sentimentale sérieuse que ce soit… Peut-être suis-je devenue trop exigeante, mais j’avoue ne pas avoir jusqu’ici rencontré celui avec qui j’aurais envie de retenter l’aventure de la vie commune… Je ne désespère toutefois pas – je suis incorrigible, hein – de rencontrer la perle rare… celui avec qui je pourrais enfin tout partager… jusqu’aux délices de la fessée… »
– Si c’est pas un appel du pied, ça !
– « En attendant vous savez que votre récit m’a – c’est le cas de le dire – heurtée de plein fouet ? Qu’il me parle énormément… Pourquoi ? Parce que j’en suis pour le moment, réduite, moi aussi, à me corriger toute seule… Tout comme votre Stéphanie… »
– Elle y vient… Elle y vient… Tu vois comme elle avance ses pions ? Comme elle te tend, mine de rien, la perche… Cette fois elle est prise dans nos filets… Elle est vraiment prise dans nos filets…
– « Bien sûr – et ne fût-ce que sur le site – il y a des types à la pelle qui ne demanderaient pas mieux que de me rendre le service de me flanquer la fessée… Mais… Mais ce n’est pas une fessée à l’état brut que je cherche… Comme suspendue en l’air… Sans rien qui la raccroche à rien… J’ai besoin qu’elle soit préparée… Amenée… Qu’elle se noue, en moi, à toutes sortes d’attentes et de souvenirs… Et ça, ça ne s’improvise pas du jour au lendemain… Il faut qu’il y ait d’abord eu des échanges nombreux… Qu’un courant soit passé… Qu’une complicité se soit instaurée… Et je peux vous assurer, d’expérience, que ce n’est pas aussi fréquent qu’on pourrait le croire… »
– Tu lis entre les lignes, là, hein, j’espère ?!
– « Alors… Eh bien alors – ce n’est, je l’espère, que transitoire – mais je me débrouille, pour l’instant, toute seule… Avec mon imagination… Mes fantasmes… Et je me sens, du coup, très proche de votre Stéphanie… D’autant plus proche que ma hantise c’est – ça a toujours été – d’être découverte, que, par un malheureux concours de circonstances, on en vienne à savoir… C’est ce qui lui est arrivé à elle… Et je peux vous assurer que, pour rien au monde,  je n’aurais voulu être à sa place… Ah, non alors ! »
– C’est pourtant ce qui t’attend, ma chérie, et dans des conditions dont tu me diras des nouvelles…
– « Qu’est-ce qu’elle a pu éprouver ? Ressentir en se voyant comme ça percée à jour… Surprise en flagrant délit… Je n’arrête pas, depuis que je vous ai lu, de me poser la question… Une question à laquelle j’espère bien n’avoir jamais vraiment de réponse… Parce que ça voudrait dire… Et rien que d’y penser… »
– Oh, mais tu l’auras la réponse… Fais-nous confiance… Tu l’auras… Et bien plus tôt que tu ne l’imagines…



– Quelle garce ! Non, Mais alors là quelle garce !
– Qu’est-ce qui t’arrive ? Qu’est-ce qu’elle t’a fait ?
– Des réflexions… Devant tous les collègues… Sur ma façon de m’habiller… Qu’elle me rappelait quand même que j’étais amené à être en contact avec la clientèle… Et que ma tenue laissait à désirer… « C’est le moins qu’on puisse dire… Déjà que question rendement c’est pas ça qu’est ça… Ah, quand vous revenez de la réserve en poussant une palette vous risquez pas de vous faire flasher par un radar… » Ça les a fait rigoler les autres… Oh, mais j’ai pas dit mon dernier mot… Bouge pas que je vais le contacter le syndicat… Et me renseigner… Parce qu’il manquerait plus que ça maintenant que les patrons se mettent à nous dire comment on doit s’habiller…
– Laisse tomber…
– Oui, ben sûrement pas… Alors là…
– Laisse tomber, j’te dis ! D’ici quelques semaines tu l’auras ta vengeance… Et moi avec… En attendant mate-lui le cul… Mate-lui le cul tant que tu peux et dis-toi que ce que tu vas lui mettre elle est pas près de l’oublier…



9 –

– « Curieusement, ma chère Martina, vous m’avez laissé en compagnie de Stéphanie, à la fin de mon précédent message, sans chercher à savoir si elle avait finalement reçu la fessée que je venais de lui promettre… Parce qu’il allait de soi, pour vous, que c’était le cas ? Parce que vous étiez convaincue que je ne manquerais pas de reprendre le cours de mon récit là où je l’avais interrompu ? Parce que vous étiez obnubilée par l’idée que nous étions tous les deux, vous et moi, divorcés ? »
– Très bien ça… Très très bien… Excellent…
– « Quoi qu’il en soit, elle ne l’a pas reçue… Pas ce jour-là en tout cas… Elle s’y est obstinément refusée… J’étais en position de force : j’aurais pu l’y contraindre en la menaçant de tout révéler à Luc… Ce sont des méthodes que j’exècre et que je me refuse à utiliser… Bien m’en a pris d’ailleurs… Parce qu’elle m’en a su gré et que c’est d’elle que finalement, quelques jours plus tard, la demande est venue… « Tu peux passer ? » Je pouvais, oui… Bien sûr que je pouvais… « C’est au sujet de l’autre jour… De ce que t’as vu… De ce qu’on a dit… » « Oui… Eh bien ? » « C’est pas facile… Oh, la la ce que c’est pas facile… » « Maintenant que t’as commencé… » « J’arrête pas d’y penser depuis… Et même… » « Et même ? » « D’imaginer, quand je me le fais, que c’est toi qui me le fais… » J’ai saisi la balle au bond… « Ah, parce que tu continues ?! Parce que ça t’a pas suffi la petite leçon de l’autre fois… » Elle a baissé les yeux d’un air contrit… « Je peux pas m’empêcher… C’est plus fort que moi… » « C’est un peu facile, ça, Stéphanie… Trop facile… On peut toujours quand on veut… » « Mais non, mais… » « Mais si ! Oh, mais je vais t’en faire passer l’envie… Je t’assure que je vais t’en faire passer l’envie… Une bonne fois pour toutes…Viens ici ! Allez ! » Trois pas vers moi qui étais assis sur le canapé… Elle s’est arrêtée… Un pas en arrière… « Eh bien ?! Tu te dépêches, oui ? Fais attention, Stéphanie ! Fais bien attention… N’aggrave pas ton cas… » Deux pas en avant… Un autre… Je l’ai saisie par le bras… Attirée vers moi… Fait basculer en travers de mes genoux… Et j’ai pris tout mon temps… Pour relever bien haut la jupe sur les reins… Pour la sermonner… Non, mais c’était quoi ces façons de faire ? Se donner la fessée… Comme ça ! Toute seule ! Une femme de son âge ! Elle avait pas honte ? Oh, si ! Si, elle avait honte… Et pas qu’un peu ! Encore heureux ! Manquerait plus que ça qu’elle ait pas honte… « Et encore ! C’est rien à côté de ce que ça va être… » Et j’ai glissé la main sous l’élastique de la culotte… J’ai tiré… Elle a agrippé pour retenir… Une petite tape sur la main… « Sage ! On reste sage ! » Elle l’a retirée… J’ai descendu la culotte… Jusqu’à mi-cuisses… Et alors là, Martina ! Là ! Une de ces fessées ! Comment j’y ai été de bon cœur… Vous auriez vu ça ! De quelles belles couleurs rutilantes elles se sont ornées ses fesses… Et ce qu’elle a gigoté ! Ah, ça, elle ne m’a rien laissé ignorer du moindre de ses petits recoins… Et quelles jolies intonations elle prenait sa voix quand elle grimpait, très haut, dans les aigus ! Un vrai régal… Auquel il a bien fallu, malheureusement, finir par mettre un terme… Je l’ai aidée à se redresser… « Ouche ! Tu tapes fort… Nettement plus fort que moi… » Elle s’est relevée… En grimaçant… En se frottant les fesses… « Et c’est si désagréable que ça ? » « Non… Oh, non… Non… Au contraire… » Elle a entrepris de remonter sa culotte… Je l’ai arrêtée… « Danse maintenant ! Danse toute nue… Avec le casque sur les oreilles… Comme l’autre jour… Quand je t’ai surprise… » « Tu comprends tout, toi ! Tu comprends vraiment tout… » Et elle l’a fait… »



– « Vous savez quoi, Oteka ? Vous savez quoi ? Eh bien j’ai rêvé de vous… Si, si ! La nuit dernière… Je vous avais lu… Juste avant de m’endormir… Et j’ai rêvé… J’ai rêvé que vous me surpreniez pendant que je me mettais une fessée… »
– Traduction : ça l’a tellement émoustillée ton récit qu’elle s’est offert une petite gratouille en s’imaginant dans la peau de Stéphanie…
– « C’était très étrange… C’était pas chez moi… Je le connaissais pas l’endroit… Par contre c’était vous… Ça, j’étais sûr que c’était vous… J’étais tellement absorbée par ce que j’étais en train de faire que je n’avais absolument pas détecté votre présence… Ce n’est que tout à la fin, en me relevant et en me retournant, que je vous ai découvert… Vous sortiez d’où ? Depuis combien de temps vous étiez là ? Je n’en avais pas la moindre idée… Et je m’en fichais… Ça n’avait pas la moindre importance… Bizarrement, moi qui ai la hantise d’être découverte, qui ne supporterais pas que ça m’arrive « en vrai », eh bien ça m’était complètement égal… Parce que c’était vous… Et parce que – j’en étais persuadée – vous étiez déjà au courant… Je me sentais en pays de connaissance… Rassurée… Vous alliez faire quoi ? M’en donner une… Ça coulait de source… M’en donner une – comme vous en aviez donné une à Stéphanie – pour me punir de me le faire toute seule…  Je le savais… C’était évident… Forcément… Eh bien non… Non… Vous m’avez plantée là en claquant la porte… Furieux… Pourquoi ? Mais pourquoi ? Qu’est-ce que je vous avais fait ? Qu’est-ce qui vous avait pris ? J’étais désorientée… Perdue… Mais surtout frustrée… Terriblement frustrée… »
– Alors là… Là… Si tu y arrives pas, c’est que t’es vraiment le roi des cons…



10 –

– « Désolé, ma chère Martina, de vous avoir à ce point frustrée… À l’évidence je vous dois réparation… Et cette fessée dont je vous ai sevrée en rêve il ne me reste plus, pour me faire pardonner, qu’à vous l’administrer « EN VRAI »… Non ? Vous ne croyez pas ? »
– Elle va faire tout un tas de mines, mais au bout du compte elle va accepter… Tu paries qu’elle va accepter ? On touche au but, mon petit Baptiste, on touche vraiment au but…
– « En ce qui concerne Stéphanie, vous vous doutez bien que cette fessée a été la première d’une très longue série… C’est rapidement devenu pour nous, et surtout pour elle, une nécessité matinale – elle travaillait l’après-midi – quasi quotidienne… Et dangereuse… Parce qu’il y avait des voisins… Que je croisais parfois… Qui allaient forcément finir par se poser des questions… Qu’est-ce que je pouvais bien venir faire là, aussi souvent, en l’absence du mari…C’était risqué… Très… Alors on se raisonnait… On prenait toutes sortes d’excellentes résolutions… On décidait d’espacer…  « Mercredi on se revoit… Pas avant… On est bien d’accord ? » On était d’accord, oui, mais le lendemain matin, à la première heure, mon téléphone sonnait… « Tu peux passer ? J’ai trop envie… » « On avait dit… » « Oui, mais bon… » Je résistais mollement et je finissais par céder… Je finissais toujours par céder… Ça ne pouvait pas durer comme ça… On en était bien conscients… « Un jour ou l’autre ça va finir par lui revenir aux oreilles à Luc… Forcément… Et ce jour-là… » La solution – la seule solution – c’était de nous retrouver ailleurs… Quelque part où nous ne serions pas en danger d’être reconnus… L’hôtel ? Un hôtel suffisamment éloigné pour que…Elle s’est récriée… « Au rythme où on se voit ? Non, mais tu te rends compte ce que ça nous coûterait ? Sans compter les frais d’essence… Non… Et puis un couple qui se pointerait comme ça, le matin, tout le monde saurait pour quoi c’est faire… » « Oui, ben justement ! Nous, ce serait pas pour ça… » « Non… Ce serait encore pire… Parce qu’on entendrait… On entendrait forcément… Et on comprendrait ce qui se passe… T’imagines ? Le patron… Les serveuses… Les femmes de ménage… Les sourires en coin… Les réflexions derrière notre dos… Les regards pleins de sous-entendus… Mais je mourrais de honte, moi ! Ah, non ! Non ! Il n’en est pas question… » Et on a continué comme avant… En redoublant de prudence… En multipliant les précautions… Ce qui n’a pas empêché qu’un beau matin, au téléphone… « Ne viens pas ! Je t’en supplie, ne viens pas ! Elle se doute de quelque chose la mère Prévôt… Je suis sûre qu’elle se doute de quelque chose… T’aurais vu toutes ces phrases à double sens qu’elle m’a balancées… » « Tu t’es fait des idées… » « Ah, non ! Non… C’est pas des idées… Je t’assure que non… » Et on a cessé de se voir… Fini les fessées… À notre grand désespoir… À l’un comme à l’autre… Il fallait trouver un moyen… Il fallait absolument trouver un moyen… J’ai eu l’idée d’aller exposer notre situation sur un forum, aujourd’hui disparu, sur lequel venaient s’épancher une bonne centaine d’adeptes de la fessée… Un certain Mattias m’a proposé que nous nous retrouvions chez lui, quand bon nous semblerait, pour nous livrer à notre rougissante activité… Elle a d’abord catégoriquement refusé… Il n’en était pas question… On le connaissait pas ce type… Et puis de le savoir là, quelque part, dans la maison, sûrement à nous épier, ça la bloquerait complètement… Seulement… seulement la fessée lui manquait… Beaucoup… De plus en plus… Nous nous téléphonions, nous en parlions, nous évoquions avec nostalgie celles que je lui avais données… Elle était à deux doigts de se laisser fléchir… Ce qui l’a finalement décidée, c’est qu’il s’est montré formel : il nous laisserait les clefs et ne serait pas là quand nous viendrions… C’était vrai… La maison était vide… Quelles voluptueuses fessées je lui ai alors offertes dans ce cadre inconnu… Nous passions, au gré de nos envies ou des situations que nous imaginions, du séjour à la chambre… De la salle de bains à la cuisine… Nous nous sentions de plus en plus chez nous… Jusqu’au jour où… Nous remontions de la cave où je venais de lui administrer une claquée particulièrement vigoureuse… Ses cris avaient dû résonner dans toute la maison… Et… il était là… Tranquillement assis, souriant, sur le canapé du séjour… Stéphanie a poussé un petit cri de surprise, esquissé un mouvement de recul, s’est reprise et s’est dirigée, d’un pas décidé, vers la porte qui donnait sur l’extérieur… Il lui a saisi le poignet au passage, l’a obligée à s’arrêter… « Désolé… Vraiment… Désolé… Mais j’ai pas pu résister… Il fallait que je voie à quoi ressemble cette petite Madame qui éprouve tant de plaisir à recevoir la fessée… » Elle s’est doucement dégagée… « Eh bien maintenant vous savez… » Et elle est sortie… Je l’ai suivie… « Quel salaud ! Non, mais quel salaud ! Quand je pense qu’il nous avait promis… » Elle a haussé les épaules… « C’était couru n’importe comment… Comment tu veux ? La tentation était trop forte… » « C’était la première fois… Peut-être qu’il recommencera pas… » « La première fois qu’il se montre… Mais pas la première fois qu’il est là… » « Hein ?! Tu crois ? » « Je crois pas… Je suis sûre… » « Ah, ben d’accord ! Qu’est-ce qu’on va faire ? Faut qu’on trouve une autre solution… » « Oui, oh… On est pas mal ici… Et puis maintenant qu’on est habitués… » « Mais je croyais que ça t’était insupportable qu’on sache… Que quelqu’un… » « Moi aussi… Mais c’est pas si désagréable que ça finalement… Parce que c’est insupportable justement… Tu comprends ? »



11 –

– « Vous n’y allez pas par quatre chemins, vous, dites donc ! Me donner la fessée ! « EN VRAI ! » Carrément ! En tout cas vous savez ce que vous voulez… Et si cela devait arriver un jour au moins je saurais, quant à moi, à quoi m’en tenir : vous êtes quelqu’un de déterminé… Ce qui n’est pas pour me déplaire : c’est, me semble-t-il, une qualité essentielle chez un fesseur… Maintenant… est-ce que cela se produira ? Est-ce que vous aurez l’occasion de me coucher en travers de vos genoux pour m’infliger ce redoutable, redouté, et pourtant si délicieux traitement ? Ça, c’est une autre question… »
– C’est pas une autre question du tout… Elle va y avoir droit… C’est de plus en plus évident qu’elle va y avoir droit… Non, tu crois pas ?
– Ça semble bien parti en tout cas…
– Quel pied je vais prendre, moi ! Non, mais alors là quel pied je vais prendre…
– « Parce que, pour être tout à fait franche avec vous, je suis furieusement tentée… C’est tous les jours – plusieurs fois par jour – que je relis vos messages… Quand je m’autopunis, c’est votre main qui s’abat… C’est vous que je remercie, après, ivre de gratitude… C’est avec vous que je réalise, en imagination, la plupart de mes fantasmes dans ce domaine… Alors, me direz-vous, où est le problème ? Pourquoi diable tant hésiter ? Pour la plus simple des raisons qui soient… Tout simplement parce que j’ai peur… Peur de quoi ? Peur d’être déçue ? Peut-être un peu, oui… Mais ce n’est pas vraiment ça… Ce n’est pas SURTOUT ça… Non… C’est que vous êtes un parfait inconnu pour moi… »
– Si elle savait !
– Et que si j’accepte de vous rencontrer il faudra que je vous fasse aveuglément confiance… Ce que vous avez vraiment dans la tête je n’en sais rien finalement… Je serai entièrement à votre merci… Il y a de quoi, avouez, n’être pas trop rassurée… »
– Elle demande que ça… Être rassurée… Ben vas-y ! Fais ton boulot !



– « Ainsi donc, Martina, je vous effraie… Quelle piètre image vous avez de moi… J’ai beau chercher : je ne vois pas ce qui, dans mes propos, a pu susciter chez vous une telle défiance à mon égard… Qu’est-ce que vous êtes allée vous figurer ? Que j’allais, aussitôt la porte refermée, me jeter sur vous comme un sauvage ? Que vous alliez tomber dans un épouvantable guet-apens ? Que cinq ou six malfrats aux mines patibulaires allaient vous attendre, en ma compagnie, pour vous faire subir mille et mille morts ? Et bien pire encore… Votre imagination vous joue des tours, ma chère… Et pas qu’un peu… Non… Si nous devions nous rencontrer, ce serait, pour commencer, dans un bar… Avec du monde autour… Pour discuter… Faire vraiment connaissance… Nous apprivoiser… Si le courant ne passe pas eh bien on en tirera les conséquences… Chacun repartira de son côté et puis voilà… On n’en fera pas une maladie… S’il passe, par contre, – ce que j’espère de tout mon cœur – ce n’est pas pour autant qu’on sera obligés de se précipiter… On a tout notre temps… On se reverra… Une fois… Cinq fois… Dix fois… Autant de fois qu’on le jugera nécessaire… Et quand on estimera, l’un comme l’autre, que c’est « mûr » ce n’est pas chez moi qu’on se retrouvera, pour une magistrale fessée, mais à l’hôtel… Vous voilà rassurée ? »
– Oh, oui… Ça va aller vite maintenant… À la fin de la semaine, c’est quasi sûr, t’as un rancart avec elle à Paris… Sa tête quand elle va voir que c’est toi !
– Peut-être qu’elle va se sauver à toutes jambes…
– C’est pas exclu… J’y ai pensé… Mais c’est peu probable… Non… Le plus vraisemblable, c’est qu’elle sera estomaquée… Tétanisée… Elle va commencer par se demander ce que tu fous là… C’est un type inconnu d’une cinquantaine d’années qu’elle s’attendra à voir surgir… Alors que toi, tu fasses ton apparition… Il va lui falloir du temps pour réaliser qu’Oteka et toi, c’est la même personne… Qu’elle s’est fait rouler dans la farine… Qu’elle ait envie de prendre la fuite, ça, c’est sûr, c’est une idée va la traverser… Mais elle va vite se rendre compte que ce n’est pas la meilleure solution… Parce que tu sais… Et que s’il te prenait l’envie de répandre autour de toi le bruit que Madame la Directrice du Supermarché est en quête de retentissantes fessées… elle aurait beau nier… Prétendre que tu affabules… le mal serait fait… Non… L’urgence, pour elle, ça va être de s’assurer de ton silence… Par tous les moyens… Et ce d’autant plus qu’elle ne manquera pas de se rendre rapidement compte que si tu l’as piégée sur le forum, que si tu l’as ciblée, elle, c’est que tu avais des informations qui te permettaient de le faire… Lesquelles ? D’où tu les tiens ? Et quel parti peux-tu encore en tirer ? Elle n’en sait strictement rien… Il lui faut ton silence… C’est la priorité des priorités…
Ton silence ? Oui… En échange d’une première et mémorable fessée… Que tu lui administreras dans la foulée… Faut battre le fer tant qu’il est chaud…
– Et toi ?
– Moi ? Je serai derrière la porte quand vous sortirez de la chambre… Histoire qu’elle s’en pose d’autres des questions… Et que le piège se referme un peu plus…



12 –

– « Je vais peut-être – sûrement même – vous surprendre, Oteka, mais ma décision est prise… Je vais vous rencontrer… Et sans tarder… Pourquoi ? Parce que je sais que, de toute façon, je vais finir par le faire… Alors tergiverser pendant des semaines et des semaines ? Faire semblant d’hésiter ? S’embarrasser de tout un tas de scrupules pour se donner bonne conscience ? Pour en arriver, au bout du compte, là où de toute évidence j’irai ? Ça ne présente strictement aucun intérêt… Donc… Eh bien donc, dimanche prochain, sur le coup de cinq heures de l’après-midi, je vous attendrai, à Paris, dans un café dont je vous donnerai l’adresse dès que je l’aurai choisi… Nous ferons connaissance… Et après… ce sera selon… »
– Ce sera pas selon du tout… Ce sera comme nous on l’a décidé… C’est nous qui sommes en position de force… Pas elle… J’espère que tu le lui feras bien sentir… Et que tu la ménageras pas… Qu’elle pourra pas s’asseoir d’un moment…
– Tu verras bien… T’entendras… Puisque tu seras derrière la porte…
– Non… Finalement, non… Je crois pas que ce soit la meilleure solution… C’est lui donner beaucoup trop tôt la clef de l’énigme… Faut la laisser mijoter dans son jus… Se torturer les méninges… Le moment venu j’interviendrai…



– Alors ?
– Eh bien alors elle était là… Elle m’a regardé approcher, en tournant sa cuillère dans sa tasse, sans avoir l’air, du moins en apparence, le moins du monde surprise… Comme si c’était réellement moi qu’elle attendait…
– Ça m’étonne pas… C’est bien son style…
– « Ben assieds-toi ! » Ce que j’avais entrepris de faire sans attendre qu’elle me le propose… « Alors ? Je t’écoute… » « Moi aussi ! » Le silence… Elle continait imperturbablement à tourner sa cuillère dans sa tasse… Et puis : « Bon, alors maintenant tu vas me dire : Qui il y a derrière tout ça ? Parce que c’est,à l’évidence, un coup monté… Tu savais pertinemment qui j’étais… Et dès le début… Quand tu as commencé à dialoguer avec moi… Qui t’a manipulé ? Qui m’en veut à ce point-là ? » « Comme si vous le saviez pas ! » « Si je te le demande… » « C’est que vous avez l’embarras du choix : il y a tellement de gens qui vous en veulent… « Je te conseille de le prendre sur un autre ton… » « Sinon ? » « Bon, écoute, on va pas se mettre sur ce pied-là… J’ignore pourquoi et qui, mais quelqu’un t’a soudoyé pour se venger de moi… Alors tu sais ce que tu vas faire ? Tu vas bien gentiment rentrer chez toi et oublier tout ça… Le chantage avec moi ça marche pas… » « Vous prenez des risques… De très gros riques… » « Je ne te conseille pas de divulguer notre correspondance… Ça te coûterait les yeux de la tête… Il y a des tribunaux… » « S’il s’agissait que de notre correspondance… » « Il s’agit de quoi alors ? » « J’en sais rien… On m’a pas fait vraiment de confidences… Mais il paraît que vous, vous le savez très bien… Et que c’est une sacrée épée de Damoclès que vous avez suspendue au-dessus de la tête… » Elle s’est perdue dans ses pensées… A fait, l’une après l’autre, craquer ses phalanges… « C’est pas vrai qu’ils sont allés déterrer cette vieille histoire… »
– Bien joué, mon petit Baptiste… Bien joué… Elle s’est vendue toute seule… Mais ça j’en aurais mis ma main au feu qu’il y avait des trucs pas très nets qui traînaient dans son passé… Et du lourd ! Tu vois que j’ai eu le nez fin de pas entrer en scène tout de suite… Bon, mais après ? Continue !
– Après ? Elle a voulu savoir… On m’avait contacté comment ? Qui ? Et j’y gagnais quoi, moi, là-dedans ? « Je peux rien dire… » « Oui, ben c’est ce qu’on va voir… » C’était tout vu… Moi, mon rôle consistait à lui flanquer une bonne fessée déculottée… Et c’est ce que j’allais faire… Le reste ne me regardait pas… « Tu sais au moins pourquoi c’est toi qu’on a choisi ? » « On tenait, si j’ai bien compris, à ce que ce soit quelqu’un qui soit, à la fois, sous vos ordres au quotidien et beaucoup plus jeune que vous… » « Ils sont ignobles, mais ça, je suis payée pour le savoir ! Bon, mais écoute, tu sais pas ce qu’on va faire ? Tu vas rentrer bien gentiment chez toi… Et s’ils te recontactent tu leur diras que c’est fait… Que j’en suis passée par où ils ont voulu… Et puis voilà… » « Il n’en est pas question… » « Mais si ! Tu vas faire bien gentiment ce que je te dis… Et garder sur tout ça le plus absolu des silences… Si tu ne veux pas aller au-devant de très graves ennuis… » « S’il y a quelqu’un ici qui s’expose à de graves ennuis, Madame la Directrice… Au cas où, bien entendu, où vous continueriez à me refuser le plaisir de fesser votre charmant petit derrière… » « C’est pas possible d’être obstiné comme ça ! » « Une parole donnée, pour moi, c’est sacré… » « J’aurai vraiment tout entendu… Tout ! » « Bon, mais vous décidez quoi ? On va pas tourner en rond comme ça pendant des heures… » « Je te l’ai dit… » « Dans ces conditions… » Et je me suis levé… « Tu vas où ? » « Les appeler… Les mettre au courant… Je leur ai promis… » « Non, attends ! Rassieds-toi ! »


 13 –

– Et tu t’es rassis… Bon, ben continue ! Qu’est-ce que t’attends ? C’est d’un crispant !
– Je me suis rassis, oui… Et j’ai eu droit à tout… Absolument tout… L’intimidation : Je savais pas où je mettais les pieds, là… Mais quand ça allait me retomber sur le coin de la figure… Parce qu’avec eux ça allait forcément me retomber sur le coin de la figure… Je verrais bien… Je ne pourrais m’en prendre qu’à moi-même… Les menaces : ça allait pas se passer comme ça… Ah, non alors ! Elle savait à quelle porte aller frapper… Il y en a qu’allaient comprendre leur douleur… À moi de savoir choisir mon camp… Il était encore temps… Les flatteries : j’étais quelqu’un dont elle appréciait énormément les qualités… Tant professionnelles qu’humaines… J’étais en train de gâcher mon avenir là… Et en beauté… Parce qu’elle aurait pu faire beaucoup pour moi… Énormément… Etc… Etc… J’en passe… Et des meilleures… Moi, je campais, imperturbable, sur mes positions… Plus d’une heure ça a duré… Jusqu’à ce que… Elle a lâché prise d’un coup, mais alors là d’un coup… Sans que rien le laisse prévoir… « J’use ma salive pour rien, hein ? » « Là-dessus il y avait aucun doute… » « Bon… Ben finissons-en alors ! Le plus tôt sera le mieux… » Elle s’est levée et a filé vers la porte d’un pas résolu… Mais moi, je l’entendais pas de cette oreille…J’avais tout mon temps… On avait tout notre temps… Fallait en profiter bien à fond de ces moments-là juste avant… C’étaient les meilleurs…
– T’es pire que moi… Et c’est pas peu dire…
– Et on est allés au restaurant…
– Elle a accepté ça comme ça ? Sans rechigner ?
– Elle était méconnaissable… Résignée… Passive… J’ai presque envie de dire vaincue…
– Comment j’aurais aimé voir ça ! Et alors ?
– Et alors, au restaurant, je me suis lancé dans un long discours…Ce que j’étais content ! Ah, oui alors ! Parce que fesser sa patronne… fallait bien reconnaître… c’était pas donné à tout le monde… Ce pied que j’allais prendre ! Elle aussi, non ? « Alors ça il y a pas de risque… » Hein ? Mais pourquoi ? C’était pas ce qu’elle disait dans ses messages… Au contraire… Comment elle attendait ça ! Comment elle en avait envie ! Non, mais j’étais idiot ou quoi ? Un inconnu de son âge elle s’attendait à rencontrer… Et au lieu de ça elle se trouvait nez à nez avec un gamin… Un gamin manipulé… Un employé à elle de surcroît… C’était vraiment pas ce qu’elle pouvait rêver de mieux… Oh, mais c’était pas grave, ça ! C’était pas important… Ça allait rien empêcher du tout… « Ce sera encore mieux si ça tombe… Vous allez vous éclater comme c’est pas possible… » « Oui, ben alors ça ! C’est ce qui pourrait m’arriver de pire… »
– Et c’est ce qu’est arrivé ?
– Je sais pas… J’en sais rien… Parce qu’elle est restée complètement impassible, après, dans la chambre… Absente… Ailleurs on aurait dit… Pas la moindre réaction d’aucune sorte… Ni quand je l’ai allongée en travers de mes genoux… Ce qu’elle m’a docilement laissé faire… Ni quand je l’ai déculottée… Elle a un sacré cul n’empêche… Tu verrais ce cul ! Pas davantage quand j’ai tapé… J’ai eu beau y mettre tout mon cœur… Faire durer à en avoir mal aux mains…Pas un soubresaut… Pas une plainte…Pas un cri… Pas même un gémissement… Rien…
– T’as pas dû être bien convaincant…
– Ah, si ! Si !
– Tu te seras bridé sans t’en rendre compte: c’est la directrice…
– Je peux t’assurer que non… J’ai vraiment mis la dose…
– C’est qu’elle a sa petite fierté alors… Elle aura pris tant et plus sur elle… Pour ne rien laisser transparaître… Pour ne pas te faire ce plaisir… Mais ça fait rien… Ce sera pour la prochaine fois… Ou la suivante…



– Tu crois vraiment qu’il y en aura une autre de prochaine fois…
– Un peu qu’il y en aura une autre… Parce qu’on la tient… Et comme il faut… Pas tellement à cause de cette histoire de je sais pas trop quoi dans son passé qu’elle a mis en avant… Et qu’est peut-être inventée, si on y réfléchit bien, pour détourner l’attention de l’essentiel… Et tu sais ce que c’est l’essentiel ? Tu sais ce qui la terrorise vraiment ? C’est qu’on découvre l’intérêt immodéré qu’elle éprouve pour la fessée… Qu’on en fasse des gorges chaudes par tout le pays… Et pour éviter ça elle n’a pas d’autre solution que d’en passer par où tu veux… Par tout ce que tu veux… Porter plainte contre toi pour chantage comme elle t’en menace ? Le remède serait pire que le mal… On saurait de toute manière et on se passionnerait, pendant des mois et des mois, pour ce procès… Tu crois vraiment qu’elle gagnerait au change ?



– Je lui ai écrit…
– Ah, ben vas-y ! Lis-moi ça !
– « Si vous saviez quels délicieux moments je passe, ma chère Martina, à vous regarder arpenter le magasin… Je vous suis des yeux… Je regarde onduler vos fesses…Et je suis seul à savoir… Je suis seul à savoir qu’elles ont pris de merveilleuses couleurs… Et que c’est à moi – et à moi seul –qu’elles le doivent… Et vous ? À quoi pensez-vous quand vous me croisez au magasin ? Quand vous regardez délibérément ailleurs pour ne pas me voir ? Au plaisir que vous avez éprouvé quand vous étiez couchée en travers de mes genoux et que je vous corrigeais comme une gamine mal élevée ? Parce que, vous vous êtes efforcée de le cacher, mais vous avez éprouvé du plaisir… C’est incontestable… Il y a des signes qui ne trompent pas… Oh, mais rassurez-vous ! Nous recommencerons… Nous allons recommencer… Bientôt… Très bientôt… »


 14 –

– Elle a répondu… Écoute ça !: « Tu crois ce que tu veux… Si t’as envie de te figurer que j’ai apprécié la fessée que tu m’as imposée je n’ai aucun moyen de t’en empêcher… Mais je te rassure : je me fiche royalement de ce que tu peux penser… Pour que ton avis ait, à mes yeux, un minimum d’intérêt encore faudrait-il que j’aie pour toi un minimum d’estime… Ce qui n’est pas le cas : comment pourrais-je estimer quelqu’un qui se comporte comme tu te comportes ? Qui fait preuve d’une telle bassesse… D’une telle veulerie… Je n’ai malheureusement pas d’autre choix, pour le moment, que de me plier à ce qu’on exige de moi… Pour le moment… J’espère que tu auras au moins à cœur de garder le silence sur tout ça… J’espère… Mais avec toi j’ai bien peur qu’on doive s’attendre à tout… Et redouter le pire… »
– Holà ! Elle est en colère la dame…
– C’est clair…
– Et pas tranquille du tout… Déstabilisée… Elle sait plus où elle en est… Parce que… la fessée elle aime… Ça fait des années qu’elle fantasme.dessus… Sans avoir jamais pu, d’ailleurs, assouvir vraiment sa passion… Une opportunité se présente enfin… Seulement, au lieu de l’inconnu d’âge mûr qu’elle s’attend à voir surgir elle se trouve nez à nez avec l’un de ses tout jeunes employés… Elle est tombée dans un guet-apens… Un guet-apens dont les tenants et aboutissants exacts lui échappent… Elle s’efforce de se dégager… Comme elle peut… Tu te montres intransigeant… Elle n’a pas le choix : refuser ce serait courir de trop gros risques… Le risque du scandale… D’autant qu’elle ne sait pas au juste quels atouts tu as en mains… Alors elle se résout… Elle se résigne à se laisser fesser par toi, bien convaincue qu’il ne va s’agir là que d’un indigeste pensum… Pas question, vu la situation, qu’elle puisse y prendre un quelconque plaisir… Qu’en est-il au juste ?Difficile à dire… Tant de sensations, d’émotions, d’idées, de pulsions contradictoires l’ont traversée tout au long de cette fessée… Elle n’en sait rien en fait… Rien du tout… C’était désagréable… Très… Insupportable… Parce que c’était toi… Mais en même temps… Oh, et puis zut ! Mais la question revient les jours suivants… Lancinante… Et pas seulement la question… Elle la revit la scène… De plus en plus souvent… Elle n’arrête pas de la revivre… C’était pas si déplaisant que ça finalement… C’était même agréable tout compte fait… Parce que c’était insupportable justement… D’autant plus agréable que c’était plus insupportable… Elle l’obsède cette fessée… Elle s’en délecte… Elle n’arrête pas de s’en délecter… De se délecter de son souvenir… Elle espère, de tout son être, qu’il y en aura une autre… Qu’il y en aura d’autres… Et elle s’en veut… Mais surtout elle t’en veut… Alors tu sais ce qu’il te reste à faire…



– « Vous le prenez sur un ton qui ne me plaît pas du tout, Martina… Et je vous engage à en changer très rapidement si vous ne voulez pas courir au-devant de très graves désagréments… Vous ne semblez pas avoir pris réellement conscience que la situation a changé… Je ne suis plus le petit manutentionnaire que vous considériez – quand vous condescendiez à vous apercevoir de sa présence – avec le plus profond mépris… Vous n’êtes plus la directrice… Les ordres maintenant, c’est moi qui les donne… Et d’ailleurs, pour que vous en soyez tout à fait persuadée, je vous administrerai très prochainement une magistrale fessée dans votre propre bureau… C’est là que vous m’avez humilié… Mis, à plusieurs reprises, plus bas que terre… Alors un soir… Après la fermeture… Nous nous y retrouverons… Tous les deux… Rien que nous deux… Et là ! Ce sera divin… Pas pour vous ? Mais si, vous verrez… Quand ? Vous verrez bien quand… Quand je l’aurai décidé… Commencez donc d’abord par séjourner avec cette idée… Par vous en délecter… C’est ce que, de mon côté, j’ai voluptueusement commencé à faire… »
– Et tu comptes faire ça quand ?
– Je sais pas au juste… Je compte bien la laisser mariner d’abord un petit moment dans son jus… Ça te plaît pas comme idée ?
– Oh, si ! Si !
– Je sais pas… Tu fais une drôle de tête…
– Non, c’est que j’étais en train de penser… D’imaginer… Elle est couchée en travers de tes genoux, le derrière à l’air… Déjà bien rouge… Et moi je surgis… C’est à ce moment-là que je surgis… « Vous vous souvenez de moi, Madame la Directrice ? Oui, hein ?» Et je m’installe, tout sourire, une fesse sur son bureau, pour assister à la suite des opérations… Et je commente… Je commente tant et plus ! Ce pied que je prendrais !
– Que tu prendras… Parce que ça se fera… Il y a pas de raison… Pas la première fois je me la garde… Mais après… Ça se fera…



– « Plus de trois jours, que j’attends de vos nouvelles, Martina,… Une réponse à mon dernier message… Rien… Vous m’ignorez superbement… Au magasin aussi… Vous faites tout votre possible pour ne pas croiser ma route… Et quand cela se produit malgré tout vous me gommez… Je suis transparent… Je n’existe pas… Alors ça commence à bien faire… J’ai été patient, il me semble… Très… Trop ? Votre comportement est inqualifiable et vous comprendrez que je me sente tenu de sévir… Donc… Eh bien donc vendredi soir , après la fermeture, je reviendrai… Vous aurez laissé la petite porte côté fournisseurs ouverte et je vous rejoindrai dans votre bureau… nous nous retrouverons, vous et moi, dans votre bureau… Vous savez pourquoi, j’imagine ? Un conseil : ne me faites pas faux bond… Vous le regretteriez amèrement…


 15 –

– Elle l’a fait ?
– Un peu qu’elle l’a fait ! J’y croyais qu’à moitié, j’avoue… Mais si ! La porte derrière était ouverte… J’ai filé jusqu’à son bureau… La force de l’habitude : j’ai failli frapper… Je ne me suis repris qu’au dernier moment… Elle me tournait le dos, penchée sur le petit classeur gris, – dans le coin à droite, tu sais… – dont un tiroir était ouvert… Je me suis confortablement installé dans son fauteuil… « Qu’est-ce que vous fabriquez ? Venez ici… Vous finirez ça après… » Je m’attendais à ce qu’elle renâcle… À ce qu’elle fasse la sourde oreille… Ou me remette vertement à ma place… Mais non ! Elle s’est retournée… A fait quelques pas dans ma direction sans me regarder… S’est arrêtée… « Asseyez-vous ! » Ce qu’elle a fait… Sur la chaise en face… Toujours sans me regarder… J’ai posé l’un après l’autre mes deux pieds sur le bureau… « La dernière fois qu’on s’est trouvés tous les deux ici c’était quand ? Vous vous souvenez, Martina ? » Elle a fait signe que oui… Oui… « Vous vous êtes montrée particulièrement odieuse à mon égard ce jour-là… Odieuse et injuste… » Elle a brusquement relevé la tête… Failli dire quelque chose… S’est reprise… « Reconnaissez-le au moins ! Eh bien ? J’attends » Ça lui a brûlé les lèvres, mais elle l’a dit… « Oui… » Tout bas… Tout juste audible… « Plus fort… Et dites-le VRAIMENT… » « J’ai été injuste, oui… » « Et ? » « Et odieuse… » « Bon… Eh bien voilà ! Vous allez être punie pour ça…Sévèrement… C’est plus que mérité, avouez, non ? » « Si ! »
– J’aurais voulu voir sa tête… Non, mais comment j’aurais aimé voir sa tête…
– Tu l’aurais pas reconnue… Plus aucun rapport, mais alors là rigoureusement aucun, avec la directrice cassante et autoritaire dont on a l’habitude… Elle se montrait humble… Résignée… Presque servile…
– Sans doute que c’est sa véritable nature au fond… Et que quand on fait preuve, avec elle, de suffisamment de détermination…
– Ce qu’il y a de sûr en tout cas, c’est que plus ça allait… plus le temps passait… et plus je la sentais à ma merci… Totalement à ma merci…
– Tu l’as poussée dans ses derniers retranchements, j’espère…
– Je l’ai fait lever… Rester comme ça, debout devant moi, un bon petit moment… Et puis : « Déshabillez-vous, Martina ! »
– Elle l’a fait ?
– Elle l’a fait…
– Et dire que j’ai raté ça… Si j’avais su… Bon, mais vas-y ! Continue !
– Elle a marqué un temps– très court – d’hésitation, elle a poussé un profond soupir et puis elle l’a fait… En me tournant le dos… Au fur et à mesure qu’elle les retirait elle repliait soigneusement ses vêtements et les déposait, un à un, sur la chaise… « Vous avez raison, Martina… Prenez votre temps… Prenez tout votre temps… Ce n’en est que meilleur… » Elle n’a pas relevé… Elle a poursuivi… Exactement sur le même rythme… Quand elle n’a plus eu sur elle que ses sous-vêtements – des sous-vêtements blanc satin à dentelles – elle s’est arrêtée… « Eh bien ? Qu’est-ce que vous faites ? Continuez ! » Alors le soutien-gorge… Et puis la petite culotte… « Tournez-vous maintenant ! Regardez-moi ! Là ! Comme ça, oui… Et venez ! Venez chercher votre punition… » J’ai enlevé mes pieds du bureau… Elle s’est avancée… Approchée… Penchée… Allongée, d’elle-même, en travers de mes genoux… J’ai pas tapé tout de suite… Je l’ai fait attendre… Une première claque… Pas très fort… Qui l’a fait sursauter… Une autre… Une troisième… Une grêle de claques… De plus en plus appuyées… De plus en plus rapprochées… Un déluge de claques… À pleines fesses… Qui lui ont mis le derrière en feu…
– Elle a crié ?
– Poussé des espèces de râles de fond de gorge, en mesure, chaque fois que ça tombait… Et crié à la fin, oui…
– Et gigoté ? Elle a gigoté ?
– Ah, pour ça oui ! Et je peux te dire que je n’ignore plus rien de son anatomie…
– Longtemps ça a duré ?
– Assez, oui… J’en avais mal aux mains… Alors j’ai arrêté… Et j’ai constaté : « Tu mouilles, Madame la Directrice…
– C’était vrai ?
– Un peu que c’était vrai…
– Qu’est-ce qu’elle a dit ?
– Rien… Elle n’a rien dit… Je l’ai laissée se relever… « La prochaine fois, si j’ai encore à me plaindre de vous, ce sera le martinet… » Et je l’ai plantée là…
– La prochaine fois je serai là… Alors là il y a pas photo que je serai là…



– Tiens, écoute… Je lui ai écrit… « Qu’est-ce qu’elle a fait, Madame la Directrice, dans son bureau après mon départ ? Après avoir vérifié que j’étais bien parti… Hein ? Qu’est-ce qu’elle a fait ? Ce n’est pas bien difficile à deviner… Elle s’est donné du plaisir… Elle s’est épuisée de plaisir… C’est pas vrai peut-être ? Vous serez punie pour ça, Martina… Pas pour l’avoir fait, non… Mais pour l’avoir fait sans mon consentement… Et en mon absence… Alors attendez-vous à recevoir très prochainement une convocation… À laquelle vous ne manquerez évidemment pas de vous rendre… »
– Ce sera quand ?
– Oh, pas tout de suite… On va la laisser la redouter… Et l’espérer…


 16 –

– Camille ? Tu es où ? Ah, tu es là… Faut que je te raconte… Faut absolument que je te raconte… Figure-toi que ce matin elle était pas à prendre avec des pincettes…
– Et pour cause…
– Comment ça « Et pour cause » ?
– Mets-toi à sa place ! Ça va faire trois semaines que tu lui as promis une fessée… Pour très bientôt… Et tu ne te manifestes pas… Et il ne se passe rien… Elle est en droit de se poser des questions, non ?
– Oui, oh ben là elle a dû commencer à avoir des réponses… Parce que… Odieuse elle a été… Non, mais vraiment odieuse… Elle a attaqué, d’entrée de jeu, en s’en prenant à la petite Lédu… Qu’allait pas assez vite, à son goût, pour mettre les boîtes de céréales en rayon… « Je vous rappelle, à toutes fins utiles, que vous n’êtes qu’interim… À bon entendeur… » Après ça a été le tour d’une pauvre vieille à la caisse… Qui n’avait pas de quoi régler tous ses achats… Qui faisait retirer, un à un, des articles et refaire chaque fois le compte… Qui avait bloqué la caisse… « Mais Madame, avant d’acheter on s’assure qu’on a de quoi payer ! » T’aurais vu le ton sur lequel elle lui a sorti ça… Et c’était pas fini : dans la foulée elle a convoqué Julien Martin au bureau… Elle a dû lui passer un sacré savon vu que pas loin d’une demi-heure ça a duré et que quand il est enfin sorti de là-dedans ça se voyait qu’il avait pleuré… Alors j’y suis monté au bureau… Je m’y suis engouffré… J’ai claqué la porte derrière moi… « Vous en avez pas marre de vous en prendre à tout le monde comme ça ce matin ? Déculottez-vous ! » « Tu peux pas me demander ça… Pas dans la journée… Pas avec les secrétaires dans la pièce à côté… Et n’importe qui qui peut venir frapper… » « C’est moi qui décide… Déculotte-toi ! » Elle a ouvert la bouche pour dire quelque chose… A renoncé… Poussé un profond soupir… Un autre… Et elle s’est résignée… A descendu, sans un mot, pantalon et culotte jusqu’à mi-cuisse… Je l’ai laissée debout… Me suis approprié une fesse… L’autre… Elle a imperceptiblement frémi… « Vous êtes obéissante, Martina… C’est bien… C’est comme ça que je vous veux… Obéissante… Très obéissante… De plus en plus obéissante… » Un frisson l’a secouée toute… « De quoi elle a peur Madame la Directrice ? Qu’on entende ? Qu’on comprenne ? Qu’on sache ? Oui, hein ? Ce ne serait que justice, avouez !Bon, mais allez ! » Je l’ai courbée sur mon genou… Elle s’est crispée dans l’attente du premier coup… Qui n’est pas venu… Je l’ai fait relever… « Reculotte-toi ! Mais tu perds rien pour attendre… »
– Et tu vas faire quoi maintenant ?
– T’inquiète ! J’ai ma petite idée…



– « Tu m’as fait peur tout-à-l’heure… Tellement peur… Mais surtout JE ME suis fait peur… Parce que j’étais hors d’état de te résister… J’en serais passée par tout – absolument tout – ce que tu aurais voulu… Tu pouvais me détruire… Me ridiculiser… On aurait entendu… On aurait forcément entendu… Les claques… Mes cris… J’aurais été incapable de les retenir… Ma carrière était à tout jamais brisée… Ma réputation saccagée… Sur le moment ça m’était complètement égal… Tout m’était égal… J’étais à ta merci… Tu n’en as pas profité… Tu t’es montré raisonnable pour deux… Je t’en ai infiniment de reconnaissance… Et, en même temps, je t’en veux… Je t’en veux énormément… J’ai tort… J’ai sûrement tort de te le dire… Mais je peux pas m’en empêcher… »
– Cette fois… Alors là cette fois…
– C’est à moi que ça commence à faire peur…
– Oui, ben alors là t’es bien con ! Fonce ! Fonce ! Elle demande que ça…



– « Rendez-vous demain soir, chère Martina, à vingt heures précises, dans ce café où nous nous sommes rencontrés, vous et moi, pour la toute première fois… Nous aurons un petit achat à aller effectuer dans le quartier tous les deux… Quoi ? Cherchez ! Cherchez bien ! Je suis sûr que vous allez trouver… »
– Un martinet tu vas lui acheter, j’parie !
– Choisi avec le plus grand soin… Il y aura même des essayages…
– Des essayages ? Comment ça ?
– Faut te faire un dessin ?
– Non… Bien sûr que non ! Mais tu vas trouver ça où un magasin où tu vas pouvoir lui cingler le cul ?
– Sur le forum il y a un dénommé Aristide…
– Je sais, oui ! J’ai un peu discuté avec…
– Son frère tient un sex shop… Il y a une petite salle à l’arrière dont il nous laissera l’entière disposition… Aristide y met toutefois une condition…
– Il veut être là… Assister…
– Avec quelques amis à lui… Voilà, oui… T’as tout compris…
– Et à ce que je vienne, moi, il verrait un inconvénient ?
– Il y a aucune espèce de raison…
– Bon, ben alors je viens… Ah, oui, je viens…
– Masquée… Qu’elle ne sache pas encore… Qu’elle se pose des tas de questions…


 17 –

– « Quelle épreuve tu m’as imposée là, Oteka ! Ces trois hommes… Qui se sont repus goulûment de ma nudité… Qui se sont ouvertement moqués de mes mimiques quand la brûlure des lanières s’est faite insupportable… Qui m’ont singée quand j’ai crié… Qui t’ont encouragée à taper plus fort… De plus en plus fort… Jusqu’à ce que je te supplie… Jusqu’à ce que je t’implore… Quels épouvantables moments ! Terrifiants… Et pourtant – j’ose le dire – si délicieux… Et cette femme ! Cette femme masquée à qui tu as confié le soin d’essayer sur moi, l’un après l’autre, cette multitude de martinets… Que tu as laissée choisir… Les plus efficaces… Les plus pénétrants… C’était qui cette femme ? Ta petite amie ? Avec qui tu as passé le reste de la nuit ? Ça l’avait excitée tout ça, hein ? Et vous en avez bien profité tous les deux… À mes dépens… »
– Elle croit pas si bien dire…



– « Délicieux moments, dites-vous… Et pour moi donc ! Vous, ma directrice, si cassante, si hautaine… Qui m’avez si souvent humilié… Mis plus bas que terre… Vous, agenouillée là, à mes pieds, vous contorsionnant sous les cinglées… Vous donnant généreusement en spectacle… Avec une impudeur ! Alors oui, Martina… Oui… J’ai été dédommagé là, au centuple, de tout ce que, depuis deux ans, vous m’avez fait subir… Quant à cette jeune femme ce n’était pas, jusque là, ma petite amie… Elle l’est devenue… Cette nuit-là… Grâce à vous… Une nuit de folie… Que nous avons passée à nous remémorer, jusque dans ses moindres détails, le spectacle que vous veniez de nous offrir… À le revivre… Et à nous en épuiser de plaisir… »
– Ça, c’est le moins qu’on puisse dire…



– « Crois-tu que ce soit si facile de tenir à bout de bras une entreprise comme celle-là ? De devoir veiller à tout… D’être constamment sur la brèche… Crois-tu que j’aie le choix ? Il FAUT que je fasse preuve d’un minimum d’autorité si je ne veux pas que tout parte à vau-l’eau… Est-ce que je dépasse parfois les bornes ? Parfois sans doute… Sûrement… Mais – et c’est l’essentiel, pour vous comme pour moi – ça tourne… L’affaire marche… Cela étant, revêtir au quotidien, à longueur d’année, cet habit de chef d’entreprise performant on ne peut pas dire que ce soit de tout repos… On a besoin de décompresser… De compenser… Me soumettre totalement aux exigences de quelqu’un qui me fesse, qui me fouette, qui va se montrer intraitable avec moi, c’est un excellent moyen de rétablir l’équilibre… J’y aspirais… Depuis longtemps… J’ai sauté le pas… Suite à des circonstances qu’il faudra bien finir par élucider il a fallu que ça tombe sur toi… L’un de mes employés… L’un des plus jeunes de surcroît… C’était ce qui pouvait m’arriver de pire… Ou de mieux finalement si on y réfléchit bien… C’est plus… efficace… À condition, bien entendu, que tu me gardes le secret le plus absolu… Mais ça, maintenant, je sais que tu le feras… Reste, puisque je suis en veine de confidences, que je trouve extrêmement troublant que vous vous soyez servis, cette jeune femme et toi, de mes « mésaventures » pour faire plus intimement connaissance et vous expédier mutuellement au septième ciel… Reste aussi que je ne peux pas ne pas me demander qui elle est et, surtout, pourquoi elle est restée aussi obstinément masquée… »



– « Qui elle est, Martina ? Vous le saurez peut-être un jour… Si elle consent – ce qui n’est pas certain – à se démasquer… Peut-être demain… Parce que demain soir, quand tout le monde sera parti, nous nous retrouverons tous les trois… Dans votre bureau… N’oubliez pas de laisser ouverte la petite porte d’en bas, côté fournisseurs…



– Elle est pas avec toi ? La femme masquée… Elle est pas avec toi ? Je croyais… J’avais compris…
– Elle va arriver, ne vous inquiétez pas ! Et s’occuper gentiment de vous… De la façon que vous aimez… Mais déshabillez-vous, Martina… Déshabillez-vous ! J’adore… J’adore vous voir faire… De plus en plus… C’est un véritable régal… Attendez ! Tournez-vous ! Faites voir ! Ho là ! Vous êtes encore drôlement marquée, dites donc ! Et une petite piqûre de rappel par là-dessus sera du plus bel effet… Notre amie va se faire un plaisir… Installez-vous ! Là… Sur votre bureau… Penchée à l’équerre… En position… À disposition… Elle sera ravie… Mais en attendant dites-moi… Pourquoi vous l’avez licenciée Camille Prontier ?
– Camille Prontier ? Pourquoi tu me parles d’elle ? Mille raisons j’avais… Dix mille…
Elle est entrée… Elle a arraché son masque…
– Bon… Eh bien je vous laisse… Je vous laisse toutes les deux… Je suis sûr que vous avez une foule de choses à vous dire…


FIN