mercredi 4 mars 2020

Exquises vacances


1-


Que voilà des vacances qui commencent bien ! Mes voisins de chambre, à droite, ont baisé toute la nuit. Ou quasiment. Et, bien entendu, je les ai accompagnés. À chaque fois. Avec mes doigts. Et pas seulement : j’ai toujours tout ce qu’il faut avec moi. Trois ou quatre godes, avec chacun sa spécificité, dont j’use et abuse sans le moindre complexe. Les entendre, les imaginer était très stimulant. Ils mettaient en effet, à s’envoyer en l’air, infiniment de conviction. Et elle est, elle, d’une nature très expansive. Dont elle a généreusement fait profiter tout l’hôtel.

Je les avais déjà repérés en bas, au restaurant. En longeant leur table, pour parvenir jusqu’à la mienne, j’avais aperçu la clef de leur chambre, posée près de son assiette à lui. « 114… Tiens, tiens ! Mais c’est ceux d’à côté ! » Du coup, je les avais longuement et discrètement observés. C’était d’autant plus facile qu’ils n’étaient occupés que d’eux-mêmes, indifférents à tout le reste.
Elle, elle a la trentaine. À peu près. Peut-être un peu plus. Grande, élancée, châtain clair, souriante, elle a quelque chose d’immédiatement et de résolument sensuel. Sans être pour autant vraiment provocante. Le genre de femme que beaucoup d’hommes doivent rêver de mettre dans leur lit. Dont ils imaginent qu’ils vont connaître avec elle des extases inouïes.
Quant à lui, c’est le mâle dans toute sa splendeur. La quarantaine radieuse. Beau, viril, rassurant. Avec des yeux d’un bleu profond. Tu ne peux pas faire autrement que de te sentir fondre. Et que d’avoir envie de te laisser aller dans ses bras. Ce que je n’ai pas manqué de faire, avec délectation, en les écoutant arpéger leur plaisir. C’était moi, à sa place à elle.

Ils doivent être mariés : ils ont une alliance. Ce qui est sans doute fort récent. Je suis en effet bien placée pour savoir que le désir s’émousse vite et qu’au bout de quelques mois il ne reste plus grand-chose des élans tumultueux et passionnés du début. Peut-être a-t-elle été, elle, précédemment mariée et a-t-elle très vite déchanté. Mésentente. Rancœurs. Divorce. Le scénario classique. Et le plus vraisemblable.
En ce qui le concerne, lui, je le verrais bien en célibataire longuement militant, multipliant les conquêtes, couchant à droite, couchant à gauche, sans souci, dans ce domaine tout du moins, ni de son lendemain à lui ni de leurs lendemains à elles. Jusqu’à ce qu’il finisse par tomber sous le charme de celle qui, menant sa barque avec habileté et subtilité, lui a, au bout du compte, passé la bague au doigt.

Cela étant, il ne faut pas que je focalise sur eux à outrance. Certes, les avoir comme ça à portée de main va s’avérer à l’évidence fort commode. Je vais pouvoir, si toutefois leur séjour se prolonge quelque peu, m’inviter quotidiennement sans vergogne dans leurs ébats. Peut-être même aurai-je l’occasion de sympathiser avec eux. D’une façon ou d’une autre. Écouter jouir un couple avec qui on parle, on déjeune, on se promène, on se baigne est, à mes yeux, un plaisir délicieusement raffiné. Mais ce serait une grossière erreur que de ne jurer que par eux. Il existe très certainement, dans cet hôtel, d’autres opportunités que je ne pourrai saisir que si je leur suis délibérément ouverte, que si j’ai l’attention en permanence en éveil.
Il y a, par exemple, à l’étage du dessus, un jeune couple qui a retenu toute mon attention bien qu’extrêmement discret et effacé. Parce qu’extrêmement discret et effacé justement. Ce sont souvent ceux-là, quand on gratte un peu, qui se révèlent les plus ardents et les plus libérés.
Et puis… Et puis il y a Antonin, le fils des patrons, qui m’a apporté mon petit déjeuner dans la chambre ce matin, qui était manifestement très mal à l’aise de me trouver au lit, bien que ma tenue ait été on ne peut plus décente, et que j’ai pris un malin plaisir à retenir un peu, à regarder et à passer à la question. Il a vingt ans. Il est étudiant en troisième année d’architecture et il aide ses parents pendant les vacances. Il n’a pas, pour le moment, de petite amie. Il n’en a d’ailleurs, à mon avis, jamais eue. Il est puceau, j’en suis convaincue. Puceau jusqu’au blanc des yeux. Puceau autant qu’on peut l’être. Mais c’est là une situation à laquelle il n’est pas trop difficile de remédier. À condition, bien entendu, que quelqu’un veuille bien s’en charger. Et je sens que je vais peut-être bien me dévouer. Oui, sûrement !


2-


En début d’après-midi, je l’ai aperçue, de l’étage, qui bronzait au bord de la piscine. Ma voisine de chambre. Oui, c’était elle. C’était bien elle. Seule.
J’ai enfilé mon maillot de bain, je suis descendue, je me suis approchée.
– Excusez-moi ! Elle est libre, cette chaise longue, là, à côté ?
Elle m’a fait signe que oui. Oui. Je m’y suis installée. Je me suis offerte voluptueusement au soleil, avec un long soupir de satisfaction.
– Qu’est-ce qu’on est bien !
– Ah, ça, vous pouvez le dire !
Un long moment de silence. Le chant des oiseaux. Celui des cigales.
– Et puis qu’est-ce qu’il est calme, cet hôtel !
Je me suis tout aussitôt reprise.
– Enfin, dans la journée ! Parce que la nuit…
Avec un petit sourire entendu.
Elle est entrée dans le jeu.
– La nuit ?
– La nuit, oui. Vous n’avez pas entendu ? Ah, il y en avait deux, ça donnait ! Et ça a été quasiment non-stop. Faut dire que j’étais aux premières loges aussi.
– Vous avez quelle chambre, si c’est pas indiscret ?
– La 112.
– Et moi, la 114.
J’ai feint la surprise.
– Ah, ben d’accord !
Et on a éclaté de rire.
– On vous a empêchée de dormir, du coup. Je suis désolée.
– Oui, oh, pour être tout à fait honnête, c’était pas si désagréable que ça.
Elle m’a jeté un petit regard complice.
– Ah, ben on pourra recommencer alors !
– Quand vous voudrez. Et tant que vous voudrez…
– C’était bien notre intention.
– Il y a pas longtemps que vous êtes ensemble, hein ?
– Dix ans.
– Dix ans !
– Oui, enfin, c’est un peu plus compliqué que ça. Disons que, parallèlement, on est mariés. Chacun de son côté. Côté cul, mon conjoint n’est pas un foudre de guerre. Quant à sa femme à lui, c’est encore pire. Il y a droit tous les tournants de lune. Alors, quand on a l’occasion de se retrouver tous les deux, Théo et moi, on s’éclate comme c’est pas possible.
– J’ai vu ça. Entendu plutôt.
– Malheureusement des occasions, on n’en a pas aussi souvent qu’on voudrait. Là, ça faisait trois ans, plus de trois ans, qu’une opportunité ne s’était pas présentée. Alors faut qu’on se rattrape. Et vous ?
– Moi ?
– Vous êtes seule ici ?
– Oui. Mon mari est un passionné d’alpinisme. Pas moi. Et donc, on passe, depuis maintenant des années, systématiquement nos vacances séparément. Ce dont je ne me plains pas. Bien au contraire. Parce que, tout comme vous, avec mon conjoint, sexuellement ce n’est vraiment pas ça. On est dans la routine. Un petit coup, vite fait, le samedi soir. Et encore, pas toujours. Je n’y trouve pas vraiment mon compte.
– J’imagine. On est, je crois, beaucoup de femmes dans ce cas-là…
– C’est bien pour ça que moi aussi, je mets les vacances à profit pour me donner du bon temps. Je n’ai pas la chance d’avoir, tout comme vous, un chevalier servant attitré. Alors je me fais ouverte aux multiples possibles qui s’offrent à moi. Tout en restant résolument sélective. À quarante ans, c’est le moment ou jamais. Et j’avoue avoir parfois eu, ici ou là, de divines surprises.
Elle a suivi des yeux quelque chose par-delà la haie. Quelqu’un. Son Théo.
Elle s’est levée.
– Il a dû avoir le temps de recharger les batteries. J’y vais. À bientôt.
Avec un grand sourire.
Et elle s’est éloignée d’un pas décidé.


3-


Quand, le soir, au restaurant, je suis passée à côté leur table pour rejoindre la mienne, elle m’a arrêtée d’un geste de la main.
– Je sais même pas comment vous vous appelez.
– Mélanie. Et vous ?
– Émilie. Et là, c’est Théo.
– Oui, je m’en doutais un peu.
Il m’a gratifiée d’un sourire enjôleur.
– Bon, ben je vous laisse profiter l’un de l’autre. Bonne soirée !
– À vous aussi !
– Oh, ça, il y a toutes les chances.
Et on a échangé, Émilie et moi, un sourire complice.

Pour être bonne, elle a été bonne, la soirée. Vraiment très très bonne. Parce qu’à peine remontés dans leur chambre, ils ont déclenché un feu d’artifice monumental. Auquel j’ai bien entendu participé, de mon côté, sans la moindre retenue. Avec d’autant plus de jubilation qu’elle savait désormais que je le faisais, qu’elle le lui avait probablement dit, qu’au cœur de l’action ils y pensaient sans doute et que je contribuais ainsi à leur plaisir qui, échange de bons procédés, nourrissait le mien.
Je n’étais d’ailleurs pas la seule à en profiter. Juste au-dessus un couple s’était, lui aussi, mis de la partie, la femme poussant, à intervalles réguliers, des salves de miaulements convaincus. Une autre encore, dans les lointains, lui répondait comme en écho.

Je me suis endormie comme une masse, repue, rassasiée, tous les sens apaisés, pour ne me réveiller, le lendemain, que sur le coup de neuf heures, quand Antonin m’a apporté le petit déjeuner au lit. Le hasard avait décidé, comme souvent, de bien faire les choses, parce que c’est le moment qu’à côté Émilie et Théo ont choisi pour remettre éperdument le couvert.
– Ben, qu’est-ce qui vous arrive ?
Le pauvre garçon, tout tremblant, tout rougissant, cherchait désespérément, en dansant d’un pied sur l’autre, un endroit où poser son plateau.
– Ça va ? Vous êtes sûr ?
Il a fait signe que oui. Oui. Mais…
Mais ma table étant encombrée, la chaise et le fauteuil aussi, il ne savait toujours pas où se débarrasser de son plateau.
À côté, Émilie a gémi plus fort.
Sous son pantalon en toile, une impressionnante érection avait pris son essor. Mais c’est qu’il avait l’air sacrément bien monté, le bougre ! Pas question de laisser passer une occasion pareille. Ah, non alors !
J’ai fait mine de m’inquiéter.
– Oh, non, ça va pas, vous ! Ça va pas du tout. Vous êtes tout pâle. Et vous transpirez à grosses gouttes. Faudrait pas que vous fassiez un malaise. Vous voulez que j’appelle quelqu’un ? Non ? Asseyez-vous alors ! Posez-le par terre, le plateau. On s’en fout. Et asseyez-vous ! Ou non plutôt…
Je me suis levée.
– Allongez-vous ! Ah, mais si ! Si ! C’est un ordre. Allez !
Je l’ai aidé à le faire. Et je me suis penchée sur lui, ma chemise de nuit baillant au large sur ma poitrine. Son regard s’y est faufilé. J’ai intérieurement souri. J’ai posé ma main sur son front.
– Ça devrait pas être trop grave ! Vous n’avez pas de fièvre.
Et j’ai brusquement changé de ton.
– Non, mais regardez-moi ce grand dégoûtant qu’en profite pour me reluquer les seins. Non, mais faut pas se gêner ! Tu n’as pas honte ?
Il est devenu écarlate. S’est redressé. A bafouillé.
– Non, mais c’est pas que… C’est parce que…
– Oh, mais c’est pas grave ! Au contraire…
Et j’ai constaté en souriant.
– En tout cas, ça te fait de l’effet, on peut pas dire !
Je lui ai posé la main sur le genou.
À côté, Émilie a rugi.
Il a fermé les yeux.
– Mais c’est qu’il jouit ! C’est pas vrai qu’il jouit !
Il a terminé. Et s’est excusé, rouge de confusion.
– Pardon ! Je suis désolé…
– Tu peux ! Ah, tu peux ! Et moi alors ? Bon, mais on verra ça demain. Tu perds rien pour attendre. Va vite changer de pantalon en attendant…


4-


Émilie s’est redressée sur la chaise longue.
‒ Le pauvre garçon ! Comment tu dis qu’il s’appelle ? Antonin ? Tu n’as pas honte de le mettre dans des états pareils ?
‒ Oui, oh ben, sur ce coup-là, t’es au moins aussi responsable que moi, hein ! Sinon plus. Tu te serais entendue quand t’as déferlé
‒ Je suis comme ça, qu’est-ce tu veux ! C’est pas de ma faute. Je suis d’un naturel expansif.
‒ Carrément explosif, tu veux dire, oui.
On a ri, complices.
‒ Peut-être bien que nous aussi, on va déjeuner dans la chambre du coup maintenant le matin. Parce qu’avoir un petit puceau à allumer sous la main, ça doit pas manquer de charme.
‒ Oui, ben vous me le piquez pas, hein ! C’est moi qui l’ai trouvé, c’est moi qui le déflore.
‒ T’inquiète ! On te le chauffera, c’est tout ! Je sens qu’il va aimer Théo. Peut-être pas autant que
‒ Autant que quoi ?
‒ Non, rien.
‒ Mais si ! Dis !
‒ C’est pas facile. On se connaît pas beaucoup.
‒ Tu parles ! On se connaît déjà énormément, moi, je trouve, au contraire. On s’est pressenties. Et reconnues. À l’instinct. On est de la même trempe. Alors, allez, accouche !
‒ Il avait pas vraiment besoin de ça, mais comment ça l’a excité hier soir, Théo, de se dire, en plus, que t’étais en train de te caresser en nous écoutant.
‒ Ça, j’imagine. Et pas que lui, je suppose. Non ?
Elle a pris son petit air mutin.
‒ Ah, ben ça ! Et tu te l’es fait ?
‒ T’as de ces questions par moments. Évidemment que je me le suis fait. Évidemment ! Même que c’était super, si tu veux tout savoir. Que j’ai joui trois fois. Et que j’ai pris un pied pas possible.
‒ Il m’a semblé t’entendre gémir à un moment.
‒ C’est pas beau d’écouter aux portes. Bon, mais tu voulais en venir où au juste ?
– Je voulais en venir que… c’est son anniversaire à Théo mardi prochain.
– Et que t’as envisagé que ce soit moi, le cadeau.
– T’imagines ? On vient de se mettre en action. La porte s’ouvre. Tu entres. À poil. Tu viens t’asseoir au bord du lit et tu te caresses en nous regardant. Comment il va halluciner ! Toi aussi d’ailleurs, t’y trouveras ton compte.
– Et pas toi, peut-être ?
– Ben oui, évidemment ! Parce que vu l’état dans lequel ça va le mettre… Je le connais, mon Théo.
– Tu prends des risques. Il est beau mec.
– Et t’en ferais bien ton quatre heures.
– Pour être honnête…
– Oui, oh ! Je n’ai pas l’exclusivité. Il est marié. Et il en a d’autres. Alors… Et puis, pour tout dire, le regarder en train avec une autre, ça me déplairait pas forcément.
– Vu sous cet angle…
– Je peux compter sur toi alors ?
– Plutôt deux fois qu’une.
– Ce sera le bouquet final. Parce que le lendemain…
– Vous repartez.
– Non. Lui, il repart. Il reprend le boulot.
– Et toi, tu restes.
– Je devais pas normalement. Mais oui, je vais rester. Je peux quand même pas te laisser t’occuper d’Antonin toute seule.
– Ben, voyons !
– D’autant qu’Antonin, c’est une chose, mais, à l’évidence, cet hôtel est un véritable vivier.
– À qui le dis-tu !
– D’ailleurs tiens, regarde ce qui passe là-bas si c’est pas mignon à croquer…
– Ça l’est. Et je sens qu’on va bien s’amuser toutes les deux.



5-


Je m’étais mise en frais. Petite culotte blanche ajourée. Et rien d’autre. Même pas de soutien-gorge.
Ses pas dans le couloir. Il s’est approché. Arrêté devant ma porte. Il a laissé passer quelques secondes. Et puis il a timidement frappé.
Je n’ai pas répondu, mais je suis allée ouvrir.
Surpris, il a esquissé un léger mouvement de recul.
‒ Ben alors ! Je te fais peur ?
Il a bafouillé, bredouillé vaguement quelque chose. Et, en baissant les yeux, a brusquement découvert que j’avais les seins à l’air.
Il s’est empourpré. S’est mis à danser d’un pied sur l’autre.
‒ Eh ben entre ! Reste pas planté là ! Et débarrasse-toi de ce plateau ! Qu’est-ce que tu peux avoir l’air godiche avec
Il l’a déposé au bord de la table. En repoussant, vaille que vaille, tout le fourbi que j’y avais entassé. Et il a aussitôt dérivé vers la porte.
‒ Eh, là ! Pas si vite ! Où tu cours comme ça ?
‒ Ben, je…
‒ T’as la mémoire courte, à ce qu’il semble. Qu’est-ce qu’on avait dit hier ?
‒ Hier ?
En s’efforçant, sans y parvenir vraiment, de ne pas loucher sur mes seins.
‒ Hier, oui. Fais bien l’innocent.
J’ai brusquement froncé les sourcils. Dressé l’index.
‒ Écoute ! Écoute ! T’entends rien ?
On est restés quelques instants silencieux, face à face, dressant tous les deux l’oreille.
Et puis j’ai constaté.
‒ Non. Non. Il y a rien. J’avais cru. J’avais cru qu’ils remettaient ça à côté. Ce qui t’avait bien plu hier, hein, avoue !
Il a mollement protesté.
‒ Mais non ! Je…
‒ Tu parles ! Tu t’es pas lâché dans le pantalon peut-être ?
Il a fixé ses godasses, confus.
‒ Oh, mais fais pas cette tête-là ! C’est normal : on est plein de sève à ton âge. Et toi, en plus, t’es un sacré petit cochon, mine de rien. Ah, si ! Si ! Tu diras pas le contraire. T’arrêtes pas de me mater les seins en douce depuis tout à l’heure. C’est pas vrai peut-être ?
Il a voulu dire quelque chose, s’est finalement tu.
Je l’ai résolument fixé en bas.
‒ Et ils te plaisent bien, mes nénés, ce qu’il y a de sûr. Non, mais comment tu bandes !
J’ai effleuré sa queue à travers le pantalon. Je m’en suis éloignée. J’y suis revenue. J’en ai rapidement redessiné les contours. Dans un sens. Plus rapidement. Dans l’autre.
‒ Eh, mais c’est qu’il y a l’air d’y avoir un joli morceau, là. Tu nous fais voir ça ?
Et j’ai déboutonné, fait glisser la fermeture Éclair, tomber le pantalon sur les chevilles. Je la lui ai précautionneusement sortie.
‒ Ah , oui, dis donc ! Oui. Il y a de quoi faire, là. T’es bien monté, toi, on peut pas dire ! Et t’as pas de petite amie ! Mais c’est un véritable scandale.
J’ai soupiré.
‒ T’es un sacré égoïste, hein, au fond ! Tu t’amuses tout seul, dans ton coin, sans en faire profiter personne.
Je la lui ai enserrée. Je lui ai soupesé les couilles. Je les lui ai doucement malaxées. Je suis remontée. Je la lui ai décapuchonnée. J’ai mis le gland à nu.
Il a fermé les yeux, respiré plus vite.
Je l’ai fait coulisser. Une fois. Deux fois. Et il m’est parti sur les doigts avec un grognement rauque de fond de gorge.
J’ai protesté.
‒ Oh, non, pas déjà !
Et lui ai lancé une petite claque sur les fesses.
‒ Tu me dois une revanche. Et tu perds rien pour attendre.


6-



Émilie m’avait prévenue.
‒ Je serai pas là, cet après-midi. Théo veut aller faire un peu de tourisme avant de repartir.
Et je me suis retrouvée au bord de la piscine en la seule compagnie d’une petite brune qui, affalée sur une chaise longue, pleurait toutes les larmes de son corps.
Je me suis approchée d’elle.
‒ Quelque chose qui va pas ?
Elle a redoublé de sanglots.
‒ Si ! Non ! J’en ai marre, mais j’en ai marre !
‒ C’est votre ami, hein, c’est ça ?
Un grand maigre avec lequel elle dînait, le soir, à une petite table tout au fond de la salle de restaurant.
‒ Je le comprends pas. Je le comprends plus.
‒ Une mauvaise passe. Faut peut-être pas dramatiser.
‒ Je sais pas. Je sais plus. Tout avait l’air d’aller bien pourtant. Il était heureux de venir en vacances ici. Il s’en faisait toute une fête. Et puis d’un seul coup…
Et elle s’est remise à pleurer de plus belle.
‒ Il a plus envie de moi. Pas une seule fois il m’a touchée depuis huit jours qu’on est arrivés.
‒ Il en a une autre ?
‒ Je me suis demandé, mais je crois pas, non. Ici, je m’en serais forcément rendu compte. Ailleurs ? Il téléphone pas. Il cache pas son portable. Il me laisse m’en servir.
‒ Il vous a dit quoi au juste ?
‒ Ben ça ! Qu’il a plus envie de moi. Et qu’il s’emmerde à cent sous de l’heure quand on baise.
‒ Vous avez quel âge ?
‒ Vingt-et-un.
‒ Et lui ?
‒ Pareil.
Il y a longtemps que vous êtes ensemble ?
‒ Trois ans.
‒ Je voudrais pas être indiscrète, mais bon, entre femmes on peut se dire carrément les choses. Vous agrémentez un peu vos rapports de temps en temps ?
‒ Comment ça ?
‒ Je sais pas, moi ! Avec des objets par exemple.
‒ On a essayé au début, mais j’ai pas bien aimé. Et il a pas trop insisté là-dessus. Je crois pas que ce soit vraiment son truc non plus.
‒ Vous le prenez dans votre bouche ? Ça, c’est quelque chose que les types en général…
‒ Je sais, oui. Ça me déplaît pas, ça. Et lui aussi, il aime. Enfin, il aimait. Parce qu’il est beaucoup moins demandeur qu’avant là-dessus. Il dit que ça finit par être toujours un peu la même chose.
‒ Et, excusez mon franc parler, mais si je veux pouvoir vous aider… Vous le laissez vous venir derrière ?
‒ Aussi, oui. Je lui ai jamais refusé.
‒ À contrecœur ? Parce que s’il vous sent pas vraiment motivée…
‒ Je trouve pas ça désagréable du tout.
‒ Oui. Alors, je peux me tromper, mais, à mon avis, il y a certainement quelque chose dont il a très envie, qui compte énormément pour lui au point que tout le reste lui paraît sans la moindre saveur, mais dont il répugne à parler soit parce que ça lui pose personnellement problème soit parce qu’il est convaincu que vous lui opposeriez un refus formel et sans appel.
‒ Qu’est-ce ça peut bien être ?
‒ C’est bien là toute la question. C’est sans doute quelque chose qui vous est tellement étranger, à vous, que ça ne vous vient même pas à l’idée.
‒ Faudrait bien que je trouve pourtant.
‒ Si vous voulez vous en sortir, oui ! Ça fait pas l’ombre d’un doute. Et vous avez deux solutions : ou bien vous lui posez carrément la question. Au risque de le voir se refermer comme une huître. Ou bien vous vous mettez à l’affût et un mot, un regard, un hasard peuvent vous mettre sur la piste. Et une fois que vous saurez de quel côté chercher…
‒ Oui, c’est ce que je vais faire. Ça me redonne de l’espoir ce que vous me dites là. Tout n’est peut-être pas perdu.
‒ Bien sûr que non ! Vous me tiendrez au courant ?
‒ Oh, oui, oui ! Promis !


7-


Avant de passer à table, Émilie est venue me rejoindre dans le petit jardin en contrebas.
‒ Qu’on discute un peu ! On a bien le temps.
On avait le temps, oui. Tout notre temps.
J’ai souri.
‒ Alors ? Cette journée en amoureux ?
‒ Super ! Un moment hors du temps. On vivrait ensemble au quotidien, ce ne serait sans doute pas la même chose. Mais là, une petite semaine par ci, une petite semaine par là, de temps à autre, t’en profites à fond.
‒ Ne pas vivre ensemble. La solution de sagesse…
‒ En douce que toi, les oreilles ont dû te siffler.
‒ Parce que ?
‒ Parce que maintenant qu’il sait que tu te fais du bien en nous écoutant, il m’assaille de questions à ton sujet. Si tu te le fais souvent ? Comment ? Sur quoi tu fantasmes ? Et tutti quanti. J’ai beau lui dire et lui répéter, sur tous les tons, qu’on n’en a pas vraiment parlé et qu’on a bien d’autres sujets de conversation, il y a rien à faire.
‒ Il va être ravi de son cadeau d’anniversaire alors !
‒ Tu parles ! J’imagine déjà sa tête quand il va te voir débouler à poil dans la chambre et te mettre tranquillement à te caresser en nous regardant.
‒ Tu lui as pas vendu la mèche au moins ?
‒ Oh, ben non ! Non ! Qu’il ait la surprise !
Elle a esquissé un petit sourire qui s’est progressivement épanoui.
‒ Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui t’amuse ?
‒ C’est que c’est bien un mec. Parce que pour lui, si tu te masturbes, c’est que t’es en manque.
J’ai ri. Franchement.
‒ Pas vraiment, non. Certes, avec mon mari, c’est pas ça qu’est ça. Mais bon ! Il y a tout un tas de charmants jeunes gens, ou moins jeunes, qui ne demandent qu’à rendre service. Toute seule, c’est autre chose. On se fait l’amour à soi-même. À son rythme. Avec ses fantasmes. Ses images. Son histoire.
‒ Je suis bien de ton avis. Mais c’est le genre de choses qu’il ne me viendrait pas à l’idée d’aller tenter de lui expliquer. Parce qu’il est très gentil, Théo. Il a plein de qualités. Mais il a aussi plein de certitudes. Et quand il a une idée en tête, pour l’en faire démordre…
‒ Comme beaucoup.
‒ S’il savait !
‒ S’il savait quoi ?
‒ Que même là… Et pourtant avec lui je prends mon pied. Et pas qu’un peu ! Eh ben, même là, j’en profite qu’il ait le dos tourné. J’en ai besoin de ça. J’en ai toujours eu besoin.
‒ Ça doit pas être facile. Vous êtes fourrés toute la journée ensemble.
‒ On trouve toujours des solutions quand on veut. Surtout qu’il a ses petites habitudes. Le matin, il descend systématiquement chercher son journal. Le temps qu’il flâne un peu. Qu’il aille boire un café. Ça me laisse une bonne demi-heure. Je la mets à profit pour paresser voluptueusement entre les draps et me laisser aller à mes rêveries. Alors pas toujours, mais souvent…
‒ Eh, mais c’est que je vais tendre l’oreille d’une façon complètement différente, moi, maintenant le matin !
‒ Oh, et puis il y a pas que ça ! Il y a aussi… Tu vas me trouver tordue !
‒ Mais non, dis !
‒ Il y aussi, quelquefois, sous la douche. Avec l’eau. Et lui, allongé sur le lit, dans la chambre. Plongé dans la lecture de son journal. Faut que je fasse attention. À pas gémir. À pas haleter trop fort. Qu’il se rende pas compte. Parce que comment il serait vexé ! Mais c’est justement ça qu’est excitant. De me dire qu’à tout moment ça pourrait me déborder. Que je maîtriserais plus rien. Ou qu’il pourrait surgir. Sous un prétexte quelconque.
‒ Tiens, ben le v’là justement !
Il s’est approché, s’est penché sur elle, lui a déposé un baiser sur la nuque.
‒ Alors, mesdames ! On complote ?


8-


Je profitais de la fraîcheur du soir sur un banc, derrière l’hôtel, un peu à l’écart.
‒ Je vous dérange pas ?
C’était la petite jeune qu’avait des problèmes avec son copain, là. Mélanie.
‒ Pas du tout, non. Asseyez-vous ! Alors ? Avec votre ami ? Ça s’est un peu arrangé ?
‒ Pas vraiment, non. Il me bat toujours froid. Mais, par contre, je crois que je suis sur une piste.
‒ Ah…
‒ Oui. Parce que j’ai réussi à aller faire un tour vite fait sur son ordi. C’est pas la première fois, mais d’habitude, il efface toujours son historique avant de le refermer. Sauf que là… il avait oublié.
‒ Et alors ?
‒ Il a passé l’après-midi d’hier à visionner des vidéos de filles entre elles. Que ça…
‒ C’est le fantasme de beaucoup d’hommes.
‒ Je sais, oui. Mais là, en plus, j’ai trouvé un petit texte, c’est lui qui l’a écrit, où il imagine qu’il me regarde prendre du plaisir avec une autre femme.
‒ Bon, ben les choses sont claires, non ? Ce qu’il voudrait…
‒ Ça, j’ai bien compris, oui. Seulement…
‒ C’est pas votre truc.
‒ Non. Enfin peut-être. J’en sais rien en fait. Je me suis jamais vraiment posé la question. J’y ai jamais vraiment pensé.
‒ Moi, j’ai pas de conseil à vous donner, mais je crois bien, vu ce que vous me racontez là, que si vous voulez avoir des chances de le récupérer…
‒ Je demande que ça !
‒ Alors à moins que ça vous répugne vraiment, vous savez ce qu’il vous reste à faire.
‒ C’est pas que ça me répugne. Je peux pas dire ça. J’ai jamais essayé.
‒ C’est pas vraiment déplaisant, vous savez ! Et puis qui, mieux qu’une femme, peut connaître le corps d’une autre femme ?
‒ Je veux pas le perdre, ce qu’il y a de sûr. Ah, non alors ! Je veux pas le perdre.
Je lui ai posé la main sur l’avant-bras.
‒ Vous le perdrez pas maintenant que vous savez. Si vous abattez les bonnes cartes…
Suis remontée jusqu’à la saignée du coude. Que j’ai doucement caressée. Du bout du pouce. Elle ne m’a pas repoussée.
‒ Ça me fait quand même peur. Si ça lui suffisait pas ? Ou si ça le décevait ? Je risque de me montrer sacrément godiche. Quand on n’a pas l’habitude…
Je lui ai passé un bras autour des épaules, l’ai attirée contre moi.
‒ C’est pas le genre de question à vous poser maintenant. Ça va vous paralyser. Il faut foncer.
Elle a laissé aller sa tête contre ma poitrine.
‒ Vous êtes gentille.
Je lui ai redessiné la tempe, le front, les sourcils, à doigts légers.
‒ Ça se passera bien, vous verrez !
Les lèvres. Longuement. Elle les a entrouvertes. J’ai glissé mon index entre elles, l’y ai fait aller et venir.
Sa main s’est posée sur ma cuisse, s’y est crispée.
On s’est regardées. Et nos deux visages sont allés l’un vers l’autre. Pour un premier baiser. Qui a interminablement duré.
On s’est souri.
‒ Tu as bon goût.
‒ Toi aussi.
Quelqu’un a appelé dans les lointains.
‒ Mélanie !
‒ C’est lui ! Il me cherche. Il se demande où je suis passée.
‒ File vite alors !
‒ On se revoit ?
‒ Demain. Allez, file !


9-


Il faisait si chaud que je me suis rendue à la piscine dès dix heures du matin. Émilie n’a pas tardé à m’y rejoindre.
‒ Eh ben dis donc !
Avec un petit sourire mi-complice mi-coquin.
‒ Eh ben dis donc ! Il t’a mis dans un de ces états le puceau du petit déjeuner tout à l’heure !
‒ Ça s’est entendu ?
‒ Tu parles si ça s’est entendu ! T’es bien placée pour savoir que, dans cet hôtel, les cloisons sont en papier à cigarettes, non ? Bon, mais chacune son tour, du coup, de profiter des ébats de la voisine. D’autant que tu es très expansive, il y a pas à dire.
‒ Pas toujours. Ça dépend.
‒ Oui, ben là, tu l’étais. Et pas qu’un peu ! De façon très… disons, émouvante. Et c’est bien tombé. Théo venait juste de descendre. J’étais toute seule. Alors tu penses bien que je n’ai pas boudé mon plaisir.
‒ Je sais ce que c’est.
‒ Faut croire qu’il était pas si maladroit que ça, cet Antonin, alors finalement pour un novice.
‒ Si on veut ! Disons qu’il est bien monté, avec une queue bien épaisse et bien consistante, ça aide. Sinon, ben sinon, il est beaucoup trop pressé. Comme on l’est à son âge. Pas question de préliminaires. Il sait pas ce que c’est. Un seul objectif : te venir dedans et partir à la conquête de son plaisir au triple galop. À toi de te montrer patiente. De savoir attendre. Dès lors qu’il est arrivé à ses fins, une fois, deux fois, il tient beaucoup mieux la route. Et tu peux enfin y trouver ton compte.
‒ De façon apparemment fort satisfaisante.
‒ Et puis ce qu’il y a aussi… J’avoue, en ce qui me concerne, une attirance très prononcée pour les petits puceaux. Toujours majeurs. Ça coule de source, je suis pas idiote. Je les trouve attendrissants de naïveté et de gaucherie. Et puis l’idée que c’est avec moi qu’ils découvrent ces plaisirs-là ! Qu’ils auront beau en avoir vingt, trente après moi des femmes, qu’ils oublieront pour la plupart, la première, ils en garderont toujours un souvenir ému. Même des années après.
‒ Et toi aussi.
‒ Et moi aussi.
‒ Sans vouloir être indiscrète, t’en as eu beaucoup, des petits jeunes, comme ça ?
‒ J’ai pas compté, mais, à la louche, une dizaine. Oui, une bonne dizaine.
‒ Ah, quand même !
‒ Mais enfin va pas imaginer non plus que je m’en tiens exclusivement à ça. Non. Je ratisse beaucoup plus large. Il me faut autre chose. Parce que le propre d’un puceau, une fois que t’as couché avec, c’est qu’il ne l’est plus, mais qu’il continue à manquer d’expérience. Alors bien sûr, tu peux le dégrossir, lui apprendre les rudiments de base. C’est une entreprise de longue haleine dont tu ne peux absolument pas être certaine qu’elle donnera, au bout du compte, les résultats escomptés. Parce que t’en as qui sont naturellement doués, oui, mais il y en a d’autres, tu t’aperçois vite que tu vas pas pouvoir en tirer grand-chose.
‒ Et cet Antonin, là, tu le classes dans quelle catégorie ?
‒ Je sais pas trop encore. C’est pas en ayant couché une fois avec… Mais enfin, à mon avis, ce sera quand même pas un foudre de guerre. Je le crois fondamentalement trop égoïste pour pouvoir se préoccuper réellement du plaisir de sa partenaire. Mais bon, il peut changer… C’est pas vraiment mon problème, n’importe comment. J’ai pas du tout l’intention de jouer les prolongations avec. Une fois que je serai partie d’ici…
‒ J’en ferais bien un tour, moi, si tu n’y vois pas d’inconvénient. Il est mignon. Et comme tu dis qu’il est bien monté.
‒ Vas-y ! Vas-y ! Fonce !
‒ Ça me tente bien. D’autant que ce sera une première pour moi. Mes partenaires, jusqu’à présent, ont tous été beaucoup plus âgés que moi.
‒ Fais juste attention à une chose. On se croit vite amoureux à cet âge-là. Si jamais ça arrive, dépêche-toi d’allumer des contre-feux. Faute de quoi, tu pourrais avoir un mal fou à t’en dépêtrer. Pour ne pas l’avoir fait, je me suis retrouvée, à deux reprises, dans des situations complètement impossibles.


10-


‒ J’ai besoin d’un nouveau maillot. Le mien s’avachit. Tu viens avec moi ?
Elle ne demandait pas mieux, Mélanie.
‒ Au contraire.
‒ Il va rien dire, ton ami ?
‒ Lui ? Vous pensez bien que non ! Il va en profiter, pendant ce temps-là, pour écumer les sites de petites nanas entre elles.
Et on a échangé un sourire complice.

‒ À ton tour !
‒ À mon tour ?
‒ Je t’en offre un, de maillot. Allez ! Va vite choisir.
Elle ne s’est pas fait vraiment prier. Juste un peu. Pour la forme. Et a opté pour un maillot noir une pièce à la fois très sobre et très élégant. Avec lequel elle s’est engouffrée dans une cabine.

‒ Alors ? Il te va comment ?
Et j’ai écarté le rideau. Que j’ai laissé retomber derrière moi.
J’ai glissé les mains dessous. Pour le lui ajuster. Sur les seins. Sur les fesses. Elle a imperceptiblement frémi.
‒ Il te va à ravir.
Elle s’est regardée, une dernière fois, dans la glace de la cabine.
‒ Allez, retire-le ! On le prend.
On l’a dénoué. Ensemble. On l’a fait glisser.
Je me suis penchée sur ses seins. Que j’ai effleurés d’un baiser.
Elle a soupiré.
‒ Je les aime pas.
‒ Moi, si ! Ils sont mignons, tout petits, tout émouvants comme ça.
J’ai pris la pointe de l’un d’entre eux entre mes lèvres. Elle s’est instantanément dressée.
J’ai posé mes mains au creux de ses reins. Elle a fermé les yeux.
Le maillot, descendu. Jusque sur les chevilles. La délicieuse encoche à nu. Aux abords de laquelle j’ai promené mes doigts. Dont je me suis approchée. Elle a jeté ses bras autour de mon cou, laissé aller sa tête contre mon épaule et doucement supplié.
‒ Pas ici, s’il vous plaît ! Pas ici.
‒ Pas ici, non. Tu as raison.

Une fois au-dehors, on s’est précipitées dans le premier hôtel venu. Dans la chambre, nos lèvres se sont jointes. Je l’ai fougueusement déshabillée. On s’est jetées sur le lit. Et elle s’est abandonnée à moi. À mes doigts. À mes lèvres. À ma langue.
Elle a eu, très vite, une jouissance à grands coups de bassin élancé. À bras rageusement abattus sur les draps. À longs sanglots éperdument déployés.
Et elle est venue se blottir contre moi.
‒ C’était bien ?
‒ Oh, oui, alors !
‒ Pour quelqu’un qui appréhendait…
‒ Mais vous avez rien eu, vous !
‒ Si ! Le plaisir de te donner ton plaisir.
‒ Oui, mais vous avez pas eu le vôtre.
‒ Il n’est pas trop tard.
Elle a esquissé une petite grimace.
‒ J’ai peur.
‒ Et de quoi donc ?
‒ De pas savoir faire.
‒ Bien sûr que si que tu sauras. Une femme connaît une femme d’instinct.
Je me suis emparée de sa main, l’ai guidée vers mon sein.
Elle s’est soulevée sur un coude.
‒ Comment j’aimerais trop ça qu’ils soient comme les vôtres, les miens !


11-


C’est une Mélanie repue que j’ai ramenée à notre hôtel.
‒ Si tu veux le reconquérir ton ami, maintenant tu sais ce qu’il te reste à faire. Et c’est quand tu veux.
Elle a esquissé une petite moue.
‒ Je suis plus sûre d’en avoir envie.
‒ Non ?
‒ Non. Je me demande si je préfère pas que ça reste à nous, ça, plutôt. Qu’à nous seulement. C’était trop bien. Et puis…
L’ascenseur s’est arrêté.
‒ Et puis peut-être que ça lui plairait pas finalement. Qu’il préfère fantasmer là-dessus en solitaire plutôt que de le vivre réellement. Et il serait jaloux, si ça tombe. Parce qu’avec lui, on peut s’attendre à tout.
Et elle a tourné à droite, vers sa chambre, avec un petit signe de la main.

C’était l’anniversaire de Théo.
‒ T’as pas oublié au moins ?
J’avais pas oublié, non.
‒ Et je peux toujours compter sur toi ?
‒ Évidemment !

J’ai attendu qu’ils se soient mis en train. Qu’Émilie ait laissé échapper quelques premiers gémissements. Je me suis laissé les seins libres. Je n’ai gardé que ma culotte, une ravissante petite culotte parme ajourée et festonnée.
J’ai entrebâillé ma porte. Un coup d’œil à droite. Un coup d’œil à gauche. Personne. J’ai ouvert résolument la leur. Je me suis approchée du lit.
Elle lui a susurré.
‒ Bon anniversaire, mon chéri.
Il s’est brièvement interrompu. S’est retourné. A levé sur moi un regard perplexe, puis ravi. Et il s’est remis à la besogner. Plus vite. Beaucoup plus vite.
Je me suis assise au bord du lit, les fesses au ras de l’oreiller. J’ai glissé ma main dans ma culotte. Et il a joui, presque aussitôt, dans un grand râle de bonheur, les yeux sur mes seins.
Il est resté en elle. Ils se sont embrassés, murmuré quelque chose que je n’ai pas entendu.
Et il lui a demandé.
‒ Tu es sûre ?
‒ Certaine.
Il m’a posé la main sur la cuisse.
‒ S’il te plaît, continue !
À moutonner dans ma culotte. À y clapoter. À me lisser doucement tout velours. À solliciter mon bouton.
Il m’a longuement regardée faire. Et puis il s’est doucement remis en mouvement. Sans me quitter des yeux.
Il a supplié.
‒ Baisse-la ! Baisse-la ! Fais voir !
Je ne lui ai pas donné satisfaction tout de suite. Je l’ai laissé avoir intensément envie de me contempler. Je ne l’ai fait qu’au moment où j’ai senti qu’il allait venir. Où il est venu, les yeux tout embués de jouissance.
Émilie aussi a eu son plaisir. Un plaisir qu’elle a interminablement modulé.
Je leur suis restée offerte.


12-


Émilie a gratté à la porte de ma chambre.
‒ Ben oui, entre !
Elle s’est assise au bord de mon lit.
‒ Ouf ! Ça y est ! Il est parti, Théo. Mais ça a pas été sans mal. Il voulait rester. J’ai dû faire des pieds et des mains pour le convaincre qu’au boulot il était absolument irremplaçable. Que sans lui l’entreprise ne pouvait qu’aller à vau-l’eau. Mais surtout lui jurer que tu serais encore là le week-end prochain, que tu me l’avais assuré et que tu ne verrais très certainement aucun inconvénient à reprendre nos petits jeux. En plus investi encore.
‒ Donc, apparemment, son cadeau d’anniversaire lui a plu.
‒ Tu parles s’il lui a plu ! Il en redemande. Et attends-toi, quand il va revenir vendredi, à ce qu’il se montre très très gourmand à ton égard.
‒ Même pas peur !
‒ En attendant, me voilà célibataire. Célibataire de mon amant. Pour trois jours. À peine. Ce qui m’arrange bien. Parce que je m’éclate comme une petite folle avec lui, ça, je peux pas dire le contraire. Mais si je m’ouvre pas un peu à d’autres horizons, lui aussi, je me connais, je vais vite le trouver plan plan.
‒ Et donc ?
‒ Et donc en avant toute… Et, pour commencer, ce petit Antonin qui me tente de plus en plus, soit dit en passant.
‒ Eh bien, vas-y ! Fais-toi plaisir ! D’autant qu’il devrait pas tarder à m’apporter mon petit déjeuner.
‒ Et si ?
‒ Je parie qu’on pense la même chose.
On a éclaté de rire.
‒ Il y a des chances, oui.
‒ Allez, alors ! Déshabille-toi ! Fourre-toi dans mon lit. Et moi, je vais aller me planquer dans la salle de bains. D’où je pourrai suivre tout à loisir le déroulé des opérations.
Aussitôt dit, aussitôt fait.
‒ Je sens qu’on va bien s’amuser…

Il s’est passé une petite dizaine de minutes et il a frappé. Il est entré.
‒ Je… Excusez-moi ! J’ai… J’ai dû me tromper de chambre.
‒ Mais non ! Pas du tout. C’est bien là.
J’ai été prise d’un immense fou rire intérieur. Je l’imaginais, interloqué, dansant d’une jambe sur l’autre, regardant tout autour de lui, s’efforçant désespérément de comprendre de quoi il retournait.
‒ Eh ben, approchez ! Restez pas planté là comme ça !
Il a dû faire deux pas en avant. Peut-être trois.
‒ J’ai beaucoup entendu parler de vous. Si, si ! Je vous assure. À ce qu’il paraît que vous êtes de très bon service. Dans tout un tas de domaines. Alors j’espère que vous allez avoir à cœur de vous montrer à la hauteur de votre réputation. Je peux compter sur vous ?
‒ Oui.
D’une toute petite voix. Après un long moment d’hésitation.
Mais venez ! Plus près. Soyez pas timide comme ça. Là ! Et, pour commencer, faites-moi voir un peu quelle allure ça a, tout ça.
Il y a eu un long moment de silence.
N’y tenant plus, j’ai silencieusement entrebâillé la porte. De deux bons centimètres. Elle lui avait sorti tout son attirail. Elle en avait déposé les couilles dans la paume de sa main et, de l’autre, elle lui maintenait le gland complètement décalotté.
‒ Bel appareillage en tout cas ! Dont il serait dommage de ne pas user. Et abuser.
Elle s’est penchée. Quelques petits coups de langue rapides tout au bout. Et puis elle l’a pris dans sa bouche. Il a fermé les yeux, renversé la tête en arrière, enfoui ses doigts dans ses cheveux. Et doucement gémi.
J’ai ouvert la porte de la salle de bains en grand.
‒ Je dérange pas ?


13-


Et c’est précisément à ce moment-là qu’il a déchargé. Avec un long grognement de fond de gorge.
Je me suis approchée. J’ai croisé mes bras sur ma poitrine.
‒ Non, mais faut pas se gêner.
Elle a léché une dernière petite goutte de jute qui perlait au bout de sa queue.
‒ Ben quoi ! On fait rien de mal. Il a bon goût en plus. Très. J’y reviendrai.
J’ai donné une petite pichenette sur l’appendice d’Antonin qui pendait lamentablement.
‒ Qu’est-ce tu veux que je fasse de ça maintenant ?
‒ Oh, mais ça se restaure, ces trucs-là !
‒ Ben, il y a intérêt parce que sinon…
J’ai un peu joué avec, fait la moue.
‒ Mouais… Mais faudrait pas trop que ça tarde. Parce qu’il me faut ma dose, moi, le matin. Si j’ai pas ma dose…
On a frappé.
Je me suis figée.
‒ Qui ça peut être ?
‒ Ben, va voir !
C’était Mélanie.
‒ Oh, mais je dérange…
‒ Qu’est-ce qu’il se passe ?
‒ Rien. Enfin, si ! Il est parti.
‒ Ah ! Il t’a plaquée ?
‒ Non, c’est moi qui l’ai largué. Mais je te laisse. Je te verrai plus tard.
‒ Mais non ! Entre ! Entre !
Antonin s’était prestement reculotté. Il a voulu discrètement s’éclipser.
‒ Où tu vas, toi, comme ça ?
‒ Faut que je reprenne mon service.
‒ T’as bien cinq minutes. Assieds-toi ! J’ai encore deux mots à te dire.
Ce qu’il a fait. Au bord du lit.
Mélanie n’avait pas l’air particulièrement affectée.
‒ Au contraire ! Tu peux pas savoir ce que je me sens soulagée. C’est même quelque chose que j’aurais dû faire il y a belle lurette au lieu de m’accrocher bêtement et de vouloir absolument recoller les morceaux. Quand c’est fini, c’est fini. En tout cas, je te dois une fière chandelle. Parce que si tu m’avais pas fait découvrir…
Elle a jeté un rapide coup d’œil à Émilie, puis à Antonin.
‒ Ce que tu m’as fait découvrir, je serais sans doute restée encore engluée un bon moment là-dedans.
‒ Ravie d’avoir pu t’aider.
‒ Et j’espère bien que…
‒ Oui, moi aussi !
On n’a pas eu besoin d’en dire plus. On s’est souri, complices.
‒ Ce qui ne veut pas dire pour autant que je tire un trait définitif sur ces messieurs. Le couple, non, mais une bonne queue, à l’occasion…
‒ Surtout que, si je t’ai bien comprise, ça faisait un moment qu’avec lui tu y avais plus droit.
‒ Une éternité.
‒ Bon, mais s’il y a urgence et si ça peut te dépanner, il y en a une, là, dont on peut te dire, d’expérience, qu’elle est opérationnelle.
‒ Lui ? À première vue, comme ça, il a l’air assez appétissant. Et assez beau mec.
‒ Et pas mal monté du tout. Ben, fais-lui voir ton matériel, toi ! Qu’elle puisse juger sur pièces.
Il se l’est extirpée.
‒ Ah, oui ! Oui ! J’en ferais bien un tour.
‒ Eh ben allez ! On te le laisse. Amusez-vous bien !
Et je me suis réfugiée, avec elle, dans la chambre d’Émilie.


14-


Émilie s’est assise au bord de son lit. A hoché la tête.
‒ Finalement, c’est moi le dindon de la farce, quoi ! J’ai juste eu le temps d’y goûter à son appendice. Du bout des lèvres. Et, hop, il m’est passé sous le nez.
‒ Il y aura d’autres occasions.
‒ J’y compte bien ! Mais dis-moi un truc ! Toi, avec cette fille, là, si j’ai bien compris…
‒ T’as bien compris. Je l’ai même initiée.
‒ Ah, ben, bravo ! Et moi, alors ?
‒ Tu veux que je t’initie ?
‒ Non, ça, il y a longtemps que c’est fait. Mais tu m’offrirais une petite compensation, vu que l’autre petit couillu, à côté, j’ai pas pu vraiment en profiter.
‒ S’il y a que ça pour te faire plaisir…
Je me suis assise à côté d’elle. Nos visages se sont rapprochés. J’ai posé ma main sur sa cuisse. Nos lèvres se sont jointes. Nos langues se sont nouées. Enroulées.
Je lui ai souri.
‒ Tu as le goût de sa jute.
Nos bouches se sont passionnément reprises. J’ai fait rouler la pointe de l’un de ses seins entre mes doigts. Je l’ai étirée. Elle a frémi. Fermé les yeux. Sa main est remontée le long de ma cuisse. Jusqu’au pli de l’aine. Elle m’a brièvement effleuré le clito, du bout du pouce. S’est éloignée.
‒ Vilaine !
Une petite tape sur le sein.
À côté, le matelas a gémi.
‒ On est bien connes.
‒ Mais oui, c’est vrai, ça ! Pourquoi on s’est sauvées ?
‒ Alors qu’on pourrait être tranquillement en train de faire la fête tous les quatre ensemble.
‒ On y retourne ?
‒ Allez !

Il était en train de la chevaucher. À grands coups de reins. Elle, elle s’abandonnait, les deux mains posées sur ses épaules, la bouche entrouverte, haletante, les jambes nouées autour des siennes.
On s’est approchées. Elle, à droite du lit. Moi, à gauche. Chacune un sein. Dont on a agacé, suçoté, mordillé la pointe. Elle a glissé une main dans mes cheveux, doucement gémi.
J’ai longé ses côtes, sa hanche, ai contourné sa cuisse. Je suis allée jouer avec les alentours de son petit trou froncé. J’en ai approché un doigt. Je l’ai enduit de sa mouille et j’en ai doucement forcé l’entrée. Je l’ai occupé. Je l’ai investi. Les couilles d’Antonin ont furieusement battu contre ma main. Et elle a joui. Et il a joui. Et ils ont joui.

Il s’est empressé de se rhabiller.
‒ C’est bien les mecs, ça ! Dès qu’ils se les sont vidées, ils nous connaissent plus.
‒ Mais non, mais…
‒ Il y a ton service qui t’attend, on sait. Allez, file !

‒ En douce que pour dire qu’il y a une semaine il était encore puceau, il se débrouille pas trop mal.
‒ Faudra quand même qu’il apprenne à tenir la distance.
‒ Oh, mais ça, suffit de revenir à la charge. Autant de fois que nécessaire.
‒ Oui. Et puis il est bien monté. Ça aide.
‒ On n’en a pas fini avec lui.
‒ Oh, pour ça, non.
‒ Bon, mais en attendant…
On est venues s’allonger à côté d’elle.
‒ En attendant quart d’heure volupté exclusivement féminin.
Elle a protesté.
‒ Un quart d’heure ? Seulement !
‒ Et plus si affinités.
Et nos lèvres se sont posées sur ses seins.


15-


On s’est secouées.
‒ Bon, les filles ! On se bouge ? On va pas passer toute la journée au lit non plus.
Oui, elle avait raison, Émilie.
‒ Allez, debout ! Rendez-vous en bas dans une heure.
Et chacune a regagné sa chambre.

‒ Alors ? On fait quoi ?
‒ Un tour en ville ?
Et on est parties bras dessus bras dessous. Au hasard. Sans savoir vraiment où. Ni pour quoi faire. En riant comme des petites folles. De tout. De rien.

Émilie s’est brusquement figée.
‒ Le type, là-bas, à la terrasse du café…
‒ Eh bien ?
‒ J’ai envie.
‒ Il est moche.
‒ Et vieux.
‒ Non, mais pas ça ! Je suis pas idiote. Non. Attendez ! Vous allez voir.
On s’est approchées. Elle s’est plantée devant lui.
‒ Je peux vous poser une question ?
Il a replié son journal.
‒ Allez-y !
‒ Vous me trouvez comment ?
‒ Pardon ?
‒ Je suis à votre goût ?
Il l’a considérée d’un air éberlué.
‒ Dites-moi ! Franchement. Je suis bandante ? Baisable ? Accouchez ! N’ayez pas peur !
‒ Je…
Elle a tiré une chaise. S’est assise en face de lui.
‒ Que je vous explique ! On est sorties en boîte, là, hier soir, toutes les trois. Elles, elles ont trouvé de quoi s’envoyer en l’air. Tout de suite. Deux beaux matous. Mais pas moi ! Moi, je suis restée là, comme une conne, à attendre qu’on veuille bien s’intéresser à moi. Et bernique ! Alors c’est quoi, le problème ? J’ai une tête à faire peur, c’est ça ?
‒ Ah, mais non ! Non ! Pas du tout !
‒ Vous dites ça pour me faire plaisir.
‒ Non. Non. Je vous assure…
‒ C’est vrai ? Alors vous auriez été là, vous m’auriez draguée ?
‒ Peut-être.
‒ Peut-être ou sûrement ?
‒ Sûrement.
‒ Oh, mais il est encore temps, hein !
L’œil du bonhomme s’est allumé.
Elle a enfoncé le clou.
‒ Vous faites quoi, là, maintenant ?
‒ Maintenant ?
Il s’est rembruni.
‒ Ben oui, ça me presse. Je suis en manque.
Rembruni un peu plus encore.
‒ Oui, mais maintenant…
‒ Vous pouvez pas. Bobonne vous attend.
‒ Mais non, c’est pas ça, mais…
‒ Mais si ! Bien sûr que c’est ça. Allez la retrouver ! Je me débrouillerai autrement.
Et on l’a planté là.

À peine tourné le coin de la rue, on a éclaté de rire.
‒ Le pauvre ! Comment il avait l’air déçu.
‒ Ah, ça, il a pas fini d’y repenser. Et de se dire qu’il a raté une belle occasion.
‒ Bon, mais en attendant, ce qu’on pourrait peut-être, c’est se mettre en chasse pour de bon ce coup-ci.
‒ Allez !


16-


Mélanie a soupiré.
‒ Non, mais franchement les filles, on est bien connes dans notre genre ! Qu’est-ce qu’on va s’encombrer d’un mec à demeure ? Et le pire, c’est qu’une fois qu’on a réussi à en lever un, on fait des pieds et des mains pour le garder. Comme si notre vie en dépendait. On a beau l’avoir percé à jour, s’être rendu compte qu’il avait tous les défauts du monde, on fait tient absolument à pas le perdre. Et tout ça pourquoi ? Parce qu’on l’aime ? Même pas, la plupart du temps. Par amour-propre. Parce qu’on ne veut pas s’avouer à soi-même que c’est un échec. Ou parce qu’on a peur de se retrouver toute seule. Ou par habitude. Ou pour tout un tas d’autres raisons. Et on subit. Et on culpabilise en prime. Non, mais vous vous rendez compte ? Lui, là, il me baisait plus. Il me disait, en me regardant droit dans les yeux, qu’il avait plus aucune envie de moi, et moi, au lieu d’en tirer les conséquences qui s’imposaient et d’aller voir ailleurs, eh ben je trouvais rien de mieux à faire que de me dire que c’était de ma faute et de me demander comment j’allais bien pouvoir réussir à le récupérer… Non, mais faut vraiment être idiote, avouez !
‒ C’est du passé. Tu t’en es sortie.
‒ Ah, oui, alors ! Et c’est pas demain la veille que j’irai y remettre le nez. Ni à celui-là ni à d’autres. Qu’on vienne me parler d’amour pour voir ! On sera bien reçu. Non. Je vais me prendre du bon temps. Avec tous les petits poulets qui me taperont dans l’œil. Et même… les petites poulettes. Puisque, grâce à toi…
Elle m’a posé la main sur le genou.
‒ J’ai découvert que, de ce côté-là aussi, on pouvait allègrement s’éclater. Peut-être pas mieux, mais différemment. Bon, mais c’est pas tout ça ! Action !
Elle a jeté un long regard circulaire autour d’elle.
‒ Vous voyez ce que je vois ? Là-bas, sur le banc, dans le petit square. Ça a l’air mignon tout plein, non ?
‒ C’est loin. Pour se rendre compte…
‒ Le mieux, c’est d’aller voir de près.
Elle s’est levée.
‒ À tout à l’heure, les filles ! Enfin, peut-être…
Et elle s’est tranquillement dirigée vers le banc, s’est arrêtée devant, a engagé la conversation.
‒ Qu’est-ce qu’elle peut bien lui raconter ?
‒ Et ça dure en plus !
Elle s’est assise à ses côtés.
‒ Ben, voyons !
‒ Tu paries que ça va le faire ?
‒ Il y a toutes les chances, oui.
Il s’est passé une dizaine de minutes et ils se sont levés. Ils se sont éloignés, côte à côte.
‒ Et v’là l’affaire !
Ils ont disparu au bout de l’avenue.
‒ Elle a du temps à rattraper. Quand t’as vécu au ralenti comme ça, pendant des mois…
‒ J’en sais quelque chose.
‒ Moi aussi…
‒ Il revient quand, Théo ?
‒ Demain soir. Tu crois que ?
‒ Qu’elle en serait, Mélanie ? Ça ne me paraît pas faire l’ombre d’un doute. Elle sera ravie.
‒ Et lui donc ! Trois nanas pour lui tout seul ! Le rêve pour un mec, non ?
‒ En attendant…
‒ On pourrait se mettre aussi un peu en chasse toutes les deux, non ?
‒ Ça me paraît une excellente idée.
‒ Allez, chacune pour soi !
Et on s’est séparées.


17-


Mon portable a sonné. Émilie.
‒ T’as fini, toi ?
‒ J’ai même pas commencé. Je trouve rien de vraiment potable à me mettre sous la dent. Et de ton côté ?
‒ Pareil. C’est pas la bonne heure n’importe comment. Ils sont dans leur journée, les types, pour la plupart. Dans leurs activités. Tu les déranges plus qu’autre chose. Sauf exception, ils ont pas le nez à ça.
‒ Sans compter qu’ils aiment pas trop qu’on prenne l’initiative, nous, les femmes. Ça fait partie, dans leurs têtes, de leurs prérogatives à eux.
‒ Du coup, on peut plus compter que sur nous-mêmes.
‒ C’est à peu près, ça, oui !
‒ Et c’est pas forcément moins agréable. Au contraire même bien souvent.
‒ Ce qui veut dire ? Concrètement ?
‒ Qu’on se retrouve toutes les deux à l’hôtel ?
‒ Voilà une idée qu’elle est bonne !

On s’est souri. Nos lèvres se sont effleurées. Prises.
‒ Tu as décidément très bon goût.
‒ Toi aussi !
On s’est serrées l’une contre l’autre. Ses seins contre les miens. J’en ai senti les pointes se dresser. J’ai posé mes mains sur ses fesses. En ai glissé une dans sa culotte, ai fait aller doucement mon pouce dans le sillon entre elles. Elle a laissé aller sa tête dans mon cou. Y a doucement haleté. Je l’ai déshabillée. Complètement. Poussée vers le lit. J’ai enfoui mes lèvres entre ses cuisses. Elle s’est ouverte, abandonnée. J’ai longuement parcouru, de ma langue, ses replis soyeux.
‒ Là aussi, tu as bon goût.
Une petite incursion entre eux. Et puis son bouton. Que j’ai pressé, fait rouler, suçoté, mordillé. Elle a gémi. Un doigt, en même temps, à tourbillonner aux abords de son petit trou froncé. Que j’ai enduit de sa mouille. Que j’ai patiemment entrouvert. Dans lequel je me suis faufilé. Son plaisir a surgi. Elle l’a chanté, ses mains ancrées dans mes cheveux. À pleine voix. À pleins poumons.
On s’est pelotonnées l’une contre l’autre.
Elle m’a caressé la joue.
‒ Et toi ?
‒ Tout à l’heure. On a tout notre temps.
Elle s’est blottie contre moi.
‒ On peut bien dire ce qu’on veut, mais…
Son téléphone a sonné.
‒ Et zut !
C’était Théo. Qui nous faisait faux bond. Qu’était désolé.
‒ Un truc au boulot. Qu’était pas prévu. Je peux vraiment pas me libérer.
‒ Ça fait rien. Il y aura d’autres occasions.
Elle a raccroché.
‒ J’y crois qu’à moitié, moi, à son truc. Il y aurait une nana là-dessous… En attendant, il sait pas ce qu’il perd. Parce qu’il fera pas la connaissance de Mélanie. Qu’aurait été très à son goût, je suis sûre.
‒ Et qui serait sûrement pas venue. Parce que, tel que je sens le truc, elle doit être en train de filer le parfait amour avec le type du banc, là, tout à l’heure. Elle nous a oubliées.
‒ Il y a toutes les chances, oui.
‒ Eh ben, on va se faire une dernière petite soirée toutes les deux alors…
‒ Dernière ?
‒ Pour le moment en tout cas. Je rentre demain. C’était prévu. Mais on pourra continuer à se voir là-haut. Si ça te tente, bien sûr ! Si t’as envie…
‒ Tu parles si j’ai envie !
Et nos lèvres se sont à nouveau cherchées ? Trouvées.

FIN

Aucun commentaire:

Publier un commentaire