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lundi 23 novembre 2009

Colocataires




I


- Salut !… C’est ici que vous cherchez une colocataire ?
- Pas du tout, non...
- Ah bon !… Pourtant on m’avait dit … Sûrement que je me suis trompée de numéro… Ou même peut-être de rue… Tête en l’air comme je suis… N’empêche que c’est dommage !… Parce que qu’est-ce que ça a l’air grand chez vous… Et lumineux… Je peux jeter un œil ?… Ah oui, dites donc !… Et il y a encore une pièce là ?… Mais c’est un palace !… Vous vivez tout seul ?… Oui ?… C’est du gâchis un grand truc comme ça pour quelqu’un de tout seul… Comment ça m’aurait plu, moi, d’habiter là… Surtout que vous êtes vieux… Quel âge vous avez ?… Au moins cinquante ans je suis sûre… Et qu’avec un vieux on est tranquille… Il vous embête pas… Parce qu’un jeune une fille elle est à peu près sûre qu’il va vouloir coucher… Forcément… Il aura que ça en tête… Vous y avez jamais pensé, vous, à prendre une colacataire ?… Vous devriez… Parce que c’est pas bon de rester comme ça dans son coin… On devient con à force… Bon, mais c’est vous qui voyez… Moi, ce que j’en dis… En tout cas si vous changez d’avis vous pensez à moi, hein !… A condition que vous soyez pas trop gourmand… Parce que j’ai pas beaucoup de thunes… Je suis qu’étudiante…
Et elle a griffonné son numéro de téléphone sur un petit bout de carton qu’elle a jeté sur la table du salon…
- On sait jamais… Bon, ben salut !…

- Alors comme ça vous vous êtes décidé ?…Un peu que ça m’intéresse !… Un peu !… J’arrive !… Enfin non !… Pas tout de suite… Je peux pas… J’ai pas de bagnole… Et ils sont déjà tous en vacances mes copains… Oh, c’est pas de pot !… Comment je vais faire ?… S’il faut que j’en loue une… Ca coûte la peau des fesses… Et puis déménager toute seule !…
- C’est loin ?
- De chez vous ?… Oh non !… Dix minutes… A peine…
- Et il y a beaucoup d’affaires ?
- Trois quatre cartons…

Il y en avait une douzaine…
- Je vous laisse faire… Ils sont lourds que le diable… Vous les mettez où ?… Là ?… Ca va être là ma chambre ?… Je pourrais pas avoir l’autre en face plutôt ?… Avec la vue sur le parc… Qui ça ?… Votre sœur ?… Et elle vient souvent votre sœur ?… Oui, oh ben pour trois jours par ci par là… Je déménagerai… On verra ça à ce moment-là…

Elle s’est laissé tomber dans le grand fauteuil près de la porte-fenêtre…
- Bon, ben voilà !… J’y croyais pas… J’avoue que j’y croyais pas… Quand je suis repartie de chez vous l’autre jour j’étais sûre que ça le ferait pas… Que vous voudriez jamais… Et que même ça valait mieux… « Parce que ça doit être le genre de vieux chnoque qui supporte rien… Pas de bruit… Pas de musique… Pas de copains… »… Comme quoi on peut se tromper… Tout le monde peut se tromper…

- Et pour le loyer ?… Faudrait que vous me disiez… Que je sache où je vais…
Je n’avais pas la moindre idée de ce qui se pratiquait…
- Je me renseignerai… On verra ça… Il y a rien qui presse…
Il y avait rien qui pressait, non… Elle trouvait, elle aussi, qu’il y avait vraiment rien qui pressait…

- Bon… Mais comment on va faire pour la bouffe ?… Parce qu’il y en a qu’une de cuisine… Et si chacun prépare de son côté le soir – le soir, parce que le midi je serai pas là et sûrement vous non plus – on va forcément se marcher sur les pieds… Et c’est un peu con en plus… Le mieux, ce serait qu’on prépare à tour de rôle… Pour les deux… On mangerait ensemble comme ça… Ce serait quand même moins chiant que tout seul… Non, vous trouvez pas ?

Je trouvais, si !… Ca a duré une semaine… A peine…
- J’ai pas le temps ce soir… J’ai un truc pressé à finir… Ca vous ennuierait si je sautais mon tour pour une fois…
Elle l’a aussi sauté le surlendemain…
- Je sais pas quoi faire… J’ai pas d’idée… Et j’ai pas fait de courses en plus !…
Et le jeudi suivant…
- Vaut mieux que ce soit vous qui vous en occupiez de toute façon… Vous êtes nettement plus doué que moi…
Et elle m’a définitivement abandonné les fourneaux…

Son dessert sitôt avalé, elle courait systématiquement s’affaler de tout son long devant la télé…
- Ca va commencer… Je vous laisse ranger… Je veux pas manquer le début…
Je la rejoignais quelques instants plus tard…
- J’ai mis la une… Il y avait rien sur les autres chaînes… Vous vous en fichez, vous, n’importe comment…

Le vendredi soir elle sortait. Que le vendredi soir. Mais tous les vendredis soirs. En fin d’après-midi elle allait s’enfermer dans la salle de bains et n’en ressortait, resplendissante, que sur le coup de neuf heures…
- Ils vont pas tarder…
Des coups de klaxon impérieux résonnaient sous les fenêtres…
- Qu’est-ce que je vous disais !… Les v’là !… J’arrive !… Bon, ben à demain…
Elle dévalait l’escalier…

Le lendemain, elle émergeait à midi… Au plus tôt… Naviguait, au radar, jusqu’à la table de la cuisine…
- Hou la la !… J’ai la tête dans le cul… Vous voudriez pas me préparer un café ?… Bien serré… Vous seriez un amour…
- C’était bien ?… Tu t’es bien amusée ?
- C’était nul… Comme d’habitude…
- Pourquoi t’y vas alors ?
- Parce que… Vous m’en redonnez un autre de café ?… Parce que c’est le seul endroit où on peut trouver des mecs qui vous prennent pas trop la tête… Vous faites quelque chose de spécial cet après-midi ?
- Non… Pourquoi ?
- Vous pourriez peut-être m’emmener au Centre Commercial alors ?!… Parce qu’en car c’est pas le pied… Et avec tous les sacs que je ramène…

- Finalement ça se passe plutôt bien, hein, tous les deux ?!
- Il y a pas de raison !
- Oh ben si, attends, si !… C’était pas gagné… Tout le monde me le disait : « Avec un vieux comment tu vas te faire chier !… » Et c’est vrai qu’il y en a ils sont lourds !… Vous verriez tout ce qu’elle nous raconte Clotide !… Elle, c’est chez un couple qu’elle est… Il y a un réglement… Des horaires à respecter… Et tout et tout !… Comment elle en bave !… Et Mathilde c’est encore pire… La bonne femme elle va vérifier dans sa chambre si elle a bien fait le ménage et comment c’est rangé… Ce serait de moi je peux vous dire que je plierais bagage vite fait… Non… Faut reconnaître que j’ai eu le nez fin en venant ici… D’autant plus que, tiens !… Vous voulez que je vous dise ?… J’y suis allée au flan le jour où je suis venue vous trouver… Parce que comment elle me plaisait trop la maison… Je le savais parfaitement que vous cherchiez personne pour faire la colocataire… J’ai tenté le coup… J’ai drôlement bien manœuvré au final, non, vous trouvez pas ?

Quand je suis rentré ce soir-là il y avait un garçon avec elle dans sa chambre. Qui s’est discrètement éclipsé au moment de passer à table. Qu’elle a raccompagné jusqu’en haut de l’escalier…
- Il peut rester si tu veux…
- Oh non, non !… C’est pas la peine…
- C’est ton petit copain ?
- Lui ?… Il y a pas de risque…
- T’en as pas de petit copain ?
- En ce moment ?… Si !…
- Pourquoi tu le ramènes jamais ?
- Que je le ramène ?… Ici ?… Pour dormir ?… Oui, ben alors là vous prenez des risques… C’est vous qui dormiriez pas… Et les voisins non plus… Parce que qu’est-ce que je peux brailler quand je le fais… Moi, je me rends pas compte… Je m’entends pas… Mais c’est hallucinant il paraît… Tout le monde le dit…

- Et vous ?
- Quoi, moi ?
- Vous avez quelqu’un ?
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- Parce que… Où c’est que vous disparaissez comme ça tous les dimanches ?… Vous vous mettez sur votre tente-et-un et souvent quand je reviens de chez mes parents vous êtes pas encore rentré… Vous allez loin en plus… Quatre-vingts kilomètres… J’ai vérifié au compteur…
Alors comme ça tu m’espionnes ?…
- Non, mais faut bien que je sache… Parce que si vous en avez rencontré une elle va faire des pieds et des mains pour venir s’installer ici… Forcément !… Avec la maison que vous avez… Et elle voudra me virer… Parce que la façon dont on s’entend tous les deux c’est obligé que ça va pas lui plaire… En plus moi avec les bonnes femmes ça passe pas… C’est jamais passé…
- En somme, si je te comprends bien, il faudrait que je renonce à toute vie sexuelle pour tes beaux yeux…
- J’ai jamais dit ça…
- Mais ça revient à ça…
- De toute façon à votre âge on n’a plus beaucoup d’envies… C’est presque fini…
- Ben voyons !…
- On peut s’en passer en tout cas…
- D’autres peut-être… Moi, pas !… Et comme je suppose que, quelle que soit l’envie que j’en aie, je peux pas compter sur toi pour ça…
- Ah non, non !… Quelqu’un de votre âge je pourrais jamais alors là !… Ca me dégoûterait trop…
- Donc je n’ai pas d’autre solution que de mettre mes dimanches à profit pour…
- Jusqu’au jour où il y en a une qui vous mettra le grappin dessus… C’est couru d’avance… Et où je serai bonne pour dégager…
- A moins que…
- A moins que quoi ?
- Pour autant que je puisse en juger – je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de tout voir – mais pour autant que je puisse en juger tu es une très belle jeune femme, Victorine, et le plaisir des yeux peut quelquefois remplacer très avantageusement l’autre… Ou, à tout le moins, lui servir de support…
- C’est quoi la traduction de ce charabia ?
- Que si tu consentais à déambuler quelquefois dans la maison sans voiles…
- Ah !… Vous voulez que je me promène à poil, c’est ça ?… Ben fallait le dire !… Parce que si vous saviez ce que je m’en fous !… Chez moi c’est tout le temps que j’y suis… Bon, mais alors si je le fais vous irez plus courir je sais pas trop où le dimanche… c’est juré ?…
- Je resterai ici…
- Bon… Bon… Marché conclu…

Ce ne devait pas être, pour elle, aussi naturel qu’elle le prétendait parce qu’elle ne s’y est pas résolue tout de suite…
- Oh, mais vous êtes bien pressé… On a tout notre temps…
Parce qu’elle a même semblé vouloir renoncer…
- Quand !… Quand !… Vous verrez bien quand !… Si je le fais… Parce que jusqu’à preuve du contraire c’est encore moi qui décide !…

Ca a été un soir. Un soir que je venais d’évoquer, en dînant, à mots couverts, la possibilité de reprendre mes escapades du dimanche après-midi. Quand je l’ai rejointe au salon, après avoir remis la cuisine en ordre, je l’y ai trouvée allongée sur le canapé, entièrement nue. Elle n’a pas relevé la tête. Elle a juste un peu replié les jambes, sans quitter l’écran des yeux, pour me laisser m’asseoir… Et elle a regardé – on a regardé – le film jusqu’au bout… Jusqu’à ce qu’elle se penche pour attraper la télécommande… Jusqu’à ce qu’elle se relève…
- D’habitude jamais vous seriez resté aussi longtemps devant un navet pareil…

Elle n’a pas recommencé. Pas tout de suite. Il s’est passé près d’une semaine avant qu’elle s’offre à nouveau, un soir, à mes regards. Dans les mêmes conditions. Après le repas devant la télé. Mais seulement, à mon grand désappointement, quelques brèves et précieuses minutes…
- Je suis complètement vannée ce soir… Je tiens plus debout… Je vais me coucher…

Encore une longue – très longue, trop longue, interminable – attente. Et puis un dimanche. Tout entier. Du matin au soir. Elle a déjeuné nue. Elle a passé l’aspirateur. Nue. Etendu le linge dehors. Nue. Elle m’a fait la causette pendant que je cuisinais. Nue. Elle a bronzé dans le jardin. Nue. Elle a dîné nue… Nue. Nue. Toute nue…
- Vous voyez que je peux être très gentille quand je veux…
Et elle est allée s’installer sur le canapé, une jambe repliée, à angle droit, vers l’extérieur…

- Vous savez quoi ?… Eh bien demain c’est mon anniversaire… 23 ans ça va me faire…
- Ca se fête… Je t’emmène au restaurant…
- Chouette !… J’adore... Où on ira ?
- Ca, c’est une surprise…
- Faut que je m’habille comment ?
- Faut que tu te fasses belle… Aussi belle que quand tu sors en boîte… Et tu sais ce qui me ferait plaisir ?… Mais alors là vraiment plaisir…
- Non… Dites…
- C’est que t’oublies de mettre une culotte dessous…
- A quoi ça servirait ?… Personne le verrait…
- Oui, mais moi je le saurais…

- Vous vous êtes pas fichu de moi… C’est le grand luxe là-dedans…
- Tu l’as fait ?
- Quoi donc ?…
- Pour la culotte…
- A votre avis ?…
- Je pense que oui…
- Peut-être que vous pensez bien… Et peut-être que vous pensez pas bien du tout…
- Je le saurai quand ?
- Peut-être tout à l’heure… Et puis peut-être jamais…
Elle a souri…
- J’aime trop vos yeux quand ils sont comme ça… Comme là maintenant… Quand ils ont tellement envie de voir… Cette façon qu’ils ont de dire que c’est tellement important pour vous… Que je suis tellement importante… Qu’il y a plus rien d’autre qui compte que de me regarder encore et encore… Comme si j’étais infiniment précieuse… J’ai jamais connu ça comme ça… Avec personne… Avec mes mecs c’est pas moi l’important… C’est jamais moi… C’est leur désir de moi… Donc c’est eux… Tandis qu’avec vous… Heureusement qu’on n’a pas couché… J’y ai pensé un moment… Heureusement… C’aurait été une de ces conneries…

- Qu’est-ce que vous voulez aller faire là-dedans ?
- Il y a toujours un cadeau pour un anniversaire…
- Vous m’avez déjà assez gâtée comme ça…
- Allez, entre !… Discute pas !… Et choisis !… Celle qui te plaît…
Elle a longtemps navigué entre les portiques, tourné, en cercles concentriques de plus en plus étroits, autour d’une petite robe rouge qu’elle a fini par décrocher, qu’elle a étalée devant elle…
- Elle te plaît ?… Va l’essayer…
- Elle est chère…
- Je te demande pas si elle est chère… Je te demande si elle te plaît…
- Evidemment qu’elle me plaît… Je serais difficile…
- Elle est là la cabine… Juste en face…
J’ai écarté le rideau…
- J’en étais sûr… T’en as pas de culotte…
- Lâchez !… Lâchez-le le rideau !… Si jamais quelqu’un arrivait…
- C’est quelqu’un qui aurait beaucoup de chance… Belle comme tu es…

- Qu’est-ce que vous faites ?…
Elle avait gardé la robe rouge pour aller s’asseoir devant la télé, jambes relevées haut, genoux largement écartés…
- Hein ?… Vous venez pas ?
- Si, si !… J’arrive…
- Vous en avez mis un temps !… Qu’est-ce que vous faisiez ?
- Rien… Rien… Je finissais de ranger…
- Vous en mettez de plus en plus du temps pour venir me rejoindre maintenant le soir… Mais je sais pourquoi…
- Dis toujours…
- Parce que c’est juste en face de la porte de la cuisine que je suis quand je suis là toute nue sur le canapé et qu’en l’entrebaîllant juste ce qu’il faut vous pouvez me voir et vous le faire sans que je m’en rende compte… C’est pas vrai peut-être ?
- Tu as beaucoup d’imagination…
- Ben voyons !
- De quoi vous avez peur ?… Que ça me choque si vous vous le faites là devant moi ?… J’en suis plus là… Et puis c’est pas parce qu’on couche pas ensemble que vous devez avoir droit à rien…

Elle a jeté ses affaires en vrac sur la petite table, s’est laissé tomber, de tout son long, sur le canapé…
- Je suis vannée… Quelle journée !… Non, mais quelle journée !
- T’es allée à la fac comme ça ?
- Comment ça comme ça ?
- Sans culotte…
- Ah… Oh ben oui, oui !… C’est pas vous que ça va choquer quand même !… C’est vous qui m’avez appris…
- T’en mets plus du tout ?…
- Presque jamais… On est tellement mieux comme ça… Avec l’air qui circule partout… Et puis rien que de croiser des tas de gens et de se dire qu’ils savent pas… Et que si ils savaient… Il y des fois en amphi pendant les cours je peux plus penser qu’à ça… Je l’écoute pas le prof… J’imagine la tête qu’il ferait… Ca me met dans un état !…
- Faut t’arranger pour qu’il se rende compte… C’est facile…
- C’est ça !… Et puis quoi encore ?… Je suis pas complètement folle…

- Ah, ben c’est pas trop tôt !… Depuis le temps maintenant que je vous laisse regarder tant que vous voulez j’avais quand même bien le droit de voir quel effet ça vous fait, non, vous croyez pas ?… Comment vous en avez eu beaucoup n’empêche!… Vous en avez toujours comme ça ?… Vous savez pas ?… C’est drôle qu’on puisse ne pas savoir un truc pareil… Vous savez pas ou vous avez pas envie d’en parler plutôt ? Vous êtes vraiment pas nets, vous, les mecs, avec ça… Regardez comment il a fallu que je pousse à la roue pour que vous arriviez à me montrer à force… Et encore vous, vous l’avez fait !… Parce que la plupart de mes mecs il y a jamais eu moyen… Pour venir nous gicler dedans ça il y a pas de problème… Dans la bouche non plus… Mais dès qu’il s’agit de nous faire voir comment ils se le font il y a plus personne… A croire qu’ils se sentiraient déshonorés…

- Non, mais alors là faut que je vous raconte… Vous savez qu’il y a une passerelle quand on sort de la gare… Une passerelle qu’est faite avec des grilles et qu’est pas très haut au-dessus du chemin qui passe en-dessous…
- Oui… Et alors ?
- Et alors en rentrant de la fac tout à l’heure j’y ai rencontré un copain… Au beau milieu… Des mois que je l’avais pas vu… Et nous voilà partis à discuter… Et tatati et tatata… Et retatati et retatata… On était lancés !… Et moi j’y pensais pas du tout à l’endroit où on se trouvait ni que j’avais pas de culotte…
- Que tu dis !…
- Si, c’est vrai, hein !… Et puis à un moment, en regardant en bas par hasard, qu’est-ce que je vois ?… Quatre types la tête en l’air… Il a dû se demander ce qui me prenait Benoît et pourquoi j’étais si pressée d’un seul coup… Comment j’ai détalé !…
- Ben pourquoi ?… Fallait les laisser en profiter…
- Ah ben non, non !… Pas une fois que tu t’es rendu compte… Et qu’on s’est rendu compte que tu t’es rendu compte… Pour quoi tu passes sinon ?

- Celui-là ?…
- Vous croyez ?… Il fait un peu vicieux…
- Justement !… Raison de plus…
- J’ai un peu la trouille quand même… Et si ça se passe mal ?
- Ca peut pas se passer mal… Qu’est-ce tu veux qui arrive ?… Il peut rien arriver… Allez, on y va ?…
Il lui a jeté un bref regard sans expression, nous a laissé tourner à notre guise un long moment dans le magasin…
- Je peux vous aider ?
- On voudrait des sous-vêtements pour Mademoiselle… Quelque chose de bien…
Il a ouvert des boîtes, en a extirpé quantité de lingeries vaporeuses qu’elle a fait voluptueusement couler entre ses doigts…
- Il y a quelque chose qui te plaît ?
- Il y en a plein…
- Il faudrait que tu essaies… Elle peut essayer ?
- Bien sûr !… Bien sûr !… Tenez, la cabine est là-bas… Juste en facede la caisse…
Cabine dont elle a soigneusement tiré le rideau jusqu’au bout de la tringle. J’ai laissé passer un peu de temps et je l’y ai rejointe…
- Ca va comme tu veux ?
- Ca va, oui… Il fait quoi le bonhomme ?
- Il s’est dépêché de revenir à sa caisse. Il quitte pas la cabine des yeux…
Elle était nue, de dos, quand je suis ressorti. En prenant tout mon temps…
- Elle me parle d’un ensemble jaune paille qu’elle a vu tout-à-l’heure…
- C’est celui-ci, là…
Que je lui ai apporté en prenant bien soin de faire glisser le rideau, comme par inadvertance, sur une bonne dizaine de centimètres tandis qu’il regagnait précipitamment sa caisse. J’ai multiplié les allers et retours. Elle a multiplié les essayages. Le rideau s’écartait. Retombait. Virevoltait. Lui, rouge, les yeux brillants, transpirait à grosses gouttes…
Elle a enfin quitté la cabine…
- Je prends ces deux-là…
Le jaune paille et un parme à petites fleurs brodées en relief. Sans jamais lever les yeux sur elle il les a remis dans leurs boîtes qu’il a glissées dans un grand sac plastique. Ses mains tremblaient. Elle n’a même pas attendu d’être dehors pour éclater de rire…

- Je suis désolée…
- De quoi donc ?…
- Pour cette nuit…
- Il y a vraiment pas de quoi…
- Oh ben si, si, attendez, si !… Je suis sûre que vous avez pas fermé l’œil…
- Ca, j’aurais eu du mal…
- Ah, vous voyez !… On devait pas venir là normalement… Si, c’est vrai !… Ca a été tout un concours de circonstances… C’est parce que Martial qu’avait promis de nous ramener, mais que finalement…
- Je m’en fiche !… Ca n’a aucune espèce d’importance… J’ai pas fermé l’œil, non !… Mais c’était loin d’être désagréable… J’ai même beaucoup apprécié… Parce que t’entendre te déchaîner comme tu l’as fait après notre petite équipée-lingerie d’hier après-midi ça avait quelque chose de savoureux… Et de très émouvant…
- Oui, ben pour être déchaînée, j’étais déchaînée… ça on peut pas dire… Déjà que d’habitude !… Mais alors là !… Il se demandait ce qui m’arrivait l’autre… Je lui ai pas dit… Ca le regarde pas… Je l’ai laissé croire que c’était parce qu’il savait y faire… Ce qu’est pas complètement faux d’ailleurs, mais pas complètement vrai non plus… Mais n’empêche que la cabine !… Rien que d’y repenser… On y retournera, hein ?…
- Là ou ailleurs… Il y a des tas d’autres endroits…
- Quand on ira ?
- Quand tu voudras…
- Tout de suite ?!…
- Pourquoi pas ?
- Je vais me préparer…

- Vous savez quoi ?… Eh bien j’ai jamais autant essayé de petites culottes que depuis que j’en porte pratiquement plus !… En tout cas comment c’était bien !… Encore mieux que la première fois…
- Parce qu’il y avait du monde cette fois-ci… Des clients qui en ont largement profité…
- Comment c’était excitant de les sentir tourner autour !… Qu’est-ce qu’ils faisaient ?… Je pouvais pas regarder, moi…
- Qu’est-ce tu voulais qu’ils fassent ?!… Ils adoptaient des stratégies compliquées pour réussir à te mater sans que leurs bonne femmes s’en aperçoivent…
- Ah oui, il y en a une ce regard qu’elle m’a lancé quand je suis sortie !… Et alors ils y sont arrivés ?
- Plus ou moins…
- Je pouvais pas le fermer moins le rideau… Fallait pas exagérer non plus…
- Oh, ça allait très bien… Et puis tu restais suffisamment longtemps sans rien renfiler… Tu leur offrais quantité d’opportunités… Il y en a un en tout cas, dans la cabine juste en face, il avait une vue imprenable et je peux t’assurer qu’il en a pas perdu une miette…
- Celui avec une chemise verte ?… Je l’ai vu celui-là… Il était beau mec en plus !… Faut que je m’en appelle un de mec ça va pas le faire sinon… Il faut…
Nicolas ne répondait pas. Baptiste était désolé, vraiment désolé, mais il pouvait absolument pas…
- Vous pariez qu’il était avec une meuf ?… D’ici à ce que je lui ai mis la pagaille… Bon, ben il reste plus que Martial… Lui, il va pas louper l’occasion… Depuis le temps qu’il en crève d’envie… Bon, vous finissez votre verre… Qu’on y aille…

- Hou la la !… Quelle nuit !… C’est rien de le dire…
Je finissais de me raser. Elle s’est approchée. Nue. Elle s’est installée à mes côtés devant la glace…
- J’ai une de ces têtes !… A faire peur…
Nos épaules se sont effleurées…
- Hola, comment ça grimpe, vous !… Mais c’est pas vrai, ça s’arrêtera pas !… En tout cas je vous fais de l’effet… Vous pouvez pas dire le contraire… J’adore… J’adore ça leur faire faire de l’escalade aux mecs… A vous aussi… C’est pourquoi que vous en avez encore autant envie ?… Parce que vous vous l’êtes pas fait cette nuit en nous entendant ?… Si ?… Ben dis donc !… Pour dire que vous avez votre âge !… C’est quoi alors qui vous met dans un état pareil ?… C’est juste de me voir à poil ou c’est de repenser à comment j’étais déchaînée ?… Vous avez aimé ?… Moi aussi… Vous pouvez pas savoir comment ça m’excitait de penser que vous entendiez tout en plus… Et tiens, ce qu’il faudrait qu’on fasse un jour c’est que je reste sur le canapé en bas avec un mec et que vous assistiez à tout planqué dans la cuisine… Ca vous dirait pas ?… Evidemment que ça vous dirait… J’ai de ces questions, moi !… Bon, mais vous allez pas rester gorgé comme ça pendant des heures !… Qu’est-ce que vous attendez pour vous le faire ?… J’ai bien mérité ça, non, quand même ?!…
Elle s’est tue. Dans la glace son regard a glissé jusqu’à mes doigts qui se sont refermés sur moi, est remonté jusqu’à mes yeux. Descendu. Remonté. Descendu. Resté en bas…
- J’aime bien comme tu le fais… En déshabillant complètement le bout tout doucement à chaque coup…
Dans un murmure…
- Ca y est ?… Ca va sortir, hein !
Elle s’est penchée dessus. Elle est restée penchée. Jusqu’à la fin. Et même après…
- C’est trop comment j’aime ça de vous voir faire… De plus en plus… Bon, mais faut peut-être que je monte retrouver l’autre là-haut… Il doit m’attendre…

- Vous le verriez faire !… Vous retournez pas !… Vous le verriez faire l’autre derrière vous !… Il en peut plus… Si il pouvait y enfourner la tête sous ma robe pour aller y voir !… Et pourtant je lui ai pas encore offert grand chose… Presque rien en fait…
Elle a tourné longuement sa paille dans son verre de limonade, l’a suçotée, mordillée du bout des dents…
- Comment vous m’avez pervertie finalement !…
- Ben voyons, ça va être de ma faute !…
- Si, c’est vrai, hein !… J’étais pas comme ça avant de vous connaître… Enfin si !… Mais je le montrais pas tandis que maintenant… je deviens folle avec tout ça… Non, mais des yeux de fou il fait l’autre… Vraiment des yeux de fou… Ca mérite quand même que je lui en montre un peu plus, non ?… Allez !… Là… T’es content ?… Il a l’air en tout cas… Vous savez ce qu’il attend ?… Ce qu’il espère ?… C’est qu’à un moment ou un autre il va pouvoir apercevoir un bout de culotte… Seulement ça il y a pas de risque parce que moi les culottes maintenant… S’il savait !…
- Ca tient qu’à toi qu’il sache…
- Parce que vous croyez quoi ?… Que je suis pas capable de lui montrer… Alors là vous me connaissez mal !…
- T’as que de la gueule…
- Ah oui ?!… Eh bien c’est ce qu’on va voir…
Elle a lentement, très lentement décroisé les jambes… Les a recroisées encore plus lentement dans l’autre sens…
- Et là ?… Pas calmé ?… Hou la la !… Je l’ai achevé l’autre… Vous verriez sa tête…
Elle s’est levée…
- Bon, allez, on y va… Ca suffit…
On a fait quelques pas sur le trottoir…
- C’est malin de m’obliger à faire des trucs pareils !… Je suis toute trempée maintenant… Faut que je trouve une solution…

La solution elle l’a ramenée sur le canapé du salon…
- Que vous puissiez en profiter depuis la cuisine… Mais vous vous faites pas voir, hein, surtout !… J’aurais bonne mine, moi !…
Un type qu’elle a chevauché avec ardeur… Auquel elle n’a laissé que quelques instants de répit avant de le ranimer et de le rechevaucher… Qui a fini par demander grâce, épuisé… Et qu’elle a flanqué dehors sans ménagement…
- Bon, allez, file maintenant !… J’ai plein de trucs à faire…
Il n’a pas demandé son reste…
- Alors ?… Ca vous a plu ?… Oui… Rien qu’à voir comment vous êtes rouge… N’empêche qu’on a drôlement bien fait de pas coucher ensemble tous les deux parce que comment je suis gourmande quand c’est comme ça… A votre âge ça vous aurait fait sauter la pendule…

Elle a soupiré…
- Bon, allez, faut que je me lance… J’ai un truc à vous dire… Pas marrant… Mais alors là pas marrant du tout… Je vais partir…
- Partir ?… Pourquoi ?… Mais où ça ?…
- A Paris… Ben oui !… Elles sont finies mes études… Et le boulot il a bien fallu que je le prenne là où il se trouve…
- Tu pars quand ?
- A la fin de la semaine… Oh, mais faites pas cette tête-là !… Pour moi non plus c’est vraiment pas drôle… Je m’étais habituée à vous, à nous, à tout ça et puis voilà que… Oh, et puis merde !…
Elle s’est enfuie pour que je ne la voie pas pleurer…

- Vous allez me remplacer ?
- Ca, j’en sais rien du tout !…
- Oui, ben alors là !… Je suis bien tranquille que si vous avez l’occasion vous allez pas la laisser passer… C’est pas vrai peut-être ?… Oh, mais vous pouvez bien le dire, vous savez… Ca m’est complètement égal… Maintenant que je vais plus être là… Et même, tiens, je vous trouve quelqu’un si vous voulez…
- Qui ça ?…
- Une copine à moi… Une petite rousse hyper sympa… Je lui ai raconté pour nous deux ici… Comment ça la tente !… Surtout qu’elle habite un espèce de petit réduit où elle a à peine la place de se tourner… Et c’est pas elle que ça va déranger de se foutre à poil… Alors là !… Encore moins que moi… Je peux vous dire que vous serez pas déçu si elle vient… Ah non alors !… Bon, mais je lui dis quoi ?… Elle attend la réponse… Que c’est oui ?… Hein ?… Evidemment… Ca se refuse pas un truc pareil… Je l’appelle…

- Bon, ben voilà !… C’est notre dernier soir… Comment ça me fout le bourdon, moi !… Vous savez pas ce que je voudrais ?… C’est qu’on fasse un truc là, maintenant, que chaque fois que vous y repenseriez vous soyez obligé de vous sentir tout attendri à cause de moi… Ce serait quoi qui vous ferait ça à vous ?… Vous aimeriez quoi ?… Dites… Choisissez… Ce que vous voulez… Sauf… sauf ce que j’ai toujours dit que je voulais pas…
- Si tu veux me faire vraiment plaisir…
- Oui ?
- Je t’ai vue des dizaines de fois toute nue, mais jamais de tout tout près…
- Vous voulez avoir le nez dessus, quoi !… Eh bien venez !…

- Vous allez le connaître par cœur à force…
- C’est le but…
- Vous allez quand même pas y passer la nuit ?
- Oh, je pourrais… Sans jamais me lasser…
- Tu sais ce que j’aimerais, moi ?
- Dis…
- C’est te faire gicler avec mes doigts pendant que tu regardes… Tu voudrais ?
Je n’ai pas répondu. J’ai changé de position. Tête bêche. Son souffle sur moi. Rapide. Profond. Elle a entrepris un doux va-et-vient. Dans ses anfractuosités rosées des gouttes ont perlé. Sont devenues source. Torrent. J’ai voulu y boire. Elle ne me l’a pas défendu. Elle a sourdement gémi. Elle est venue. Je suis venu…



II



On a sonné…
- C’est elle… J’y vais… Je vais ouvrir…
Dans l’entrée il y a eu des chuchotements. Un fou rire…
- Je vous présente Mélianne…
Qui était entièrement nue…
- Et je file… Je vous laisse… J’ai horreur des adieux…

- Bon, ben voilà !…
- Voilà, oui… En tout cas avec toi ça perd pas de temps… On peut pas dire le contraire…
- Ca vous choque ?…
- Oh, que non !… Non !… C’est une très agréable entrée en matière…
- C’est Victorine qui a eu l’idée… Elle était sûre que ça vous plairait de me voir débarquer toute nue comme ça alors que vous me connaissiez même pas…
- Que ça me plairait ?… J’ai adoré… J’adore…
- Moi aussi… J’ai trop aimé vos yeux quand vous m’avez aperçue… On aurait dit un petit garçon qui découvre sous le sapin le joujou dont il a toujours rêvé… C’était trop attendrissant…
- Bon, mais assieds-toi… Reste pas plantée là…
- Vous pouvez pas savoir ce que ça nous fait à nous, les femmes quand on leur montre aux mecs et que ça les chavire complètement comme vous tout à l’heure… Comment ça remue à l’intérieur… Et moi, ça, c’est un truc, je m’en lasse pas… Dès que j’ai l’occasion… Je les suscite même souvent… Mais enfin faut pas faire n’importe quoi non plus… Parce qu’on peut tomber dans de ces galères…
- Ca t’est arrivé ?…
- Deux ou trois fois… Je vous raconterai… On aura tout le temps… Mais dites, je pourrais pas aller prendre une douche ?… Avec le trajet et cette chaleur je me sens toute poisseuse…

Elle a récupéré ses vêtements dans l’entrée. Je l’ai aidée à porter ses sacs jusque dans la chambre…
- Comment c’est grand !… Et drôlement bien arrangé…
- Quant à la salle de bains elle est là juste en face…
- Houla !… Mais c’est le grand luxe… Elle me l’avait dit Victorine, mais je croyais quand même pas à ce point…
- Bon, ben je te laisse…
- Oh, vous pouvez rester, hein !… Ca me dérange pas… Au contraire !… Qu’on puisse continuer à causer un peu tous les deux…

- Ca vous plaît comme ça ?… Faut le dire, hein !… Carrément… Non… Parce que d’après Baptiste – c’est mon copain Baptiste… un de mes copains…. oui, enfin… bon… bref… – d’après Baptiste il y a qu’aux rousses que ça leur va bien les poils à cet endroit-là… Ca les signe qu’il dit… « - Même que toi t’en aies pas beaucoup… » Il y a tout le temps les mains fourrées… Et quand je dis les mains… « - Et ils sont pas rêches en plus !… Ils sont tout doux… C’est pas souvent chez les rousses… » Comment il le sait ? Je préfère pas trop approfondir… Ce qu’il y a de sûr en tout cas c’est qu’il a beau en raffoler Baptiste de mes poils au minou si j’ai envie de le mettre comme un œuf je le mettrai comme un œuf… Non, mais sans blague !…C’est à moi tout ça et j’en fais ce que je veux… Et à vous ça vous dirait qu’il soit tout sans rien ?…
- Il est très mignon comme ça… Mais d’un autre côté…
- Ah, vous pouvez pas avoir les deux en même temps, hein !… Faut choisir… Ou alors vous en profitez d’abord comme ça trois quatre jours et après on enlève tout… C’est vous qui opérerez même… Si ça vous tente… Si vous avez envie… A condition que ça dérape pas… Mais ça dérapera pas… Parce que ce qu’il y a de bien avec vous c’est qu’on peut avoir confiance… Si vous promettez vous tenez… Vous voyez que je vous connais quand même déjà un peu… Faut dire qu’on a tellement parlé de vous aussi avec Victorine !… En attendant vous auriez pas du shampooing quelque part ?… Je sais pas ce que j’ai fichu du mien…

- Vous en faites une tête !… Qu’est-ce qu’il y a ?…
- Rien… Il y a rien… Qu’est-ce que tu veux qu’il y ait ?
Elle avait absolument tenu à m’aider et elle écossait les petits pois sur la table de la cuisine…
- Oh si, il y a quelque chose, si, je le vois bien… C’est parce que j’ai dit que je voulais pas que ça dérape tout à l’heure ?… C’est ça ?… Et que vous espériez qu’avec moi ce serait pas comme avec Victorine… Que vous pourriez coucher… Vaut mieux que les choses soient claires, je trouve… Dès le début… Non ?… Vous croyez pas ?…
- Si… Bien sûr… Je comprends… Bien sûr… Je comprends qu’à votre âge, Victorine et toi, quelqu’un du mien ça puisse vous dégoûter…
- Hein ?… Mais c’est pas ça !… Pas du tout… Pas moi en tout cas… Vous avez tout faux… J’ai couché avec des gens de votre âge… Même des plus vieux… Et je couche encore des fois…
- C’est quoi alors ?
- C’est que si je le fais avec vous, comme on habite ensemble, ça va être l’enfer… Vous allez être jaloux, c’est obligé… Faudra que je vous rende sans arrêt des comptes… Ce que j’ai fait… Où je suis allé… Qui j’ai vu… Je vais me sentir étouffée… On va s’engueuler… Je vais me tirer… Et ça j’ai pas du tout envie…
- Tu sais, moi, la jalousie il y a bien longtemps que…
- Oui, oh ça, c’est toujours ce qu’on dit avant, parce que ça arrange de se figurer que ce sera comme ça, mais après une fois que c’est fait… Non… Je veux pas prendre le risque de courir le risque… Et puis il y a autre chose… C’est que j’aime me montrer, oui !… Mais pas seulement le dehors… C’est le plus facile le dehors… Le dedans aussi… Encore plus… Ce que je pense… Ce que je fais… Ce que je suis… Quand je sens que je peux… Que le type il va savoir écouter sans juger… Et qu’il s’imagine pas posséder toute la vérité à lui tout seul… Comme c’est le cas avec vous… Tout de suite à vous on a envie de tout vous dire… De rien garder… Sauf que si on couche tous les deux ben il y a plein de trucs du coup ce sera plus possible… Forcément… Et ça j’ai pas du tout envie non plus…

- Vous tenez vraiment à regarder la télé ?… Parce que moi ça me gonfle plutôt… Je préfèrerais qu’on discute tous les deux… Et de loin…
- Eh bien éteins-la !… La télécommande est devant toi…
- Et en plus on peut mettre toute la lumière comme ça… C’est mieux pour vous…
Elle s’est allongée de tout son long sur le canapé, appuyée sur un coude, la tête dans la main…
- Je parie que vous m’avez pas crue tout à l’heure quand je vous ai dit que je couchais avec un vieux…
- J’ai aucune raison de pas te croire…
- C’est un toubib… Comment j’avais flashé dessus !… Je te lui ai fait un de ces rentre-dedans !… J’étais fourrée à son cabinet trois fois par semaine et je m’y pointais dans de ces tenues !… Il a craqué à la fin… Forcément…
- Tu le vois toujours ?
- Des fois, de temps en temps, ça m’attrape d’y aller… Je m’installe dans la salle d’attente comme une cliente normale et j’attends mon tour… Sa tête quand il me voit !… Comment il les expédie les gens avant moi… Et alors quand il me fait rentrer je peux vous dire que ça perd pas de temps… Vous verriez ce feu d’artifice en plus !… Rien que d’en parler ça me met des frissons partout… Et tiens, vous savez pas ce qu’on pourrait faire un jour ?… C’est que j’y aille et que vous entriez juste derrière moi… On ferait ceux qui se connaissent pas, évidemment… Mais quand je serais à l’intérieur vous seriez le seul à savoir, au milieu des autres gens, ce qu’est en train de se passer… Et après, quand ce serait votre tour, c’est juste là où on viendrait de le faire, lui et moi, que vous vous allongeriez pour qu’il vous examine… Ca vous dirait pas ?… Si ?!… Eh bien alors chiche qu’on le fait !… Demain ?… On y va demain ?...

Elle feuilletait une revue. Elle s’était assise entre un visiteur médical qui tapotait avec conviction sur son ordinateur et une jeune femme brune dont la mini noire découvrait généreusement les cuisses. Un couple, en face, se tenait tendrement par la main. La vieille dame près de la fenêtre m’a souri, invité, en reculant légèrement sa chaise, à prendre place à côté d’elle. La porte s’est ouverte…
- A qui le tour ?
Elle n’a pas levé la tête. Il n’a pas cillé…

- Vous avez vu comment il l’a gardée longtemps la fille brune juste avant moi ?… Je sais pas ce qu’elle avait, mais je suis bien tranquille qu’il l’a examinée sous toutes les coutures… Oh, mais j’m’en fiche, hein, parce qu’à l’arrivée c’est moi qu’en ai profité… Et pas qu’un peu !… S’il la mettait pas aussi fort la radio dans la salle d’attente tout le monde se serait rendu compte… En tout cas comment c’était bon !… Et ce qu’il y a de bien avec lui c’est qu’on sait jamais à l’avance comment ça va être… Des fois c’est tout doux tout subtil tout fondant… Et d’autres il te culbute comme un sauvage… C’est tout juste s’il prend le temps de te l’enlever ta culotte…
- Et aujourd’hui ?
- Aujourd’hui c’était un panaché des deux… Par moments infiniment tendre et à d’autres, brusquement, sans que rien le laisse prévoir, déchaîné… Presque violent… Où vous allez ?…
- Ben, à la voiture…
- Oh non, on rentre pas déjà, non !… Vous voulez pas qu’on aille boire un coup plutôt ?… Tiens, là-bas, où il y a les parasols, on sera bien…
Elle s’est offerte un long moment au soleil, la tête renversée en arrière, les yeux clos…
- J’adore ça rester dehors après, quand j’en suis encore pleine, que ça me coule tout du long et que les gens autour ils savent pas… Bon, mais et vous ?… Vous avez aimé ?… Comment j’y ai pensé, moi, à vous qu’étiez derrière la porte à imaginer sans voir… Sans que personne le sache… Que nous deux… C’est drôlement excitant, hein ?
- Ca s’est passé où ?… Sur la table d’examen ?
- Ben oui… Oui… Où vous voulez qu’on le fasse sinon ?… Pas vraiment complètement dessus en fait, non… je m’y allonge juste avec le torse et le ventre, les jambes à l’équerre… Je lui présente tout à lui comme ça… Bien ouvert si je veux… Il adore… Vous y êtes monté, vous, après moi, sur la table ?… Qu’est-ce que vous lui avez raconté ?
- Que j’avais peur d’avoir attrapé une maladie vénérienne…
- Il l’a cru ?
- Il a eu l’air en tout cas…

- Vous venez ?… Je peux quand même pas rester toute la journée comme ça… Faut bien que je finisse par me laver… Même si… Ben venez !… J’ai horreur de ça d’avoir personne à qui causer quand je me lave… Ca doit être les habitudes d’avant… Parce que avec ma soeur on passait des heures et des heures à papoter toutes les deux dans la baignoire… Elle était obligée de nous sortir ma mère à la fin…
Elle s’est déshabillée. A tout abandonné pêle-mêle sur le carrelage. S’est emparée de la pomme de douche. L’eau a ruisselé sur ses seins, son ventre, ses cuisses…
- Ca vous dirait pas à vous qu’on en prenne un ensemble de bain de temps en temps tous les deux ?… C’est là qu’on parle le mieux… Qu’on se dit le plus de choses… Dans la baignoire… Des choses qu’on dirait pas autrement… Et puis comme ça au moins je pourrais voir comment vous êtes fait… Parce que il y a pas de raison… Pourquoi vous, vous pourriez me regarder tant que vous voulez et que moi j’aurais pas le droit de jeter un œil ?… Qu’est-ce vous croyez ?… Que ça nous intéresse pas, nous, les filles, tout ça ?… Ben tiens !… Vous savez ce que c’est la première question qu’on se pose entre nous quand il y en a une qui s’est fait un nouveau mec pour la première fois ?… Eh bien c’est comment elle est sa queue… Eh oui !… C’est comme ça…

Elle a quitté la douche. S’est vigoureusement frictionnée. Enveloppée dans sa grande serviette rose…
- Vous voulez pas aller me chercher des fringues dans ma chambre ?… Qu’on aille faire un tour… On va pas rester enfermés là tout l’après-midi…
- Je te ramène quoi ?
- Ce que vous voulez… Ce que vous avez envie de me voir dessus…
Une petite robe bleue légère mi-cuisses largement décolletée…
- Je l’aurais parié… Et que vous me rapporteriez pas de culotte… Après tout ce qu’elle m’a raconté Victorine… Mais il m’en faut une… Là où on va il m’en faut absolument une… Pour le moment… Plus tard peut-être… On verra…
- On va où ?
- Vous allez m’en chercher une ?… Une belle… C’est pour un cadeau…

Elle s’est laissé tomber sur un banc…
- Vous savez ce que c’est cette grande bâtisse, là, en face ?… Ben asseyez-vous !… Hein, vous savez ?… Une maison de retraite… L’arrière… C’est de ce côté-là qu’elles sont la plupart des chambres… Et dans les chambres à cette heure-ci les petits vieux ils font la sieste… En principe… Parce que depuis le temps que je viens l’après-midi, de temps à autre, me reposer sur ce banc je suppose qu’il y en a un certain nombre qui doivent la zapper la sieste et passer des heures rivés au carreau – ne levez pas la tête, hein, surtout ! – pour être sûrs de ne pas me manquer au cas où… Surtout que je suis gentille – souvent très très gentille – avec eux… Les pauvres !… Enfermés des journées entières là-dedans… Il faut bien que quelqu’un leur donne quelquefois un peu de plaisir… Non, vous croyez pas ?… Si ?… Ah, vous voyez bien !… Mais pas à chaque fois non plus… Il faut pas abuser des bonnes choses… Alors vous savez ce qu’ils sont en train de se demander là ?… C’est si ça va être un jour avec ou un jour sans… Ils voudraient… Tellement… Mais c’est moi qui décide… Moi… Toute seule… Vous avez pas idée du bonheur que c’est de sentir que tout dépend de soi !… En général je fais durer… durer… tant que je peux… Il faut bien que j’y trouve mon compte, moi aussi… Et je sais jamais, jusqu’au dernier moment, si je vais le faire ou pas… C’est comment ça m’attrape… Des fois je tire même à pile ou face dans ma tête… Mais aujourd’hui pas besoin de me poser la question… Vous êtes là… Alors…
Elle a croisé très haut les jambes …
- Il faut surtout avoir l’air de pas savoir qu’ils sont là… Qu’ils croient que c’est involontaire… Ca casserait tout sinon…
Elle les a décroisées, recroisées dans l’autre sens… Beaucoup plus haut encore…
- D’habitude je bouquine pour bien leur laisser le temps… Mais discuter tous les deux ça revient au même… En douce qu’ils doivent bien se demander qui vous êtes…

- Bon, allez !… Bouquet final… Et puis on y va…
Elle a levé lentement la jambe, posé son pied sur le banc, appuyé sa tête sur son genou…
- Et là ?… Vous comprenez pourquoi je tenais absolument à mettre une culotte ?… Faut pas exagérer quand même… Quoique… je leur ferai peut-être sans un jour… Mais alors ce sera la dernière fois… Ils me reverront plus…

- Qu’est-ce qu’on passe comme temps ensemble, hein, tous les deux !… Presque tout notre temps finalement…
- Faudrait quand même que tu te consacres un peu à tes études, non, tu crois pas ?
- Oui, oh, mes études !… Pour ce que ça va me servir… Je me fais pas d’illusions : je finirai caissière dans un Supermarché… Comme tout le monde… Alors autant que j’en profite d’ici là… Que je me paye du bon temps… On y est presque… C’est le magasin qui fait l’angle là-bas… Vous pouvez pas vous tromper… Il est au rayon des appareils numériques Baptiste…

- Alors ?… Vous en pensez quoi ?…
- C’est pas en le voyant trente secondes vite fait sur son lieu de travail que je peux me faire sérieusement une idée…
- Oui, oh, de toute façon je vous demandais ça comme ça… Parce que j’m’en fiche un peu de Baptiste au fond… Je ferai pas ma vie avec… Il est là il est là… Il serait pas là… Non, si je vous disais la vraie raison pour quoi je le garde vous feriez des bonds comme ça…
- C’est si extraordinaire ?…
- Oui… Enfin non… C’est qu’il accepte Kevin…
- Qui c’est Kevin ?
- Un autre copain… Avec qui je couche aussi…
- Et il est pas jaloux…
- C’est pas seulement ça… C’est qu’il veut bien qu’on fasse des trucs à trois… C’est rare chez les mecs… Parce qu’ils sont beaucoup plus possessifs que nous… Et vous pouvez pas savoir quel pied c’est pour une nana d’en avoir deux en même temps pour elle toute seule… Surtout s’ils assurent… Ca te fait des mains partout… Des bouches partout… Ca te met dans un état !… Et puis bon… Vous, les types, quand vous avez giclé, vous pouvez pas remettre le couvert tout de suite… Même si on a besoin… Tandis que comme ça au moins t’en as un pour prendre tout de suite la relève de l’autre… Sans compter que si tu veux tu peux aussi les avoir tous les deux dedans en même temps… Pas la peine que je vous fasse un dessin…
Un type, en la dépassant, s’est retourné sur elle. Elle a éclaté de rire…
- Vous avez vu sa tête à celui-là… Horrifiée… Il a entendu… Qu’est-ce que vous pariez qu’il a entendu ?…
On a attendu, pour traverser, que le feu passe au rouge…
- Vous devez quand même commencer à avoir une drôle d’opinion de moi, vous aussi, quand j’y pense…
- J’aime bien t’écouter…
- Et moi j’aime bien vous raconter… Tout… C’est excitant… Mais pas excitant comme d’habitude… Comme quand on fait les choses… C’est mieux dans un sens… Parce que c’est pas souvent que ça arrive qu’on puisse parler comme ça… Jamais même… Elle me l’avait dit Victorine… « - Tu verras… Tu verras… Il te fait mettre ton intérieur tout nu et tu te rends même pas compte que tu le fais… Pas tout de suite… Seulement après quand t’y repenses… Ca te fait honte des fois, mais en même temps tu te sens toute délivrée… »

- Je me suis fait couler un bain… Vous venez ?… Vous venez le prendre avec moi ?
Elle y était déjà installée…
- T’as pas mis beaucoup d’eau…
- C’est mieux… Je préfère… Pour plein de raisons…
Elle m’a regardé enjamber le rebord de la baignoire, m’asseoir. Sa jambe est venue se caler contre la mienne…
- Ca va ?… C’est pas trop chaud ?… Parce que comme j’aime bien y rester longtemps je mets brûlant au début sinon c’est tout de suite froid…
L’autre jambe de l’autre côté…
- Oh, c’est trop marrant !… Vous avez vu ?… Regardez !… Non, mais regardez !… Votre truc… On dirait qu’il flotte tout seul… Qu’il s’est détaché et qu’il part à l’aventure… Si, c’est vrai, hein !… Oh non, c’est trop marrant… C’est vraiment trop marrant…
Elle a battu l’eau, à pleines mains, pour faire des vagues…
- Non, mais comment il bouge !… Méfiez-vous !… D’ici à ce qu’il se tire et qu’il file dans le trou quand on va vider la baignoire… Vous imaginez si vous l’aviez plus… Qu’est-ce que vous deviendriez ?… Un mec il est plus rien sans ça… Il y a plus qu’à l’euthanasier… Mais non, oh, faites pas cette tête-là… Je déconne…
Elle s’est vigoureusement savonné le torse…
- Vous savez ce qui serait pas mal ?… C’est que je fasse venir dormir une copine ici et que je prenne mon bain avec elle… Et puis à un moment je vous appellerais pour que vous nous apportiez quelque chose qu’on aurait décidé tous les deux avant comme prétexte… Et comme ça vous pourriez en profiter pour vous rincer l’œil dessus la fille… Par contre ce qu’il faudrait c’est bien la choisir… Qu’elle soit pas trop mal foutue, évidemment… Ce serait mieux pour vous… Et pas trop coincée… sinon elle voudra jamais prendre son bain avec moi… mais assez coincée quand même pour qu’elle se sente gênée quand vous rentrerez et que ça se voie… C’est pas la peine sinon, c’est pas drôle… Elle est pas bonne mon idée ?… Qu’est-ce que vous en dites ?… Elle vous fait de l’effet en tout cas… Vous pouvez pas dire le contraire… Non, mais regardez-moi ça !… Vous n’avez pas honte ?… Devant une pure jeune fille comme moi !…
Elle m’a effleuré du bout du pied…
- Comment elle est dure !… Vous êtes vraiment rien qu’un vieux dégoûtant…
Elle y est revenue, l’a lissée avec ses orteils. Deux fois. Trois fois…
- Vous avez aimé quand elle vous a branlé Victorine ?… Oui, évidemment !… J’ai de ces questions, moi !… Je vous parie que si je voulais je vous en ferais sortir beaucoup plus qu’elle… Et beaucoup plus vite… Vous pariez ?…
Elle y a délibérément appuyé son pied. A approché l’autre. M’a pris en étau entre eux. Elle a pressé, appuyé, emprisonné, fait rouler. Triomphé…
- Ca y est !… Ca y est !… Ca crache !… J’en étais sûre !… J’en étais sûre que je vous ferais venir à toute allure… Et pas qu’un peu…

Elle s’est levée…
- Vous voulez pas me frotter le dos ?… Mais que le dos, hein !… Et sage… De toute façon maintenant que vous êtes vidé il y a plus grand chose à craindre… Ben allez-y !… Faites pas semblant… Je suis pas en sucre… Allez-y, j’vous dis !… Comme ça, oui !… Là… Là… C’est bon… Merci…
Elle m’a tendu la main…
- Aidez-moi à sortir…
Elle a enfilé un peignoir, en a noué la ceinture…
- Vous savez quoi ?… Eh bien peut-être qu’un jour je vous laisserai me laver en entier… Tout… Complètement… Peut-être… Je sais pas… Je verrai…

- Tu pars où comme ça ?
- J’ai entraînement de hand le mardi soir…
- Tu fais du hand ?…
- Et en équipe première en plus… Vous venez ?… Je vous emmène… Il y a des choses à voir…
- Des choses ?… Quelles choses ?…
- Faites bien l’innocent !… Comme si vous vous doutiez pas… Bon, mais je vais vous mettre les points sur les i puisque vous faites semblant de pas vouloir comprendre… A l’entraînement on transpire, figurez-vous !… Et quand on a bien transpiré, avant de rentrer, on va toutes prendre une douche… Et moi, je connais un moyen de voir ce qui s’y passe dans les douches sans que personne puisse s’en rendre compte… Alors si vous voulez vous m’accompagnez et je vous donne le truc… Mais si ça vous intéresse pas… Si ?… On y va alors… Tout de suite… Que j’aie le temps de vous montrer avant qu’elles arrivent…

- Venez !
Un couloir. Une porte. Une autre. Un escalier. Encore un couloir. Un minuscule petit réduit. Dont elle avait la clé…
- Allez jusqu’au fond !… Penchez-vous !… Là !… Vous voyez ?…
Un alignement de douches fixées les unes à côté des autres sur toute la longueur du mur. Elle m’a tendu la clé…
- Il y a que moi qui l’ai… Je l’ai piquée… Personne viendra, mais vous aurez qu’à vous enfermer quand même… Pour être sûr… On sait jamais… Mais pas tout de suite… Vous avez le temps… Une heure il dure l’entraînement… Venez nous voir jouer un peu d’abord… Si quelqu’un vous demande quelque chose vous aurez qu’à dire que vous êtes mon oncle…

Des filles. Une dizaine. Une douzaine. Des blondes. Des brunes. Des châtain. Des grandes. Des petites. Des mignonnes comme tout. Des qui l’étaient moins. Des modestes. Des qui l’étaient pas du tout. Des filles. Des filles qui ont couru, avec conviction, sur le parquet. Qui se sont poursuivies, interpellées. Qui se sont passé la balle, se sont bousculées, sont tombées. Ont tiré. Sous l’œil attentif d’un grand escogriffe qui faisait des moulinets, avec ses bras, le long de la ligne de touche et poussait, de temps à autre, des hurlements sauvages. Et d’une quinzaine de spectateurs silencieux qui les regardaient jouer, éparpillés sur les gradins…

Un déploiement. Un festival. Une orgie de peaux dénudées. Savonnées. Ruisselantes. De seins. De ventres. De fesses. De cuisses. De dos. De doux fendus. De nuques. De mains qui frottaient. Qui épousaient ici ou là. Qui s’attardaient. Qui s’éloignaient. Qui revenaient. Qui auraient bien voulu peut-être. Sans doute. Sûrement. Qui ne pouvaient pas. Pas là. Plus tard. Tout à l’heure. Seules…

- Je regrette pas… Ah non, alors !… Vous êtes un vrai gourmet… Je vous regardais faire tout à l’heure assis dans les gradins… J’avais le temps dans mes buts… Vous les décortiquiez l’une après l’autre les filles… Vous les savouriez… Amoureusement… Vous les appreniez… Vous vous emplissiez d’elles… Si vous vous étiez vu !… Resplendissant vous étiez… Du bonheur de l’attente… Du désir impatient paisible fou de les voir nues… Vous les avez enfin vues nues… Et c’est à moi que vous l’avez dû… J’en suis fière… J’en suis heureuse… Et vous savez ce que ça me donne envie ?… D’être encore plus nue pour vous… Nue comme on peut pas l’être… Nue comme c’est pas possible… Comme ça le sera jamais… Mais bon !… Moi, c’est que moi… Il y en a tant d’autres… Plus belles… Plus tout… Ylina par exemple… Ylina c’est celle qui était le plus près de vous sous la douche… J’y ai pensé quand elle est allée s’installer là-bas tout au bout… Quelle chance il a !… Elle est parfaite Ylina… De visage… De corps… De tout… Et du reste… C’est un amour Ylina… Elle est adorable… C’est une fille si…
- Si quoi ?
- Si elle voulait… si elle me demandait je crois que je serais incapable de refuser… Et pourtant les filles, moi, ça m’attire pas particulièrement… Pas du tout même…
- T’as déjà essayé ?
- Oui… Une fois… Non… Deux… Bof… C’est vraiment pas mon truc… Pour moi il y a vraiment que les mecs… Mais Ylina, elle, je sais pas pourquoi… De toute façon la question se pose pas… Ca m’étonnerait qu’elle en soit… Ca se serait déjà vu depuis le temps… Parce que si vous saviez le nombre de filles qui le sont, lesbiennes, au hand… Au moins la moitié… Et d’ailleurs c’est bien parce qu’elle est pas venue Aurore aujourd’hui sinon vous auriez eu du spectacle là-bas dans votre petit réduit… Elle et Clémence… A chaque fois elles restent les dernières sous la douche… Tout le monde sait pourquoi… Et elles s’en donnent à cœur joie à ce qu’il paraît… Mais vous verrez… Une prochaine fois… Parce que je suppose que vous allez revenir les autres mardis, non ?

- C’est quand même bizarre comment on réagit des fois… Vous trouvez pas ?
C’était notre petite causerie d’après-dîner quotidienne devant la télé éteinte…
- Non… Parce que je repense à ce qu’on disait tout à l’heure, là… Pourquoi moi qui m’intéresse pas du tout – mais alors là pas du tout – aux filles imaginer deux mecs en train de le faire ensemble ça me rend folle hystérique… Et toujours ça a été comme ça… Toujours… Il y a même eu une époque où tout mon fric il passait là-dedans… Les films de mecs entre eux… Plus de trois cents j’en ai eu un moment… Que j’ai fini par balancer… Ca craignait à force… Et puis de toute façon c’était pas vraiment ça… C’est des acteurs... Qui font leur boulot… Qui sont payés…C’est pas du vrai… Non… Ce que je voudrais… Ce qui me mettrait dans tous mes états… C’est deux mecs qui le feraient devant moi parce qu’ils aiment ça et qu’ils en crèvent d’envie… Et encore pas n’importe quels mecs… Des inconnus, ce serait quand même pas mal, oui… Mais si c’en était que je fréquente, que je vois tous les jours, avec qui je fais des trucs alors là !… Là !… Tiens, vous savez pas quoi ?… Eh bien Baptiste et Kevin si je les ai pris tous les deux ensemble c’est pour qu’ils me tirent en même temps, évidemment !… J’adore ça… Mais c’est aussi que je me disais que peut-être… Mais non !… Faut pas rêver… J’ai eu beau tendre des perches, faire des allusions je me suis fait rabrouer en beauté… Baptiste encore peut-être qu’à la longue, bien pris, ça finirait par le faire… Mais Kevin c’est même pas la peine d’y penser… Rien que si je veux lui enfiler un doigt dans le cul il te fait tout un tas de simagrées… il te joue les mijorées… alors vous pensez bien que s’en laisser mettre une c’est pas demain la veille… Je sais vraiment pas ce qu’ils ont les mecs à faire tout un tas d’histoires avec ça !… S’ils savaient comment c’est bon… Ils le savent en plus !… Non, parce que attends… voilà un truc quand ils nous le font ils voient bien que ça nous fait monter au ciel et quand on veut qu’ils se le fassent faire eux, c’est niet, niet et reniet… Faut vraiment qu’ils soient pas bien dans leur tête… Non ?… Vous trouvez pas ?

- Eh ben dis donc !… Il y en a une vous lui avez sacrément tapé dans l’œil hier au hand… Vous auriez vu toutes les questions qu’elle m’a posées sur vous ce matin en cours… Ca arrêtait pas… Et tout ça juste pour vous avoir aperçu à peine une petite heure assis dans les gradins… « - C’est pas vrai !… C’est le type chez qui tu vis ?… Comment il est classe… Un vrai monsieur… Un homme comme ça, moi… »… Vous voyez bien qu’il y a encore des petites jeunes qui vous trouvent à leur goût… Et Melissa c’est pas n’importe qui en plus !… C’est pas le genre de fille qui couche avec tout ce qui lui tombe sous la main… Il faut vraiment que le mec lui plaise… Sinon elle préfère encore le désert… Six mois de suite des fois je l’ai vue faire abstinence… Et ça avait pas l’air de la déranger plus que ça… En tout cas, là, si vous savez vous y prendre, vous êtes sûr de décrocher le jackpot… Mais vous voyez sûrement pas qui c’est…
- Si !… Vous l’avez assez appelée en jouant… Et Melissa par ci… Et Melissa par là…
- Forcément !… C’est notre capitaine… Et vous en pensez quoi ?… Elle vous plaît ?… Ouais… Rien qu’à voir votre air… Qu’est-ce vous allez faire ?… Vous mettre sur le coup ?… Je l’invite à venir ici un soir si vous voulez… Encore que… Je suis pas sûre que ce soit un très bon plan pour moi, ça… On sait jamais comment ça tourne après ce genre de truc… Mais de toute façon j’ai pas le choix… Parce que je la connais Melissa… Quand elle s’est mis quelque chose dans la tête elle arrive toujours à ses fins… Toujours… Par n’importe quel moyen… Et là, elle est motivée, c’est clair… Alors vaut mieux que j’aille à fond dans son sens pour garder un œil sur ce qui se passe… Pour avoir toutes les cartes en mains… Parce que qu’elle baise avec vous j’en ai rien à foutre… Tant mieux si ça lui fait du bien… Et à vous avec… Mais qu’elle s’avise pas d’essayer de nous séparer tous les deux ou de nous mettre des bâtons dans les roues… Parce que alors là… là… elle aurait pas fait le plus dur… Ce serait la guerre sans merci…

Elle finissait de se doucher…
- Vous m’avez toujours pas dit…
- Je t’ai toujours pas dit quoi ?
- Si vous aimeriez que je supprime tout en bas…
- A condition, comme on l’avait envisagé, que ce soit moi qui m’en occupe…
- Oh, alors là, il y a pas de problème… J’ai horreur de ça me le faire moi-même… Faut se contorsionner dans tous les sens et puis j’ai toujours peur de me couper… C’est déjà arrivé d’ailleurs…

- Comment vous avez les mains douces… C’est de la folie… Et puis vous faites ça comme si c’était tellement précieux ce qu’on a là… Comme si vous aviez peur de l’abîmer…
- Mais c’est précieux…
- Vous l’appelez comment, vous, quand vous y pensez ou quand vous en parlez ?… Le minou ?… La chatte ?… La foufoune ?
- Le fendu…
- Ah oui ?… Je l’avais jamais entendu celui-là… Ca vient d’où ?….
- Je sais pas, mais je l’aime bien… Je l’aime bien parce que c’est un mot qui reste tout à l’entrée… Qui ne dit que ce qu’on voit d’abord… Au premier coup d’œil… Du moins chez la plupart des femmes… Plus loin c’est qu’elles ont bien voulu donner à voir… A contempler… Quelles qu’en soient les raisons… Plus loin il faut d’autres mots… A inventer… En fonction d’elles… En fonction de ce qu’on est amené à vivre – ou à ne pas vivre – avec elles…
- Mais c’est que vous seriez poète en plus !… Et mon plus loin à moi vous l’appelleriez comment alors ?
- Je n’ai pas encore toutes les informations nécessaires pour me prononcer en toute connaissance de cause… Mais il ne tient qu’à toi de me les donner… Ou de m’autoriser à aller les chercher… D’autant qu’elles sont à portée de main…
- Oui… Bon… Il serait peut-être judicieux de changer de conversation…
- Je le crois aussi… Dans l’intérêt de notre pacte… Parce que c’est une conversation qui ne semble pas te laisser indifférente si j’en juge par…
- Vous devriez être censé ne pas vous en apercevoir…
- Désolé… Mais il est très difficile pour moi de ne pas être attentif à toi…
- Bon, mais vous avez fini n’importe comment, non ?
- Pratiquement… Il ne reste plus qu’à y passer un peu de crème adoucissante…
- Houla !… Vous allez être capable ?… Je veux dire sans que…
- Tu en doutes ?…
- Non… Non… Allez-y !…

- Je peux vous poser une question ?
Elle finissait d’essuyer la table du petit déjeuner…
- Quoi donc ?
- Laquelle vous préférez comme colocataire ?… Victorine ou moi ?
- C’est complètement différent… Vous avez chacune votre personnalité… Aussi attachante l’une que l’autre… C’était très agréable avec Victorine… C’est très agréable avec toi…
- J’étais sûre que vous alliez biaiser… Alors je vais la poser autrement ma question… Si elle voulait revenir ici et que vous ne pouviez pas nous garder toutes les deux laquelle vous choisiriez ?…
- Il n’y a aucune espèce de raison pour que je ne vous garde pas toutes les deux… La maison est assez grande, non ?
- Vous êtes chiant quand vous vous y mettez… Mais qui c’est qu’aurait la chambre de devant ?… Elle ou moi ?
- Ca, c’est une question que je vous laisserais le soin de résoudre entre vous… Mais pourquoi tu me demandes tout ça ?… Tu sais quelque chose ?… Elle compte revenir Victorine ?
- Non… Je sais pas… Je crois pas… Mais je l’ai rêvé cette nuit qu’elle revenait… Et que vous me viriez… Vous me jetiez toutes mes affaires dehors en rigolant et en vous moquant de moi avec elle… Du coup je me disais que tant pis j’allais coucher avec vous… Il y avait pas d’autre solution… Seulement quand j’arrivais dans votre chambre il y avait Caroline dans votre lit… A elle aussi vous lui aviez tout enlevé en bas et elle me disait que vous lui aviez inventé tout un tas de mots pour elle toute seule, mais qu’ils étaient secrets et que je pourrais jamais les connaître…
- Eh ben dis donc !…
- J’ai pas envie… De partir d’ici… J’ai pas envie…
- Personne te le demande…
- Non, mais même quelques jours… Je dois y monter là-haut voir Victorine à la Toussaint…
- Mais c’est demain !…
- Oui… J’ai pas envie… Je lui ai promis, mais j’ai pas envie… Elle va vouloir que je lui parle de vous… Que je lui raconte tout en détail… Elle va me tanner avec ça… Ca la regarde pas…
- Eh bien lui raconte pas !…
- Vous la connaissez pas… Elle me lâchera pas… Elle me répétera sur tous les tons qu’elle, elle me disait tout quand elle était ici avec vous… Et pourquoi moi je veux pas ?… Qu’est-ce que j’ai à cacher ?… Et tatati et tatata… Ca va être l’enfer…
- Eh bien n’y va pas !…
- Elle a posé dix jours pour qu’on soit ensemble pendant mes vacances à la fac… Si je monte pas c’est elle qui va descendre, c’est couru… Et ça j’en ai encore moins envie… Non… J’ai pas le choix… Faut que j’y aille… Dix jours sans vous… Ca va être long… Mais dites… Vous allez vous ennuyer un peu, hein, vous me promettez ?!…



III



- C’est nous !
- Oui, ben ça, je vois bien !…
- Vous nous attendiez pas, hein !
- Pas vraiment, non…
- Eh ben on est revenues…
- Oui, parce que c’est vraiment minuscule chez elle là-haut… T’as à peine la place de te tourner…
- Et en plus tous nos vrais copains c’est ici qu’ils sont…
- On va te faire une de ces fiestas !…
- On pourra les amener ?
- Evidemment qu’on pourra !… Tu penses bien que c’est pas lui qui va nous empêcher… Trop content de pouvoir laisser traîner un œil par ci par là…
- Ou une oreille…
- Mais on passera quand même du temps avec vous, hein, faut pas croire !
- La preuve !… On descend faire un peu les connes… Vous venez ?
- Vous allez faire quoi au juste ?
- On sait pas… On verra… On improvisera…

Les magasins. De fringues. Et de chaussures. Surtout de chaussures.
- Tu l’as vu le type ?
- Quel type ?
- Le vendeur… Comment il a l’air coincé !…
Elles se sont chuchoté quelque chose à l’oreille, ont éclaté de rire. Sans le quitter des yeux. Il s’est dandiné d’une jambe sur l’autre. A plongé le nez dans ses boîtes comme si sa vie en dépendait. Elles se sont encore concertées à voix basse…
- Tu vas pas faire ça ?… T’as pas de culotte…
- Je vais me gêner…
Et Victorine a foncé droit sur lui…
- Monsieur !… Monsieur, s’il vous plaît… Je pourrais pas l’essayer la paire rouge dans le coin à gauche de la vitrine…
Il s’est précipité. La lui a apportée. S’est agenouillé à ses pieds. Elle lui a tendu une jambe, a relevé l’autre. La robe a glissé le long de la cuisse. La chaussure n’entrait pas. Il s’est obstiné. A insisté…
- Aïe !… Mais vous me faites mal…
Et elle s’est rejetée en arrière. Encore plus haut la jambe…
- Pardon… Excusez-moi !… Pardon…
Tétanisé, écarlate, transpirant à grosses gouttes, il ne quittait pas son entre-jambes des yeux…
Du bout du pied elle a pris appui contre son épaule, a poussé…
- Espèce de sale grand dégoûtant !… Vous n’avez pas honte ?
Plus fort. De toutes ses forces. Il est tombé à la renverse sans un mot…
Sur le trottoir elles ont été prises d’un irrépressible fou rire…

Il en arrivait sans arrêt…
- Oh, mais vous pouvez rester, hein !… Ca gêne pas…
Avec des packs de bière. Des bouteilles de Coca. De whisky. Des pizzas. Des sachets de frites. Des kebabs...
Il y avait des Remi. Des Anatole. Des Benjamin. Une Audrey. Des Fredo. Des Jason. Avec de la musique. Et deux énormes boîtes de préservatifs brandies sous les acclamations.
Ils se sont installés. Sur le canapé. Sur la moquette. Sur la table. Ils ont ouvert. Déballé. Décapsulé…
- Dites… Dites…
Discrètement à l’oreille…
- Si ça vous ennuie pas… Vaudrait mieux que vous disparaissiez maintenant… Parce que devant vous ils vont jamais oser se montrer entreprenants…

Dans la nuit la porte s’est tout doucement entrebaîllée. C’était Mélianne. Qui s’est approchée à pas de loup…
- Vous dormez pas ?… Je pourrais pas venir dans le lit avec vous ?… Parce que il y en a partout… Dans toutes les pièces… Dans tous les lits… Et ça donne… Ils en ont pour un moment… Comment ils en sont !…
- Et pas toi ?
- Oh, moi, j’ai eu ma dose… Un tout mignon tout craquant… Entre autres… Faut pas exagérer non plus… Si c’est pour que le machin il te brûle pendant trois jours… Vous pouvez pas me passer un peu de couette, là ?… Vous avez tout… Merci… Faut reconnaître qu’on a fait fort ce soir… Neuf couillus pour quatre filles… Et pas des feignants… Des motivés… Qu’on avait soigneusement triés… Faut trier si on veut que ça se passe bien… On est presque toujours déçues sinon…

- Ca, c’est Victorine qui beugle… Quand il s’agit de se faire remarquer, elle !… Elle voulait absolument que j’amène Baptiste ce soir… Mais je la voyais venir !… Depuis le temps qu’elle a envie de se le taper… Et pas seulement !… Carrément de me le souffler, oui !… De toute façon quand tu te fais un délire comme ça les derniers à amener c’est bien tes officiels… Ils arrêtent pas de te surveiller sans en avoir l’air et après ils te loupent pas… Tu peux être sûre qu’à un moment ou un autre t’auras l’effet boomerang… Alors si tu veux avoir la paix…

- N’empêche comment on se sent bien après quand on a eu ce qu’on voulait comme ça… Qu’on est complètement rassasiée… T’as tout qu’est apaisé… Il y a plus rien qu’a d’importance… Juste d’être bien en toi… On peut bien dire ce qu’on veut, mais heureusement qu’on les a finalement les mecs et qu’ils se font pas prier quand on a besoin d’eux…

- J’ai froid !… Et comment vous êtes chaud, vous !…
Elle s’est pelotonnée contre moi, a glissé ses pieds entre mes mollets…
- Ils sont gelés… Vous sentez ?… Des vrais glaçons…
Ses seins contre mon dos. Sa main sur mon torse…
- Je suis bien comme ça… J’aime bien vivre chez vous… J’aime bien vivre avec vous…
Et elle s’est paisiblement endormie…

Elle était en train de se faire une beauté. A sept heures du matin…
- Qu’est-ce qui se passe ?… Tu vas où ?…
- Figurez-vous !… Le toubib… Vous savez bien… Celui où je vous ai emmené l’autre jour… Eh ben il m’a mis un texto… Il veut qu’on passe le week end ensemble… Je me suis pas fait prier, tu parles !… Depuis le temps que je lui demandais et qu’il trouvait tout un tas de prétextes pour pas le faire…

J’ai pris le petit déjeuner en tête à tête avec Victorine. Qui a fait la moue…
- Elle se fait tout un film avec ça… Il en a rien à foutre d’elle son toubib… Strictement rien… Il a une femme. Des enfants. Alors Melliane !… Si !… Pour la tirer… Vite fait… Quand elle se pointe à son cabinet… Ou quand il a une opportunité… Comme aujourd’hui… Parce que sa femme doit avoir des trucs à faire quelque part… Et qu’il se retrouve tout seul… Mais si elle s’attend à quelque chose d’autre !… Si elle s’imagine qu’il va la plaquer pour elle…
- Elle ne donne pas vraiment l’impression d’espérer quoi que ce soit…
- Parce que vous la connaissez pas comme je la connais… Il y a toujours tout un tas d’arrière-pensées avec Melianne… Dans tout ce qu’elle fait… Et être une Madame Toubib ce serait pas pour lui déplaire… Surtout un comme lui… Qu’a les dents longues… Quitte à le faire tant et plus cocu un fois qu’elle se le sera mis dans la poche… Et ça… elle sait faire…

Elle a repoussé son bol, s’est levée…
- Bon, mais on va pas rester là à parler d’elle toute la journée… On va faire quelque chose… De quoi vous avez envie ?…
- Et toi ?
- Moi ?… Qu’on aille se promener quelque part tous les deux n’importe où au hasard… Et puis ce soir que vous m’emmeniez au restaurant… Celui où on était pour mon anniversaire…
- A une condition… C’est que tu t’habilles comme tu l’étais ce jour-là… Au-dessus… Et au-dessous…
- Ca marche…
- Et qu’après, en rentrant, tu me laisses te regarder, de tout tout près, comme le dernier soir qu’on a passé ensemble avant ton départ…
- Je suis contente que vous me demandiez ça… Vous pouvez pas savoir comme je suis contente… C’est souvent que j’y pense, vous savez !… Et que j’en ai envie… Comment ça vous avait rendu !…

- Tu m’emmènes où ?
- On y est presque… C’est pas loin…
- Ah, la fameuse passerelle !…
Au beau milieu de laquelle elle s’est immobilisée…
- Discutez-moi !… Qu’on ait l’air très occupé… Et de pas se rendre compte que ça s’arrête en dessous...
Elle s’est dandinée d’une jambe sur l’autre…
- Je veux pas regarder… Il y en a beaucoup ?
- Quatre ou cinq… Qui font mine de s’être aperçus de rien… Mais qui ne peuvent pas s’empêcher de lever sans arrêt la tête…
- Ils voient quoi à votre avis ?
- Vu la longueur de ta robe, vu que t’as pas de culotte et vu que t’arrêtes pas de danser sur place à mon avis ils voient tout... Absolument tout… Et il y en a de plus en plus…
- Ca craint, non ?… Vaut peut-être mieux qu’on s’en aille maintenant…

- Personne nous suit ?
- Personne, non…
- Parce que vous êtes là… Mais je serais toute seule… C’est ça qu’est chiant quand tu fais des trucs pareils c’est que les mecs ils se croient tout permis après… Et il y en a qui sont lourds, mais lourds !… Vous savez où elle est ?
- Quoi donc ?
- La maison de retraite où elle va Melianne… Avec les petits vieux il y a pas de risque au moins… Ils restent à mater dans leurs chambres…

- C’est lequel son banc ?
Elle s’en est emparée, s’y est confortablement installée…
- Bon… Mais finalement ils l’ont encore jamais vue complètement à poil, elle, jusqu’à maintenant ?… Juste la culotte… Ils vont drôlement apprécier alors !…
Elle a étalé ses jambes, laissé la robe remonter légèrement sur les cuisses…
- Vous croyez qu’il y en a qui m’ont déjà repérée ?… Oui… Sûrement… A part passer leur vie à la fenêtre qu’est-ce que vous voulez qu’ils fassent d’autre ?
Mon portable a sonné…
- C’est moi, Melianne… Ca va ?… Qu’est-ce que vous faites de beau ?
- C’est elle ?!… Vous lui dites pas qu’on est là, hein, surtout !
En chuchotis. Les sourcils froncés…
- Rien de spécial… Et toi ?… Ca se passe bien ?
- Oh, moi, c’est super !… Si vous saviez tout ce que… Mais je vous raconterai… J’ai pas le temps là… Je voulais juste vous faire un petit coucou…

- Je peux vous poser une question ?
- Dis toujours…
- Vous avez couché avec ?
- Non…
- Pourtant elle a dormi avec vous le soir de la fiesta…
- On peut très bien dormir ensemble sans que…
- Oui, oh, alors ça !… J’y crois pas beaucoup… Mais admettons !… Ca viendra de toute façon… Je me fais pas d’illusions…
- T’as l’air bien sûre de toi…
- Je la connais par cœur… Elle sait manœuvrer… Et puis c’est obligé… Pour que vous la préfériez à moi il faut bien qu’elle vous donne quelque chose que vous avez pas eu avec moi… Et ça, pour ça, c’est vraiment ce qu’il y a de mieux…
- Mais pourquoi faudrait-il absolument que je préfère l’une à l’autre ?… Je vous apprécie toutes les deux autant et…
- Tu parles !… C’est des mots tout ça… Il y en a toujours forcément une qu’est préférée à l’autre… Et vaut mieux être celle qu’est préférée que celle qui l’est pas… Non… J’aurais jamais dû l’amener chez vous… J’ai été bien trop conne… Que ça tourne comme ça c’était couru… Ne serait-ce que parce que elle est là avec vous, tous les jours, et que moi je suis à des centaines de kilomètres… Si vous étiez resté tout seul au moins chaque fois que je serais venue on se serait retrouvés que tous les deux… Exactement comme avant…
- Sauf si… dans l’intervalle… j’avais pris une autre colocataire…
- Oui… Mais ça aurait pas été celle-là… Bon… Allez, vous venez ?… On y va ?…
Elle a levé la tête…
- Ah oui, il y a ceux-là là-haut… Je vais quand même pas lui laisser le dernier mot avec eux aussi… Manquerait plus que ça…
Elle s’est plantée au beau milieu de l’allée, tournée vers la façade. A relevé sa robe jusqu’au-dessus de la taille…
- Voilà… Voilà… Vous l’avez vue… Vous êtes contents ?

- Excusez-moi pour tout à l’heure… Je suis désolée… Je sais vraiment pas ce qui m’a pris…
- C’est pas grave… Choisis plutôt… Si je me souviens bien les croustades au ris de veau sont un véritable délice…
- Si, c’est grave, si !… Comment je me déteste quand je suis comme ça… Je sais pas ce que je me ferais… Je sais pas ce que je mériterais…
- Une bonne fessée…
- Oui… Vous rigolez, mais oui… Je me demande si ce serait pas encore la meilleure solution… Pour ça et pour plein d’autres trucs… J’ai aucune volonté… J’ai l’air sûre de moi quand on me voit comme ça, mais en réalité c’est du yaourt à l’intérieur… Il y a rien de solide… Rien qui tient debout… Et s’il y a pas quelqu’un qui m’oblige… Dans mon intérêt… Pour mon bien… J’ai cru que vous alliez le faire au début, quand je suis arrivée chez vous, tellement j’étais insupportable et puis bon…
- T’étais insupportable exprès ?
- Non, oh non !… Enfin je me demande… Je me demande quand même si je vous poussais pas à bout des fois pour que vous finissiez par m’en flanquer une… En attendant comment c’est bon ce machin d’écrevisses…

- A quoi vous pensez ?
- A tout à l’heure quand on va rentrer et que je vais pouvoir t’admirer tout mon saoul… Allez, finis vite ton dessert…
- Et si je traîne ?
- Tu prends des risques…

Il était sur le trottoir. Devant la porte…
- Baptiste !… Mais qu’est-ce que tu fais là ?
- Elle est pas avec toi Melianne ?
- Non… Non… Tu le vois bien… Elle est pas là…
- Elle est où ?
- Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?… Je passe pas mon temps à la surveiller…
- Elle est avec un mec, hein ?
- T’es frigorifié… Rentre te réchauffer… Et boire un café… On verra ça là-haut…

Il y a eu leurs voix en interminable ruissellement. Léger. Régulier. Jusque tard dans la nuit… Et puis le silence. Des halètements. Des gémissements. Qui sont devenus plaintes affolées. Hurlements de bonheur éperdu. Ca a recommencé. Ca a chuchoté. Une porte. Une autre…

Assise à la table de la cuisine, elle me tournait le dos. Elle déjeunait. Elle ne s’est pas retournée. Quand mes mains se sont posées sur ses épaules elle a frissonné. Je les y ai laissées…
- Alors, jeune fille, bien dormi ?
Elle n’a pas répondu. Elle s’est contentée de soupirer…
- Pas vraiment, hein ?… On avait d’autres préoccupations…
Mon ton s’est fait plus sec. Cassant. Mes doigts se sont enfoncés dans la peau…
- Tu n’as pas honte ?
- Si, mais non, mais…
- Mais quoi ?… Tu as couché avec le petit ami de Mélianne… Oui ou non ?
- Oui, mais c’est parce que…
- Et en plus tu vas te trouver des excuses !… C’est absolument inqualifiable ce que tu as fait là… Inqualifiable… Tu en as conscience au moins ?
- Oui…
- Et tu l’as fait quand même…
- J’ai pas pu m’empêcher… Punissez-moi !
Dans un souffle…
- Punissez-moi !… Je l’ai mérité…
- Viens !

Elle s’est relevée, frotté vigoureusement les fesses…
- Hou !… Vous avez pas fait semblant, dis donc !… Mais il faut… C’est pas une vraie fessée sinon…
- Tu sais que t’en mériterais une autre ?…
- Là ?… Maintenant ?… Pourquoi ?…
- Pour pas avoir tenu ta promesse hier soir…
- Ah oui !… Mais je peux encore, hein !…
- Trop tard !…
Et elle s’est laissé une nouvelle fois basculer, sans la moindre résistance, en travers de mes genoux…

- Comment ça me brûle !
- Laisse-le bien à l’air…
- Oui, ça évidemment, pardi !… C’est pas vous qu’allez me dire le contraire…
- L’idéal ce serait à l’air libre dehors, dans la rue…
- Ben voyons !… J’imagine la tête des gens…
- Et la tienne…
- Wouahh !... Comment j’aimerais pas !… Mais en même temps…
- En même temps ?
- Comment j’aimerais !… Parce que j’aimerais pas justement… Je suis compliquée, hein ?…
- Pas tant que ça, non… Et si on retournait à la passerelle ?… Ou à la maison de retraite… Ce serait le moment ou jamais…
- Oui, mais j’aurais pas la surprise… Ce qu’il faudrait c’est un truc à quoi je m’attendrais pas du tout…

- Ca va être quand ?… Ca me fout une de ces trouilles…
- Dans pas longtemps… Tu verras bien…
L’avenue Victor Hugo. La rue Nungesser et Coli. Les jardins de la mairie. Un jeune couple, assis sur un banc, nous a regardés approcher en souriant. On est passés lentement à leur hauteur. J’ai agrippé le bas de la robe, l’ai délibérément soulevée. La fille a poussé un petit cri, éclaté d’un rire haut perché…
- Oh, l’autre !… Cette rouste qu’elle a prise !…
Le type a répondu quelque chose, sur un ton moqueur, qu’on n’a pas compris…
Victorine s’est tournée vers moi, a plongé ses yeux dans les miens. Il y dansait une petite flamme noire d’infinie gratitude…

- Elle rentre quand l’autre ?… Ce soir ?…
- Ou demain matin… Au plus tard… Faut bien qu’il reprenne ses consultations le toubib…
- Si vous voulez… Venir regarder… Tant que vous voulez…
Elle a allumé l’halogène, s’est allongée sur le canapé, a fermé les yeux…

- Elle est pas revenue Mélianne hier soir… Ni cette nuit…
- Non… Tout à l’heure… Sûrement…
- J’ai pas envie… J’ai pas envie de la voir... Quand je pense qu’il va falloir que bientôt je remonte là-haut… Et que je la laisse toute seule avec vous… Vous pouvez pas savoir ce que ça me fait… Il y a des moments je me dis que je vais tout plaquer… tant pis… et rester là… Surtout après un week end comme ça…
- C’est pas ce que tu ferais de mieux…
- Je le sais bien… Mais c’est pas juste, avouez !… C’est moi qui vous ai trouvé… C’est moi qui ai tout fait… Et c’est elle qu’en profite…
- T’y es bien un peu pour quelque chose, non ?
- C’est bien ça le pire… Si vous saviez ce que je m’en veux… Oui… Non… Je crois que je vais pas repartir finalement…
- Si tu fais ça…
- Si je fais ça ?…
- Je te fous dehors… Et tu remets pas les pieds ici…
- Vous tiendriez pas le coup… Vous auriez bien trop envie de me voir… Non… Mais de toute façon je suis pas idiote… Je vais pas faire n’importe quoi… On s’écrira par contre, hein ?!… Je vous écrirai… Tous les jours… Vous me répondrez ?… Oui ?… Sûr ?… Je vous dirai tout… Vraiment tout… Vous me donnerez des conseils… Vous m’engueulerez si je fais des conneries… Vous me promettrez la fessée quand je la mériterai… Et quand je descendrai vous me la donnerez vraiment… Ou bien vous viendrez là-haut exprès pour me le faire… Sans prévenir… Que j’aie la surprise… Mais vous lui en parlez pas de tout ça à Mélianne, hein ?!

- Vous êtes où ?… Ah, vous êtes là…
Dans la cuisine. Où je préparais le repas de midi…
- Elle est pas là Victorine ?… Elle est où ?
- Elle vient juste de sortir… Elle avait quelqu’un à aller voir, je crois…
Elle a jeté son manteau sur une chaise, s’est débarrassée de ses chaussures…
- Une vraie torture ces grolles… Je suis vannée… Complètement vannée… Vous voulez pas venir au salon plutôt ?…
Où elle s’est affalée de tout son long sur le canapé…
- Et m’apporter un café… Je vous en serais éternellement reconnaissante…

- Alors ?… Ce week end ?
- Alors… Ben alors si je m’y attendais à celle-là… Il y avait sa femme…
- Sa femme ?!
- Sa femme, oui !… Sa femme qu’était au courant de tout… C’est la première chose qu’elle m’ait dite… « Je sais tout… »… Comment tu te trouves conne !… Surtout que lui il s’était éclipsé vite fait… Qu’il nous avait laissées toutes les deux…
- Et ça a été la grosse explication…
- Pas du tout, non… Au contraire… Elle m’a fait tout un tas de compliments… Que j’étais mignonne comme tout… Mais que ça c’était pas une surprise… Son mari avait toujours eu très bon goût… Qu’elle était ravie qu’il ait choisi une fille comme moi… Parce que non seulement j’étais belle et sensuelle, mais en plus, à ce qu’il lui avait dit, pas compliquée pour un sou… J’étais vraiment pas le genre à faire des tas d’histoires… Alors si je voulais venir là, chez eux, quelquefois, le week end ou même le soir de temps en temps, elle n’y voyait vraiment aucun inconvénient… Je serais quand même mieux à faire ça là, tranquillement, avec lui plutôt qu’à la sauvette, au cabinet, entre deux clients… Non ?… Je croyais pas ?… Si, si, bien sûr, mais… Et puis la situation serait beaucoup plus claire… Pour tout le monde… Parce que devoir se cacher en permanence les uns des autres ça avait quelque chose de profondément humiliant… Et de parfaitement ridicule… J’étais pas de cet avis ?… Ben si, si, aussi, mais… « - Qu’est-ce qui te dérange ?… Que ce soit inhabituel ?… Je devrais être jalouse, c’est ça ?… T’arracher les yeux ?… Te menacer de je ne sais trop quoi ?… Tout ça parce qu’on partage le même homme… Eh bien non, non, désolée !… J’aime beaucoup trop mon mari pour lui en vouloir de t’apprécier… Et pour t’en vouloir à toi qu’il t’apprécie… Bon, mais va vite le retrouver… T’en crèves d’envie… Et il doit t’attendre… »… Je savais plus trop quoi penser, là… « - Eh bien pense pas il m’a dit le toubib… » avant de me faire dégringoler sur le lit… C’est quoi votre avis à vous ?… J’aime pas trop ça quand je comprends pas…
- Il y a toutes sortes d’explications possibles… C’est peut-être effectivement un couple très libéré… Qui se dit tout… Qui se cache rien… A moins qu’elle fasse contre mauvaise fortune bon cœur… Que, faute de pouvoir empêcher les frasques de son mari, elle se fasse leur complice… Pour garder un œil sur ce qui se passe… Pour faire face au danger… On peut aussi envisager qu’elle aime les femmes… Que la façon dont il lui a parlé de toi lui a donné envie de faire ta connaissance et qu’elle compte bien, à terme, te partager avec lui…
- Oui, j’y ai aussi pensé à ça… Surtout qu’elle a drôlement insisté, après, pour qu’on devienne amies toutes les deux… Qu’on aille faire du shopping ou des trucs ensemble l’après-midi… Alors oui… Sûrement qu’il y a quelque chose comme ça… C’est pas que ça me gênerait, non… Je fais bien des trucs ensemble avec Baptiste et Kevin, moi !… Non… La seule chose, comme je vous ai déjà dit, c’est que moi les femmes… Mais bon… On verra bien…

- Allo… C’est moi… C’est Victorine… Je suis repartie… Enfin presque… Il me reste juste deux trois trucs à faire avant de remonter… J’ai pris mes affaires… Je repasserai pas à la maison… Je préfère rester sur mon impression de tout à l’heure… Sur ce qu’on s’est dit… Sur ces deux jours qu’on a vécus ensemble… Rien que nous deux… Je veux pas la voir… Pas maintenant… Pas en ce moment… On se prendrait le chou grave… Ca volerait… Et vous lui donneriez raison…
- Qu’est-ce que t’en sais ?
- Ben si, si !… Vous allez pas vous brouiller avec… Et plus avoir personne chez vous… Maintenant que vous y avez pris goût… Bon… Mais vous m’écrirez, hein ?!… Vous m’avez promis…
Elle a raccroché au bord des larmes…

- Partie ?… Comme ça ?… Sans dire au revoir à personne ?… Elle est pas nette il y a des jours… C’est ça le problème avec elle… Tu sais jamais sur quel pied danser… Je la connais depuis le temps… Il y a des jours elle est adorable… Elle se mettrait en quatre pour te faire plaisir… Et il y en a d’autres elle est absolument infecte… Faut t’en méfier comme de la peste… Et il y a aucune logique là-dedans… Tu sais pas pourquoi… Et elle non plus…

- Qu’est-ce que tu fais là, toi ?
Dans mon lit…
- Ben je suis couchée… Pourquoi ?… Ca vous ennuie ?… J’y suis bien venue l’autre soir… Et vous avez rien dit… Mais si vous voulez pas que je reste…
- Maintenant que t’es là…
- J’en étais sûre… J’en étais sûre que vous diriez pas non… On pourra causer comme ça le soir… Aussi longtemps qu’on voudra… Et vous me réchaufferez les pieds… J’y ai tout le temps froid…

- Vous savez pas avec qui j’ai passé l’après-midi ?… Alexandra… La femme du toubib… On a déjeuné ensemble… Et elle s’est pas fichue de moi elle non plus… Vous auriez vu ce palace… Et ce repas… On a parlé… Elle a voulu qu’on joue franc jeu… « - Parce que je te sens réticente avec moi… Sur la défensive… Tu te demandes ce qu’il y a derrière tout ça… Ce que je peux bien te vouloir au juste… Et c’est bien normal… Alors voilà… »… Ce qu’il y a c’est qu’elle a une maladie… Un truc dont j’avais jamais entendu parler… Le vaginisme ça s’appelle… T’as tous les muscles tellement contractés en bas que tu peux rien t’y rentrer dedans… Ca passe pas… Ou alors ça te fait des douleurs tellement insupportables que c’en est une horreur… Du coup son mari faut pas qu’il y compte avec elle… Et ça fait des années qu’il va voir ailleurs… « - Avec ma bénédiction… Même si ce n’est pas de gaîté de cœur… Tu ferais quoi à ma place ?… La même chose… Toutes les femmes feraient la même chose… Même s’il existe des solutions de substitution, auxquelles on ne se prive pas d’avoir recours tous les deux, je n’ai pas le droit de le priver de ça… De toute façon il se passerait de ma permission… Et il aurait bien raison… Mais tu sais ce qui me manque le plus à moi ?… C’est ses yeux… Ses yeux quand il est dans une femme… Ses yeux pendant son plaisir d’homme… Je sais pas ce que je donnerais pour ça… Tu comprends ?… » Si je comprenais ?… Très bien, oui… Très très bien… Et du coup ce qu’elle voulait c’était qu’il me le fasse devant elle… Qu’elle nous regarde… C’était ça, hein ?… C’était ça, oui… Et… j’en pensais quoi ?… Que c’était sûrement pas moi que ça allait déranger… Alors là !… Au contraire… « - Au contraire ? »… Ben oui, au contraire… Ca avait quelque chose de terriblement excitant quelqu’un qui regarde… Elle m’a embrassée par dessus la table… « - Tu comprends beaucoup de choses, toi !… Même celles qu’on dit pas… » … Et c’est vrai que ça va pas me déranger… Sauf que j’aimerais quand même bien continuer à le faire aussi au cabinet des fois… C’est pas pareil… Il y a l’endroit… C’est là qu’il les fait déshabiller les gens… Et puis t’as tout le monde à côté dans la salle d’attente… Qui se doute pas de ce qui se passe… Oh, mais ça m’étonnerait qu’il veuille pas… Et de toute façon il suffira que je me pointe là-bas avec rien en-dessous et je sais bien comment ça va forcément tourner…

- Vous venez avec moi ?… Au hand… Vous venez avec moi ?… Oui… Evidemment... J’ai de ces questions… De toute façon même que vous auriez pas voulu je vous aurais emmené quand même… De force… Pour avoir la paix… Parce que si vous saviez ce que Melissa elle peut me tanner avec vous… Je sais pas ce que vous lui avez fait, mais elle arrête pas… Toute la journée… Il y en a que pour vous… Et tout ça seulement pour vous avoir aperçu une demi-heure, de loin, assis dans les gradins… Qu’est-ce que ce sera quand vous aurez fait connaissance !… Ce soir je vous présente… Je lui ai promis… Après la douche…

Elle s’y est précipitée la première, nue, Mélianne sur ses talons. Mélianne qui lui a parlé. Elle s’est retournée pour lui répondre, a été face à moi. Des petits seins attendrissants. Un ventre en pente douce. L’encoche refermée sur ses secrets. L’eau a ruisselé. D’autres les ont rejointes. L’ont masquée. Redonnée. Masquée encore. Elle a définitivement disparu de mon champ de vision. Les autres aussi. Les unes après les autres. Sauf deux. Qui se sont enlacées. Embrassées. Dont les mains sont fébrilement parties à la recherche l’une de l’autre…

- Ben alors !… Qu’est-ce que vous faisiez ?… Ca fait une demi-heure qu’on vous attend… Bon… Mais je vous présente Melissa… Notre capitaine…
Qui a regardé ma main. Hésité. Tendu la joue…
- Ca pose un problème qu’elle vienne manger à la maison ?
Ca n’en posait aucun…

Elle a englouti son dessert…
- Bon, mais je vous laisse cinq minutes… Faut que je fasse un truc… C’est urgent…
Je suis resté seul avec Mélissa. Je lui ai souri. Elle m’a rendu mon sourire…
- Comment elle vous a à la bonne, Mélianne !… C’est de la folie !… Vous entendriez comment elle parle de vous… Vous êtes un dieu pour elle…
- C’est qu’elle me connaît mal alors…
- Il y en a à la pelle des filles qui l’envient Mélianne… Qui voudraient être à sa place…
- Parce qu’elle paye pas de loyer ?
- Oh, non !… Non… C’est pas ça… Parce que des comme vous il y en a pas beaucoup… Pour pas dire pas du tout…
- Je n’ai rien d’exceptionnel, tu sais…
- Oh si, si !… Vous êtes tout juste exactement comme une femme elle a envie qu’un homme il soit…
- Parce que je couche pas ?… Alors ce qu’une femme attend d’un homme finalement c’est qu’il couche pas ?!
- J’ai pas dit ça, non… C’est pas ça l’essentiel… L’essentiel, c’est…
Mélianne a fait sa réapparition…
- Ca y est !… J’ai fini… Vous parliez de quoi ?

- Vous allez coucher avec ?
- Si on te le demande…
- Je dirai que vous savez pas… Et c’est vrai que vous savez pas… Parce que c’est elle qui décidera… Si elle veut vous coucherez… Si elle veut pas vous coucherez pas… C’est toujours comme ça que ça se passe… C’est nous qu’on décide… Normal d’ailleurs… Donc… Vous coucherez… Parce qu’elle en crève d’envie… Ce qui m’arrange d’ailleurs… Parce que sinon, si vous couchez pas, vous allez la porter aux nues… En faire la septième merveille du monde… Et en passer par tous ses caprices…
- Comme j’ai fait avec toi ?
- Oui… Oh, ben alors là parlons-en !… S’il y en a un qui a imposé ses quatre volontés à l’autre c’est bien vous… Qui c’est qui m’a obligée à être tout le temps toute nue ?… Qui a exigé de prendre son bain avec moi ?… Qui m’a forcée à me laisser raser en bas ?…
- Tu es d’une mauvaise foi !…
- Moi ?… On peut me reprocher bien des choses… Mais sûrement pas d’être de mauvaise foi…

- Ben alors qu’est-ce que vous faites ?… Vous venez ?… Ca fait une heure que je vous attends… Ah, quand même !… C’est pas trop tôt…
Elle a soulevé la couette pour me laisser me glisser auprès d’elle…
- J’arrive pas à m’endormir, moi, si on discute pas un peu avant tous les deux… Et dites-moi… Il y a un truc que je voudrais savoir… C’est que vous les avez regardées se gnougnouter sous la douche les deux autres tout à l’heure que vous avez autant traîné ?… On se demandait ce que vous faisiez… Et je pouvais quand même pas lui dire tranquillement à Mélissa… « - T’inquiète… Il est en train de mater dans les douches… Mais dès qu’on sera toutes sorties… »… J’imagine sa tête… Ca vous a plu au moins ?… Oui… Vous me diriez le contraire… Et moi ?… Vous me laisserez voir quand vous coucherez avec Mélissa ?… Ce serait normal, attendez !… J’ai quand même bien droit à une récompense… C’est moi qui vous arrange tout… Qui vous la mets dans les bras… En douce que j’aimerais bien voir comment vous vous y prenez… Vous êtes pas très doué, je suis sûre… Ca se sent ce genre de truc… Oui… Faudra qu’on se débrouille pour que je voie ça… Sans qu’elle s’en rende compte… Parce qu’ à mon avis elle apprécierait pas… Mais alors là pas du tout…




IV



- Je sais pas si le reste ça fonctionne pas comme il faut, mais alors je peux vous dire que son clito à Alexandra il est sacrément en état de marche… J’ai rarement vu ça… Il devait en fumer, je suis sûre… Elle nous avait le nez carrément dessus à Peter et à moi et hardi, petit !… En te poussant des râles que t’aurais cru qu’elle était à l’agonie… Victorine à côté c’est vraiment une petite joueuse… Une toute petite joueuse… Vous pouvez pas savoir comment ça stimule quelqu’un qu’en est comme ça à côté de soi… Pour passer un bon moment on a passé un bon moment tous les trois… ça… on peut pas dire… Et même après… Parce que Peter il a bien fallu qu’il retourne s’occuper de ses malades… Et nous on en a profité pour aller se prendre un bain… Et quand je dis un bain… Ils ont un spa… Un truc énorme… Sept ou huit places… Au moins… On t’a flâné la moitié de l’après-midi là-dedans… Et on a papoté !… Je lui ai parlé de mon fantasme de voir deux mecs ensemble… Elle a le même… Et elle pense que presque toutes les nanas l’ont… Mais qu’il y en a plein qui peuvent pas ou qui veulent pas se l’avouer… Elle, ce qui la brancherait surtout c’est Peter avec un type plus jeune que lui… Mais comme je lui ai dit : j’ai ce qu’il lui faut sous la main si on sait s’y prendre… Baptiste… Ou Kevin… Encore que Kevin… J’y crois pas trop… Ce qu’elle voudrait aussi c’est que ce soit le jeune qui s’occupe de son cas à Peter… Que ce soit lui qui… Bref, vous me comprenez… On a élaboré toute une stratégie toutes les deux… Et je peux vous dire qu’ils ont intérêt à bien se tenir… Parce que quand on va leur tomber dessus à ceux qu’on a décidé ils resteront pas longtemps puceaux du derrière…

- Vous voyez, je vous ai écrit… Comme je vous avais promis… Si vous saviez comme j’ai besoin de vous… Je me dégoûte… Trois jours que je suis rentrée et je me suis fait six mecs… Six, oui… Il y a de quoi être fière, hein ?… C’est vachement dur… Pauvre conne, va !… Si t’en avais voulu quarante-deux t’en aurais eu quarante-deux… Ca m’avance à quoi ?… A me convaincre que je suis désirable ?… Même pas… Ils baisent n’importe quoi les mecs… Pour eux un trou c’est un trou… Ce qu’il y a autour ils en ont strictement rien à foutre… J’en ai marre… Si vous saviez ce que j’en ai marre… C’est pas de ça que j’ai envie… De quoi j’ai envie ?… D’un truc comme dans le temps… Oui… Même si c’est dur à avouer… Parce que ça fait ringard… D’un mec que ce serait qu’on se tiendrait la main… même qu’on ait l’air complètement cons… et qu’on se promènerait juste ensemble dans les rues… Ou dans la campagne… Ou n’importe où… Et qu’on se sentirait bien… Je vous en veux à vous… Vous pouvez pas savoir comme je vous en veux… Parce que tout le temps que j’ai été chez vous vous m’avez laissé faire n’importe quoi… Avec n’importe qui… Vous m’avez jamais rien dit… Sauf juste là avant que je reparte… C’était à vous de m’empêcher… De me dire stop… Et de me mettre des déculottées si j’avais rien voulu entendre… J’attendais que ça… Vous avez rien compris… Enfin si !… Vous avez compris plein de choses et vous m’avez fait découvrir des trucs que jamais j’aurais pensé toute seule que ça pouvait être aussi jouissif de les faire… Mais pas l’essentiel… J’ai besoin qu’on me prenne en mains… Qu’on m’oblige… Parce que personne l’a jamais fait… Vous comprenez ça ?… Vous pouvez comprendre ça ?…

- Vous avez des problèmes financiers en ce moment ?
- Non… Pourquoi ?… Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
- Parce que… vous me proposez plus de resto… plus de sortie… plus rien… Jamais… Vous êtes devenu pingre ?
- C’est bon… Va te préparer…
- Et c’est moi qui le choisis le resto…

- Vous retournez pas !… Pas tout de suite… Mais il y a un de mes anciens profs là-bas au fond… De quand j’étais en Terminale… Celui d’Histoire… Même qu’un jour… Savoir s’il y pense encore… Mais faut que je vous raconte… Tout avait été de travers ce matin-là… Mon réveil avait pas sonné… Il y avait plus de café… Ni de pain frais… Plus une culotte dans mes tiroirs… Dans la panière à linge sale non plus… Elles étaient toutes en train de sécher… Me faire dépanner par ma mère ?… Je me suis approchée de la chambre… Ils étaient en pleine action là-dedans… J’étais déjà largement en retard… Je suis partie sans… Evidemment quand je suis arrivée au bahut tout le monde était déjà rentré en classe… La cour était déserte… J’ai couru… J’ai foncé… Juste au moment où j’allais pousser la grande porte battante du hall quelqu’un a fait la même chose de l’autre côté… Le prof… Qui me l’a envoyée de plein fouet dans la figure… Je suis tombée à la renverse… Vous imaginez le spectacle que je lui ai offert… Dont il a largement profité… Penché sur moi, plein de sollicitude, il s’inquiétait, il s’excusait… « - Vous n’êtes pas blessée au moins ?… Vous n’avez mal nulle part ?… »… Mais comme par hasard il s’était agenouillé là où il pouvait avoir une vue panoramique imprenable et il a mis un temps infini avant de m’aider à me relever… On avait cours ensemble en plus dans la matinée… Alors je vous dis pas… Il pouvait penser qu’à ça… Ca se voyait gros comme une maison… Et moi aussi du coup… Comment j’étais mal à l’aise… Vous avez pas idée… Et j’étais pas au bout de mes peines… Parce qu’il l’a raconté à toute la salle des profs que je portais pas de culotte… J’ai eu droit à tout un tas d’allusions… De quoi j’ai eu l’air, moi, jusqu’à la fin de l’année !… En attendant il m’a reconnue… Il arrête pas de regarder de mon côté… Et je suis sûre qu’il y pense… Si ça tombe il est même en train d’en parler à la bonne femme avec qui il est…
- Tu sais ce que tu devrais faire ?… Tu devrais aller aux toilettes…
- Aux toilettes ?… Pourquoi faire ?
- Parce qu’il y a une porte battante… Alors on sait jamais… Tu pourrais la prendre dans la figure au retour…
- Ah, c’est malin !…

- On rentre là-dedans ?
- T’as besoin de quelque chose ?
- Pas spécialement non… C’est juste histoire de jeter un coup d’œil… Parce qu’un sex shop une fille elle peut pas y aller toute seule… Avec tous les mecs qui lui tournent autour et qu’essaient de la tripoter elle a qu’une envie, c’est de se tirer vite fait… De quel côté on va ?… Vous avez envie de voir quoi, vous ?… Moi, ce que j’aimerais… Il doit bien y avoir un truc quelque part sur les ficelages… On en parlait tout à l’heure avec Alexandra… Parce que ce qu’elle voudrait avec Peter c’est que je le… Tiens, c’est là… Wouah !… Comment ça a l’air compliqué… Doit falloir y passer des heures avant de pouvoir être opérationnel… Vous m’aiderez… Vous ferez le cobaye… Jusqu’à ce que je maîtrise… Parce que pas question que je me lance avant… Si c’est pour avoir l’air complètement idiote…

- Vous venez ?… Mais si, venez !… Elle sera contente de faire votre connaissance… Je lui ai tellement parlé de vous… Et c’est quelqu’un de très simple, vous verrez… Vraiment de très très simple pour une femme de médecin… Elle saura vous mettre tout de suite à l’aise…

- Je suis là !…
Dans le spa. Mélianne s’est approchée, penchée pour lui faire la bise…
- Eh bien !… Qu’est-ce que vous faites ?… Amenez-vous !… Venez lui dire bonjour à Alexandra… Elle va pas vous manger…
Elle s’est légèrement soulevée pour me tendre la main…
- Alors comme ça, c’est vous ?!… C’est vous la coqueluche des jeunes filles…
Mélianne s’est déshabillée, l’a rejointe…
- Qu’est-ce qu’on est bien !… C’est juste à la température qu’il faut… Et vous ?… Vous allez quand même pas rester toute l’après-midi au bord à nous regarder comme un imbécile ?… Venez dedans avec nous !… Pour une fois que vous avez l’occasion d’être dans un truc comme ça…

- Alors ?!… Qu’est-ce que je vous disais ?… C’est pas génial ?… Bon, mais qu’est-ce qu’ils foutent les deux autres ?… Deux heures je leur avais dit… Il y a pas moyen… Faut toujours qu’ils soient à la bourre…
Elle a disparu sous l’eau, a resurgi, s’est ébrouée…
- Vous croyez vraiment que ça va marcher notre plan ?
- Bien sûr que ça va marcher… A condition d’être patientes… De procéder étape par étape… Sans en brûler aucune…
- Les voilà !… Si, c’est eux !… Les voilà !…

Baptiste et Kevin. Qui ne se sont pas fait prier pour se jeter à l’eau. Des cris. Des fous rires. Des courses-poursuites avec Mélianne. Autour. Dedans. Des éclaboussements. Alexandra souriait. Elle ne cessait pas de sourire…

Ils se sont immobilisés. Enlacés. Tous les trois. Mélianne a lentement perdu pied. Noué ses bras. Battu des jambes. Abandonnée à eux, elle a doucement gémi. Sangloté de bonheur. Les mains sous l’eau, les lèvres entrouvertes, Alexandra ne les a pas quittés un seul instant des yeux. Un râle. Profond. Eperdu. Un second comme en écho. Elle a laissé retomber sa tête sur la margelle…

Je ferme les yeux. Et je suis là-bas. Avec vous. Que nous. Personne d’autre. Et pas Mélianne. Surtout pas Mélianne. Je suis toute nue sur le canapé. Et vous regardez. Vous avez les yeux que j’aime. Et ça dure. Ca ne s’arrête jamais. Je voudrais que ça ne s’arrête jamais… D’autres fois au contraire c’est vous qui êtes assis dessus. Vous m’attendez. Comment vous avez l’air sévère !… Et votre voix !… Elle me fait peur votre voix… Elle me gronde… Et ça me fait pleurer… Parce que vous n’êtes pas content de moi… Ca me fait mal tellement mal au dedans de vous avoir déçu, vous !… Et tellement pleurer… De plus en plus… Mais vous n’arrêtez pas… Au contraire… Vous me grondez encore plus fort… Je suis tellement malheureuse… Et puis vous le dites… « - Reconnais que c’est amplement mérité, non ?… »… Je reconnais. Oui. Je suis méchante. Je suis fautive. Je n’ai pas la moindre volonté… Je fais n’importe quoi… Punissez-moi !… Que je me sente réconciliée. Apaisée… Vous me prenez les mains… Vous m’attirez très doucement vers vous… Vous me faites pencher sur vos genoux… Vous m’installez… Vous me calez… Vous me soulevez ma robe… Jusqu’en haut… Vous me tirez sur ma culotte… Jusqu’en bas… Vous me faites attendre… Une éternité… Vous en lancez une… Et puis plus rien… Une autre… Longtemps après… Une grêle de claques d’un seul coup… Une cascade… Ca brûle… Ca lance… Ca cuit… Ca ravage… Ca me secoue dans tous les sens… Ca me fait crier… De plus en plus fort… Vous n’arrêtez pas… Vous n’arrêterez jamais… Vous arrêtez… Vous me faites relever… Vous me gardez sur vos genoux… Je jette mes bras autour de votre cou… Je me blottis contre vous… Je suis en paix… Pardonnée… Je pleure… Vous n’êtes pas là… Je suis toute seule… Ce n’est pas vrai en vrai…

Melissa m’a aperçu dans les gradins, est montée, s’est assise à mes côtés…
- Tu joues pas aujourd’hui ?
- Non… J’ai une contracture à la cheville… Pas la peine de tenter le diable et d’en rajouter une couche…
- Il y a longtemps que tu la connais Mélianne ?
- Depuis la sixième… On a fait toute notre scolarité ensemble… Même en fac, là, on est encore ensemble… Pourquoi vous me demandez ça ?
- Non… Pour rien… Comme ça… Vous avez dû en vivre des choses ensemble alors !… Même en dehors de l’école…
- Vous voulez dire pour les sorties ?… Tout ça ?… Pas tellement non… Pas du tout même… Non… Moi, les types de mon âge je m’ennuie vite avec… En général ils ont pas grand chose à dire… A part te faire du rentre-dedans… Depuis toujours je me suis beaucoup mieux entendue avec les personnes plus mûres que moi… Celles qui ont de la conversation… Toute petite déjà… Mes parents recevaient souvent le dimanche… Au lieu de m’éclipser, aussitôt le dessert avalé, pour aller jouer, comme on m’y engageait, je restais à table avec les adultes… J’écoutais… Je buvais leurs paroles…
- Et aujourd’hui tu continues…
- Quand c’est possible… Ca l’est pas toujours… Parce qu’il ne suffit pas d’avoir cinquante ans pour être quelqu’un d’intéressant…
- Et moi, à ton avis, je le suis ?
- Oh oui, oui !… Là-dessus il y a aucun doute…
- Qu’est-ce que tu en sais ?… Tu me connais à peine…
- Il y a tout ce que j’ai entendu…
- Qui est peut-être complètement faux… Tant qu’on n’a pas eu l’occasion de juger par soi-même…
- Faut me la donner alors !…
- Tu fais quoi demain à midi ?
- Rien… Rien de spécial…
- Je t’emmène déjeuner quelque part ?
Son visage s’est illuminé d’un éclatant sourire…

- Sa cheville ?… Oui… Tu parles !… C’était cousu de fil blanc… Vous en avez profité pour avancer au moins ?… Ca m’étonnerait… A moins que ce soit elle qui ait pris l’initiative… Parce que vous… C’est ce que je lui ai dit l’autre jour… Faudra que tu le violes… Parce que si tu le violes pas dans un an vous en êtes toujours au même point tous les deux… En attendant elle vous a privé de votre petit spectacle douche habituel… Ca vous a pas trop manqué ?… Non ?… De toute façon aujourd’hui question spectacle vous aviez atteint votre quota en début d’après-midi… Vous en avez pensé quoi de tout ça ?… Vous croyez qu’on va y arriver à ce que les mecs ils se le fassent ensemble ?… Parce que qu’est-ce que j’ai envie !… De plus en plus à force d’en parler avec Alexandra… Elle aussi d’ailleurs !
- Il y avait pas Peter…
- Non… C’était exprès… Qu’ils s’habituent d’abord à me le faire là-dedans devant elle tous les deux… Il viendra après Peter… Et ils s’occuperont de moi tous les trois… Et de fil en aiguille, si tout se passe comme on veut, si on sait bien manœuvrer toutes les deux… Mais je sais pas… Je sais pas… On verra bien…

- Vous allez lui dire à Mélianne que vous m’avez emmenée au restaurant ?
- Je n’ai aucune espèce de raison de le lui cacher…
- Oui, mais du coup elle va vouloir savoir… Ce qu’on s’est dit… Ce qui s’est passé… C’est un peu comme si elle était là, entre nous, à nous surveiller… Jamais je vais pouvoir être naturelle avec vous, moi, ni vous parler franchement si je dois sans arrêt me dire qu’elle sera au courant de tout…
- On n’est pas obligés d’entrer dans les détails…
- Oui, ben alors ça avec elle c’est pas gagné… Elle va pas arrêter de m’interroger… Elle va pas arrêter de vous interroger… Elle nous lâchera pas… Jusqu’à ce qu’on ait craché le morceau…
- Quel morceau ?
Elle n’a pas répondu. Elle a brièvement effleuré mon regard, s’est concentrée sur sa truite dont elle a minutieusement levé les filets…
- Hein ?… Quel morceau ?… Savoir si on a couché ensemble ?… Si on va coucher ensemble ?
- C’est vrai que ça la préoccupe… Beaucoup…
- Et qu’elle pousse à la roue… Et pas qu’un peu !…
- Ca m’agace !… Vous pouvez pas savoir comme ça m’agace !… Comme s’il y avait que ça qui m’intéressait !…
- Il y a que ça qui l’intéresse, elle… Du moins en ce qui me concerne…
- Ca, c’est sûr… Des tas de questions elle se pose par rapport à vous… Vous la déstabilisez complètement de pas essayer avec elle… Même qu’elle vous ait mis les points sur les i dès le début… Seulement moi, j’ai pas une âme de cobaye… Et j’ai pas du tout envie que ce qui va se passer – ou ne pas se passer – entre nous ce soit en fonction des attentes ou des appréhensions de Mélianne… Et c’est forcément ce qui va se produire si on lui laisse un droit de regard sur nous…
- Eh bien ne le lui laissons pas !…
- On lui dit rien ?
- On lui dit rien… Même pas qu’on se voie… Surtout pas qu’on se voie…
- Merci…

- Ben alors ?… Où vous aviez disparu ?… Je vous ai cherché, moi !… Pour aller là-bas, tiens, pardi !… Vous avez raté quelque chose, vous savez !… Parce que Alexandra aujourd’hui elle s’est ramassé Kevin entre les fesses… Ben oui, forcément !… De l’autre côté, elle, c’est même pas la peine d’y penser !… Et moi Baptiste du coup !… Ca l’avait mis en appétit… De toute façon les mecs dès qu’il s’agit de nous passer par là ils se sentent plus… Mais seulement nous !… Elle a beau dire Alexandra que c’est un premier pas et que quand on les aura bien habitués ils se le feront entre eux j’y crois pas une seule seconde… Parce que vu le nombre de fois où je me le suis fait faire comme ça si ça jouait vraiment il y a belle lurette que pratiquement tous les mecs que j’ai eus ils se taperaient à qui mieux mieux dans la lune… Et c’est pas le cas… Ah non alors !… Pas question… Ils veulent pas en entendre parler… Mais justement !… Justement… qu’elle dit Alexandra… C’est qu’ils en crèvent d’envie au fond d’eux-mêmes… Ils s’en défendraient pas avec autant d’énergie sinon… Peut-être… Peut-être… J’en sais rien… Mais s’ils savent pas eux-mêmes qu’ils en ont envie je vois pas à quoi ça peut nous avancer…

- Faut que je vous raconte !… A vous… Il y a que vous qui pouvez comprendre… Hier soir ça s’est passé… Au moment de partir du boulot… J’avais travaillé toute la journée sur un dossier important… Fallait absolument qu’il soit prêt ce matin… Je venais juste de le finir… Je le ferme… « Voulez-vous enregistrer les modifications apportées à D12V ? »… Et comme une imbécile je clique sur non… La boulette… La grosse boulette… J’ai beau le rouvrir… Le refermer… Le rouvrir encore… Ca a définitivement disparu… Pas d’autre solution que d’aller expliquer à monsieur Lambert, dans son bureau, ce qui s’est passé… « - Ah, Victorine, vous n’en ferez jamais d’autre !… Vous savez ce que vous mériteriez ?… Une bonne fessée… »… Je suis devenue écarlate… J’ai balbutié je ne sais trop quoi… Et il en a rajouté une couche… « - Eh bien !… Eh bien !… Reprenez-vous !… C’est d’entendre parler de fessée qui vous met dans des états pareils ? »… Je n’ai pas cherché à lutter… Je n’ai pas protesté… « - Venez avec moi… »… Il m’a ramenée à mon ordi… Devant lequel il s’est installé… « - Voilà !… Le malheur est réparé… Il y a toujours moyen de ramener un ordi à une situation antérieure… Encore faut-il savoir le faire… »… Il s’est levé… « - N’empêche que je devrais quand même bien vous en mettre une… »… Et il est parti sans se retourner… Heureusement !… Et moi, j’ai passé la nuit à imaginer qu’il me la donnait vraiment… Quelquefois dans son bureau… Quelquefois devant mon ordi… Et même, de temps en temps, devant tous mes collègues qui riaient et se moquaient de moi… Il y a des moments… je me demande si je deviens pas complètement folle…

- Là, c’est Gaëlle… Là, Emilie… Là, Cynthia… Et là Pauline… Vous les connaissez… Vous les avez vues au hand… Ca dérange pas que je les aie amenées ?… Non, parce que Claire elle enterre sa vie de jeune fille le 18… Alors faut qu’on prépare… Qu’on lui mijote tout un tas de surprises… On a le temps, mais vaut mieux s’y prendre à l’avance… Surtout qu’on veut que ça sorte de l’ordinaire… Parce que si c’est pour se bourrer la gueule ou se taper les éternels chipendales merci bien !… Vous avez pas des idées, vous ?… Comment ça se passait dans votre temps ?…
- Ca se faisait pas tellement… Pour les filles en tout cas…
- Heureusement qu’on est pas nées à cette époque-là, nous !… On n’avait jamais droit à rien… Non, mais sans rire, on devait s’ennuyer à mourir… Je te leur aurais foutu un bordel, moi !… Ils auraient pas été déçus du voyage… Bon, mais ça nous dit pas ce qu’on va lui concocter à Claire… Vous avez des idées, les filles ?… Non, mais attendez !… Pas toutes à la fois… Chacune son tour !…

- Vous dormez ?… Non ?… Je peux allumer alors ?… Juste une minute… Le temps que je me couche… Oh, c’est sympa… Vous m’avez chauffé la place… Vous pouviez… C’était la moindre des choses… Parce que comment j’ai été gentille avec vous !… Vous amener quatre petites nanas comme ça pour passer la soirée… Et des mignonnes en plus !… Sans compter que vous les avez toutes vues à poil sous la douche… Je me mets à votre place… Comment ça doit être excitant d’y repenser, de vous dire en leur parlant, en les écoutant, que vous savez comment elles sont faites et qu’elles s’en doutent même pas… Ca a dû sacrément vous mettre en appétit, non ?… Vous vous êtes amusé tout seul le temps que j’arrive ?… Même pas ?… Eh ben il doit y avoir besoin, dites donc !… Faites voir !…
Elle y a installé sa main. D’autorité…
- Ho la la, oui !… Vous voulez que je vous le fasse ?… Faut pas hésiter à me demander, hein, quand c’est comme ça… quand vous avez envie… Moi, ça me gêne pas du tout… Au contraire… J’aime bien… Le mec tu le tiens complètement en ton pouvoir… Et puis il faut quand même que vous ayez droit à quelque chose de temps en temps… Mais peut-être que vous aimez pas que ce soit quelqu’un d’autre qui vous branle… Que vous préférez tout seul… Je sais qu’il y en a des comme ça… C’est comme vous voulez… C’est vous qui décidez…
Elle a doucement caressé. Du bout du pouce…
- C’est fou comment c’est doux là… J’adore… Et vous, vous aimez ?… On dirait en tout cas… Qu’est-ce ça vous fait ?… C’est pas juste… Non, c’est pas juste… Faudrait qu’on puisse être dans votre peau des fois, nous les femmes, pour savoir ce que vous sentez… Vous pensez à quelque chose ?… Vous pensez à quoi ?… Ou à qui ?… A Emilie, je parie… Elle est sacrément bien foutue, hein !… Je crois que de toutes celles du hand… Oh, ben non, non, pas déjà !… J’ai même pas eu le temps de vous commencer…

- Qu’est-ce que vous allez penser de moi maintenant !…
- Que tu es une petite Mélissa très sensuelle… Qui prend à faire l’amour un plaisir infini…
- J’ai honte…
- Il y a vraiment pas de quoi !…
- Ben si, si !… On se voit à peine deux fois et je me jette sur vous comme une meurt-de-faim…
- Et alors ?!… Tu as bien des principes !…
- Mais non, mais… C’est de votre faute aussi !… On n’a pas idée de donner autant envie…
- C’est de ma faute !… Ben voyons !…
- Ben oui, oui !… C’est vos yeux… C’est votre sourire… C’est tout vous… Je me demande comment elles font les autres pour pas craquer… Moi, je peux pas…
Elle s’est redressée sur un coude…
- Vous m’en voulez pas trop ?…
- Arrête de dire des bêtises, tu veux ?!…

- Je suis bien avec vous…
Sa tête sur ma poitrine. Sa main sur mon sexe. L’autre dans mes cheveux…
- J’ai rarement été aussi bien avec quelqu’un…
- Tu as oublié…
- Ca s’oublie pas ces choses-là… Non… C’est vrai… Je me sens protégée… En sécurité… Comme si rien ne pouvait plus m’arriver… Et même – ça va vous paraître complètement idiot – comme si je pouvais plus jamais mourir… Comme si de ça aussi vous alliez me défendre… Ca tient pas debout, hein ?!… Peut-être que je devrais pas vous le dire… Que ça va vous inquiéter… Vous faire peur…
- Peur ?… Pourquoi peur ?…
- Parce que… Les hommes ils ont toujours peur de nous… Peur qu’on les colle… Qu’on fasse les sangsues… De jamais pouvoir se débarrasser… Mais moi, je suis pas comme ça, vous savez !… Le jour où vous voudrez plus de moi vous me direz… Et je partirai… Sur la pointe des pieds… Sans faire d’histoires… Sans faire de bruit… Même si je dois être très malheureuse… Mais j’espère bien que vous allez me garder un tout petit peu quand même… En secret… Vous voulez bien ?…

- Il y avait que nous tout à l’heure au spa… Nous trois… Peter, Alexandra et moi… On a beaucoup parlé… Tout l’après-midi en fait… Qu’est-ce qu’il y tient à ce que je le ficelle !… Et il veut que ce soit moi… Moi et personne d’autre… Ca devient une obsession ce truc… Faut vraiment que je m’apprenne… Que je devienne une spécialiste… Quant au reste – faire quelque chose avec un autre mec – ben il serait pas contre du tout… J’en suis tombée de cul… Alexandra aussi… Comme quoi on croit connaître les gens, mais en réalité… C’est les deux autres qu’il va falloir convaincre maintenant… Au moins un des deux… Trouver le truc qui les motive… Qui les décide une bonne fois pour toutes… Vous avez pas une idée vous qu’êtes un mec ?… Quoique… Vous connaissant… Ca m’étonnerait… Je suis sûre que c’est quelque chose à quoi vous vous êtes jamais amusé… Vous êtes bien trop sage pour ça… Et ben justement !… Qu’est-ce qui vous ferait sauter le pas à vous ?… Tiens… Si je vous le demandais… Si je vous disais que j’ai vachement envie de vous voir sucer un autre mec… Ou de vous voir vous faire sucer… Ou pire encore… Vous me répondriez quoi ?…
- Que j’en suis toujours passé par tout ce que t’as voulu… Qu’il y a pas de raison que ça s’arrête…
- Oui… Oh, ça !… De toute façon la question se pose pas… C’est pas vous que j’ai envie de voir le cul en l’air, mais les mecs avec qui je couche… Alors…

- Vous me faites trop rire !… Non, mais comment vous pouvez être empoté !… Vous vous seriez vu tout à l’heure au hand… C’était à mourir de rire… Parce que Melissa vous l’aviez à trois mètres cinquante… Et vous regardiez ailleurs… Vous faisiez comme si vous l’aviez pas vue… Alors que je vous ai dit cent mille fois qu’elle a flashé sur vous et qu’elle attend que ça… Elle vous plaît pas ?… Si ?… Eh bien alors ?… Il est où le problème ?… Je vais vous dire, moi, où il est… C’est que si vous étiez allé lui parler à Mélissa elle vous aurait empêché d’aller voir ce qui se passe dans les douches à la fin… Comme l’autre jour… Et pour vous c’est beaucoup plus important, ça, d’aller mater des minous et des paires de seins en douce que de coucher avec elle… Vous vous en fichez de coucher finalement… Faut être un peu spécial quand même… Faut forcément avoir un problème quelque part… Et alors moi si ça m’avait traversée de vouloir coucher avec vous j’aurais été de la revue aussi ?… Ah, c’est agréable !… Ah, c’est gratifiant !…
- Tu as toujours soutenu que…
- Qu’il était hors de question qu’il se passe quoi que ce soit avec vous, oui !… Mais c’est pas pour autant que vous devez pas en avoir envie… C’est quand même pas la même chose pour une nana de se dire que le mec il la saute pas parce qu’elle veut pas ou de savoir que c’est parce que ça lui dit absolument rien… Bon, mais enfin bref !… J’espère que vous en avez bien profité au moins dans les douches ?… C’est sur lesquelles que vous étiez ?… Les quatre de l’autre soir, je parie !… Ben oui, forcément !… Et surtout Emilie… Non ?… Je me trompe ?… Je vous les ramènerai un de ces jours… Bien que vous le méritiez pas du tout…

- Evidemment tout nu… Vous croyez que c’est tout habillé que je vais le ligoter Peter ?… Et tenez-moi le bouquin bien droit… C’est déjà assez compliqué comme ça… J’y comprends rien… Si je passe par là-dessous ça peut pas en faire vraiment un de nœud… Et de l’autre côté non plus… A moins que… Ah oui !… Ca y est !… J’ai compris… Ah oui !… Oui !… Bougez pas !… Là !… Et voilà le travail… C’est trop ce truc !… Ca le coince complètement le mec… Il peut plus se défendre… Il peut plus rien faire… On est sacrément en position de force, dites donc !… Plein d’envies ça doit donner dans le feu de l’action… Il va voir si j’en ai pas de l’imagination Peter… Et même vous si je voulais… Je pourrais bien décider ce que veux je vois pas comment vous pourriez m’en empêcher maintenant… Qu’est-ce que je pourrais vous faire ?… Vous voulez pas me donner des idées ?… Non… Evidemment… C’est pas votre intérêt… Et de toute façon des idées j’en ai à revendre… J’ai pas besoin de vous… Alors… Oui, tiens !… Oh, oui !… Celle-là… Depuis le temps que j’en rêve… Mais pour ça faut que je vous bande les yeux…
- Qu’est-ce que tu vas me faire ?…
- Vous occupez pas… Vous verrez bien…
Elle m’a noué un foulard autour de la tête. Plus rien. L’obscurité. Complète. Le silence. Total. Longtemps…
- T’es toujours là ?…
Pour toute réponse elle m’a enfoncé un morceau de tissu dans la bouche. Quelque chose m’a frôlé les seins. Il y a eu un claquement métallique. Un autre. Ca s’est éloigné. C’est revenu. Un bruit de chaîne. Un objet dur et froid m’a touché les fesses, a paru vouloir s’insinuer entre elles. A insisté. Paru s’apprêter à forcer. A renoncé. Elle a éclaté de rire…
- Comment elle est devenue riquiqui !… Les couilles aussi… Si elles pouvaient s’enfoncer dans un trou de souris !… Faut croire que vous êtes rassuré !… Que la confiance règne !… Non, mais franchement quelle opinion vous avez de moi !… Vous croyez vraiment que… Mais je vous libère !… Je vous libère !… Si j’exagère vous seriez capable de plus vouloir me le faire le cobaye… Et il y a que vous sur qui je peux m’entraîner, moi !

- J’aime trop quand vous restez comme ça en moi tout dur tout gonflé… Sans bouger… Sans rien faire… Juste être en moi… M’habiter toute… Ca en fait remonter des choses dans vos yeux !… Vous avez pas idée… De si loin… De si beau… Et du coup ça va m’en chercher à moi aussi… Des choses qu’étaient perdues… Enfouies… Submergées… Je voudrais que ça s’arrête jamais… Vous avoir tout le temps comme ça à l’intérieur… Immobile… Prisonnier… Mais c’est impossible… Parce que ça donne bien trop envie… Bien plus que n’importe quoi… S’il te plaît… Je peux plus… Je peux plus attendre… S’il te plaît…
Et elle s’est élancée contre moi… A grands coups de bassin éperdus…

- Après aussi vous restez… Tout recroquevillé… Tout attendrissant… J’adore… Ils font pas comme vous les autres… Dès qu’ils ont réussi à nous être dedans ils se dépêchent de se finir… Et de sortir… Des fois que ça les morde on sait jamais…
- Et il y en a eu beaucoup des autres ?
- Oh, non !… Enfin, si !… A un moment… Au début… Quand j’ai commencé… A 19 ans j’ai commencé… C’est drôlement tard, hein ?!… J’avais pas envie avant… Ca me faisait peur… Et pourtant c’était rien… Pas grand chose… C’est pour ça que j’ai voulu en essayer plusieurs à la file… Sûrement que j’étais mal tombée la première fois… Tout le monde avait l’air de trouver que c’était tellement bon… Mais non !… Il y avait franchement pas de quoi en faire tout un plat… J’ai arrêté… Pas tout à fait… Pas complètement… De temps en temps, oui… Parce que le type était beau… Ou qu’il avait du charme… Ca passait un moment… Et ça me rassurait : il y en avait qui me trouvaient à leur goût… Mais pas ceux que j’aurais voulus… Ceux qui me faisaient vraiment fondre… Les bien plus âgés que moi… Si beaux… Si émouvants… Qu’en avaient strictement rien à foutre d’une gamine comme moi… Qui me regardaient même pas… Que j’étais condamnée à admirer et à désirer en secret… Et puis il y a eu vous… Si vous saviez dans quel état ça m’a mise la première fois que je vous ai vu… Il se passerait ce qui se passerait, mais j’allais foncer… Et tant pis si vous m’éclatiez de rire au nez… J’ai bien fait… La preuve… Parce que finalement c’est vous mon vrai premier… C’est vous qui avez fait de moi une femme… Tout le reste avant ça n’a pas compté…

- Je suis folle !… Je crois que cette fois je suis complètement folle… Parce que vous savez pas ce que j’ai fait ?… J’ai recommencé… Volontairement… J’ai attendu que mes collègues soient parties… « Voulez-vous enregistrer les modifications apportées à D12V ? »… Non… Et tout a disparu… J’ai attendu… J’ai respiré un grand coup et puis j’y suis allée… J’ai frappé… « - Oui ?… Qu’est-ce que c’est ?… Ah, c’est vous ?… - Je suis désolée… Vraiment désolée, mais… - Mais ?… - Mais j’ai encore perdu les données… Et j’ai pas fait attention comment vous vous y êtes pris l’autre jour… - Non, mais vous le faites exprès… C’est pas possible autrement… Vous le faites exprès… - Oh, non, non !… - J’ai toujours pensé qu’en ce qui vous concernait il n’y avait guère que la fessée pour s’avérer éventuellement efficace… Non ?… Vous n’êtes pas de cet avis ?… »… J’ai rougi… J’ai bredouillé lamentablement quelque chose… J’ai baissé la tête… « - Bon, mais venez !… »… Il s’est assis à ma place… Quelques clics… Tout est rentré dans l’ordre… « - Là !… Vous avez vu ?… Allez !… A votre tour !… »… A mon tour… J’ai essayé, pleine de bonne volonté… « - Je sais pas… Je sais plus… - Non, mais alors là vous vous fichez de moi !… Vous vous fichez vraiment de moi… - Mais non, mais… »… Sans un mot il m’a empoignée par le bras… Fait basculer sur ses genoux… Je n’ai pas protesté… Je ne me suis pas défendue… Il tape beaucoup plus fort que vous… Et il a tapé beaucoup plus longtemps…

- Vous voulez plus venir ?… Là-bas, dans le spa… Ca vous dit plus ?
- Oh, non, non… C’est pas ça, mais…
- Mais vous étiez avec Mélissa…
- Jamais de la vie !… Qu’est-ce que tu vas chercher ?…
- Non… Je sais pas… Je vois pas où vous pourriez être ailleurs… Vu que vous connaissez personne à part les gens que je connais, moi !… Et qu’à part Mélissa je vois pas avec laquelle vous pourriez passer du temps… A moins qu’il y ait des choses que je sache pas… Dont je me contrefiche complètement d’ailleurs… Sauf que vous savez pas ce que vous perdez en y venant pas… Comment on s’éclate !… Parce que je l’ai ficelé le Peter tout à l’heure… Du premier coup j’ai réussi… Mais ça, c’est parce que je m’étais entraînée avec vous… J’aurais pataugé sinon… Faudra qu’on recommence… Des trucs plus compliqués… Comment il a aimé !… Et moi aussi : on peut bien dire ce qu’on veut mais sentir qu’on a quelqu’un complètement à sa merci comme ça c’est fabuleux comme truc !… Je me suis lâchée… Il a eu droit à tout… Et quand je dis tout, c’est tout… Surtout qu’on était tout seuls… Elle avait trouvé que c’était mieux de nous laisser Alexandra… Qu’on serait plus libres… Même si en réalité c’était pour aller s’installer aux premières loges à la fenêtre de la chambre là-haut… Faut pas me prendre pour une demeurée non plus… Elle a pas nié d’ailleurs quand on s’est retrouvées que toutes les deux, après… Et même ce qu’elle a décidé c’est d’y faire monter Baptiste avec elle la prochaine fois… A ce qu’il paraît que ça lui donnera forcément envie de faire des trucs avec Peter… Il y a pas besoin de ça… Au point où ils en sont maintenant, elle et lui, suffit qu’elle lui demande et il le fera… Il en passe par tout ce qu’elle veut… Oh, elle a su le manœuvrer, va !… Mais ça, moi, alors là j’m’en fiche !… Complètement… Qu’elle en fasse ce qu’elle veut !… J’ai toujours dit que Baptiste j’avais pas du tout l’intention de faire ma vie avec… Mais qu’elle joue pas trop non plus… Parce que je sais pas si elle a bien conscience que si je voulais Peter j’aurais vite fait de me le mettre dans la poche… Quand je voudrais… Comme je voudrais… Et qu’il lui resterait que ses yeux pour pleurer…

- Attendez… Attendez deux minutes… Elles vont arriver…
- Qui ça ?…
- Ben les filles, tiens !… Celles de l’autre soir… Qui vous voulez d’autre ?…
- Qu’est-ce qu’elles viennent faire ?
- Me voir… Ca vous pose un problème ?
- Oh non, non !…
Elle a éclaté de rire…
- Comment vous avez dit ça !… Ah, vous les aimez, hein, les petites nanas !… Mais ça c’est pas un scoop… En attendant si vous saviez ce qu’elles s’en posent des questions !…
- Des questions ?!… Quel genre de questions ?…
- Par rapport à vous… Elles disent que c’est pas possible qu’il se passe rien du tout entre nous… Que c’est que je veux pas l’avouer… Parce qu’on peut pas habiter ensemble, être sans arrêt l’un avec l’autre comme on fait sans finir par coucher… Obligé… Ce qui veut dire que elles, elles en seraient pas capables… A moins que ça veuille dire qu’elles crèvent d’envie d’être à ma place… Que les mecs ils s’intéressent à elles que pour leur cul… Et qu’est-ce que j’ai de plus, moi, pour que ça se passe pas pareil avec vous ?… Il y a qu’Emilie qui soit pas jalouse… Elle, elle dit que si vous cherchez pas à coucher, que si vous faites pas des pieds et des mains pour ça, c’est que je vous tiens… Que j’ai pas vraiment conscience à quel point je vous tiens… Tiens, mais les v’là… Hou hou, les filles !… On est là…




V



Le bonheur d’être en avance. De l’attendre. De l’imaginer qui surgit au détour de l’allée, qui lève la tête vers la fenêtre, sourit, esquisse un petit geste de la main, accélère l’allure. Son pas dans l’escalier. La porte. Elle se jette dans mes bras. On se couvre de baisers. On roule sur le lit. Mélissa…

Elle va arriver. Question de secondes. De minutes tout au plus. Douce Mélissa. Ardente Mélissa… Mélissa-bonheur…

Mais qu’est-ce qu’elle fait ?… Elle devrait être là maintenant. Depuis un bon moment. Pourvu qu’il lui soit rien arrivé… Que… Mais non !… Non !… Pas se mettre des idées comme ça en tête. Non. Elle a été retardée. Indépendant de sa volonté. Elle va être là. D’un moment à l’autre. Tout va s’expliquer. On va en rire ensemble tout à l’heure. De bon cœur. Et nos étreintes n’en seront que plus passionnées…

Toujours pas. Toujours personne. Toujours rien. Et toujours l’insupportable et cynique messagerie… « S’il te plaît, Melissa, fais-moi un signe… N’importe lequel… N’importe quoi… Je suis mort d’inquiétude, moi !… Il ne t’est rien arrivé au moins ?… S’il te plaît, réponds-moi !… Réponds, Mélissa, je t’en supplie !… »…

- Hou là !… Vous en faites une tête !… Qu’est-ce qui se passe ?… Vous venez d’enterrer toute votre famille ?…
- T’as pas des nouvelles de Mélissa ?
- Mélissa ?!… Ben si !… Si !… Elle était en cours tout à l’heure… Pourquoi ?…
- En cours ?!…
- En cours, oui… Qu’est-ce que ça a de si… Ah, je vois !… Je vois… Vous en avez pas marre tous les deux de faire vos petits coups en douce ?… Qu’est-ce que vous manigancez derrière mon dos, hein ?… C’est quoi le plan ?… De me virer d’ici pour qu’elle s’installe à ma place ?… Ah, ben bravo !… Bravo !… C’est sympa… Alors moi je lui arrange le coup parce qu’elle crève d’envie de baiser avec vous et en remerciement on me tient complètement à l’écart de tout et on magouille pour me foutre dehors…
- Il a jamais été question de ça…
- Tu parles !… C’est cousu de fil blanc votre truc…
- Je peux t’assurer qu’à aucun moment…
- Vous peut-être !… Mais elle !… Pas besoin de vous en faire que depuis le début elle a que ça en tête… Je parie que c’est elle qu’a pas voulu que vous me le disiez que c’était fait entre vous… Non ?… Vous voyez… Vous répondez pas… C’est que c’est vrai… Non, mais qu’est-ce que j’ai pu être conne !… Ca m’apprendra à vouloir rendre service aux copines… On n’est pas près de m’y reprendre… Mais en attendant si elle s’imagine que je vais lui abandonner le terrain comme ça elle se fourre le doigt dans l’œil… Et jusqu’au coude…

- C’est moi, oui !… Ecoutez, il faut plus qu’on se voit…
- Hein ?… Mais pourquoi ça ?… C’est à cause de Mélianne ?… Si c’est à cause de Mélianne…
- Non… Non… Mélianne on vient de s’expliquer toutes les deux… Non, c’est pas Mélianne… C’est moi… Parce que je suis en train de beaucoup trop m’attacher… Je croyais pas au début… Mais je suis en train de tomber amoureuse folle de vous… Comme j’ai jamais connu… Comme je croyais pas que c’était possible… Ca va me mener à quoi ?… Vous ne m’aimez pas, vous… Vous ne m’aimerez jamais… Alors j’aime mieux qu’on arrête là, tout de suite, maintenant, avant qu’il soit trop tard… Avant que je souffre trop… Je ne suis pas venue ce matin… Je ne viendrai plus… S’il vous plaît, n’essayez pas… De me revoir… De m’appeler… De rien… Il faut que vous m’oubliiez… Moi, je vais essayer…
Et elle a raccroché…

- Décidément c’est le jour !… Tout le monde se fiche de moi derrière mon dos… Parce que vous savez pas ce qu’elle m’a fait l’Alexandra ?… Eh ben elle se tape Baptiste depuis une semaine sans que je sois au courant de rien…
- Je croyais qu’ils l’avaient fait devant toi l’autre jour…
- J’étais là… C’est pas pareil…
- Et qu’il avait pas d’importance pour toi Baptiste…
- C’est pas une raison !… Elle en sait rien du tout ce qu’il est pour moi Baptiste… Elle aurait pu au moins m’en parler… Mais non !… Faut qu’ils aillent se planquer dans un hôtel, à l’autre bout de la ville, comme des voleurs…
- C’est peut-être à cause de son mari…
- De Peter ?… Tu parles !… Qu’est-ce qu’il en a à foutre Peter qu’elle s’envoie en l’air à droite et à gauche… Il est habitué depuis le temps… C’est sûrement pas ça qui va le tracasser… Non, mais s’ils veulent vivre leur petite histoire en dehors de moi, qu’ils se gênent surtout pas !… J’ai pas besoin d’eux pour mener mon affaire de mon côté avec Peter… Je les ai pas attendus pour ça… D’autant qu’avec Peter maintenant depuis que je le ficelle…

- Non, mais aidez-moi !… Au moins un peu !… Vous êtes une vraie chiffe molle… Vos poignets !… Mettez-les contre vos chevilles… Gauche contre gauche… Et droite contre droite… Là… Ca serre pas trop ?… Comment c’est trop marrant en tout cas !… On peut vous faire basculer comme on veut… Allez, hop !… Sur le dos, les jambes en l’air… Avec le kiki qu’essaie de faire son intéressant entre elles… Ou dans l’autre sens, assis, tout étiré vers l’avant… Dans les deux cas… Il va aimer Peter… Je suis sûre qu’il va aimer… Surtout les yeux bandés comme ça… A se demander ce qui se passe autour… A jamais vraiment savoir ce que je peux être en train d’inventer… N’empêche que c’est quand même nettement mieux sur le dos…
Elle m’y a remis, du bout du pied…
- Oui, il y a pas photo…
Un long coup de sonnette…
- Qu’est-ce que c’est que ça ?… Ah oui, ça doit être les filles… Sûrement… Bougez pas !… Je reviens…

Il y a eu de grands éclats de rire. La voix de Mélianne qui a longtemps raconté quelque chose. D’autres rires. Celle d’Emilie, moqueuse. Celle de Cynthia, posée. A nouveau celle d’Emilie, insistante, presque implorante. Et puis le silence…

Une présence…
- C’est toi, Mélianne ?
- Ben oui, c’est moi !… Qui voulez-vous que ce soit ?…
- Elles sont parties ?…
Un rire étouffé. Des chuchotements…
- Mais oui, elles sont parties…
On s’est approché. On m’a frôlé la hanche. Un gloussement étranglé. On m’a effleuré le bout du sein…
- Pas cap !…
En chuchotis…
- Qu’est-ce tu paries ?
Une main s’est posée sur moi en bas, s’y est installée, a esquissé quelques va-et-vient, s’est retirée…

Des pas feutrés. Le silence. Et puis, à côté, encore de grands éclats de rire…

- Vous n’allez quand même pas faire tout un fromage avec ça !… Ce serait la meilleure !… Parce que qui c’est qui passe tous ses mardis après-midi à aller les zieuter sous la douche les filles ?… Hein ?… Vous les avez pas toutes examinées les unes après les autres sous toutes les coutures peut-être ?… Seulement ça c’est normal !… Ca va de soi… Mais le contraire, ah non alors !… Pas question d’inverser les rôles !…
- Mais c’est pas ça, c’est…
- Si, c’est ça, si !… Qu’est-ce que vous voulez que ce soit d’autre !… C’est ça et que ça les ait fait rigoler… Faut dire qu’il y avait de quoi aussi !… A vous voir faire le scarabée sur le dos… Ca aurait fait rire n’importe qui… Mais c’était pas méchant… Elles sont pas méchantes… Elles vous aiment bien au fond…
- Je suppose que maintenant je vais être la risée de tout ton club de hand ?… Pour commencer… Dans un premier temps… Et qu’ensuite…
- Mais non !… Elles diront rien… Enfin si !… Peut-être… J’en sais rien en fait… Mais qu’est-ce que vous en avez à foutre !… Vous bossez pas… Ca peut pas vous nuire dans votre travail… Alors laissez-les parler les gens si ils parlent… Si c’est pas ça ce sera autre chose… N’importe quoi… Ils trouveront toujours quelque chose à dire sur votre compte s’ils veulent…

- Toi, Mélissa, toi !…
- J’ai pas pu résister… C’était trop dur… C’est trop dur…
On est restés un long moment face à face, immobiles, les yeux dans les yeux. Les siens se sont embués. Elle s’est suspendue à mon cou…
- Fais-moi l’amour !… S’il te plaît !… J’ai trop envie…

- Des heures j’y resterais comme ça dans vos bras !… Sans penser à rien… Juste à me sentir bien…
Elle a soupiré, s’est redressée sur un coude…
- J’ai quand même pas un tout petit bout de petit bout de chance ?…
Le pouce et l’index rapprochés presque à se toucher…
- Juste un petit bout ?… Que vous m’aimiez ?… Qu’on s’aime tous les deux ?…
- Ecoute !… Tu sais quelle différence d’âge il y a entre nous ?… Exactement ?… Tu le sais ?… Combien ?…
- Evidemment que je le sais !… J’étais sûre que j’allais y avoir droit à ce couplet-là… Mais qu’est-ce que j’en ai à foutre ?!… Ca compte pas pour moi ça !…
- Pour moi, si !… Aujourd’hui je suis en bonne santé… Aujourd’hui… Mais demain ?!… Mais dans un an ?… Mais dans trois ans ?!… Tu n’auras pas trente ans… Tu imagines s’il faut que tu passes tes plus belles années à faire la garde-malade auprès d’un vieux machin tout délabré ?…
- Et alors ?… Je le ferai… Je vous aime… Mais vous, vous m’avez pas répondu là-dessus… Si vous m’aimiez… Enfin, si, finalement !… Si, vous m’avez répondu… Et vous vous en êtes même pas rendu compte…

- Cette crise de fou rire que je me suis payée cet après-midi avec Peter !… Au cabinet c’était… Puisque l’autre elle veut jouer, moi aussi je vais jouer… Elle voit Baptiste en douce… Je revois Peter en douce… C’est de bonne guerre… Il s’y attendait vraiment pas… Et encore moins que je me pointe avec des cordes… Que j’avais planquées dans un grand sac de voyage… Il voulait pas au début… « - Non, mais tu vas quand même pas m’attacher ici !… - Bien sûr que si !… »… Ca a pas été trop dur de le décider… Il adore tellement ça !… Le truc que j’avais répété hier soir avec vous je lui ai fait… Et j’avais à peine fini de le ficeler que le téléphone s’est mis à sonner… Il a fallu que je décroche et que je lui tienne à l’oreille du coup… Et en même temps je m’amusais à lui faire faire le cheval à bascule… Une fois sur le dos… Une fois tendu vers l’avant… Une fois sur le dos… Une fois tendu vers l’avant… Sans arrêt… Fallait voir comment il réussissait à garder son sérieux… Imperturbable, comme si de rien n’était, il lui expliquait je sais pas trop quoi à la bonne femme au téléphone… Son air… Non, mais son air… Si j’avais pu le filmer !… « - Bon, allez, tu me détaches maintenant ?!… Il y a mes patients qu’attendent… - Ils attendront… Il y a pas le feu… »… J’ai pris sa place derrière son bureau, dans son fauteuil… J’ai joué, comme il le fait systématiquement quand il vous reçoit, avec son grand coupe-papier doré… « - Parce que ce sont toujours les cordonniers les plus mal chaussés… Il y a combien de temps que vous avez pas eu de toucher rectal ?… Une éternité, je parie !… A votre âge !… C’est totalement irresponsable… Ah, quand il s’agit de faire la morale à vos patients on est sûr de vous trouver… Mais dès qu’il s’agit de mettre vos beaux principes vous-même en action il y a plus personne… Bon, mais on va remédier à ça… Et sur le champ… De toute façon vous n’êtes pas en état de vous soustraire à quoi que ce soit… »… Il m’a regardée approcher avec inquiétude… « - Non, non, n’ayez pas peur !… J’ai amené ce qu’il faut… Ca va glisser tout seul… »… Un doigt… Deux doigts… Qui sont allés et venus… Il a fermé les yeux… Il s’est tortillé… « - Eh, mais c’est qu’on apprécierait, on dirait… »… C’était rien de le dire… Vous l’auriez vu !… Ah, il en était !… Ah, il en voulait, le bougre !… Plus question que je le détache pour qu’il reprenne ses consultations… Il avait bien mieux à faire… Deux heures j’y suis restée là-dedans avec lui… Vous auriez vu les têtes quand je suis sortie… Il y en a s’ils avaient pu me bouffer… J’adore…

- Vous êtes où ?… Ben venez !… Vous savez bien que j’ai horreur de ça d’être dans la salle de bains toute seule… Et restez pas planté là !… Montez dans la baignoire avec moi… Qu’est-ce vous regardez ?… Oui, oui, je sais… Ca repousse… Faudra s’en occuper… Mais pas ce soir… On n’a pas le temps… Ce soir faut que je continue à m’entraîner pour les nœuds… Que je sois opérationnelle à fond avec Peter… C’est le moment ou jamais… Oh, mais faites pas cette tête-là !… C’est pas sûr qu’elles reviennent… Et puis même !… Si elles reviennent elles reviennent… Et alors ?… La belle affaire !… Vous êtes trop, vous, dans votre genre… Ce serait Emilie à ma place je peux vous dire qu’elle vous secouerait et qu’elle vous laisserait sûrement pas faire toutes ces simagrées… Elle arrête pas de me le répéter, sur tous les tons, que je sais pas m’y prendre avec vous… Que je vous ai complètement dans la poche et que j’en profite même pas… « - T’en obtiens tout ce que tu veux si tu veux… Quand tu veux… T’as juste à claquer des doigts… Qu’est-ce que t’attends ?… Vas-y !… Fonce !… Quand t’as un type qu’est prêt à te manger comme ça dans la main t’hésites pas… Tu cherches pas à comprendre… Tu t’en empares… Complètement… Tu crois qu’ils se gênent, eux, quand c’est le contraire ?… Quand on est folles dingues d’eux et qu’ils se servent de nous juste comme de vide-couilles… C’est pour ça : quand il y en a un qui te tombe entre les pattes faut surtout pas le laisser filer… Faut le mener jusqu’au bout de là où il est capable d’aller… Tu peux pas savoir quel pied tu prends en plus !… »… Elle exagère, non ?… Vous trouvez pas qu’elle exagère ?… Parce que moi, je trouve quand même que nous deux… Mais pas elle !… « - Non, mais tu plaisantes !… Tu me verrais, moi, avec Benoît !… Mais je te montrerai… Je te l’amènerai… »…
Elle s’est relevée…
- Je suis quand même curieuse de voir ça… Mais frottez-moi le dos en attendant…

- Allo ?!… C’est moi, Victorine… Vous savez pas où je suis ?… Juste en bas de chez vous…
- Victorine !… Quelle bonne surprise !… Eh bien monte !… Qu’est-ce que t’attends ?…
- J’ai pas trop envie… Vous êtes tout seul ?… J’ai pas trop envie quand même… Ca va me faire trop mal au cœur de tout revoir avec plein d’affaires partout qui sont pas les miennes… Vous voudriez pas descendre plutôt ?…

- Tu as encore embelli… Et moi qui étais persuadé que c’était impossible… Qu’on pouvait pas être plus belle que tu l’étais… Alors ?!… Raconte !… Qu’est-ce que tu deviens ?… Tu es là pour longtemps ?…
- Juste pour la journée… J’avais envie de vous voir un peu… De parler avec vous… Vous pouvez ?… Vous aurez un peu de temps pour moi ?…
- Tout le temps que tu voudras… Et si le cœur t’en dit toute la journée…
- Merci…
Elle m’a attrapé la main, l’a portée à ses lèvres, l’a gardée, en marchant, emphalangée à la sienne… Et on a cheminé, par les rues, au hasard…

- Tu te rappelles ce restaurant ?… C’était pour ton anniversaire…
- Si je me rappelle !…
- On y retourne ?… Ca te dit ?…
- Un peu que ça me dit…
On a eu la même table…
- Et tu reprends la même chose… Bon, mais allez !… Vide ton sac… Qu’est-ce qui se passe ?… C’est grave ?…
- Oh non, non !… Pas grave, non !… Mais important, oui…
- C’est ton patron, hein ?…
- Ben oui… Oui… Parce qu’on s’est pas contentés seulement des fessées… C’est allé beaucoup plus loin… Et il veut que ça aille encore plus loin…
- C’est-à-dire ?…
- C’est-à-dire qu’on foute le camp… Tous les deux… A l’autre bout du monde… Là où personne nous connaîtrait… Il veut demander sa mutation… A La Réunion… Ou à Mayotte… Ou à Nouméa… Ca lui est égal… Pourvu que ce soit loin… Le plus loin possible… Et qu’il m’emmène avec lui… Et ça me fout la trouille… Vous pouvez pas savoir comment ça me fout la trouille…
- Tu l’aimes ?…
- Je sais pas… J’aime qu’il me donne la fessée… Il le fait bien… Très bien même… J’aime qu’il me fasse l’amour… Ca aussi… Mais si je l’aime lui ?… Je sais pas… Il y a des jours je me dis que oui et il y a des jours je me dis que non… Mais en réalité je sais pas… Il est trop compliqué… Du coup ça me complique moi !…
- Qu’est-ce qu’il tient tant à fuir ?…
- Ses nanas… Elles arrêtent pas de le relancer depuis qu’on se connaît… De lui rendre la vie impossible… Et c’est vrai… C’est vrai, mais…
- Mais ?…
- Mais je suis pas sûre que ça y changerait quoi que ce soit de partir… Au début, oui, peut-être, mais après…
- Mais après ?…
- Il y en aurait autant à lui tourner autour… Il a besoin de ça… Il peut pas s’en passer… Et si c’est pour que je me retrouve larguée à l’autre bout du monde…
- Essaie de transiger… Propose une destination plus proche…
- J’y ai bien pensé, mais… ça réglera pas le problème de fond…
- La seule solution…
- Je sais…
- Mais tu peux pas te passer de lui…
- Non… Je peux pas me passer d’être celle qu’il préfère…

- On va où maintenant ?
- Où tu veux…
Elle m’a repris la main…
- Alors on va là-bas…
Là-bas. Sur le banc. Derrière la maison de retraite…
- Là aussi vous vous rappelez ?
- Oh, que oui !… Tu t’étais conduite d’une façon inqualifiable ce jour-là… Une véritable petite peste… Et tu t’étais montrée d’une indécence, là, sous les fenêtres de ces pauvres petits vieux… Une honte… Une véritable honte… Tu aurais mérité que je te flanque une bonne fessée déculottée devant eux pour te faire passer à tout jamais l’envie de recommencer…
- Mais je l’ai eue !…
- Pas pour ça !… Et pas devant eux… Mais il n’est pas forcément trop tard…
- Vous comprenez tout…
J’ai posé un index sous son menton, l’ai obligée à le tourner vers moi…
- Tu vas être punie…
- Oui…
- Et pourquoi tu vas être punie ?…
- Parce que j’ai fait ma dévergondée…
- Et pour quoi d’autre ?…
- Je sais pas…
- Bien sûr que si tu sais !…
- Parce que j’ai fait ma jalouse…
- Parce que tu as fait ta jalouse, oui… Et de qui ?
- De Mélianne…

Je l’ai fait lever, pivoter dos aux fenêtres. Un bras passé autour de sa taille, j’ai relevé la robe…
- Et tu n’as pas de culotte !… En plus !…
J’ai tapé. Une pluie, une grêle de claques à pleines fesses…

- Ca l’agace !… Vous pouvez pas savoir ce que ça l’agace Olivier…
- Quoi donc ?
- Que je supporte, quand il me la donne, sans pleurer, sans crier, sans gigoter, sans rien… Mais c’est comme ça que j’aime, moi !… En montrant rien du tout de comment ça me fait mal… Je sais pas pourquoi… Par contre ce qu’il faut après c’est qu’on me mette au coin… Il me manque quelque chose sinon…
- S’il y a que ça pour te faire plaisir…
- Mais alors pas là-bas, hein !… On retourne à notre resto à nous… Ils font hôtel… On prend une chambre… Et je repars que demain matin…
- Et Olivier ?
- Oh, Olivier, il trouvera bien à s’occuper sans moi, va !… Vous inquiétez pas pour lui…

- Comment j’ai aimé !… Et encore plus après quand vous m’avez regardée de tout près comme on faisait avant… J’avais peur que vous ayez plus envie… Que vous préfériez le faire avec d’autres maintenant…
- Te voilà rassurée…
- Oh oui !… Deux heures vous y avez passé !… Comment ça me manquait à moi aussi depuis le temps !…
- Ca, j’ai vu…
- Et je vais dormir avec vous en plus… C’est la première fois… Mais… je voudrais vous demander un truc… Mélianne… vous avez redormi d’autres fois avec elle après le soir de la fiesta ?…
- Si tu recommences à faire ta jalouse…
- Je me reprends une fessée… Bon… Je me tais… Je me tais… Quoique…

- Je prendrai le train suivant… Je reste encore un peu… Je suis trop bien, là, dans vos bras…
Un rai de lumière ensoleillée lui caressait la cuisse, venait mourir à la lisière de son fessier meurtri…
- Et j’ai toujours pas pris de décision… Enfin si !… Si !… Je partirai pas… Je pourrai jamais… Non, mais vous imaginez qu’on puisse plus se voir à cause de tout un tas de kilomètres entre nous ?… Jamais je pourrai supporter un truc pareil, moi !… Non, je vais rester… Qu’il parte tout seul si il veut… Il le fera pas de toute façon… Je crois pas qu’il le fasse… Ca m’étonnerait… Mais alors je pourrai venir vous retrouver autant que je voudrai, hein ?… Chaque fois que je voudrai… Que j’aurai besoin…Vous me promettez ?… Merci… Vous êtes un amour… Et merci de pas avoir essayé cette nuit…
Elle m’a déposé un rapide baiser sur la joue…
- Bon, mais cette fois faut que j’y aille… Faut vraiment que j’y aille…
Elle a laissé la porte de la salle de bains ouverte tout le temps qu’elle s’est préparée, m’a lancé un baiser du bout des doigts…
- Je file… A bientôt…

- Alors comme ça vous découchez maintenant !… Carrément !… Et sans prévenir en plus !… C’est sympa !… Drôlement sympa de me laisser toute seule sans défense dans cette grande maison, à la merci de n’importe quel rôdeur qui pourrait avoir envie de me violer… Ah, vous auriez bonne mine si vous m’aviez retrouvée égorgée baignant dans mon sang !… Vous auriez même pas versé une larme, je suis sûre… Alors que moi j’étais aux quatre cents coups de pas vous voir rentrer… Que j’ai fait le tour de tous les hôpitaux de la région pour voir s’il vous était rien arrivé… Vous avez dormi où du coup ?… Pas chez Mélissa… Je l’ai appelée… Ou alors elle m’a menti… Elle en est bien capable… Bon, mais je m’en fous !… Quand vous aurez fini tous de faire tout un tas de mystères avec moi… Mais je m’en souviendrai… Vous inquiétez pas que je m’en souviendrai… Le moment venu… En attendant vous savez quoi ?… Ils divorcent…
- Hein ?… Qui ça ?…
- Ben, Peter et Alexandra, tiens !… Qui vous voulez d’autre ?… Ca s’est engueulé grave… J’en suis tombée de cul… Jamais j’aurais cru ça… Pas eux… Ben si !… Ce serait pas la première fois qu’ils s’embrouillent, mais cette fois ils ont atteint le point de non-retour à ce qu’il paraît… Enfin c’est ce qu’il dit, lui… J’ai pas sa version à elle… Mais je l’aurai… Il est resté à dormir au cabinet du coup… Et je lui ai proposé… Je pense pas que vous y verrez d’inconvénient… Je lui ai proposé de venir ici si ça pouvait le dépanner… Au moins quelques jours… Le temps qu’il puisse se retourner… Il a pas dit oui… Mais il a pas dit non non plus… Il verra…

- Ce que je vous aime !… Jamais j’aurais pensé pouvoir aimer un jour comme ça…
- Ecoute, Melissa…
- Hou là !… J’aime pas du tout quand vous prenez ce ton-là… Ni cet air-là… C’est jamais bon signe…
- Ecoute… Vaut mieux qu’on arrête tous les deux… Là… Maintenant… Tout de suite… Comme tu l’avais toi-même envisagé…
- C’était une connerie… Et une belle !…
- Non… La connerie, c’est de t’attacher à moi… Ca te mènera nulle part… Ca peut pas… C’est une impasse… Un piège… Ca va t’empêcher de regarder autour de toi… D’y voir des jeunes gens de ton âge dont tu pourrais t’éprendre… Avec lesquels tu pourrais vivre des choses fabuleuses…
- Vous êtes vraiment nul à chier quand vous vous y mettez… Je vous aime… Vous pouvez le comprendre, ça ?…
- Et moi ?… Tu crois que je réagirais comme ça si je n’éprouvais pas pour toi…
- Quoi ?…
- Beaucoup d’affection… Et de tendresse…
- Il y a des jours vous êtes vraiment beaucoup beaucoup plus con que la moyenne…

- Vous y venez pas au hand ?…
- Non… Pas aujourd’hui… Ca me tente pas…
- C’est à cause des filles, hein ?… Et de l’autre soir… De quoi vous avez peur ?… Qu’elles se moquent de vous ?… Je vous ai dit que non… Vous croyez qu’elles ont que ça à faire de s’occuper de votre petite personne ?… Et quand bien même ça les ferait encore un peu rigoler… Et alors ?… La belle affaire !… Vous en avez pas marre d’être susceptible à propos de tout comme ça sans arrêt ?… C’est fatigant à force… Ca arrive à tout le monde, vous savez, de se faire moquer de soi un jour ou l’autre… Et si vous êtes pas capable de supporter ça eh ben vous êtes plutôt mal barré dans la vie… Parce que ça vous arrivera forcément d’autres fois… Et puis de toute façon c’est reculer pour mieux sauter… Parce que j’ai pas l’intention – mais alors là pas du tout l’intention – de me brouiller avec elles pour vos beaux yeux… Et donc vous serez amené à les revoir… Un jour ou l’autre… Autant que ce soit tout de suite… Comme ça au moins vous serez rassuré… Une bonne fois pour toutes…

Elles sont venues s’asseoir à côté de moi dans les gradins. Pauline à droite et Gaëlle à gauche…
- Salut !…
- Salut !… On voudrait vous demander un truc… C’est que vous arrivez pas à la quitter d’une semelle Mélianne que vous l’accompagnez à chaque fois ?…
- Oh non, non !… Elle a sa vie et je voudrais surtout pas qu’elle pense…
- C’est pour quoi que vous venez ici alors ?…
- Comme ça… Pour l’ambiance… J’ai joué au hand, moi aussi, quand j’étais jeune…
- Ah oui ?!… C’est quoi une roucoulette ?… Vous savez pas ?… Et un chabala ?… Non plus ?… Drôle de hand que vous avez dû faire… Vous nous demandez pas pourquoi on joue pas, nous, aujourd’hui ?…
- Si…
- Parce que quand on joue on transpire… Et qu’après on n’a pas d’autre solution que d’aller à la douche… Seulement à ce qu’il paraît qu’il y a un vieux cochon qui se planque quelque part pour nous mater quand on est dessous… C’est vraiment dégueulasse, non, vous trouvez pas ?…
- Oh, mais on va le choper !… Vous pouvez être tranquille qu’on va le choper…
- Vous avez pas idée de qui ça peut être, vous ?…
- Ni de là où il se met ?… Non ?…
- Vous pourriez pas nous aider à le trouver, vous qu’avez les yeux qui traînent toujours un peu partout ?…
- Surtout que ça doit pas être bien sorcier… Il y en a pas tant que ça des bonshommes qui viennent nous voir à l’entraînement…
- Et encore moins des vieux…

- Ah oui ?!… Pauline ?!… Et Gaëlle ?!… Elles vous ont dit ça comme ça…
- Tu crois qu’elles se doutent de quelque chose ?… Qu’elles pensent que c’est moi ?…
- La question se pose même pas… Elles sont SURES que c’est vous…
- Comment elles ont pu savoir ?… T’en as parlé à quelqu’un ?…
- Non, mais ça va pas ?… Vous me prenez pour qui ?…
- Mais alors ?!…
- Mais alors faut croire que vous avez réussi à attirer l’attention… Rien que quand on vous voit filer, comme un dératé, quand vous sentez que l’entraînement va être fini, il y a de quoi se demander où vous pouvez bien aller…

- Non, mais attendez, pour qui elle se prend l’Alexandra ?!… J’ai beau être plus jeune qu’elle, c’est pas une raison pour me traiter comme elle l’a fait… Surtout que moi j’y allais gentiment pour essayer de lui arranger les choses avec Peter si je pouvais… Comment je me suis fait recevoir !… Est-ce que c’est ma faute à moi s’il jure plus que par moi… Soi-disant que j’ai pas arrêté de manœuvrer, depuis qu’ils me reçoivent chez eux, pour le détacher d’elle… J’ai rien manœuvré du tout… Elle était là… Et d’accord pour tout… C’est même elle qui m’a fait venir… Qu’est-ce que j’y peux, moi, si elle est même pas fichue de faire un noeud comme il faut et s’il veut toujours que ce soit moi qui le ligote ?… Et il y a pas que ça… Il y a pas que le cul et tout ce qui tourne autour… Ce que je lui apporte, moi, dans plein de domaines, elle sera toujours incapable de lui en apporter ne fût-ce que le dixième… Et c’est bien ce qui la met en rage… Vous l’auriez vue tout à l’heure !… En tout cas une chose est sûre c’est que maintenant je vais faire tout ce que je peux pour pas qu’ils retournent ensemble… Dans son intérêt le pauvre… Parce qu’avec une bonne femme pareille comment voulez-vous qu’un homme il soit heureux ?… C’est pas possible… Et même… Il va absolument falloir que je lui retire Baptiste d’entre les pattes… J’ai beau en avoir plus rien à foutre de lui, c’est quand même pas une raison pour lui laisser courir des risques pareils…

- Vous savez où je suis ?… En Guyane… Depuis ce matin… Ben oui, oui… C’est mes adieux que j’étais venue vous faire… Sans vous le dire… Bien trop triste ç’aurait été… A chialer sans arrêt… Alors j’ai fait comme si… Comme si je partais pas… Comme ça au moins tout ce qu’on a vécu ensemble ce dernier jour je vais pouvoir le garder avec bonheur au fond de mon cœur… Il me suffira de fermer les yeux pour revoir chacun de nos moments à nous… De vos regards… De vos expressions… Jusqu’au jour où… Parce qu’on se retrouvera, ça, j’en suis sûre… Je sais pas quand ni où, mais on se retrouvera… Peut-être même qu’on vivra encore ensemble dans une maison quelque part… Il y a des choses comme ça on sait pas pourquoi, mais c’est sûr qu’elles arriveront… En attendant je sais pas trop ce que je vais devenir, moi, ici… C’est pas que j’appréhende, non… Je m’entends pas trop mal avec lui… Il me fait vivre des choses fortes… Il gagne largement assez pour que j’aie aucun problème de ce côté-là, mais je sens, d’instinct, que je suis pas à ma vraie place… Qu’il y a quelque chose qui va pas… Sans que j’arrive à déterminer quoi… J’ai pas du tout l’intention de me prendre la tête avec ça… Ca finira bien par s’éclaircir de soi-même à la longue… En attendant je vais vivre le plus possible au jour le jour… Je vous écrirai… Si je peux… Si ça me fait pas trop de mal… Je penserai à vous… A là-bas… Je penserai que peut-être vous pensez un peu à moi… J’essaierai de croire que c’est vrai… A bientôt ?… Je sais pas… Je vous embrasse… Merci pour tout…

- Gigotez pas comme ça, merde !… Mais non, ça serre pas !… Me racontez pas d’histoires !… J’ai l’habitude quand même depuis le temps… Si c’était mieux expliqué aussi sur ce bouquin !… On comprend rien… Faire passer la boucle A sous la boucle C… J’aimerais bien qu’ils viennent me montrer s’ils sont si malins… Faut absolument que j’y arrive pourtant !… Et avant ce soir… Parce que si je réussis à le nouer comme ça Peter quel feu d’artifice ça va être !… Je le connais maintenant… Je sais ce qu’il aime… Il m’en dira des nouvelles de ce ligotage-là… A condition que… Mais si vous m’aidiez aussi !… Au lieu de… C’est vrai qu’avec les yeux bandés !…
Un long coup de sonnette a retenti…
- Ca, c’est Peter !… Il avait dit qu’il passerait…
Elle s’est précipitée…
- Eh !… Tu vas pas me laisser là comme ça !…
- Je reviens tout de suite… Ce sera pas long… J’en ai pour deux minutes…

Deux minutes qui en ont été vingt. Puis trente. Un nouveau coup de sonnette. Elle a crié depuis la chambre…
- Entrez, les filles !… Entrez !… Installez-vous !… J’arrive…
Le râclement des chaises sur le carrelage de la cuisine. Leurs voix. Leurs rires. Leurs fous rires. Et puis des chuchotements. Des pas dans le couloir…
- Oui… Ca baise…
- Avec le vieux ?…
- Sûrement pas !… T’es pas folle ?!…
- Avec qui alors ?…
Ca a parlé tout bas. Ca s’est approché de la porte de ma chambre…
- Il est là, oui !… Ligoté… Comme l’autre jour…
- Fais voir !…
Ca a pouffé. Ca s’est approché…
- Il dort…
- Il fait semblant plutôt, oui !…
- Non, non… Il dort vraiment… Ca alors là, moi, c’est un truc… Je distingue du premier coup d’œil…
- Il est pas mal foutu quand même pour dire qu’il a son âge !…
- Ca donnerait presque envie d’en faire un tour !…
- Oui, ben pas moi, alors là !…
- Oh, mais juste une fois, comme ça, pour voir… Il doit être hypercâlin en plus, je suis sûre !… J’adore quand les types ils sont câlins…
- T’aurais au moins ça… Parce que qu’est-ce tu paries que ça fait des années qu’il bande plus ?…
- Mauvaise langue !…
- Non, mais attends !… Tu crois vraiment que s’il pouvait encore Mélianne elle aurait laissé passer l’occasion ?… Elle qui saute sur tout ce qui bouge…
- Je sais pas s’il bande, mais en tout cas les coucougnettes elles font sacrément la maille…
- Vous voulez que j’essaie ?
- Que t’essaies quoi ?
- De le faire bander…
- Déconne pas !… Tu vas le réveiller…
- Je suis sceptique quand même sur ce qu’elle nous a raconté Mélianne… Qu’il se planquait pour nous regarder sous la douche… Tu parles qu’un type comme ça il sait comment c’est fait une nana depuis le temps et qu’il va pas aller perdre son temps à les étudier à la loupe… Au risque de se faire choper… En plus…
- Je dis pas comme toi… Il y en a ils en ont jamais assez… Ils ont beau en avoir vu des milliers… Pour rien au monde ils laisseraient passer une occasion… Je sais pas à quoi ils s’attendent… Le truc exceptionnel… Fabuleux… Du jamais vu… Comment ils doivent être déçus !… Mais ça les empêche pas de recommencer… Pour les comprendre les mecs… Moi en tout cas, il y a longtemps que j’ai renoncé…
- Oui, mais celui-là…

- Ecoutez-moi ça !… Non, mais vous l’entendez ?
Mélianne sanglotait éperdûment son bonheur…
- Elle va nous le réveiller cette idiote…
Elles ont dérivé toutes les quatre vers la porte…
- Eh, les filles !… En attendant il bande !… Et pas qu’un peu !…

- Ca gênera pas s’il revient dormir ici ce soir Peter ?… Mais vous inquiétez pas, hein !… Il va pas s’éterniser… De toute façon il a trouvé quelque chose… C’est pratiquement fait… Un toubib, vous pensez bien que le proprio il va pas faire la fine bouche… Il est sûr d’être payé… Le truc pas mal du tout en plus… Il m’a emmené voir… La petite résidence sympa au milieu des arbres… Avec des grandes baies vitrées… Et un balcon… Si je m’y prends bien – parce que c’est clair que c’est fini maintenant avec Alexandra… Il y a des choses qu’elle aurait jamais dû lui dire… il reviendra pas en arrière – si je m’y prends bien dans trois mois je suis installée là-bas… Le tout, c’est de savoir doser… De surtout pas avoir l’air de chercher à s’incruster… Au contraire… Faut se faire prier… Supplier même… « - Reste ce soir !… - Je peux pas… - S’il te plaît, reste !… Oh, s’il te plaît!… »… Il en crève d’envie, c’est clair… Tu cèdes surtout pas… Même si ça te fait chier… Ca recommence le lendemain… Ou le surlendemain… Tu finis par dire oui… Il est ravi… Il a eu gain de cause… Tu le laisses triompher… Pas à chaque fois… Mais de plus en plus souvent… Et puis toujours… Tu es dans la place… Et maintenant pour t’en déloger !…

- Ah oui, c’est ce qu’elle dit Mélianne ?… Eh bien moi je pense exactement le contraire… Je pense qu’un mec pour que ça dure il faut surtout pas vivre avec… Chacun chez soi… Parce que c’est quoi vivre ensemble ?… C’est partager les emmerdes, les galères de fric, les matins de mauvais poil, les gastros et tout ce qui va de travers dans la vie… Alors comment vous voulez qu’au bout d’un moment on n’ait pas envie d’aller voir si c’est pas mieux ailleurs ?… Et on va forcément trouver… Et ça va être idyllique… Petites auberges de campagne enamourées… Parties de jambes en l’air débridées… Promenades main dans la main… Pas un nuage à l’horizon… Les nuages ils sont restés à la maison… Comment on finirait pas par avoir envie de refaire sa vie sur ces bases toutes neuves ?… Divorce… Nouvelle vie de couple… Et… Les mêmes causes produisant les mêmes effets…
- Tu as une vision des choses d’un optimisme ravageur !…
- Elle est si fausse que ça ?…
- Pas complètement, non, mais…
- Mais c’est comme ça que ça se passe neuf fois sur dix… Et tout le monde continue à foncer là-dedans tête baissée… Ben pas moi !… Et c’est pas demain la veille qu’un type il réussira à me convaincre de venir habiter avec lui… Vous encore moins que les autres… Je sais… Je sais… Vous me le demandez pas… Et il y a pas de risque que vous le fassiez… Déjà que vous avez peur de m’abîmer en me laissant être amoureuse de vous… Mais vous me le demanderiez que vous seriez le dernier avec lequel j’aurais l’idée d’aller m’enroutiner… Ah non alors !… Je tiens beaucoup trop à vous pour ça… Je vous aime trop… Oui… Oui… Je sais… Je sais ce que vous allez dire… Mais peut-être que vous êtes pas obligé de décider à ma place ce qui est bon ou non pour moi ?… Je suis grande, vous savez !… Et je vous demande rien… J’attends rien de vous… Juste que vous ayez envie d’être avec moi de temps en temps… Que vous ayez envie de moi de temps en temps… Parce que de toute façon si c’est pas vous il y aura personne… Avec personne d’autre j’ai envie en ce moment…
Et elle est venue se nicher au creux de mes bras…

- Qu’est-ce qui se passe ?… C’est quoi ce chantier ?…
- Ben, vous voyez bien !… J’me casse !…
- Tu pars ?… Mais où ça ?…
- Il est libre finalement l’appartement… On peut l’avoir tout de suite si on veut avec Peter… Et on veut… Demain on aura les clés…
- Mais je croyais que tu voulais prendre ton temps… Doser…
- Oui, oui… Mais il m’a proposé… J’ai sauté sur l’occasion, tu parles !… Il y a des moments où il faut pas réfléchir… Faut foncer…
- C’est pas un peu prématuré ?… Tant que le divorce n’est pas prononcé…
- Il sait ce qu’il fait Peter… Si il pense qu’on peut le faire, c’est qu’on peut le faire… En tout cas vous avez loupé quelque chose tout à l’heure… Où vous étiez encore passé ?… Oui… Il y a eu du spectacle… Parce qu’il est venu… Les filles aussi… Emilie elle avait même amené son Benoît… Comment elle en fait tout ce qu’elle veut !… C’est hallucinant… Peut-être que j’aurais réussi à faire pareil avec vous à la longue ?… Mais enfin de toute façon maintenant la question se pose plus… Et vous savez qu’ils l’ont fait ?…
- Qui ?… Quoi ?…
- Ben Peter et Benoît, tiens !… Tous les deux… Ensemble… Devant toutes les filles… Et ils faisaient pas semblant… Ah non alors !… Je peux vous dire que ça donnait… Tout… On a eu droit à tout… Dans la bouche… Queue contre queue… L’un dans l’autre… A tour de rôle… Et ils y ont trouvé sacrément leur compte… Nous aussi d’ailleurs… Parce que comment ça nous avait mises !… Une nana qui te dit que ça lui fait rien du tout de voir ça ou c’est une fieffée menteuse ou elle est pas normale… C’est obligé que ça t’excite… Pire que d’habitude même… Une qu’ira pas prétendre le contraire en tout cas c’est Pauline… Elle s’était mis le cul à l’air pour être plus à l’aise et je te sais pas trop combien de fois elle a joui en les regardant faire et en beuglant pire que si elle avait été avec un mec… Impressionnant !… Les autres c’était pas mal non plus… Ah, ça vous aurait plu !… Sauf que si vous aviez été là elles vous auraient sûrement pas laissé assister… Parce qu’elles ont quand même une sacrée dent contre vous maintenant qu’elles savent que vous matez dans les douches…

- Bon, ben voilà !… C’est notre dernière nuit… Demain je vous aurai plus pour me réchauffer les pieds… Ca va me manquer… Si, c’est vrai, hein !… Mais ce qui va me faire drôle surtout c’est de plus pouvoir parler aussi longtemps que j’ai envie le soir… Parce que de ce côté-là Peter à peine il a posé la tête sur l’oreiller qu’il s’est déjà endormi… Faut dire qu’avec le boulot qu’il fait aussi !… Alors les coquineries avec lui il y a plutôt intérêt à les caser dans la journée parce que sinon t’es bonne pour t’amuser tous les soirs toute seule… Sauf que maintenant plus question que j’aille le retrouver au cabinet… Parce que les gens ils vont forcément savoir qui je suis et que si je déboule là-bas pour m’enfermer avec lui !… C’est même pas envisageable… Vous savez qu’il y a des moments où je me demande si je suis pas en train de faire une énorme connerie ?… C’est bizarre quand même comment on est faits nous les humains… Parce que je suis heureuse… Je suis follement heureuse de ce qui est en train de se passer… Je l’attends depuis toujours… Mais en même temps ça me fout une trouille monumentale… J’ai envie de me sauver en courant et d’aller me cacher dans un trou de souris là où personne pourrait jamais me retrouver… Comment vous expliquez ça, vous ?… Vous croyez que je sais pas ce que je veux ?… C’est ce qu’elle dit Emilie… Ou qu’au fond de moi j’ai pas vraiment envie d’être heureuse ?… C’est ce qu’elle pense Pauline… Et Cynthia que tout le monde, absolument tout le monde, ressent ça au moment de se lancer… Et vous ?… Non… Non… Me dites pas… Me dites rien… Je préfère… Ca va m’embrouiller encore plus sinon…

Elle s’est tue… Elle s’est lovée contre moi… Il m’a semblé qu’elle pleurait…