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vendredi 25 novembre 2011

Voisines

V O I S I N E S



Dimanche 6 Septembre 2009

Ca y est !… C’est fait… J’ai emménagé… Et passé tout mon dimanche à déballer mes cartons… C’est un charmant petit deux-pièces – il ne m’en faut pas plus – au sixième étage d’un immeuble cossu au cœur de la vieille ville… Je suis à dix minutes de la fac et j’ai tous les magasins à portée de main… Le rêve… Je sens que je vais être là comme un coq en pâte…



Lundi 7 Septembre 2009

Dès hier soir – on ne se refait pas – j’ai entrepris l’étude minutieuse et approfondie de mon environnement… C’est-à-dire, pour commencer, de la façade de l’immeuble d’en face… Le hasard et la chance semblent avoir décidé de prendre, cette fois-ci, mon parti : au quatrième étage – sur lequel j’ai une vue plongeante très… révélatrice – habitent une mère et ses deux filles auxquelles je donne, à vue de nez, entre 20 et 25 ans… Elles vivent apparemment seules… J’ai accès à deux de leurs fenêtres… Celle du séjour est restée ouverte toute la soirée, ce qui m’a permis de les observer discrètement tandis qu’elles dînaient… Elles sont toutes les trois brunes… Et toutes les trois extrêmement jolies… Je sens que je vais décidément infiniment me plaire ici… Quant à l’autre fenêtre, vraisemblablement celle d’une chambre, elle est restée obstinément close… Et son gros rideau de velours rouge tiré… La lumière s’y est bien allumée, sur le coup de onze heures, mais je n’ai évidemment pas pu déterminer, dans ces conditions, quelle en était l’occupante… Hélas !… Mais ce n’est – n’en doutons pas – que partie remise…





17 heures

Un petit saut vite fait dans le hall de leur immeuble pour jeter un coup d’œil à leur boîte aux lettres… MERCIER Violette… Quatrième étage, 2ème porte gauche… Et au-dessous on a ajouté, d’une grande écriture rageuse bleue :
Pauline
Charline
J’en conclus – préséance oblige – que Pauline doit être l’aînée… Ce qui ne m’avance pas à grand chose, vu que j’ignore laquelle est l’aînée…



Mercredi 9 Septembre 2009

C’est l’une des deux filles qui occupe la chambre en façade… Pauline ?… Charline ?… En tout cas elle s’est levée tôt… Six heures moins dix… Elle a allumé, tiré le rideau, ouvert la fenêtre… En pyjama blanc… Elle a fait son lit… Y a déposé des vêtements propres qu’elle a sortis de l’armoire… Elle a éteint… Elle est sortie, a traversé le séjour, petite tâche blanche dans l’obscurité, a disparu…
Et puis dans l’autre sens une longue demi-heure plus tard… Elle n’a pas rallumé… Elle était nue… Devinée nue dans la clarté anémique du lampadaire au dehors… Elle s’est rapidement habillée, a refermé la porte de la chambre derrière elle, retraversé la salle de séjour, a encore disparu… Cette fois définitivement…


11 heures

Je suis gâté… Mais alors là vraiment gâté !… Parce que, à la tête de mon lit, de l’autre côté de la cloison, il y a manifestement une autre tête de lit… Et que dans ce lit, il y a à peine une heure, un couple s’ébattait joyeusement… Ou plutôt… furieusement… La madame en était !… C’est rien de le dire… Et je lui sais infiniment gré d’en faire profiter aussi généreusement les voisins…



Jeudi 10 Septembre 2009

Le même rituel qu’hier… A la même heure… C’est une fille d’ordre… Et d’habitude… Qui m’a une nouvelle fois offert, au retour dans sa chambre, en s’habillant, une nudité furtive plus devinée que réellement vue…
Sa sœur et sa mère, elles, ont fait leur apparition à peu près simultanément, dans la salle de séjour, sur le coup de neuf heures… La première dans un tee shirt bleu roi qui lui descendait jusqu’au dessous des fesses… Et la seconde enveloppée dans une robe de chambre de flanelle noire à motifs orientaux rouges, jaunes et verts… Elles ont déjeuné face à face… Et puis la fille est allée s’affaler, sur le canapé, devant la télévision… Jambes relevées… Une fraction de seconde j’ai espéré, le cœur battant, qu’elle ne portait pas de culotte… Elle était blanche… Je n’ai malgré tout pas boudé mon plaisir… Longuement… Dans ma chambre, derrière la cloison, la même Madame qu’hier a proclamé haut et fort le sien… Sur un rythme effréné…



Vendredi 11 Septembre 2009

Six heures moins dix… Comme d’habitude… Elle allait où comme ça tous les matins ?… Travailler… Sûrement, oui, mais où ?… J’ai voulu savoir… Il fallait que je sache… Que j’essaie au moins de savoir… Dissimulé derrière la porte du local à poubelles, je l’ai patiemment attendue… Elle a pris à droite… Vers l’arrêt des cars… Ben oui, oui… J’aurais dû m’en douter… Je lui ai discrètement, de loin, emboîté le pas… J’allais le prendre avec elle le car… Et je verrais bien… J’aviserais… Selon l’endroit où il allait la déposer… Elle a dépassé la station… Ah, mais ça changeait tout, ça !… Elle a tourné à gauche, s’est engouffrée dans la boulangerie-pâtisserie qui fait l’angle juste en face de la Banque Populaire… Tiens, tiens, et gourmande avec ça !… On allait se chercher sa petite chocolatine ?!… J’ai attendu… A bonne distance… Encore attendu… On entrait… On sortait… Mais pas elle… Jamais elle… Elle faisait quoi là-dedans ?… Elle achetait le fond ?… Je me suis décidé… J’ai longé la vitrine… Jeté un coup d’œil à l’intérieur… Elle… Elle était derrière la caisse… Bon sang, mais c’était bien sûr !…Je suis entré… Elle m’a souri… Elle est beaucoup plus jolie encore qu’il ne m’avait semblé… Avec des yeux d’un pervenche subtil et profond… Je suis revenu en dégustant mes croissants… A petites bouchées gourmandes… Et en me répétant voluptueusement son prénom… Charline… C’est Charline… C’est brodé, sur sa blouse, en grandes cursives rouges…


11 heures

Pauline, elle, par contre, ne travaille probablement pas… Elle a encore passé la matinée sur le canapé à regarder, en l’absence de sa mère et de sa sœur, je ne sais trop quoi… Enfin si !… Je me doute… Parce que sa main, après avoir longtemps flâné langoureusement sur ses cuisses, a fini par s’insinuer sous le tee shirt, y a séjourné, y a moutonné… C’était trop beau… Trop beau pour être vrai… Elle s’est soudain redressée, s’est levée et est venue tirer le rideau… Pour moi c’était fini, hélas !… Vraisemblablement pas pour elle…




16 heures

Ma petite Madame de derrière la cloison vient de chanter son petit couplet quotidien… Ils ont vraiment la santé à côté… Un tout jeune couple, je suppose… Ou, à tout le moins, un couple tout récent… Il va falloir que je m’intéresse d’un peu plus près à eux… Je me demande si, finalement, j’ai réalisé une si bonne opération que ça en venant m’installer ici : on risque de ne pas me voir très souvent sur les bancs de la fac…



Samedi 12 Septembre 2009

Le lever de Charline… Comme tous les jours… Trop bref… Trop frustrant… Mais auquel je peux maintenant – auquel je pourrai maintenant tous les jours – donner délicieusement, comme tout-à-l’heure, un prolongement à la boulangerie… Avec le risque – je me connais – de vouloir aller trop vite… De brûler prématurément toutes mes cartouches… Prendre son temps… Ne pas se précipiter… Pour faire quoi d’ailleurs ?… Pour aller où ?… Si seulement je le savais !…


Midi

On a sonné…
- Bonjour… Je suis votre voisin de palier…
- Mon voisin ?… Là ?… A côté ?…
- C’est cela même, oui…
Je suis resté stupéfait… Petit, rougeaud, bedonnant, chauve, la cinquantaine bien entamée, il n’avait vraiment pas le profil du séducteur qui met une femme dans tous ses états… Mais enfin… après tout…
- Mais entrez !… Entrez !… Je vous offre quelque chose ?… Un café ?… Un apéritif ?…
- Volontiers, oui… Oui, j’ai pensé que c’était pas mal de faire connaissance…
- Certainement…
- Surtout que… je suis commercial… Je ne rentre que le week end…
Ah, je comprenais mieux d’un seul coup… Beaucoup mieux…
- Et que savoir ma femme toute seule dans cet appartement isolé, là tout en haut, ce n’est pas fait pour me rassurer…
Si c’était ça qui l’inquiétait j’aurais pu aisément le tranquilliser : elle était rarement toute seule… Je me suis bien gardé de dire quoi que ce soit…
- Ah non, je suis pas rassuré… Avec tout ce qui se passe aujourd’hui… C’est pour ça : vous savoir là à côté… Je vais me sentir nettement plus tranquille maintenant… Parce que vous êtes jeune… Vous êtes costaud… Alors s’il se passe n’importe quoi… Si vous entendez crier… appeler… Ou si vous constatez quoi que ce soit d’anormal surtout vous n’hésitez pas, hein ?… Vous intervenez… Vous me promettez ?… Je peux compter sur vous ?…
J’ai promis… Et j’ai hâte de faire la connaissance de sa femme…



Dimanche 13 Septembre 2009

La chance a vraiment décidé de me sourire : Charline venait de regagner sa chambre pour s’habiller… En en laissant, comme tous les matins, la porte ouverte… Et c’est le moment que quelqu’un – sa mère ou sa sœur – a choisi pour allumer dans le séjour… Ce qui l’a brusquement projetée, totalement nue, en pleine lumière… Des seins magnifiques… Une petite fente totalement dégagée… Elle a tourné la tête vers la porte, semblé crier quelque chose… On a éteint… C’est tout ébloui encore de ce que je venais de voir que je suis allé acheter mes croissants… Tout ébloui de ce qu ‘elle ignorait que je venais de voir…


18 heures

Triste après-midi… En face personne… Sans doute étaient-elles invitées quelque part… A côté le calme plat… Le silence… Seule la télévision avait, de temps à autre, une petite poussée d’adrénaline… J’en ai profité pour m’intéresser aux autres appartements en vis à vis… Sans succès… J’ai perdu mon temps… Le dimanche n’est pas le jour le plus favorable pour se livrer à ce petit jeu…



Lundi 14 Septembre 2009

J’aurais dû m’en douter : le lundi Charline ne se lève pas… Ou plutôt elle se lève beaucoup plus tard… Elle a traîné en pyjama une bonne partie de la matinée avant de venir s’installer sur le canapé aux côtés de sa sœur… A côté ça a donné… Le mari est reparti, c’est clair…


17 heures

Un coup de sonnette m’a fait sursauter… Sans l’avoir jamais vue je l’ai tout de suite reconnue… C’était elle… La voisine… Trente-cinq ans environ… Châtain clair… Les yeux verts… Pas vraiment jolie, non, mais énormément de charme…
- Bonjour… Je peux entrer ?…
Ben oui, elle pouvait… Evidemment qu’elle pouvait…
- Il est venu vous voir, hein ?… Mon mari… Il est venu vous voir… Qu’est-ce qu’il voulait ?…
- Il s’inquiétait… Vous savoir toute seule ici à longueur de semaine…
- Oui, oh, un prétexte pour vous tirer les vers du nez… Je le connais… Vous lui avez rien dit au moins ?…
- A propos de quoi ?…
- Me dites pas que vous vous êtes rendu compte de rien… Que vous avez rien entendu… Je suis très expansive, je sais… Surtout avec Olivier… Les autres moins… Beaucoup moins… Ben me regardez pas comme ça !… Oui, il y en a plusieurs… Et alors ?!… Qu’est-ce qu’il faudrait ?… Que je joue les hypocrites, c’est ça ?…
- Oh, mais non, non… Pas du tout…
- De toute façon vous allez être appelé à les croiser… Une fois l’un une fois l’autre… Forcément… Alors autant mettre cartes sur table… D’autant que je vous dois rien à vous… Que j’ai pas de comptes à vous rendre… Il y en a trois… Pour le moment… Parce qu’il peut y en avoir moins… Comme il peut y en avoir plus… Ca dépend… Ben oui qu’est-ce que vous voulez ?… C’est comme ça… J’ai de gros besoins… J’ai toujours eu de très gros besoins… Qu’un seul partenaire a rarement suffi à combler… Vous avez vu mon mari… C’est sans commentaires… Il y a belle lurette qu’il me fait plus ni chaud ni froid… S’il m’a jamais fait quelque effet que ce soit… Mais bon… C’est pas une raison non plus pour lui faire inutilement de la peine… Et l’humilier gratuitement… Alors je compte sur vous… Pour me garder le secret… Même si je me fais pas trop d’illusions : un jour ou l’autre il y aura forcément quelqu’un qui vendra la mèche… Moi, si ça tombe… Je suis la reine de la gaffe… En attendant c’est toujours ça de pris… A quoi vous pensez ?…
- Moi ?… Mais à rien…
- Oh si, si !… Je suis sûre que vous êtes en train de vous dire que, bien pris, vous aussi vous allez pouvoir me sauter…
- Hein ?… Mais jamais de la vie !…
- Ben voyons !… A qui vous voulez faire croire ça ?… Vous êtes comme tous les mecs… Dès qu’ils savent qu’on mène une vie un peu libre ils se font tout de suite un film… C’est pas parce que je couche avec trois mecs que je couche pour autant avec tout le monde, vous savez…
- J’ai jamais prétendu le contraire…
- Cela étant ça signifie pas non plus qu’un jour j’aurai pas envie avec vous… J’en sais rien… On verra bien… Mais pas pour le moment… De toute façon vous avez pas à vous plaindre… Vous êtes aux premières loges, là, à côté… Me dites pas que vous en profitez pas !… C’est plus souvent qu’à votre tour que vous devez l’avoir collée à la cloison l’oreille… Oh, mais c’est pas un reproche, hein !… Au contraire… Profitez-en !… C’est pas moi que ça dérange… Et puis vous êtes jeune… A votre âge… Quel âge vous avez d’ailleurs au fait ?…
- 22 ans…
- Ah oui ?… Je vous aurais donné nettement plus…



Mardi 15 Septembre 2009

J’ai attendu sous le porche dont je ne suis sorti, comme par hasard, qu’au moment où, en face, elle a franchi la porte de son immeuble… J’ai feint l’étonnement…
- C’est pas vrai que vous habitez là !… On est quasiment voisins alors…
Elle a froncé le sourcil, manifestement cherché qui je pouvais bien être…
- Je vais aux croissants… Comme tous les matins…
- Ah oui !… C’est vous… Je me demandais… Je vous avais pas reconnu… On voit tellement de monde aussi dans le commerce…
- Ca vous ennuie pas que je vous accompagne jusque là-bas ?…
- Oh non, non !… Bien sûr que non… Elle est à tout le monde la rue…
- Ca doit quand même être drôlement pratique pour vous d’habiter si près de votre lieu de travail…
- Ah, ça c’est sûr…
- La seule chose, c’est que ça vous fait sortir de bonne heure… Et qu’il fait de plus en plus nuit le matin… On vous importune jamais ?…
- Oh, si !… Ca arrive… Les gros lourds…
- Ca court les rues…
Elle a ri…
- C’est le cas de le dire, oui… Et même… quelquefois… ils sont plus que lourds…
- Vous avez jamais eu de problèmes ?…
- Si !… Une fois… Non, deux… Mais une… j’ai vraiment eu peur…
- Si vous voulez, je vous attendrai le matin… Je vous ferai escorte… Ca les dissuadera…
- Oh non, non, c’est pas la peine… Faut pas vous déranger…
- Mais ça me dérange pas !… Tous les matins je fais le même parcours que vous… Et à la même heure en plus… Alors autant le faire ensemble, non ?…
On était arrivés… Elle n’a pas répondu… Qui ne dit mot consent… C’est bien connu… Elle m’a tendu mes croissants… A encaissé… M’a souri…
- Bonne journée…
- Merci… A vous aussi…
Bien joué… Très bien joué… Je suis fier de moi…


10 heures 30

Pauline est une accro, c’est clair… Elle s’est calfeutrée, aussitôt levée, dans la salle de séjour… Pour y faire quoi ?… Pas besoin d’être grand clerc pour le deviner… Mais c’est quand même vraiment pas très gentil de sa part de me priver ainsi d’un spectacle que je soupçonne très enthousiasmant… Oh, mais je ne désespère pas… Il suffit de s’armer de patience : un jour ou l’autre, forcément, elle oubliera de tirer les rideaux… Ou bien elle se laissera emporter par son élan… Et ce jour-là…

En attendant ça fait plus d’une semaine que les cours ont repris à la fac et je n’y ai quasiment pas mis les pieds… Je pressens une année calamiteuse… Mais quitter mon poste d’observation est au-dessus de mes forces… Il se passe tant de choses passionnantes ici… Tiens, la preuve !… Ca prend son élan à côté…


23 heures

A sept heures, tout à l’heure, de grands coups tapés dedans ont ébranlé la cloison…
- C’est moi… Emilie… Vous m’entendez ?…
Pour l’entendre je l’entendais, oui…
- Vous avez dîné ?… Non ?… Moi non plus… Eh ben venez alors !… On mangera ensemble… Et on discutera comme ça…
Elle m’attendait sur le pas de la porte…
- Eh ben dites donc !… Bonjour l’insonorisation… Je vous entendais comme si vous étiez dans la pièce…
- Et moi donc…
- Vous avez dû vous régaler tout à l’heure… Vous devez vous régaler quand je suis avec quelqu’un… C’est génial pour vous, non ?… Pour moi aussi… Vous pouvez pas savoir à quel point… Parce que vous allez peut-être me trouver tordue, mais savoir qu’on m’entend ça me met dans un état !… J’y pense souvent pendant aux gens autour… Et le mec qui s’occupe de moi il est loin de se douter de ce qui m’excite comme ça en vrai… Sauf qu’en général ça reste abstrait… On peut m’écouter – on m’écoute sûrement même – mais je sais pas vraiment qui ni où ni comment ni ce qu’il pense ni ce que ça lui fait… Tandis que là avec vous à côté c’est pas du tout la même chose… Je sais qu’on entend tout d’un appart à l’autre… Je sais quelle tête vous avez… Je sais que vous en perdez pas une miette… C’est pour ça : si on voulait on pourrait être drôlement complices tous les deux… Je vous raconterais… Je vous donnerais tout plein de détails sur mes mecs, sur ce qu’ils me font, sur comment ça se passe pour que vous puissiez tout imaginer bien comme il faut… Et vous, de votre côté, vous me diriez tout ce qui vous est passé par la tête… Tout ce que vous avez fait… Ca vous tenterait pas ?…
Oh si que ça me tentait !… Si !…
- Eh ben alors !… Marché conclu… Et si, pour commencer, on se tutoyait?… Ce serait quand même nettement plus sympa, non ?…



Mercredi 16 Septembre 2009

Elle s’est tout de suite jetée à l’eau…
- Ca lui plairait sûrement pas, vous savez !…
- Quoi donc ?… A qui ?…
- A Cedric… Mon petit ami… Que vous m’accompagniez comme ça, le matin, jusqu’à la boulangerie…
- Mais on fait rien de mal !…
- Je sais bien, oui, mais quand même !…
- Il est obligé de le savoir ?…
- On sait jamais… S’il l’apprend… Jaloux comme il est…
- Il y a pas de raison… Maintenant si vous préférez… Moi, vous savez, c’était pour vous rendre service… Pour pas qu’on vienne vous embêter… Mais si ça doit vous poser des problèmes…
- Non… Oh non… C’est très gentil à vous… De toute façon vous avez raison… Il y a une chance sur un million qu’il l’apprenne…


11 heures

Comme quoi j’ai tout intérêt à quitter le moins possible mon poste d’observation… Parce que… Pauline et sa mère étaient sorties… Je venais de les voir franchir ensemble la porte de l’immeuble… Alors pourquoi diable rester planté là ?… C’est pourtant ce que j’ai fait… Impossible de détacher mes yeux de cette fenêtre… Bien m’en a pris… Dix minutes plus tard… Violette, la mère… Seule… Elle paraissait extrêmement pressée…Elle a jeté sa veste sur un fauteuil, près de la fenêtre… S’est engouffrée dans l’une des pièces derrière… En est presque aussitôt ressortie… Vite… Très vite… Nue… Entièrement nue… Finement résillée… Les seins ont ballotté jusqu’aux poches de sa veste qu’elle a visitées l’une après l’autre… Dont elle a extirpé un téléphone qu’elle a porté à l’oreille… Et elle est repartie, plus lentement, en ondulant majestueusement de la croupe…

Il va vraiment falloir que je m’intéresse à elle de plus près… De beaucoup plus près…


23 heures 30

- Mais va pas t’imaginer que ce sera comme ça tous les soirs, hein !… Ou alors c’est chacun son tour… Tu sais cuisiner ?…
- Je me défends…
- Eh ben on verra ça demain alors… Je t’ai pas choqué au moins avec tout ce que je t’ai raconté ?…
- Oh là, non !… Il m’en faut plus que ça…
- Je suis comme ça, moi… J’y vais pas par quatre chemins… Quand je sens que je peux en tout cas… Comme là, avec toi… S’agit pas non plus de faire de la provoc pour la provoc… Parce que les gens qui refusent de s’accepter tels qu’ils sont, ceux qui passent leur temps à s’empêcher de se regarder en face tu es sûre que ceux-là, à un moment ou un autre, tu vas les choquer… Et pour cause… Tu sais la chance que j’ai eue, moi ?… C’est d’avoir pris conscience, à vingt ans, de tout un tas de choses… Ca aide… Tiens, que je te raconte… J’allais voir un type à l’époque qui avait le double de mon âge… Chez lui… Un amant d’exception… Jamais j’ai retrouvé ça depuis… Jamais… Avec personne… Alors autant te dire qu’elles étaient chaudes nos après-midi et que la petite Emilie son plaisir elle le clamait à pleins poumons… Et qu’elle avait de la voix… Il habitait une sorte de résidence dont toutes les maisons se touchaient et formaient un espèce de cercle presque complet autour d’une cour centrale plantée de lauriers-roses… Quand je m’en allais enfin, repue, j’étais obligée de la traverser… Tu t’imagines quoi ?… Que je m’éclipsais à toute allure en rasant les murs, confuse et rougissante ?… T’as qu’à y croire… Je prenais tout mon temps… Sans exagérer non plus, mais je prenais tout mon temps… Je ne levais pas la tête, bien sûr, mais je savais qu’il y avait du monde là-haut, aux fenêtres… Et pas qu’un peu… Des hommes dont les regards s’attardaient sur moi, épousaient mon corps, pleins d’un désir qu’un autre venait d’assouvir… Des femmes, hautement réprobatrices, vindicatives, qui lançaient parfois sur mon passage, d’une voix forte, une insulte qu’elles voulaient blessante et qui me passait très largement au-dessus de la tête… Et puis, tout au bout, là-bas, juste avant la sortie, il y avait les bancs… Trois bancs sur lesquels « ils » m’attendaient… Quatre ou cinq… Toujours les mêmes… Ils cherchaient mes yeux… Je regardais par dessus eux… Pas trop haut… Juste au-dessus… Ils se faisaient gentiment moqueurs… « - Qu’est-ce qu’elle a bien chanté aujourd’hui la petite chérie !… Encore mieux que d’habitude… - Hou là !… Ces cernes que t’as sous les yeux… T’es sûre que ta maman va pas te gronder ?… Leurs rires m’escortaient longtemps… Tout a commencé là… Tu comprends ?… Tu comprends ce que j’attends de toi ?…



Jeudi 17 Septembre 2009

- Vous le direz pas à ma sœur, hein ?… Que j’ai un petit ami… Faut pas lui dire…
- Ah, vous avez une sœur ?…
- Oui… On habite ensemble… Avec ma mère… Vous lui direz pas ?…
- Ca risque pas… Je la connais pas…
- Oui, mais on sait jamais… En habitant juste en face comme ça !…
- Elle t’interdit d’avoir des petits amis ?…
- Oh non, non !… Manquerait plus que ça… Et puis quoi encore ?… Non… Elle me les pique… Systématiquement…
- Entre sœurs c’est vraiment pas cool…
- Je vous le fais pas dire… Si au moins elle les gardait !… Mais même pas… Ca dure quinze jours et c’est le crash… A chaque fois… Alors si je veux pas que ça recommence…
- C’est sérieux avec lui ?…
- Je sais pas… On peut jamais savoir avec les types… Ils racontent tellement de salades…
- Mais de votre côté à vous ?…
- Ah… Je sais pas non plus… Si j’étais sûre qu’il se fiche pas de moi, oui, sûrement que ça le serait… J’en ai trop envie… Mais je me méfie… Parce qu’à force qu’on se fasse avoir on a du mal à y croire après… C’est obligé… Vous savez, vous ?…
- Quoi donc ?…
- Comment on peut savoir si le type il est sincère ou pas…
- Alors ça !… C’est d’autant plus difficile que souvent le type il le sait pas lui-même…
Elle a levé sur moi des yeux stupéfaits… Les a baissés…
- Ah oui… Oui… C’est comme nous alors finalement…


Midi

J’aimerais quand même bien savoir ce qui lui fait tant d’effet à Pauline… Un film en particulier ?… Une séquence quelconque ?… A moins qu’elle n’en télécharge des quantités qu’elle savoure ensuite un à un, quand elle est seule, sur grand écran… Quoi qu’il en soit, les rideaux sont restés, ce matin, plus de deux heures obstinément tirés… J’en ai été quitte pour me contenter de l’imaginer s’occupant, derrière, longuement et amoureusement d’elle-même…


Minuit

- Tu te débrouilles pas mal du tout, dis donc !… Faudra que tu me donnes la recette… En tout cas c’est le dernier soir qu’on mange ensemble… Jusqu’à lundi… Demain c’est le retour du mari… Soirées télévision jusqu’à plus soif…
- Et le reste du temps ?…
- Je me réfugie dans les tâches ménagères…
- Et lui pendant ce temps-là ?…
- Il met ses fichiers clients et ses bons de commande à jour…
- Charmant week end !…
- Je te le fais pas dire…
- Pourquoi tu restes avec lui ?…
- Si seulement je le savais !… Parce que la situation n’est pas suffisamment insupportable… Parce que j’ai peur de le détruire… Parce qu’il est pas pire qu’un autre… Parce que je suis pas assez courageuse… Parce que j’irais faire quoi ?… Où ?… Avec qui ?… Il y en a des milliers des raisons… Je passe de sales week end ?… Pas tant que ça finalement… C’est pas la guerre… Loin de là… Et puis je me console en pensant que, le lundi, je verrai Olivier… Il faudra vraiment que je te le fasse connaître, lui… Surtout après tout ce que je t’ai raconté hier… Bon, mais… et toi ?…
- Quoi, moi ?…
- Tu me laisses parler… Tu me fais parler… Et je sais rien de toi… Ou quasiment… Il y a bien un truc qui t’a marqué un jour quand même… Quelque chose à quoi t’arrêtes pas de repenser… Comme moi…
- Il y a, oui… Une voisine… Notre seule voisine… J’avais 18 ans… Et elle pas loin de la cinquantaine… La fenêtre de ma chambre donnait sur celle de son séjour…
- Et alors ?…
- Et alors elle vivait nue… Les trois quarts du temps nue… Le matin quand elle sortait de sa chambre… L’après-midi… Le soir… Elle avait un corps magnifique… Qui me rendait fou… Je passais des heures et des heures à l’épier… A l’admirer… Elle s’en était forcément aperçue… Elle s’en fichait éperdûment… Ou alors elle n’y pensait pas… Elle n’avait jamais réalisé que je pouvais la voir…
- A moins que…
- A moins que… Oui… Mais c’est une idée qui ne pouvait pas me venir à l’époque… J’étais trop jeune… Et beaucoup trop naïf…
- Elle vivait seule ?…
- Quelqu’un venait parfois la voir… Un homme… Toujours le même…
- Et ?…
- Jamais, non… Ca ne se passait que dans la chambre… Mais elle le raccompagnait toujours toute nue… Et restait ensuite un long moment sur le canapé, jambes entrouvertes, un bras passé sous la tête… Le rêve…



Vendredi 18 Septembre 2009

- C’est quand même idiot, vous trouvez pas ?…
- Quoi donc ?…
- De nous vouvoyer à notre âge… On dirait des vieux de quatre-vingts ans…
- C’est qu’on a pris l’habitude, à la boulangerie, quand vous étiez client…
- Je le suis toujours…
- Oui, mais c’est plus vraiment pareil…
- Bon… Enfin bref… On se tutoie ?…
- Je veux bien, oui…
- Elle a quel âge ta mère ?…
- Ma mère… 50… Par là… Pourquoi vous me demandez ça ?…
- Tu crois qu’elle accepterait de répondre à un questionnaire ?…
- Un questionnaire sur quoi ?… Vous vendez des trucs ?…
- Pas du tout… Non… C’est pour un mémoire… En psycho…
- Vous faites psycho ?… Hou la la… Comment ça doit être dur…
- Pas tant que ça…
- Mais moi, je peux bien y répondre à vos questions… C’est pas la peine de déranger ma mère pour ça…
- Il s’adresse à des personnes ayant entre 45 et 60 ans…
- Ah… Je lui demanderai alors… Ca m’étonnerait qu’elle dise non…


11 heures 30

C’est allé… C’est venu… Un vrai chassé-croisé… Pauline… Sa mère… La mère… Pauline… Qui attendait manifestement – à moins que ce ne soit moi qui me l’imagine – qu’elle « dégage » pour aller se livrer, sur le canapé, à son occupation favorite… Elle en a été pour ses frais…


17 heures

J’ai quand même fini par faire un saut à la fac… Histoire de me donner bonne conscience… Et de me faire voir… J’ai même poussé le zèle jusqu’à assister à une heure de cours… C’est toujours aussi déprimant… Toujours les mêmes certitudes ponctuelles assénées d’un ton péremptoire comme si elles étaient définitives… Je me demande vraiment ce que je suis venu faire là-dedans… Il vaut mieux, de toute façon, que je ne me pose pas trop la question…

Cette petite excursion là-bas m’aura en tout cas au moins permis de passer un bon moment avec mes deux vieux potes Boris et Alexandre… Qui assistent, eux aussi, aux cours en diagonale… Et qui ont absolument tenu à venir voir comment j’étais installé… Ca faisait pas cinq minutes qu’on était là… On avait tout juste eu le temps de décapsuler une bière… Et voilà qu’Emilie, à côté, se lance dans un grand oratorio en plaisir majeur… Un dernier baroud sans doute avant le retour, tout à l’heure, du vilain mari… Inutile de préciser que mes deux petits camarades ont été enchantés de sa prestation qu’ils ont accompagnée de borborygmes, de feulements et de commentaires à leur façon… Ce qui, bien loin de l’inciter à la discrétion, l’a encouragée – mais, la connaissant comme je la connais, je m’y attendais – à se montrer beaucoup plus expansive encore…


23 heures

Charline nue… Il y a à peine un quart d’heure… Charline nue en pleine lumière… A tournicoter dans sa chambre… Cinq bonnes minutes… Charline de face… Charline de dos… Charline de profil… Charline debout… Charline penchée très loin en avant… Charline qui semblait à la recherche fébrile de quelque chose… Charline… J’en suis encore tout remué… Un moment d’inattention ?… D’étourderie ?… A moins qu’elle n’ait décidé, en feignant d’être trop préoccupée pour s’en apercevoir, de s’offrir ainsi un long moment, nue, à mes regards… Aux miens en particulier ou à ceux de qui se trouverait par hasard à sa fenêtre à ce moment-là ?… Quelle importance ?… Si, c’est important, si !… Mais c’est une question à laquelle je ne peux pas, pour l’instant, apporter de réponse… En tout cas qu’est-ce qu’elle est belle !… Il en a de la chance son petit ami !… Et apparemment, vu la façon dont elle en parle, il en a pas conscience… Non, mais comment il fait ?… Une fille comme ça comment il fait pour pas en être amoureux fou ?… Pour pas passer tout son temps avec elle ?… Pour pas la contempler à longueur de temps encore et encore… Sans jamais s’en rassasier… Il la mérite pas, c’est clair… Ah non, alors !… Il la mérite pas…




Samedi 19 Septembre 2009

- Elle est d’accord, ma mère… Et le mieux, si vous pouvez, ce serait que vous y alliez cet après-midi… Parce que la semaine prochaine elle sait pas trop quand elle sera là… Avec son travail…
- Elle fait quoi ?…
- Elle est journaliste…
- Ah oui ?!… Où ça ?…
- Un peu partout… Ca dépend… Mais pourquoi vous l’avez choisie, elle ?… Comme ça… Sans la connaître… Elle m’a demandé…
- Oh, mais pour rien… C’est que… pour mon mémoire je dois interroger une cinquantaine de personnes… au minimum… et qu’il y avait toutes les chances que ta mère soit dans la tranche d’âge…
- Ah, oui… En tout cas j’espère qu’elle y sera pas ma sœur… J’ai pas envie qu’elle te connaisse…
- Dis tout de suite que je suis pas fréquentable…
- Mais non !… Au contraire… Seulement si elle te connaît elle va vouloir t’accaparer… Elle va nous mettre toute une pagaille… C’est obligé… Je sais comment elle est… Et j’ai pas envie… J’aime trop comme on discute tous les deux comme ça tous les matins…En bons copains… Ca me met de bonne humeur pour toute la journée… Je voudrais pas que ça s’arrête…
- Il y a pas de raison…
- Oh, alors ça !… On voit que vous la connaissez pas…
- Elle fait quoi ?…
- Comme boulot ?… Rien… Elle glande… C’est ce qu’elle sait le mieux faire de toute façon… Elle dort… Elle sort… Elle bouffe… Et elle réclame sans arrêt de l’argent à ma mère… Qui gueule, mais qui lui en donne… Et à moi… Qui gueule pas, mais qui lui en donne pas… Vous allez pas me dire qu’à 26 ans elle pourrait pas se prendre un peu en mains quand même !…
- Elle a fait quoi comme études ?…
- Rien… Elle a quitté l’école à seize ans… Ca doit être pour ça qu’elle trouve aucun boulot assez bien pour elle… Bon, mais allez !… On a autre chose à parler qu’elle…


18 heures

Un début assez laborieux… Elle se méfiait… Elle a d’abord voulu connaître tous les tenants et les aboutissants… Ca allait servir à quoi au juste ce questionnaire ?… C’était anonyme au moins ?… Et qui c’est qui les lirait ses réponses ?… Et ça portait sur quoi au juste ?… Les premières questions elle y a répondu du bout des lèvres… Le plus brièvement possible… Presque sèchement… Et puis, peu à peu, elle s’est animée… Elle est devenue prolixe… On a passé pas loin d’une demi heure sur la onzième question… Celle qui concernait la perception de la solitude…
- Et il y en a combien comme ça ?…
- 98…
- Ah, quand même !…
- Oh, mais on n’est pas obligés de tout faire aujourd’hui…
- C’est étudié pour faire parler votre truc, là, hein !?… Pour obliger à parler… Le plus possible… Faut dire aussi que j’ai pas trop l’occasion… Au boulot je suis pigiste… Une fois ici une fois là… Ca favorise pas vraiment les contacts… Et de toute façon c’est un milieu où tout le monde se tire dans les pattes… Moins on en dit et mieux on se porte…
- Vous avez vos filles…
- Oui, oh, elles !… Avec Pauline c’est pas la peine d’essayer d’avoir quelque conversation que ce soit… On peut rien lui dire… Elle se braque tout de suite… C’est la copie conforme de son père… Je me demande ce que je vais en faire… Rien ne l’intéresse… Si vous saviez le souci que je me fais avec elle…
- Vous avez Charline…
- C’est vrai qu’avec Charline c’est différent… Mais elle a des préoccupations de son âge… Et je m’imagine vraiment pas en train de faire mes confidences à Charline… Mais alors là vraiment pas…
- Et vous avez personne ?…
- Vous voulez dire… un ami attitré ?… Vivre en couple… Non, merci… J’ai déjà donné… Deux fois… Et je ne tiens vraiment pas à renouveler l’expérience… Surtout maintenant… A mon âge… Vous me direz qu’on n’est pas obligé non plus de vivre en couple pour vivre quelque chose d’épanouissant avec quelqu’un… Au contraire… On se voit quand on en a envie… On s’impose pas l’un à l’autre un quotidien qui devient vite fastidieux… On ne partage que les bons moments… Je suis bien d’accord avec vous… Sauf que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, même ça c’est pas forcément facile à trouver… Et c’est pas parce qu’on s’éclate ensemble que le type il va avoir envie de parler pour autant… Et surtout d’écouter… Mais pourquoi je vous raconte tout ça, moi ?…
- Sans doute parce que vous en avez besoin…
- Oui… Et que, pour une fois, j’ai une oreille attentive à ma disposition… Bon, mais on s’en tient là… Ca m’a épuisée… Mais on reprendra… On reprendra… Je vous ferai signe…



Dimanche 20 Septembre 2009

- Tu tiens le bon bout… Plus qu’une matinée et t’es en congé…
- Oui, oh…
- Ca a pas l’air de t’enthousiasmer…
- Pas vraiment, non…
- T’en profites pas pour voir ton petit ami ?…
- Oh, lui !…
- Vous vous êtes disputés ?…
- Non, mais il a jamais le temps… Il est parti je sais pas où avec ses copains… Il m’agace…
- Qu’est-ce tu vas faire de ton après-midi alors du coup ?…
- Rien… Je vais me faire chier devant la télé…
- Et si on allait faire un tour ?…
- Nous deux ?…
- Ben oui…
- Oui, mais alors juste en copains, hein !… On se fâcherait sinon… Et je veux pas…


20 heures

On s’est retrouvés au bout de la rue… A cause de sa sœur…
- Si elle nous voit elle va se faire tout un film…
- Tu veux qu’on fasse quoi ?… Qu’on aille où ?…
- Je sais pas… On se promène un peu d’abord ?… En discutant ?… J’aime bien discuter avec toi… Et c’est frustrant le matin… On a le temps de rien se dire…
- Suffirait de partir un peu plus tôt et d’aller se boire un café…
- On pourrait, oui !… De temps en temps on pourrait…
- Bon, mais alors Cedric, ton copain, tu le vois quand finalement ?…
- Jamais si on y réfléchit bien… Enfin si !… J’exagère… Si !… Des fois… Quand il a envie, lui… En fait c’est quand il a envie de…
- Je vois…
- Moi, j’aimerais qu’on fasse des trucs ensemble… Qu’on aille au ciné… En boîte… Tout ça… Mais jamais ça lui dit… Toujours il a autre chose à faire… Et si j’insiste il me dit que je l’étouffe… Que si c’est pour que je l’empêche de voir ses copains c’est pas la peine… Qu’il vaut mieux qu’on s’en tienne là… Et moi je m’écrase… Comme une conne… J’attends qu’il en soit…
- Tu crois que c’est vraiment une solution ?…
- Non… Je sais bien que non… Mais c’est plus fort que moi… Et même, tiens !… Plus il a l’air de s’en foutre, plus il prend ça par-dessus la jambe et plus je suis accro à lui… Ma copine Estelle elle me dit que je suis folle… Qu’on est folles, nous, les filles, avec les mecs… Mais c’est comme ça… J’y peux rien…
- T’espères quoi alors finalement avec lui ?…
- Qu’il change… Il finira bien par changer, non, tu crois pas ?…

Je suis bien convaincu que non… Mais ça n’aurait pas servi à grand chose d’essayer de l’en persuader… J’ai changé de conversation… On a parlé de choses et d’autres… Sauté du coq à l’âne… J’ai passé une excellente après-midi… Apparemment elle aussi puisque, quand je lui ai proposé de se retrouver demain, elle n’a même pas fait semblant d’hésiter…


23 heures

- T’es pas couché ?…
- Ben non… Non… Tu vois bien…
- Il a décidé de partir dès ce soir… Si j’avais su… Il serait venu me rejoindre Olivier… Bon, mais c’était qui avec toi vendredi ?…
- Deux copains de fac…
- Et qu’est-ce tu leur as dit ?…
- Rien… Absolument rien… Je les ai laissés écouter…
- Ils ont pas fait que ça… Ils ont apparemment apprécié… Et ne s’en sont pas cachés…
- Ce qui, manifestement, ne t’a pas vraiment déplu…
- Ben oui… Oui… Il y a tout ce que je t’ai dit… Ils reviendront ?…
- Je peux m’arranger pour…
- Quand ?…
- T’es bien pressée…
- Tu me diras quand ?… Que j’aie quelqu’un… Et qu’on trouve un prétexte pour que je déboule chez toi juste après… Que je voie la tête qu’ils ont… Et la tête qu’ils font…
- Et qu’eux voient la tienne…


Lundi 21 septembre 2009

Elle m’attendait, comme convenu, dans le petit bar en face du Palais de Justice… M’a souri dès qu’elle m’a aperçu…
- On a de la chance… Il fait un temps magnifique…
On a remonté l’avenue Victor Hugo… Elle jetait des regards discrets sur les vitrines au passage…
- Tu peux t’arrêter si tu veux… Si ça t’intéresse…
- Je vais pas t’embêter avec ça… Ca les gonfle les types en général les magasins…
- Moi, non…
Elle m’a jeté un regard interrogateur de côté, vaguement interloqué…
- C’est vrai ?…
- Puisque je te le dis…
Elle a profité de la « permission » avec hésitation d’abord, puis de plus en plus d’assurance…
- Ca t’ennuierait ?…
- Quoi donc ?…
- Qu’on retourne un peu en arrière… J’ai vu une robe qui me plaît drôlement… Pas cher en plus… Et si je la prends pas elle y sera plus après si ça tombe quand je reviendrai…
Elle l’a essayée… Une autre… Encore une autre… D’autres…
- Ca va comme vous voulez ?…
Et la vendeuse qui, depuis le début, considérait manifestement qu’on était en couple tous les deux a soulevé le rideau… Derrière Charline venait de sortir d’une robe… Elle était nue…
- Oh, pardon…
Elle l’a précipitamment laissé retomber…

Sur le trottoir, au dehors, on a marché un long moment en silence… C’est elle qui l’a rompu…
- Qu’est-ce tu vas penser de moi maintenant !…
- Que tu mets pas de culotte… Mais c’est toi que ça regarde…
- Oh si, si !… Des fois si j’en mets quand même…
- Mais pas tout le temps… Bon, ben voilà !… Il y a pas de quoi en faire une affaire d’état…
- J’ai tout gâché… Tu vas plus vouloir qu’on se voie maintenant… Tu vas plus vouloir me parler… Une vicieuse comme moi…
- Sois pas idiote, veux-tu !…
- Si !… Parce que ce que tu vas croire c’est que je l’ai fait exprès aujourd’hui que j’étais avec toi… Et pareil dans le magasin… Que j’ai traîné exprès pour qu’elle vienne voir… Et que tu t’en aperçoives…
- Je crois rien du tout… Et quand bien même ce serait vrai !… La belle affaire !…
- Mais ça l’est pas vrai !… Si, c’est vrai, hein, j’te jure !…
- Dis-moi plutôt !… C’est souvent que tu fais ça ?…
- Oh, non !… Enfin si !… Un peu quand même…
- A la boulangerie aussi ?…
- Des fois, oui…
- Et c’est quoi la raison ?…
- Que je me sens mieux comme ça…
- C’est la seule raison ?…
- Et aussi que j’aime bien l’idée que les gens savent pas… Je suis là… Je leur sers leur pain… Ou autre chose… Et je m’amuse à imaginer la tête qu’ils feraient s’ils étaient au courant… Comment ils seraient scandalisés certains !… Ca m’amuse… C’est bête, hein !…
- Moi, je le suis maintenant au courant…
- Oui, mais toi, c’est pas pareil… Ca me gêne pas tant que ça, toi, finalement, tout bien réfléchi… Je sais pas pourquoi d’ailleurs… Enfin si !… Parce que je me sens en confiance avec toi… Et que tu réagis pas comme tout le monde… Tu comprends plein de trucs que les autres ils se mettent aussitôt à te juger… En attendant t’es le seul à savoir… Personne d’autre… Absolument personne…
- Même pas Cedric ?…
- Oui, ben alors là Cedric il m’écorche vivante… Ou, à tout le moins, il me fait enfermer… Mais c’est vrai aussi que je dois quand même être un peu timbrée… Parce que quand je me promène comme ça tu sais à quoi je pense des fois ?… Qu’il y a un grand coup de vent qui me la relève très haut la jupe… Que j’ai pas le temps de la rabaisser et qu’il y a plein de gens qui s’en aperçoivent… Ou bien que je la perds carrément… Et qu’un type alors il me la pique et il se sauve avec… Je crie… Je cours derrière… Ca sert à rien… Il va beaucoup plus vite que moi… Je m’arrête… Autour tout le monde rigole… Je demande qu’on me prête quelque chose pour me cacher… N’importe quoi… Personne veut… Même pas les femmes… Au contraire… Elles se moquent de moi… Il y en a qui me disent que c’est bien fait… Que j’ai eu ce que je cherchais… Que les filles dans mon genre c’est tout ce qu’elles méritent… Je cherche un endroit pour me cacher… Il y a rien… Nulle part… Tu vois bien que je suis folle par moments…
- Pas plus que n’importe qui… Si tu pouvais lire dans la tête des gens tu t’apercevrais qu’il s’y passe toutes sortes de choses beaucoup plus bizarres et tu te trouverais très normale au contraire…
- Tu crois ?…
- Je crois pas… Je suis sûr…
- Toi aussi ?…
- Evidemment moi aussi…
- Ca me rassure ce que tu me dis… Tu peux pas savoir comment ça me rassure… Parce que comment je me fais peur il y a des moments…


2 heures du matin.

Emilie a gratté à la porte…
- Olivier est là… Il vient d’arriver… Tu manges avec nous ?… Tu feras sa connaissance…
- Je veux pas vous déranger…
- Mais tu nous déranges pas…
Pour pas déranger je dérangeais pas… Pas vraiment, non… Enfin… Si on veut… Parce que… Et que je te papouille… Et que je te plonge la tête dans le corsage… Et que j’y fourrage du bout du nez… Et que je te glisse la main sous la robe… Et que je te la fais se contorsionner… Et qu’elle te grimpe sur ses genoux… Et qu’elle l’enlace… Et qu’elle s’égare en bas…
J’ai englouti mon dessert et je me suis discrètement éclipsé… Ca n’a pas tardé… Presque instantanément des grognements… Des feulements… Des supplications… Un raz de marée… Qui a tout emporté… Des baisers claqués… Des murmures de gratitude… Des ronronnements… Des mots échangés bas…
Une porte… Une autre… Celle de l’entrée… Des coups dans le mur…
- Tu viens ?… Je t’attends…
Sur le canapé… En petite nuisette haut des cuisses…
- Tu t’es sauvé comme un voleur… Pourquoi ?… Fallait rester… Tu nous gênais pas… Au contraire…
J’ai vaguement bafouillé quelque chose…
- Péché de jeunesse… Ca te passera… Mais je me demande quand même s’il va pas falloir que je te prenne sérieusement en mains… Bon… Mais en attendant… Dis-moi… Tu l’as trouvé comment Olivier ?…
- C’est tout juste si on a échangé trois mots…
- Oui… Faut reconnaître que la situation ne se prêtait pas trop aux grands développements philosophiques… Et que ça risque d’être souvent comme ça… Qu’est-ce tu regardes ?…
Je n’ai pas répondu… Elle a ouvert les jambes un peu plus au large, nuisette haut relevée… Un peu plus encore…
- C’est comme ça qu’elle faisait ta voisine devant la fenêtre quand elle l’avait eu en elle son amant ?… Oui ?… Non ?… Encore plus ouverte ?… Comme ça ?… Eh bien comme ça… Tu peux te le faire si tu veux, hein !… J’y vois pas d’inconvénient… Au contraire… Tu devais bien te le faire à l’époque, non ?… Eh bien alors !… Amuse-toi !…




Mardi 22 Septembre 2009

- Une bonne idée qu’on a eue là de prendre un café comme ça tous les deux avant que j’attaque le travail… Ca me met de bonne humeur pour la journée… T’y as repensé à hier ?…
- Un peu, oui…
- Moi aussi… Beaucoup… Et j’arrête pas de me dire que qu’est-ce que j’ai de la chance d’avoir rencontré quelqu’un comme toi… Avec qui je peux parler… Et de tout en plus… Parce que Cedric c’est pas la peine d’y compter… Il cause pas… Il y a juste un truc qui l’intéresse avec moi… Et même ça il le fait sans causer… Il m’a dit un jour que les filles il avait rien à leur dire… Moi comme les autres…
- C’est agréable…
- Oui, oh, il est comme ça… On s’y fait à la longue… A la maison non plus faut pas trop que je compte parler… Tu verrais les repas comment c’est mortel des fois… Mais le pire c’est que ça vaut mieux… Parce que si elles se mettent à parler toutes les deux elles se prennent aussi sec la tête… Alors on se tait… Pauline, elle fait la gueule et ma mère elle pense à je sais pas trop quoi… Elle est toujours dans sa tête tu sais pas trop où… Et pour l’attraper… Alors à part toi avec qui tu veux que je parle ?… Mes patrons ?… Ils en ont rien à foutre de moi… Du moment que je fais mon boulot… Quant aux clients ça vaut même pas le coup d’en parler… Bon… Mais faudrait peut-être que j’y aille…


11 heures

Ca se voyait… Même d’ici ça se voyait… Ca se sentait… Elle n’attendait qu’une chose Pauline, c’est que sa mère dégage… Ce qu’elle a fini par faire… Elle l’a suivie du regard, par la fenêtre du séjour, jusqu’en haut de l’avenue… Puis elle s’est précipitée dans sa chambre dont elle est presque aussitôt revenue avec une petite panière en osier qu’elle a renversée sur le canapé… J’ai zoomé… Un petit canard… Cinq ou six « joujoux » dont l’un d’une taille imposante… Elle en a choisi un autre qu’elle a enserré fermement entre ses doigts, sur le bout duquel elle a amoureusement déposé un petit baiser… Elle l’a mis à part, a allumé la télé, s’est dirigée tout droit vers la fenêtre. Rideau… Ca fait une heure – plus d’une heure – et il y en a encore pour au moins autant… Une esthète des plaisirs solitaires, j’en suis sûr… Une raffinée, amoureuse de son corps… Qui prend tout son temps… Qui nourrit ses caresses d’images à foison… Qui y consacre le plus clair de ses journées… Toutes ses journées… Une vocation… Un véritable sacerdoce… Elle m’intéresse… Beaucoup… De plus en plus…



Mercredi 23 Septembre 2009

- Tu veux un scoop ?… Elle aurait trouvé du travail ma sœur… Le 1er elle commence… Comme caissière… A la grande surface derrière la zone artisanale… Ca durera ce que ça durera… C’est-à-dire, à mon avis, pas bien longtemps… Au bout d’une semaine elle se sera engueulée avec tout le monde, elle aura démissionné et elle sera là, à la maison à glander… Jamais je pourrais vivre comme ça, moi !… Faut vraiment pas se respecter, non, tu trouves pas ?… Mais le pire c’est que ma mère elle dira rien si ça arrive… Absolument rien… Elle va hausser les épaules, c’est tout… Tu trouves ça normal, toi ?… T’aurais une fille de son âge – 26 – tu la laisserais faire n’importe quoi comme ça ?… C’est pas lui rendre service, avoue !… Parce que moins on bosse et moins on a envie de bosser… C’est logique… Et à quarante ans elle aura toujours rien fait de consistant de sa vie, je suis sûre… Alors à part se trouver un mec bourré de thunes… Mais même ça !… Parce que vu qu’elle est incapable d’en garder un plus de quinze jours… Non… Je la comprends pas ma mère de pas lui rentrer dans le lard… Je la comprendrai jamais…
- Et votre père ?… T’en parle jamais… Il peut rien faire, lui ?…
- Déjà… On n’a pas le même… Et le sien personne sait où il est passé… Il a disparu comme ça un jour sans prévenir trois mois après sa naissance… Il a jamais plus donné de nouvelles…
- Et le tien ?…
- Pareil… Enfin presque… Il a tenu un an avant de se barrer… Mais lui on savait où… Il s’est jamais occupé de moi… Jamais… Jamais un Noël… Jamais un anniversaire… Rien… Il avait droit à un week end sur deux… A quinze jours pendant les vacances… Il l’a jamais fait… Jusqu’à mes douze ans… Et là, d’un seul coup, il a plus juré que par moi… Il me montrait partout… Tout fier… « - C’est ma fille !… Regardez la grande fille que j’ai… Et tralali et tralala…»… Il était bien temps… C’est avant que j’avais besoin… Je lui ai dit ce que je pensais… Je l’ai plus jamais revu… Ma mère ça l’a vaccinée deux comme ça à la suite… Il y avait de quoi… Du coup elle a jamais voulu en reprendre… Du moins des officiels… Parce que je suppose qu’il y en a quand même eu… Même si on l’a jamais su… Ce serait trop triste sinon… Vous imaginez ?… Des années et des années comme ça… Sans personne… C’est un truc à se tirer une balle ça !…


10 heures 30

En face le rideau est, comme d’habitude, comme tous les jours, obstinément – et désespérément – tiré… Faut qu’elle en profite – faut qu’elle se fasse des réserves de plaisir – si elle doit effectivement embaucher jeudi… Charline a raison… Elle ne gardera pas sa place… Non pas, comme elle le croit, par paresse, mais parce qu’il lui est impossible de se consacrer à autre chose qu’à sa passion d’elle-même et des satisfactions qu’elle se donne… Des journées entières sans se caresser ?… C’est au-dessus de ses forces… Elle ne vit que pour ça… C’est sa raison d’être… Pas étonnant non plus qu’elle ne parvienne pas à conserver ses petits amis… Elle en attend quoi ?… Qu’ils lui apportent davantage que ce qu’elle est capable de s’offrir à elle-même… Elle est toujours déçue… Forcément déçue… Ils la distraient d’elle-même… Ils l’en éloignent… Elle y revient… Seule…
Je ne la connais pas, mais cette fille me fascine… Enormément…


22 heures

- Excuse-moi !… C’est pas tout à fait prêt…
- Prends ton temps… Prends ton temps… Regarder un séduisant jeune homme s’agiter aux fourneaux ça n’a rien de déplaisant… Surtout quand… Tu cuisines toujours à poil ?…
- Non… Mais j’ai pensé que tu n’y verrais pas vraiment d’inconvénient…
- Aucun… Absolument aucun… Bien au contraire… Par contre faudra que tu m’expliques ce qui t’a pris lundi… Te sauver comme ça juste au moment où ça allait devenir intéressant… De quoi j’avais l’air, moi ?… Parce qu’Olivier je lui avais chanté tant et plus tes louanges… « - J’ai un voisin… Je te dis que ça… Ouvert d’esprit et tout et tout… Toi qui rêves qu’on nous regarde quand on est ensemble… Je l’inviterai… Tu seras pas déçu, tu verras… »… Et toi, tu trouves rien de mieux à faire que de nous planter là tous les deux… Non, mais tu peux me dire ce qui t’a pris ?…
- Désolé… Mais si tu m’avais prévenu aussi…
- Ca allait de soi, non ?… Du moment qu’on commençait devant toi… Non… T’as été en dessous de tout… Et quand je pense que je t’ai quand même offert un gentil petit spectacle après… Tu le méritais pas… Je suis trop bonne… Bien trop bonne… Tu as apprécié au moins ?… Oui… Question idiote… Vu la vitesse à laquelle tu t’es expédié… Tu fais toujours ça aussi vite ?… T’es mal dégrossi finalement, hein !… Personne s’est jamais vraiment occupé de ton éducation… Et t’as pas de petite amie, je suis sûre… Quoi ?… Non, non… Me raconte pas de salades… T’en as pas… Ca se sent tout de suite ça… Et puis tu la ramènerais de temps en temps ici si t’en avais une… Pourquoi t’en as pas ?… Elles te font peur les filles ?…
- Hein ?!… Jamais de la vie !…
- Bien sûr que si qu’elles te font peur… T’as tout un tas de copines-copines, je parie… Qui te servent à te faire croire le contraire… Ouais… Ouais, ben il y a du boulot avec toi… Je sens qu’il y a du boulot… Suffit pas d’avoir l’air libéré comme ça… De se balader à poil devant la voisine, de l’écouter s’envoyer en l’air derrière la cloison ou de se branler à toute allure en la regardant les jambes ouvertes… C’est beaucoup plus compliqué que ça… Bon, mais on va faire ce qu’il faut… Et pour commencer demain soir je t’attends à côté… Il y aura Nicolas… Alors tu restes, hein !… Jusqu’au bout… Tu te tires pas…



Jeudi 24 Septembre 2009

- Jamais t’en repars en même temps que moi du café le matin… Toujours t’y traînes après… Qu’est-ce t’y fais ?…
- Je te regarde… On la voit super bien la boulangerie d’ici… Je te regarde servir les clients… Sans culotte… Et j’imagine ce qui se passe dans ta tête… C’est presque comme si je le voyais…
- Oh là là !… Tu me juges pas mal, hein, au moins ?!… T’es sûr ?…
- Ca y est !… V’là que ça la reprend…
- Mais non, mais… il y en a tellement ils me considèreraient comme une je sais pas trop quoi s’ils savaient…
- Ca, c’est sûr…
- Et peut-être toi aussi finalement… C’est ce que je me dis des fois… Peut-être toi aussi… Et tu veux pas me le dire…
- Mais jamais de la vie !… Qu’est-ce tu vas chercher ?…
- J’aimerais pas… Ah non alors !… Parce que t’es le seul à qui je peux parler… Je veux dire... Parler vraiment… De tout… Presque tout… Sans jouer la comédie… Sans vouloir toujours avoir l’air… Et si c’était ça… Si toi aussi tu me jugeais mal… Je pourrais plus… Et comment ça me ferait mal à l’intérieur… Bon, mais faut que j’y aille… Je vais me faire engueuler sinon… Ah oui… J’oubliais… Ma mère elle sera à la maison cet après-midi… Et elle a dit comme ça que tu pouvais passer si tu voulais pour ton truc là… ton questionnaire…


Midi

Le rideau… Encore ce rideau… Ca m’a pris d’un coup… Je suis descendu… J’ai traversé… Leur immeuble… La porte de leur appartement… J’y ai collé l’oreille… Un couple proclamait son plaisir en sourdine… Un film évidemment… J’ai cru discerner, en superposition, un clapotis… Des halètements… Pauline… A moins que mon imagination m’ait joué un tour… Que j’aie pris mes désirs pour des réalités… Au-dessus on a marché… Commencé à dévaler l’escalier… Je me suis éclipsé…


18 heures

- Faut reconnaître… C’est quand même pas mal tendancieux votre truc, là… Mais rien d’étonnant… C’est des psys qu’ont pondu ça, non ?… Et les psys – c’est bien connu – ça ramène toujours tout à la même chose… Il y a que ça qui les intéresse finalement… Ils sont tracassés, hein ?!… Bon… Mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ?… Que ma vie sexuelle est un désert ?… Ben oui… Oui… C’est un désert… Complet… J’ai beau être pas trop mal fichue, du moins je crois… C’est le néant… Une femme comme moi les hommes ils s’approchent pas… Ils se méfient… Je suis seule… Libre… C’est le piège absolu… Je vais essayer de leur mettre le grappin dessus… Ils en sont persuadés… J’ai forcément que ça en tête… Et ils fuient… Ils se rabattent sur des femmes mariées… Elles au moins elles vont pas chercher à se caser… C’est du moins ce qu’ils s’imaginent… Mais c’est pas gagné… Parce qu’il y en a neuf sur dix si elles regardent ailleurs c’est que ça va plus avec leur légitime et qu’elles lui cherchent un remplaçant… Et si elles croient l’avoir trouvé alors là ils ont tiré le gros lot… Non seulement ils pourront pas les décramponner, mais en plus, à un moment ou à un autre, ils auront des tas d’histoires avec le mari… C’est obligé… Bon, mais je m’égare là… C’était pas votre question… Votre question… Bien sûr je pourrais aller traîner les bars le soir… Je me trouverais forcément quelqu’un pour la nuit… Mais peut-être que je suis trop coincée pour ça… Ou que j’ai trop de principes… Ou alors que je suis trop orgueilleuse… Ca a quelque chose de profondément humiliant pour une femme de quémander un peu de plaisir comme ça auprès du premier venu… Non ?… Vous trouvez pas ?… Moi, j’ai beau essayer… J’y arrive pas… Non… Ce que je voudrais… Je demande pas grand chose… Ce que je voudrais, c’est un gentil garçon – peu importe son âge – qui soit tendre… Qui soit câlin… Qu’ait envie de me faire souvent l’amour… Faut pas être hypocrite… Ca compte… Qui me laisse rester longtemps sur son épaule après… Sans bouger… Sans rien dire… Qui parle quand même… Mais à d’autres moments… Qu’ait des tas de trucs à me raconter… Des tas de projets… Des tas de passions… Qui sache m’étonner… Me surprendre… Qui m’écoute aussi… Faut pas non plus qu’il tire toute la couverture à lui… Qui ait envie qu’on fasse des choses ensemble… Que je me sente bien avec… Et surtout qu’il insiste pas pour qu’on vive ensemble… Parce que c’est le meilleur moyen de tout foutre par terre… Dès qu’on se met à partager les emmerdes du quotidien… De ce côté-là j’ai assez donné…
Elle s’est tue… Sa cuisse a effleuré la mienne… Comme par inadvertance… Elle m’a souri… A failli dire quelque chose…
- Oui ?…
- Non… Rien… Rien…
Elle s’est appuyée plus franchement… Epaule contre épaule… Genou contre genou… La porte d’entrée… Elle s’est précipitamment levée…
- C’est ma fille… C’est Pauline…
Dont la porte de la chambre a aussitôt claqué…
- Qu’est-ce qu’elle a encore ?… Faut que j’aille voir… On reprendra demain… Si vous êtes disponible bien entendu…


23 heures 30

Donc… je ne me suis pas enfui… J’ai regardé une bonne demi-heure durant un dénommé Nicolas – un type d’à peu près mon âge – s’occuper d’Emilie… Bien apparemment puisqu’elle a gémi, hoqueté et éperdûment sangloté sans détourner un seul instant, jusqu’au bouquet final, son regard du mien…



Vendredi 25 Septembre 2009

- T’as failli faire la connaissance de ma sœur hier à ce que ma mère m’a dit ?…
- Seulement failli…
- T’as pas perdu grand chose… Ca a beau être ma sœur… Elle est pas franchement intéressante…
- C’est pas le grand amour, hein, toutes les deux…
- Non, mais attends !… Si tu savais tous les sales coups qu’elle m’a faits… Depuis toujours… Et je parle pas seulement des mecs… Qu’elle a systématiquement essayé de me piquer… Il y a rien qu’est à moi avec elle… Elle s’approprie tout… Mes sapes que je retrouve dans ses affaires… Mes DVD… Que je cherche au milieu des siens pendant des heures et des heures… Tout j’ai intérêt à planquer… Tout ce à quoi je tiens… Sinon… T’as plus de vie avec elle… Tu sais ce qu’elle m’a fait l’autre jour ?… Elle m’a téléchargé des trucs sur mon ordi… Sans me le dire en plus… Dans mes documents… Plein… Et de ces cochonneries !… Que tu peux même pas avoir idée… T’imagines si Cedric il était tombé là-dessus ?… Cedric ou n’importe qui d’autre d’ailleurs… De quoi j’aurais eu l’air ?… Pourquoi sur le mien en plus ?… Elle a le sien d’ordi… Mais tu sais pas le plus beau ?… Elle m’a engueulée – mais engueulée d’une force ! – parce que j’avais viré tout ça… Tu parles !… Pour l’intérêt que ça avait !…


11 heures

Ben si !… Si que ça en avait de l’intérêt… Beaucoup… Une véritable mine… Parce que ça parlait d’elle… Ca disait ce qui l’émeut Pauline… Ce qui la met dans tous ses états… Ca disait à quoi elle pense quand elle tire le rideau et qu’elle se retrouve en tête à tête avec elle-même…


Midi

Emilie est passée en coup de vent…
- Avant qu’il rentre mon mari… Il va pas tarder… Alors ?… Comment t’as trouvé hier soir ?… On n’a pas eu le temps de parler… Vu comment il m’avait crevée l’autre… Ca t’a plu ?… T’as aimé ?… Oui, hein ?!… Tu vois que ça valait le coup de rester… Moi aussi j’ai aimé… Il y a rien qui me fait plus d’effet que quelqu’un qui me regarde en train de m’envoyer en l’air… Surtout si c’est quelqu’un comme toi avec qui je couche pas… Et avec qui je coucherai jamais… Parce que j’ai pas envie… Mais alors là pas du tout… T’es puceau, hein ?… Je suis sûre que t’es puceau… A 25 ans !… Non, non, dis rien !… Tu vas inventer… Forcément… T’as ton petit amour-propre de mâle… Mais t’es puceau… J’en donnerais ma main à couper… T’es puceau et tu vas le rester… Un bon moment… Ca se sent ces choses-là… Et moi ça m’arrange… Comment ça ajoute du piment !… Bon… Mais tu me fais plus faux bond, hein, maintenant !… Chaque fois que j’aurai quelqu’un tu… Je file… Je crois bien que j’entends mon mari…


18 heures

Un maquillage nettement plus appuyé… Une robe semi-habillée… Un collant noir… Elle a pris place à côté de moi…
- Bon… On en était où ?… Ah oui… Oui… Alors… Mon tout premier ça a été le père de Pauline… Qui serait aussi – ça ne faisait pas pour moi à l’époque l’ombre d’un doute – le dernier… J’étais folle amoureuse de lui… Il ne pouvait pas ne pas l’être de moi… Ca coulait de source… Et je n’ai rien vu venir… Si tant est qu’il y avait quoi que ce soit à voir venir d’ailleurs… Parce qu’avec le recul j’ai fini par me dire que c’était inéluctable… Il était totalement immature… Avec moi il avait voulu jouer au grand… A l’adulte responsable… Ca l’a amusé… Un temps… Ce n’était pas un rôle pour lui… Il y était totalement à contre-emploi… Il a réclamé un enfant à cor et à cri… Un caprice… Un de plus… Auquel je n’aurais jamais dû céder… En tout cas pas à ce moment-là… Six semaines après la naissance de Pauline il a pris la fuite… Il a disparu, un beau matin, sans le moindre commencement de début d’explication…
- Et vous ne l’avez jamais revu…
- Jamais… Je n’ai jamais eu de nouvelles non plus… Et il y a belle lurette que j’ai cessé d’en chercher…
- Et après… Ca a été le père de Charline…
- Oui, oh, pas tout de suite quand même !… Il m’a fallu digérer… Reprendre confiance… Il s’est montré d’une patience avec moi !… D’un tact… D’une sollicitude… Ce qui ne m’a pas empêchée de tout gâcher… Mon angoisse, c’était de le voir disparaître, du jour au lendemain, comme l’autre… Ce que j’ai pu lui rendre la vie impossible avec ça !… Je ne m’en rendais pas compte… Ou plutôt si !… Mais c’était plus fort que moi… Je l’obligeais à jurer… A justifier… A promettre… A longueur de journée… Il a fini par craquer… Il en a vu une autre… D’abord en cachette… Une autre plus sereine… Plus apaisante… Il m’a quittée pour elle… Si c’était à refaire… Le pire, c’est que si c’était à refaire je ne pourrais sans doute pas m’empêcher de refaire exactement la même chose… Malgré toutes les bonnes résolutions que je pourrais prendre…



Samedi 26 Septembre 2009

- J’ai rêvé de toi cette nuit… Enfin… De nous plutôt…
- Ah oui ?!… Eh bien raconte !…
- Je sais pas si je dois… C’est tellement bête !…
- Dis toujours…
- On était dans un musée… Un truc comme ça… En tout cas il y avait plein de tableaux accrochés au mur… Et une douzaine de types qu’arrêtaient pas de nous suivre… Qui se collaient carrément à nous… A moi plutôt… Et tu sais pas pourquoi ?… Parce que le plancher par terre il faisait comme un grand miroir qui réfléchissait tout ce qu’il y avait au-dessus… Du coup tous les types ils voulaient voir sous ma jupe… Et toi, tu te mettais en colère… Tu disais comme ça que c’était de ma faute… Que c’était parce que j’avais pas de culotte… Que si j’en avais mis une ce serait pas arrivé… Et moi je disais que non… Qu’ils auraient voulu regarder pareil…
- Et on ne songeait ni l’un ni l’autre à s’en aller ?…
- Ben non… Au contraire… Toutes les salles on faisait… Les unes après les autres… Avec tout le cortège derrière…
- Tu aimais ?… Que tous ces types aient envie de regarder sous ta jupe… tu aimais ?…
- Ah non alors !… Comment ils étaient lourds !… Et on s’engueulait tous les deux à cause d’eux en plus…
- Mais s’ils s’étaient montrés plus discrets tu aurais aimé ?…
- Je sais pas… Peut-être un peu, oui… Toutes les filles elles aiment bien leur faire de l’effet aux hommes, non, tu crois pas, toi ?…
- Si… Bien sûr que si… Mais pas forcément en les laissant regarder sous leur jupe…
- Mais moi non plus !…
- Tu l’as jamais fait ?… Tu t’es jamais débrouillée pour laisser entrevoir quelque chose, sans en avoir l’air, mine de rien…
- Des fois ça arrive sans qu’on le fasse exprès…
- Et d’autres fois ?…
- Peut-être… Je sais pas… Je sais plus…
- Mais si tu sais !…
- Quelquefois un peu… Pas très souvent… Presque pas…
- Et laisser voir que t’as pas de culotte tu l’as déjà fait ?…
- Oh, non !… Non… Ce serait bien trop dangereux… Avec tous les clients qui me connaissent… Ca ferait le tour du pays… Et bonjour la réputation après…
- Mais ailleurs… Loin…
- Même… On sait pas comment ça peut tourner… Avec tout ce qui leur passe par la tête des fois aux types…
- Faudrait que quelqu’un t’accompagne… Ils viendraient pas s’y frotter…
- Oui, mais…
- Ca te tenterait pas ?… Bien sûr que si que ça te tenterait… Tu ferais pas des rêves pareils sinon… Et il y aurait pas cette petite flamme sombre qui danse dans tes yeux depuis bientôt dix minutes…
- On peut pas avoir de secret avec toi… Aucun… C’est pas possible… On est toujours toute nue…
- Ca te gêne tant que ça ?…
- Non… Non… Parce qu’on se sent pas en danger… Jamais… Au contraire… Je sais pas pourquoi, mais ça a quelque chose de profondément rassurant…
Elle s’est levée, a hésité…
- C’est dimanche demain…
- Ce qui veut dire que tu travailles que le matin…
- Et que l’après-midi on pourrait peut-être… Mais seulement si tu veux, hein !… Si t’as envie…
- T’as de ces questions par moments…


11 heures

Pas de rideau tiré ce matin… Au grand désappointement de Pauline qui piaffait manifestement d’impatience en attendant que Violette libère les lieux et lui permette de se livrer à son occupation favorite… Mais Violette – pourquoi est-on allé l’affubler d’un prénom pareil ?… Il faudra que je lui pose la question – n’y semblait pas le moins du monde disposée… Elle allait… Elle venait… Repartait… Revenait… Pauline, elle, s’affalait de tout son long sur le canapé, se relevait d’un bond, marchait de long en large, déplaçait des objets au hasard, se laissait à nouveau tomber dessus de toute sa hauteur… Recommençait… Elles se sont croisées… Une fois… Deux fois… Cinq fois… Et puis, sans que rien ait pu le laisser prévoir, elles se sont fait face… Avec de grands gestes… Avec, à l’évidence, de grands éclats de voix… Violette lui a lancé une gifle… Une deuxième… Pauline s’est enfuie… A disparu… Sans doute dans sa chambre…



Dimanche 27 Septembre 2009

- Il m’a appelée Cedric hier soir… Ca l’a pris comme ça… D’un coup… Il voulait qu’on se voie…
- Et tu y as couru…
- Ben oui… Oui… Je m’étais pourtant bien juré que non… Que je le ferais mariner dans son jus… Chacun son tour… Mais non… Bien trop contente… Heureuse… J’y ai volé là-bas… Je donnerais tout au monde pour être cinq minutes dans ses bras… Juste cinq minutes… J’en suis dingue de ce mec… Plus il a l’air de s’en foutre de moi et plus je suis accro… C’est de la folie… Tout le monde me le dit pourtant – toutes mes copines – que j’ai rien à en attendre… Qu’il faut entendre comment il parle de moi… Je le sais bien tout ça… Et même encore plus… Je sais bien comment il est quand il est avec moi… Pour quoi il me prend… Je le vois bien… Il n’empêche…
- T’espères quoi alors finalement au juste?…
- Rien… Je demande rien… Seulement d’être un peu avec lui de temps en temps… Ca me suffit… Enfin non… C’est pas vrai… Ce que j’espère, c’est qu’il change… C’est qu’il se mette à tenir un minimum à moi… Et qu’on soit heureux tous les deux… J’en ai tellement envie par moments que je me dis que c’est pas possible que ça n’arrive pas… Ca n’arrivera pas, je le sais bien… Mais de pas y croire, au moins un peu, je pourrais pas le supporter… Alors… Bon, mais allez !… A tout à l’heure… Tu m’attends, hein ?… Au même endroit…


19 heures

J’étais en avance… Elle aussi… Elle a couru vers moi…
- Tu sais pas ?… Tu sais pas quoi ?…
Les yeux brillants d’excitation…
- Cedric… Il veut encore me voir… J’y vais…. Tu m’en veux pas ?… Je peux pas ne pas y aller… C’est vrai, hein ?… Tu m’en veux pas ?…
- Mais non !… Va vite…
Elle s’est retournée au moment de disparaître avec un petit signe pressé de la main…

Bon… Et maintenant ?… J’allais faire quoi ?… Ca s’est imposé avec évidence… Oui… Je suis monté… J’ai sonné… Elle a entrebaîllé la porte…
- Ah, c’est vous !… Je me demandais qui c’est qui pouvait bien un dimanche… Eh bien entrez !… Restez pas là !… Et excusez-moi : je me suis même pas habillée… Quand je suis toute seule comme ça sans les filles et que j’attends personne…
Elle a resserré la ceinture de son sempiternel peignoir de soie noire…
- Asseyez-vous !… Vous n’avez pas apporté votre questionnaire ?…
- Pas aujourd’hui, non… Je suis juste passé discuter un peu comme ça à bâtons rompus…
Elle a pris place à mes côtés…
- C’est gentil de venir consacrer un peu de votre temps à une vieille femme comme moi… Vous avez certainement beaucoup mieux à faire… J’apprécie d’autant plus que mes week end ne sont pas toujours très drôles, vous savez !… Quand on est seule… Mais je ne vais pas vous ennuyer encore avec ça…
- Vous m’ennuyez pas…
- Bon… Mais parlez-moi de vous un peu… Je n’en sais quasiment rien…
- Il n’y a pas grand chose à dire… Je suis quelqu’un de très ordinaire…
- Et modeste avec ça…
Elle a soudainement posé sa main sur la mienne…
- Pourquoi vous êtes venu ?…
- Je vous l’ai dit… Pour…
- Non, mais la vraie raison…
Je n’ai pas répondu… J’ai effleuré son genou… Du bout des doigts… Elle a frémi… Le long de la cuisse sous le peignoir… Elle a laissé tomber sa tête sur mon épaule… Plus haut… Elle a fermé les yeux…

- Il y avait longtemps… Si longtemps… J’avais presque oublié comment c’était… Mais que c’est bon !… Mon Dieu, que c’est bon !…
- On a vu… Vu et entendu…
- Et pour toi ?…
Je lui ai répondu d’un baiser…
- T’es pas trop déçu ?…
- Sois pas idiote, veux-tu !…
- Du premier jour que je t’ai vu j’ai eu envie de toi… Sans vouloir y croire vraiment… Tu es jeune… Tu es beau… Toutes les filles te tombent forcément dans les bras… Alors qu’est-ce que tu serais allé jeter les yeux sur une femme comme moi ?… Qui a le double de ton âge… Et pas grand chose pour retenir l’attention…
- Tu n’es peut-être pas la mieux placée pour en juger…
- Oui, oh !… Mais t’es mal, là, non ?… Il est pas confortable ce canapé… Tu vas te casser le dos… Viens !…
Dans sa chambre… Dans son lit… Où elle est venue se blottir contre moi… Se presser contre moi…
- Tu es tout dur… Tu es encore tout dur… Laisse !… Laisse-moi faire… Chacun son tour…



Lundi 28 Septembre 2009

- Tu m’attendais ?…
- Ben oui… Oui… Je m’étais dit que peut-être… Comme lundi dernier…
- Je suis désolée… J’aurais dû te prévenir… Mais…
- Mais tu vas retrouver Cedric…
- Pour une fois qu’il en est… Ca durera pas… Je le connais… Alors j’en profite… T’es pas trop fâché ?…
- Bien sûr que non… Pourquoi je serais fâché ?…
- Ben parce que… Bon, mais tu verras… Après on aura plein de temps à nous… Allez, je me sauve…


10 heures

Pauline assise sur le canapé… Face à la fenêtre… Face à moi… Pauline occupée à se couper soigneusement, un à un, les ongles des pieds… Une jambe relevée, la tête posée sur le genou… Puis l’autre… Sa petite culotte noire l’a très longuement épousée… Elle s’est levée… Rideau…


22 heures

J’y suis monté en début d’après-midi… A tout hasard… Elle était là… Et elle a été dans mes bras… Blottie contre moi… Nos lèvres… Nos désirs conjugués… Elle m’a doucement repoussé… Une fois… Deux fois…
- Qu’est-ce qu’il y a ?… Tu veux pas ?… T’as pas envie ?…
- Mais si, c’est pas ça !… Mais… mes filles… elles peuvent rentrer à tout moment… L’une ou l’autre… Il faut pas, tu comprends…
Evidemment que je comprenais… Evidemment…
- Eh bien on va chez moi alors… J’y retourne… Et je t’attends…

- Tu m’épuises…
- Oh, mais rêve pas !… C’est pas fini…
- J’étais pas sûre, tu sais…
- T’étais pas sûre ?… T’étais pas sûre de quoi ?…
- Que je te reverrais quand t’es parti hier… Il y en a plein à ta place j’en aurais plus jamais entendu parler… Ni pour le questionnaire ni pour quoi que ce soit d’autre… Une fois qu’ils auraient eu ce qu’ils voulaient…
- Eh bien tu vois…
- Mais faut que je te dise… Si !… C’est important, tu sais !… Je veux que tu changes rien du tout dans ta vie pour moi… Je veux pas t’encombrer… Je veux pas te peser… Il faut que tu continues tout exactement comme si j’étais pas là… T’as envie qu’on se voie on se voit… T’as pas envie on se voit pas… Je demande rien… Je n’exige rien… Sors avec tes copains… Amuse-toi avec les filles de ton âge… C’est sûrement pas moi qui y trouverai quoi que ce soit à redire… Je n’ai aucun droit sur toi… Absolument aucun…

Elle s’est redressée sur un coude… A soupiré…
- Qu’est-ce que je suis bien avec toi !… Mais va falloir que j’y aille… Elles vont se demander où je suis passée sinon…
- Qu’est-ce tu vas leur dire ?…
- Rien… J’ai pas de comptes à leur rendre… Ca les regarde pas… Et d’ailleurs…
- D’ailleurs ?…
- Tu vois Charline quelquefois à la boulangerie…
- Ne t’inquiète pas… Elle saura rien…
- Merci… Je préfère… Je préfère les laisser en dehors de tout ça… C’est mieux… Pour tout le monde… Bon, ben voilà… J’y vais…
- On se revoit quand ?…
- Quand tu voudras…
- Non… Quand tu voudras, toi… C’est toi qui vas venir ici maintenant puisque…
- Comment je saurai ?… Que t’es là ?… Que je te dérange pas ?… Que t’as envie de me voir ?…
- Il y a des portables, non ?…
- Ah oui, c’est vrai… Que je suis bête !…

Ca faisait pas cinq minutes qu’elle était partie qu’Emilie grattait à la porte…
- Eh ben dis donc !… Et moi qui te croyais puceau… Tu caches drôlement bien ton jeu… C’était qui ?…
- Une femme…
- Oui, ben ça !… Mais qui ?… Tu peux bien le dire… De toute façon je la croiserai forcément un jour ou l’autre dans l’escalier…
- Tu connais pas…
- Bon, mais tes copains, là… Que soi-disant tu devais les faire venir et t’arranger pour que je les voie c’est pour quand ?…
- Quand tu veux…
- J’aurai Nicolas demain… Peut-être qu’après, quand il sera parti, je serai obligée de venir prendre ma douche chez toi vu que la mienne sera en panne… C’est con, hein !… Ils pourraient être là, eux, et je serais censée pas le savoir…
- C’est tout à fait envisageable…
- En attendant t’as rien oublié ?…
- Non… Quoi ?…
- C’est toi qui devais nous préparer le repas ce soir… Heureusement que je me suis doutée… Que je m’en suis occupée…



Mardi 29 Septembre 2009

- Alors ?… C’était bien ton week end ?…
- Dans un sens oui… Et dans un autre pas du tout… Et toi ?… Tu m’en as pas trop voulu ?… Te faire faux-bond comme ça au dernier moment… Et deux jours de suite en plus… Qu’est-ce t’as fait du coup ?…
- Rien… Rien de spécial…
- Tu sais ce que j’ai pensé cette nuit quand je dormais pas ?… Qu’il y a quelque part où on pourrait aller tous les deux la prochaine fois… Sauf que c’est loin…
- C’est où ?…
- 200 kms… A peu près… Et au moins là-bas je serais sûre que personne me connaît… Parce que tu sais le musée dont je t’ai parlé l’autre jour, dans mon rêve, ben il existe vraiment… C’est pas un vrai musée d’ailleurs… Plutôt un truc d’exposition… Avec un par terre que c’est carrément du miroir par endroits… En alternance avec du vrai plancher… Et en repensant à tout ce qu’on a causé samedi tous les deux je me dis que j’aimerais quand même bien savoir ce que ça fait, au moins une fois, qu’il y ait des types qu’essaient de te regarder dessous quand t’as rien… Il y a que toi qui peux comprendre ça… Il y a que toi qui peux m’accompagner dans un truc pareil… Pour me défendre si il faut…


22 heures

- Ah, le v’là le type !…
Effectivement… Il a sonné… Elle a ouvert…Boris et Alexandre sont allés s’asseoir à la tête de mon lit, chacun d’un côté, ont collé l’oreille à la cloison…
- Ca parle pas…
- Non, mais ça y attaque déjà…
- Il sait y faire…
- Ou bien alors elle est vraiment très gourmande…
- Ca prend son élan…
- Et pas qu’un peu…
- Comment ça s’agite !… Ecoute le sommier…
- Ils ont passé la surmultipliée…
- Elle va pas tarder à couiner… Tiens, qu’est-ce que je disais !?… Ca y est !…
- Et elle fait pas semblant…
- Comment ça donne envie !… Non, mais comment ça donne envie !…
- Elle est foutue comment ?… Mignonne ?…
- Vous verrez bien…
- Mais t’es sûr qu’elle va venir ?…
- Certain…
- C’est fini on dirait…
- Oui… Il se casse le type…
- Ben c’est du vite fait…

- C’est moi !…
Et elle est résolument entrée, enchâssée dans un petit peignoir bleu mi-cuisses…
- Ah, mais t’es pas tout seul… Je dérange ?…
- Non… Non… C’est Boris et Alexandre… Tu sais bien… Je t’ai parlé d’eux…
- Ah oui…
Sans paraître y prêter vraiment attention…
- Bon… Tu sais pourquoi je suis là, je suppose… Ma douche me fait encore des siennes… Je t’emprunte la tienne…
Et elle est allée s’enfermer dans mon petit réduit-salle de bains… D’où elle a presque aussitôt appelé…
- T’en as quelque part du gel douche ?… Il est fini le flacon…
- Dans le tiroir… A côté du lavabo…
- Oui… Ben viens me le donner… Je vais te mettre de l’eau partout sinon…
Ce que j’ai fait… En laissant délibérément, le temps de le lui trouver, la porte ouverte… En écartant le rideau, pour le lui tendre, un peu plus longtemps qu’il n’était vraiment nécessaire… Pour le plus grand bonheur de Boris et d’Alexandre…
- Un sacré petit lot ta voisine !…
- Oui… On ferait bien plus ample connaissance…
Quand elle est ressortie elle a aussitôt filé chez elle… Sans un mot… Sans un regard… Pour personne…

- Ils sont partis…
- Oui… J’ai entendu… Pourquoi ils ne se sont pas manifestés, comme l’autre fois, pendant que ?…
- Ils ont préféré écouter… Et discrètement commenter…
- La prochaine fois, pour moi, ils auront un visage…
- Et tu en auras un pour eux…



Mercredi 30 septembre 2009

- Tu sais pourquoi il tenait tant à me voir Cedric ce week end ?… Parce que l’autre avec qui il sort elle était pas libre… Partie à un mariage… Ou je sais pas trop quoi…
- Ah, parce que…
- Il y en a une autre, oui… Je te l’avais pas dit ?… Une qu’il avait déjà avant moi… Qu’était revenue… Repartie… Encore revenue… Soi-disant qu’il l’avait définitivement quittée… La preuve que non… Il l’a toujours… Et quand il l’a pas sous la main c’est moi qu’il siffle… Sympa, non ?… Texto il l’a dit… On me l’a rapporté… « - Je vais siffler Charline… Faut bien que je me les vide… Et elle est toujours prête à écarter les cuisses Charline… »
- Et tu supportes ça ?…
- Je savais pas…
- Mais maintenant tu sais… Tu vas faire quoi ?…
Les larmes lui sont montées aux yeux…
- Je peux pas… C’est pas la peine que je me raconte d’histoires… Je pourrai jamais… Je suis nulle, hein ?!…
- Mais non, t’es pas nulle… Seulement…
- Oh si, je suis nulle, si !… Parce que n’importe quelle fille à ma place elle lui mettrait deux tartes dans la gueule et elle tirerait un trait… Pas moi… Moi, je vais faire celle qui sait rien… Qu’est au courant de rien… La dinde… Parce que je l’ai complètement dans la peau… Parce que si je le plaque il me récupère quand il veut… Et s’il le fait pas au bout de trois jours c’est moi qu’irai le chercher… Prête à en passer par tout ce qu’il voudra… C’est moche, hein ?!... Je suis moche… J’ai honte… Une fille comme moi je sais vraiment pas ce qu’on peut lui trouver… Même toi… Même pour parler…


Midi

Ce que Pauline guettait aussi fébrilement, par la fenêtre, ce matin, c’était le facteur… Son colis elle l’a fébrilement ouvert sur le canapé… Un plug… Des boules de geisha… Et « quelque chose » dont je n’ai pas pu, malgré mes jumelles, déterminé la nature… Rideau… Evidemment rideau… Puisque demain, en principe, s’ouvre pour elle une nouvelle ère… Pour moi aussi ?…


17 heures

Elle a posé sa tête sur ma poitrine…
- En tout cas ce qu’il y a de sûr c’est que, physiquement, je me suis rarement entendu aussi bien avec quelqu’un… D’instinct tu sais ce qu’il faut faire… Et à quel moment il faut le faire… Je regrette pas… Ah non, alors !… Mais je le sentais… Il y a quelque chose en moi qui l’a senti… Dès que je t’ai vu… En attendant non mais comment est-ce que j’ai pu m’en passer aussi longtemps ?… Comment ça a pu pas me manquer ?… C’est maintenant que je m’en rends compte…
M’a doucement redessiné le visage avec ses doigts…
- Tu sais qu’on se demande ce qui m’arrive ?… Au boulot… Il paraît que je suis mieux… Beaucoup mieux… Plus détendue… Epanouie… Ca doit être vrai puisque depuis huit jours c’est pas moins de dix à douze personnes qui m’ont fait la remarque… Mais celle qui a vu le plus clair, c’est encore Charline qui m’a demandé hier soir si j’étais amoureuse… « - Non… Pourquoi tu me demandes ça ?… - Parce que… T’as l’air qu’on a quand on l’est… Et puis t’es toute gaie… T’arrêtes pas de chanter… Ca pourrait, hein ?… Pourquoi ça pourrait pas ?… »


22 heures

- Je crois que je vais les inviter à dîner avec toi…
- Ce sera pas pour me déplaire…
- A eux non plus… Tu leur as fait de l’effet, tu sais… Et ils se sont lancé un défi… A celui qu’arriverait à te mettre le premier dans son lit…
- Z’ont le droit de rêver…
- Ils te plaisent pas ?…
- Ils ont pas à me plaire ou à pas me plaire… Comme je t’ai déjà dit, c’est pas parce que je couche avec trois ou quatre mecs que je couche avec TOUS les mecs… Je choisis… Selon mon bon plaisir… Et ces deux-là, tout comme toi, ils ont aucune chance… Je me les réserve pour d’autres plaisirs… Plus subtils… Ils pourront, par contre, me voir à l’œuvre… Avec Olivier… Ou Nicolas… Ou un autre… Plus un type il a envie de moi et plus il a de chances de me voir avec un autre… Sans jamais toucher le gros lot… C’est comme ça… Parce que ça m’excite… Et pas qu’un peu !…



Jeudi 1er Octobre 2009

- Tu sais pas ce qu’elle m’a dit une copine ?… Olivia… Qui fait des études un peu dans ton genre… Que toute ma vie je tomberai sur des types comme Cedric… Obligé… A cause de mon père… Parce qu’il en a jamais rien eu à foutre de moi… Alors inconsciemment c’est lui que je cherche… Pour l’obliger à faire attention à moi à travers eux… Sauf que c’est perdu d’avance… Parce que eux c’est pas leur histoire… Et parce que j’ai besoin, en fin de compte, que mon père il continue à en avoir rien à foutre de moi…
- Ca, c’est le genre de théorie…
- C’est pas vrai ?…
- C’est ni vrai ni faux… C’est une construction intellectuelle… Comme il y en a tant… C’est toujours plus facile de brandir un schéma tout fait dans lequel on va faire entrer les gens de gré ou de force que d’écouter ce que chaque individu en particulier a à dire…
- Peut-être que je pourrai quand même rencontrer un jour quelqu’un qui sera pas comme Cedric alors ?… Qui me prendra pas pour une moins que rien ?…
- Ben évidemment…
- Oh, merci, merci…
- J’y suis pas pour grand chose, tu sais…
- C’est quand que je vais le rencontrer ?…
- Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?!… Je suis pas voyant…
- Oui, c’est vrai… Je suis bête…
- Mais alors, si je comprends bien, Cedric c’est fini…
- Pas vraiment… C’est juste pour le cas où… Si jamais… Peut-être que c’est lui qui me quittera finalement…


11 heures

J’étais là-bas à l’ouverture… Et Pauline, elle, à la caisse n° 8… Dont une collègue ( ou une chef ?… ) était en train de lui expliquer le fonctionnement… J’ai pris ce qui m’est tombé sous la main – un paquet de lames de rasoir – et j’ai été son premier client… Est-ce qu’on oublie un premier client ?… Je ne l’avais jamais vue d’aussi près… Elle ressemble assez peu à Charline, tout compte fait… Ni même à sa mère… Elle a les traits un peu lourds, irréguliers, quelque chose de très dur dans le regard, mais possède, malgré tout, un charme indéniable… Et maintenant ?…


16 heures

Un petit saut à la fac… Il faut bien, de temps en temps, se donner bonne conscience… J’aurais mieux fait de m’abstenir parce que je suis tombé sur Aglaé… Le cauchemar Aglaé… Plus conformiste et obstinément sans relief qu’Aglaé ça n’existe pas… Elle a évidemment cru bon de me faire la morale… Et pourquoi j’assistais pas aux cours ?… Qu’est-ce que je faisais de mes journées ?… Si je croyais que c’était comme ça que j’allais avoir mes examens… Je changerais pas, hein ?… Je le regretterais plus tard… Je le regretterais forcément… Et patati… Et patata… Je l’ai quittée sur un retentissant « - Oui, maman… »


22 heures

- J’ai réfléchi finalement…
- Ah…
- Et je suis partagée… Oui, parce qu’Olivier il déménage… Et là où il va aller habiter c’est pas la porte à côté… Donc… Donc on va nettement moins se voir tous les deux… Nicolas, lui, sa copine commence à se douter de quelque chose… Il va prendre profil bas… Au moins un certain temps… Reste Frédéric… C’est pas le plus doué… Et Sébastien… C’est pas le plus assidu… Mes journées – et surtout mes soirées – risquent de devenir quelque peu moroses… La solution ?… Recruter… Ce ne sont pas les candidats qui manquent… Mais ça prend du temps… Ca demande de l’énergie… Il faut sélectionner… Tester… Ecrémer… Courir le risque de s’encombrer de quelques balourds dont on mettra un temps fou à se débarrasser… Celui de tomber sur quelque coincé qui n’acceptera pas qu’on assiste à nos ébats… Pourquoi se compliquer la vie ?… Alors que j’ai ce qu’il me faut sous la main… Tes deux petits camarades et toi… Vous ne demandez que ça… Vous n’attendez que ça… Ca signifie pas que vous allez y avoir droit tous les trois… Non, non, non… Faut pas rêver… Il y en aura qu’un… Et encore à condition que ça se fasse… J’ai pas complètement décidé… Mais si ça se fait il y en aura qu’un… Les deux autres il faudra qu’ils se contentent de regarder… Tant qu’ils voudront… Mais seulement regarder… Ca peut être drôlement amusant, non, tu trouves pas ?… Moi, si !… Excitant même… Surtout au début quand vous allez faire tous les trois des pieds et des mains pour occuper le terrain… Ah oui !… Quels bons moments on va passer !…
- Et tu comptes le choisir comment l’heureux élu ?… Sur quels critères ?…
- Parce que tu crois que je vais te le dire ?… Ah non !… Non !… Ce serait trop facile… Pas de traitement de faveur, mon cher… Sur le même pied que les autres tu seras…





Vendredi 2 Octobre 2009

- Elle a commencé son boulot hier ma sœur…
- Et alors ?… Ca s’est bien passé ?…
- Oui, oh… Comme prévu… Elle trouve tout nul… Les collègues sont connes… Le patron abruti… Le boulot à vomir… Le jour où quelque chose lui conviendra à elle !… Et puis évidemment – mais ça aussi c’était à prévoir – elle s’est amourachée du premier venu… Et quand je dis du premier venu c’est vraiment du premier venu… Le premier type qui s’est pointé à sa caisse hier elle a flashé dessus… Paraît qu’il est beau, mais beau !… Tu parles !… Elle va se faire un film avec pendant quinze jours et puis ce sera au tour d’un autre… Je la connais depuis le temps… De toute façon elle, avec les mecs, vaut mieux qu’il se passe rien… Que ça reste dans sa tête… Parce que sinon…
- Sinon ?…
- Ben sinon elle te leur en fait voir de toutes les couleurs… Un type, pour Pauline, il doit forcément être comme elle a décidé de toute éternité qu’il devait être… Et comme ça n’existe pas, qu’il tient quand même à être ce qu’il est lui, elle te le jette à chaque fois avec perte et fracas en râlant qu’il y en a pas un seul qui tient la route…


11 heures

Je suis évidemment retourné là-bas… Et j’ai évidemment choisi sa caisse… Elle a levé les yeux sur moi avec un rapide « Bonjour, Monsieur… », les a aussitôt baissés, s’est consciencieusement absorbée dans sa tâche… A deux reprises, en me saisissant d’un article, je lui ai effleuré la main comme par mégarde… Elle l’a, chaque fois, précipitamment retirée en rougissant…




18 heures

Elle s’est redressée sur un coude, m’a longuement et silencieusement regardé…
- Il y a des moments j’arrive vraiment pas à y croire… Quelle chance j’ai !… Non, mais quelle chance j’ai de t’avoir rencontré… Faut pas que je la gâche… J’ai pas le droit… Tu me dis, hein ?!… T’hésite pas… S’il y a la moindre chose qui t’agace ou que tu supportes pas chez moi tout de suite tu réagis… Tu me promets ?…
- Mais oui !… Te pose pas tant de questions…
- Tu me trouves pas trop envahissante au moins ?… Non, parce que si je m’écoutais c’est sans arrêt que j’aurais envie de te voir… D’être avec toi… Je m’oblige à me raisonner… Je m’interdis de t’appeler trop souvent… T’as tes études… Tes occupations… Ta vie… Tu ne peux pas ne te consacrer qu’à moi… C’est déjà bien beau que tu m’accordes autant de temps…
Elle s’est tue, m’a picoré le torse d’une multitude de petits baisers…
- Tu sais ce que c’est notre chance, je crois ?… C’est la différence d’âge… Parce qu’on peut pas se bercer d’illusions… Se raconter d’histoires… Je ne vais pas me donner le ridicule d’imaginer qu’on puisse faire ne fût-ce qu’un bout de chemin ensemble… Quant à toi ça ne te viendrait même pas à l’esprit, je suis sûre… Du coup on peut être pleinement dans le moment présent… Sans arrière-pensée… Sans complications… Et c’est très bien comme ça… Non, tu trouves pas ?…
Je trouvais, si… Et je l’ai attirée contre moi…


23 heures

Nocturne au centre commercial chaque vendredi soir… Jusqu’à 22 heures… Je n’allais sûrement pas laisser passer l’occasion… Elle tenait la caisse « Moins de 10 articles » près de l’entrée, m’a jeté, au passage, un regard apparemment indifférent… J’ai pris tout mon temps… Parcouru un à un les rayons… Traîné autant que j’ai pu… J’ai fait mine d’hésiter… Sa caisse ?… Je m’en suis approché… Eloigné… Oui… Sa caisse finalement…
- Vous avez froid ?…
Sa main tremblait en me rendant la monnaie…
- Non… Non… C’est que…
Elle a rougi… Sans terminer sa phrase… J’ai enfoncé le clou…
- Il fait bon pourtant ici…


Samedi 3 Octobre 2009

- Qu’est-ce qu’elle peut se raconter comme histoires !…
- Qui ça ?…
- Ma sœur, tiens !… Soi-disant que le type il arrête pas de revenir et de passer à sa caisse… Et qu’il la regarde avec des yeux, mais des yeux !… Tu parles !… Il a seulement pas fait attention à elle si ça tombe… Et elle… Bon, mais on s’en fiche… T’es toujours d’accord pour qu’on y aille au musée là-haut demain ?…
- Ca dépend de toi…
- Oh ben oui… Oui… Moi, oui… Et tu sais ce que je pourrais faire ?… C’est demander ma matinée… Il m’en reste plein des heures… On aurait tout notre temps comme ça… On serait pas obligés de se presser… T’as une voiture ?… Non ?… Moi, si !… Une vieille… Mais enfin elle marche…
- Eh ben on la prendra…
- Et puis… je voudrais te demander quelque chose… C’est au sujet de ma mère… Si tu continues à la voir pour ton truc, là… Ton questionnaire… Je préfèrerais qu’elle sache pas qu’on y va… Ni qu’on fait des trucs ensemble des fois… Je vais avoir droit à tout un tas de commentaires sinon… Et d’insinuations… J’ai vraiment pas envie… Surtout qu’elle peut être lourde quand elle veut…
- Je n’ai aucune espèce de raison de lui en parler…
- Merci…


11 heures

Je suis allé le prendre devant l’hôpital le car… Pas question qu’elle se doute Pauline, au cas où mon hypothèse et mes calculs seraient justes, au cas où elle s’y trouverait, que j’habite juste en face de chez elle… Elle y était… Assise à l’avant… Je suis passé tout près d’elle, à la toucher, en faisant mine de ne pas la voir… Ce n’est qu’à la descente que…
- Ah, tiens, bonjour !…
- Bonjour…
- Apparemment on va au même endroit…
- Oui…
- Mais pas pour faire la même chose…
- Ah ben ça non…
- Vous n’êtes pas très causante…
- Si… Non… C’est qu’il faut que je me dépêche…
- A tout à l’heure alors… Je passerai à votre caisse… C’est la plus agréable… Et de loin…

Ce que je me suis bien gardé de faire… J’ai discrètement disparu… Histoire qu’elle se pose des questions… Qu’elle se demande pourquoi je n’avais finalement pas mis mon projet à exécution… Est-ce qu’elle avait dit quelque chose qui m’avait déplu ?… Fait quelque chose qui m’avait vexé ?… Ou bien est-ce que je l’avais trouvée décidément trop gourde ?… Oui… Sûrement… Elle a pas fini de s’en poser des questions… Tout le week end… Elle n’en sera que mieux disposée à mon égard, que plus reconnaissante, quand je ferai, mardi ou mercredi, ma réapparition…




16 heures

- Je suis passé vous dire un petit bonjour…
Le voisin…
- C’est gentil… Eh bien entrez !…
- Et vous demander… Vous n’avez entendu parler de rien ?…
- Non… A quel sujet ?…
- Au sujet d’Emilie… De ma femme…
- Non… Pourquoi ?… J’aurais dû entendre parler de quelque chose ?…
- Peut-être que ça se calme alors… Non… Parce que vous savez comment sont les gens… Toujours prêts à raconter n’importe quoi sur n’importe qui… Une femme seule… Toute la semaine… C’est une bénédiction pour eux… Ils peuvent s’en donner à cœur joie… Inventer… Broder… Fantasmer… Ils ne s’en sont pas privés… Si vous saviez les lettres que j’ai reçues !… Un ramassis d’immondices… Dont je n’ai pas tenu le moindre compte… Ce genre de ragots on sait ce que ça vaut… Et j’ai entièrement confiance en ma femme qui – j’en mettrais ma main au feu – n’a jamais donné le moindre coup de canif dans le contrat… Bon… Mais je compte sur vous pour ne pas lui toucher mot de tout ça… Elle est tellement sensible… Ca l’affecterait… Beaucoup… Ca la démolirait… J’ai de la chance, vous savez, d’avoir une femme comme elle… Enormément de chance… Ceci expliquant cela d’ailleurs… Elle est trop parfaite… On est trop heureux… Alors s’ils pouvaient tout nous saccager… Mais je les laisserai pas faire… Je leur ferai pas ce plaisir…


Dimanche 4 Octobre 2009

- On en a un pot… T’as vu ce temps ?… On se croirait en plein été… Génial ça va être…
- A moins que…
- A moins que quoi ?…
- Que Cedric appelle et qu’on fasse précipitamment demi-tour…
- Il appellera pas…
- Oui, mais s’il appelait… tu ferais quoi ?…
- La question se pose pas… Il appellera pas, j’te dis…

- C’est là…
Un grand hall d’exposition… Avec des gens qui entraient… Qui sortaient… En flot continu…
- On y va ?…
- J’ai la trouille… Comment j’ai la trouille…
Je l’ai prise par le bras… Elle s’est laissé entraîner… Aux murs des tableaux… Des photos… D’animaux… De scènes de chasse… Et par terre… Effectivement… Des miroirs… Pour ainsi dire des miroirs… Par plaques… A intervalles réguliers… On s’est arrêtés au hasard… Devant une meute de chiens qui déchiquetaient un cerf… Quelqu’un s’est approché… Tout près… Collé à elle… S’est éloigné…
- On voit ?… On voit vraiment que j’en ai pas ?…
- Ca ne peut pas faire l’ombre d’un doute…
D’autres… Seuls… Toujours seuls… Qui faisaient mine de s’absorber dans ce qu’elle feignait de contempler… Qui s’attardaient… Jamais trop longtemps… Juste ce qu’il fallait… Quitte à revenir… Un peu plus tard… Un peu plus loin… Qui nous faisaient discrètement escorte… En long chapelet étiré… Elle s’est penchée à l’équerre comme pour mieux examiner une petite lithographie affichée tout en bas d’un panneau… Ils se sont pressés derrière elle… A trois… A quatre…

- Non, mais comment il fait beau !… C’est de la folie…
On s’est installés à la première terrasse de café venue…
- Ca y est, hein !… T’as vu ?… Ca y est !… Je l’ai fait…
Les yeux brillants d’excitation…
- Et alors ?… Tes conclusions ?…
- C’est génial… Absolument génial… Encore mieux que quand j’imaginais… Mais heureusement que t’es avec moi… Jamais j’oserais sinon… J’aurais bien trop peur qu’il y en ait qui me suivent après dehors… Qui essaient de me coincer…
- Tiens, voilà un de tes fervents admirateurs justement… Ca fait trois fois qu’il passe et qu’il repasse… Tu devrais lui faire un petit cadeau… C’était l’un des plus assidus tout à l’heure à l’intérieur…
- Un cadeau ?… Comment ça un cadeau ?…
- Faut que je te fasse un dessin ?…
- Oui… Non… Tu crois ?…
- Mais bien sûr !…
Elle a croisé très haut les jambes…
- Ce que tu me fais pas faire !…
Il est revenu… A pas lents… Et lui a lancé, avant de s’éloigner, un regard d’infinie gratitude…

Mon portable a sonné…
- Excuse-moi !… Allo… Oui ?…
- C’est moi… Violette… Je peux passer ?… J’ai trop envie…
- C’est que… je suis pas chez moi…
- Ah oui ?!… Tu es où ?…
- Dans ma famille…
- Excuse-moi… Je suis désolée… Bon… Mais je te dérange pas plus longtemps… Je t’embrasse…
- Moi aussi…
- Quel gros menteur tu fais !… Tu parles comme t’es dans ta famille !… C’est qui ?… C’est ta copine ?… Et tu veux pas qu’elle sache que t’es avec moi, c’est ça ?… Oh, tu peux bien me le dire… Qu’est-ce que ça m’est égal, moi, que t’aies une copine !… Je le sais bien de toute façon que t’en as une… C’est obligé… Ah, tiens, le mien maintenant…
- Et c’est Cedric…
- Non… C’est ma mère… Oui ?!… Hein ?!… Mais qu’est-ce que ça peut te faire où je suis ?… Quoi ?!… Mais je vais quand même pas te téléphoner tous les quarts d’heure… Tu t’inquiètes… Mais de quoi ?… Il m’est jamais rien arrivé… Oui, oh !… Mais écoute, maman, j’ai plus douze ans… Mais j’en sais rien quand je rentre… Tu verras bien… Mais oui !… C’est ça… Bon, ben allez, salut !… Hou la la !… Qu’est-ce qu’elle peut être lourde quand elle s’y met… Elle voudrait tout savoir et rien payer… J’ai quand même bien le droit d’avoir ma vie, non ?… Bon, mais allez, qu’est-ce qu’on fait ?…
- De quoi t’as envie ?…
- Qu’on y retourne un peu là-bas… Avant que ça ferme…


- Et si on restait là ?…
- Comment ça ?…
- C’est lundi demain… Tu bosses pas… On aurait tout le temps de l’arpenter en long, en large et en travers l’expo…
- Et on dormirait où ?…
- Ben à l’hôtel, tiens !… Où tu veux ?…
- J’ai pas d’affaires… Rien… J’avais pas prévu…
- On se débrouillera avec les moyens du bord… Pour une fois…
- Oui, mais c’est que…
- C’est que quoi ?…
- Rien, mais…
- De quoi t’as peur ?… Que je te saute dessus ?… Je suis pas comme ça…
- Je sais bien…
- Eh ben alors ?!… T’inquiète pas, va!… On prendra des lits jumeaux…
- Oh, mais je m’inquiète pas…
- Et Cedric peut dormir sur ses deux oreilles…
- Oh, mais c’est pas Cedric… Je m’en fiche Cedric… Il se prive pas lui… Non… C’est nous… Parce qu’une amitié comme avec toi j’en ai jamais eu… Je veux pas qu’on la gâche… Et ça ce serait le meilleur moyen… Non, tu crois pas ?…

- Tu sais que ça fait une éternité que j’y suis pas allée au resto… Au moins deux ans…
- C’est pourtant l’endroit idéal pour parler…
- Ben justement… Si t’as personne avec qui parler… Parler vraiment je veux dire… Ca n’a aucun intérêt… Et à part toi… Tu t’es pas ennuyé avec moi au moins aujourd’hui ?…
- T’as de ces questions !… Je vois pas pourquoi je me serais ennuyé…
- Ben parce que… Passer tout ton temps juste à m’accompagner comme ça… Ca peut devenir drômement chiant à la fin…
- Il y en a beaucoup qu’ont dû me l’envier ma place… C’était la meilleure… Et de loin…
- Ah, parce que tu…
- Tu t’imagines quoi ?… Que j’ai sagement gardé mes yeux dans mes poches ?… Faudrait être héroïque… Quand on est à côté d’une belle fille comme toi, sur un parquet qui montre tout, et qu’on sait qu’elle a pas de culotte…
- Oui… Non… Je suis idiote… Je sais pas pourquoi dans ma tête…
- En somme, si je comprends bien, dans ta tête n’importe quel inconnu a le droit de te regarder tant et plus, mais pas moi…
- Mais si !… C’est pas ça…
- C’est quoi alors ?…
- C’est que les autres ça m’est égal de les faire juste saliver sans qu’ils aient rien… Au contraire j’aime bien… Tandis qu’avec toi je me trouverais vraiment dégueulasse de faire un truc pareil…
- Alors t’as préféré te faire croire que j’étais aveugle…
- Oui, dans un sens, si… On peut dire ça comme ça…
- Eh bien je le suis pas… Je vois même très clair… Mais le plaisir des yeux peut aussi, dans certains cas, se suffire à lui-même…
- T’es vraiment pas comme les autres, toi… Pas du tout…
- C’est un compliment ?…
- Oh oui, oui… Et un gros…

- On se promène un peu avant d’aller dormir ?… Il fait tellement bon…
- Si tu veux… On va où ?…
- N’importe… Par là… En attendant tu m’as toujours pas répondu si t’avais une copine ou pas…
- Ca a tant d’importance que ça ?…
- Oui… Non… C’est juste pour savoir… Pour mieux te connaître… T’es bien au courant, toi, pour Cedric et moi…
- Parce que t’avais envie de m’en parler…
- Ce qui veut dire que toi t’as pas envie… Quand ils répondent comme ça les mecs c’est qu’ils veulent pas dire qu’ils en ont une qu’en est pas vraiment une… Une qu’ils voient comme ça, mais qui compte pas vraiment… C’est pas vrai peut-être ?… Bon, mais allez… On va dormir ?…

- Pourquoi tu rigoles ?…
- Parce que… Parce que toute la journée, pendant des heures et des heures, j’ai pu te regarder tant que j’ai voulu, tout ce que j’ai voulu et là, d’un seul coup, tu te contorsionnes tant et plus en te déshabillant pour me dissimuler le moindre petit morceau de peau…
- Te moque pas !… C’est idiot, je sais…
- Un peu quand même…
- De toute façon tu y as eu droit pendant des heures, tu le dis toi-même… Alors maintenant tu dois commencer à saturer, non ?…
- Alors ça… Il y a pas de risque…
- T’es vraiment trop, toi, dans ton genre !… Je vois vraiment pas ce que ça pourrait t’apporter de plus…
- Ce serait pour moi tout seul… Et ça me montrerait que tu as confiance en moi… Complètement…
Ses yeux se sont embués…
- Vu comme ça…
Et elle a tout laissé tomber…





Lundi 5 Octobre 2009

- On y va ?…
- T’es bien impatiente…
- Franchement… oui…
- Prends le temps de déjeuner… Ils vont pas tous se précipiter dès l’ouverture…
- Tu crois qu’il y aura autant de monde qu’hier ?…
- Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?…
- T’essaieras de les regarder ?… Et tu me raconteras… C’est vraiment pas marrant d’être obligée de faire celle qui se rend compte de rien…
- En général ils réagissent tous un peu pareil, tu sais…
- Ce qu’il faudrait, c’est qu’on en suive une qui fasse comme moi un jour, qui mette pas de culotte… Je pourrais bien voir leurs têtes aux mecs comme ça…
- Tu dois bien avoir une copine qui demanderait pas mieux…
- Tu crois ça, toi ?… Il y en a plein qui doivent le faire, oui, ça, c’est sûr… Mais t’en as pas une qui accepterait de le reconnaître…

Quatre ou cinq personnes qui traînaient manifestement leur ennui d’un tableau à l’autre… Et un type qui n’attendait manifestement que ça… Qu’une proie vienne s’offrir à lui… Un type qui s’est dirigé droit sur nous… Qui s’est collé ostensiblement à elle… Sans la moindre gêne… Qui avançait quand elle avançait… Qui reculait quand elle reculait…
- Là, à mon avis, on a gagné le gros lot…
- Oui, je crois aussi…
- Pas la peine d’insister… Il va pas nous lâcher…

- On saura que c’est le dimanche qu’il faut venir… Qu’il y a personne sinon… Bon… Mais qu’est-ce qu’on fait maintenant du coup ?… On rentre ?… Il m’a coupé l’envie ce bonhomme…
- Oui, mais avant… je t’emmène quelque part…
- Où ça ?…
- Tu verras bien…

- Ah oui… D’accord… Bonjour l’escalier… On voit tout quand on est là-dessous… Ca a été fait exprès, tu crois, ou bien ils y ont pas pensé ?…
- Ca n’a pas d’importance… L’essentiel, c’est qu’on puisse en profiter, non ?… Chiche qu’on s’y rencontre, comme par hasard, et qu’on y taille une petite bavette…
- Oui, mais pas trop longtemps alors, hein…

- Il t’a parlé le type en passant… Qu’est-ce qu’il t’a dit ?…
- Que j’avais beaucoup de chance… Que t’avais un très joli petit minou… Faut dire qu’il a largement pu en profiter… T’avais pas les deux pieds sur la même marche…
- Ah oui ?… Je me suis pas rendu compte… C’était pas exprès…
- Ben voyons !…


22 heures

- Tu diras que je suis pas une bonne voisine !… Regarde ce petit plat que je t’ai mijoté pendant que tu traînais je sais pas trop où… Ca te plaît ?…
- Je serais difficile…
- Faut que je te ménage… Que je prenne soin de toi… Si je veux que tu continues à m’amener tes petits camarades… Je risque vite d’être en état de manque sinon… Parce que tu l’as peut-être pas remarqué – t’es pas là depuis longtemps – mais on est entourés de cons ici… De connes plutôt… Qui n’ont rien d’autre à foutre que d’aller mettre leur nez dans les affaires des autres… Qui feraient battre des montagnes… Je trouvais ça bizarre aussi qu’ils prennent tous la poudre d’escampette mes mecs, les uns après les autres, sous des prétextes plus bidons les uns que les autres… Il y en a un qu’a fini par lâcher le morceau : ils sont bombardés de coups de fil anonymes… Ils ont des femmes… Des copines… Ils veulent pas d’histoires… Ce que je peux comprendre dans un sens… Même si, dans un autre, j’aurais quand même préféré qu’ils jouent franc jeu avec moi… Plutôt que d’aller inventer des salades… Mais ils sont tous comme ça les types… Tous… Faut toujours qu’ils se défilent… Ils peuvent pas affronter la réalité en face… En attendant, les mêmes causes produisant les mêmes effets, moi, j’ai plus qu’à aller me faire sauter ailleurs… Ce qui me gave prodigieusement… Alors heureusement que je t’ai… Et que t’as quand même encore le droit de recevoir des copains chez toi… Manquerait plus que ça !… Ce qui se passe chez toi ça regarde personne… Ils sont célibataires en plus, je suppose… Ils ont pas de comptes à rendre à qui que ce soit… Tu leur en as parlé de ce que je t’ai dit ?… Oui ?… Et alors ?… Ils en pensent quoi ?…
- Ils en pensent qu’on a passé des heures et des heures à essayer de savoir sur quels critères tu allais bien pouvoir opérer ton choix…
- Et… la conclusion ?…
- Il y en a pas eu…
- Normal… J’en sais encore rien moi-même…



Mardi 6 Octobre 2009

- On le refera, hein ?…
- Quand tu voudras…
- Bientôt alors… Et tu sais pas ce qui serait bien ?… C’est que tu ma fasses la surprise… Que tu m’emmènes dans des endroits que je saurais pas à l’avance… Tu me dirais juste au dernier moment… Ou bien alors des fois seulement après… Quand ce serait fini… Et je me serais même pas aperçue qu’il y en avait qui regardaient et qu’ils pouvaient voir tout ce qu’ils voulaient… Comment j’aimerais !…
- Et tu serais sûrement pas la seule…


Midi

En descendant du car Pauline a trébuché… S’est rattrapée à moi pour ne pas tomber…
- Pardon… Désolée…
- D’un peu plus vous étiez en accident du travail… Ca vous aurait bien arrangée, avouez !… Parce que… on peut pas dire que ça vous passionne le boulot, hein ?!…
- Ca passionne personne…
- Vous encore moins que les autres…
- Pourquoi vous dites ça ?… On se rend compte de quelque chose quand je suis à ma caisse ?…
- Les clients, non… Sûrement pas… Mais moi, oui… Parce que je suis très attentif… Du coup il y a plein de choses que je remarque… Auxquelles les autres ne prêtent seulement pas attention…
- Ah oui ?… Quoi par exemple ?… Sur moi ?… Quoi ?…
- Hou là !… Si je vous le disais !…
- Oui… Ben dites !…
- Une autre fois… Vous allez être en retard…


18 heures

- Comment t’avais envie !… C’est la première fois… La première fois que tu t’occupes pas de moi… Seulement de ton plaisir à toi… Et avec une énergie…
- Excuse-moi !… Je suis désolé…
- Mais t’as pas à t’excuser… C’est agréable aussi comme ça… De sentir qu’on te désire avec tellement d’ardeur, tellement d’impatience qu’il y a plus rien d’autre qui compte… Qu’on est incapable de se retenir… De se contrôler… Qu’on veut son plaisir… Le plus vite possible… Et qu’on le veut de toi…
Elle est descendue me déposer en bas une multitude de petits baisers…
- La seule chose, c’est que tu vas être bon pour recommencer… Et sans tarder…

- Tu sais ce que j’étais allée m’imaginer dimanche ?… Que t’étais avec une copine quand je t’ai appelé… Je m’en suis voulu après, mais voulu, tu peux pas savoir !… J’ai tout imaginé… Tout… Qu’à cause de moi vous vous étiez disputés… Qu’elle t’avait plaqué… Que t’étais sûr que je l’avais fait exprès pour vous brouiller… Et que du coup tu voudrais plus me voir… Pas t’encombrer d’une faiseuse d’histoires comme moi…
- Hou la !… Où t’étais partie !…
- Oui, hein !… Mais je veux pas, tu sais… Je veux pas te poser de problèmes… Je veux pas qu’à cause de moi tu changes quoi que ce soit dans ta vie… Parce que c’est complètement normal que t’aies des copines de ton âge… Que tu vives des choses avec elles… Moi… Nous… Ca n’aura qu’un temps… Je me fais pas d’illusions là-dessus… J’ai pas le droit d’être égoïste… De chercher à te garder… J’ai pas le droit de m’attacher… Faut que j’essaie de vivre les bons moments… Le plus possible… Le mieux possible… Sans me poser de questions… Sans penser à après… Et c’est pas toujours facile, tu sais…


23 heures

- T’en fais une tête !…
- C’est Baptiste… Il m’a plaquée… Les autres… J’en avais rien à foutre des autres… Ils pouvaient bien tous se tirer… Ce qu’ils font d’ailleurs… Mais pas Baptiste… Comment j’y tenais à lui… Tout il pouvait me demander… Tout ce qu’il voulait… C’était mon secret Baptiste… Notre secret… Personne savait… Toutes les précautions qu’on pouvait on prenait… Qui c’est qui serait allé nous dénicher là-bas ?… Eh ben si !… Elle a dû le faire suivre sa pouffe… C’est pas possible autrement… Non, mais comment j’y tenais à lui !… Et voilà… Comme ça… Du jour au lendemain…
- Peut-être que…
- Peut-être que rien du tout… Il a été très clair… On ne peut plus clair… Elle lui a mis l’ultimatum l’autre… Et devant les enfants, la maison et compagnie je fais pas le poids et je le ferai jamais… Pas la peine que je me raconte des histoires… Faut faire une croix dessus… Bon, mais allez !… Tu les amènes quand les deux autres ?… Que je m’éclate un peu… Que j’aie au moins ça…



Mercredi 7 Octobre 2009

- T’as réfléchi à quelque chose pour la prochaine fois ?…
- Peut-être…
- Ca veut dire quoi peut-être ?… T’as eu des idées ou t’en as pas eu ?…
- Tu verras bien…
- Oh, si !… Dis-moi… Si… T’en as eu… Je le vois bien à ta tête… Je commence à te connaître maintenant… C’est quoi ?…
- Si je te le dis ce sera plus une surprise…
- Je voudrais trop savoir… Mets-moi sur la voie au moins… Juste un peu… Ce sera où ?… Dans quelle ville ?… Tu peux bien me dire au moins la ville…
- T’as vu l’heure ?… Tu vas être en retard… Et te faire engueuler…
- T’es un salaud… Je te parle plus…


16 heures

Le car était bondé… On s’est fait un petit signe de loin… Je suis descendu le premier… Elle parmi les derniers…
- Ce monde ce matin !… C’est de la folie…
- Oui… Dites… Je voudrais savoir… C’est quoi que vous avez remarqué sur moi et que vous m’avez pas dit hier ?…
- C’est sans importance…
- Oh ben si !… Si… Vous pouvez pas savoir comment ça me tracasse maintenant… J’aime pas du tout ça cette idée qu’on puisse deviner des choses sur moi sans que je sache ce que c’est…
- Vous mangez où à midi ?…
- A la cafet… Pourquoi ?…
- On s’y retrouve tout à l’heure alors… Et je vous dirai…

Jusqu’à midi j’avais le temps… Tout mon temps… J’ai repris le car… J’ai erré en centre ville… Une librairie… Une autre… Il me tendait les bras… Posé bien à plat sur la grande table de présentation… « La femme et le plaisir solitaire »… Le type à la caisse l’a glissé dans un sac en papier tout en me gratifiant d’un clin d’œil complice…

- Je suis sûr que vous savez de quoi il s’agit en fait… Que vous vous en doutez en tout cas…
- Pas du tout, non…
- Oh, si !…
J’ai poussé le paquet vers elle…
- Tenez !… Elle est là la réponse… Mais soyez discrète… Surtout s’il y a des collègues à vous dans les parages…
Elle a entrouvert le sac, glissé précautionneusement un œil à l’intérieur et l’a précipitamment repoussé au loin comme si elle venait de se brûler…
- Vous êtes cinglé !… Complètement cinglé…
Et elle s’est enfuie, écarlate, en abandonnant son plateau…


23 heures

- Tu crois pas que t’as assez bu ?…
- Non… Je sais ce que je fais… Et je sais ce que je sais… Et faut que j’en choisisse un en plus… Un de vous trois… Qui va passer à la casserole… Et quelque chose de bien… Lequel ?… Mais pourquoi il m’a fait ça l’autre con ?… Il avait pas le droit… Hein qu’il avait pas le droit ?… Bon… Mais faites-vous voir, vous autres… Faites voir vos tronches… Ouais… Ouais… Pas mal… Sans plus… Il y a quelque chose dedans au moins ?… On va voir ça… Oui, tiens !… Epreuve culturelle… Pour commencer… Ecoutez bien la question… La femme de Louis XIV, Marie-Thérèse, c’était qui sa mère ?… Eh bien ?… J’attends… Alors ?… Pas un qui sait… Evidemment… J’aurais dû m’en douter… Question culture générale les mecs c’est jamais vraiment ça… Bon… Deuxième chance… Qui a écrit « La route des Flandres » ?… Vous savez pas non plus ?… Non, mais vous faisiez quoi à l’école ?… Vous y êtes allés seulement ?… Faut espérer que vous avez au moins quelque chose dans le calbut… Sinon… Sinon je fous tout le monde dehors… Par qui on commence ?… Toi ?… T’es qui, toi, déjà ?… Boris… Non ?… Alexandre alors… On va voir ça… Laisse-toi faire… Ouais… Tu bandes mou, dis donc… Drôlement mou… T’es toujours comme ça ?… Ca va pas le faire alors… Pas du tout… A l’autre maintenant… Ah, pas mal !… Pas mal du tout… Comment elle se dresse bien droite !… Ah oui… Oui… On doit pouvoir en tirer quelque chose… Elle reste dure longtemps comme ça ?… Oui ?… Je te garde sous le coude alors… Bon… Et toi ?… Non… Toi, c’est pas la peine… Je connais…
Elle a ingurgité une grande rasade de whisky… A plein goulot…
- Non… Mais qu’est-ce que vous vous imaginez , les mecs ?… Qu’elle a tant d’importance que ça votre queue ?… C’est pas parce que il y a qu’elle qui compte pour vous que nous aussi on doit la porter aux nues… Je suis saoule, moi !… Je suis saoule et j’ai sommeil… Oui… Faut que je dorme… Je veux dormir… Eteignez la lumière…


Jeudi 8 Octobre 2009

Tu sais pas ?… Que je te raconte !… J’ai failli me faire griller hier soir…
- Griller ?… Comment ça ?… Par qui ?…
- Cedric… Il le fait jamais d’habitude… Mais là… il m’attendait à la sortie du boulot… Une grosse envie qu’il avait… Faut croire qu’avec sa pétasse ça va pas si bien que ça finalement… Une envie tellement pressante que c’est tout de suite qu’il a fallu y aller… Heureusement que j’en avais une dans mon sac de culotte et que j’ai pu aller la passer en douce… Tu imagines sinon ?…
- Pas bien, non… Il se serait passé quoi ?…
- Il m’aurait fait toute une scène… Que je couchais avec mon patron… Qu’il l’avait toujours su… Que j’étais le genre à ça de toute façon… Qu’il allait descendre lui casser la gueule…
- Il l’aurait fait ?…
- Oh, non !… Il y a pas de risque… Il est bien trop lâche pour ça… Mais il me l’aurait balancé par le nez pendant des semaines et des semaines… Sans compter que tous ses copains auraient été au courant…
- Franchement… Non, mais franchement qu’est-ce que tu fais avec un type pareil ?…


14 heures

- Je voulais vous dire… Excusez-moi pour hier… Partir comme je suis partie… Mais comment vous m’avez surprise aussi !… Surtout que vous vous êtes complètement trompé… Mais alors là complètement…
- Peut-être…
- C’est pas peut-être… C’est sûr… Je voudrais vous demander du coup… C’est quoi qu’a pu vous faire penser une chose pareille ?…
- Ca n’a pas d’importance puisque je me suis trompé…
- Oui, mais si !… Parce que si vous, vous vous êtes fait des idées comme ça il y en a d’autres qui peuvent aussi se les faire… Et penser la même chose de moi…
- Laissez-les penser ce qu’ils veulent puisque de toute façon c’est pas vrai…
- Vous voulez pas le dire, quoi !…
- C’est pas que je veuille pas le dire, c’est que ça s’explique pas… C’est que celles qui se le font elles le portent sur elles…
- Ah bon… Alors vous trouvez que moi…
- Et pas qu’un peu !… Ca se voit comme le nez au milieu de la figure…
- Mais c’est horrible ce que vous me dites là… Mais comment je peux faire ?… Qu’est-ce que je peux faire pour qu’on arrête de croire que je suis comme ça ?…
- Arrêter de vous le faire… Il y a pas d’autre solution…
- Mais je me le fais pas…
- Oui, oh, alors ça !… Jamais vous me ferez croire une chose pareille… Je me suis jamais trompé là-dessus… C’est pas aujourd’hui que ça va commencer… Mais faut pas vous inquiéter… On est très peu nombreux à pouvoir s’en rendre compte… Très très peu… La plupart des hommes ne recherchent – et donc ne voient – dans les femmes que le plaisir qu’ils vont pouvoir en tirer, eux… Ils prennent le problème à l’envers… Et ça les rend aveugles… Ils savent pas ce qu’ils perdent en plus… Parce que les femmes qui se donnent du plaisir ont beaucoup plus d’imagination et de subtilité que les autres… Forcément… Du coup elles sont beaucoup plus intéressantes… Souvent passionnantes… Et c’est sûrement pas vous qu’allez dire le contraire…
- Vous êtes vraiment un drôle de type…
- Parce que vous n’êtes pas une drôle de fille, vous, peut-être ?…


22 heures

- J’étais saoule, hier…
- Ca… On a vu… Et quelque chose de bien…
- Ils vont plus vouloir venir tes copains…
- C’est sûrement pas ça qui va les avoir traumatisés…
- Tout ça c’est la faute de Baptiste aussi… C’est de la folie comment je me suis attachée à lui… J’aurais jamais cru… J’en suis malade, mais malade… Tu sais que j’ai pensé à me balancer par la fenêtre ?… Ce qui m’a retenu c’est l’idée que c’était peut-être pas complètement perdu finalement… Même si, au fond de moi, je suis quand même persuadée du contraire… Qu’est-ce t’en penses, toi ?…
- Qu’est-ce que tu veux que j’en pense ?… Je te connais depuis un peu plus d’un mois… De toi tu m’as donné l’image de quelqu’un qui vit ses désirs, au jour le jour, sans se poser de questions… Et d’un seul coup je découvre que t’es amoureuse folle d’un type que j’ai jamais vu… Dont j’ignorais jusqu’à l’existence…
- C’est pas forcément incompatible…
- Bien sûr que non… Mais comment veux-tu que je puisse te dire quoi que ce soit d’une relation que tu entretiens avec un type dont je ne sais strictement rien ?… Alors à part te servir des lieux communs ou de grandes généralités…



Vendredi 9 Octobre 2009

- Elle me fait trop rire ma sœur… Tu verrais comment elle s’est amourachée de ce type qui passe à sa caisse !… A ce qu’il paraît qu’il prend le car avec elle maintenant le matin… Et qu’ils discutent… Qu’il lui a dit qu’elle était hyper intéressante… Passionnante même… Elle en était tout excitée hier soir… Tu parles !… Si c’est vrai – parce qu’avec elle tu peux jamais savoir – si c’est vrai c’est cousu de fil blanc : le type il place ses billes pour la sauter… Et dès que ce sera fait… Ca a toujours été comme ça avec elle… Elle a jamais pu en garder aucun… C’est pour ça que ça me mettait autant en rage quand elle me les piquait les miens… Parce que pour en faire ce qu’elle en faisait…


14 heures

- On déjeune ensemble à midi ?…
- Si vous voulez, oui, mais…
- Mais pas à la cafet…
- Voilà, oui…
- Parce que vous y connaissez trop de monde… Et que les oreilles pourraient bien finir par s’y faire indiscrètes… C’est pas un problème… On ira ailleurs…
- Je préfère, oui… Merci…

Un restaurant dans une rue à l’écart, calfeutré derrière ses rideaux bleus…Et une table dans un petit renfoncement…
- N’empêche… N’empêche qu’il vous en a fallu du temps pour le dire, hein !…
- Je l’ai pas vraiment dit !…
- C’est vrai, oui… Mais c’est tout comme…
- Pas tout à fait…
- Vous savez que j’y ai pensé hier soir ?… Longtemps… Je vous imaginais en train de le dire… « Je me caresse » ou « Je me le fais »… D’autres mots aussi… Beaucoup plus… directs… Et je me racontais que vous finissiez par me les dire vraiment… En descendant du car un matin… Si vous saviez dans quel état ça m’avait mis !… Je vous les faisais répéter encore et encore jusqu’à ce que… Non, mais comme j’aime trop votre air, là, en m’écoutant… Si vous vous voyiez !… Oh non, non, baissez pas les yeux… Laissez-les moi… Dis-moi, Pauline… Tu te l’es fait hier soir ?…
- Non…
- Bien sûr que si !… Tous les jours tu te le fais… Plusieurs fois par jour même… Si tu peux… Quand tu peux… Tu sais ce qui serait bien ?… Ce qui me plairait ?… C’est qu’on se fixe une heure… Pour le faire en même temps… Tu penserais que je suis en train… Et je penserais que t’es en train… Ce serait super, non ?… Qu’est-ce t’en dis ?…
Elle n’a pas répondu… Elle n’a pas baissé les yeux non plus…
- Neuf heures ?…
Un simple hochement de tête… J’ai sorti le livre, l’ai poussé vers elle…
- Tu peux le prendre maintenant…
Elle l’a enfourné dans son sac…


19 heures

- T’en es pas aujourd’hui, hein ?!…
- Si… Non… Mais…
- C’est quoi qui te tracasse ?…
- Rien de spécial…
- Si… T’es allé t’imaginer que je te faisais une crise de jalousie l’autre jour… Du coup tu prends tes distances… Tu m’as pas appelé depuis… Il a fallu que j’insiste tant et plus pour qu’on se voie tout à l’heure… T’as accepté… Mais à contre-cœur… De quoi t’as peur ?… Que je devienne possessive et jalouse, c’est ça ?… Que tu puisses plus te désengluer ?… Il y a aucun risque… Parce que je vais te dire… La love story avec un homme, moi, c’est fini… Et bien fini… J’ai donné… Alors s’éclater ensemble, oui… Passer des bons moments je demande pas mieux… Au contraire… Tant qu’on veut… J’en ai besoin… J’ai besoin d’un homme… De sentir qu’il me désire… J’ai besoin qu’il me donne du plaisir… Mais c’est tout… Ca s’arrête là… Les sentiments ?… Dès qu’on se lance là-dedans avec eux on court à la catastrophe… Faut pas tout mélanger… Le sexe et le reste… Et tiens… Tu veux le fond de ma pensée ?… Les sentiments, oui… Ca existe… Bien sûr que ça existe… Mais entre femmes… Seulement entre femmes… Parce qu’on est pareilles… Parce qu’on se ressemble… Parce qu’on a une même façon de voir les choses… Parce qu’on ne cherche pas à se prouver quoi que ce soit les unes aux autres… Parce qu’on peut se faire confiance…
- En somme ce que t’es en train de me dire…
- C’est que si je devais tomber amoureuse ce serait d’une femme, oui…
- Non… Ce que t’es en train de me dire c’est que t’es amoureuse d’une femme…
Elle a souri…
- Tu es très perspicace… Mais je compte sur toi… Personne n’est au courant… Absolument personne…
- Personne ne le sera…
- Merci…


Samedi 10 Octobre 2009

- Ca tient toujours pour demain ?…
- Evidemment que ça tient…
- Je peux pas prendre mon matin par contre… Je peux pas le prendre à chaque fois…
- Ca fait rien…
- C’est où alors que tu m’emmènes ?…
- Tu verras bien…
- Donne-moi au moins un indice…
- Non…
- Mais ce sera où qu’ils pourront me voir les gens ?… Encore dans un espèce de musée ?… Non ?… Mais quand même à l’intérieur de quelque part ?… Dehors alors ?… Tu vas me faire passer sur des bouches d’aération ou grimper en hauteur que tout le monde puisse se rincer l’œil ?… C’est ça ?… C’est pas une grande roue, j’espère… Ou un truc dans ce genre-là… Parce que j’ai une trouille là-dedans… Et le vertige en plus… Comment c’est agaçant de pas savoir !… Mais en même temps comment c’est excitant…


17 heures

A la même table…
- Alors ?… Tu te l’es fait, hein, hier soir ?… En même temps tous les deux… Ensemble…
Oui… Elle a répondu oui… Du bout des yeux…
- Dis-le… S’il te plaît !… Dis-le !… Avec des mots…
- Je me le suis fait…
- Pas celui-là… Un autre…
Elle l’a un peu fait attendre…
- Je me suis touchée…
- Encore un autre… Un autre plus…
Non… Doucement… De la tête… Non…
- S’il te plaît…
J’ai pris sa main par-dessus la table… La droite…
- S’il te plaît…
Elle a jeté un bref regard autour d’elle…
- Je me suis branlée…
Murmuré… Les yeux baissés…
- Merci…
J’ai gardé sa main…
- Avec celle-là, hein ?!…
Elle a fait signe que oui… Oui… A voulu la reprendre…
- Laisse-la moi !…
Elle me l’a abandonnée…
- Ces deux doigts-là, hein !?…
Ces deux doigts-là, oui…
- Et celui-là pour…
Elle n’a pas répondu… Je les ai portés à mes lèvres, piquetés l’un après l’autre de petits baisers… Enrobés… Léchés… Elle s’est levée…
- Où tu vas ?…
- Là… Derrière… Je reviens…

Au retour elle m’a rendu sa main… Ses doigts étaient tout parfumés d’elle…


23 heures

Elle m’a sauté au cou…
- Je suis heureuse, mais heureuse !… Tu peux pas savoir comme je suis heureuse…
- Ca a l’air !… Qu’est-ce qui se passe ?…
- Baptiste… Eh ben il m’a appelée… Vite fait… En cachette… Parce qu’elle le surveille comme le lait sur le feu sa harpie… Elle lui épluche tout… Son téléphone portable… Son ordinateur… Ses horaires… Il a pas intérêt à s’écarter… Parce qu’elle l’a prévenu… Au moindre faux pas… C’est l’avocat… Et le divorce… Elle aura pas d’états d’âme… Alors comme il m’a dit… Faut juste laisser la mayonnaise retomber… C’est l’affaire d’un mois ou deux… Elle va la relâcher la surveillance à la longue… Forcément… Et on pourra tout reprendre exactement comme avant… A condition de faire un peu plus attention encore… De prendre toutes les précautions possibles et imaginables…
- Si elle est un tant soit peu maligne…
- Je sais… Tu crois que j’y ai pas pensé ?… C’est un risque à courir… Et tu peux pas savoir ce que ça me fait qu’il veuille le courir… Que ce soit lui qui l’ai proposé… Est-ce qu’il pourrait mieux me dire qu’il tient à moi ?…



Dimanche 11 Octobre 2009

- Ca y est ?… On m’a vue ?… C’était où ?… Dis-le !… Oh, tu peux bien le dire !… C’était sur le grand boulevard, hein ?!… Je suis sûre que c’était là… Là où tu m’as fait arrêter pour regarder la vitrine… Il y avait deux soupiraux en dessous… Ils étaient planqués là les types ?… C’est ça, hein ?…
- Non…
- C’était dans la petite rue piétonne alors !… Oui, hein ?!… Trois fois tu me l’as fait descendre… En marchant tout doucement… C’était là… Faut pas me prendre pour une idiote… Sauf que je me suis vraiment pas rendu compte où c’est qu’il pouvait bien y avoir quelqu’un qui regardait… C’était où ?…
- C’était pas là…
- Non plus ?!… Ca a eu lieu au moins ?… Dis-moi au moins ça… Si ça a déjà eu lieu ou si ce sera après… Plus tard… En continuant à se promener…
- Tu le sauras… Le moment venu…
- Pourquoi tu veux pas le dire ?…
- Parce que… J’ai mes raisons… Tu comprendras…

- Tu sais que c’est con quand même !… Parce qu’on est là, tous les deux, au restaurant… On est bien… C’est bon… On prend notre temps… On savoure…
- Je vois vraiment pas ce que ça a de si « con » que ça…
- Ben si !… Si !… Parce que toutes les choses intéressantes c’est avec toi que je les vis… Il y a qu’à toi que je peux tout dire…Qui sait tout sur moi… Il y a que toi qu’as envie de passer du temps avec moi… Et faut que je sois amoureuse dingue d’un autre qui se fiche de moi dans les grandes largeurs… Qui me voit – vite fait – que pour une seule chose… Et encore !… Juste en dépannage… Quand il a personne d’autre sous la main… Mais je peux pas m’empêcher… J’ai beau savoir… C’est plus fort que moi… Je peux pas me passer de lui… Je pourrai jamais… Et du coup comment ça me culpabilise par rapport à toi…
- Il y a vraiment pas de quoi…
- Oh, si !… Si, alors !… Parce que c’est pas que je sois prétentieuse, mais je me dis que même si t’en parles pas peut-être bien que t’as quand même un peu envie avec moi des fois… Ce qui serait complètement normal… Seulement t’oses pas… Parce que tu sais bien que je voudrai pas à cause de Cedric… Et c’est vrai… Je pourrais pas… Même que moi aussi quelquefois j’aurais bien envie… Je suis peut-être idiote, mais c’est comme ça… Tromper, je suis incapable… Je serais trop mal… Et avec toi… Et avec lui… Tu me comprends ?… Tu m’en veux pas trop ?…
- Bien sûr que non… Tu m’apportes déjà tellement !…
- Oh, pas tant que ça !…
- Ah, si !… Si !… Il y a tout ce qu’on partage… C’est important pour moi, tu sais… Il y a notre complicité… Pour tout un tas de choses… Et puis… Et puis il y a que tu me laisses te voir toute nue… Et ça !…
- Ce serait quand même un comble que tout le monde y ait droit sauf toi… C’est vrai que tu aimes tant que ça ?…
- C’est rien de le dire…
- Ce sera de plus en plus alors… Tant que tu voudras…

Et, dans la chambre, elle a été très longtemps nue… A déballer son sac de voyage… A se démaquiller devant la grande glace en pied en face du lit… A aller sous la douche… A en revenir… A se couper, un à un, les ongles des pieds, la joue appuyée sur son genou relevé… A aller… A venir… Sous un prétexte… Sous un autre… Avant de se glisser enfin dans le lit près de moi… D’éteindre…
- Tu es content ?…
- Très… T’es un amour…
- Oui, ben pas toi !… Parce que tu m’as toujours pas dit… C’est où qu’on m’a vue ?… On m’a vue au moins ?…
- Maintenant, oui…
- Où ?… Dis-moi !… Que je puisse y penser en m’endormant…
- Tu sais ce que c’est qu’une glace sans tain ?…
- Encore heureux !… Tu me prends pour une dinde ?… C’est où qu’il y en avait une ?… Dans un magasin où on est allés ?…
- Pas si loin…
- Pas si loin ?…
- Non… Juste en face du lit, là…
- Ah, ben d’accord !… Comment tu m’as eue!… Et comment je leur ai fait le spectacle !… Ils ont dû se régaler !…
- Ca !… Ca fait pas l’ombre d’un doute…
- C’était qui derrière ?…
- Le patron… Avec des amis à lui…
- En tout cas ce qu’il y a de sûr, c’est que t’avais drôlement bien préparé ton coup…


Lundi 12 Octobre 2009

- T’es réveillé ?…
- Toi aussi apparemment…
- Oh, moi, ça fait un moment… Et à côté ?… Derrière la glace ?… Tu crois qu’il y a toujours du monde ?…
- Oh, sûrement !… Du monde qui attend que la lumière se rallume… Et que tu te lèves…
- Je suis censée pas savoir, moi, hein ?… Etre au courant de rien…
- Ca !… Evidemment… C’est ce qui fait, pour eux, tout le charme de la situation… Et pas que pour eux…
- Donc… Donc…
Et elle a pris tout son temps, pour se préparer, devant la glace… Ne s’est habillée qu’au tout dernier moment… Juste avant de descendre…

- Qu’est-ce qu’il te voulait le patron ?…
- C’est un secret…
- Oh, je te vois venir, toi !… Tu m’en prépares une encore !… C’est quoi ?… Non… Dis rien… J’aime autant pas savoir… Que ce soit une surprise… En tout cas jamais on aurait dit qu’il y avait été derrière la glace de la chambre lui !…
- Je peux pourtant t’assurer que si… Et pas tout seul…
- Ca lui a fait ni chaud ni froid alors !… Parce que pendant tout le temps du petit déjeuner c’est à peine s’il m’a jeté trois coups d’oeil… Et vraiment pas avec la tête de celui qui vient d’en profiter complètement à poil de la fille…
- Ah, parce qu’on a une tête spéciale dans ces cas-là ?…
- Mais non, mais…
- T’aurais préféré qu’il te quitte pas des yeux ?… Ou qu’il te harcèle de clins d’oeil ?…
- Non… Non… Evidemment, non… Non, mais je me comprends… Bon, mais allez… On fait quoi maintenant ?…
- Ce que tu veux… Décide, toi !…

Des magasins...
- Ca te dérange pas ?…
De vêtements. De chaussures… Une pâtisserie…
- Parce que j’ai encore faim…
Et, pour finir, on s’est assis sur un banc…
- Ca crève, à force, de marcher…
Face à une pharmacie, dans une galerie marchande, avec les gens qui allaient, qui venaient tout autour sans nous prêter la moindre attention…
- Tu sais ce que je pense de moi finalement ?… Eh ben c’est que je suis une sacrée petite cochonne… Si, c’est vrai, hein !… Fais pas cette tête-là… C’est quoi qui te dérange ?… Le mot ?… On peut bien en mettre un autre si tu veux… Ca changera rien à ce qu’il y a derrière… Oui, je suis une cochonne… Et pas qu’un peu… Je sais bien ce que je ressens à l’intérieur quand même !… Pas la peine que je me raconte des histoires… Je m’en suis assez raconté comme ça… Oh, mais je le prends pas mal, hein !… Faut pas croire… Au contraire… Je suis comme ça, bon, ben je suis comme ça et puis c’est tout… Au moins moi je le reconnais… Parce que tu verrais le nombre de nanas qui sont comme moi – pire même des fois – et qui nient tant qu’elles peuvent l’évidence… Je critique pas… J’ai fait pareil… Sauf qu’elles savent pas ce qu’elles perdent… Parce qu’une fois qu’on a accepté… Qu’on s’est accepté… on peut en profiter à fond au lieu de tout se gâcher sans arrêt avec des tas de scrupules à la mords-moi le nœud… Et des préjugés qui remontent à Mathusalem… Tu vas pas me dire – franchement – qu’est-ce qu’il y a de mal, pour une fille, à ce qu’on la trouve bien foutue et qu’on ait envie d’elle ?… Vaut mieux ça que le contraire, non ?… En tout cas, moi, je préfère… Et de loin… Tu peux pas savoir ce que ça te fait quand tu leur montres et que tu sens que les mecs ils apprécient… Qu’ils te sont RECONNAISSANTS… Et que toi tu leur es reconnaissante de ce qu’ils te sont reconnaissants…
- C’est pas être cochonne, ça…
- Ah, si !… Si !… La preuve, c’est que j’adore ça me répéter dans ma tête que j’en suis une… Souvent je me le dis tout bas, le soir, dans mon lit… Ou même tout fort quand je suis sûre d’être toute seule à la maison… Non… Et puis il y a pas que ça… Il y a pas seulement que j’aime me faire voir… Il y a plein d’autres trucs…
- Quoi, par exemple ?
- Je te dirai… Faut laisser le temps que ça remonte… Et que j’apprivoise… En attendant c’est de ta faute tout ça…
- Ben voyons !… Faut bien un coupable…
- Si, c’est vrai, hein !… Parce qu’avant de te connaître j’étais pas comme ça… Pas du tout…
- Tu mettais toujours une culotte…
- Oui, oh ça, tu parles !… Ca compte pas… Parce que personne le savait que je me promène cul nu… Que moi… Non… Là où ça commence vraiment à exister les choses c’est quand il y en a qui savent ce que tu fais… Et ce que t’as dans ta tête… T’as été le premier… Comment j’étais mal ce jour-là, quand t’as tout découvert, mais mal !… Si j’avais pu rentrer dans un trou de souris… Mais toi, ça t’a pas scandalisé… Pas du tout… Au contraire t’avais l’air de trouver ça complètement normal… Tu peux pas savoir comment ça a été important ça pour moi que tu me trouves pas folle… C’était peut-être que je l’étais pas alors d’avoir tellement envie qu’on me voie… Tellement qu’il y avait des fois je pouvais plus penser qu’à ça… Pendant des journées entières… Et alors du coup, si j’étais pas folle, ça me donnait le droit de faire ce que j’avais jamais osé… Surtout que tu pouvais être là avec moi en plus !… Et me défendre si ça tournait mal… Tu vois bien que c’est tout de ta faute… Et ça le sera de plus en plus… Parce que quand tu sauras tout !…


Mardi 13 Octobre 2009

- On y retournera dans cet hôtel ?…
- C’est prévu…
- Tant mieux !… J’ai bien aimé… Mais c’est quoi qu’est prévu ?…
- Ah, ça, tu verras bien…
- Tu sais ce qui serait bien ?… Qu’on y retourne, oui… Comme on a fait là… Mais aussi qu’un jour on fasse l’inverse… Qu’il y ait quelqu’un – un couple – à notre place dans la chambre et que ce soit nous qu’on regarde derrière la glace… Tu vois – je t’avais prévenu – tu vois que je me gêne plus du tout maintenant avec toi… Je te dis toutes les envies qui me passent par la tête…
- Je vois, oui…
- Tu crois que ce serait possible ?…
- Evidemment que ce serait possible… Je t’arrange ça quand tu veux…
- Pas tout de suite… Parce qu’il y a un truc que je voudrais faire avant…
- Quoi ?…
- C’est toi, cette fois, qui verras bien…


Elle m’attendait devant la porte de « notre » restaurant…
- Ah, c’est vous !… Comment j’ai eu peur !…
- Peur ?… Comment ça « peur » ?…
- Ben vous êtes pas venu hier… Et vous étiez pas non plus au car ce matin…
- Désolé… J’ai pas pu…
- Oh, ça fait rien… Sauf que du coup .je me suis fait tout un film… Je me disais que peut-être vous aviez plus envie de me voir… Que quelque chose vous avait pas plu…
- Mais jamais de la vie !…
- N’empêche que si vous disparaissiez comme ça, du jour au lendemain, je pourrais seulement pas vous retrouver… Parce que je sais rien de vous… Même pas votre nom… Même pas où vous habitez…
- Je n’ai pas du tout l’intention de disparaître… Bon, mais dis-moi plutôt… Tu te l’es fait ce week end ?…
- Pourquoi vous demandez ?… Puisque vous la connaissez la réponse…
- Evidemment que je la connais… Tu passes ton temps à ça… Dès que tu peux… Dès que t’as un moment de libre…
- Faudra que vous m’expliquiez un jour…
- Que je t’explique ?… Que je t’explique quoi ?…
- Comment vous avez fait pour savoir ça sur moi…
- Je te l’ai dit… Tu en es tout auréolée…
- Ca peut pas être que ça…
- Qu’est-ce tu veux que ce soit d’autre ?…
- Je sais pas… Je me demande… Parce que si c’était que ça ça voudrait dire que n’importe qui peut s’en apercevoir… Comme vous, vous vous en êtes aperçu… Ce serait horrible…
- Tout le monde n’est pas forcément aussi attentif que moi…
- Mais il y en a qui peuvent l’être…



- Je suis passée te dire au revoir… Vite fait…
- Me dire au revoir ?…
- Oui… On a déménagé… En catastrophe… Ce week end…
- Hein?!… Mais pourquoi ?…
- Parce que… Il avait encore reçu tout un tas de trucs sur mon compte mon mari… Des trucs vachement précis en plus… Comment ça commençait à sentir le roussi pour moi, j’te dis même pas… Je m’en suis bien sortie… Pour cette fois-ci… Parce que il y a quand même des limites… Il est naïf, oui, mais jusqu’à un certain point… Faut pas pousser le bouchon trop loin non plus… Et là il y en a qui m’ont vraiment dans le nez ici… Je sais pas qui, mais ils me lâcheront pas… Dans ces cas-là faut pas jouer… La seule solution, c’est d’aller se refaire une virginité ailleurs… Je me suis effondrée… J’ai pleuré… Sangloté… J’en pouvais plus… Vraiment plus… Tous ces ragots… Ces calomnies… Ce que les gens pouvaient être méchants quand ils s’y mettaient… Qu’est-ce que je leur avais fait ?… Rien… Absolument rien… Et eux… C’est venu de lui… Est-ce que je voulais qu’on s’en aille ?… Qu’on aille habiter ailleurs ?… C’était facile… Il avait un collègue qui louait des appartements… Qu’en avait deux de libres… Suffisait qu’il l’appelle… J’ai refusé… Mollement… Mais si !… Parce que si c’était pour que je me mette dans des états pareils… J’ai résisté… Fait semblant… Finalement accepté… Il a appelé… Un quart d’heure plus tard on visitait… Deux heures après on faisait nos cartons… Hier matin camionnette, et hop !… Il y a plus rien à côté… C’est vide de chez vide… Bon, mais cela étant, je vais pas te laisser tomber comme ça… Je passerai quand même te faire un petit coucou de temps en temps… Par contre, toi… Je te donne même pas l’adresse… Que tu sois pas tenté… Je veux personne qui vienne me voir… Absolument personne… Parce que les mêmes causes produisant les mêmes effets… Je tiens pas à ce que dans trois mois tout l’immeuble me tombe dessus… Prudence… Mais ça m’empêchera pas de faire ce que je veux… Tout ce que je veux…


Mercredi 14 Octobre 2009

- Elle déménage ma sœur…
- Décidément !… C’est une épidémie… Et elle va où ?…
- A cent mètres – même pas – de chez nous… C’est complètement con, avoue !… Ca l’avance à quoi ?… A payer un loyer, c’est tout…
- Elle a peut-être ses raisons…
- Je vois pas lesquelles…
- Un petit ami ?…
- Je l’aurais su… Elle a jamais pu tenir sa langue là-dessus… Non, c’est pas ça… N’importe comment, quoi que ce soit, je donne pas trois mois avant qu’elle se soit rapatriée… Je la connais depuis le temps…


- Chiche qu’on le fait ?…
- Ici ?!…
- Ben oui, ici, oui… Elle cache tout la nappe…On est à l’écart en plus et personne fait attention à nous…
- Oui, mais…
- T’as pas envie…
- Oh, si !… Si !… C’est pas ça…
- Eh ben alors !… Allez !… Donne-moi tes yeux… Et laisse-les moi… Jusqu’au bout…
Elle m’a aussi donné la main… La gauche… L’autre s’est discrètement faufilée sous la table…

- Tu l’avais jamais fait comme ça avec des gens pas loin ?…
- Oh, si !… Mais jamais avec un type… En même temps que lui… Parce que pour ça les types…
- Pour ça ?…
- C’est pas leur truc… Ce qu’ils veulent, c’est te venir dedans… Il y a que ça qui compte pour eux… Le reste… ça les intéresse pas… Ils comprennent pas… Quand ils savent que tu te le fais toute seule tout de suite ils se figurent que t’es en manque… Que t’attends qu’eux… Ils sont d’un lourd avec ça…
- Ils savent pas ce qu’ils perdent… Parce que tes yeux tout à l’heure, quand c’est venu, ils valaient leur pesant d’or…
- Et les tiens donc !…
- On recommencera, hein ?…
- Oh, oui… Oui…
- Ici… Ou ailleurs… Comme ça ou autrement…
- Oui, mais tu vas pas disparaître, hein, comme ça, du jour au lendemain… Tu me promets ?…


- Comment tu parles d’elle !… Ah, t’es amoureuse, ça !… Tu prétendrais le contraire…
- Je n’y songe même pas…
- En attendant tu m’as bien mené en bateau… Parce que pas la moindre allusion à elle quand je me suis pointé chez toi avec mon questionnaire…
- Mets-toi à ma place !… Je te connaissais ni d’Eve ni d’Adam… Je voyais pas trop où tu voulais en venir avec ce truc qui paraissait cousu de fil blanc… C’était Charline qui t’envoyait en plus !… Alors qu’est-ce qu’il y avait au juste derrière tout ça ?!… Reconnais avec moi que j’avais toutes les raisons de me montrer méfiante…
- Et moi je sais plus ce que je dois croire ou pas croire de tout ce que tu m’as raconté…
- A part Elise – que « j’oubliais » systématiquement – sur le fond c’était quand même à peu près ça…
- A peu près seulement…
- Ben oui… Oui… On la dit jamais vraiment complètement, quand on parle de soi, la vérité… D’abord parce qu’on ne la connaît jamais vraiment tout-à-fait… Personne n’est tout d’une pièce… On est tous bourrés de contradictions, d’aspirations incompatibles, de certitudes fluctuantes… Ajoute à ça qu’on a toujours tendance à tendre de soi, qu’on le veuille ou non, l’image la plus gratifiante possible… Ou celle – ce qui revient à peu près au même – qu’on suppose que l’autre attend… Surtout quand on a – comme c’était mon cas – une idée derrière la tête… Tu m’as tout de suite plu… Tout de suite je t’ai voulu… J’allais pas risquer de te mettre en fuite avec mes discours…
- Ce que je comprends pas…
- C’est comment je peux à la fois être aussi amoureuse d’elle et avoir autant envie de toi ?!… C’est tout simple… Elle, je l’aime… Et avec toi je m’éclate… C’est pas plus compliqué que ça… Et ça n’a rien d’incompatible… C’est pas comme ça que vous fonctionnez, vous, les trois quarts du temps ?… Et nous on aurait pas le droit ?… On est pas si différentes de vous que ça, tu sais…
- C’est pas du tout ce que je voulais dire… Non… Ce que je comprends pas c’est pourquoi tu t’es décidée à me parler enfin d’elle…
- Ah… Disons que maintenant j’ai appris à te connaître… Que je sais que je peux te faire confiance…


Jeudi 15 Octobre 2009

- Non, mais attends !… Pour qui il se prend ce petit con…
- Qui ça ?…
- Ben Cedric, tiens !… Tu sais ce qu’il me sort hier soir ?… Qu’il me tient par le cul… Que pour nous, les nanas, il y a que ça qui compte finalement… Que la preuve, c’est qu’on passe tout notre temps à prétendre le contraire… « - Pour essayer de vous en convaincre… Ou d’en convaincre les autres… Parce qu’une fille tout ce qu’elle demande à un mec, c’est qu’il la fasse jouir… Le reste… Les sentiments… Les grands discours… Tout ça… C’est juste pour faire croire… Pour donner le change… »… Ben tiens !… Et puis quoi encore ?… Mais c’est qu’il a insisté… J’allais quand même pas nier l’évidence ?!… Je me pointais pas que pour ça peut-être ?… Quand il me disait qu’il avait pas le temps je le suppliais pas ?… « - Juste une petite demi-heure !… Un quart d’heure si tu veux… »… Et il se passait quoi alors ?… Je lui sautais pas dessus ?… Il me fallait ma dose… Et quelque chose de bien… Il comprend vraiment rien à rien ce pauvre mec… Qu’est-ce qu’il croit ?… Je serais folle de joie de passer des heures et des heures avec lui… Des journées entières… Seulement qui c’est qui veut pas ?… Qui c’est qui peut jamais ?… Qui c’est qu’a toujours autre chose à faire ?… Et je sais bien quoi… Alors oui les miettes qu’il m’octroie – que je le supplie de m’octroyer – j’en profite à fond… Alors oui j’ai envie de lui… D’être dans ses bras… De sentir son plaisir… De lui devoir le mien… Il comprend pas… Il comprendra jamais rien… C’est décourageant, tu sais… Complètement démoralisant il y a des moments… Ce qu’il faudrait pour en sortir, c’est que je tombe amoureuse d’un autre… Seulement ça c’est pas possible… Tant que je serai amoureuse de lui ce sera pas possible… Et je suis condamnée à tourner indéfiniment en rond… C’est moche !… Non, mais comment c’est moche…


- Raconte-moi un peu…
- Que je raconte ?… Mais que je raconte quoi ?…
- Comment tu te le fais… Les endroits où tu préfères te le faire… Les trucs qui te sont arrivés… Je sais pas, moi…
- Oh, les endroits… A part chez moi il y a un endroit surtout, c’est les salles de concert… Ca me met dans tous mes états la musique… La classique… A cause de quand je le faisais au début dans ma chambre… J’en mettais à chaque fois… Pour pas qu’on m’entende… Ma mère… Ou ma sœur… Ou les voisins… Ca s’est mis à en faire carrément partie du coup… Il me la faut… Ca va avec… Si je l’ai pas il me manque quelque chose… Il est pas complet mon plaisir…
- D’où les salles de concert…
- Oh, ben oui, attends !… Parce que là la musique tu baignes carrément dedans… Elle t’enrobe de partout… T’as les musiciens en plus !… T’as les gens autour… Tout près… Devant… Derrière… A côté… Comment ça te fait de l’effet tout ça !… J’arrête pas… Discrètement… Le plus discrètement possible… Complètement épuisée je sors de là-dedans des fois…
- Et personne s’est jamais aperçu de rien ?…
- Non… Je crois pas… Personne a jamais fait voir qu’il s’était aperçu en tout cas… Enfin si !… Une fille une fois… Mais c’était pas au concert… C’était chez le toubib… Il y avait de la musique dans la salle d’attente… Classique… Et plein de monde… J’ai pas pu m’empêcher de me le faire… Avec mon manteau sur les genoux… Et la main dans la poche de mon jean… En faisant très attention… Mais elle s’est rendu compte… J’ai continué quand même… Jusqu’au bout… J’avais trop envie… Elle m’a fait un clin d’œil à la fin… Après… Comment j’ai regretté !…
- Regretté ?…
- De pas lui avoir parlé… Parce que comment c’est trop bon quelqu’un de complice comme ça… Bon, mais n’importe comment je t’ai, toi, maintenant…


- Elle est au courant ?…
- Qui ça ?… Ton amie… Elise… A propos de nous deux…
- Evidemment qu’elle est au courant… S’il y a quelqu’un pour qui je n’ai pas le moindre secret c’est bien elle…
- Et elle en dit quoi ?…
- Qu’est-ce que tu veux qu’elle en dise ?… Elle est d’autant plus ravie pour moi que c’est elle qui m’y a encouragée… « - Mais si !… Vas-y !… Fonce… T’as aussi besoin d’avoir un mec, toi… En plus… Te prive pas… Croque-le ce petit puisqu’il te plaît… C’est sûrement pas ça qui changera quoi que ce soit pour nous… »
- Et ?…
- Ca n’a pas changé quoi que ce soit pour nous… Au contraire… Ca nous a encore rapprochées…
- Tu lui racontes pour nous ?… Ce qu’on dit… Ce qu’on fait…
- Evidemment… Je lui dis tout… Ca t’ennuie ?…
- Non, non, mais…
- Je te la ferai rencontrer si tu veux… Ca te rassurera… Tu verras… Elle est adorable…


Vendredi 16 Octobre 2009

- S’il te plaît… J’ai besoin de toi… Tu voudrais pas m’aider ?… Parce que j’ai rompu… Avec Cedric… J’ai rompu…
- En voilà une nouvelle qu’elle est bonne…
- Enfin… Pas vraiment… Pas complètement… Je lui ai dit que ça pouvait plus durer… Qu’il fallait qu’on marque une pause tous les deux…
- Et il en a pensé quoi ?…
- Il a éclaté de rire… Et il m’a dit à ce soir…
- Je vois… Et je peux faire quoi, moi, alors ?…
- Deux choses… La première… Tu me confisques ça…
Son portable…
- Et tu me le rends pas, hein, surtout !… Pas tout de suite en tout cas… Parce qu’il va suffire qu’il me sonne et je vais y courir… Et s’il sonne pas c’est moi qui vais appeler… Je me connais… Ca me démange déjà… Je veux pas… Ce serait trop humiliant…
Je l’ai enfoui dans ma poche…
- Et la seconde ?…
- On pourrait pas la passer ensemble la soirée ?… Que je sois pas tentée… Que je me précipite pas là-bas au bout d’un quart d’heure que je serai toute seule…
- Tu finis à quelle heure ?…
- Six heures…
- Je serai là…
- Merci…


- Ferme les yeux… Ferme les yeux et imagine… Il y a la queue à ta caisse… Aux autres caisses à côté aussi … Et puis de la musique… Chopin… Pour une fois c’est Chopin qui s’écoule des hauts-parleurs en ruissellement argenté…
Elle a fébrilement entortillé le bord de la nappe autour de ses doigts…
- Tu as envie… Tellement envie !… Tellement envie que tu peux pas t’empêcher… Là… Devant tout le monde… Tu dégrafes ton pantalon… La fermeture éclair…
Ses mains ont disparu sous la table…
- Oui… T’as trop envie… Tant pis pour les clients… Tant pis pour tes collègues… Tant pis pour tout… Plus rien d’autre ne compte… Que toi… Que ton désir de toi… Tu vas dans ta culotte… Tu es dans ta culotte…
Ses lèvres se sont entrouvertes… Ses pieds ont râclé le sol…
- Autour de toi tout s’est progressivement immobilisé… Tes collègues te regardent faire, sans un mot, médusées… Les clients, sidérés, statufiés, en restent leurs courses en l’air…
- Arrête… S’il te plaît, arrête… Je vais jouir…
- Justement… Raison de plus…
- Oui, mais…
La tête rejetée en arrière…
- Et puis une petite vieille toute décrépite, d’une voix incroyablement forte… « - Non, mais si c’est pas une honte de voir ça !… Un scandale !… Un vrai scandale !… Il fait quoi le directeur ?… Il est où ?… » On surenchérit, mais, en même temps, on élabore des stratégies compliquées pour s’approcher… le plus près possible… On s’agglutine autour de toi… On se hausse sur la pointe des pieds pour mieux voir… Et ça vient… Tu viens… Là… Devant tout le monde…
Elle s’est enfoui la tête dans la nappe… L’a mordue à pleines dents pour étouffer ses cris…


- Tu l’as trouvée comment Elise ?…
- Bien…
- « Bien »… C’est tout ce que tu trouves à dire ?!… Mais elle est formidable… Géniale… Unique…
- Sans doute… Sûrement… Seulement pour se faire une idée en dix minutes comme ça…
- Mais ça saute aux yeux enfin !… Dès qu’on la voit… Non ?… Ca te paraît pas évident à toi ?…
- Elle est très sympathique… Jolie… Souriante…
- S’il y avait que ça !… Non, mais c’est vrai… Je suis idiote…
- T’es surtout amoureuse…
- Je suis idiote… Tu l’as à peine entrevue… Tu verras quand tu la connaîtras mieux… En tout cas, toi, tu lui as fait excellente impression… « - Mais c’est qu’il est beau en plus !… Et c’est rien de le dire… »… Non, mais attends !… Elle s’imaginait quoi ?… Que sous prétexte que j’ai besoin d’un homme j’allais me jeter sur n’importe quoi ?… Comme je lui ai dit : - J’ai peut-être pas l’air comme ça, mais je suis sélective… Très, ma chère… En tout cas tu peux être sûr d’une chose, c’est que tu lui as tapé dans l’œil… Et pas qu’un peu… Je la connais… Et t’es complètement son genre en plus…
- Qu’est-ce que tu es en train d’essayer de me dire, là, au juste ?…
- Rien… C’est trop tôt… On en reparlera…



Samedi 17 Octobre 2009

- Heureusement que je t’avais hier soir… Parce que j’aurais pas pu m’empêcher… J’aurais foncé là-bas…
- Et c’est sûrement pas ce que t’aurais fait de mieux…
- Je sais bien… T’as déjà été amoureux, toi ?…
- Evidemment…
- Et ça te faisait pareil ?… De pas arriver à te sortir une fille de la peau alors que tu savais qu’il fallait ?…
- Au même point que toi, non, je crois pas…
- Oui, mais de toute façon, c’est pas la même chose… On est toujours beaucoup moins importantes pour vous, nous, les filles, que vous, vous l’êtes pour nous…
- Tu crois ça, toi ?…
- C’est pas que je crois… C’est que je suis certaine… Bon, mais je t’ai pas trop embêté hier soir ?…
- Bien sûr que non… Pourquoi tu m’aurais embêté ?…
- Ben parce que… A te parler de lui comme ça pendant des heures… Je vois bien comment ça me fait, moi, quand ma sœur me bassine des soirées entières avec son type…
- Et c’est souvent ?…
- Dès qu’elle arrive à me coincer… C’est lourd… Parce que c’est toujours la même chose… En boucle… Qu’ils bouffent ensemble le midi… Qu’ils discutent… Qu’ils ont pas couché… Qu’il est pas comme les autres… Ah non, alors !… Mais qu’elle arrive quand même pas trop à voir où il veut en venir au final… Qu’est-ce que tu veux que je lui dise ?… Je le connais pas, moi, ce type… Non… Je t’assure que j’ai hâte qu’elle ait déménagé… Surtout que ça lui avait un peu passé, mais que là ça l’a reprise la musique… A haute dose… Tout Chopin il a fallu se taper hier soir… Jusqu’à des heures pas possibles… Alors bon… Ca va cinq minutes…


- T’es sûr que personne s’est rendu compte de rien hier ?…
- Mais non !… A part le patron derrière son comptoir on peut pas nous voir dans ce recoin… Et il y était pas… Il était occupé en salle…
- Oui… Parce que…
- Parce que t’étais carrément hors contrôle… J’ai vu… Et beaucoup apprécié… Toi aussi d’ailleurs… Tu prétendrais le contraire…
- Oui… Non, mais…
- Mais tu pouvais pas te laisser complètement aller… Alors que si on avait été ailleurs… Seulement tous les deux…
- C’est pas vraiment tout à fait ça…
- Mais un peu ça quand même…
- Ce qu’il y a…
- Oui ?…
- Non… Rien…
- Ce qu’il y a, c’est que jamais tu n’aurais imaginé pouvoir partager « ça » avec qui que ce soit… Et pourtant c’est arrivé… T’en es pas encore revenue… T’en reviens toujours pas… Et tu tiens énormément – beaucoup plus qu’à n’importe quoi d’autre – à ce que ça continue… De la même façon… A ce que ça change pas – au moins dans l’immédiat – de registre… Non ?… C’est pas ça ?…
- Un peu, si…
- Un peu ?… Beaucoup, tu veux dire, oui… Et, si ça peut te rassurer, dis-toi que je suis exactement dans le même état d’esprit que toi… Que je n’ai pas du tout envie que ce soit parasité par quoi que ce soit d’autre… Ce qui flanquerait vraisemblablement tout par terre…
- Ca me fait peur des fois la façon dont tu comprends tellement les choses…


- Coucou !… C’est moi !…
Emilie…
- Je passe vite fait… Qu’il va encore se demander où j’ai disparu l’autre…
- Qui ça ?…
- Ben mon mari, tiens !… C’est quand même extraordinaire… Parce que quand j’étais ici, que je m’envoyais en l’air tant et plus il s’est jamais aperçu de rien… Et même… il me défendait contre les ragots… Et maintenant qu’on est là-bas, que je suis sage comme une image, il s’imagine tout un tas de trucs… Il me tombe sur le râble à tout bout de champ… Au moment où je m’y attends le moins… Comme quoi si on veut que son mari se doute de rien vaut encore mieux le faire joyeusement cocu… Bon, mais blague à part, tes deux copains là, Alexandre et Boris, ils sont restés sur la béquille… C’est pas sympa pour eux, ça… Même si… honnêtement… j’m’en fous complètement… Non… Ce que je vois, moi, c’est que je suis en manque… Et pas qu’un peu !… Parce qu’avec Baptiste je suis en contact, oui – et tous les jours – mais on se voit pas… Ce serait beaucoup trop dangereux dans le contexte actuel … Quant aux autres… j’ai vraiment pas envie de me reprendre la tête avec eux… Non… Je préfère nettement repartir sur des bases nouvelles… Et ici, chez toi, c’est sûrement pas là qu’il viendra me chercher l’autre… Alors… tu m’arranges le coup ?… Oui ?… Merci… T’es un amour…


Dimanche 18 Octobre 2009

- Vous êtes là, mes petits chéris ?… Oui… Bien sûr que vous êtes là… Là… Derrière la glace… Comme l’autre jour… Même que vous commenciez à vous impatienter sérieusement… Ben oui… Oui… Qu’est-ce que vous voulez ?… On a eu envie d’aller faire un tour tous les deux avant de monter nous coucher… Et d’aller un peu traîner dans les bars… C’est bien notre droit, non ?… Même si… J’ai pas l’habitude, moi… Et que la tequila elle me chauffe un peu au casque… Et quand je dis un peu… Bon, mais c’est pas tout ça… Combien vous êtes ?… Hein ?… Combien ils sont ?… Tu sais, toi ?…
- En principe quatre…
- Quatre… Assis en rang d’oignons au bord du lit, serrés les uns contre les autres… Si c’est pas mignon ça !… Quatre à attendre qu’elle se déshabille la petite Charline… Est-ce qu’elle va le faire ?… C’est pas sûr… Vous seriez bien attrapés, avouez, si je filais dans la salle de bains pour en ressortir emmitouflée dans un machin-truc tue-l’amour qui me grimperait jusqu’au cou… Oh, mais non !… Non… Faites pas ces têtes-là… Je suis pas comme ça… Je suis bonne fille au fond… Et j’adore faire des cadeaux… Même à de parfaits inconnus… La preuve… N’empêche que j’aimerais quand même bien les voir vos tronches… Voir ce que ça va vous faire quand je vais me mettre toute nue… Peut-être un jour… Qui sait ?… Hein ?… Quoi ?… Oui… Oui… Ca vient… Ce que vous pouvez être pressés !… Là… Alors ?… Comment vous les trouvez mes nénés ?… Ah, ça !… Vous me diriez le contraire… Parce que s’il y a quelque chose que tout le monde a toujours été en admiration devant c’est bien eux… Et faut dire les choses telles qu’elles sont… Ils sont magnifiques… Non ?… Ah, vous voyez !… N’empêche que vous devez quand même vous demander à qui je peux bien parler comme ça… Ben à lui, là, derrière… Parce que vous, vous êtes pas là… Vous existez pas… Du moins c’est ce qu’il faut que je fasse semblant de croire… Alors c’est à lui que je cause… Bon, mais et toi justement !… Tu reluques tant que tu peux… Ca pour reluquer, tu reluques… Je te vois faire, tu sais… Tu reluques, mais tu dis rien… C’est qu’ils te plaisent pas, mes seins ?… C’est ça ?…
- Tu sais très bien que non…
- Oui, hein ?!… Toi aussi, tu baves devant… Je le vois bien à ton air… Bon, mais alors tu me conseilles quoi maintenant pour eux , là, derrière ?… Comment je me montre en bas ?… D’abord de dos ou tout de suite de face ?… De dos ?… T’as raison… C’est mieux… Comme ça je vais pouvoir me pencher bien en avant vers le lit… Sous prétexte d’attraper un truc dans mon sac ou je sais pas trop quoi… et ils auront la vue panoramique… Hou la !… Ca tourne, moi… Je crois quand même que j’ai trop bu finalement… Bon, allez !… Comme ça ça vous va, mes petits chéris ?… Ben, tiens !… Faut reconnaître que vous seriez sacrément difficiles… Profitez-en bien !… Je vais faire durer… Et je vais faire durer parce que c’est la dernière fois… Le prochain coup, c’est nous qu’on est dans la chambre d’à côté… Et qu’on regarde ce qui se passe dans celle-ci… Ah si, si !… Tu m’as promis… Qui il y aura à notre place ?… Un couple, c’est ce qui serait le mieux… Parce que le reste… Un couple qu’on pourrait voir tout ce qu’il fait en détail… Et même… Non, mais ça une autre fois je te dirai… Tu les trouves comment, toi, finalement mes fesses ?… Parce que ça va peut-être te paraître bizarre, mais je sais pas quoi en penser… Il y a des jours je les trouve géniales bien campées comme ça… Que tous les regards ils viennent forcément se poser dessus… Qu’ils les lâchent pas… Et puis il y en a d’autres je les trouve d’un moche, mais d’un moche !… Elles me vont pas du tout, mince comme je suis, à déborder comme ça… Qu’est-ce t’en penses, toi ?…
- Qu’elles sont adorables…
- Oui, mais toi, t’es de parti pris… Et les autres qu’en profitent, pendant ce temps-là, pendant que j’ai le dos tourné, pour me détailler la foune à qui mieux mieux… Vous avez bien raison, mes petits chéris… Elle est là pour ça… Et en plus je l’ai faite toute belle pour vous… Rien que pour vous… Et maintenant ?… Maintenant je sais ce que vous attendez… Je suis pas née de la dernière pluie… Je sais ce que vous vous dites… Qu’avec un peu de chance vous allez nous voir nous envoyer en l’air… Eh ben non !… Non… J’ai beau être trempée comme c’est pas permis… Et de votre faute en plus !… Ca va s’arrêter là… Rideau… Ah, si seulement il y avait Cedric… Oh, et puis merde !… Merde !… Pourquoi il faut qu’il me poursuive comme ça partout ce pauvre con ?… Il peut pas me lâcher de temps en temps ?… Me laisser un peu de répit ?… J’en ai marre, mais marre !…

- Tu pleures ?…
- Non !… C’est rien…
- Si !… Tu pleures… Qu’est-ce qu’il y a ?…
- Je suis nulle, mais nulle !… J’ai honte !… Comment j’ai honte…
- Ben, qu’est-ce qui te prend d’un seul coup ?… Tu te faisais une telle fête de cette soirée…
- Oui… Non… C’est pas ça… C’était bien… Très bien même… Beaucoup mieux que la semaine dernière…
- Eh bien alors !…
- C’est toi !… Non, mais comment je t’ai allumé, toi aussi, comme une pauvre petite conne que je suis… Je m’en rendais compte en plus, mais je pouvais pas m’arrêter… C’était plus fort que moi… Et tout ça pour te balancer Cedric dans les dents au final… En plus !… Couche-moi si tu veux… Si t’as envie… Couche-moi !… Je l’ai mérité…
- Sûrement pas, non !… Pas pour ça… Pas comme ça… On le regretterait tous les deux… On se perdrait…
- Ah, non !… Je veux pas, hein !…
- Le jour où ça se fera… si ça se fait… ce sera autrement… parce qu’on l’aura décidé ensemble… pour de vraies raisons…
- Je t’adore…
- Par contre…
- Oui… Dis…
- Ce que j’aimerais, c’est pouvoir te regarder encore…
- Oh, ça… Tant que tu veux… Toute la nuit si tu veux…


Lundi 19 Octobre 2009

- Ca a pas été toute la nuit, non, mais pas loin… Et comment ça t’a plu !… Tu te serais vu… Et moi comment ça me remuait toute à l’intérieur que ça te fasse tant d’effet !… Je regrette pas au bout du compte… Ah non alors !… Parce que je suis sûre que tu y as bien plus trouvé ton compte que si on avait couché finalement… Non ?… C’est pas vrai ?… Ah, tu vois !… De toute façon…
- De toute façon ?…
- Faut pas se raconter d’histoires… Qu’elle le veuille ou non, une fille, dès qu’elle se fout à poil en sachant qu’on la voit – ou qu’on peut la voir – elle allume forcément dans un sens… Celles qui prétendent le contraire ou bien elles mentent ou bien elles se mentent… A toutes ça nous fait quelque chose – et pas qu’un peu – de pas les laisser indifférents les mecs… Après, toute la question, c’est de savoir sur qui tu tombes… Et comment ça se passe… Et puis enfin faut bien reconnaître… Ce serait quand même complètement idiot, avoue, que j’adore ça faire de l’effet à tout un tas de types que je connais ne d’Eve ni d’Adam, dont j’ai rien à foutre, et pas à toi avec qui je partage plein de trucs… Parce que il y a personne de plus important que toi pour moi… Si, c’est vrai, tu sais…
- Même pas Cedric ?…
- Oui, oh, Cedric !… Je peux rien lui dire… Je peux pas être vraie avec lui… Il est plein de préjugés… Et c’est pas parce qu’on couche ensemble… Ca veut rien dire ça coucher… Moi aussi avant je croyais que c’était ça le plus important… Mais plus ça va…

- T’as l’air de savoir où tu vas…
- Oui… Un magasin que j’ai repéré dans une petite rue de l’autre côté du marché… J’espère que je vais retrouver… Pourquoi t’as voulu qu’on les laisse à l’hôtel nos affaires ?…
- Parce qu’il faut qu’on y repasse à midi…
- Quoi faire ?…
- Si on te le demande…
- Ah oui, je vois, oui… Tu veux revenir t’arranger avec le patron pour qu’on ait la chambre d’à côté le prochain coup… Et qu’il nous mette de bons voisins… Hou là là !… Rien que d’y penser tu peux pas savoir ce que ça me fait… Parce que c’était pas mal hier soir… Si… Oui… Je dis pas le contraire… Surtout grâce à toi d’ailleurs… Mais les quatre autres là derrière c’était quand même frustrant de pas voir leurs réactions… De même pas savoir qui c’était… Quelle tête ils avaient… D’être obligée de tout d’imaginer… Tiens, c’est là… Tu le vois le type derrière sa caisse ?… Non, mais comment il fait coincé !… C’est impressionnant… Déjà je l’avais remarqué l’autre jour… Tu te demandes franchement comment un type comme ça il a bien pu atterrir dans un magasin de sapes… Ca lui va comme un smoking à un canard… Tu paries que c’est parce qu’il a pris la suite de maman ?… Il était incapable de faire autre chose… Ah, il a vu que je le regardais… Et que je parlais de lui… Ce fard qu’il a piqué !… Non, mais t’as vu ce fard qu’il a piqué ?… Et il ose plus relever la tête… Il est puceau… Je suis sûre qu’il est puceau… On rentre ?… Qu’on s’amuse un peu ?…

Il a bégayé un vague bonjour, fait mine de venir à notre rencontre… S’est ravisé… S’est rassis… A plongé le nez dans ses papiers… Elle a murmuré…
- C’est pas en s’y prenant comme ça qu’il doit en vendre beaucoup des robes… C’est d’un moche en plus tout ça !…
Elle en a décroché une au hasard…
- De toute façon j’ai pas du tout l’intention de porter des horreurs pareilles…
La cabine d’essayage… D’où elle a crié…
- Monsieur !… S’il vous plaît !… Monsieur !… Vous auriez pas la même en jaune ?…
Il s’est précipité… Immobilisé derrière le rideau…
- Quel modèle ?…
Elle l’a résolument fait glisser sur la tringle… Elle était nue…
- Celui-là…
- Désolé… Je ne l’ai qu’en vert…
Sans la regarder…
- Et vous pourriez me le commander ?…
Il a levé les yeux sur elle, les a aussitôt baissés…
- S’il est disponible… Je vais voir…
Et il est parti se réfugier avec soulagement derrière sa caisse…
- T’as vu comment il bandait ce salaud ?…
Suffisamment bas pour que ça ne paraisse pas lui être directement destiné, mais suffisamment fort pour qu’il ne puisse pas ne pas l’entendre…

- T’as vu les trois types à la table à côté ?…
- Oui… Eh ben quoi ?… Qu’est-ce qu’ils ont ?…
- Rien… Je te dirai …
- En attendant celui de la boutique de sapes tout à l’heure il a pas fini de se demander si on va revenir pour la robe jaune… Dans un sens il va en crever d’envie… Et dans un autre comment il va appréhender…
- Et tu comptes faire quoi ?…
- Y aller, tiens !… J’aime trop ça les mettre mal à l’aise comme ça… Surtout à ce point-là… J’avais une copine avant on avait le flair pour les repérer ceux-là… On y allait à deux… On se sentait plus fortes… Qu’est-ce qu’on pouvait leur en faire voir !… T’as pas idée de tout ce qui pouvait nous passer par la tête…
- J’imagine…
- Finalement tu vas connaître tous mes secrets, toi, à force… Mine de rien… Comme ça…


Mardi 20 Octobre 2009

- Tu crois que je suis sadique, toi ?…
- Quoi ?!… Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?…
- Oui… Il y a un type qu’a dit ça… Qu’au fond j’étais une sadique… On me l’a répété…
- C’est qui ce type ?…
- Tu connais pas…
- Et à propos de quoi cette affirmation péremptoire ?…
- Oh, des conneries… Mais du coup ça me fait poser des tas de questions… Sur le vendeur d’hier par exemple… Parce que comment j’ai aimé ça le torturer…
- Oui, oh, c’était pas bien méchant quand même comme torture… Et ça a pas dû vraiment lui déplaire… S’il y avait pas des filles comme toi pour lui offrir, de temps à autre, ce genre de petits plaisirs elle serait d’une tristesse sa vie… Non ?… Tu crois pas ?…
- Peut-être, oui… Sûrement même… Mais il y a aussi tout ce que je ressens à l’intérieur… les envies que j’ai des fois… Que si je te les disais…
- Eh bien vas-y !…
- Plus tard… Une autre fois… On n’a pas le temps de toute façon… Va falloir que j’y aille… Mais tu sais ce que je pense ?… C’est que tout ça finalement peut-être que c’est de la faute de Cedric… A force qu’il me fasse souffrir sans arrêt je finis par avoir envie de me venger sur les autres…
- Ca peut être une explication…
- T’as pas l’air vraiment convaincu… Mais c’est pas complètement vrai n’importe comment… Parce que des idées comme ça j’en avais déjà bien avant de le connaître… Moins vingt-cinq… Cette fois faut vraiment que j’y aille… Ah oui, à propos, c’était quoi que tu voulais me dire au sujet des trois types à la table à côté de la nôtre hier midi à l’hôtel ?…
- Que c’était tes trois spectateurs de derrière la glace dans la chambre… En plus du patron évidemment…
- Hein ?!… Mais t’es un vrai salaud !… Oh, mais oui, attends, oui, t’es un salaud !… Eux, ils ont pu en profiter… Ils savaient que c’était moi… Ils m’avaient vue… Toi aussi… Tu savais que c’était moi et que c’était eux… Et moi, je savais rien du tout… Alors que je t’aurais pris un de ces pieds !… C’est dégueulasse… C’est vraiment dégueulasse… C’est toi le sadique finalement !…




- Oui… Non… Mais le dimanche je suis dans ma famille… Et souvent je mords sur le lundi…
- Oh, mais tu n’as pas de comptes à me rendre… Manquerait plus que ça !…
- Et t’as fait quoi, toi, de ton week end ?…
- Rien de bien intéressant… J’ai déménagé… Mais ça y est !… Ouf !… C’est fini… Ca te dirait de voir où c’est ?… Comment je suis installée ?…
- La question se pose même pas !…
- Et là où j’habitais avant ?… Comment j’aimerais ça t’y emmener !… Parce que j’ai ma petite idée en plus… Tu pourrais pas cet après-midi ?… Je suis de repos… Et il y aura personne… Elles travaillent toutes les deux ma mère et ma soeur…

La musique a inondé le séjour… Les « Leçons de Ténèbres » de Couperin…
- Tu aimes ?…
- Comment peut-on ne pas aimer ?…
- Oui… C’est sublime… Alors tu sais ce que ce serait mon idée ?… Qu’on le fasse ici… Toi sur le canapé et moi dans ma chambre… En laissant la porte ouverte évidemment… On se verrait pas, mais on saurait que l’autre il est aussi en train de se le faire… En même temps… Comment ça serait excitant… Non ?… Tu trouves pas ?…
Oh, si, je trouvais !… Si !…
- Eh ben alors !… Allez!…
Et elle s’est enfuie dans sa chambre… D’où elle a crié…
- T’enlèves tout, hein ?!… Et moi aussi…

Sur le canapé où… La musique… Seulement la musique… A tire-d’aile… La musique en voluptueux élancements… En envols et replis… La musique bientôt trouée de halètements à côté… La musique transpercée de longs sanglots éperdus…
- Je vais… Oh, je vais…
Elle a… Moi aussi…
La musique…

- Je suis heureuse… Oh oui, je suis heureuse… Parce que… C’est idiot, mais j’avais besoin de ça… Pour mettre un vrai point final à ici… Pour commencer un vrai quelque chose d’autre… Ailleurs… Tu comprends ?…
- Oh, oui que je comprends !…
- Mais faut pas croire, tu sais… Ce sera pas toujours comme ça… De loin… Sans se voir… Dans mon appart à moi on se regardera le faire si tu veux… Si t’as envie… De tout près… Tu commenceras… Ou moi… L’un après l’autre… Ou ensemble… Comme on voudra…


Mercredi 21 Octobre 2009

- Ca fait drôle de plus l’avoir à la maison ma sœur… Parce qu’on avait beau pas trop s’entendre toutes les deux j’étais habituée à elle… A l’avoir là… C’est pas qu’elle me manque, non, mais quand même… Et puis ce que je finis par me demander c’est si, tout compte fait, elle va pas s’installer avec son type, là… Parce que d’après ce qu’elle dit, c’est du sérieux… Ce serait quand même marrant, avoue, que juste au moment où moi ça finit avec Cedric elle, elle débute quelque chose…
- Pourquoi « marrant » ?…
- Comme ça… Je sais pas… Je la vois vraiment pas vivre avec quelqu’un…
- Bon… mais alors si je comprends bien… avec Cedric la rupture c’est définitif ?…
- Oui… Non… Je sais pas en fait… Parce que c’est lui cette fois qui veut plus me voir… Il me l’a dit… Dans un sens tu peux pas savoir comment ça me soulage !… Je me sens libérée… Toute légère… Ca me fait un des ces poids en moins !… Et dans un autre je me dis que c’est pas possible… Que je peux pas avoir supporté tout ce que j’ai supporté pendant des mois pour que ça se termine comme ça… Qu’il finira bien par changer… Par comprendre… Par me revenir… Et que ce jour-là…
Ses yeux se sont embués… Je lui ai pris la main par-dessus la table… Elle me l’a laissée… Abandonnée…
- Il m’a détruite… Il me détruit… Il y en a plus de l’espoir… Je le sais bien… T’aurais entendu tout ce qu’il m’a dit hier soir…Faut être folle pour continuer à y croire… Je dois être folle… Parce que c’est ce qui va se passer… Pas tout le temps, mais par moments… Par bouffées… Mais ça va suffire à me bousiller ma vie… Parce que comment tu veux t’investir avec un mec quand tu sais qu’il y en a un autre qui peut te rattraper dans ta tête à n’importe quel moment ?…




- Donc… C’est là que t’habites maintenant…
- Oui… Fais pas attention au désordre… Ni à l’installation… J’ai pas encore eu le temps… Mais je voulais que tu sois le premier à y venir ici… Il y a eu encore personne…
- Merci… C’est gentil…
- Et tu sais… Je me le suis pas encore fait… Je voulais que tu sois là, avec moi, pour la première fois dans mon nouveau chez moi… Et même… Tu vas pas te moquer ?…
- Bien sûr que non !… Pourquoi je me moquerais ?…
- Parce que j’ai des idées bizarres des fois…
- Moi aussi…
- Tiens, regarde !…
Un carnet d’esquisses. Elle. Uniquement elle. A toutes les pages. Au fusain. A la gouache. Aux crayons de couleur. Au pastel. Elle se caressant. Se caressant obstinément. Concentrée. Extatique. Impudique. Elle. Heureuse. Interminablement heureuse…
- C’est qui ?…
- Qui tenait le crayon ?… Moi… Devant la glace…
- T’es sacrément douée, dis donc… Impressionnant…
- C’est ce qui me fait le plus d’effet… De me dessiner en train de le faire… Les deux plaisirs ils se mélangent du coup – celui des crayons et celui des doigts – et tu finis par plus savoir quel est celui qui provoque l’autre… Je sais pas si tu comprends…
- Oh, si !…
- Et alors ce que je voudrais…
- Ce que tu voudrais ?…
- C’est te dessiner toi… Te dessiner en train de te le faire en regardant les dessins de moi où je me le fais…
- Alors ça… il y a rien de plus simple…

- Comment t’es sorti vite !… J’ai eu le temps de rien du tout… Juste un peu les contours…
- Désolé, mais…
- Ca fait rien… C’est normal… On va attendre un peu… Le temps de boire un café… Et puis on va s’y remettre…

- Un peu plus longtemps cette fois quand même !… Mais pas encore assez… Ca fait rien… On recommencera… Demain… Ou un autre jour… Je veux pas t’épuiser… Non… Non… Regarde pas !… Pas encore !… Pas tant que c’est pas fini…




- Qu’est-ce t’as ?…
- Mais j’ai rien… Qu’est-ce tu veux que j’aie ?…
- Je sais pas… T’es tout bizarre… Parce que… depuis quand on s’est pas vus ?…
- Depuis… jeudi ?…
- Non… Vendredi… Cinq jours ça fait… Cinq… En temps ordinaire cinq jours sans qu’on se voie tu m’aurais carrément sauté dessus, oui… Et là rien… J’ai beau te solliciter tant et plus… Rien… Absolument rien… Alors dis-le moi si tu me désires plus… Ce sera plus simple… et plus clair… Je comprendrai, tu sais…
- Hein ?!… Mais c’est pas ça !… C’est pas ça du tout !…
- Ah non ?!… Ben c’est quoi alors ?…
- C’est que… le prends pas mal… mais c’est que… on se voit que pour ça… la baise… On n’a jamais un resto tous les deux… Jamais un ciné… Jamais simplement un petit tour ensemble dans les rues… Rien… Alors à force… C’est vrai que ça me les coupe mes envies… Complètement… C’est comme si j’étais plus qu’une machine pour toi… Une machine à…
- Oh, mais alors si c’est que ça ça va s’arranger… Je t’adore…


Jeudi 22 Octobre 2009

- Tu sais ce qu’ils croient mes patrons ?… Que t’es mon petit ami… Faut dire qu’à venir tous les matins prendre le café comme ça tous les deux juste en face avant que j’embauche… Pas une seule fois on y a manqué, hein !…
- Ils t’ont fait des réflexions ?…
- Oh, non, non !… Ils sont pas comme ça… Et puis de toute façon ça les regarde pas… En attendant comment j’ai hâte qu’on soit dimanche… Qu’on retourne là-bas… Tu sais toujours pas qui ce sera dans la chambre où on était ?…
- Un couple… Il m’a assuré que ce serait un couple… Et qu’on serait pas déçus… J’en sais pas plus…
- Il y a un truc qu’il faut que je te dise…
- Eh ben vas-y !… Je t’écoute…
- C’est pas facile… Mais d’un autre côté je t’ai toujours tout dit depuis qu’on se connaît… Si, c’est vrai, hein !… Alors tu sais pas ce que j’ai fait ?… Cedric…
- Oui… Cedric… Eh bien ?…
- Les dernières fois qu’on a été ensemble… Hou là là… Comment c’est dur à dire… Les dernières fois qu’on a été ensemble je nous ai enregistrés… Voilà…
- Enregistrés ?… Comment ça « enregistrés » ?…
- Avec un petit appareil… Sous le lit… Pendant qu’on… Faut pas que je te fasse un dessin quand même ?… C’est surtout moi qu’on entend d’ailleurs… Forcément… Parce que lui…
- Mais pourquoi t’as fait ça ?…
- Si seulement je savais… Enfin si !… Si, je sais… Pour garder un souvenir… Quelque chose de nous deux… Parce que je voyais bien que ça pouvait pas durer… Qu’on n’allait pas tarder à se quitter… C’est bête, hein… Je dois quand même être un peu timbrée quelque part, non, tu crois pas ?…




- Mes collègues ?… Il y en a plein qui se le font… Alors là je suis bien tranquille…
- Vous en parlez ?…
- Oui, ben alors ça il y a pas de risque… Des mecs on peut… Tant qu’on veut… Quitte à inventer… Mais pas de ça… Comment ce serait mal vu !… N’empêche… Je suis sûre que les trois quarts… Au moins… Tiens… Attends… Tu vas voir…
Une pochette de papier Canson… Dont elle a extrait une vingtaine de feuilles…
- Regarde !… Regarde-les !… Elles y sont… Presque toutes…
En train de se caresser à qui mieux mieux… Aux caisses… Entre les rayons… Sur le parking… Il y en avait une affalée dans un chariot, les jambes grandes ouvertes, les yeux mi-clos… Une autre absorbée, au rayon librairie, dans sa lecture, deux doigts rentrés, indifférente aux gens autour qui lui lançaient des regards scandalisés…
- Evidemment c’est inventé… Mais je désespère pas qu’un jour… Il y en a une… Julie… J’ai lancé quelques ballons d’essai… Discrètement… Et elle a pas eu l’air… Alors si je m’y prends bien… Bon, mais allez !… On reprend avec toi… Et demain, normalement, ça devrait être fini…




- Qu’est-ce que t’en dis ?…
- Que c’est délicieux… Et que je suis ravi de me trouver enfin avec toi ailleurs qu’au lit…
- Il y en a une par contre…
- Elise ?…
- Ben oui Elise… Oui… Parce que je suis prise entre deux feux, moi, maintenant… Tant que je ne te voyais que pour m’éclater ça ne lui posait aucun problème… Au contraire… Mais si on se met à faire des tas de trucs ensemble elle va commencer à se poser des questions… Mets-toi à sa place… A se dire que c’est sérieux nous deux… Déjà tout à l’heure, quand je suis partie, j’ai bien vu que… Et je veux pas la perdre… Je tiens beaucoup trop à elle… Alors s’il faut absolument que je choisisse…
- Si je comprends bien, ce que tu es en train de me dire, c’est que c’est fini nous deux…
- Hein ?!… Mais jamais de la vie !… Non… Non… Mais… Ca t’aurait vraiment gêné qu’elle soit là avec nous ce soir ?…
- Pas le moins du monde…
Elle m’a pris la main par dessus la table…
- Merci… C’aurait été un véritable crève-cœur pour moi de devoir choisir… C’est quelqu’un de formidable, tu sais… Et quand tu la connaîtras mieux…


Vendredi 23 Octobre 2009

- Tu crois qu’on les reverra ?…
- Qui ça ?…
- Les types qui m’ont regardée dans la chambre, tiens !… Qui tu veux d’autre ?… Tu crois qu’ils mangeront encore à côté de nous au restaurant ce week end ?…
- Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?!… Pourquoi ?… Tu voudrais ?…
- C’est pas que je voudrais, c’est que j’aimerais savoir ce qu’ils ont dans la tête maintenant qu’ils m’ont vue… Et que peut-être qu’en les ayant à côté j’y arriverais… A ton avis ils y pensent encore à moi ?… Ils aimeraient que ça recommence ?… Et quand ils sont avec leurs femmes ils s’excitent avec des images de moi ?… Je me le dis des fois… Et qu’ils peuvent pas y arriver avec elles sinon… Elles devraient me remercier finalement… Si, c’est vrai, hein !… Parce que sans moi… Faudrait vraiment que j’arrive à savoir… Tu pourrais bien m’aider, toi, quand même !… Parler avec eux… Entre hommes… Et après tu me dirais… Tu me raconterais… Tout… Tu peux bien faire ça pour moi !…




En haut de l’escalier surplombant la galerie commerciale… Accoudés à la rampe… Tous les deux…
- Non, mais regarde-moi ça !… Quelle bande d’hypocrites !… De saintes-nitouches… Sur le tas combien il y en a qu’ont passé la moitié de la nuit à se gratouiller ?… Au moins les trois-quarts je suis sûre… La tête pleine d’idées cochonnes comme c’est pas permis… Que même moi j’en aurais honte… Et elles te passent là, en bas, toutes fières, comme si de rien n’était… Comme si on savait pas ce qu’on sait… Ce qu’elles mériteraient c’est que d’un coup de baguette magique ça leur soit écrit dessus tout ce qu’elles ont fait cette nuit… Tu verrais ce coup de pied dans la fourmilière… Comment ça s’égaillerait dans tous les sens pour pas qu’on sache… Mais on saurait quand même… Parce qu’un autre coup de baguette magique et elles seraient obligées de rester pétrifiées sur place avec tout le monde qui pourrait tourner autour comme il voudrait… Ah, elles feraient moins les fières…
- Tu as vraiment beaucoup d’imagination…
- Ou bien alors – encore mieux – il y aurait une poudre magique d’un seul coup dans l’air et toutes celles qu’ont l’habitude de se le faire elles pourraient pas s’empêcher de se mettre à s’amuser comme des folles avec ce qu’elles ont entre les jambes… Ce qu’on rigolerait !… Parce que tiens, la vieille, là… tu la vois ?… Mais si !… Devant la vitrine de sapes de bourges… Quel âge elle peut avoir ?… Au moins 45 ans… Une femme de notaire… Ou de chirurgien… Un truc comme ça où faut toujours qu’on fasse semblant d’avoir l’air bien élevé… Qu’est-ce tu paries qu’il y a au moins deux ans qu’on l’a pas tirée ?… Il a d’autres occupations le mari… Elle aurait bien fini par se prendre un amant à force, mais c’est pas classe… Et puis qu’est-ce qu’ils iraient penser les gens s’ils l’apprenaient ?… Alors elle se débrouille toute seule… Faute de mieux… En se sentant coupable comme c’est pas permis… T’imagines s’il fallait qu’elle se laisse regarder se le faire ?… Elle en crèverait de honte, oui… J’aimerais… Faut être franche : j’aimerais… Attends-moi là… Je reviens…

- Ca va mieux ?… Ca soulage, hein ?…
- Et pas qu’un peu... J’ai toujours adoré ça les regarder les filles, sans qu’elles s’en doutent, et inventer des trucs sur elles… J’y passe des heures… Et ça te me met dans des états… Surtout que je peux pas savoir si c’est vrai ou non ce que j’imagine… Probable que souvent ça l’est… Et même que je suis bien en dessous de la réalité… En tout cas ce qu’il y a de sûr c’est que c’est la première fois que je peux le dire tout fort… Et à un mec en plus !… Jamais j’aurais cru que ce soit possible ça un jour…




- Tu pourrais pas m’héberger ?… Il aura pas l’idée de venir me chercher ici…
- Qui ça ?…
- Ben mon mari, tiens !… Qui tu veux ?…
- Oh, mais fais pas cette tête-là… C’est pour la nuit… Juste pour la nuit… Demain matin je dégage… Je sais pas pour aller où, mais je dégage… Non, mais comment on s’est pris la tête tous les deux !… Ca peut plus durer… Va falloir qu’il se passe quelque chose… Parce qu’un type qui te saute pas il peut pas exiger – en plus – que personne le fasse… Manquerait plus que ça !… Seulement pour lui faire comprendre à lui… Il est d’un borné là-dessus !… Faut dire aussi que ça c’est mal goupillé tout ça… Et que si tu m’avais arrangé un peu plus vite le coup avec tes copains, là… Oh, mais je te reproche rien… Je me doute que t’as pas que ça à faire… Et eux non plus… Et si ça tombe – t’oses pas me le dire – mais ils en ont strictement rien à foutre d’une vieille comme moi…
- C’est pas ça, non… Mais j’ai pas mis les pieds à la fac de la semaine et…
- T’as pas à te justifier… Seulement moi ça me démangeait trop… Alors le seul qu’était à peu près potable dans l’immeuble… qu’arrêtait pas de me faire les yeux doux en plus… j’ai pas pu m’empêcher… Tout juste le temps de passer au lit – ça faisait pas cinq minutes – et voilà l’autre qui se pointe… C’est pas de pot, avoue… Et je te dis pas la pantomine… Non… La seule solution maintenant, c’est chacun de son côté… Parce que si c’est pour l’avoir à longueur de temps sur le dos à surveiller tout ce que je fais… Merci bien…




- Tu pars ?… Tu vas où ?… Non, mais je suis idiote… Ca me regarde pas… T’es sûr que je peux rester là cette nuit ?… Que ça te pose pas de problèmes ?…
- Mais oui !… Je te l’ai dit…
- Et si tu les appelais tes deux copains avant de partir ?… Ca t’ennuierait ?… T’as bien leurs numéros ?… Tu les appelles et tu leur dis que je suis là… Mais par contre tu leur parles pas de mon mari et tout ça… Ils ont pas besoin de savoir… Et puis peut-être qu’ils auraient peur d’avoir des histoires en plus… Qu’ils voudraient pas venir…



Elle a entrebaîllé la porte…
- Ah, c’est toi !… Je me demandais qui ça pouvait bien être…
L’a plus largement ouverte…
- Je te dérange pas ?…
- Non… Non… Bien sûr que non… J’allais…
Ses dessins d’elle étaient éparpillés un peu partout… Sur le canapé… Sur la table… Par terre…
- Tu allais ?…
- J’allais, oui… Mais puisque t’es là je vais plutôt finir mon dessin de toi… Seulement si tu veux, bien sûr…
Evidemment que je voulais !… Cette question !… Et j’ai repris la pose…

- C’est de la torture !…
- Quoi donc ?…
- De te voir en train de te le faire tant et plus, là, tout autour, sur papier, sans t’avoir jamais vue en vrai…
- Ca viendra… Tu crois que j’en ai pas envie, moi aussi ?… Ca viendra…
- Quand ?…
- Peut-être tout à l’heure… Si j’arrive à finir ton dessin… Si tu sors pas trop vite… Ah oui, mais non… Faut pas que tu débandes non plus… Je peux pas sinon… Faut que ce soit le plus ressemblant possible… Ca aussi…

Ses doigts sur elle… Tout près… Ses doigts pressés… Inquisiteurs… Forcenés… Ses doigts affolés… Elle a gémi son plaisir… Il a ruisselé, s’est apaisé… L’a reprise, reconquise… Comblée… Je lui ai ouvert les bras… Elle s’y est abandonnée…
- Pourquoi tu te l’es pas fait, toi ?!…
- Pour pouvoir profiter de toi à fond…
- Tu sais que c’est la première fois ?… Faut que je fasse un vœu… La première fois que je le fais devant quelqu’un qui regarde…
- Et alors ?… Tu as aimé ?…
- Oh oui !… Oui !… Surtout que jamais j’aurais cru que ce soit possible un jour… Et avec un type en plus !…
- Eh bien tu vois…
- T’étais tout près, hein ?!… Je sentais ton souffle dessus… Comment c’était excitant…
- Et pour moi donc !…
- Tu veux pas que je te le fasse ?… J’ai envie… J’ai trop envie…

Délicatement… Avec une infinie douceur… De longs arrêts… Des changements de rythme… D’interminables caresses… Jusqu’à ce que j’implore…
- S’il te plaît… Maintenant… S’il te plaît…
Elle ne l’a pas quittée des yeux… Jusqu’à la fin… L’a encore doucement et longuement caressée… Y a déposé un baiser…
- C’est drôle comment ça devient après… Tout petit… Tout attendrissant…
Elle y a calé sa joue…
- T’as pas aimé en prenant tout son temps comme ça ?…
- Oh si, si !… Seulement il arrive un moment…
- Faut me dire, hein !… Parce que j’ai pas l’habitude, moi… Comme je t’ai fait c’est comme j’imagine que je le fais à un type quand j’y pense… Parce qu’en vrai…
- Tu l’as jamais fait…
- Oh, quand même, si !… Faut pas exagérer… Mais il y a… toute une éternité… Parce que c’est pas ce qu’ils préfèrent les mecs quand t’es avec eux… Faut les supplier pour qu’ils acceptent… Et c’est tellement à contre-cœur souvent que ça t’en fait passer complètement l’envie… Non… Et puis de toute façon…
- De toute façon ?…
- Je peux jamais en garder un de mec… Alors j’ai fini par renoncer à force… Et du coup ça fait je sais pas combien de temps que j’en ai pas eu…
- Ca viendra…
- Je crois pas, non… Je dois être trop difficile… Ou trop compliquée… Et puis… Oh, à toi je peux bien le dire… Je préfère m’occuper de moi toute seule… Avec mes images… Et de loin… Peut-être parce que j’ai pris l’habitude depuis toujours… Faut que je me force avec eux… Et pas qu’un peu… De plus en plus au fur et à mesure que le temps passe… Je sais pas faire semblant… Alors très vite il finit par plus rien y avoir… Et ça ils aiment pas, mais alors là pas du tout… Il leur faut… Ce que je peux comprendre… Ils sont rares, tu sais, les types comme toi pour qui avec une fille c’est pas ça l’essentiel…


Samedi 24 Octobre 2009

- Je croyais que tu viendrais pas…
- J’ai bien failli… Je dormais comme un loir… Et si mon téléphone avait pas sonné…
- C’aurait été la première fois, depuis qu’on se connaît, que tu serais pas venu…
- Oh, mais toi, t’as pleuré, dis donc…
- Toute la nuit… Non, mais t’aurais entendu ça toutes les horreurs qu’il m’a sorties Cedric hier soir !… Et comment je me suis humiliée !… Plus bas que terre je me suis mise… Mais au moins cette fois ça y est !… C’est fini… Et bien fini…
- J’ai déjà entendu ça quelque part…
- Oh si, cette fois, si !… Ce qu’il m’a dit là je pourrai jamais l’oublier… Ni lui pardonner…
- C’est si terrible que ça ?…
- Oui… Mais j’ai pas envie d’en parler… Pas maintenant… Peut-être un jour… Bon, mais on va là-bas demain, hein ?… Tu me fais pas faux bond… Tu me promets ?…
- Pourquoi je te ferais faux bond ?…
- Je sais pas… Comme ça… J’ai plus que toi, moi, maintenant, tu sais…



Chez moi Emilie était sous la douche…
- Qu’est-ce que ça fait du bien une bonne baise !… J’avais presque oublié…
- Ils sont venus ?…
- Un peu qu’ils sont venus… Ils ont même amené un copain… Et alors je te dis pas cette partie de jambes en l’air… Ils en tremblaient les murs… Bon, mais si je craignais pas d’abuser, je te demanderais bien quelque chose…
- De prolonger ton séjour ici…
- Voilà, oui…
- C’est sans problème… De toute façon je suis pas là ce week end…
- C’est pas moi qui te mets en fuite au moins ?…
- Non… Non… Bien sûr que non…
- Il y a une petite copine sous roche, heinc’est ça ?… J’en suis ravi pour toi…



- Je pourrais pas en faire un autre ?…
- Un autre quoi ?…
- Dessin de toi… Mais où tu ferais rien cette fois… Tu resterais juste comme ça à me regarder en bandant…
- Oui, mais à une condition… C’est que tu te mettes toute nue, toi aussi… De toute façon si tu veux que je bande…

Ce qu’elle a fait… Moi aussi… Et elle s’est installée à son chevalet…
- Là… Et tu bouges plus…
En arrière-fond se sont élancées les « Lamentations »… Celles de Thomas Tallis…
- Comment j’aime ça en voir des queues… Des heures j’y passerais… Des heures j’y passe à les regarder… Parce que moi, tu vois, ce qui m’excite dans les films c’est pas tant les couples… Presque jamais… Parce qu’elle disparaît dans la fille celle du mec… Et t’as plus rien… Non… C’est quand ils se le font tout seuls… En prenant bien leur temps… Ou alors quand il y a une fille qui leur fait… Ou même quand ils restent simplement tout nus à se promener tranquillement… Parce qu’il y en a pas deux de pareilles… Et elles changent en plus… La même elle arrête pas de changer si t’y regardes bien… Comme toi, là, en ce moment… Ca s’est presque tout découvert le bout rien qu’à m’écouter… Mais ça c’est le genre de choses dont tu peux pas parler… A personne… Et surtout pas aux filles… Elles prendraient leur air scandalisé… « - Hein ?!… Mais t’es dégoûtante !… Comment c’est moche en plus !… »… Ce que je me demande c’est si elles le pensent vraiment ou bien si c’est pour donner le change… Parce que ça ferait vicieux… Une chose est sûre en tout cas, c’est que, moches ou pas, quand elles les ont dedans elles se plaignent pas… Elles en profitent… Pas moi… C’est un truc que je comprends pas ça d’ailleurs… C’est que moi qui aime tant les voir j’apprécie pas vraiment de les avoir… Peut-être que je suis trop visuelle ?… Qu’à force d’aimer ça regarder… Depuis toujours… j’arrive pas du tout à apprécier le reste ?…
- Et les filles ?… Tu aimes les voir ?…
- Oh, elles !… C’est pas pareil… Ce que j’aime surtout, c’est les regarder se le faire en observant des hommes en cachette… Ou bien alors qu’elles se fassent surprendre… T’imagines ?… La fille qui s’est entourée de toutes les précautions possibles et imaginables… Qui s’est claquemurée… Qui est persuadée qu’il est impossible que qui que ce soit aperçoive quoi que ce soit… Sauf qu’elle a oublié un tout petit détail… Le détail qui tue… Et il y a des gens qui voient ce qu’elle est en train de faire… Et elle voit qu’on la voit… La honte… Et tu sais ce que je me dis ?… C’est que maintenant que je t’ai rencontré il y a peut-être des tas de choses que je vais pouvoir faire… Dont j’avais envie comme une folle, mais que j’aurais jamais osées toute seule… Tandis qu’avec toi…
- Quoi, par exemple ?…
- Je te dirai…


Dimanche 25 Octobre 2009

- Ah, oui !… Comment on voit bien dans la chambre à côté !… Impressionnant !… On voit tout !… Comme si on y était… Ils ont dû se régaler quelque chose de bien les types les autres fois quand on y était… Et t’as vu ?… Ils y ont déjà mis leurs affaires les gens… Où c’est qu’ils sont ?…
- Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?… Partis faire un tour sûrement…
- Ils vont revenir, tu crois ?…
- Evidemment qu’ils vont revenir… Mais sans doute pas maintenant… Il n’est que cinq heures…
- Comment je suis pressée !… Non, mais comment je suis pressée… C’est de la folie…

- Il y en a au moins trois…
- Trois quoi ?…
- Que ça peut être eux le couple de la chambre d’à côté…
- A moins qu’ils ne mangent pas là…
- Ils vont quand même pas nous faire ça ?!… Non… Ils peuvent pas… Ils ont pas le droit… A mon avis c’est ceux de la table à droite… Ils ont l’air amoureux comme tout… Et puis il est mignon à craquer lui en plus… Oui… Oui… Parce que les autres près de la baie vitrée là-bas j’aimerais pas trop… Ils me plaisent pas… Et ça doit être le genre « J’te grimpe vite fait et je m’endors »… On serait déçus… Je suis sûre qu’on serait déçus… Restent les autres… Ils sont pas mal, mais… Dis… Te retourne pas… Mais juste derrière toi il y a un bonhomme qu’arrête pas de me regarder…
- Je sais, oui…
- Comment ça « tu sais » ?…
- C’est l’un de tes admirateurs de la semaine dernière… Le plus fervent…
- Ah oui ?… Qu’est-ce qu’il fait là ?… Il le sait pas qu’il pourra pas me voir ce soir ?…
- Bien sûr que si !…
- Et il est venu quand même ?…
- Pour le plaisir de t’apercevoir… Même juste comme ça…
- Ah oui ?!…
- Ca t’ennuie ?…
- Oh, non, non… Bien sûr que non… Mais faut qu’il soit drôlement accro, dis donc !…

- Bon… Alors qu’est-ce qu’ils foutent ?… On va pas les attendre comme ça pendant des heures !…
- Les voilà…
- Ah oui, les v’là, oui !… Et c’est ceux que je voulais en plus !… Ca fait drôle… Comment ça fait drôle de se dire qu’on les voit – comme si on était dans la chambre avec eux – et qu’ils s’en doutent même pas… Nous au moins on savait… C’est quand même pas pareil… Bon… Mais ils vont tourner comme ça longtemps en rond ?… On n’a pas que ça à faire, nous… Ah, ça y est !… Il se dépiaute… C’est pas trop tôt… J’aime ça leurs fesses, moi, aux mecs… Je crois que c’est ce que je préfère chez eux… Il va quand même pas se coucher comme ça ?… Sans même se laver les dents !… C’est un gros dégueulasse, oui !… Elle au moins…

- Oui, mais elle va pas y passer des heures non plus !… Ah, ça y est !… Ben t’as pas de pot, toi, dis donc !… T’auras rien vu du tout… Non, mais comment elle est emmitouflée !… Oh, mais ça va s’arranger… C’est maintenant que le spectacle va commencer… Allez, les enfants !… Un bon mouvement, quoi !… Lancez-vous !… Il éteint… Non, mais quel con !… Il va quand même pas nous faire ça ?… On voit quand même… Si !… Avec le lampadaire dehors on voit quand même… Qu’est-ce qu’ils font ?… Non, mais ils vont pas dormir ?!… Manquerait plus que ça !… Il y a une semaine qu’on attend, nous !… Mais si !… Chacun tourné de son côté et… Oui, ben si ils comptent que ça va se passer comme ça… Je leur laisse dix minutes… Et si dans dix minutes…

- Qu’est-ce tu fais ?… C’est quoi ça ?…
- Mon petit enregistreur… Tu sais… Je t’ai bien dit… Que j’avais mis sous le lit quand j’étais avec Cedric… Ils vont croire que c’est nous…
D’abord en sourdine… Un halètement… Qui a gagné en intensité… En profondeur…
A côté il s’est retourné…
Et puis une plainte… Psalmodiée… Lancinante…
A côté elle s’est redressée…
Des grondements… Des feulements…
- Si je les réveille pas avec ça !…
Une tempête de cris… De miaulements éperdus… De supplications hoquetées…
- Oh, mon amour !… Mon amour !… Encore !… Encore !… Je t’aime !… Si tu savais !… Tout ce que tu veux !… Tout !… Ca aussi !… Oui… Si tu veux…
A côté ils ont rallumé…
- Ah, je savais bien quand même !…


Lundi 26 Octobre 2009

- Non, mais t’as vu ça ce festival cette nuit !?… Ah, ils s’en sont donné… Et grâce à qui ?… Je suis une bonne, hein, avoue !… Parce que si j’avais pas été là… Et faut bien que, de temps en temps, Cedric il serve un peu à quelque chose… C’est peut-être con ce que je vais dire, mais de l’avoir mis à contribution, là, comme ça, sans qu’il le sache, comment ça m’a fait du bien !… Ca m’a soulagée… Libérée… Et t’inquiète pas qu’à l’occasion je me gênerai pas pour recommencer… Parce que j’en ai des enregistrements… Et pas qu’un peu… Alors chaque fois qu’on voudra… Qu’est-ce qu’ils font à côté ?… Laisse-moi regarder… Ils dorment… Faut bien qu’ils récupèrent un peu les pauvres chéris… Surtout que tout à l’heure ils vont pas y couper… Je vais leur remettre ça… Faudra qu’ils assurent… J’ai bien aimé… Si, c’est vrai, j’ai bien aimé… Je me demandais… Parce que souvent les trucs, quand on y a pensé pendant des mois et des mois, ben le jour où ça arrive on est déçu… On se dit : « C’était que ça finalement !…»… Ca te fait pas ça à toi ?… Si, hein ?!… A tout le monde ça doit le faire… Mais pas là… Je sais pas pourquoi… Qu’est-ce t’as préféré au juste ?… Non… Attends !… Dis rien !… Laisse-moi deviner… C’est que c’était elle qu’était dessus… Et à la voir ouvrir et fermer les fesses comme ça… Surtout qu’elle y allait de bon cœur… Et même qu’à la fin… C’est pas ça peut-être ?… Ben si !… Tu me dirais le contraire… Parce que je te jetais des coups d’œil de temps en temps… Tu te serais vu !… Ah, pour apprécier tu appréciais… Mais t’inquiète pas : on remettra ça… Bon, mais dis… T’as pas faim, toi ?…
- Pas spécialement, non…
- Moi, si… Que j’en ai mal à l’estomac…
- On descend déjeuner si tu veux…
- Pour louper leur réveil aux deux autres à côté… Pas question… Non… Je vais descendre m’acheter un truc vite fait et je remonte aussi sec…

- Ils sont levés ?…
- Il y a un moment… Ils sont même descendus…
- Oh, zut !…
- Où t’étais passée ?… Je commençais à m’inquiéter, moi…
- C’est que… le type d’hier soir, là, au resto, tu sais, qu’arrêtait pas de me regarder… Que tu m’as dit qu’il était dans la chambre l’autre fois…
- Oui… Eh bien ?…
- Eh bien il était en bas… Et on a un peu discuté tous les deux… Il est drôlement sympa finalement…
- Personne n’a jamais prétendu le contraire…
- Et tu sais pas ce qu’il m’a demandé ?…
- Il t’a invitée à déjeuner à midi…
- Comment t’as deviné ?…
- C’était pas bien compliqué… Et t’as répondu quoi ?…
- Ben que… Ca t’ennuie ?…
- Non… Non… Bien sûr que non…

- Qu’est-ce qu’on va faire en attendant ?…
- Tu veux qu’on aille voir s’il a reçu ta robe en jaune le type là-bas ?…
- Oui, oh… De toute façon je la mettrai pas… Et puis franchement… c’est amusant cinq minutes ce genre de truc, mais bon… Dis-moi plutôt… Tu le connais celui de tout à l’heure ?…
- Pas plus que ça, non !… Je l’ai juste entrevu cinq minutes en compagnie du patron…
- A ton avis qu’est-ce qu’il me veut au juste ?…
- C’est pas bien difficile à deviner… Il t’a vue à poil… Il a apprécié…
- Et il voudrait que je recommence… Mais pour lui tout seul cette fois… C’est ça, hein ?…
- C’est ça, oui… Mais peut-être pas seulement… Quand une femme plaît à un homme…
- Non, mais attends !… T’as vu l’âge qu’il a ?… Soixante ans… Pas loin… Tu vas quand même pas me faire croire qu’à cet âge-là on peut encore !…
- Il paraît que si !…
- Oui, ben alors là !… On t’en a poussé une belle… Déjà qu’à quarante ans t’en as plein qui sont obligés de prendre du Viagra alors tu penses bien qu’à soixante il y a plus rien qui fonctionne depuis longtemps… C’est pour ça qu’ils sont aussi vicieux les vieux, qu’ils aiment tant regarder… Parce qu’ils ont plus rien d’autre… Bon, mais ça je m’en fous à la limite… Au contraire… Si ça leur fait du bien, moi, ça me fait pas de mal… Et puis te dire qu’un type qu’a été jeune, qu’a sûrement connu des tas de filles, qu’en a vu tout un tas à poil… Et celui-là, si ça tombe, c’est médecin qu’il était, va savoir !…et alors s’il était médecin c’est des milliers qu’il a vues… Il devrait plus rien en avoir à foutre… Et ben si !… Si !… Il a quand même envie de me voir… Et de me voir, moi… Pas une autre… Faut quand même reconnaître que ça peut pas ne pas te faire plaisir… Alors tant qu’il voudra il pourra me regarder si il veut… Surtout qu’il a déjà vu…
- Et s’il voulait quand même autre chose ?…
- J’y crois pas… J’t’ai déjà dit… J’y crois pas du tout…
- Mais au cas où ?…
- Je pourrais pas… Avec un vieux comme ça… Oh, non alors !… Je pourrais pas… Ce serait vraiment trop dégueulasse…
Elle a regardé l’heure sur son portable…
- Je vais y aller… Je veux pas le faire attendre… Tu vas faire quoi, toi, pendant ce temps-là ?…
- Je sais pas… Je verrai…

Trois heures… Quatre heures… Cinq heures… A six heures un quart elle a enfin fait sa réapparition, rayonnante, les joues roses d’excitation…
- Tu t’es pas trop inquiété ?… Non… Parce que qu’est-ce qu’on a parlé !… On n’a fait que ça… Tout ce temps-là… Enfin surtout moi… Lui, il posait des questions… Je répondais… Et il écoutait… Mais pas du tout comme quelqu’un qu’en a rien à foutre… Qui fait ça juste par politesse… Non… Ca l’intéressait vraiment ce que je disais… Ca se voyait…
- Quel genre de questions il te posait ?…
- Un peu tout… Sur ma vie… Sur mon enfance… Sur ce que j’aime… Sur mes loisirs… Sur si je compte toujours rester dans le même boulot… Sur toi aussi… Sur ce qu’on est tous les deux l’un par rapport à l’autre…
- Et qu’est-ce tu lui as répondu ?…
- Ben la vérité, tiens !…
- Et c’est tout… Vous avez fait que ça ?… Que parler ?…
- Qu’est-ce tu veux d’autre ?… Il allait quand même pas me dire comme ça de but en blanc : « - Mademoiselle, je vous ai matée à poil en douce l’autre nuit et je voudrais que ça recommence… »… N’empêche qu’il voudrait, ça, c’est sûr… Il avait une de ces façons de me regarder par moments… Tu voyais bien qu’il arrêtait pas d’y penser à moi toute nue… Et ce que je me demande du coup, c’est comment il va se débrouiller pour arriver à ce que j’y sois… Parce que c’est pas si facile que ça finalement… A ton avis, il va s’y prendre comment ?…
- Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?…
- Comment tu ferais, toi ?…
- Demande-moi comment j’ai fait plutôt… Tu te rappelles pas ?…
- C’était le hasard la première fois…
- Que tu avais quand même un peu aidé, non ?…
- J’ai pas envie… Avec lui j’ai pas envie que ça se passe comme ça… Je veux que ça vienne de lui…
- Ce qui signifie, si je comprends bien, que tu vas le revoir…
- Oh, ben oui, oui, attends !… Pourquoi je le reverrais pas ?… C’est pas si souvent que tu tombes sur quelqu’un comme ça… Qui te prend vraiment en considération… Qu’a envie de passer du temps avec toi…Qui fait pas semblant… Parce que sinon, à part toi, c’est quoi ma vie ?… Voir défiler des clients qu’en ont rien à foutre de ma pomme… Qui me prennent de haut parce que je suis rien du tout pour eux qu’une petite vendeuse sans importance… Pour une fois je compte pour quelqu’un… Et je laisserais passer l’occasion ?… Je serais vraiment la dernière des idiotes…



Allongée sur mon lit, Emilie s’empiffrait de smarties…
- Tu vois, je suis encore là… Va falloir que tu me foutes dehors parce que sinon… Oh la la, ça a pas l’air d’aller, toi, dis donc… Qu’est-ce qui se passe ?…
- Rien… Qu’est-ce tu veux qu’il se passe ?…
- Tu parles !… On me la fait pas à moi… T’es au bord des larmes… Allez, viens là !… Près de moi… Allonge-toi !… Là… Et maintenant raconte à tata Emilie… C’est ta copine, hein, c’est ça ?!… Elle t’a plaqué…
- Non… C’est pas ma copine, non…
- Ah, c’est quoi alors ?…
- Une amie…
- Une amie qui t’a plaqué ?… Qu’est-ce t’en as à foutre si c’est qu’une amie ?!…
- Elle m’a pas plaqué…
- J’y comprends pas grand chose à ton histoire…
- Non, mais c’est spécial tous les deux…
- J’ai l’impression… C’est quoi le problème ?…
- Qu’elle vient de rencontrer un type – et par ma faute en plus – qui la manipule comme c’est pas possible… Qu’a qu’une idée en tête : la mettre dans son lit…
- Oui, ben ça il est sûrement pas le premier… Elle a quel âge ton amie ?…
- 23 ans…
- A 23 ans elle est assez grande pour savoir ce qu’elle a à faire, non ?…
- Oui, mais non… Elle sort tout juste d’une sale histoire avec un type qui se fichait d’elle dans les grandes largeurs et, parti comme c’est, elle va replonger direct dans le même genre de truc… En pire…
- Qu’est-ce t’en sais ?… Et si elle était parfaitement lucide sur ses intentions au type ?… Et si ça l’arrangeait parce qu’elle a tout simplement envie de se faire tirer ?…
- Oh, alors ça, ça m’étonnerait !… C’est pas le genre…
- Qu’est-ce t’en sais ?… T’as couché avec, toi ?…
- Non… C’est une amie, j’t’ai dit…
- Oui, ben justement !… Tu crois qu’une fille – amie ou pas – elle va aller parler de ses envies de coucher à un type que ça intéresse pas ?… A qui ça fout une trouille monumentale ?…
- C’est une amie…
- Ca… on le saura… Depuis le temps que tu le répètes… Tu te rappelles ce que je t’ai dit un jour ?… Qu’à mon avis t’étais puceau… Tu l’es peut-être pas physiquement, mais dans ta tête tu l’es toujours, ça, c’est sûr… Et pas qu’un peu… Il est grand temps de remédier à ça, non, tu crois pas ?… Allez !… Laisse-toi faire !… Laisse-toi faire, j’te dis !… J’en ai une de ces envies en plus…


Mardi 27 Octobre 2009

- T’as une de ces mines ce matin !…
- Je sais, oui !… Je me suis couchée il était plus de trois heures…
- Ah, quand même !…
- J’étais au téléphone avec Louis… On n’a pas vu le temps passer… Ce qu’il est intéressant, tu peux pas savoir…
- Je n’en doute pas…
- Même toi tu t’entendrais bien avec lui, je suis sûre, si vous preniez le temps de discuter tous les deux… Par contre, dimanche prochain, si ça t’ennuie pas…
- Oui… Eh bien ?…
- Je viendrai pas avec toi… Il m’a invitée chez lui…
- Carrément !… Et tu vas y aller ?!…
- Un peu que je vais y aller !…
- C’est du grand n’importe quoi !… T’es complètement irresponsable…
- Ben pourquoi ?…
- Mais enfin , Charline !… Tu le connais pas ce type…
- Je croirais entendre ma mère… Toi non plus tu le connais pas!… Comment tu peux juger ?…
- Non, mais tu te rends pas compte les risques que tu prends…
- De quoi t’as peur ?… Qu’on me retrouve égorgée au coin d’un bois ?… Tu devrais pas regarder tant de films d’horreur…



- Oui, mais comment tu veux que j’arrive à te dessiner si t’arrêtes pas de gigoter ?…
- Excuse-moi !… Là… Je bouge plus…
- Et faut que tu bandes !…
- Tu crois que ça se fait comme ça sur commande, toi !…
- Mais bien sûr !…
Elle s’est approchée, y a posé la main, a doucement enserré, longé, sollicité…
- Là… Ben voilà… Et ça fait pas semblant en plus !…
Elle est retournée à son chevalet, sourcils froncés, petit bout de langue tiré…
- Pauline ?…
- Oui ?…
- Tu voulais me dire quoi l’autre jour ?…
- A quel propos ?…
- De tes envies… De tes désirs cachés… Tout ça…
- Ah… Tu dois bien commencer à avoir une petite idée, non, maintenant ?…
- Oui, bien sûr, oui… Plusieurs même…
- Alors tu sais ce qui serait bien ?…
- Que j’entre à fond dans tes fantasmes… Et que je t’emmène de surprise en surprise…
- T’as tout compris…
- Méfie-toi !… Je risque de faire preuve de beaucoup d’imagination…
- Même pas peur…
- On verra…



- Tu sais qui c’est qui sort de chez toi ?… Mon mari… Il a fini par avoir l’idée de venir me chercher ici…
- Ah… Et alors ?…
- Et alors on t’a rien cassé, tu vois… Ca s’est même plutôt bien passé… Il a eu le temps de réfléchir pendant mon absence… Et il est devenu beaucoup plus conciliant… Du coup on est tombés d’accord… Je retourne là-bas… Avec lui… Mais à MES conditions… Et la première de toutes c’est que je fais ce que je veux… Il me lâche… Si j’ai envie de m’envoyer en l’air avec Paul, Jacques ou André je m’envoie en l’air avec Paul, Jacques ou André… Et il a rien à dire… Cela étant, je me fais pas trop d’illusions… Il n’a accepté que contraint et forcé… Parce que c’était ça ou le divorce… J’ai été très claire là-dessus… Il renâclera… Il renâclera forcément… Mais bon… J’ai fait le plus dur… Je l’ai bien en mains maintenant… Je sais où faut que j’appuie pour qu’il file doux… Et il filera doux… Donc… Donc il va me rester à te remercier de ton hospitalité…
- Oh, il y a vraiment pas de quoi…
- Si tu n’y vois pas d’inconvénient je viendrai quand même te faire un petit coucou de temps en temps…
- C’est quand tu veux…
- Il faut bien que quelqu’un s’occupe de te dégrossir un peu… Se dévoue… Parce que tu es persuadé du contraire, mais tu ne connais strictement rien aux femmes… Tant que tu prendras ce qu’elles te racontent pour argent comptant tu seras très largement à côté de la plaque… Leurs vrais désirs sont rarement ce qu’elles prétendent qu’ils sont…



Mercredi 28 Octobre 2009

Pas de Charline au café ce matin. Juste un SMS sur le coup de dix heures : « T’inquiète pas. Tout va bien. J’ai pris ma journée. Je t’appellerai. Je te raconterai… »



- Où tu m’emmènes comme ça ?…
- Tu verras bien…
- Et pourquoi il a fallu que je prenne mon matériel de dessin ?…
- C’est là…
Une résidence huppée avec des appartements à grands balcons au milieu des arbres… Un hall d’entrée en simili-marbre… Un ascenseur feutré… Un couloir aux gris et aux roses subtils… Droite… Gauche… Une porte de bois sombre… « Sébastien Van Kleer »…
- Tu sonnes pas ?…
- Entre !… Avance !… Jusqu’au fond là-bas…
Elle s’est figée sur le pas de la porte… Ils étaient là… Comme convenu… Nus tous les deux… Enlacés au milieu d’une multitude de coussins disposés à même le sol… Le troisième, nu aussi, était debout près de la porte-fenêtre, appuyé des deux mains à une petite table ronde… Ils lui ont souri…
- Salut !…
- Salut !…
Elle a ouvert son chevalet, tranquillement choisi son emplacement, comme si de rien n’était, s’est installée…
- S’il te plaît va là-bas, toi aussi… Avec eux… Non… Pas là… Juste derrière les deux par terre… Au-dessus d’eux…
Elle a attendu que je me sois déshabillé…
- Un peu plus à droite… Encore un tout petit peu… Là… Là… C’est idéal… Bouge plus !…
Et le fusain a couru sur le papier…
En bas ils se sont effleurés… Franchement caressés… L’autre aussi… En les regardant… Il a joui très vite… Presque tout de suite… Avec un grondement éperdu de fond de gorge… En dessous ils se sont pris l’un l’autre dans la bouche… Elle a imploré…
- Pas trop vite, hein !… Pas trop vite !… Laissez-moi le temps…
Ils se sont longuement savourés… Ont éclaté ensemble en bordure de lèvres… Elle a levé les yeux sur moi… Insisté… Je lui ai offert mon plaisir…

- Comment tu leur as tenu tête !…
- Jamais je montre un dessin qui n’est pas fini… Jamais…
- Il te reste plus qu’à le finir alors…
- Oui, ben ça on verra…
- Tu leur as promis…
- C’est pas une raison… Mais tu les connais d’où ces types ?…
- Ca n’a pas d’importance d’où je les connais…
- Ils savent pas qui je suis au moins ?…
- Bien sûr que non… Tu me prends pour un demeuré ?…
- Qu’est-ce tu leur as dit sur moi ?…
- La vérité… Que t’étais une fanatique des queues… Que tu ne vivais que pour ça… Pour en voir tant que tu pouvais… Et que c’était juste un prétexte le dessin… Que ça te servait de couverture…
- T’as pas fait ça ?…
- Mais non, idiote !… Je leur ai raconté que t’avais écrit un bouquin… Que t’étais en train de l’illustrer, mais que c’était pas facile pour toi de trouver des modèles qui ne te prêtent pas tout un tas d’arrière-pensées…
- Pas bête…
- Et ça te laisse toutes sortes de possibles ouverts… Rien ne t’oblige à y remettre les pieds… Mais tu peux tout aussi bien y retourner dix fois si ça te chante… Pour finir ton dessin… Ou en commencer d’autres…
- Je sais pas… Je verrai…
- Mais si, tu sais… Tu sais même très bien…

- C’est moi !…
- Ca, je vois bien… Ton mari t’a encore foutue dehors ?…
- Il a pas intérêt… Ca lui coûterait cher… Très cher… Non… Si je te disais la vraie raison…
- Eh ben vas-y !…
- D’un seul coup j’ai eu une de ces envies de ton ragoût à la mentonnaise, mais alors une envie !…
- T’es enceinte ?…
- Parle pas de malheur… Non… Ca, il y a pas de risque…
- Le problème pour le ragoût, c’est que j’ai pas ce qu’il faut…
- Moi, si !… J’ai tout amené… T’as plus qu’à te mettre aux fourneaux…
- Il y en a quand même pour un petit moment…
- Ca fait rien… On discutera en attendant… Et épice, hein !… Epice !… J’ai bien l’intention de passer la nuit là…


Jeudi 29 Octobre 2009

- Tu m’as pas appelé hier… T’avais promis pourtant …
- Désolée… J’ai pas pu… Mais en tout cas t’avais tout faux… Il m’a pas sauté dessus Louis…
- Ah, parce que t’étais avec ?!…
- Evidemment que j’étais avec… Mais j’allais pas te le dire avant… Tu m’aurais encore fait toute une pantomine…
- Chez lui ?…
- Chez lui, oui… Tu verrais cette baraque qu’il a !… On dirait un château… Avec des pièces partout… Et une piscine immense… Qu’est à l’intérieur en plus… Et chauffée… Il m’a encore vue toute nue du coup… Parce que évidemment comment ça m’a donné envie de me baigner… Mais j’avais pas de maillot… Il s’en fichait, tu parles !… Qu’est-ce que ça pouvait faire ?… Il y avait personne… Que nous…
- Il sait fichtrement bien manœuvrer…
- Et on a passé des heures dans l’eau… Ou à discuter à poil sur le bord… Comment c’était agréable, tu peux pas savoir !…
- Oh, si !…
- Surtout qu’il me regardait en douce… Moi, bien sûr, je faisais celle qui se rend compte de rien… Mais je peux te dire que ça lui plaisait… Alors là !… Pour lui plaire ça lui plaisait… Même qu’il y avait des moments il était obligé de se mettre carrément sur le ventre pour pas que je m’en aperçoive… Comme quoi finalement sûrement qu’il peut encore…
- Et maintenant ?…
- Quoi « et maintenant » ?…
- Ben tu comptes faire quoi avec lui ?…
- Mais rien du tout !… Discuter… Comme on a fait là… C’est tout… Parce que qu’il en sait des choses, tu verrais ça !… Des heures je passerais à l’écouter, moi !…



- Tu le crois vraiment ?…
- Quoi donc ?…
- Que c’est juste un prétexte pour moi le dessin… Pour pouvoir regarder…
- Bien sûr que non… Les deux plaisirs se conjuguent… S’imbriquent… Sans compter celui d’après… Quand tu te retrouves toute seule avec tes dessins…
- On fonctionne pareil finalement, hein, tous les deux… Le plus important, c’est l’imagination… Sauf que moi je te laisse voir tout ce qu’il y a dans la mienne – ou presque – alors que toi tu me montres rien du tout… Je sais rien de ce qu’il y a dans ta tête quand t’es tout seul et que tu te le fais…
- Presque toujours la même chose : des femmes qui se le font… Et qui y prennent infiniment de plaisir…
- Oui, ben alors !… Je dois souvent être là…
- En ce moment… toujours…
- Que moi ?…
- Ca dépend…
- C’est qui les autres ?…
- Des collègues à toi… Ou des filles que tu connais pas… Que j’ai croisées comme ça… Ici ou là…
- Tu nous fais faire des choses ensemble ?…
- Rarement… Je vous regarde… Vos doigts sur vous… Vos mains… Vos yeux… Votre plaisir quand il vous inonde…
- Moi aussi, faudrait que je t’en fasse des surprises… Il y a pas de raison… Bon, mais je vais y réfléchir… Tu seras pas déçu, tu verras…



- Excuse-moi !… Je te laisse complètement tomber en ce moment… Même tes messages c’est tout juste si j’y réponds…
- C’est pas bien grave…
- Si, c’est grave, si !… Mais c’est pas que je veuille plus te voir, tu sais !… C’est pas que j’aie pas envie… C’est qu’avec Elise on est dans un véritable tourbillon en ce moment… Il y a des décisions à prendre… Des choix à faire… Et c’est pas vraiment simple…
- C’est-à-dire ?…
- C’est-à-dire qu’elle est mutée à Périgueux… Elle attaque là-bas début janvier… Et la question qu’on se pose, c’est de savoir si je l’accompagne ou pas…
- Tu quitterais ton boulot ici ?…
- Oui, oh, tu sais !… Pour quelques piges à droite et à gauche… Ce serait peut-être enfin l’occasion de trouver quelque chose de beaucoup plus stable…
- Ben alors vas-y !… Fonce !… Qu’est-ce que t’attends ?…
- Il y a les filles…
- Et alors ?… Elles sont assez grandes pour se débrouiller toutes seules, non ?…
- C’est pas la question… La question, c’est qu’elles sont pas idiotes… Et que si on s’installe ensemble toutes les deux elles vont vite comprendre de quoi il retourne… Et savoir que leur mère…
- Il y a quand même des moments t’as un bon siècle de retard, non, tu crois pas ?…


Vendredi 30 Octobre 2009

- Donc… ce week end on se voit pas…
- Ben non… Non… J’t’ai déjà dit… Oh, mais c’est juste pour cette fois… On en refera des trucs tous les deux… Des tas…
- J’espère…
- Mais oui !… C’est toi mon confident… Et personne d’autre… Si je t’avais pas… Louis, c’est génial, si, je vais pas dire le contraire… Parce qu’il est vieux et qu’il a envie de passer du temps avec moi… De m’écouter… De me parler…
- De te voir à poil…
- Oui, mais ça !… J’m’en fous de ça… Au contraire… C’est bien… Faut pas être hypocrite… J’adore ça qu’on aime me voir… T’es bien placé pour le savoir… Mais ce que j’aime encore mieux c’est qu’il y a pas que ça qui compte pour lui… C’est qu’il s’intéresse VRAIMENT à moi… A ce que je suis… Ca me rassure… Tu peux pas savoir ce que ça me rassure quelqu’un de son âge… Surtout après ce qui s’est passé avec Cedric… Parce que j’étais rien d’autre qu’un cul à baiser pour lui finalement Cedric… J’existais pas…
- Et s’il veut coucher avec toi lui aussi ?… Maintenant que tu sais qu’il peut…
- Il voudra pas…
- Qu’est-ce t’en sais ?…
- Je le sais…
- Mais s’il veut quand même ?…
- Toutes mes copines elles m’ont toujours dit que t’étais comme tous les autres… Que t’avais qu’une chose en tête… Et pourtant t’as jamais essayé… Pourquoi il serait pas comme toi, lui ?…



- Tu sais ce que j’aimerais ?… C’est que t’en choisisses une de mes collègues… Une qui te plaît vraiment… Sur qui t’as envie de te le faire… Et tu me raconterais… Tout… Tout ce que tu penses sur elle quand t’es en train… Tu passerais à sa caisse quand tu viendrais… J’y penserais… T’y penserais… Ce serait notre secret à tous les deux… Qu’est-ce t’en dis ?…
- Que ça peut être une très bonne idée… Mais vraiment une très très bonne idée…
- Oui, hein ?… Tu te rappelles les dessins d’elles que je t’ai montrés ?… Attends… Je les ai là… Elles y sont toutes… Evidemment c’est complètement imaginaire comme situation… Mais les têtes, elles, c’est ça… A quelque chose près… Tu ne peux pas ne pas les reconnaître… Bon, mais je dis plus rien… Je te laisse… Je veux pas t’influencer…

- Celle-là ?… Oui ?… C’est Séverine… C’est vrai qu’elle est pas mal fichue Séverine… Et sympa comme tout en plus…
Une brune, cheveux au carré, grands yeux noirs mélancoliques, qu’elle avait représentée assise à sa caisse, la jupe relevée jusqu’à la taille, les jambes écartées, la culotte ramenée sur le côté, une gigantesque courgette fichée entre les cuisses…
- Si, c’est vrai… Elle est très sympa… On s’est jamais vraiment parlé toutes les deux, mais bon… ça, ça peut facilement s’arranger… Elle demandera pas mieux, je crois… Je vais essayer de me débrouiller pour qu’elle me fasse ses confidences… Entre filles… Et je te raconterai… Que ça te donne plein d’idées sur elle… Oui… On va bien s’amuser… Je sens qu’on va bien s’amuser…



- Et c’est encore moi !…
- Avec encore une envie de ragoût à la mentonnaise ?…
- Avec une envie, oui !… Mais pas celle-là…
- Laquelle ?…
- Fais bien l’idiot… De toute façon j’ai pas l’intention de te demander ton avis… Je compte me servir… Et sans tarder en plus… Fais voir… Oui, oh, tu peux bien faire la fine bouche… Non, mais regarde-moi ça !… Qu’elle fait son orgueilleuse là-dedans comme c’est pas possible… Chuuut… Laisse-toi faire… Là… Elle est pas mieux comme ça dehors ?… A disposition… Qu’Emilie elle a besoin d’elle ce soir… Et pas qu’un peu !…

- Merci… Ah, ça va mieux… Tu sais que j’ai que toi, moi, en ce moment pour me rendre service comme ça ?… C’est que je cherche pas aussi… Parce que si je voulais… En attendant en douce que ça m’arrange que tu la sautes pas ta copine « qu’est qu’une amie »… Même si elle attend sûrement que ça…
- Oh, alors là ça m’étonnerait…
- Je vais te dire un truc… Une femme elle a TOUJOURS envie qu’un homme il la désire… Qu’il lui montre… Qu’il lui dise… Tu le fais ça, toi ?…
- Ben non, mais…
- Mais quoi ?… Tu vas quand même pas me faire croire qu’il y a pas des moments où t’as envie d’elle ?…
- Si… Evidemment, si, mais…
- Eh ben alors !… Tu crois que c’est agréable pour elle de se dire que tu la vois pas ?… Que t’en as rien à foutre d’elle finalement ?…
- J’en ai pas rien à foutre… Au contraire… C’est justement parce que j’en ai pas rien à foutre que…
- Que tu fais semblant d’en avoir rien à foutre ?… Et qu’elle fait la même chose ?… Pour pas que t’ailles t’imaginer qu’elle en a pas rien à foutre alors que toi t’en as rien à foutre… Et vous vous dites amis ?… Alors que vous êtes dans le mensonge sur toute la ligne… Bon, mais enfin, moi ce que j’en dis !…



Samedi 31 Octobre 2009

- Il y a un truc que je voudrais te dire… C’est à propos de nous… Et c’est pas facile…
- Ah…
- Oui… Il y a des fois on a du mal à s’expliquer comme on voudrait…
- Essaie toujours…
- C’est que… je voudrais pas que tu croies que physiquement tu m’es indifférente…
- Je le crois pas… Je l’ai jamais cru… Je suis pas complètement idiote, tu sais…
- Et même… J’ai rarement eu envie d’une fille comme j’ai envie de toi…
- Je sais… Il y a des tas de signes qui ne trompent pas… Même si on fait semblant de ne pas les voir…
- Seulement il y avait Cedric…
- Et maintenant il y a plus Cedric…
- Il y a plus Cedric, non…
- Ecoute… Je vais être aussi franche avec toi que tu l’es avec moi… C’est pas vraiment le problème Cedric… Ca l’a jamais été… Et si tu avais un tant soit peu insisté… Mais on a pris une autre route… On a fait des choses ensemble que je ne pourrai jamais plus refaire avec personne d’autre… Je t’ai dit des choses que personne ne sait… Que personne ne saura jamais… Tu sais ce que c’est la grande différence entre l’amitié et l’amour ?… C’est qu’en amour on finit toujours par se mentir… Par se tromper… Par se quitter… Alors qu’en amitié il y a pas de raison… Ca peut durer toujours… Ca dure toujours quand c’est sincère et vrai… Et moi j’ai envie que ça dure toujours nous deux… Alors, s’il te plaît, on reste comme ça… On change rien… Hein ?…
- Oui…
- Merci… Mais tu sais, je suis quand même heureuse que tu me l’aies dit… Très heureuse…



- Tiens, regarde ce que je t’ai fait…
Un dessin… Un dessin grand format… Un dessin sur lequel on se faisait face, Séverine et moi, en nous fixant l’un l’autre, avec beaucoup d’intérêt et de fascination, résolument en bas… Un dessin qui ne laissait planer aucun doute sur la nature de l’activité à laquelle on était en train de se livrer…
- Ca te plaît ?…
- Je serais difficile…
- Fais-le alors !… Fais-le !… En la regardant… En vous regardant…
Elle est venue derrière moi… S’est penchée par-dessus mon épaule…
- T’as vu ?… Non, mais t’as vu ça comment elle te fixe ?… Faut qu’elle ait pas de honte !… Aucune pudeur… Mais c’est qu’elle insiste en plus… Quand tu penses que là-bas, à sa caisse, elle te joue les sainte-nitouche à longueur de temps comme c’est pas permis… Je t’en foutrais, moi !… Oh, mais vas-y !… Vas-y !… Te gêne pas !… Profites-en toi aussi… Regarde comme elle s’ouvre bien ?!… Je te dis qu’elle a dû en prendre !… Et pas qu’un peu… Oh, mais je saurai… Je saurai tout d’elle… Elle sera à toi… Complètement… Oh oui… Jouis sur elle… Jouis… Jouis… Elle est à toi… Elle est pour toi…

Elle est venue s’asseoir à côté de moi…
- Reste !… Bouge pas !… Reste comme ça… Comment t’en as eu beaucoup !…
Elle en a pris un peu, du bout des doigts, s’est doucement lissée avec… Tout du long en bas… Dans un sens… Dans l’autre… Longtemps… Et puis plus ciblé… Plus précis… Elle a fermé les yeux… Son souffle s’est fait court…
- J’aime… J’ai trop aimé… J’aime trop…
Elle s’est autoritairement emparéede ma main et l’a broyée en hoquetant son plaisir…

- Faut que j’y aille… Tu peux pas savoir ce que c’est chiant d’avoir des horaires-puzzles comme ça… Une heure par ci… Deux heures par là… T’as l’impression d’y passer ta vie dans ce truc… Bon, mais j’ai pas le choix… Et tu sais ce que j’aimerais ?… C’est que t’y viennes, toi aussi là-bas maintenant… Et que t’y passes à sa caisse à Séverine… Là… Comme ça… Juste après… Normalement je devrais être à celle juste à côté… Je te verrais… Et il y a que nous qu’on saurait…

- Elle a pas fait attention à toi plus que ça…
- Pourquoi elle l’aurait fait ?… J’étais un client comme un autre…
- Oh, pas parce qu’elle se serait doutée, non… Mais parce que quand il y a un beau mec qui passe aux caisses en général on en profite un peu… Toutes… C’est normal, attends !… Et puis ça ensoleille un peu la journée… Non, mais finalement je me rends compte que je sais pas grand chose d’elle Séverine… Ni d’elle ni des autres d’ailleurs… Faut dire que c’est un peu bonjour-bonsoir là-dedans… Et qu’on a pas trop le temps de se raconter notre vie… Ca s’y prête pas vraiment en plus… Il y en a, si !… Qui font profiter tout le monde de leurs histoires de mecs… Toujours les mêmes filles… Et toujours les mêmes histoires… Mais pas Séverine… Alors c’est ou bien qu’elle a pas de mec… Ou bien que ça se passe bien avec… Ou bien qu’elle estime que ça regarde personne… Oh, mais je saurai… Il faut qu’on sache… Le plus de choses possible d’elle… Il y a que comme ça que ça sera vraiment intéressant… Bon, mais déjà, dans un premier temps, je vais commencer par cuisiner Dorothée… Je sais pas comment elle fait, mais elle sait tout sur tout le monde Dorothée… Et elle se fait pas prier pour dire ce qu’elle sait…


Dimanche 1er Novembre 2009

« Un petit bonjour de où tu sais… N’aie aucune inquiétude pour moi… Tout se passe au mieux… Je t’embrasse… Charline… »



Bon, ben ça y est… J’en sais un peu plus sur Séverine…
- T’as pas perdu de temps, dis donc…
- Je travaillais ce matin… Et Dorothée aussi… Alors voilà : elle a un mec… Auquel elle tient apparemment… Mais enfin ça c’est sans certitude absolue… Il y a qu’elle qui peut vraiment savoir… Le problème, c’est qu’il est en Pologne… Boulot oblige… Et qu’elle le voit tous les tournants de lune… Donc, à mon avis – j’ai quand même pas osé questionner Dorothée là-dessus – ou bien elle s’offre un petit extra de temps en temps ou bien elle s’amuse gentiment toute seule comme une grande fille qu’elle est…
- Ou les deux, l’un n’empêchant pas l’autre…
- L’un n’empêchant effectivement pas l’autre… Plus intéressant encore : elle est passionnée de cinéma… Tout particulièrement celui des années soixante… Et plus précisément encore le cinéma italien des années soixante…
- Je ne vois pas en quoi le cinéma italien des années soixante…
- Tu vois pas ?… Eh ben moi, si !… Parce que je vais me renseigner et la brancher là-dessus… On va se découvrir une passion commune… Je serai dans la place… A partir de là reste plus qu’à ouvrir les yeux… Et les oreilles… Et à savoir susciter les confidences…
- Je te soupçonne experte en la matière…
- Je me défends… Bon, mais… et toi ?… Supposons que je te demande la même chose… De les quadriller les types que tu m’as fait dessiner l’autre jour… D’essayer de savoir le plus de choses possible sur eux… On y retourne quand d’ailleurs là-bas ?…
- Ca, c’est quand tu veux…
- Tu le ferais ?… Découvrir ce qu’ils cachent… Tu saurais ?…
- Je crois pas être plus bête qu’un autre…
- C’est pas ce que je veux dire… Mais souvent vous, les mecs, vous êtes beaucoup moins doués que nous pour ça… Vous prenez ce qu’il y a en surface pour argent comptant… Vous savez pas aller débusquer les secrets qu’il y a derrière…
- J’ai bien débusqué les tiens…
- Oui, mais ça !… Il y a un truc, là… Je sais pas quoi, mais il y a un truc… Tu y es sûrement pas arrivé comme ça… Bon, mais eux ?… Tu sais quoi d’eux au juste ?…
- A vrai dire… pas grand chose… Je connais que Sébastien… Que j’avais complètement perdu de vue… Que j’ai retrouvé tout récemment… Par hasard… On était au lycée ensemble… Mais pas dans la même classe…
- C’est celui qu’était tout seul près de la fenêtre Sébastien ?…
- Oui… C’est chez lui qu’on était…
- Il est homo ?…
- Il dit que non…
- D’où il les a sortis les deux autres alors ?…
- D’après lui ce sont uniquement des copains… Un couple de copains…
- Mouais… On va le cibler Sébastien… Comme la Séverine… Tous les deux… Et ça va pas faire semblant… Et même ?… Si on y allait ?… Si on lui tombait dessus comme ça à l’improviste ?…
- Hein ?!… Là ?… Maintenant ?… Tout de suite ?…
- Tout de suite, oui… C’est pas bien compliqué de trouver un prétexte… Et on sait jamais…

- Ah, c’est toi !… C’est vous !… Ben entrez !…
- On te dérange pas ?…
- Non… Non… Je faisais un peu de rangement… Faut bien de temps en temps…
- Si on s’est permis… c’est qu’il la pousse au cul son éditeur Pauline… Et si elle lui donne pas rapidement un os à ronger… S’il a pas rapidement un ou deux dessins à se mettre sous la dent… il va lui faire un caca nerveux… Alors si tu voulais…
- Bien sûr !… Bien sûr !… Certainement… Faut que je fasse quoi ?…
- Que tu te déshabilles comme l’autre jour… Et puis elle va te dire…
Elle lui a fait déplacer une jambe… L’autre… Plier le genou… Ramener un bras le long du corps… Tourner légèrement la tête…
- Là… Là… Ne bougez plus !…
Deux ou trois coups de crayon… Elle a froncé les sourcils… Esquissé une grimace…
- Ca va pas…
Elle esr retournée vers lui… L’a encore bougé… Déplacé… Le pied… La cuisse… Le torse…
- Voilà… Toi aussi !… Va te mettre à côté de lui… Non… En face plutôt… Et regardez-vous !… Comme ça, oui…

- Bon, ben je t’ai bien débroussaillé le terrain, avoue !…
- Comment ça ?…
- Et tu t’es rendu compte de rien ?!… Ca m’étonne pas de toi, remarque !… Alors puisqu’il faut te mettre les points sur les i tout le temps que je l’ai tripoté à droite et à gauche – et Dieu sait si je m’y suis attardée – il a pas bronché… Pas le plus petit début de commencement d’érection… Mais dès que toi t’as été à poil devant lui ça t’a fait un de ces bonds en avant… Pourquoi à ton avis ?… Bon, mais j’en dis pas plus… A toi maintenant de savoir le faire causer…


Lundi 2 Novembre 2009

« C’est pas pour te mettre les boules, mais je vis un week end d’enfer… Je suis heureuse… Je te raconterai… Tout… En détail… »



- Tu veux que je t’en refasse un autre un dessin de Séverine ?…
- Ca se refuse pas une chose pareille…
- Et tu sais comment je l’imaginerais bien ?… A poil en train de regarder vers la porte avec l’air complètement affolé parce qu’il y a quelqu’un – on voit pas qui… Ca peut être toi… Ou moi… Ou les filles du boulot… Ou des gens inconnus… N’importe qui ça peut être – qui vient d’entrer et qu’a vu ce qu’elle était en train de faire… La honte pour elle…
- Tu manques pas d’imagination…
- Je suis sûre que ça te plairait…
- Et pas qu’à moi… Je commence à te connaître, tu sais…
- En attendant j’ai passé ma soirée à plancher sur le cinéma italien des années soixante…
- Et alors ?…
- Je suis partagée… Dans un sens ça a l’air chiant comme la pluie… Et dans un autre ça a quelque chose d’hyper attirant… De toute façon l’essentiel c’est que ça nous permette d’arriver à nos fins… Le reste…



Il a éclaté de rire…
- Ah oui ?!… Elle a dit ça ?… Que c’était de te voir à poil qui m’avait fait bander… Elle a pris ses désirs pour des réalités… Non… Au risque de la décevoir, c’est pas ça, non… C’est que quand une nana te regarde là où elle me regardait avec l’air qu’elle avait comment tu veux pas réagir ?… Ca la passionne ce qu’on a là, entre les jambes, hein !… Et pas qu’un peu… Elle prétendrait le contraire…
- Le livre qu’elle illustre…
- Elle a sûrement pas choisi son sujet au hasard, va, pas besoin de t’en faire !… S’il existe d’ailleurs ce fameux bouquin… Mais je m’en fous, moi… Complètement… Au contraire… Au contraire… Qu’elle viennne me reluquer quand elle veut… Tant qu’elle veut… Plus ça lui fera plaisir et plus ça me fera plaisir à moi de lui faire plaisir… Je peux pas mieux dire…



- Tiens…
- C’est quoi ?…
- Le « fameux bouquin »… Tu le liras… Et tu lui feras passer… Qu’il voie qu’il existe… Tu vois, t’avais inventé juste… Et logique : c’était le seul alibi possible pour que je puisse m’en repaître des mecs… Autant que je voulais… Un bouquin à illustrer… Sauf que… pas trop facile quand même de partir à la pêche comme ça avec son manuscrit sous le bras… Heureusement que t’es arrivé… Au bon moment… Mon premier modèle… Et puis maintenant mon rabatteur… Tu vas m’en trouver d’autres, hein, des mecs à dessiner, plein d’autres !… Tu me promets ?…



- C’est décidé… Je pars avec elle… Avec Elise… Du coup on a commencé à prospecter pour un logement toutes les deux… C’est donné les loyers là-bas, tu verrais ça… Quant au boulot j’ai deux ou trois ouvertures sérieuses… Ca devrait pas poser vraiment de problème… Restent les filles… J’y ai beaucoup réfléchi… Tu as raison : elles n’ont plus douze ans…
- Evidemment que j’ai raison…
- En attendant toi, tu vas me manquer… Et pas qu’un peu… Ca peut paraître idiot… Parce que je t’ai laissé une éternité quasiment sans nouvelles ces derniers temps… Mais je savais que t’étais là… Tout près… Que si je voulais… Tandis que là-bas…
- Je viendrai te voir… Ou tu remonteras…
- Oui, oh, ça !… C’est le genre de choses qu’on se promet sur le moment… Et qu’on ne fait jamais… Parce qu’une fois qu’on est dans sa nouvelle vie… Non… Mais par contre il nous reste deux mois… A peine… Et ces deux mois-là j’ai bien l’intention qu’on en profite à fond… D’ailleurs t’es invité ce soir… Chez Elise… Et c’est pas négociable…

- Viens !…
Dans la chambre… Dans leur chambre… Elle s’est allongée… Sur leur lit… M’a attiré contre elle…
- Fais-moi l’amour…

Elise s’est assise contre nous… Sa chaleur contre ma cuisse… Elle lui a caressé le front, les cheveux, la bouche, a plongé ses yeux dans les siens…
- Oui, ma chérie, oui… Jouis, ma chérie, jouis…


Mardi 3 Novembre 2009

- Je te dis tout, hein ?!… Je t’ai toujours tout dit…
- Ce qui signifie ?…
- Qu’on a, Louis et moi… Jamais j’aurais cru avec quelqu’un de son âge, mais on a…
- C’était très largement prévisible… Et ?…
- Ben rien… Enfin, si !… Tout… Je sais pas… Je sais plus… C’est trop frais… Comment ça va tourner, tu crois ?…
- J’en sais rien… Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?… Mais le plus vraisemblable, c’est que maintenant qu’il a eu ce qu’il voulait il va se défiler… En général c’est ce qui se passe dans ce genre de situation…
- Oui, mais pas là… Je crois pas… Il veut qu’on se revoie… Il y tient… Beaucoup…
- Quand?… Le week end prochain ?…
- Non… Ce soir… Il fera la route… Exprès…
- Fais attention quand même !… Fais attention….
- A quoi ?…
- A pas trop t’attacher…
- C’est pas un crime…
- Non… Bien sûr que non… Mais c’est cause parfois de bien des désagréments… Rappelle-toi Cedric…
- Oui, oh, Cedric !… Ca n’a rien à voir… De toute façon c’est pas le genre d’homme à qui tu peux t’attacher Louis… Pas moi en tout cas… Qu’est-ce tu veux qu’on partage ?… On n’a pas les mêmes goûts… Pas les mêmes intérêts… Pas les mêmes fréquentations… On n’a rien en commun… Rien… On n’est pas du même monde…
- Alors… T’as plus qu’à en tirer les conclusions…
- C’est pas si simple… Parce que je me sens quand même bien avec lui… Il connaît plein de choses… Il s’intéresse à moi… Il est plein de prévenances à mon égard…
- Et il te fait bien l’amour…
- Aussi, oui… Ca compte…



- Je l’ai fini… Le dessin de Séverine…
- Ah… Tu fais voir ?!…
- Regarde !… Non, mais regarde-moi cette petite vicieuse… T’as vu ce qu’elle était en train de faire ?… Elle se branlait !… Et elle y allait de bon cœur !… Ah, heureusement qu’on est arrivés !… Tu n’as pas honte, toi ?… Oui, oh !… Tu peux bien essayer de te cacher maintenant, grande dégoûtante !… A ça tu passes ton temps, hein ?!… Tu files en douce et tu viens te planquer ici faire tes cochonneries… En tout cas tu peux être sûre d’une chose, c’est que tout le monde va être au courant… Tout le monde… Ah, c’est moins drôle, hein !… Oui, ben ça, ma petite, fallait y réfléchir avant… Tu vas être la risée de toutes les filles… Et même des clients… Parce qu’il y en a elles auront rien de plus pressé que d’aller en parler à ceux qu’elles connaissent… Ah, ça va jaser… Je peux te dire que pour jaser ça va jaser… A moins que… Tu sais ce que tu vas faire ?… Tu vas nous montrer comment tu t’y prends… Ah ben si, si !… Sinon… Allez, laisse-nous tomber tout ça !… Là… A poil… Et vas-y !… Vas-y !… Fais pas semblant…

- Ouche !… Hou là là… J’ai du mal à m’en remettre, moi !… Toi aussi t’as apprécié… Et pas qu’un peu… T’as grogné… Jamais je t’avais entendu grogner comme ça… C’est ce qu’il y a de mieux les dessins… On est sûr de partir à fond…
- Surtout quand tu les commentes comme tu les commentes…
- Tu as aimé ?…
- C’est rien de le dire…
- On recommencera… Et tu sais quoi ?… Eh ben on va pas la lâcher Je vais la dessiner en train de se le faire devant nous… Et elle a intérêt à assurer le spectacle… Sinon… On met tout le monde au courant… Je reviendrai pas là-dessus… En attendant peut-être qu’un jour ce sera en vrai qu’elle le fera devant nous si on sait y faire… Rien que d’y penser… Faut qu’on y arrive… Faut absolument qu’on y arrive… Et on y arrivera…



- T’es une vraie perle… Si elles savaient comment tu cuisines les filles tu les aurais toutes à tes pieds… Enfin non !… C’est pas ce qui les intéresse… Du moins au début… Après, c’est autre chose… T’en as pas finalement, hein, toi, de petite copine attitrée ?!… Une vraie… Que t’aurais sans arrêt par les pieds… Non… Non… T’en as pas… Je m’en serais rendu compte… Je serais tombée dessus… Tant mieux !… Moi, ça m’arrange… Je peux débouler ici quand je veux, me taper un petit gueuleton en discutant sympa et m’en faire mettre éventuellement un petit coup après si j’en suis… Elle est pas belle la vie ?… C’est ça l’idéal… Chacun chez soi et on se voit seulement quand on en a envie… Crois-en ma vieille expérience… Te mets pas en couple… On passe son temps à se bouffer la vie… Et la tête… Même que l’autre il soit hyper tolérant et tout ce que tu veux… Ou que t’aies réussi à l’obliger à l’être… Ca va pas quand même…


Mercredi 4 Novembre 2009

- Hou là !… T’as de ces cernes sous les yeux…
- Je sais, oui… J’ai quasiment pas dormi… Il est… J’ai jamais connu ça… Jamais… Avec personne…
- A ce point ?…
- Ah oui, oui !… Comment il prend tout son temps !… C’est de la folie… A te caresser partout… Pendant des heures… Avec ses mains… Avec sa bouche… Avec le reste… Et d’une façon en plus, mais d’une façon !… Ca te met tout entière à fleur de peau… Tu le supplies qu’il te vienne dedans à la fin… Tu peux pas t’empêcher… Tu donnerais tout pour ça… Et là !… Qu’est-ce qu’ils font les autres d’habitude ?… Ils bougent… Ils se dépêchent de bouger… Et même tellement vite des fois que toi t’as même pas eu le temps de commencer quoi que ce soit que eux ils ont déjà tout fini… Pas lui !… Il reste, immobile, bien dur, à t’embrasser, à te parler, à te redessiner le cou, la bouche, les yeux avec ses doigts… Et à force ça t’arrive comme ça… Sans qu’il fasse rien… Juste d’y être… Et tu sens pas du tout comme les autres fois… Tu peux pas savoir, toi, parce que t’es pas une femme, mais nous, d’habitude, ça nous fait comme des cercles à l’intérieur de plus en plus larges, de plus en plus profonds… Tandis que là, avec lui, c’est tout d’une ligne, sans à-coups… Et puis alors d’une force !… Une force douce… Je sais pas comment dire… C’est tout ton corps qui jouit en même temps… Pas seulement un endroit… Et lui, ça vient qu’après… Et avec tellement de gratitude et de bonheur dans ses yeux que ça ne peut pas ne pas te faire encore venir…
- Tu en parles d’une façon !…
- Ben oui, oui !… J’en suis encore toute… Et rien que de te raconter…
- Vous allez vous revoir, je suppose…
- A midi… Et puis ce soir… Il va passer la journée là… Et peut-être demain aussi…



- Il a lu ton manuscrit Sébastien…
- Et pas toi !…
- Si !… Bien sûr… Evidemment… Avant lui…
- Et alors ?…
- Alors… Tu y es tellement complètement toute nue que…
- Parce que toi, tu me connais… Mais les autres ils savent pas… Comment tu veux ?… Ils croient que c’est tout inventé…
- C’est ce qu’il dit Sébastien… « - Qu’est-ce qu’elle a comme imagination !… »…
- Tu vois bien !…
- Il en revient pas… « - Non, c’était pas du flan… Non… Elle a vraiment écrit un bouquin !… Et quel bouquin !… »… Il chante tes louanges partout… Ah, il va t’en trouver des mecs pour poser, lui, autant que tu veux…



- Il faudrait que je leur dise maintenant… Et sans tarder… Parce que si elles apprennent ça par raccroc… Seulement encore faudrait-il que je puisse leur parler cinq minutes entre quatre-z-yeux… Charline, c’est un vrai courant d’air en ce moment… Elle passe ses week-end je ne sais où et elle découche le soir… Quant à Pauline maintenant qu’elle a déménagé je la vois plus… Tout juste si elle me passe un coup de fil de temps en temps… Non… Je devrais pas m’inquiéter pour elles… Me dire qu’elles mènent leur vie… Qu’elles se débrouillent très bien sans moi… Il n’empêche que j’arrête pas de me ronger les sangs… C’est ridicule, je sais, mais c’est comme si le simple fait que je sois là, à proximité, les protégeait… Ah, j’ai pas fini de me faire du souci, tu sais, quand je serai là-bas…
- Du souci pour quoi ?… Elles ont un métier…
- Oui, enfin ça !… Et puis ça fait pas tout… Charline encore… Je me tracasse pas trop… Elle est plombée… Elle se trouvera quelqu’un… Si c’est pas déjà fait… Elle aura des enfants… Sa voie est toute tracée… Tu sais ce que j’aurais aimé pour elle ?… C’est qu’elle rencontre quelqu’un comme toi… Calme… Posé… Elle aurait été heureuse… Mais enfin elle fera bien ce qu’elle voudra… Non… Le vrai problème, c’est Pauline… Elle vit dans sa tête cette gamine… Elle a toujours vécu dans sa tête… Depuis toute petite… Ces histoires à dormir debout qu’elle nous inventait !… On se demandait où elle allait chercher tout ça… Encore aujourd’hui elle te ferait peur quand tu l’écoutes… Sa vie elle la rêve… Elle l’invente… Il y a jamais rien de concret… De réel… A part le boulot, je te l’accorde… Qui durera ce qu’il durera… Tu sais que je me demande si elle a seulement déjà eu vraiment un petit ami un jour ?… A son âge !… Tu trouves ça normal, toi ?…
- Ni normal ni anormal… Elle finira bien par…
- On peut s’attendre à tout avec elle… Absolument tout… Et si on n’est pas sans arrêt derrière son dos… Pour éviter qu’elle fasse n’importe quoi… Pour rattraper le coup chaque fois que c’est possible… Tu voudrais pas, toi ?…
- Je voudrais pas ?… Je voudrais pas quoi ?…
- Jeter un œil quand je serai partie… Et me tenir au courant…
- Mais je la connais pas, moi, ta fille !…
- Je pourrais te la présenter…
- Je vois ça d’ici… « - Tiens, c’est le monsieur qui va te surveiller quand je serai partie… Tu tâcheras d’être bien sage et de bien l’écouter… »
- Oui, mais non… Pas comme ça…
- Comment alors ?… « - Ah, tiens, ma chérie, je te présente mon amant… Il est libre maintenant que je m’en vais… Alors si ça te tente d’en faire ton quatre heures… »
- Ce que tu peux être bête quand tu t’y mets… On peut pas parler avec toi…


Jeudi 5 Novembre 2009

- Je me demande… Comment ça va tourner avec Louis… Je me demande…
- T’emballe pas !…
- Je m’emballe pas, mais quand on voit comment il est amoureux…
- T’en es si sûre que ça ?…
- Ah oui… Oui… Alors ça oui…
- Quelquefois on se l’imagine alors qu’en réalité…
- Pas là… T’as pas vu ses yeux quand il me regarde…
- Mouais…
- Ca a pas vraiment d’importance l’âge finalement quand on y réfléchit bien… L’important, c’est d’être heureux…
- T’as pas toujours dit ça…
- C’est que je le connaissais pas…
- Tu le connais toujours pas… C’est pas en l’ayant vu trois fois…
- T’imagines si je finissais par être mariée avec lui un jour ?…
- Ben voyons !…
- Ca se pourrait, hein !… Parce que c’est pas du tout le genre à vouloir vivre ensemble comme ça sans qu’il y ait quelque chose d’officiel…
- Il te l’a dit ?… Il t’a parlé de quelque chose ?…
- Non… Mais c’est tout le temps qu’il a envie d’être avec moi… Ca veut bien dire ce que ça veut dire, ça, non ?…



- Il nous attend Sébastien…
- Oui, ben il attendra encore un peu… Il y a pas le feu… Il attendra… T’en penses quoi de ça ?…
Un nouveau dessin… De Séverine… De Séverine, la mine gourmande, qui m’introduisait résolument en elle…
- T’aimerais lui faire ?… Ca te plairait ?… Oui, évidemment que ça te plairait… De toutes celles de là-bas, c’est elle que tu préfères… Tu me l’as dit… Tu sais que tu pourrais si on voulait ?… Je t’explique… J’ai eu des infos sur elle… De bonne source… Alors… Elle a bien un type en Pologne… Qu’elle voit tous les tournants de lune… Qui compte pas plus que ça… C’est surtout histoire de se faire mousser avec… Par contre il y a un truc elle en raffole apparemment… C’est de piquer les mecs des copines… Elle a fait le coup à une collègue… Et à au moins deux autres nanas en dehors du boulot… Sans compter toutes celles qu’on sait pas… C’est tout simple du coup… Je fais amie-amie avec elle – c’est bien parti : on doit se voir un film un de ces soirs toutes les deux – je te présente comme mon copain et elle te saute dessus… T’as plus qu’à te servir… Alors ?… Elle est pas bonne mon idée ?…
- Tu pourrais en avoir de plus mauvaises…
- Et à deux comment on va la cerner !… Elle nous échappera pas… Tout on va savoir d’elle… Tout… Même ce qu’elle voudrait pas… Surtout ce qu’elle voudrait pas… Qu’est-ce tu fais ?… Non, non, non… Tu le laisses là ce dessin… Si tu veux t’en servir, c’est devant moi… Non, mais… et puis quoi encore ?…

Sept… Ils étaient sept …
- Comme je savais pas quel chapitre vous voudriez illustrer aujourd’hui…
- Le deuxième…
- Si ceux-là vous vont pas… S’ils vous plaisent pas je peux vous en trouver d’autres…
Elle leur a jeté un rapide coup d’œil…
- Non… Ca ira… Pour aujourd’hui ça ira… Quatre il m’en faut…
- Choisissez…
- Celui-là là-bas… Les deux autres à droite… Et puis… Et puis… Lui, là…
- Bon, allez, les gars !…
Ils se sont déshabillés… Ils ont attendu… Elle a pris tout son temps… Pour déballer son matériel… Pour installer son chevalet… Et puis elle est allée les disposer… Longuement… Un à un… Ils se sont docilement laissé faire… N’ont plus bougé…
Elle a dessiné… Et Sébastien a lu… A haute voix… Le chapitre deux…



- Tu veux que je te dise ?… Eh ben je me fais chier dans ma vie… Et pas qu’un peu… Elles sont vides mes journées… Il y a rien dedans… Rien qui m’intéresse vraiment… Qu’est-ce tu veux que je fasse ?… Les magasins ?… Ca va cinq minutes… Aller boire le thé avec des bonnes femmes aussi désoeuvrées que moi qui vont me raconter leurs histoires de cul pendant des heures ?… Ca me déprime… Courir me faire tirer par des types qui en ont strictement rien à foutre de ma pomme et moi de la leur ?… J’ai déjà donné… Non… Tu sais ce que c’est mon malheur ?… C’est d’avoir un mari qui gagne bien sa vie… Très bien sa vie… Pourquoi j’irais travailler ?… Pour que les impôts me ramassent tout ?… Merci bien… Du coup je m’emmerde… A longueur de temps… Et la seule chose qui égaie un peu mes journées, c’est la perspective de venir passer un moment ici avec toi le soir… Pourquoi toi ?… Je sais pas… Parce que t’as rien de plus que les autres finalement… N’empêche qu’il y a qu’avec toi que je me sens bien… Qu’avec toi que j’ai envie de parler… Qu’avec toi que j’éprouve un peu de plaisir… Comment ça s’explique ?… A ton avis ?… Peut-être qu’on s’est déjà rencontrés dans une vie antérieure ?… Tu y crois, toi, à ça ?… Moi, si !… De plus en plus… Peut-être qu’on a été mariés… Ou amants… Ou autre chose… Et qu’on a tellement de souvenirs en commun – même si on sait pas lesquels – que ça arrête pas de nous ramener l’un vers l’autre…


Vendredi 6 Novembre 2009

- Elle se tire ma mère…
- Comment ça ?…
- A Périgueux elle part… Au premier Janvier… Avec une nana… Elles sont en couple toutes les deux à ce qu’il paraît… A ce qu’elle m’a dit…
- Et tu le prends mal…
- Moi ?… Pourquoi je le prendrais mal ?… Je me vois pas personnellement dans le rôle… C’est un truc qui m’a jamais attirée… Mais elle fait bien ce qu’elle veut… J’en ai rien à foutre… Surtout en ce moment… Non… Ce qu’il y a, c’est qu’il va falloir que j’aille m’installer aileurs… Je peux pas garder un appartement immense comme ça… J’aurais pas les moyens de le payer n’importe comment… Et c’est con parce que pour mon boulot je pouvais pas rêver plus près…
- Tu retrouveras peut-être quelque chose dans le quartier…
- Possible… J’y crois pas trop, mais possible… A moins que… Il y a pas de hasard… Qu’un truc pareil arrive juste au moment où je commence quelque chose avec Louis, c’est un signe… Je suis sûre que c’est un signe… Non ?… T’es pas de mon avis ?…
- Les signes, tu sais, on peut toujours en voir tout un tas partout si on veut…
- T’es vraiment casse-pieds quand tu t’y mets… A nier l’évidence comme ça… C’est quoi qui te dérange ?… Que je m’entende comme je m’entends avec Louis ?… Ce serait que pour tirer un coup encore… Bon… Tu t’en foutrais… Mais c’est pas que ça, tu le sais très bien… Et tu supportes pas… Va bien falloir que tu t’y fasses pourtant… Parce que chaque jour qui passe il nous rapproche un peu plus tous les deux…



- Bon… Ben ça y est !… Je lui ai fait mes confidences à Séverine… Enfin… Façon de parler… J’ai arrangé ça à ma sauce… Parce que soi-disant qu’il y avait un film, « Le grand silence » qu’il fallait absolument que je voie… Je suis allée chez elle du coup… Un navet… Mais alors là un navet !… Déjà que moi les westerns… Mais alors celui-là, c’est le bouquet… Bon, mais on s’en fout… Non, ce qu’il y a c’est qu’on a parlé après… Enfin surtout moi… Je lui ai fait croire qu’on sortait ensemble tous les deux… Que c’était du sérieux… Elle voit très bien qui tu es… Et, même si elle a fait semblant de rien, tu es devenu très intéressant pour elle d’un seul coup… Elle va tout faire pour te subtiliser à moi, j’en suis certaine… Oh, mais on est bons princes, tous les deux… On va lui faciliter le travail… Et pas qu’un peu… En attendant on va s’amuser un peu sur elle… T’as envie ?… On l’a bien mérité, non ?…
Et elle est allée chercher ses dessins…

- Alors, ma cocotte ?!… Alors comme ça il te plaît, mon copain, hein ?!… Tu sais que c’est dégueulasse de piquer les mecs des autres ?… C’est pas la première fois à ce qu’il paraît… Il y a que ça qui te fait jouir, avoue, vicieuse comme tu es… Mais bien sûr que si !… Ah, tu veux jouer !… Eh bien, on va jouer… Mais pas de la façon que tu crois… C’est pas toi qui vas les tirer les ficelles, c’est nous… On fera ce qu’on veut de toi… Tout ce qu’on veut… D’ailleurs, regarde, on a déjà commencé… Eh oui !… Ah, tu t’attendais pas à ça, hein !… Et je peux te dire que t’as pas fini de nous le montrer ton cul… Et de nous faire voir comment tu t’en sers… T’as beau jouer les mijaurées et vouloir prendre tout le monde de haut là-bas on nous la fait pas à nous… On sait ce que tu vaux… On va te mettre le nez dedans… Et comme il faut…



Emilie était allongée sur mon lit…
- Je t’attendais…
- Je vois bien…
- Ca fait même un bon moment…
- Désolé, mais…
- Oh, mais t’as pas à te justifier, hein !… Manquerait plus que ça… Non, mais je me suis tapé une de ces crises d’angoisse… Fallait que je te voie… Absolument… Que je te parle… Parce que si ça continue je vais finir par faire une connerie… Et une grosse… T’as déjà vécu ça, toi ?… D’avoir de goût à rien, mais vraiment à rien… D’avoir envie de pleurer, le matin, parce qu’une journée commence et que t’as rien à mettre dedans ?… Je sais ce qu’on va me dire… Que je me plains la bouche pleine… Qu’il y a tout un tas de gens qui aimeraient bien être à ma place… A avoir tout mon temps à moi… Pas de problème d’argent… Et un mari qui est ce qu’il est, mais qui me fout pas sur la gueule et qui, même, maintenant, me laisse faire tout ce que j’ai envie… Le problème, c’est que j’ai envie de rien… Tu sais quel âge j’ai ?… Trente-quatre ans… Et, à trente-quatre ans, normalement, on a des projets plein la tête… Des tas de rêves à réaliser… Ben pas moi… J’ai l’impression d’avoir soixante-quinze ans… Je suis revenue de tout… Sans avoir jamais vraiment profité de rien… Il y a quelque chose qui a du mal bifurquer quelque part… Si seulement je savais où… Peut-être qu’il faudrait que je voie un psy ?…
- Je peux te poser une question ?…
- Evidemment…
- Pourquoi t’as pas d’enfant ?…
- Pourquoi tu me demandes ça ?…
- Peut-être pour que tu te le demandes…


Samedi 7 Novembre 2009

- C’est perso, mais… tu te rappelles quand je t’ai fait entendre, à l’hôtel, comment c’était quand je couchais avec Cedric ?… Même que le couple d’à côté ça l’avait mis dans tous ses états…
- Evidemment que je me rappelle…
- Eh ben avec Louis, c’est pas du tout la même chose…
- Ah, parce que tu t’enregistres avec lui aussi ?…
- Encore heureux !… Tu peux te le repasser comme ça quand t’es toute seule… Ca t’y fait penser… C’est comme si t’étais quand même un peu avec… Et puis on sait jamais… Le jour où ça part en couille il te reste au moins ça comme souvenir…
- Et il le sait Louis ?…
- Ca va pas, non !… Il se demanderait ce que je fous… Il comprendrait pas…
- Faut bien reconnaître que…
- Oui… Alors ce que je te disais, c’est que ça n’a rien à voir avec Cedric… Rien du tout… Avec Cedric je crie… Normal… Classique, quoi !… Comme tout le monde… Tandis qu’avec Louis ça fait une espèce de mélopée… Un truc ininterrompu… Toujours la même note… Tu croirais un animal blessé… Tu verras… Je te ferai écouter… Tiens, je l’ai là d’ailleurs… Prends-le !… Tu me diras… Mais tu sais le pire ?… C’est que je m’en rends même pas compte du tout pendant que je le fais…



- Hier soir ?… Séverine ?… Non… Faut la laisser mariner un peu dans son jus Séverine… Qu’elle se fasse son film, c’est le cas de le dire… Non… Hier soir j’ai fait un saut chez Sébastien… Ca m’a prise comme ça… D’un coup… Juste le temps de le prévenir et je me suis pointée… Il est trop comme mec… Parce qu’en l’espace d’une demi-heure il avait trouvé le moyen de me rameuter cinq ou six types… Et de les mettre à ma disposition… Je sais pas où il les trouve, mais je dois bien reconnaître que c’est une véritable bénédiction, ça, pour moi… Un vivier de mâles dans lequel je peux puiser à ma guise… Qui se plient docilement à toutes mes exigences… Auxquels je peux faire prendre toutes les poses que je veux… Aussi longtemps que je veux… Qui bandent si je leur demande… Qui giclent si tel est mon bon plaisir… Tout ça sous le prétexte en or d’illustrer un bouquin… Je peux te dire que je regrette pas de l’avoir écrit celui-là… Ah non alors !…



- Quand je pense que je m’en faisais tout un monde !… Tu parles !… Ca les a pas émues plus que ça… Ni l’une ni l’autre… Elles n’ont même pas essayé de savoir qui elle était… Comment elle se prénommait… Demandé à faire sa connaissance… Non… Rien à foutre… La seule chose qui préoccupait Charline, c’était de savoir ce que je comptais faire pour l’appartement… Quant à Pauline c’était à se demander si elle avait seulement entendu ce que je lui disais… J’ai dû m’y reprendre à trois fois… Ce qui m’a valu un cinglant : « - Oui, bon, ben ça va… J’ai compris… Tu te tapes une nana… T’es pas la seule… Il y a pas de quoi en faire tout un fromage… »… Et ce sont mes filles…



- Finalement, sous tes dehors libérés, t’es mega traditionaliste, toi…
- Pardon ?!…
- Ben oui, attends !… Pour toi une femme, son rôle, c’est de pondre des enfants, c’est ça, hein ?!…
- J’ai jamais dit une chose pareille…
- Ben si !… Si !… Ca revient à ça…
- Il y a des femmes qui s’épanouissent dans la maternité… Et d’autres pas du tout… C’est une question de personnalité…
- De culture, plutôt, oui… Depuis toutes petites on nous conditionne à ça… Faire des mômes… Faire des mômes… Faire des mômes… Ah, c’est gratifiant !… Torcher… Faire la lessive… Se lever la nuit pour les biberons… Ou parce que ça braille… Tu parles d’une vie… Si il y en a à qui ça convient tant mieux pour elles… Encore que… j’en doute… C’est pas que ça leur convient, c’est qu’elles se posent pas de questions… Qu’elles reproduisent ce qu’elles ont toujours vu faire… Qu’elles prennent pas de recul… Il y a quand même autre chose à faire de sa vie, merde !… Moi, en tout cas, je veux faire autre chose de ma vie… Je suis pas qu’un ventre… Je suis un cœur… Une tête… J’ai plein de rêves… De projets à réaliser…
- Ah oui ?!…
- Quoi « Ah oui ?!… » Qu’est-ce que tu insinues ?…
- J’insinue rien du tout… Mais tu disais quoi hier ?… Et avant-hier ?…
- Oui, mais…
- Oui, mais ça, c’est le discours que tu tenais quand t’avais dix-huit ans… Que tu continues à tenir imperturbablement comme si t’avais toujours dix-huit ans… Sans te demander s’il est toujours valable pour celle que tu es devenue…
- Tu me lâcheras pas, hein ?!…
- Non…


Dimanche 8 Novembre 2009

Quatre heures du matin…
- S’il te plaît, tu peux pas venir ?…
En larmes au téléphone…
- Qu’est-ce qui se passe ?…
- S’il te plaît, viens !… Viens !…
- Tu es où ?…
- A l’hôtel… Dans la chambre… Celle d’où on voit tout à côté, tu sais bien…
- Qu’est-ce tu fais là-bas ?…
- J’avais pris ma matinée… Viens !… Je t’expliquerai…
- J’arrive…

Blottie dans mes bras, nue, en longs sanglots saccadés…
- Faut pas te mettre dans des états pareils !…
- Si tu savais !…
- C’est sûrement pas si grave que ça !…
- Si, c’est grave, si !…
Et elle a redoublé de sanglots…
Je lui ai doucement caressé les cheveux…
- Là… Là… C’est tout…
Elle s’est endormie d’un coup…

- Bon… Et maintenant si tu me racontais ?…
- C’est un salaud !…
- Mais à part ça ?…
- Oui, c’est un salaud… Parce que tu sais pas ce que j’ai trouvé hier soir en arrivant chez lui pour y passer le week end ?… Deux filles à poil dans la piscine… Qui se sont mises à rigoler en me voyant… « - Ah, c’est toi la nouvelle… »… La nouvelle ?… Quelle nouvelle ?… Et puis d’abord elles étaient qui, elles ?… Qu’est-ce qu’elles fichaient là ?… « - Ce qu’on fiche là ?… Mais la même chose que toi… On vient se faire tringler… »… Non, mais c’était quoi cette histoire ?… Il était où Louis ?… « - Parti chercher les autres… Il va pas tarder… » Les autres ?… Quels autres ?… « - T’es vraiment pas au courant ou tu fais l’idiote ?… »… Mais au courant de quoi ?… J’y comprenais rien… Alors elles m’ont expliqué… Il y avait des copains à Louis qu’allaient venir nous rejoindre dans la piscine… Avec deux autres nanas… Et on allait tous s’amuser ensemble… Quoi ?!… Oui, ben sans moi… Je me cassais, moi !… « - Ils vont être déçus… Louis leur a tellement parlé de toi… »… En plus !… « - Tu sais pas ce que tu perds !… Ils sont très gentils… Si t’es très gentille avec eux ils sont très gentils avec toi… »… Et puis quoi encore ?!… Je mangeais pas de ce pain-là, moi !… « - T’as bien des principes !… On n’est plus au Moyen-Age… »… Principes ou pas, je me tirais… Elles ont tout fait pour me retenir, mais… ah non, alors !… Et je suis venue ici… Parce que c’était le seul endroit que je connaissais…
- C’était pas forcément la meilleure idée… S’il y a un endroit où il aurait pu penser à venir te chercher…
- Je sais, oui !… Mais il l’a pas fait… Il a même pas essayé de m’appeler… Il s’en fout de moi en fait… Il s’en est toujours foutu… Depuis le début il avait sa petite idée… Quelle conne j’ai pu faire !… A m’imaginer tout un tas de trucs de love story et compagnie… Je tombe de haut !… Une fois de plus je tombe de haut… A croire que je suis programmée pour ça… Pour systématiquement me casser le nez sur des mecs qui se foutent de ma gueule…
- Si tu t’emballais pas comme ça à chaque fois aussi !…
- Ben oui, mais les types, quand ils t’intéressent, si tu les traînes en longueur, si tu fais ta tiédasse, ils vont voir ailleurs… Et ils te passent sous le nez… Quel enfoiré en tout cas, quand j’y pense, l’autre… Comment tu crois qu’on me voit, toi ?…
- Ca dépend… Ca dépend de celui qui regarde… Pourquoi tu me demandes ça ?…
- Ben parce que… J’allais marcher dans sa combine de soirée… Sûr et certain il était… Tellement sûr et certain qu’il a même pas pris la peine de me prévenir avant… De me demander mon avis… S’il y avait des petits cadeaux à ramasser j’allais sûrement pas être assez idiote pour refuser d’écarter les cuisses… T’appelles ça comment, toi ?… Une pute… Il me voit comme une pute…
- C’est peut-être toutes les femmes qu’il voit comme ça…
- Probable… Mais c’est pas plus gratifiant pour autant… Non… Cette fois les mecs pour moi, c’est fini… Et bien fini…
- Oui, oh, alors ça !…
- Si, c’est vrai… Tu paries ?…

Dans la salle du petit déjeuner, pratiquement vide, le patron s’affairait…
- A ton avis pourquoi c’est cette chambre-là qu’il m’a donnée ?… Alors qu’il y avait plein de place… Parce qu’il a cru que je venais mater ?… Comme l’autre fois ?…
- Mater quoi ?… Il y avait personne à côté…
- C’est vrai, oui…
- S’il t’avait donné l’autre, c’est toi qui y aurais eu droit…
- Mais il l’a pas fait…
- T’as l’air de le regretter…
- Non… Oh, non… C’était vraiment pas le jour… Mais c’est pas pour autant que… Faut pas qu’ils se figurent, ces pauvres mecs, que sous prétexte que je fais une croix dessus je vais renoncer à tout… Au contraire… Je vais me faire plaisir à moi… Et ils vont baver… Et en baver… Finis ton café !… On va là-bas… Chez le puceau aux vêtements… C’est ouvert le dimanche matin…

- C’était même pas marrant… A part me regarder avec ses bons gros yeux de veau…
- Qu’est-ce tu voulais qu’il fasse d’autre ?… Il allait pas te sauter dessus…
- Oui, ben alors là il aurait pas eu intérêt… Je lui aurais dit le reste…
- Ca risquait pas de toute façon… C’est vraiment pas le genre à ça…
- Tu te demanderais à quoi c’est le genre d’ailleurs… Non, mais tu crois vraiment qu’il y a une fille, un jour, qui pourra s’intéresser à un mec pareil ?…
- A mon avis il en demande pas tant… Il y a longtemps qu’il s’est fait une raison…
- C’est triste finalement, si t’y réfléchis bien… Parce qu’à part en mater une comme ça, de temps à autre, quand l’occasion se présente, il a quoi comme plaisir dans la vie ?…
- Il collectionne peut-être les timbres-poste… Ou les étiquettes d’eau minérale…
- Je regrette pas finalement de pas l’avoir fait trinquer pour l’autre, comme je voulais au début… C’aurait été carrément dégueulasse… Et même, tiens, tu sais pas, toutes les fois qu’on reviendra, je ferai un saut jusque là-bas… Histoire de lui montrer ce qu’il a envie de voir… Ca me coûte pas grand chose… Rien du tout… Alors que lui, si ça tombe, ça va lui éclairer complètement ses journées… Il va plus vivre que pour ça… M’attendre… Attendre de me voir à poil… Ca me plaît bien comme idée ça de me dire qu’il y a quelqu’un quelque part dont j’ai rien à foutre, mais pour qui je vais être vachement importante…
- Pour qui t’es déjà sûrement très importante…
- Et pour qui je vais l’être de plus en plus… Oui, ça me plaît bien…

- Bon… Et maintenant, pour bien terminer la journée, je vais me taper un mec…
- Carrément…
- Carrément, oui… Tu me crois pas capable ?…
- Te connaissant, j’ai du mal… T’es tellement sentimentale que…
- J’étais… C’est fini tout ça… Et bien fini… Ca a été le coup de grâce Louis… Maintenant je fais comme vous, les mecs… Je me paye les types que j’ai envie… Comme j’ai envie… Le premier venu si ça me chante… Sans m’occuper du reste… Tiens, tu vas voir si je suis pas capable… Donne-moi un chiffre… Au hasard… Le premier qui te passe par la tête…
- Je sais pas, moi… Quatorze…
- Quatorze, bon… Alors ce qu’on va faire… On va aller s’installer au bistro là-bas en face… Tu vas donner le top de départ… Et le quatorzième type qui passe tout seul sur le trottoir je le branche… Qui que ce soit… Même qu’il soit moche à faire peur… Ou qu’il soit tellement vieux qu’il peut à peine marcher… Et toi, pendant ce temps-là, tu fonces à l’hôtel me réserver la chambre d’à côté… Celle où il y a la glace… Tu verras comme ça si je me le fais pas…

- Onze… Ca approche… Dommage… Il était pas trop mal celui-là… Douze… Oui, oh, bof… Sans plus… Bon alors il y en a plus ?… Qu’est-ce qu’ils font ?… Ca se grouille ?… Ah, ça y est… Treize… Oh la la… La tête de la bavure… Je l’ai échappé belle… Et… v’là le quatorzième… Ca aurait pu être pire…
Un type d’une quarantaine d’années… Absorbé dans ses pensées…
- Nettement pire… Bon, ben j’y vais… A tout à l’heure…

Elle s’est délibérément cognée à lui en sortant du café… A feint la surprise… S’est confondue en excuses… Il lui a souri… Ils se sont souri… Ils ont fait ensemble quelques pas sur le trottoir… Se sont arrêtés… Ont parlé… Sont repartis… Ont disparu à l’angle du boulevard…

J’ai regagné l’hôtel… J’ai réservé la chambre… J’ai attendu… Longtemps…

Des pas dans l’escalier… Son rire…
- Arrête… Attends qu’on soit dans la chambre au moins… Arrête !… Mais arrête, j’te dis !… Tu vas quand même pas me foutre à poil là !…
- Je vais me gêner !…
Encore son rire…
- Oh, mais c’est qu’elle met pas de culotte en plus cette petite cochonne !…
- Jamais !… Bouge pas !… A mon tour !… A mon tour de te désaper…
Encore son rire…
- Ah non, non, pas là, non…

Ils sont entrés dans la chambre… Nus tous les deux… Elle l’a entraîné vers le lit… Poussé dessus… Et elle s’est jetée sur lui… Leurs jouissances se sont presque aussitôt trouvées… Mêlées… Ils sont retombés… Ont repris leur souffle…

Elle est retournée le solliciter… De ses doigts… De ses seins… De sa bouche… Ils se sont à nouveau élancés… Alors, à travers la cloison, je lui ai restitué son plaisir avec Louis… A plein volume… Elle s’est déchaînée…

Encore une fois… Un peu plus tard… Et puis il s’est levé… Rhabillé… Un rapide baiser… Il a dévalé l’escalier…

- T’as vu ça ?…
- Ben oui, j’ai vu, oui…
- Toi qui disais que j’en serais pas capable…
- Où il a filé comme ça ?… Retrouver bobonne ?…
- Non… Il est pas marié…
- Qu’il dit…
- Oui, oh, ça, j’en ai rien à battre… C’est son problème… On va manger plutôt ?… J’ai une de ces faims !…

- Bon… Et maintenant si tu me racontais ?…
- Si je te racontais quoi ?… T’as tout vu…
- Comment tu t’y es prise quand t’es sortie du café…
- Ah, ça ?!… Oh, le plus simplement du monde… Je me suis excusée… Lui aussi… « - Non, c’est moi !… - Mais non, c’est moi !… »… Tellement qu’on en a attrapé un fou rire à la fin… Et qu’il m’a proposé de me payer un verre pour se faire pardonner… « - Oui, mais pas là alors !… J’en sors »… Et on est allés dans la grande brasserie, de l’autre côté du pont… Où il m’a posé les questions qu’ils posent tous… Qu’est-ce que je faisais dans la vie ?… Si j’étais seule ?… Et bla bla bla… Et bla bla bla… Ca me gonfle… Ca m’a toujours gonflée… Parce que tu sais très bien qu’ils en ont rigoureusement rien à foutre… Que ce qu’ils cherchent c’est juste une ouverture pour arriver à leurs fins… Je l’ai arrêté… Je pouvais lui dire quelque chose ?… « - Ben oui, oui, évidemment… »… Je préférais qu’il m’en pose pas des questions… Parce que si j’étais venue passer mon dimanche là, c’était pour me changer les idées… Je vivais des choses pas très faciles chez moi en ce moment… Alors si c’était pour me remettre la tête dedans… Ah oui, oui, il comprenait… Bien sûr… Evidemment… En tout cas s’il pouvait m’être utile, d’une façon ou d’une autre, il me suffisait de demander… Hein ?… Qu’est-ce qui me ferait plaisir ?… Qu’on aille au cinéma?… Qu’on aille danser ?… Il y avait une boîte, qu’il connaissait, où on était sûr et certain d’avoir de la bonne musique… Il m’y emmenait si je voulais… Non… Non… Merci… De quoi j’avais envie alors ?… Que je le dise et… De quoi j’avais envie ?… Je pouvais lui parler franchement ?… Evidemment, puisqu’il me le demandait… D’être dans les bras d’un homme… Un inconnu… Sans penser à rien… Qu’il me fasse l’amour et que j’oublie tout… Juste l’espace d’une fin d’après-midi comme ça… Une parenthèse… Un truc hors du temps… Loin du quotidien… Oui, oh, ben ça !… Si c’était ça que je voulais… Et il a changé de place… Il est venu s’asseoir sur la banquette, près de moi… Il a passé un bras autour de mon cou…

- On le remet ?…
- Quoi donc ?…
- L’enregistrement où on m’entend avec Louis…
- Ca va servir à rien… Il y a personne à côté…
- Oui, mais peut-être dans les chambres autour… Au-dessus… Ou en-dessous… On sait pas… Et j’aime trop ça l’idée qu’on m’entende… Comme tout à l’heure quand tu l’as mis… J’y pensais… Mais il le fera pas, je me disais… Il osera pas…
- Eh bien tu vois…
- C’est la première fois que quelqu’un me regarde pendant que je suis avec un mec… Enfin… La première fois que je sais que quelqu’un me regarde… J’ai bien aimé… Parce que… Qu’on te voie à poil ou qu’on se rende compte que t’as pas de culotte, c’est une chose, mais ça c’en est quand même une autre… Si, c’est vrai, j’ai bien aimé… Peut-être parce que c’était toi… Avec d’autres je me demande ce que ça aurait donné…
- Suffit d’essayer… Tu sauras…
- Oh, mais je dis pas non… Peut-être qu’un jour…
- Ce qui signifie que tu comptes bien recommencer…
- Oh, ben oui, attends !… Pourquoi je le ferais pas ?… J’ai pas eu à me plaindre… Il était sympa ce type en plus…
- Ce sera pas forcément le cas à chaque fois…
- Oui, ben ça, je sais bien… Mais je jouerai pas chaque fois à la roulette russe non plus… Je peux aussi choisir… Et puis de toute façon je vais pas passer ma vie à ça non plus… Dans les semaines qui viennent, oui… Je dis pas non… Parce que c’est le meilleur moyen de m’en sortir une bonne fois pour toutes de comment j’étais avant… Une espèce de petite dinde qu’arrêtait pas de se faire avoir… Mais après… Parce que ça aussi ça finit par déboucher sur pas grand chose… Je vois bien ce que ça donne les autres filles… Attends !… Ecoute !… Ecoute !… Il y en a deux qui baisent… Ah, si, si !… D’au-dessus ça vient… Même qu’elle essaie de se retenir pour pas ameuter tout l’hôtel la meuf… Et qu’elle y arrive pas vraiment, c’est le moins qu’on puisse dire… Non, mais t’entends ça ?… C’est pas juste qu’on voie rien… Parce que c’est grâce à nous quand même… Si on leur avait pas remis l’enregistrement…
- Oui, oh, moi, j’y suis pas pour grand chose… C’est toi la vedette…

- Putain !… Mais qui c’est cet emmerdeur ?… A peine je venais de m’endormir… Allo !… Oui… Ah, c’est toi !… Un peu, oui, mais ça fait rien… C’est pas grave… Demain ?… Non, je bosse pas demain… Je bosse pas le lundi… T’as pu ?… C’est vrai ?… Mais c’est super… Evidemment que j’ai envie… T’as de ces questions quand tu t’y mets !… Arrête !… Arrête, ça me fait des choses… Oui, mais t’es pas là… Où ça ?… A la brasserie de tout-à-l’heure ?… Ca marche… Je sais pas… Le plus tôt possible… Pas quand même, non… Faut le temps que je me prépare… Neuf heures ?… D’accord… La chambre ?… Evidemment que je la garde… Et je peux te dire que t’auras intérêt à assurer… Mais oui, c’est ça !… C’est ça !… Oui, ben alors là… Compte sur moi… Moi aussi… A demain… Je t’embrasse… A demain… Bon, ben voilà… C’était Jimmy…
- J’avais compris…
- Qui veut qu’on se voie demain… Il a réussi à se libérer…
- J’avais compris aussi…
- Mais tu peux rester si tu veux… Tu nous regarderas…
- Je suis pas sûr d’en avoir vraiment envie…


Lundi 9 Novembre 2009

- Bon, ben je vais y aller… Tu fais quoi, toi, alors ?…
- Je vais rentrer… C’est mieux…
- T’es chiant !… Et si ça se passe mal ?… S’il essaie de m’étrangler après ?… Tu seras pas là pour me défendre… Non, mais sérieux, qu’est-ce tu vas retourner foutre là-haut ?… Tu vas t’emmerder sans moi…
- Qu’est-ce t’en sais ?… Je vais peut-être bien m’amuser au contraire…
- T’essaies de me faire croire quoi ?… Qu’il y a nana sous roche ?… Oui, ben alors là !… Il y a pas de risque… Te connaissant comme je te connais… De toute façon t’as pas intérêt, hein !… T’as le droit de te consacrer qu’à moi… Et rien qu’à moi… J’ai bien trop besoin de toi…



- Il te faut un prétexte ?… Faut que je te demande de te dessiner ?…
- Pour ?…
- Pour que tu te mettes à poil… Sachant ce que tu sais ça devrait couler de source maintenant, non ?… Dès qu’on est tous les deux ensemble… Sébastien, lui…
- S’il y a que ça pour te faire plaisir…
- Il y a pas que ça, non… Mais il y a aussi ça…
Elle m’a regardé me déshabiller…
- C’est dingue comme je m’en lasse pas… C’est même de pire en pire… Je veux dire… Pas toi… Enfin… Pas que toi…
- Sébastien… Tu viens de le dire…
- Pas que lui non plus… Vu tous les types qu’il met à ma disposition… Il y en a de plus en plus… Et qui font tout ce que je leur demande… T’hallucinerais de voir ça… Ils te donnent leur queue… Et toi, tu décides, toute seule, de ce que tu veux en faire… Le seul truc, c’est que je peux pas me tripoter devant eux… Qu’est-ce que j’en ai envie pourtant des fois !… Je peux pas… D’abord parce que ça leur ferait forcément comprendre que c’est un prétexte le bouquin… Enfin pas seulement un prétexte, mais AUSSI un prétexte…
- Il y en a sûrement qui l’ont déjà compris…
- Du moment qu’ils font semblant que non je m’en fiche un peu… Et même… Ca me déplaît pas… Ce qui irait plus, c’est s’ils montraient qu’ils savaient… Parce que ça changerait de registre… Ils n’auraient plus qu’une chose en tête et ce serait la porte ouverte à tout ce que je veux pas… Du coup ben je me gratouille toute seule le soir dans mon lit… En repensant à tout ce qui s’est passé… Et en regardant mes dessins d’eux… Tu fais quoi, toi, le soir, si c’est pas indiscret ?…
- Rien de spécial…
- Tu t’amuses tout seul de ton côté, je suis sûre… C’est un peu con, avoue !… alors qu’on pourrait le faire ensemble en se regardant tant qu’on veut… Et en faisant tout un tas de commentaires comme j’adore… Toi, sur les mecs que je dessine… Et moi sur Séverine… Ou les autres filles du boulot si t’as envie… Pourquoi tu viens pas le soir ?…
- On se voit déjà beaucoup… Pratiquement tous les jours… Je voudrais pas que tu finisses par me trouver collant…
- Oui, ben ça !… Il y a pas de risque… Viens !… Viens quand tu veux… Ca me fait trop plaisir qu’on puisse partager ça tous les deux…



- Tu m’en ferais un, toi ?…
- Un quoi ?…
- Ben, un gamin, tiens !… Parce que qu’est-ce que j’ai réfléchi, depuis l’autre jour, à tout ce que tu m’as dit… Et finalement t’as pas si tort que ça… On se fait des vérités butées à un âge où on se croit intelligent et qu’on veut pas faire comme tout le monde… Alors qu’on connaît rien de rien à la vie… Et après on les remet jamais en question… Parce qu’on veut pas se renier… Qu’est-ce qu’on peut être con des fois !… J’ai tout repris à zéro du coup, de fond en comble, et ça me fait drôlement bizarre parce qu’il y a plus rien de stable ni de solide nulle part… Je sais plus quoi croire ni même s’il y a des choses à quoi on peut croire… C’est des sables mouvants partout… Même mes envies je sais plus… Un gamin ?… Pourquoi pas ?… Ca vaut le coup d’y réfléchir en tout cas… Tu voudrais me le faire, toi, si je te le demandais ?…
- Il y a quand même quelqu’un qu’est nettement mieux placé que moi pour ça, non ?…
- Mon mari ?… Oui, ben alors là c’est négatif de chez négatif… Pas question de m’enchaîner à lui pour l’éternité… Parce qu’un gamin il t’oblige à rester en contact l’un avec l’autre au moins jusqu’à sa majorité… Si c’est pas plus !… Non, mais t’imagines ?…
- Ca change quoi ?… Puisque, de ton propre aveu, tu n’as pas l’intention de divorcer…
- Non, mais je sais que je peux le faire… A n’importe quel moment… Tandis qu’avec un gamin, même si je divorce, je reste quand même définitivement avec lui…
- Si tu te le fais faire par quelqu’un d’autre ça change quoi finalement au problème ?…
- Faut toujours que tu compliques tout, toi, hein ?!…


Mardi 10 Novembre 2009

- Tu sais pas ce que t’as perdu !…
- Mais je peux l’imaginer sans difficulté…
- T’aurais vu ce festival !… Sur les genoux je l’ai laissé ce pauvre Jimmy…
- L’essentiel, c’est qu’il ait le temps de se retaper d’ici le week end prochain… Parce que je suppose que vous allez vous revoir…
- Peut-être… Je sais pas… On verra… Si j’en suis… En attendant je suis super bien tombée… Pour dire que c’était complètement au hasard… Comme quoi il fait bien les choses des fois celui-là… Parce qu’en plus d’être génial au lit Jimmy il est drôlement intéressant à discuter…
- Tu disais la même chose de Louis…
- Ca n’a rien à voir !… Louis, il faisait son intéressant avant… Pour pouvoir coucher… Alors que Jimmy il est intéressant après…
- Tu lui as pas bien laissé le temps de l’être avant…
- Et puis c’est pas du tout la même façon d’être intéressant… Louis, il sait plein de trucs, c’est vrai, mais des trucs de vieux… Des trucs dont t’as rien à foutre en réalité… Tandis que Jimmy il te parle de choses que tu sais déjà, mais d’une façon à laquelle toi il te serait jamais venu à l’idée de penser…
Son portable a sonné…
- Tiens, c’est lui, je parie… Bingo…



- T’es trop, toi, dans ton genre !… Tu te plains que je viens pas te voir le soir et quand je me pointe t’es pas là…
- Je sais, oui… Mais c’était pour la bonne cause : j’ai passé la soirée d’hier avec Séverine… D’abord au cinéma… Et puis on est allées bouffer toutes les deux quelque part… Et discuter… Je peux te dire que je me suis amusée !… Parce que comment elle manoeuvrait, l’air de rien, pour me tirer les vers du nez à ton sujet… Le style bonne copine qui s’intéresse à ce que tu vis… Sauf que – c’était cousu de fil blanc – la seule chose qui l’intéressait vraiment, c’était de savoir par quel bout t’attraper pour mieux te subtiliser à moi… J’ai pas tari d’éloges à ton égard : tu es un amant d’exception, câlin et passionné… Tu as toutes les qualités du monde… Et pratiquement aucun défaut… Maintenant il y plus qu’à… Quand on veut c’est dans la poche…
- Oui, mais après ?…
- Après… on la déshabille… Complètement… De la tête aux pieds… On lui sort tout ce qu’elle a à l’intérieur… Et on lui met tout ça dehors… A l’air libre… A nous deux tout ce qu’elle a de caché… tout ce qu’elle voudrait qu’on sache pour rien au monde… on te va le lui extirper… Toi en première ligne… Et moi dans l’ombre derrière… J’en salive déjà… Bon, allez !… On s’amuse un peu sur elle ?… Attends… Je vais chercher les dessins…

- Alors ?… T’es contente ?… Ca y est !… Il t’a tirée… J’espère que t’en as bien profité… Parce que c’est la première et la dernière fois… Il est à moi… Tu sais ce que ça veut dire ça ?… A moi… A personne d’autre… Et surtout pas à toi… Qui le mérites pas… Qui n’en mérites aucun d’ailleurs… Personne… Non, mais tu t’es bien regardée ?… Qui peut avoir sérieusement envie de toi ?… Qui ?… Il t’a sautée, oui… Tu veux savoir pourquoi ?… Tu la veux vraiment la vérité ?… Parce que je lui ai demandé… Parfaitement… Ah, tu t’y attendais pas à celle-là, hein !?… J’invente ?… Ben voyons !… Demande-lui si tu me crois pas… Allez, vas-y !… Demande !… Ah, tu vois !… Bon, allez maintenant tu files !… Tu dégages… Tu nous laisses… A moins que t’aies envie de voir comment il s’y prend quand il fait VRAIMENT l’amour…

- On est arrivés ensemble…
- Et ça déménageait !… Comment c’est excitant l’excitation de l’autre… Tu sais ce que je me dis ?… C’est que finalement j’aurais mieux fait de jamais te rencontrer… Parce que le plaisir solitaire je vais plus pouvoir toute seule maintenant… Me faudra quelqu’un… Qui me regarde et que je regarde…
- Et qui t’écoute… Des heures on t’écouterait commenter…



- Pas la peine d’insister… T’en es pas aujourd’hui, hein ?!…
- Non... Excuse-moi !… Excuse-moi !… Je m’en veux… Parce que c’est pas si souvent qu’on a l’occasion de se voir… Mais je suis trop préoccupée pour avoir vraiment la tête à ça…
- Préoccupée par quoi ?…
- Tant de choses… D’abord Périgueux… Plus il se rapproche le départ et plus j’angoisse… Même si, entre Elise et moi, il n’y a pas le moindre nuage c’est quand même un grand saut dans l’inconnu… Ne serait-ce qu’au niveau boulot… Et puis faut pas se voiler la face… Un couple tu sais jamais à l’avance comment ça peut tourner… Ca se dégrade vite des fois… Suffit de pas grand chose…
- Si on devait en permanence envisager le pire on finirait par plus rien faire…
- Oui… Non… Et puis il y a mes filles… Tu peux pas savoir comment ça me fait mal leur attitude… C’est insupportable cette indifférence… C’est insupportable de ne pas exister aux yeux de ses propres enfants…


Mercredi 11 Novembre 2009

- Faut pas croire que je veux plus qu’on en fasse des trucs tous les deux, hein !… C’est pas parce qu’il y a Jimmy…
- Avec qui ça a l’air de vouloir durer on dirait…
- Oui, oh, tu parles !… Depuis dimanche…
- Et avec qui tu vas passer ton après-midi de congé…
- Comment tu le sais ?…
- C’est pas bien sorcier à deviner…
- Oui, oh, de toute façon je me fais pas d’illusions, tu sais, faut pas croire… Je connais le truc… Au début les mecs ils ont sans arrêt envie de te voir… Et quand je dis de te voir !… Parce que c’est nouveau avec toi… Mais dès qu’ils se sont habitués ils inventent tout un tas de prétextes et c’est de moins en moins souvent… Jusqu’au jour où ils te larguent sans autre forme de procès… Pour une autre qu’est plus nouvelle que toi… En fait un mec, pour le garder, pour pouvoir vivre quelque chose de sérieux avec, il y a pas trente-six solutions… Faudrait jamais coucher avec… Qu’il ait juste l’envie… Et l’espoir que ça finisse par arriver un jour… C’est ce qu’elles faisaient dans le temps… Elles étaient pas folles : ça les accrochait… Sauf que va leur faire un truc pareil aujourd’hui … Au bout de deux jours s’il s’est rien passé le type il va en conclure que t’es coincée du cul et s’en chercher d’autres qui le seront pas…
- Si je te suis bien, il y a pas de solution, quoi !…
- Non… Enfin, si !… Parce que tu sais ce que j’en arrive à me demander ?… C’est si elles ont pas raison les autres filles… Si la solution, c’est pas de coucher tant et plus… Jusqu’à ce que, à force, t’en trouves un qui va avoir envie de te calmer… Pour qui le challenge ce sera que tu finisses par plus avoir envie qu’avec lui… Et personne d’autre… Ca doit bien exister quelque part… Et même si ça existe pas, si tu dois jamais en trouver un qui te reste, au moins tu te seras payé du bon temps plutôt que de rester à te morfondre en attendant quelque chose qui n’arrivera jamais…Bon, mais on s’est égarés là… Ce que je te disais, c’est que j’aimerais bien qu’on en fasse encore des trucs… Comme on avait fait au musée par exemple…
- Quoi ?…
- Ca… J’en sais rien du tout… Cherche, toi !… Propose… Tu me diras…



- T’es passé à sa caisse ce matin à Séverine, j’ai vu… Même que ça a pas mal duré… Vous vous êtes dit quoi ?…
- Elle m’a demandé pourquoi je passais pas à la tienne…
- Et t’as répondu ?…
- Que j’avais l’occasion de te voir par ailleurs…
- Pas mal… Et alors ?…
- Alors rien… Elle a pas relevé…
- Et c’est tout ?…
- Non… Je lui ai proposé ma carte d’identité… Pour lui prouver que j’avais 18 ans… Comme je prenais de l’alcool… Ca l’a fait rigoler…
- Le mieux maintenant, c’est que je l’invite un soir… Que vous fassiez officiellement connaissance… Et après… à toi de jouer…



- Ah, c’est toi…
Sébastien…
- Comme tu passes plus me voir, c’est moi qui me déplace… Tu me fais la gueule ?…
- Non, non, pas du tout… Mais tu sais ce que c’est… On fait une chose… Une autre… Le temps passe et…
- Il y en a une par contre qui me plaint pas ses visites…
- Pauline ?!…
- Ben oui, Pauline, oui…
- Tu la vois souvent ?…
- Pas mal, oui… Pour son livre… Ses dessins…
- Quelle petite cachottière elle fait !… Elle m’en parle plus… Plus du tout…
- Justement… C’est bien là tout le problème… Elle est quoi pour toi ?…
- Une amie… Une amie très chère…
- Et c’est tout ?…
- C’est tout, oui…
- T’as pas de vues sur elle ?…
- Pas spécialement, non… Mais pourquoi tu me demandes tout ça ?…
- Ben parce que… Je voudrais pas marcher sur tes brisées…
- Ce qui veut dire…
- Que c’est en train de prendre un tour beaucoup plus tendre tous les deux… Qu’on est de plus en plus souvent en tête à tête… Elle est impressionnante comme fille… Vraiment impressionnante…
- Fais attention quand même !…
- A quoi ?…
- A pas trop t’attacher…
- Pourquoi ?… Elle est prise ailleurs ?…
- Non… Je crois pas, non… Mais c’est quelqu’un que j’ai le plus grand mal à imaginer en couple…


Jeudi 12 Novembre 2009

- T’as réfléchi ?… A ce que je t’ai dit hier… T’as réfléchi ?…
- Evidemment…
- Et t’as trouvé des idées ?… Oui ?… Non, non… Dis rien… Pas tout de suite… Tu m’expliqueras dans la voiture…
- Dans la voiture ?…
- Oui… J’ai pris ma journée… Qu’on soit un peu tout seuls tous les deux… Qu’on en profite… Allez, tu viens ?… Tu me dis où tu veux qu’on aille… Je conduis… Et pendant ce temps-là tu me dis à quoi t’as pensé…

- Parce que tu crois que je serai pas cap ?… Tu vas voir si je suis pas cap… Suffit d’en trouver un de vieux… Il doit bien y en avoir un qui traîne par là… Tiens, sur le banc, là-bas… Qui se dore au soleil… On y va ?… C’est discret autour en plus… Il y a personne… Que des arbres…

- Allez, vas-y !… Attaque !…
- Mais si !… Ca te va très bien…
- T’es sûr ?… Tu dis pas ça pour me faire plaisir ?… Si, hein, que c’est pour me faire plaisir… C’est moche… Tu trouves ça moche…
On s’est arrêtés à sa hauteur…
- Mais non !… Qu’est-ce que tu vas chercher ?… Ca te va très bien, j’te dis…
- Jamais j’aurais dû l’enlever… Jamais… Maintenant le temps que ça revienne…
- Tu te fais des idées… Comme toujours… Comme pour tout… C’est adorable comme ça… Absolument adorable… Tiens, je suis persuadé que le monsieur, là, il serait de mon avis… On va lui demander…
- Oh, non !… Non… On va pas faire ça…
- Mais si !… Il en a vu d’autres, tu parles… Monsieur, dites… C’est ma copine, là, et on n’est pas d’accord tous les deux… Mais alors là pas du tout… Parce qu’elle s’est fait une coupe en bas… Une épilation plutôt… Et juste des petits frisons elle a laissés… Tout en haut… Seulement maintenant elle complexe… Sa fente toute nue comme ça elle la trouve agressive… Tandis que moi, au contraire, je la trouve attendrissante comme tout… Alors vous qu’êtes neutre, qu’êtes pas concerné, vous pourriez peut-être nous dire ce que vous en pensez…
Son regard a couru… D’elle à moi… De moi à elle… Plusieurs fois… Incrédule…
- Hein ?… Qu’est-ce que vous en pensez ?…
Il en pensait que… Que oui… Bien sûr… Evidemment… Si on voulait… Si ça pouvait nous rendre service… Mais sans vraiment y croire… Avec, à l’évidence, le soupçon, en arrière-fond, qu’on se moquait de lui… Que c’était trop beau pour être vrai… Qu’on allait lui éclater de rire au nez… « - Tu y as vraiment cru, pépé ?… »…
- T’entends, Charline ?… Il veut bien le monsieur… Montre-lui… Il va te dire…
Elle a remonté sa robe jusqu’à mi-cuisses… L’a laissée retomber…
- Je peux pas…
- Mais si !… Attends !… Je vais t’aider…
Je l’ai empoignée… Relevée jusqu’au-dessus des hanches… Solidement maintenue…
- Là… Vous voyez ?…
Il voyait, oui… Il voyait même très bien… Il s’en repaissait, les yeux exorbités, la glotte tressautante…
- Et alors ?… Il en pensait quoi ?…
Quoi ?… Ah oui… Que c’était très bien comme ça… Très très bien… Oui… Vraiment très très bien…
- Oui, hein ?… Tu vois, Charline, le monsieur il pense exactement comme moi… Tu vois que t’as pas de raison de t’inquiéter…
Il a avancé une main hésitante…
- Ah non !… Pas de ça, non… Pas touche…
J’ai laissé retomber la robe…

- Ca lui aura ensoleillé sa journée…
- Que la journée ?… Un peu plus quand même, j’espère, non ?…
- Sûrement, oui… Moi, si ça m’était arrivé un truc pareil, j’aurais pas été près de l’oublier… Alors lui !… A son âge… Et toi ?… Tu as aimé ?…
- Tu sais bien… Tu me connais… Pourquoi tu demandes ?…
- Pour le plaisir de t’entendre le dire…
- Ben oui, j’ai aimé… Bien sûr que j’ai aimé… Son air surtout… Comment ils disaient merci ses yeux !…
- Tu veux qu’on recommence ?… Qu’on s’en trouve un autre ?…
- Oui… Si… Mais pas tout de suite… Plus tard… Le temps de le digérer un peu celui-là… Tout de suite je préférerais qu’on aille s’asseoir tous les deux quelque part… Au calme… Te parler je voudrais…

- Je t’écoute…
- C’est au sujet de Jimmy…
- Je m’en doutais un peu…
- Tu sais ce qu’il fait dans la vie ?…
- Comment je pourrais savoir une chose pareille ?…
- Il est boulanger… C’est marrant quand même, avoue… Parce qu’on l’a choisi complètement au hasard et on est dans la même branche tous les deux… C’est pas banal quand même…
- Et alors ?… T’en tires quoi comme conclusion ?… Que c’est un signe du destin ?…
- Non… Non… Pas vraiment…
- Mais un peu malgré tout…
- Ben… Reconnais que si ça le faisait, lui et moi, ça m’arrangerait quand même singulièrement la situation…
- Qu’est-ce qu’il faut que je comprenne ?… Que tu vas te débrouiller pour que « ça le fasse » ?…
- Je sais pas… Peut-être… C’est pour ça que je voulais te parler… Parce que si je voulais… C’est pas pour me vanter, mais si je voulais… Un mec, si tu le tiens par le cul, t’en fais ce que tu veux… Et tu me connais maintenant… Si je décide de mettre le paquet de ce côté-là dans six mois – même pas – je suis mariée… Et je suis la patronne du truc…
- Et ce qui te retient, c’est ?…
- C’est pas qu’il me déplaise, non… Et puis je m’éclate bien avec, moi aussi… Et je crois pas qu’il serait trop chiant à vivre, mais… je l’aime pas… J’ai pas ce petit truc qui fait que le mec tu sais que c’est forcément lui… Que tu vas pas pouvoir t’en passer… Alors je fais quoi ?… Ma réaliste ?… Au risque de rencontrer l’amour fou trois mois après… Trop tard… Et à tous les coups, avec le pot que j’ai, c’est ce qui va m’arriver… Ou bien alors je laisse tomber et j’attends le coup de foudre… Au risque qu’il arrive jamais… Parce que ça… Plus ça va et plus je me dis que c’est la grande illusion… A laquelle on peut pas s’empêcher de croire quand même…
- Il y en a une troisième de solution…
- Ah, oui ?!… Laquelle ?…
- Que tu ne te précipites pas… Que tu prennes ton temps pour apprendre à le connaître… Parce que tu sais rien de lui… C’est pas en à peine huit jours… Alors qu’à force de vous voir… de vous fréquenter… il peut finir par se passer quelque chose… Peut-être que tu vas de plus en plus l’apprécier… t’attacher à lui… et finalement tomber amoureuse… Parce qu’un coup de foudre… C’est quoi un coup de foudre ?… Du vent… Ca repose sur quoi ?… Rien… Des impressions…
- T’es trop dans ton genre, toi !… Parce que ce que tu dis c’est toujours tellement évident qu’on n’a pas eu l’idée d’y penser avant…

- Qu’est-ce qu’on fait ?… On rentre ?…
- J’ai pas trop envie…
- A vrai dire moi non plus…
- Alors on pourrait peut-être passer la nuit là… Et repartir demain matin… Tôt… Que je sois à l’heure au boulot…
- Et en attendant ?…
- C’est toi qui décides… C’est toujours moi d’habitude… Un peu ton tour…
- Tu sais que ça te va vraiment très bien ?…
- Quoi donc ?…
- Comme tu l’as montré ce matin au petit vieux…
- Ah… Ce qui veut dire ?…
- Qu’on se lasserait pas de le regarder…
- Ca va… J’ai compris… Bon, ben allez !… On prend une chambre… Et tout le temps que tu voudras t’auras… Toute la nuit si tu veux…

- Je peux venir là ?… Sur ton épaule ?…
Elle n’a pas attendu la réponse…
- Tu sais ce que j’ai le plus aimé ?… C’est que tu demandes… Parce que la façon que t’as regardé… Tout le temps que tu y as passé… Oui… Bien sûr… Mais que tu demandes alors ça !… Presque jamais tu le fais… On sait pas ce que tu penses… Enfin si !… Sur plein de choses… Mais pas sur toi… Sur tes envies… Sur ce que tu voudrais… T’arrêtes pas de t’effacer… De te gommer… Tu penses qu’aux autres finalement… Jamais à toi… Ce que ça peut être agaçant des fois !… Si, c’est vrai !… Même si… je vais quand même pas me plaindre !… Ca te vexe pas au moins que je te dise ça ?… On te l’a jamais dit ?… Personne ?… Il y a des fois j’aimerais quand même bien voir comment t’es avec les autres filles… Même si j’imagine bien un peu… Tu sais ce que je crois ?… C’est que tu vivras jamais quelque chose de vraiment suivi avec une fille… Parce que tu leur attaches trop d’importance aux filles… Tu les mets sur un piédestal… Bon, mais enfin… faut pas être hypocrite non plus… Moi, ça m’arrange… Parce que le jour où t’en aurais une à demeure j’aurais plus qu’à disparaître… Il y en a aucune qu’accepterait de m’avoir par les pieds et de nous laisser vivre ce qu’on vit tous les deux… Absolument aucune… C’est la même chose dans l’autre sens, remarque !… Comment veux-tu qu’un type – que ce soit Jimmy ou n’importe qui – si on s’installe ensemble lui et moi, il supporte qu’on aille tous les jours au café comme on fait ou que je disparaisse régulièrement pour aller passer du temps avec toi ?…
- Peut-être que ce sera plus nécessaire… Que tout ce qu’on fait ensemble tous les deux tu pourras le faire avec lui…
- Oui, ben alors là sûrement pas !… Comment tu veux ?… Quelqu’un avec qui tu vis en couple tu peux pas être libre comme ça avec lui… C’est pas possible…


Vendredi 13 Novembre 2009

- Je vais être propre… J’ai quasiment pas fermé l’œil de la nuit…
- Qu’est-ce qui t’a fait ça ?…
- Rien… J’ai pensé… A des tas de trucs… A tout ce qu’on a parlé hier… Et tu sais ce que je me disais ?… C’est que s’il fallait que je choisisse entre un type dont je serais hyper amoureuse et toi ben je serais drôlement embêtée… Parce que… que ça puisse s’arrêter un jour tout ce qu’on fait tous les deux je l’imagine même pas… Je le supporterais pas, je crois… En tout cas, toi, on peut pas dire que ça te tracasse vraiment… Parce que t’as dormi… Et pas qu’un peu… T’as même rêvé…
- Ah oui ?… J’ai parlé ?…
- Non… T’as bandé… T’arrêtais pas de bander… C’est à moi que tu rêvais ?… Tu rêvais que tu me regardais ?… Comme hier ?…



- T’étais passé où hier ?… Je t’ai klaxonné pendant deux heures…
- On avait organisé une petite soirée-révision entre copains…
- T’aurais pu me prévenir… Parce que Séverine m’est tombée dessus… En comptant bien que tu serais là, c’était clair comme de l’eau de roche… J’aurais su que tu viendrais pas, j’aurais inventé un prétexte… N’importe lequel… Tu sais qu’elle est quand même trop, elle, dans son genre… Parce qu’elle me prend vraiment pour une dinde, hein !… Qu’est-ce qu’elle s’imagine ?… Que j’ai de la merde dans les yeux ?… Mais laisse faire !… Laisse faire !… Rira bien qui rira le dernier… Elle croit m’avoir ?… Qui c’est qui roule l’autre dans la farine en réalité en attendant ?… Et bouge pas qu’à l’arrivée elle va s’en souvenir… Parce qu’on sortirait vraiment ensemble tous les deux… Je tiendrais vraiment à toi…
- Ce qui n’est pas le cas…
- Non… Si… Enfin non… Je me comprends…
- Pas comme tu tiens à Sébastien…
- Pourquoi tu dis ça ?…
- Comme ça… Une intuition… Je me trompe ?…
- Je sais pas… Franchement je sais pas… Je sais pas où j’en suis avec lui…
- Il y a eu quelque chose ?…
- Pas encore…
- Ce qui veut dire qu’il y aura…
- Peut-être… Il voudrait bien en tout cas… Il s’en cache pas…
- Et toi ?…
- Moi ?… J’ai peur… Tu peux pas savoir comme j’ai peur… Ca a toujours été tellement raté quand j’ai couché… Ca a toujours été tellement mieux toute seule… Et puis d’un autre côté si je réessaie pas… Tu sais que j’ai failli te demander à toi ?…
- Et tu l’as pas fait…
- Non… Avec toi ça aurait raté… Sûre et certaine… On se connaît trop… Et puis toi…
- Moi ?…
- Tu vas te vexer…
- Dis toujours…
- T’as pas assez envie de moi… T’as pas envie du tout même on dirait… Et s’il y a pas ça, moi, alors là c’est même pas la peine !… Oh, mais je te reproche rien, hein !… C’est génial comme on est tous les deux… Comme tu me comprends… Et tout et tout…
- Mais pas aussi génial qu’avec Sébastien…
- C’est pas pareil… C’est différent… Ca n’a rien à voir… Non… Et puis… il y a un truc à quoi je pense aussi c’est que les années passent… Et que partie comme je suis partie je vais être bonne pour passer toute ma vie toute seule si ça continue… Alors peut-être que Sébastien c’est ma chance à saisir maintenant aujourd’hui… Et que si je la laissais passer je serais la reine des connes…



- Je suis passée te dire au revoir…
- Il y a le temps quand même… D’ici le 1er Janvier…
- Non… Mais c’est tout de suite que je pars… J’ai trouvé du boulot à Périgueux… Et je commence lundi… Alors… Le temps de m’installer un minimum là-bas…
- Et elle ?…
- Elise ?… Elle va faire au plus vite pour pouvoir me rejoindre…
- Et ton appart ?… Tes meubles ?…
- Tout est parti hier… Il ne reste que quelques affaires à Charline… Qui doit libérer les lieux avant la fin du mois… La propriétaire a trouvé quelqu’un…
- Elle va faire quoi ?… Elle va aller où ?…
- Dans un premier temps chez un copain qui l’hébergera en attendant qu’elle trouve quelque chose…
- Bon… ben il me reste plus qu’à te souhaiter bonne route alors… Et bonne chance…
- Merci… Je garderai un excellent souvenir de nous… De tout ce qu’on a vécu ensemble… Et peut-être… Qui sait ?… Nos chemins auront-ils l’occasion de se recroiser un jour… Si tu as l’occasion de passer par là-bas… Et on reste en contact… Je t’écrirai… Bon, mais allez !… Je file… J’ai horreur des adieux… Encore cinq minutes comme ça et je fonds en larmes…


Samedi 14 Novembre 2009

- Ca y est !… Elle s’est cassée ma mère… Ca te fait drôle quand même de te dire que ta mère elle s’en va vivre avec une autre nana…
- Ca te choque ?…
- C’est pas que ça me choque, c’est que j’y crois pas… C’est que je la vois pas du tout dans le rôle… J’ai des copines qui sont comme ça… Oui, mais bon… C’est pas pareil… Elles, elles sont jeunes… Tu sais ce que je me dis ?… C’est qu’un matin elle va se réveiller en se demandant ce qu’elle peut bien fabriquer avec… C’est pas du tout son truc… Je la connais quand même… Non, mais comment qu’elle a dû l’entourlouper l’autre pour qu’elle en arrive là !… Enfin c’est son problème… C’est leur problème… Le mien, c’est que je me retrouve à la rue…
- Pas vraiment quand même !…
- Ben si !… Si !… Dans quinze jours faudra que j’aie dégagé… Et même avant… Parce que t’as déjà vécu dans un truc immense qu’est complètement vide, toi ?… Où t’as juste deux-trois affaires… C’est d’un sinistre !… Tu déprimes… T’es obligée de déprimer… En tout cas, moi, oui…
- Il y aurait bien une solution…
- Laquelle ?…
- C’est pas bien grand chez moi, mais…
- On s’en fout !… Qu’est-ce qu’on s’en fout !… On va pas y danser le quadrille… J’en étais sûre que tu voudrais… Que tu me laisserais pas tomber… Oh, mais tu vas y trouver ton compte, toi aussi, hein !… Parce que sans arrêt je serai toute nue… Le plus que je pourrai…



- Ca t’intéresse ou pas Séverine ?
- Ben oui… Oui… Pourquoi tu demandes ça ?…
- Parce que j’ai pas vraiment l’impression… T’es même pas passé à sa caisse tout à l’heure…
- J’étais pressé…
- C’est dans la poche… Je suis bien placée pour le savoir, non ?… Je me tue à te le répéter… Et toi, on dirait que tu t’en fous… T’entreprends rien… Tu tentes rien… T’attends que ça te tombe tout cuit dans le bec… Tu sais ce que je crois ?… C’est que de penser à elle en te disant que tu la sautes ça te suffit… C’est même pas que ça te suffit, c’est que t’y prends bien plus de plaisir que si tu le faisais dans la réalité… Je te le reproche pas… Je fais pareil… Ca fait des années que je fais pareil… Seulement dis-le !… Que je m’échine pas à te préparer le terrain pour qu’à l’arrivée il se passe rien du tout…
- Mais si il va se passer…
- T’es sûr ?… Je me demande… Franchement je me demande…



- T’as que ça comme affaires ?…
- Pour le moment ça suffit bien… Je verrai après pour le reste… Ce que j’en fais… Oh, mais dis donc, c’est juste en face de chez moi que t’habites !… C’est trop ça !… Pourquoi tu me l’as pas dit ?…
- Je te l’ai dit… Dès le tout début en plus… Mais t’as pas eu l’air de vouloir capter…
- Ah oui ?!… C’est vrai qu’au début je me méfiais un peu… Je te connaissais pas… Je savais pas trop où tu voulais en venir… Mais c’est quand même marrant qu’après on n’en ait pas reparlé… En tout cas t’as une vue imprenable sur la fenêtre de ma chambre… Et sur le séjour… Heureusement que je me promène pas à poil…
- Malheureusement, plutôt, tu veux dire…
- Oui, non, mais attends !… Je fais gaffe ici… Je tiens pas à passer pour une je ne sais trop quoi dans le quartier… Ils y ont si vite fait les gens…
- Mais ailleurs par contre…
- C’est vrai qu’il y a des fois je me suis pas privée… Tu te doutes bien… Tu me connais…
- Et si ?…
- Je sais ce que tu vas dire… Pourquoi pas ?… Mais alors ce qu’il faudrait, c’est un grand immeuble en face… On un autre hôtel… Qu’il y ait plein de gens qui puissent me voir… Et – encore mieux – toi tu serais dans une autre chambre… A côté… Ou au-dessus… Tu les regarderais me regarder à poil… On aurait un petit talkie-walkie… Et tu me raconterais en même temps… Tout en détail… Combien ils sont… Quel air ils ont… Tout… Tout ce que tu verrais…
- C’est quand tu veux… Demain si tu veux…
- Pas demain… Non… Demain…
- Tu vas retrouver Jimmy…
- Voilà, oui… Je lui ai promis…
- T’as pas l’air franchement enthousiaste…
- C’est pas que je sois pas enthousiaste, c’est que je m’éclate bien avec lui, oui, c’est vrai… Mais encore plus avec nos petits jeux à nous… Et que… tu te trompes, tu sais… je crois bien que je serai jamais amoureuse de lui…


Dimanche 15 Novembre

- Fallait me réveiller !… Je vais être à la bourre !… Non, mais comment je vais être à la bourre… Et un dimanche matin en plus !… Avec tous ceux qui viennent chercher des desserts… Ca, c’est de ta faute…
- Ben voyons !…
- Si, c’est de ta faute !… A vouloir me le regarder comme ça pendant des heures et des heures…
- Tu parles !… Tu t’es endormie presque tout de suite…
- Oui, mais ça me réveillait de sentir sans arrêt tes yeux dessus… Et puis ton espèce de petite lampe de poche, là… Ca en fait de la lumière ce machin mine de rien… Bon, mais si, au lieu de parler, tu me faisais un café, plutôt, le temps que je me douche ?!… Aïe !… Ca y est !… Je me suis encore cognée… Je vais être pleine de bleus… Faut dire aussi : comment c’est petit chez toi !…
- Désolé, mais j’ai que ça…
- C’est vrai que pour toi tout seul c’était amplement suffisant… C’est si tu vivais en couple que ça irait plus… Tu l’as déjà fait ?…
- Non…
- Jamais ?… Mais t’en as bien amené des filles ici quand même ?!… Au moins comme ça…
- A ton avis ?…
- Sûrement, oui… Beaucoup ?…
- C’est un interrogatoire ?…
- Non, c’est juste pour savoir… Hein ?… Combien il y en a eu ?…
- J’ai pas compté...
- Qu’est-ce tu veux me faire croire ?… Qu’il y en a eu des dizaines ?… Alors là, avec toi, ça m’étonnerait… Peut-être une par ci une par là… Oh, mais j’m’en fous n’importe comment… Tu fais bien ce que tu veux avec tes affaires… T’as pas de comptes à me rendre… N’empêche, tu sais ce qui serait rigolo ?… C’est qu’il y en ait une qui se pointe un soir en pensant que t’es tout seul… La tête qu’elle ferait en me trouvant là !… Elle croirait qu’on couche ensemble, ça, c’est sûr… T’aurais beau lui raconter ce que tu veux… Tu serais plutôt emmerdé, avoue !… Je t’imagine… Parce que ça c’est le genre de situation… Complètement grillé tu serais… Faudrait pas que je le montre sur le coup, mais comment ça me ferait trop rigoler à l’intérieur…
- Merci… Merci… Sympa pour moi, ça !…
- Oh, tu parles !… Si c’est juste pour tirer un coup comme ça qu’est-ce t’en aurais à foutre qu’elle se barre à cause de moi ?… Des filles pour coucher t’en trouveras d’autres… Il y en a à la pelle… Suffit de se baisser pour en ramasser… Tandis que pour en retrouver une autre comme moi…
- Oh, ça, c’est sûr…
- Ah, tu vois !…
- Toi , t’es un cas… Presque une anomalie…
- Méfie-toi que l’anomalie elle t’envoie pas ton café à la figure… Il est brûlant en plus…
- Oh, mais il y a des anomalies très bien… La preuve !…
- Rattrape-toi aux branches !… Non, mais sérieux… Tu crois vraiment que ce qu’on vit ensemble tous les deux on pourrait le vivre avec quelqu’un d’autre ?…
- De cette façon-là, non…
- De celle-là ou d’une autre… Donc… Donc s’il y a une fille qui débarque on la fout dehors… On est bien d’accord… Sauf… Sauf si elle accepte que je vous regarde… Ben oui, attends !… Je t’ai jamais vu, moi !… Je sais pas comment tu t’y prends… J’ai le droit de savoir… Tu m’as bien matée, toi, avec Jimmy !… Chacun son tour… Quelle heure il est ?… Oh la la !… Comment je vais être à la bourre !… Bon, ben salut !… A demain… Demain soir…



- Tu fais quoi demain ?…
- Rien de spécial… Pourquoi ?…
- Bon… Ben je t’ai trouvé de l’occupation… On va au cinéma… Avec Séverine… Je lui ai fait croire que je t’avais parlé des films qu’elle m’a fait découvrir… Que t’étais très intéressé…
- Je vois… On va se faire chier toute la soirée…
- C’est pour la bonne cause… Parce que je te jure que le jour où je vais lui mettre le nez dans son caca je vais jubiler… Je vais vraiment jubiler… Bon… Mais en attendant… v’là le programme : on a rendez-vous tous les trois à six heures à la brasserie en face de la mairie… Histoire d’avoir le temps de discuter et de manger un morceau avant… Sauf que moi j’y serai pas… J’aurai un empêchement de dernière minute… Je téléphonerai… Je viendrai, oui… Mais je serai en retard… Très en retard… Qu’elle ait le temps de manœuvrer… Je suis curieuse de savoir comment elle va s’y prendre d’ailleurs… Comment elle s’y prend dans ces cas-là…
- Je te raconterai…
- Oui… Tout en détail, hein ?… Et toi ?… Tu vas faire quoi, toi ?… Sauter direct sur l’occasion ?… Ou bien jouer celui qu’a des scrupules ?… Qui se laisserait bien tenter, mais qu’est pris ailleurs ?… Qu’est follement amoureux de moi… Qui peut pas me faire une chose pareille…
- Ce qui la motiverait un peu plus encore…
- T’as tout compris… Alors il y a plus qu’à… Action…


Lundi 16 Novembre

- Ben oui, c’est moi, oui !…
- Qu’est-ce qu’il y a ?… Qu’est-ce qui t’arrive ?…
- Rien… Non… Rien… Rassure-toi !… C’est juste que j’avais envie de t’entendre… Depuis des semaines maintenant toutes les journées – tous les jours – je les commence avec toi… Systématiquement… D’une façon ou d’une autre… Ca m’aurait manqué…
- C’est gentil, mais… il est quand même très très tôt…
- Je sais, oui… Mais c’est qu’il dort Jimmy tout de suite… Après…
- Et ça se passe bien avec lui ?…
- Oh, oui… Oui… Pourquoi tu voudrais que ça se passe mal ?… T’as bien vu l’autre fois… Mais je suis pas plus avancée pour autant… Ca fait pas tout le lit… Non… Et puis il y a déjà des trucs qui m’agacent chez lui… Alors qu’est-ce que ça sera dans trois mois !… Bon… Mais on verra bien… Et toi ?… Qu’est-ce t’as fait de ta journée hier ?…
- Rien de spécial…
- T’es où là ?… Chez toi ?…
- Ben oui… Oui… Dans mon lit… Où veux-tu que je sois à cinq heures du matin ?…
- Tu vas te rendormir ?…
- Je vais essayer…
- Je te laisse alors… A ce soir… Je suis contente de t’avoir entendu… Très… Ca m’a fait du bien…



Elle était déjà là… Elle m’a regardé approcher en souriant… Tendu la joue…
- Bon, ben voilà… Manque plus que Pauline…
- Qui sera en retard… Elle m’a appelé…
Une brève et furtive lueur de satisfaction dans son regard…
- C’est rare qu’elle soit à l’heure Pauline… Rien qu’au boulot…
- Oui, mais là elle risque d’être VRAIMENT en retard… Elle a pas eu trop le temps de m’expliquer, mais son frère lui est tombé dessus en début d’après-midi… Il y aurait un gros problème familial…
- Ben on va l’attendre…
- En espérant qu’elle puisse finir par se libérer …
- Elle me parle souvent de vous, vous savez…
- J’espère qu’elle n’en dit pas trop de mal…
- Oh, non… Non… Au contraire… Comment elle vous porte aux nues !… C’est de la folie…
- Il y a vraiment pas de quoi…
- Si on l’écoute vous êtes absolument parfait…
- Elle est de parti pris…
- Ca… je ne suis pas en état d’en juger…
- En tout cas elle joue un jeu dangereux… A chanter mes louanges comme ça auprès de toutes ses amies elle risque de susciter des vocations…
- On n’est pas vraiment amies… Disons plutôt… collègues améliorées… Ce qui ne nous empêche pas de nous faire mutuellement, de temps à autre, nos confidences…
- Je crains le pire…
- Oh, non, non… La seule chose…
- La seule chose ?…
- C’est qu’elle ne semble pas toujours très sûre de vos sentiments à son égard…
- Encore faudrait-il d’abord que je le sois moi-même…
- Vu comme ça…

Mon portable a sonné…
- Ah, ce doit être Pauline… C’est Pauline… Oui ?…
- Réponds-moi juste par oui ou par non… T’es avec elle ?…
- Oui…
- Et ça avance ?…
- Oui…
- Beaucoup ?…
- Pas mal…
- Je suis sûre qu’elle te fait du rentre-dedans à fond…
- Dans un sens on peut dire ça comme ça, oui…
- La salope !… Non, mais quelle salope !… Tu vois… Je te l’avais dit… Je te l’avais pas dit ?…
- Si !…
- Bon… Mais je m’occuperai de son cas après… Vas-y, toi !… Fonce !…

J’ai raccroché…
- Elle peut pas venir… Elle viendra pas… Qu’est-ce qu’on fait ?… On remet à une autre fois ?…
- C’est comme vous voulez… Mais il repassera pas ce film… Alors si vous tenez vraiment à le voir…

- On mange un morceau avant ?…
- Suffit de demander… Ils servent ici… Et c’est pas mauvais du tout…
Salade piémontaise pour elle… Jambon braisé pour moi…

- Bon… Mais si on parlait un peu de vous?…
- Oh, moi !… Il y a pas grand chose à dire…
- Vous êtes trop modeste…
- Vous voulez que je vous raconte quoi ?… Que je m’emmerde à cent sous de l’heure derrière ma caisse de Super-marché ?… Ben oui… Je m’emmerde à cent sous de l’heure…
- Vous n’avez pas que ça quand même dans la vie !… Déjà il y a le cinéma…
- Le cinéma, oui, c’est vrai !… Si j’avais pas le cinéma !…
- Et un petit ami… Forcément… Jolie comme vous l’êtes…
- Merci pour le compliment… Quant au petit ami…
- C’est pas ça qu’est ça…
- C’est surtout que j’y crois plus beaucoup… J’ai déjà été si souvent déçue…
- Que vous préférez faire la nonne…
- Pas vraiment, non… Disons que quand un garçon me plaît – me plaît vraiment – je me laisse tenter…
- C’est une solution…
- Mais enfin faut pas vous imaginer non plus qu’il suffit que le premier venu claque des doigts pour que je lui tombe aussi sec dans les bras…
- Je m’imagine rien du tout…
- Parce que ça doit bien faire… Oh, deux mois facile que c’est pas arrivé…
- Vous avez de la chance, vous, les filles, finalement !… Vous pouvez faire deux mois sans… Parce que nous…
- Oui, oh, c’est pas forcément de gaîté de cœur…

La salle était quasiment vide…
Sur l’écran un homme et une femme se sont mis à longuement palabrer… En noir et blanc… Comme par inadvertance mon genou a effleuré furtivement le sien… S’est éloigné… Est revenu… Ca parlait toujours… Ils allumaient cigarette sur cigarette… J’ai posé mon bras sur l’accoudoir où reposait déjà le sien… Elle ne l’a pas retiré… Il s’est levé… S’est absorbé, par la fenêtre, dans la contemplation d’un jardin recouvert d’une épaisse couche de neige… Sa cuisse a pris appui contre la mienne… Y est restée… Il s’est retourné… Est venu s’asseoir à côté d’elle sur le lit… J’ai passé un bras autour de ses épaules… Il m’a imité… On a ri… Tous les deux… De bon cœur… Il s’est penché sur les lèvres de la femme… Je me suis penché sur les siennes…

- T’avais du retard à rattraper, dis donc, c’est clair…
- Et c’est pas fini… Va falloir que tu continues à assurer… Toute la nuit… Je te lâche pas…
- Pouce!… Pitié…
- Demande rejetée…
- Je vais finir sur les rotules, moi !…
- Pauvre chéri !… Tu vas quand même pas me faire croire qu’à ton âge quatre ou cinq petits coups à la file ça te fait peur ?…
- Non, c’est pas ça, mais…
- Mais quand tu vas retrouver Pauline demain tu seras complètement à sec… Eh ben tant pis !… Elle s’en passera… Depuis le temps qu’elle y a droit… un peu à mon tour… Pas toujours les mêmes…
- Si elle savait ça !…
- Tu vas lui dire ?…
- Ca va pas, non ?!… Pourquoi j’irais lui dire ?…
- Je sais pas, moi… Je sais pas si t’es du genre à culpabiliser – comme beaucoup – et à aller te jeter demain matin à ses pieds en implorant son pardon…
- Pas vraiment, non…
- Tant mieux !… Parce qu’il faudrait que je me coltine une explication avec elle… Et je peux pas dire que j’en aie franchement envie…
- Il faut pourtant bien s’attendre à ce qu’un jour…
- Comment ça ?…
- Elle finira forcément par se douter de quelque chose… Par avoir des soupçons… Ou une âme charitable la mettra au courant…
- Ce que t’es en train de me dire, finalement, si je sais lire entre les lignes, c’est que tu comptes bien que ça continue tous les deux… Qu’on se revoie…
- Ben… oui…
- Et sans me demander mon avis ?… Peut-être que j’ai pas du tout l’intention de m’encombrer d’un type comme toi, moi !… Qu’une nuit ça va m’avoir largement suffi…
- Dans ces conditions…
- Mais non, idiot !… Depuis le temps que j’ai envie de toi… Depuis le premier jour que je t’ai vu là-bas… Ah, je peux te dire que je l’ai enviée la Pauline… Alors tu penses bien que je vais pas te laisser filer comme ça… Et que tant que tu voudras bien de moi… Bon, mais allez !… Bouge pas !… Laisse-toi faire !… A mon tour de m’occuper de toi…


Mardi 17 Novembre 2009

Quand je suis rentré Charline se levait…
- Ah, ben dis donc il était temps !… D’un peu plus je commençais la journée sans te voir… Ni te parler… J’ai horreur de ça… Ca m’insécurise… Bon, mais t’étais passé où ?… Parce que ton texto il disait que tu rentrais pas, mais il disait pas pourquoi… T’étais avec une nana, je suis sûre… Quand on découche comme ça… Hein que t’étais avec une nana ?… Ah, tu vois, tu réponds pas… C’est que c’est vrai… Eh ben dis donc !… Tu caches bien ton jeu, toi, finalement… J’aurais jamais cru… Non, parce qu’il y en a une autre qu’est passée hier soir… Tard en plus… Pour te voir… Enfin quand je dis te voir…
- Ca devait être Emilie…
- C’était Emilie… Très sympa comme fille… Au début elle se méfiait un peu… Forcément… Elle avait peur de faire un impair… Mais quand elle a su qui j’étais… Tu lui avais parlé de moi à ce qu’il paraît… Et pas qu’un peu… En tout cas comment on a discuté toutes les deux… Presque trois heures elle esr restée…
- Eh ben dis donc !…
- Elle reviendra… Et tu sais ce que je lui ai demandé ?… Qu’elle me laisse regarder quand tu lui feras l’amour la prochaine fois… Elle veut bien… Elle s’en fout en fait…
- Et si moi je veux pas ?…
- Oh, alors ça il y a pas de risque… Tu peux rien me refuser… Et surtout pas ça… Parce que je suis sûre que ça va t’exciter que je vous regarde… C’est pas vrai peut-être ?…
- Je te dirai ça après…
- En douce que j’en sais déjà pas mal sur la façon dont tu t’y prends… Ben oui… On cause entre femmes…



- Quelle garce !… Non, mais quelle garce !… Tu t’imagines si on avait été vraiment ensemble tous les deux… C’est ce qu’elle croit… Et ça l’empêche pas de te croquer… C’est dégueulasse !… Reconnais avec moi que c’est dégueulasse… T’imagines le nombre de nanas à qui elle a déjà fait le coup en plus !… Et le nombre de nanas à qui elle le fera encore… Tu t’en fous, toi !… Tu te l’es tirée… Le reste, c’est pas ton problème… Mais moi, ça me fait pas rire… Parce qu’au fond de moi j’y croyais pas vraiment… Je voulais pas y croire… Je me disais que c’était des ragots tout ça… Qu’elle me ferait quand même pas un coup pareil… Tu parles !… Et ça a pas boîté en plus… Il a suffi de vous laisser deux heures ensemble et ça y était… Oh, mais attends !… Attends !… J’ai pas dit mon dernier mot… Et, tiens, tu sais ce qu’il faudrait maintenant ?… C’est qu’elle tombe amoureuse de toi comme une folle… Et que toi, quand elle serait bien accro, tu la plaques en beauté… Alors là quel pied je prendrais !…



- Si j’avais pensé qu’un jour je la verrais d’ici ma chambre… Et le séjour… Ca me fait vraiment drôle de penser qu’on a vécu toutes les trois des années là-dedans et que… ça y est… chacun sa route… Je suis complètement toute seule maintenant si j’y réfléchis bien… Parce que ma mère… Elle a enfin trouvé un vrai boulot là-bas… Elle va y rester du coup… Quoi qu’il se passe avec sa nana… Quant à ma sœur… je sais pas pourquoi, mais elle a manifestement pas envie de me voir… J’insiste pas… De toute façon c’est jamais vraiment passé toutes les deux… Il y en a toujours eu que pour sa pomme à elle… Les autres, elle en a strictement rien à battre… Et de moi encore moins que de qui que ce soit… Donc voilà… J’ai personne… Je suis toute seule…
- Il y a bien Jimmy quand même…
- Oui, oh, lui… Ca durera ce que ça durera… Et ça finira comme les autres… Je me fais pas d’illusions là-dessus… Non, parce que Jimmy… il est bien gentil… il assure côté cul… Mais ça va pas le faire… Parce qu’il a des idées arrêtées sur tout… Et qu’il conçoit même pas qu’on puisse en avoir d’autres… Tu peux pas vivre avec un mec comme ça… T’es obligée de te prendre sans arrêt la tête avec… Tu crois que c’est un hasard, toi, si, à quarante ans passés, il a jamais vécu en couple ?… Non… Jimmy plus ça va… Et donc la conclusion que j’en tire de tout ça, une fois de plus, c’est qu’il y a que toi comme véritable point d’ancrage dans ma vie… Seulement le problème, c’est que toi, un jour ou l’autre, tu vas bien finir par rencontrer quelqu’un… Peut-être que c’est déjà fait… Peut-être que celle chez qui t’étais hier soir elle est en train de te mettre le grappin dessus… Sûrement même… Et quand ce sera fait, moi, je passerai à la trappe… Ca peut pas être autrement…
- Oui, oh, tu sais, la fille chez qui j’étais hier soir…
- Si c’est pas celle-là ce sera une autre… Non… La seule solution, ce serait…
- Ce serait ?…
- Non… Rien…


Mercredi 18 Novembre 2009

- Tu sais quoi ?… J’ai des tas d’heures à récupérer… Alors je calculais ça cette nuit… Si on se faisait un petit week end prolongé tous les deux ?… A partir de demain soir par exemple… On partirait… Hein ?… Qu’est-ce t’en dis ?… Enfin… Si tu peux… Si ça te pose pas de problème…
- Je peux… Il y a pas de souci…
- Tu peux toujours… C’est trop ça !… On finirait par se poser des questions… Par se demander si tu y es vraiment inscrit à la fac…
- J’y suis inscrit… Je confirme… J’ai même une carte qui en fait foi… Maintenant quant à y aller… Ca doit faire… Oh, un bon mois… Que j’y ai pas mis les pieds… Mais c’est pas une nécessité… On peut très bien s’en passer…
- C’est toi qui vois… Moi, j’y connais rien dans tout ça… On le fait alors ?… Chouette !… Tu t’occupes de nous trouver un hôtel là où qu’il y en ait un autre en face ?… Et des appareils qu’on puisse se parler d’une chambre à l’autre… On va s’amuser… J’ai trop envie… Je sens qu’on va bien s’amuser…



- Bon, ben voilà !… J’ai eu sa version à Séverine de votre petite soirée d’avant-hier… Il s’est rien passé du tout… Absoument rien… Sages comme des images vous avez été… De la pluie et du beau temps vous avez parlé… Limite si elle s’est pas emmerdée… Et tout ça sur un tel ton de sincérité que j’en arrivais presque à me demander si c’était pas toi qui fabulais par moments… Je la savais retorse , mais alors à ce point-là !… A vomir c’en était… Quand je pense qu’elle s’imagine qu’elle me roule dans la farine !… Pauvre conne, va !… Tu sais que j’étais à deux doigts de tout lui balancer ?… Parce que c’est insupportable de la voir s’imaginer qu’elle tire les ficelles comme ça alors qu’en réalité…
- Mais tu l’as pas fait…
- Oh, non… Non… Pas folle… Je le ferai, oui… On le fera… Mais pas tout de suite… Parce que, à ton avis dans quel état d’esprit elle est là, maintenant ?…
- Alors ça !…
- Eh ben je vais te le dire, moi !… Dans quatre-vingt dix pour cent des cas une femme qui passe pour la première fois la nuit avec un mec, après elle s’interroge : Qu’est-ce qu’il a pensé de moi ?… Est-ce que je l’ai pas déçu ?… Est-ce qu’il va avoir envie de me revoir ?… Etc… Etc… Elle la revit la nuit… Et elle focalise : là, à ce moment-là, il m’a peut-être trouvée trop coincée… Oui… Sûrement… Quelle dinde !… Non, mais quelle dinde j’ai été !… J’aurais dû… Evidemment que j’aurais dû… Il rappellera pas… Non, il rappellera pas… Parce qu’il y en a d’autres qui, elles… Ou bien alors c’est le contraire : non, mais t’as vu comment tu t’es comportée ?… Tu t’es carrément jetée sur le morceau, oui !… Et t’as englouti ça avec une avidité !… Une pute !… Une vraie pute !… Qui couche partout où elle a l’occasion de coucher… C’est comme ça qu’il doit forcément te voir maintenant !… T’auras plus de nouvelles… Te fais pas d’illusions… Ca l’empêche pas, dans un cas comme dans l’autre, de garder malgré tout espoir et de camper devant son portable… Sonnera ?… Sonnera pas ?… C’est ce qu’elle fait Séverine… Pas besoin de t’en faire… C’est ce qu’elle fait depuis deux jours… Elle est sur des charbons ardents… De tous les noms elle doit te traiter dans son for intérieur… Et elle va appeler… Tu paries qu’elle va appeler ?… Qu’elle va s’abaisser à appeler ?… Pour en avoir le cœur net… Parce qu’il y a rien de pire que l’incertitude…



- Allo… Oui… C’est moi, Séverine !… Je voulais juste te faire un petit coucou comme ça en passant pour savoir comment tu allais…
- Oh, moi, ça va… Ca va même très bien… Et toi ?…
- Aussi… Tu sais que Pauline m’a cuisinée – et pas qu’un peu – sur notre petite soirée d’avant-hier ?…
- Ah, oui ?!… Et alors ?…
- Et alors rien… Je lui ai donné tant et plus de détails… C’est ce qu’elle voulait… Des détails qui n’avaient évidemment rien à voir avec ce qui s’est réellement passé…
- Ca… Je me doute…
- En tout cas je sais pas toi, mais moi j’ai passé une excellente soirée… Sans prise de tête… Juste pour le plaisir de se faire plaisir…
- C’est aussi comme ça que je conçois les choses…
- Tu te rappelles ce que tu m’as dit ?…
- A quel propos ?…
- A propos de ce que tu n’excluais pas qu’on se revoie… Mais t’as peut-être changé d’avis…
- Non… Oh, non !… Bien sûr que non…
- Mais ?…
- Mais rien… C’est quand tu veux… Ou quand tu peux…
- Demain ?… Demain matin ?… Pauline travaille… Aucun risque qu’elle nous tombe dessus…
- Tu penses à tout, toi, hein ?…


Jeudi 19 Novembre 2009

- Comment on fait ?… On part ce soir ou bien on dort là et on lève le camp tôt demain matin ?…
- Plutôt demain… Il y a trois heures de route…
- Ah, quand même !…
- Ben tu sais, pour que notre projet en vaille vraiment la peine, faut des hôtels quasiment pleins… Et, à cette époque, à part les grandes villes avec foires-expositions et tout le tintouin…
- J’ai hâte… Non, mais comment j’ai hâte… C’est de la folie… Bon, mais en attendant, moi, faut que j’aille bosser…



- C’est quand même sacrément bon le cul, hein ?… Il y a pas photo… Chaque fois ça me fait pareil… Quand je suis au régime sec je me dis que, bof !… c’est pas si important que ça… mais dès que j’y remets le nez… je peux plus m’en passer… Le problème, c’est que, dans ces cas-là, je tombe toujours sur des types qui sont déjà en mains… Qui peuvent pas se consacrer qu’à moi… Il y a toujours, d’une façon ou d’une autre, bobonne par le pays… Qu’empêche de faire ce qu’on veut… De se voir aussi souvent qu’on voudrait…
- Trouve-t-en qui soient libres…
- T’en as de bonnes, toi !… Tu crois que c’est facile… Les types bien ils sont toujours casés… Les autres, s’ils sont tout seuls, c’est qu’il y a des raisons… Forcément… Et t’as vite fait de repérer lesquelles… N’empêche… N’empêche qu’il y un truc qui m’a toujours sidérée, c’est que la plupart du temps les hommes qui tiennent la route faut qu’ils aillent s’embringuer avec des filles qui valent pas tripette… Les choses sont mal faites, avoue !…



- Tu la vois venir ?… Je suppose que toi aussi tu la vois venir ?!… Mais laisse-la faire !… Entre dans le jeu !… A fond… Mais par contre tu me racontes tout, hein ?!… Absolument tout… Pour que le jour où on va passer à l’action…
- Tu comptes faire quoi au juste ?…
- Lui tomber dessus en beauté… Lui prouver, par a plus b, qu’on était de mèche tous les deux depuis le début… Que j’ai toujours été au courant de tout… En détail… Et que je t’ai même vu la baiser… Faudra qu’on le fasse ça d’ailleurs un jour… Qu’on trouve un moyen que je vous voie…
- Oh, alors ça !… Il y a rien de plus simple… C’est quand on voudra… Je connais un petit hôtel quelque part… De la chambre voisine tu verras tout… Absolument tout… Comme si t’étais dans la pièce…



- Elle est venue Emilie…
- Et elle est repartie ?… Elle me fuit ?…
- Oui… Non, mais attends… Que je t’explique… On a encore vachement parlé toutes les deux… Et je lui ai dit…
- Tu lui as dit ?!… Tu lui as dit quoi ?…
- Ce qu’on allait faire… Que j’allais me montrer à la fenêtre en face d’un hôtel et que toi t’allais me faire les commentaires en direct pendant ce temps-là depuis une autre chambre au-dessus…
- Et alors ?…
- Et alors ça lui a hyper plu comme idée… Du coup je me suis dit que ça pourrait être drôlement sympa qu’elle vienne avec nous…
- Et tu lui as proposé…
- Ben oui !…
- Et elle a pris ses jambes à son cou…
- Oui… Mais pour aller chercher des trucs… Parce que si on part quatre jours… T’es pas fâché au moins ?!…
- Bien sûr que non !… Pourquoi je serais fâché ?…
- Je sais pas… Parce que t’aurais préféré qu’on soit que tous les deux peut-être… Ou parce que t’as pas envie de faire des trucs comme ça avec elle… Si tu lui as pas demandé, c’est peut-être que ça te dit rien…
- C’est surtout que ça m’est pas venu à l’idée… Comme on en a jamais parlé ensemble… Que je m’imaginais pas que ça puisse la tenter…
- Oh, si alors !… Et pas qu’un peu… Il y a des tas de femmes que ça tente, je suis sûre… Sauf que la plupart elles sont tellement coincées… Bon, mais on s’en fout d’elles… Qu’est-ce qu’on va s’amuser !… Non, mais alors là qu’est-ce qu’on va s’amuser !… Et tu sais pas ce qu’on a pensé avec Emilie ?… C’est que si on le fait dans la même chambre toutes les deux – et on le fera dans la même chambre – les types en face ils vont forcément s’imaginer qu’on est des lesbiennes… Ca va encore plus les énerver… Parce qu’ils vont s’attendre à ce qu’on… Et ben tintin… Rien du tout… On est vaches quand même, non ?!…


Vendredi 20 Novembre 2009

- Tu m’entends ?…
- Oui… Et vous ?…
- Comme si t’étais dans la pièce…
- Parfait !…
- On attaque alors… Tu commences, Emilie ?… Ou bien moi ?… Okay… Ca marche… Bon alors je te raconte… Elle se déshabille… Tranquille… Evidemment – tu t’en doutes – on a « oublié » de tirer les rideaux… Et on a allumé le plafonnier… Bon… La v’là en petite culotte et sous-tif maintenant… Elle se promène dans la chambre avec l’air affairé… Tu vois quelque chose, toi, de ton côté ?…
- Pour le moment rien… Ah, si !… Si !… Il y a un type qui jette un coup d’œil dehors… Il repart… Il éteint la lumière… Il revient… Il est revenu… Je vois sa tête contre le carreau… Il vous a vues, c’est sûr… Qu’est-ce qu’elle fait Emilie ?…
- Rien… Elle continue à tourner en rond… Bon, mais attends !… Je me désape, moi aussi…
- Il y a un autre… Juste au-dessus… Pas discret celui-là… Il se retourne… Il y a quelqu’un d’autre… Une femme… Elle vient à côté de lui… Elle regarde elle aussi… Elle reste…
- C’est pas vrai !… Quel âge ils ont ?…
- De loin, comme ça, c’est difficile à dire… Attends… Que j’attrape mes jumelles… Quelque chose comme la quarantaine… Il y en a encore un autre… Pratiquement en face de votre fenêtre celui-là… Un peu au-dessus… Il la surplombe… Et lui aussi il a des jumelles… Vous avez sacrément du succès, dites donc, les filles !…
- Ben tiens !… Qu’est-ce tu crois ?… T’en doutais ?…
- T’es déshabillée ?…
- Pas complètement… Mais tu sais ce que je vais faire ?… Je vais tout laisser tomber à la porte de la salle de bains et me précipiter à l’intérieur… Qu’ils voient, mais qu’ils aient pas le temps de voir vraiment quand même…
- Tu es démoniaque…
- Pire que ça encore… Allez !… A la une… A la deux… Et à la trois…
- Tu es là, Emilie ?…
- Ben oui !… Oui… Où veux-tu que je sois ?…
- Elle l’a fait ?…
- Elle l’a fait, oui… Ils ont eu, allez, quoi ?… deux secondes pour en profiter… Oh, mais ils l’auront plus longtemps au retour… On va se montrer compréhensives toutes les deux… Très compréhensives…
- En v’là un autre…
- Tant mieux !… Bon… Mais en attendant je vais la rejoindre…

- Ca y est !… Nous revoilà !… A poil… Complètement… Toutes les deux… Qu’est-ce qu’ils font ?…
- Ils regardent, pardi !… Qu’est-ce tu veux qu’ils fassent d’autre ?… Tant qu’ils peuvent…
- Ils se masturbent ?…
- Il y en a un, c’est pratiquement sûr… Je vois son bras bouger… Les autres, c’est difficile à dire… Le couple, lui, par contre, il se caresse… Il y a pas le moindre doute là-dessus…
- Tu sais ce qu’elle m’a dit Emilie dans la salle de bains ?… Qu’on pourrait faire semblant toutes les deux une fois au lit… Qu’il y aurait rien de tel pour les mettre dans tous leurs états…
- Ca !… Il y a pas photo…
- Tu vois, il est de mon avis, lui aussi… Allez, on y va!…
- Tu crois ?…
- Mais bien sûr !…
Le rire de Charline…
- Tu me chatouilles…
- Si on veut que ce soit vraisemblable…
- Ils font quoi ?…
- Le couple, ça y est, il est en pleine action… Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils apprécient…
- Dommage qu’on puisse pas voir…
Le silence… Qui se prolonge… Longtemps…
- Hou… Hou… les filles… Vous êtes toujours là ?…
- Oui… Oui…
- Je peux vous dire que ça y va en face !… Tous !… Et il y en a un nouveau qui vient d’arriver… Un de plus…
Encore le silence…
- Semblant, t’avais dit… On fera semblant…
- T’aimes pas ?…
- Ben, si !… Oui… Mais…
- Eh ben alors !… Laisse-toi faire !…
Un gémissement éperdu… De fond de gorge…
- Continue… T’arrête pas !… C’est trop bon !… Non, mais comment c’est bon !… T’arrête pas, hein !…
- J’en ai pas l’intention…
- Je vais jouir, Emilie, je vais jouir…
Elle l’a fait… A pleine gorge… A pleins poumons…


Samedi 21 Novembre 2009

Au petit matin Charline s’est glissée à mes côtés…
- Pourquoi t’es pas descendu nous rejoindre ?… Il y avait de la place pour trois dans le lit…
- Vous me l’avez pas demandé…
- Ca coulait de source… On t’attendait, nous…
- J’ai pensé que peut-être vous auriez envie d’être toutes seules après… Comme c’était la première fois…
- Ca, oui !… Comment elle m’a eue !… Non, mais comment elle m’a eue !…
- Tu t’es bien laissé un peu avoir quand même !…
- Non, mais attends !… Tu sais pas ce que c’est, toi !… Quand on te fait des trucs pareils tu peux pas résister… Personne résisterait…
- Qu’est-ce qu’elle te faisait de si extraordinaire ?…
- Rien… C’est ça le pire… Il y avait juste sa bouche… Et ses doigts… Mais alors d’une façon !… Mais d’une façon !… On m’avait jamais fait ça comme ça, moi !… C’est normal, remarque, dans un sens !… C’est une femme… Elle connaît mieux le corps des femmes qu’un mec… Elle sait exactement ce qu’il faut faire… Quand, comment et où…
- Et toi ?…
- Quoi, moi ?…
- Tu lui as rien fait ?…
- Ouah !… Non… J’y ai même pas pensé… Ca craint…
- T’auras l’occasion de te rattraper… Et pas plus tard que bientôt…
- Je sais pas…
- Tu sais pas quoi ?…
- Si j’aurai envie finalement…
- Ben pourquoi ?…
- C’est pas la même chose de se laisser le faire… Et de le faire… Ca n’a rien à voir…
- Ca te dégoûterait de lui faire ?…
- Oh, non, non !… C’est pas ça… C’est l’idée… C’est l’idée de moi en train de faire ça à une femme… Jamais je me suis imaginée dans le rôle… Faut que je m’habitue peut-être… Bon, mais en attendant faut pas oublier non plus que vous avez un petit spectacle à m’offrir tous les deux… Vous avez promis…
- A t’offrir à toi ou à ceux de l’hôtel d’en face ?…
- A moi d’abord… J’ai priorité… Et à eux après…
- Heureusement qu’on a pris quatre jours…

On a déjeuné tous les trois en bas… En prenant tout notre temps…
- On va faire quoi jusqu’à ce soir ?…
- Pas d’idée…
- Moi non plus !… Choisissez, vous !…
- Moi, je propose qu’on improvise… Qu’on aille faire un tour au hasard… On verra bien…
Charline nous a regardés… Tous les deux… L’un après l’autre… A souri…
- Quand je vous vois tous les deux comme ça, il y a un truc que je peux pas m’empêcher de me demander, c’est pourquoi vous êtes pas ensemble… Vu comme vous avez l’air de vous entendre…
- On se voit quand on en a envie… Ca revient un peu au même, non ?…
- Pas vraiment… C’est pas comme être tout le temps tous les deux…
- Je te rappelle quand même que je suis mariée…
- Oui, mais ça !… Ca peut toujours s’arranger… Le divorce, ça existe…
- Je suis pas sûre qu’au quotidien ça se passerait si bien que ça tous les deux…
- Ah oui ?… Pourquoi ?…
- Parce qu’il a son caractère et moi, le mien… Parce que je n’ai pas forcément envie de me remettre à faire des concessions… Une fois de plus… Et parce qu’il ne tient sans doute pas spécialement, de son côté, à s’encombrer, à son âge, d’une femme du mien…
- Oh, mais ça fait rien du tout, ça, l’âge… Ca n’a pas d’importance… Ca compte pas…
- La grande hantise de Charline, c’est que je tombe entre les griffes d’une femme qui m’empêcherait de continuer à la voir… Qui ne supporterait pas notre complicité… Avec toi – elle en est convaincue – elle ne courrait pas ce risque… Donc… donc si on pouvait se mettre en couple tous les deux… ça l’arrangerait beaucoup… Mais vraiment beaucoup… Non… c’est pas ça, Charline ?…
- Un peu, si !…
- Et ça l’arrangerait d’autant plus que, de son côté, elle s’entend très bien avec toi… Que rêver de mieux ?…
- Oh, si, il y aurait mieux, si !… Beaucoup mieux… Ce serait que vous vous mettiez en couple tous les deux… Vu la façon dont vous me parlez l’un de l’autre… De toute façon ça finira par arriver… Non ?… Tu crois pas, Charline ?…
- Oh, non, non…
- Pourquoi non ?…
- J’aurais bien trop peur…
- Peur ?!… Mais peur de quoi ?…
- Que ça gâche tout…
- Vous êtes trop, tous les deux, dans votre genre… Mais vraiment trop…

- Six, c'est déjà pas mal...
- Vaudrait peut-être mieux commencer par toi parce que demain c'est dimanche et pour trouver un toubib d'ouvert...
- Qu'est-ce que vous faites?...
Charline a dissimulé papier et crayon derrière son dos...
- Tu verras bien... C'est plus une surprise sinon...

- Celui-là?...
- Celui-là ou un autre... De toute façon on n'en connaît aucun...
C'était un grand type maigre qui a tapoté un long moment sur son ordinateur avant de se tourner vers nous...
- Je vous écoute...
Emilie s'est avancée sur le bord de sa chaise....
- Voilà, docteur, disons que c'est un peu particulier... J'ai fait un pari avec des amis... Le pari que je réussirais à obtenir un certificat médical... Qui attesterait que mon... comment dire?... mon minou - appelons les choses par leur nom - possède des qualités érotiques tout à fait exceptionnelles...
Il s'est levé... A ouvert tout grand la porte...
- C'est par là la sortie...

Au-dehors, sur le trottoir, elles ont éclaté de rire...
- C'est plutôt raté...
- Sa tête!... Non, mais sa tête!... Rien que sa tête, ça valait son pesant d'or...
- Qu'est-ce qu'on fait?... On laisse tomber?...
- Sûrement pas!... Alors là... Sûrement pas!... C'est bien trop rigolo...

Le suivant - un petit bonhomme grassouillet aux mains potelées - l'a écoutée sans rien dire en tournant nerveusement son stylo entre ses doigts...
- Oui... Oui... Mais vous comprendrez bien qu'il m'est absolument impossible de vous établir un tel certificat sans vous avoir au préalable très soigneusement examinée...
Emilie comprenait... Bien sûr... Evidemment... Ca allait de soi...
- Dans ces conditions...
Elle s'est déshabillée...
- Tout... Vous enlevez tout...
Il ne l'a pas quittée des yeux... Jusqu'à la fin...
- Au premier abord il faut bien reconnaître que le préjugé ne peut être que favorable... Très favorable...
Il l'a prise par le coude, fait tourner plusieurs fois sur elle-même...
- Remarquable... Tout à fait remarquable... Mais voyons ça de plus près...
Et il lui a indiqué, du plat de la main, la table d'examen... Où elle est aussitôt allée s'allonger... Il lui a fait passer les pieds dans les étriers, s'est approché, penché... Y a posé la main...- On va quand même procéder - ça s'impose - à un examen beaucoup plus approfondi...
Qu'il a entrepris...
- Mais c'est qu'elle mouille cette petite Madame!... Vous savez que c'est très inconvenant?... On va remédier à ça... Sur le champ... Il y a de bonnes vieilles méthodes tout à fait efficaces dans ce genre de situation... Détendez-vous!... Laissez-vous aller... Là... Vous aimez?...
Elle a frémi... A fermé les yeux... S'est abandonnée...

- Pas de problème pour votre certificat... Aucun problème... Bien au contraire...
Il l'a rédigé... Le lui a tendu...
-Et revenez quand vous voulez... Ce sera avec plaisir... Grand plaisir...
Il nous a raccompagnés...
- Et si cette petite demoiselle...
Il a posé une main sur l'épaule de Charline...
- Si cette petite demoiselle a elle aussi besoin, un jour, d'un service du même ordre... qu'elle n'hésite surtout pas...
Charline n'a pas cillé...
- Qui sait?... Peut-être... Je dis pas non...

- Tu comptes y aller?...
- Il l'a si gentiment proposé que ce serait quand même dommage - presque incorrect - de ne pas lui faire ce petit plaisir, non, tu crois pas?... Mais s'agit pas non plus de se précipiter... Qu'il attende... Qu'il se demande... Qu'il ait un petit pincement au coeur, en espérant me trouver là, chaque fois qu'il ouvre la porte de sa salle d'attente... Ce n'en sera que plus savoureux le jour où ça se fera - si ça se fait - pour tout le monde...
- Et toi, Emilie, tu vas y retourner?...
- Il y a pas de risque... Ce serait du réchauffé... Par contre je vais recommencer, oui, ça, c'est sûr... Avec d'autres... Et... je vais peut-être vous étonner... mais en espérant qu'il y en aura quelques-uns pour réagir comme le premier tout à l'heure... En beaucoup plus réprobateur encore... En beaucoup plus méprisant... Parce que ça c'est quelque chose comment ça me remue à l'intérieur!...


Dimanche 22 Novembre 2009

Il commençait à faire jour... Emilie dormait, calée tout de son long contre moi... Charline aussi, de l'autre côté, la tête posée sur mon épaule... Elle a ouvert un oeil... M'a souri...
- Hou!... Quelle nuit!...
- Je te le fais pas dire...
- Faut que je fasse un voeu... C'est la première fois que je te vois en train avec une femme...
- Moi aussi faut que je fasse un voeu... C'est aussi la première fois que je te vois en train avec une femme... Et Dieu sait que t'y mettais tout ton coeur...
- C'est normal, attends... Après la journée qu'on avait passée... Et puis de vous voir tous les deux, en plus, par là-dessus... Je suis pas de bois, moi!..
- C’était une évidence…
- N'empêche que ça me fait quand même me poser pas mal de questions... Parce que ça fait deux fois avec elle... Et deux fois que j'ai nettement plus de plaisir qu'avec un mec... C'est même pas comparable... Peut-être que finalement c'est mon truc les nanas?!... Va savoir!...
- Te pose pas trop de questions... Plus on s'en pose dans ce domaine et moins on y voit clair... Plus tout se complique...
- Oui... T'as raison... Sûrement... Tu sais ce qu'elle disait une copine à moi?... C’est qu’une fille il lui faut un mec pour en être amoureuse et des nanas pour le plaisir… Ca me faisait rigoler à l’époque… Je me disais que c’était un truc pour me draguer… Ce qu’est probable d’ailleurs… Mais maintenant je commence à comprendre ce qu’elle voulait dire… Bon, mais on avait dit qu’on ferait un vœu… Ca y est, moi…
- Moi aussi…
- Tu me dis pas ce que c’est, hein, surtout !... Ca se réaliserait pas…
- Motus et bouche cousue…
- C’est le même si ça tombe… Va savoir !...

Elles ont séjourné longtemps dans la salle de bains… Toutes les deux… En interminables fous rires… En grandes éclaboussures…
- Bon… Allez… On y va ?...
- On y va ?... Mais on va où ?...
- C’est au tour de Charline ce matin… Et elle est motivée… Pour être motivée elle est motivée…
- Et c’est rien de le dire… Vous allez voir ce que vous allez voir…

- Là ?... Il a l’air d’être tout seul le bonhomme…
Un magasin de cycles…
- Bonjour, Monsieur… C’est pour ma copine, là… Elle a parié 1000 euros…
- C’est pas rien…
- C’est pas rien, non… Mille euros qu’elle était capable d’entrer dans un magasin et de lui montrer tout au commerçant… Absolument tout…
Son œil s’est brusquement allumé…
- Alors si ça vous ennuyait pas…
Hein ?!... Ah, mais non, ça l’ennuyait pas… Non… Au contraire… Qu’elle vienne par là, tiens !… Derrière le meuble… On les verrait pas de la rue… Et il s’y est précipité…

Elle a lentement – très lentement – relevé sa robe…
Emilie a cru bon de préciser…
- Elle a pas de culotte… Elle en met jamais…
Plus haut… Encore plus haut… Ca allait y être… Il a dégluti… Elle s’est arrêtée… L’a laissée retomber…
- Ben, qu’est-ce tu fais ?...
- Rien… C’est trop nul… On s’en va…
- Mais les mille euros ?!...
- J’en ai rien à foutre du pognon…
- Qu’est-ce qui te prend ?... T’étais d’accord… Tu disais même que…
- Oui, mais j’ai changé d’avis… On a encore le droit de changer d’avis, non ?!...
- Evidemment… Mais pourquoi ?... Explique au moins pourquoi…
- Ben parce que… Parce que… Qu’est-ce qu’il va penser de moi ce type que je rentre comme ça dans son magasin juste pour me mettre à poil ?… Il va me prendre pour une belle salope, oui…
- Mais non, tu parles !... Hein, monsieur ?!...
Evidemment !... Mais évidemment !... Au jour d’aujourd’hui c’était plus un problème, ça !... Plus du tout… On en voyait tellement des filles sans rien sur les plages et un peu partout… Que ça faisait plus aucun effet… Lui, en tout cas, ça lui faisait plus aucun effet…
- Ah, tu vois !... Il le dit lui-même qu’il en a rien à foutre… Alors je vois franchement pas pourquoi j’irais me foutre à poil devant un mec qu’en a strictement rien à battre…
Et elle s’est résolument dirigée vers la porte…

- Comment il s’est fait avoir !... Non, mais comment je l’ai eu !... En beauté…
- Et sa tête !... Non, mais sa tête quand on est parties… Le pauvre !... Il était déçu, mais déçu !.... Pourquoi tu lui as fait ça ?...
- Il me plaisait pas… J’ai plus eu envie d’un seul coup… Pas avec lui… On va le compter quand même sur les six ?...
- On va le compter… A condition qu’aux cinq autres tu leur fasses vraiment…
- Il y a pas de problème… On y va… Et pas plus tard que tout de suite…

- En somme, si j’ai bien compris, ce que vous êtes en train de me dire, c’est que votre petite camarade, ici présente, va me montrer son minou pour gagner un pari…
- C’est exactement ça…
- Il y a des jours où on se dit qu’on a décidément bien fait de se lever le matin… Parce que tout vous sourit…
Il a approché un tabouret… Tout près… S’est assis à hauteur du bas-ventre de Charline… Qui ne l’a pas fait attendre… Un sifflement d’admiration… Elle l’a laissé la contempler, la robe relevée jusqu’à la taille, aussi longtemps qu’il l’a voulu…
- Tourne-toi maintenant !...
Elle s’est tournée…
- Tu as un cul magnifique…
Il a approché la main, s’est ravisé…
- Superbe…
- Bon… Mais ça peut peut-être suffire ?!...
- Oh, non !... Non !... Pas déjà… Non…
Elle a ri…
- Juste deux minutes alors…
Dont il s’est efforcé de profiter au maximum…
- Là, c’est tout…
Il s’est fait suppliant…
- Tu voudrais pas me montrer tes seins aussi ?... Juste un peu… S’il te plaît…
Elles les lui a offerts…

- Ca fait plaisir un type qui apprécie autant… On regrette pas…
- Sûr que là t’avais affaire à un fin gourmet…
- S’ils pouvaient être tous comme ça…
- Faut pas rêver non plus…
- En douce qu’on s’éclate bien tous les trois…
- Ca, c’est le moins qu’on puisse dire… Non… Et puis moi, en plus, ça me fait comprendre plein de choses…
- Quelles choses ?...
- Je t’ai pas encore raconté à toi… Mais mon tout premier mec – j’avais dix-sept ans – c’était un homme mûr… Que j’allais voir chez lui… Avec qui je m’éclatais comme une petite folle… A un point tel que j’en faisais profiter toute la résidence… Et même au-delà… Alors je te dis pas l’ébullition dans le quartier quand j’arrivais… J’étais le point de mire… Ca chuchotait sur mon passage… Ca commentait… J’adorais… Comment ça me mettait en appétit !... Et au retour !... Quand je redescendais… Ils étaient là !... Ils m’attendaient !... Ils faisaient leurs réflexions tout fort… C’était les meilleurs moments... Avant… Après… C’est pour ça que c’était aussi bon… Parce que c’était coincé entre les deux… Jamais j’ai retrouvé quoi que ce soit de seulement approchant depuis… Jamais… Tous les mecs que j’ai eus – et Dieu sait s’il y en a eu - ça a toujours été de la bonne grosse baise pépère… bien fade… bien planplan… le truc que tu te dépêches d’oublier – et heureusement – dès que c’est fini… Parce que quand t’as connu quelque chose comme ce que j’ai vécu là, avec lui, ben c’est obligé qu’après tu sois devenue hyper difficile… Même ce qui sort soi-disant de l’ordinaire – les plans à plusieurs par exemple – tu trouves ça d’une banalité à pleurer… Ca l’est d’ailleurs… T’y vas quand même… Parce que t’espères tu sais pas trop quoi… Et t’en reviens chaque fois un peu plus déçue… Ca fait des semaines et des semaines que je déprime… Que j’ai de goût à rien… Que j’essaie désespérément de comprendre pourquoi… Eh ben ça y est !... Je sais… Enfin je sais… Grâce à vous… A tout ce qu’on vit tous les trois depuis deux jours… Ce n’est pas exactement la même chose, non !... Ca peut pas… Mais comment ça s’en rapproche !... C’est du même ordre… De même nature… Enfin je m’éclate… Enfin je m’épanouis… C’est ça qui me manquait… Non, mais comment j’ai fait pour passer tout ce temps-là sans m’en rendre compte ?... C’est d’une telle évidence...

- C’est bon, Charline ?... T’es en place ?...
- Oui…
- Tu vois quoi ?...
- Pas grand chose pour le moment… Juste un type à la fenêtre… Mais je suis même pas sûr qu’il se soit rendu compte de quelque chose… Vous en êtes où ?...
- Aux préliminaires...

- Ben alors ?!... Tu dis rien ?...
- Non… Je vous imagine…
- Qu’est-ce qui se passe en face ?...
- Pas grand-chose…
- Il y a personne ?...
- Si !... Des têtes… Qui regardent… On voit que ça regarde… Mais bon…

- Ca y est vous deux, dis donc !... Vous êtes bien partis… C’est quoi que vous faites au juste, là, en ce moment ?... Hou là, Emilie, tu vas réveiller tout l’hôtel… Oh, et puis merde !... Je descends… J’ai trop envie de vous voir…


Lundi 23 Novembre 2009

- Ben oui, j’avais trop envie, oui… De toute façon qu’est-ce ça apporte de plus de les voir à la fenêtre ?… Ils sont là… Bon… Puis voilà… On sait ce qu’ils font n’importe comment… Alors si c’est juste pour savoir s’ils sont trois ou vingt-cinq à regarder ça n’a pas beaucoup d’intérêt… Non… Et puis je m’en lasse pas, moi, de vous deux… Bon, mais ça y est ?... T’es prête, Emilie ?... Qu’on y aille…

- Celui-là ?...
- Il est vieux…
- Oh, pas tant que ça quand même… La cinquantaine pas plus… Et puis c’est pas plus mal… Une fille qu’a la moitié de son âge il va apprécier… Et pas qu’un peu…

- Un pari ?...
- Ben oui, un pari… Oui…
Il nous a regardés à tour de rôle sans avoir l’air de réaliser de quoi il pouvait bien s’agir…
Une femme – sa femme – a brusquement surgi de la réserve…
- Un pari, oui… Ne joue pas les imbéciles… Tu as parfaitement compris… Elle a parié qu’elle te montrerait tout ce qu’elle a là-dessous… Sauf que… essaie pour voir… Et t’auras de mes nouvelles… File d’ailleurs !... File !... Monte à l’appartement !... C’est pas un spectacle pour toi, ça !...
Il a obéi sans un mot…
- Bon… Et maintenant voyons ça !... Ben quoi ?!... Fais pas cette tête-là !... On t’a spécifié que ça devait être forcément un homme ?...
- Ben non, mais…
- Eh bien alors !... Tu gagneras aussi bien ton pari avec moi qu’avec qui que ce soit d’autre… Et sans courir de risques… Parce que t’as beau te faire prudemment accompagner on sait jamais comment ça peut tourner ce genre de choses… Bon, mais allez !... Assez de bavardages… Vas-y !...
Emilie l’y a encouragée d’un clignement d’yeux et Charline a relevé sa robe… D’un coup… Très haut…
- Eh ben voilà !... Oh, mais dis donc !... C’est un vrai petit trésor qu’il y avait là-dessous…
Elle s’est agenouillée devant…
- Et toi qui voulais en laisser profiter un homme !... Mais ils sont beaucoup trop frustes pour apprécier à sa juste valeur un cadeau comme celui-là…
Qu’elle a dévoré des yeux… Dont elle a approché les lèvres…
- Tu es belle !... Tu es splendide !...
Charline a esquissé un mouvement de recul…
- Chut… Non… Si quelqu’un rentre…
- Personne ne rentrera… Et puis même !... Je m’en fous… On s’en fout… Il n’y a plus que toi qui comptes… Toi… Rien d’autre… Ni personne…
Elle a fermé les yeux… Laissé retomber sa robe… Au dessous ça a moutonné… Elle s’est hissée sur la pointe des pieds… A fermé les yeux…
Emilie est allée relever la robe… L’a maintenue relevée… Jusqu’à la fin…

- Tu vas le faire ?...
- Quoi donc ?...
- Revenir… Comment elle a insisté !...
- Je sais pas… Dans un sens j’ai envie… Et dans un autre pas du tout…
- La balle est dans ton camp… Tu as ses coordonnées… Elle n’a pas les tiennes…
- On verra… Je verrai…
- Il y en a un en tout cas qu’a bien profité du spectacle, c’est le mari…
- Hein ?... Mais il était pas là !... Elle l’avait fait monter…
- Vous avez qu’à y croire !... Il était redescendu… Par un autre côté sûrement… Planqué derrière la porte de la réserve il était… Et je peux vous dire qu’il a rien perdu du spectacle… Seulement vous étiez toutes tellement occupées que vous ne vous êtes rendu compte de rien…
- Si elle s’en était aperçue, elle !...
- A moins qu’ils aient été de mèche au bout du compte… Elle savait peut-être pertinemment qu’il allait redescendre…
- Une chose est sûre en tout cas, c’est qu’on sait jamais à l’avance comment ça va tourner… C’est la surprise…
- Ca… Pour être la surprise… Bon, mais allez !... On continue ?...
- Je sais pas…
- Comment ça « tu sais pas » ?... Il t’en reste trois à faire…
- On pourrait peut-être une autre fois… Parce que j’ai plus trop envie, là…
- Oui… Tu veux rester sur l’impression – et le souvenir – de ce qui vient de se passer là… C’est ça, hein ?!...
- Un peu…
- Non… Beaucoup… Oh, mais je te comprends… Tu peux pas savoir comme je te comprends…


Mardi 24 Novembre 2009

- Et allez !... Encore !... Il arrêtera pas… J’avais sacrément bien fait d’éteindre mon portable ce week end, moi !... Parce que sinon… Fais voir… Passe-le moi !... Non, mais attends !... 58 messages !...
- Et qu’est-ce qu’il te raconte ?...
- Oh, rien !... Qu’il est hyper inquiet de pas avoir de nouvelles… Et j’ai droit à tout un tas de déclarations enflammées…
- Tu vas faire quoi avec lui ?...
- Le larguer… Je peux faire quoi d’autre ?...
- T’es sûre que tu vas pas le regretter ?...
- Oh, pour ça, oui !... Pas une seule fois j’ai pensé à lui ce week end… Mais pas une seule fois !... Pas une seule seconde il m’a manqué… Alors si je dois en tirer les conclusions…
- Vu sous cet angle… effectivement…
- Le seul truc qu’il avait de bien, c’est que je prenais mon pied avec… Bon, mais ça !... Je peux trouver la même chose ailleurs… La preuve !... Et en beaucoup mieux… Parce que ce qui compte c’est pas tellement de s’envoyer en l’air, c’est tout ce qu’il y a autour… C’est ça qui te met du plaisir plein la tête… De plus en plus je m’en rends compte… Et Jimmy, ça, c’est un truc qui lui passe allègrement à trois kilomètres au-dessus… Pour lui tout est purement et simplement une question de technique… On sait faire ou on sait pas… Il n’a aucune imagination… On n’a pas grand-chose à partager en fin de compte… Non… Et puis je vais quand même pas m’emmerder toute ma vie comme un rat mort pour le plaisir de jouer à la patronne de boulangerie…



- Non, c’est pas un reproche, non !... Je le sais bien que t’as Pauline… Dès le début je le savais… Et que tu peux pas être aussi disponible que tu le voudrais… Même si…
- Même si quoi ?...
- Non… Rien…
- Ben si !... Dis !... Maintenant que t’as commencé…
- Non… C’est qu’il y a plein de filles au boulot – parce que là-bas, forcément, tout le monde est au courant – qui se demandent ce qu’un type comme toi peut bien fabriquer avec une fille comme elle…
- Qu’est-ce que ça a de si extraordinaire ?...
- En soi pas grand-chose… Sauf qu’elles la connaissent… Et que tout le monde dit qu’un jour tu vas tomber de haut… Parce que il y en a toujours que pour sa pomme Pauline… Les autres elle en a rien à foutre… C’est d’ailleurs pour ça que personne peut la voir… Les mecs, c’est pareil… C’est tout par intérêt… C’est tout calculé… Il y a jamais rien de gratuit avec elle… Et t’as pas besoin de t’en faire que si elle est avec toi elle a ses raisons, va !... Qui sont pas forcément celles que tu crois… Bon… Mais tu verras bien par toi-même… C’est pas mon rôle à moi de débiner les collègues…



- Elle est tellement prévisible que ça finirait par même plus en être marrant…
- Tu veux qu’on arrête ?... C’est facile…
- Oh, non, non !... Maintenant que c’est sur les rails… Et puis j’ai trop envie de voir sa tête quand je vais lui jeter le pot-aux-roses à la figure… Mais il y a rien qui presse… On a tout notre temps… Laissons-la s’enfoncer… En attendant je sais pas toi, mais moi, j’ai passé un week end extra… Avec Sébastien… Qui m’avait concocté une de ces petites soirées-surprises !... Quatre mecs il m’avait convoqués… Et rien que du premier choix… Moi, j’étais mollement étendue sur un sofa et les uns après les autres je les faisais passer… Ils se mettaient tout nus devant moi et, pour commencer, je leur posais des questions… Toutes les questions que je voulais… Sur leurs fantasmes… Leur vie… Les expériences qu’ils avaient eues… Tout ça… Tout ce que je voulais je pouvais… Tout le temps que j’avais envie… Et quand ça me prenait, quand j’avais décidé, je le faisais se caresser le type… A ma façon à moi… Vite ou tout doucement… A pleine main ou du bout des doigts… Sans s’arrêter ou, au contraire, en l’obligeant à faire tout un tas de pauses… Il y en a un je l’ai fait durer, mais durer !... Plus d’une heure… Et en même temps je leur faisais des tas de commentaires… Tout ce qui me passait par la tête… Et je peux te dire que c’était pas toujours forcément gentil… En attendant je t’ai pris un de ces pieds à les avoir à ma disposition comme ça… A être complètement maître de leur plaisir… A le faire surgir quand ça me toquait… Juste avec des mots… Tu sais qu’il y en a un je l’ai pas laissé se finir ?... Sans raison… Simplement parce j’ai eu envie… Et après Sébastien il a voulu que je leur mette des notes… Et que je les justifie… Ca a été un grand moment… Un très grand moment… Mais c’est que c’était pas fini… Parce qu’en bouquet final, le gagnant il s’en est personnellement occupé… Et ça faisait pas semblant… Un petit cadeau… A mon intention… J’en étais sûre qu’il était porté sur les hommes… Sûre… C’est du pain béni pour moi un type comme ça… Parce que c’est le spectacle assuré… Et tu me connais… Tu sais ce que j’aime… Je suis forcément comblée… Sans être obligée d’en passer par où t’es en général systématiquement obligée d’en passer avec les mecs…


Mercredi 25 Novembre 2009

- T’en penses quoi, toi, de tout ça ?... Il y a qu’à toi que je peux demander… T’en penses quoi de moi avec les nanas ?... J’ai l’impression que ça me cerne ce truc… Comme si on voulait me faire prendre conscience de quelque chose… Tu crois que je suis vraiment attirée par les femmes ?...
- Si on en juge par ce qui se passe… Par ce que tu fais… Ou par ce que tu te laisses faire…
- Oui, mais non… C’est pas ce que je veux dire… Que je prends mon pied avec je m’en rends bien compte quand même !... Je suis pas idiote… Non… Mais tu crois que c’est plus profond que ça ?... Que je m’épanouirais plus avec une femme qu’avec un mec ?... Que je serais plus heureuse ?...
- Comment veux-tu qu’on puisse répondre à une question pareille ?... Il y a certainement des hommes avec lesquels tu pourrais être heureuse… Comme il y a des femmes avec lesquelles tu le serais tout autant… Tout est question d’individus… De personnalités… Et peut-être de moment…
- Ouais… Je suis pas plus avancée… Comme souvent avec toi… Ce que je constate, en tout cas, c’est qu’il y a des dizaines et des dizaines de types dont je me suis crue amoureuse et que ça s’est toujours terminé de la même façon… Alors peut-être que si je me laissais aller à tomber amoureuse d’une femme…
- D’Emilie ?...
- Emilie, non… Oh, non, pas Emilie… On s’entend bien… On s’éclate bien… Mais jamais je pourrai tomber amoureuse d’elle… Elle est pas assez – comment dire ? – apaisante… Tu vois ?...
- Oui… Je crois…
- Tu sais ce que je me disais tout à l’heure quand je dormais pas ?... C’est que si t’avais été une femme je serais sûrement tombée amoureuse de toi… C’est con, hein, des fois, les idées qu’on peut avoir…
- Peut-être pas tant que ça finalement…



- Tu sais quoi ?... Je vais te dire un secret… Eh ben j’ai jamais joui avec aucun homme autant que je jouis avec toi…
- Flatteuse !...
- Non… Si, c’est vrai, hein !... Je sais pas comment tu t’y prends, mais tu fais toujours exactement ce qu’il faut au moment où il faut… A croire que tu me connais de l’intérieur… Que tu sens ce que je ressens… Et pour toi ?... Comment c’est avec moi ?... Tu aimes ?...
- Si je n’aimais pas…
- T’aurais trouvé un prétexte quelconque pour me larguer… Forcément… Donc… C’est que je t’apporte quelque chose… Et quelque chose que Pauline, elle, elle t’apporte pas… Sinon… tu te contenterais d’elle… T’aurais pas besoin de moi… Logique, non ?... C’est quoi ?... C’est quoi que je t’apporte et qu’elle, elle t’apporte pas ?...
- J’avoue que je me suis pas posé la question dans ces termes-là…
- T’as pas… ne serait-ce qu’une petite idée ?... Non ?... T’y réfléchiras… J’aimerais bien que tu me dises… Et que tu me dises aussi… S’il y a des trucs dont t’as envie, côté cul, t’hésites surtout pas à demander… Je suis ouverte à plein de choses, tu sais, mais vraiment plein de choses…



- Ouverte à plein de choses ?... Séverine ?... Laisse-moi rire… Il y a pas plus coincée qu’elle de ce côté-là… Mais bon… Faut croire que c’est comme ça qu’elle s’imagine qu’elle peut t’avoir… Alors vas-y !... Profites-en !... Fonce !... Te gêne pas… Propose-lui les trucs les plus tordus que tu pourras trouver… Elle osera pas refuser après ce qu’elle t’a dit… Et on va rigoler… Je sens qu’on va bien rigoler !... Et si tu manques d’idées fais-moi signe… J’en ai à revendre…



- Ca s’est mal passé… Avec Jimmy… Mais vraiment mal…
- Tu l’as vu ?...
- Oui… A midi… Il est venu… Il voulait qu’on ait une explication… Mais une explication de quoi ?... Il y avait rien à expliquer… Je l’aime pas et puis voilà… Mais c’est qu’il l’entendait pas comme ça… Bien sûr que si que je l’aimais… J’étais de mauvaise foi… Ou bien alors j’en avais un autre… C’était qui ?... Il voulait son nom… « - Donne-moi son nom que j’aille lui casser la gueule… » C’est à moi qu’il voulait la casser à la fin… Il m’a secouée comme un prunier… Et si ça avait pas été dans la rue et qu’il y avait pas eu des gens… C’est moche tout ça… Et il va pas me lâcher maintenant…
- Il te l’a dit ?...
- Non, mais…
- Il habite loin… Il se lassera…
- Je sais pas… J’espère… Prends-moi dans tes bras… Que je m’endorme contre toi…





Jeudi 26 Novembre 2009

- Charline ?!...
- Quoi ?!...
- Ca fait deux fois qu’il sonne ton réveil… Tu vas être en retard…
- Juste cinq minutes… Je suis trop bien là… T’es tout chaud… Si seulement on pouvait rester là, comme ça, toute la journée, sans bouger…
- Malheureusement…
- Oui… Bon… Allez !... Je vais me rendormir sinon… Tu me fais mon petit déj pendant que je me prépare ?... Tu seras un amour…

- Elle a raison Emilie… T’es une vraie perle question bouffe… Même un petit déjeuner t’arrives à ce que ce soit somptueux… Bon, ben… Bon appétit…
- Merci… A toi aussi…
- Finalement c’est exactement comme si on vivait ensemble, hein, tous les deux !...
- C’est pas « comme si »… On vit ensemble…
- On vit ensemble, mais on sort pas ensemble… C’est fou ça quand même… Je suis sûre que personne nous croirait si on le disait… En attendant comment on s’entend bien !... Jamais on se prend la tête… C’est toujours tout paisible… Harmonieux…
- Il y a pas de raison…
- Tu crois ça, toi ?... Il y en a plein des raisons au contraire… Surtout dans un tout petit espace comme on est ici… Où on se marche sans arrêt l’un sur l’autre… Il y a plein de trucs qui pourraient t’agacer chez moi… Et vice-versa… Eh ben non… Jamais… Je sais pas toi, mais moi, même tes petites manies je les trouve attendrissantes…
- En somme, si je comprends bien, je vais avoir un mal fou à te flanquer dehors…
- Essaie pour voir… Alors là t’as pas fait le plus dur… Non, non, non, non… Je suis là… J’y reste… Tu crois, toi ?...
- Je crois quoi ?...
- Que si on se mettait vraiment en couple tous les deux ça foutrait tout en l’air ?...
- Je suis – de plus en plus – convaincu du contraire…
- Oui, mais si tout est gâché ce sera gâché… Pour toujours… Il y aura pas moyen de revenir en arrière… Et ça… je veux pas… A aucun prix…
- Ca ne changerait peut-être pas fondamentalement les choses…
- Oh, si !... Si !... Et même… C’est le plus important que ça changerait… Parce que je pourrais plus te parler comme avant… Je pourrais plus tout te dire… Il y a plein de choses qu’on est obligé de cacher quand on est ensemble… Pour pas lui faire de la peine à l’autre… Pour pas le rendre jaloux… Pour plein de raisons… Et tiens… Ben tout ce qu’on fait depuis des semaines on pourrait plus…
- Je vois vraiment pas ce qui pourrait nous en empêcher…
- Ben moi, si !... Ce serait plus du tout pareil… Tu pourrais me voir coucher avec un autre sans que ça te fasse rien ?..
- Si je sentais que ça te rend heureuse… Que ça t’épanouit… oui…
- Eh ben moi, je sais pas… Je crois pas en fait… Ca me ferait trop mal que tu lui fasses les mêmes gestes que tu me fais à moi…
- Ca n’aurait rien à voir… Ils n’auraient pas le même sens…
- Oui, mais quand même… Tu les ferais… Bon, mais allez !... Faut que j’y aille… Et… tu sais ce que je voudrais ?... Si ça t’ennuie pas… C’est que tu m’accompagnes… Ca me manque trop notre petit café, en face du boulot, depuis qu’on habite ensemble… On s’y est dit tellement de choses, là…

Dans la rue elle m’a pris la main…
- T’es déçu, hein ?!...
- Mais non…
- Bien sûr que si !... Je te connais depuis le temps… T’en crèves d’envie qu’on soit ensemble tous les deux… C’est pas vrai peut-être ?...
- Si !...
- J’en ai au moins autant envie que toi, tu sais… Mais c’est pour nous que je veux pas… Pour pas qu’on se perde… T’imagines si les trucs dont je peux pas me passer j’en arrivais à être obligée de les faire derrière ton dos ?... Parce que tu supporterais plus que je les fasse… Et toi derrière le mien ?... Ce serait plus nous ça !... Plus du tout… Et vaudrait mieux partir chacun de son côté… Sans se revoir jamais…

Elle s’est arrêtée… On s’est arrêtés… Juste à l’endroit où on s’est parlé pour la première fois… On s’est fait face…
- De toute façon… c’est un combat perdu d’avance… je le sais bien… Des fois je me dis que je suis la petite chèvre de monsieur Seguin… Je lutte… Je lutte… Mais j’ai tellement envie de toi qu’il va forcément arriver un jour où je pourrai pas résister… Où on sautera le pas… Et ce jour-là… Comment il me fait peur ce jour-là…
Elle s’est tue… On s’est regardés… Nos lèvres se sont rapprochées… Rapprochées encore… Au moment où elles allaient se toucher elle a mis son index entre elles…
- Chut… Non… Chut…
Et on est repartis…



- T’as réfléchi ?...
- A quoi ?...
- A ce que tu vas lui faire faire à l’autre dinde de Séverine puisque soi-disant elle a aucun tabou…
- Pas vraiment, non…
- Il y a un truc… je suis sûre qu’elle ferait beaucoup moins sa fière… Ce serait que tu lui demandes de s’ouvrir devant toi avec ses doigts… Le plus possible… Et que tu fasses durer… Que tu la trouves jamais assez écartée… « - Allez !... Encore !... Mieux que ça !... »… Comment elle serait mal à l’aise !... Je la vois d’ici… Et en même temps comment elle essaierait de pas le faire voir… Maintenant qu’elle t’a dit que rien lui faisait peur… Oh, oui, oui !... Faut absolument qu’on lui fasse faire… Et que j’assiste… Je veux pas louper ça… Ce petit hôtel dont tu m’as parlé…
- C’est quand tu veux…
- Samedi ?... Elle travaille pas samedi… Et moi non plus…
- Va pour samedi…
- Rien que de l’imaginer comment ça me donne envie…
- Te prive pas !... Te prive surtout pas !...
- Comme si c’était dans mes habitudes…




- Tu sais ce que je me dis des fois ?... C’est que si ça tombe – parce qu’il y a pas si longtemps que ça que tu la connais finalement Pauline – si ça tombe tu m’aurais rencontrée juste un peu avant… eh bien c’est avec moi que tu serais… Comme quoi ça tient vraiment à pas grand-chose… Mais bon… T’es avec elle… C’est comme ça… Et c’est peut-être dommage, va savoir… Parce que tous les types avec qui j’ai été – il y en a pas eu tant que ça non plus… faut rien exagérer – ils ont toujours été d’accord pour dire que j’étais quelqu’un d’hyper facile à vivre… Pas chiante… Pas prise de tête… Toujours aux petits soins… Quand j’ai un mec comment je te le dorlote…
- Pourquoi ça dure pas alors ?...
- Oh, parce que… Parce qu’un mec il y a toujours un moment où il s’imagine que ce sera mieux ailleurs… Oh, mais je désespère pas, hein !… Je finirai bien par en trouver un un jour qui sera moins naïf que les autres…



- Comment c’est moche quand ça finit… Mais moche !... Ca te ferait définitivement passer l’envie de retomber amoureuse, oui… Pour pas avoir à revivre ça…
- Bon… Qu’est-ce qu’il y a eu ?... Raconte !... Viens là !... Sur mon épaule… Et raconte !...
- Je vais me refoutre à chialer…
- Eh bien tu chialeras… Si ça peut te faire du bien…
- Quel con !... Non, mais quel con ce pauvre Jimmy !... Quand je pense… J’étais la plus fabuleuse des nanas… Une fille exceptionnelle… Qu’il y en avait pas deux comme moi… Sa petite merveille j’étais… Son miracle inouï… Et du jour au lendemain… clac… je vaux plus rien… Je suis la dernière des dernières… Et tout ça pourquoi ?... Parce que ça le fait pas tous les deux et que je préfère mettre un terme…
- C’est le dépit… Faut pas y attacher d’importance…
- Je sais bien… Mais quand même… T’aurais entendu toutes les horreurs qu’il m’a dites… Que j’ai les seins flasques… Tu les trouves si flasques que ça, toi ?...
- Bien sûr que non… Ils sont mignons comme tout…
- La fesse triste… Et une gueule… Mais alors là c’est même pas la peine la gueule… Avec une gueule comme ça le mec pour me baiser il est obligé de mettre l’oreiller dessus… Ou de fermer les yeux et de penser à une autre…
- C’est tellement excessif tout ça que ça vaut même pas la peine d’y accorder le moindre début de semblant d’attention…
- Oui, mais quand même… Quand même… Déjà que nous, les nanas, on n’arrête pas de se trouver moches… Alors quand en plus on te balance ça par les dents… Et un mec avec qui t’as eu des trucs en plus… Qui te disait qu’il te trouvait belle… Que t’as même envisagé de faire ta vie avec… Ca te fait drôle… Faut reconnaître que ça te fait vraiment drôle…

- Je suis bien avec toi… Tellement bien comme ça sur ton épaule… Faudrait que ça dure toujours… Sans bouger… Sans rien faire… Et puis en même temps…
- En même temps ?...
- Non… Rien…
- Mais si !... En même temps ?...
- J’ai trop envie… Plus ça va plus j’ai envie… Tellement envie que ça en devient insupportable des fois…
- Dans ces conditions… la seule chose qui reste à faire…
- Oui, mais non…
- Non ?...
- Si !... Si tu veux… Mais j’ai peur… Comment j’ai peur… Pourvu que… Mais oui… Oui…



Vendredi 27 Novembre 2009

- Comment t’étais doux hier soir !... Mais doux !... C’était la première fois qu’on me faisait l’amour si doux…
- C’est que tu donnes envie d’être doux…
- C’est vrai ?... C’est gentil… N’empêche que je me dis… C’est peut-être pas si sûr qu’on va se perdre finalement…
- Mais on se perdra pas !...
- Tu crois ?...
- Tu sais… Je vais te dire quelque chose… Un type, pour savoir vraiment ce qu’il éprouve pour une fille, faut qu’il couche avec… Parce que le désir il y a rien de plus trompeur… Tant qu’on l’a pas assouvi on peut le prendre pour ce qu’il n’est pas… Le confondre… Se berner tant et plus soi-même… Tu te crois amoureux et le lendemain matin tu te demandes ce que tu fous là… T’attends qu’une chose, c’est qu’elle se barre la fille… Ou bien c’est toi qui prends la poudre d’escampette… Le plus vite possible… Le plus loin possible… Et puis il y a d’autres fois – comme là, avec toi – où t’as qu’une envie, c’est de rester dans ses yeux… De la garder contre toi… Où il est pas fini ton désir… Il ne fait que commencer… Parce qu’il y a pas que lui… Il y a autre chose… Il est pas tout seul…
- Je t’adore… Par moments je t’adore…
- Seulement par moments ?...
- C’est déjà pas si mal…
- Non… Pas ça !... Non !... Arrête !... Je suis chatouilleuse…
- Ben justement !... Raison de plus !...
- Pas sous les pieds… Non… Pas sous les pieds… Je vais…
- Faire pipi dans ta culotte ?... Il y a pas de risque… T’en as pas…

Je l’ai accompagnée… On s’est arrêtés… Au même endroit…
- Aujourd’hui on peut…
Elle a fait signe que oui… Oui… On pouvait
Un interminable baiser… Un autre… On s’est laissé dériver jusque sous la porte cochère… Et puis… là… Avec fougue… Avec passion… Avec emportement…

- J’ai crié, hein ?!...
- Et pas qu’un peu !...
- Ca craint… Ils vont avoir entendu les gens au-dessus…
- Probable, oui…
- Tu sais quoi ?... Eh ben j’m’en fous… Complètement… Et même…
- Je sais… Je te connais depuis le temps…
- C’est pratique… Il y a pas besoin de dire comme ça…
- Mais on peut dire quand même…
- J’ai aimé… De me dire qu’on pouvait entendre… Qu’on entendait sûrement… J’ai aimé… Beaucoup…
- Et moi j’aime t’entendre le dire…

On a marché main dans la main… Jusqu’à la boulangerie… Sur le pas de la porte elle s’est retournée…
- Je suis heureuse… Si tu savais comme je suis heureuse…
Un dernier baiser… Du bout des doigts…



- Ca a bardé… Je peux te dire que ça a bardé avec l’autre pétasse de Séverine… Parce que tu sais ce qu’elle va japper partout ?… Qu’elle me fait cocue… Et faut voir comme… Que tu t’éclates avec elle comme tu t’es jamais éclaté avec moi…
- Justement… A propos de Séverine je voulais te dire…
- Tout le monde se fout de ma gueule du coup au boulot… Derrière mon dos… Et même devant… Oh, mais ça s’est passé comme ça… Je lui suis tombée dessus en beauté… Et tout je lui ai balancé… Tout… Que depuis le début on la menait en bateau… Qu’il y avait jamais rien eu entre nous… Que t’en avais rien à battre d’elle, mais strictement rien… Pour finir on s’est flanqué une peignée, mais grave, hein !... A six il a fallu qu’elles se mettent les autres pour nous séparer… Et évidemment on a été convoquées au bureau… De trois jours de mise à pied on a écopé… Toutes les deux… Mais ça j’en ai rien à battre…
- Ce que je voulais te dire…
- Par contre toi elle veut plus te voir… Je suis désolée, hein… Parce qu’on a pas pu en parler avant… Vu la façon dont ça s’est passé…
- Franchement, moi, en ce moment, ça m’arrange plutôt…
- C’est vrai ?... Oh, ça me soulage… Tu peux pas savoir ce que ça me soulage… Parce que je culpabilisais vis-à-vis de toi…
- Il y a vraiment pas de quoi…
- Confidence pour confidence moi aussi ça m’arrange… Parce que vu la tournure que c’est en train de prendre avec Sébastien… de plus en plus… je te le disais pas, mais Séverine j’avais plus trop envie de m’occuper d’elle…



- Comment elle a été longue cette journée, tu peux pas savoir…
- Si ça peut te consoler… pour moi aussi…
- J’ai pas arrêté de penser à toi… A nous…
- Et de te poser des tas de questions… De t’inquiéter… On avait fait une connerie sûrement… Et si on allait se perdre…
- En ben non !... T’as tout faux… Non… C’est à ce matin que je pensais… Sous la porte cochère… Rien que l’idée qu’on allait recommencer ça me mettait toute mouillée… Plein d’autres trucs aussi il me venait… Que j’aurais envie qu’on fasse…
- Quels trucs ?...
- Des trucs… Je te dirai… Mais déjà tu sais ce que j’aimerais ?... C’est qu’on retourne à cet hôtel, là-bas, dans la chambre où on peut nous voir d’à côté…
- C’est bien facile…
- Oui… Parce qu’il s’en est tellement passé là-dedans !... Mais ce serait avec toi cette fois… On ferait l’amour… Ils me verraient faire l’amour avec toi… Je veux… Les mêmes…
- Si ce sont les mêmes il y aura…
- Ce salaud de Louis… Je sais, oui… J’m’en fous !... Au contraire… Qu’il voie comment je m’éclate bien…
- Et puis aussi… Devant Emilie j’aimerais qu’on le fasse…
- C’est encore plus facile…
- Je sais pas… On la voit plus… On n’a plus de nouvelles… Il y a un truc qu’a pas dû lui plaire…
- Je crois pas, non…
- Tu sais quelque chose ?... Tu lui as parlé ?...
- Non… Mais je la connais quand même un peu… C’est bien un peu son style de disparaître comme ça sans crier gare et de réapparaître au moment où on s’y attend le moins… Et puis t’as entendu ce qu’elle a dit… Elle est dans une phase où elle pense qu’à s’éclater… Alors si ça tombe elle est en train de faire tout un tas de coquineries dans un coin avec va savoir qui…
- Sans nous ?... Mais c’est dégueulasse… Non… J’y crois pas… Elle peut pas nous faire ça… Surtout que j’ai besoin de savoir, moi, maintenant…
- De savoir quoi ?...
- Si j’ai encore envie avec elle… Ce que ça me fait quand tu nous regardes… Ce que ça me fait quand je vous regarde tous les deux… Quand on fait des trucs tous les trois dehors… Si ça change quelque chose… Il faut pas… On l’a dit… Faut qu’on reste exactement pareil qu’avant… A pouvoir tout se dire… A pouvoir tout vivre ensemble… Sinon… sinon on va devenir un couple à la con comme il y en a des milliers… On va s’étouffer… On va se frustrer… Tu te mettras à faire des trucs derrière mon dos… Et moi derrière le tien… Parce que je me connais… Ce sera peut-être dans un mois… Ce sera peut-être dans six… Ce sera peut-être dans un an… Mais ça me reprendra… Ca me reprendra forcément… J’aurai des tas d’envies… Surtout si je suis obligée de tout renfermer à l’intérieur… Tu comprends ?...
- Evidemment que je comprends…
- Tu sais pourquoi ça a toujours raté finalement avec tous mes mecs ?... Ben parce que j’ai jamais pu être tout ce que je suis… Avec aucun d’eux… C’est forcé… Tu rencontres quelqu’un… Tu le connais à peine… Il te plaît… Tu t’arranges pour qu’il te voie comme tu penses qu’il a envie de te voir… Comme 99% des mecs ont envie de voir une nana… S’ils savaient ce qu’on est vraiment souvent… mais ils prendraient la fuite en courant… Tandis que nous – nous deux – on a pris les choses dans l’autre sens… Tu m’as laissé être ce que je suis devant toi… Complètement… Tu m’y as encouragée… C’est à cause de ça qu’on s’est mis à s’aimer… Et que ça a pas arrêté de se renforcer de jour en jour… On serait les rois des cons si maintenant on se mettait à faire tout le contraire… Non ?... T’es pas de mon avis ?...
- Bien sûr que si !...
- Bon, mais je vais me prendre une douche… Et après je l’appelle Emilie… Qu’on sache ce qui se passe… De quoi il retourne…

- Allo… Oui… C’est moi, Charline… Ben alors ?!... Qu’est-ce tu deviens ?... Tu nous donnes plus de nouvelles ?... Quoi ?... Ah, ben d’accord !... Si !... Si !... Attends… Attends… Que je lui dise à lui… Tu sais pourquoi elle s’est éclipsée ?... Parce qu’elle était persuadée que c’était mûr nous deux… Que ça allait se faire d’un moment à l’autre… Et elle voulait nous laisser en tête à tête… Bien vu, non ?... Oui… T’avais raison, oui… Oh, ben ça !... Tu te doutes… Moi ?... Sur un petit nuage je suis… Tu imagines… Mieux… Mieux que tout ce que je pouvais imaginer… Je te raconterai… On te racontera… En détail… Ah, non !... Non… Là-dessus il y a rien de changé… Il faut qu’il y ait rien de changé… On en parlait justement encore tous les deux il y a cinq minutes… Bon… mais… et toi ?... Ben oui… Forcément… Oh, mais ça ça va s’arranger… Et pas plus tard que bientôt… Ah oui ?!... Génial !... Ah, si !... Si !... Tu sais ce qu’elle veut faire ?... Relouer l’appartement d’à côté… Celui qu’elle avait avant… Lui aussi !... Lui aussi il trouve ça super comme idée… Et ton mari ?... Oui, oh, du moment qu’il te laisse faire ce que tu veux… De toute façon quand c’est mort c’est mort… Ca sert à rien de vouloir à toute force aller contre l’évidence… Bon… Mais tu fais quoi, là, tout de suite ?... Rien ?... Si tu passais alors ?... Ben tu te rhabilles !... T’en as pas pour des heures…






Samedi 28 Novembre 2009

- Quelle nuit !...
- Je te le fais pas dire…
- C’était trop de vous avoir tous les deux à vous occuper de moi comme ça… Je me demandais… Mais oui… Oui… Et pas qu’un peu… Je suis rassurée du coup, mais rassurée d’une force, tu peux pas savoir !... Il y a pas de lézard… Il y en aura pas…
- Tu l’aimes ?...
- Qui ça ?... Emilie ?... Je crois pas, non…
- Ca donnait l’impression par moments… La façon dont tu la regardais… Dont tu la caressais…
- Peut-être… Je sais pas… Ca pourrait en tout cas… Ca se pourrait un jour parce que… Comme j’aimais avant c’était jaloux… exclusif… Ca se refermait sur soi-même… Tandis que comme je t’aime, toi, maintenant ça empêche pas… Ce que je lui donne à elle ça t’enlève rien à toi… Au contraire… Ce que je donnerai peut-être à d’autres ça t’enlèvera jamais rien à toi… Mais ça, je crois pas qu’il y ait beaucoup de monde qui puisse le comprendre… Presque personne… C’est pour ça que j’arrête pas de me dire que c’est inouï la chance que j’ai de t’avoir rencontré…



- Elle m’en veut Séverine !... Mais elle m’en veut !... A mort… Tu verrais ça !... Si elle peut m’en faire une elle va pas me louper, ça, c’est sûr… Mais bon… D’un autre côté elle peut pas bien grand-chose… Qu’est-ce tu veux qu’elle me fasse ?... Et puis je vais te dire… J’en ai rien à foutre… Parce qu’avec ce que je vis en ce moment… Il est génial Sébastien… Absolument génial… Il comprend tout… La moindre de mes envies… Et on fait de ces trucs !... Je fais des trucs à des mecs que jamais j’aurais cru que ce soit possible… Lui, il adore me regarder faire… Il adore que j’aime autant les queues… Ca le met dans tous ses états… Alors il fournit… Pour fournir je peux te dire qu’il fournit… Des fois c’est dix mecs qu’il m’amène d’un coup… Et moi, d’être la seule femme au milieu de tout ça, de pouvoir en faire tout ce que je veux – absolument tout ce que je veux – je peux pas te dire comment ça me remue… Et eux aussi… Tu verrais l’ambiance là-dedans des fois !...
- Et ton bouquin ?... Et tes dessins ?...
- Oh, ça !... Ca continue… T’imagines tout de même pas que je vais arrêter… Avec toute la matière que j’ai… Tous ces mecs qui se battraient presque pour que je les dessine, eux, plutôt que le voisin… Pour que je les imagine dans toutes sortes de situations toutes plus invraisemblables les unes que les autres…



- C’est râpé l’hôtel pour ce week end…
- Comment ça ?...
- Elles sont prises les chambres… Réservées depuis un mois… Apparemment on n’est pas les seuls à en avoir besoin…
- Ca fait rien… Ce n’est que partie remise… Et puis faudrait peut-être qu’on l’aide à déménager Emilie demain plutôt, non ?... Si elle est toute seule… En attendant si on allait en boîte tous les deux quelque part ce soir ?... Mais loin… A un endroit où personne nous connaît….



Dimanche 29 Novembre 2009

- C’était trop cette idée que t’as eue qu’on fasse semblant de pas se connaître… Comment ils se sont mis à me tourner autour tous ces types… T’as vu ça ?...
- Pour voir j’ai vu…
- Faut pas être hypocrite, hein !... Une nana, quand elle a cinq ou six mecs qui bavent devant elle comme ça avec l’envie de l’avoir, j’en connais pas une que ça laisse indifférente...
- Comment il te rendait belle leur désir !... Encore plus belle que d’habitude…
- Ah oui ?!... C’est vrai ?... Je me rends pas compte, moi !... Je peux pas… En tout cas t’as vu la tête des autres filles ?!... Vertes elles étaient… Les reines elles doivent être là-dedans d’habitude… Mais là… Pas de chance…
- Celles des types étaient pas mal non plus dans leur genre… Parce que ça faisait deux heures qu’ils y faisaient tant qu’ils pouvaient, grimpés sur leurs ergots… Et moi, suffit que je me pointe et je t’embarque…
- T’y as pas eu bien de mérite… C’était gagné d’avance… Mais en attendant tu m’as cassé mon coup…
- Désolé…
- Mais non, idiot !... C’était bien plus excitant comme ça… De se tirer avec toi à leur nez et à leur barbe…
- Ils ont quand même eu un dédommagement…
- Oui… Dans la voiture… Combien ils étaient autour à ton avis ?...
- Ca… J’avoue que j’ai pas compté…
- Six ou sept j’avais l’impression par moments…
- Auxquels tu as généreusement offert le spectacle…
- C’était trop bon… On recommencera, hein ?!...



- Bon, ben voilà… Ca a été vite fait finalement ce déménagement… A peine deux heures… Et te v’là revenue à la case départ…
- A une différence près quand même… Et de taille…
- C’est qu’il y a plus le vilain mari…
- Il y a plus, non…
- Il a pris ça comment ?...
- Oh, comme il a voulu… Il a pas posé de questions… Ni fait de commentaires… Faut croire qu’il s’est fait une raison…
- Qu’est-ce tu fabriques, Charline ?...
- Je regarde… Je regarde si on pourrait pas… Parce qu’ils sont chacun d’un côté de la cloison les lits… Alors en faisant un trou discret… Comme ça, quand elle recevrait quelqu’un, on pourrait jeter un œil sans qu’il le sache le type… Ou la femme… Et pareil dans l’autre sens… Quand elle voudrait nous faire voir à des gens en leur faisant croire qu’on le sait pas…
- Ca risque de pas trop l’être discret… Et pas très efficace non plus… Non… Ce qu’il faudrait…
- C’est des cameras…
- Ben voyons !
- Ou alors – encore mieux – une glace sans tain comme à l’hôtel là-bas…
- T’es déchaînée, toi, en ce moment, dis donc !
- Et t’as encore rien vu !... J’ai plein d’envies qui me déboulent de partout…
- Ben ça promet !...
- Oui… Oh, mais tu savais quand même un peu à quoi t’en tenir, non ? Depuis le temps que tu me connais… Tu devais bien quand même t’attendre à ce que, de temps en temps, ce soit le feu d’artifice…
- Ca !
- Tu vas pas t’en plaindre ?!
- Oh, que non !
- Bon, mais dites !... Si on faisait un tour en boîte, là ? Mais pas celle d’hier où on était tous les deux… Une autre… J’ai une idée en plus… Je vais vous expliquer pendant qu’on se prépare…



J’ai fait mon entrée le premier… Seul… Je me suis installé au bar, à côté de quatre ou cinq types qui sirotaient leur whisky en laissant traîner sur la piste un œil blasé. Mon voisin a reposé son verre.
- Je t’ai jamais vu ici, toi !
- Effectivement, c’est la première fois que je viens.
- Ben si tu comptes tirer t’es pas à la bonne adresse… Parce que t’as vu les cageots que c’est ?... C’est pas qu’elles soient farouches, non… A peu près toutes je suis passé dessus… Mais, franchement, ça a rien d’inoubliable… T’as vraiment pas envie d’y remettre le nez… Oh, mais vas-y, toi, hein !... Vas-y !... C’est pas parce que moi j’aime pas que je dois en dégoûter les autres…

Charline et Emilie ont fait leur apparition…
- D’où ça sort, ça ? Ah, mais là, c’est autre chose… C’est carrément autre chose… Bon… Tu m’excuses, mais le devoir m’appelle…

- Comment elle est canon la petite ! L’autre aussi !... Mais alors la petite !... J’ai un ticket en plus… Je suis sûr que j’ai un ticket… Si je la joue fine dans un quart d’heure j’en fais un tour… Bon, mais j’y retourne… Je tiens pas à me la faire souffler… Des occasions comme ça il y en a pas tous les jours…

Ils les ont entourées… De plus en plus nombreux… Ils ont fait la roue… Ils se sont mis en quatre pour les faire rire… Pour les séduire... Elles les ont laissé faire… Regardé faire…

Et puis… un slow… Des bras se sont proposés… Qu’elles ont ignorés… Elles se sont tendrement enlacées…

- Les salopes ! Non, mais t’as vu les salopes que c’est ! Regarde-moi ça ! Non, mais regarde ! Tu paries que dans cinq minutes ça s’est roulé une pelle ? Tu vas pas me dire que c’est normal ? Franchement ? Surtout deux comme ça… C’est carrément du gâchis, oui ! N’empêche… N’empêche que si elles savaient ce que c’est qu’un mec… Un vrai… Qu’elles viennent passer un quart d’heure avec Popaul… Juste un quart d’heure… Et elles pourront plus s’en passer… Qu’est-ce que je disais ?! Ca y est ! Ca se lèche. Et ça fait pas semblant. Je sors, tiens ! Ca m’écoeure trop…

Elles aussi sont sorties. Quelques instants plus tard. En se tenant par la main…



Lundi 30 Novembre 2009

- Allez, raconte, quoi !
- Il est quatre heures du matin…
- Et alors ? Qu’est-ce ça fout ? On est lundi… Je travaille pas…
- Il y a pas grand-chose à raconter… Sinon que quand vous êtes sorties il y en a tout un tas qu’ont fait la même chose… Les uns après les autres… Mine de rien… Histoire d’aller prendre l’air…
- Ben oui ! Il faisait chaud là-dedans ! Torride !
- Et tout ce joli monde s’est retrouvé, comme par hasard, à proximité de la voiture…
- Qu’était garée dans l’obscurité… Sous les arbres en plus… C’était con ça pour eux… Ils devaient pas voir grand-chose…
- Je les discernais bien, moi, eux ! Très bien même…
- Parce que vous étiez dehors… Mais nous, à l’intérieur de la voiture…
- L’œil s’habitue… Et puis essayer de deviner ce qu’on n’arrive pas à distinguer, c’est pas mal non plus…
- Oui, mais quand même ! Quand même ! La prochaine fois on se garera mieux… Enfin… pas en pleine lumière non plus… Ils oseraient pas approcher…
- Et là je peux vous dire que pour approcher ils ont approché…
- Il y en avait un qu’avait le nez collé à la vitre à un moment, non ?
- Un ? Trois, oui ! Et ce qu’ils ont pas pu voir ils l’ont entendu…
- Comment ça ?
- Avec le vacarme que vous avez fait…
- À ce point ?
- Emilie encore… On l’entendait, oui, raisonnable… Mais alors toi, Charline ! T’as braillé d’une force ! Impressionnant…
- Je me suis pas rendu compte… Je me rends jamais compte quand je suis lancée… Et alors ? Ils ont réagi comment ?
- À ton avis ? Ils vous ont accompagnées, tiens ! Qu’est-ce tu voulais qu’ils fassent d’autre ?
- Tous ?
- Ben oui, tous… Il y en a même deux qui se le sont fait mutuellement…
- Ah oui ? C’est mignon, ça ! Mais ce qu’est chiant, c’est que quand on fait des trucs comme ça, avec du monde qui regarde, on les voit pas les gens… On sait pas comment ils réagissent… entre nous, si, oui, on peut se raconter bien sûr… Mais c’est quand même pas la même chose…

- T’as vu ?
- Quoi donc ?
- Il y a des gens qui sont en train d’emménager en face. J’ai beau me dire que j’m’en fous ça me fait quand même quelque chose… Et pas qu’un peu ! Parce que qu’est-ce que j’en ai passé des années là ! Et, qu’on le veuille ou non, ça restera toujours un peu chez moi… Plus que chez eux… Savoir qui ça va être… Peut-être des gros cons comme c’est pas possible… On voit personne pour le moment… Juste les déménageurs… Tu crois que si je leur demande de me laisser revenir voir, quand ils seront installés, ils voudront bien ?
- Ca dépend… À priori il y a pas de raison… Seulement…
- Seulement ?
- C’est pas forcément une bonne idée… Ils y auront mis leurs meubles… Leurs affaires… Tu n’y retrouveras pas tes souvenirs… Tu seras déçue… Ca peut pas être autrement…
- Oui… Tu as raison… Tu as sûrement raison…

- Je suis tordue, hein ?! Complètement tordue…
- Ca y est ! Ca la reprend…
- Non, mais si, c’est vrai, hein ! Parce que comment j’aime ça te voir faire l’amour avec Emilie… C’est de la folie ! Heureusement que personne le sait… Qu’est-ce qu’elles iraient penser de moi les copines ! Elles que dès que leur mec il pose les yeux sur une fille elles te lui font une scène à tout casser… Ben oui, j’aime ça te voir avec elle… Je sais pas pourquoi d’ailleurs… Enfin si, je sais… Au moins en partie… C’est que quand je suis avec toi j’en profite pas vraiment… Enfin si, dans un sens… C’est pas ce que je veux dire… Si, j’en profite !... Trop… Je suis complètement dedans… Et, du coup, tous les petits détails, la façon dont tu t’y prends, tes gestes, tes expressions, tout ça, j’en rate les trois quarts… Tandis que quand je te regarde avec Emilie je peux rester à côté si je veux… Je suis pas obligée de participer… Et alors là il y a plein de choses dont tu t’aperçois… Dont tu peux t’apercevoir que comme ça… Comment c’est émouvant ! Ca me remue d’une force, tu peux pas savoir !
- Oh, si !
- Parce que ça te faisait pareil à toi quand tu me regardais avec des types ?
- D’une certaine façon, oui !
- Mais pas complètement… Oh, ben oui, oui, c’est normal… Vu qu’on était pas ensemble tous les deux… Mais maintenant ? Ca te fera exactement comme à moi, tu crois ?
- Il y a de fortes chances, oui…
- Alors tu sais ce que je me demande ? C’est de quel côté ça viendra pour nous…
- Ca viendra ? Qu’est-ce qui viendra ?
- Ben les problèmes… les difficultés… Si ça vient pas de la jalousie… Tout ça… D’où ça va venir alors ?
- De nulle part… Pourquoi veux-tu absolument que ça vienne de quelque part ?
- Tu crois ? Comment j’aimerais ça que t’aies raison !



Mardi 1er Décembre 2009

- Faut pas te croire obligé, hein ?!
- Obligé ? De quoi donc ?
- De m’accompagner jusqu’à la boulangerie comme ça tous les matins…
- Je me sens pas obligé… Ca me fait plaisir… Et puis… on a plein de souvenirs sur ce trajet tous les deux… J’aime bien repasser dessus avec toi…
- T’es un grand romantique, toi, hein, finalement ! On est des grands romantiques tous les deux malgré les apparences…

- Il y a une folle qui m’est tombée dessus tout à l’heure au boulot… Mais alors vraiment la folle ! L’hystérique… Ca la fout bien devant les patrons…
- Qu’est-ce qu’elle te voulait ?
- Apparemment c’est une collègue de ma sœur… Séverine qu’elle s’appelle… Elle voulait me prévenir… Que ma sœur file un mauvais coton… Qu’elle fréquente un type vraiment pas recommandable… Qu’a des mœurs spéciales… Qui se drogue… Et même qu’il fricoterait avec le grand banditisme ça l’étonnerait pas…
- Tu parles ! C’est avec Sébastien qu’elle est ta sœur… Un copain à moi… Il est rien de tout ça…
- Oh, moi, j’m’en fiche, hein ! Elle fait bien ce qu’elle veut de sa vie… Et j’ai pas du tout l’intention de m’en mêler… Mais alors, du coup, si elle est avec un copain à toi tu la connais ma soeur !
- Un peu, oui !
- Tu m’en as jamais parlé…
- Ben non… Non…
- Oh, mais ça fait rien, hein ! T’étais pas obligé… Au contraire même dans un sens j’aime mieux… Parce que si tu m’en parles pas de ce que tu sais sur elle ça veut dire aussi que ce que tu sais sur moi t’en parles pas aux autres… A personne… Et ça, c’est vachement rassurant pour moi… Tu peux pas savoir comment c’est rassurant… Parce que j’ai eu des types des fois tout ce que je leur avais confié ils… Bon, mais je vais pas revenir là-dessus… J’ai pas envie… Ca m’a déjà assez pris la tête… Allez, on passe à table ? Parce que c’est pas tout ça, mais faut que j’y retourne, moi, après…

- Tu sais pas ce que j’ai appris ? Je te le donne en mille… L’appartement, en face, chez moi, eh ben les gens qui viennent de s’y installer, c’est deux filles et leur mère… Comme nous avant… C’est trop ça, non ? Et elles ont toutes les trois à peu près le même âge qu’on avait… Peut-être qu’on est nées le même jour en plus !
- Ce serait quand même surprenant…
- Oui… Non… C’est vrai… N’empêche que j’aimerais les connaître du coup… Savoir qui elles sont au juste…
- Ca devrait pas être trop difficile pour toi de faire connaissance avec elles…
- Oui, mais j’ai pas envie… Ils se cachent toujours les gens dans ces cas-là… Ils montrent ce qu’ils ont envie de montrer. Et c’est tout… Non, tu sais ce qui serait bien ? C’est d’entrer dans leur vie sans qu’elles le sachent. On les mettrait sous surveillance. On surprendrait tous leurs petits secrets… Personne n’en saurait plus sur elles que nous… Et elles sauraient pas qu’on sait… Quel pied on prendrait ! Non ? Tu crois pas ?
- Ca pourrait être intéressant, oui…
- Passionnant, tu veux dire ! Allez, on le fait ? Chiche qu’on le fait…

- Eteins ! Fais pas de bruit ! Eteins et viens voir ! Il y en a une dans ma chambre… Elles sont où les jumelles ? Tu me les apportes ? Merci… On voit bien… Oh, oui, qu’est-ce qu’on voit bien ! Elles ont pas eu le temps de mettre des rideaux en plus… Qu’est-ce qu’elle fabrique ? Elle est à l’ordi, ça, c’est sûr… Mais qu’est-ce qu’elle fabrique ? Ah oui, d’accord ! Elle est sur MSN ou un truc comme ça… Avec la cam… Ah ben dis donc, il doit se rincer l’œil le mec – si c’est un mec – parce qu’elle est dépoitraillée d’une force ! Elle a carrément les nibards à l’air, oui ! Tu crois que c’est son petit ami ? Ou bien alors c’est un pote et elle fait celle qui se rend pas compte qu’elle lui offre le spectacle… A nous aussi d’ailleurs ! Tiens ! A ton tour… Regarde ! Oui… On va bien s’amuser… Je sens qu’on va bien s’amuser…




FIN